ACCUEIL
 

LEXIQUE

Extraits de gosho sur

MENU - LEXIQUE
DICTIONNAIRE
 
Sado
 

Les persécutions que les autorités me font subir prouvent clairement que je suis le Pratiquant du Sutra du Lotus. Il est indubitable que la lune décroît et croît, et que la marée connaît flux et reflux. Dans mon cas également, puisque la rétribution négative s'est déjà manifestée, le bienfait doit nécessairement venir. A quoi bon, alors, me plaindre ? Le 12e jour de ce mois, à l'heure du coq*, j'ai subi la colère des autorités. Placé sous la surveillance du seigneur de Musashi, j'ai quitté Kamakura le 13e jour à l'heure du Boeuf [vers 2h du matin], pour être exilé dans la province de Sado. A présent, je me trouve à Echi, sur le domaine du seigneur Homma, sous la garde d'un certain Uma Taro, aux ordres du seigneur d'Echi, Homma Rokuro Zaemon-no-jo. Je resterai probablement ici pendant quatre ou cinq jours.
La lettre d'Echi (Echi, le 14 septembre 1271 à Toki Jonin)

Si j'en crois ce qui m'a été confié, il paraît que, sous peu, je serais exilé à Sado, sur ordre du Régent Hojo. Parmi les trois divinités célestes, la divinité Gatten (Lune), en prenant l'apparence d'un objet lumineux, me sauva de la décapitation à Tatsunokuchi. Puis, il y a quelques jours, la divinité des Etoiles est descendue à ma rencontre (note). Il ne reste plus maintenant que la divinité Nitten (Soleil). Je suis assuré de sa protection. Comme c'est rassurant  ! Le chapitre Hosshi* (X) dit : "[Le Bouddha] enverra des divinités sous des formes diverses pour protéger le pratiquant du Sutra du Lotus." Cela ne laisse pas place au moindre doute. On lit dans le chapitre Anrakugyo* (XIV)  : "Ni le sabre ni le bâton ne pourront lui nuire" et dans le chapitre Fumon  : "Le sabre sera instantanément brisé en morceaux". Aucune de ces phrases du Sutra ne saurait être fausse. Une foi forte et inébranlable est la chose vitale.
La Persécution de Tatsunokuchi (Echi, 21 septembre 1271 à Shijo Kingo)

Demain, je dois partir pour la province de Sado. Dans le froid, ce soir, je pense aux conditions qui doivent être les vôtres en prison et je partage votre souffrance. Comme il est admirable que vous ayez lu la totalité du Sutra du Lotus à la fois avec le corps et avec l'esprit  ! Vous pourrez ainsi sauver votre père et votre mère, vos six sortes de parents, et tous les êtres vivants. Les autres ne lisent le Sutra du Lotus qu'avec leur bouche, n'en lisant que les mots, mais ils ne le lisent pas avec leur coeur. Et, même quand ils le lisent avec le coeur, ils ne le lisent pas par leurs actes.
Moine Nichiro en prison (Eichi, le 9 octobre 1271 à Nichiro)

Le douzième jour du neuvième mois, j'ai encouru la colère des autorités gouvernementales et je dois partir pour la province de Sado le dixième jour du dixième mois de cette année.
L'exil de Sado (Echi, octobre 1271, à un moine nommé Enjo-bo du temple Seicho-ji)

Au cours de ce mois (le dixième mois), le dixième jour, nous avons quitté le village d'Echi, dans la région d'Aiko, province de Sagami. En route, nous nous sommes arrêtés à Kumegawa, dans la province de Musashi, et de là, au terme d'un voyage de douze jours, nous sommes arrivés ici, au port de Teradomari, dans la province d'Echigo. D'ici, nous devons traverser la mer pour parvenir à l'île de Sado, mais, comme les vents pour l'instant ne sont pas favorables, j'ignore encore quand nous partirons. Les difficultés sur la route ont été pires que je ne le prévoyais et, à vrai dire, je serais incapable de les décrire. Je vous laisse imaginer. De toute façon, puisque j'étais prêt à affronter tout cela, je n'ai pas lieu de m'en plaindre maintenant. Je n'en dirai donc plus rien.
[...] Le nyudo [qui me remet cette lettre] me dit que vous lui avez donné pour instruction de m'accompagner jusqu'à l'île de Sado. Mais sachant ce qu'il en coûterait en argent et en peine, je le renvoie chez vous. Ce n'est pas la première fois que je ressens la profondeur de votre sincérité. J'aimerais que vous transmettiez aux autres tout ce que j'ai écrit ici. Je suis très préoccupé par le sort des moines qui sont en prison (note) et, dès que cela sera possible, j'aimerais que vous le leur disiez et me donniez de leurs nouvelles.
La lettre de Teradomari (Teradomari, le 22 octobre 1271, à Toki Jonin)

Nous sommes maintenant dans la dernière décade du 11e mois. Quand je vivais à Kamakura, dans la province de Sagami, je croyais le changement des saisons identique dans toutes les provinces, mais, durant ces deux mois depuis mon arrivée (note) dans cette province du nord, à Sado, les vents glacés ont soufflé sans arrêt, et, même quand, à certains moments, il ne gèle plus et la neige cesse de tomber, on ne voit jamais briller le soleil. Je fais l'expérience des huit vents froids de l'enfer dans mon corps en cette vie-ci. Les gens d'ici ont un coeur semblable à celui des oiseaux ou des bêtes sauvages  ; ils ne reconnaissent ni souverain, ni maître, ni parents. Encore moins distinguent-ils ce qui est vrai de ce qui est faux en bouddhisme, ou les bons maîtres des mauvais. Mais je n'en dirai pas plus.
[...] Je renvoie certains des jeunes moines [qui m'ont accompagné ici à Sado]. Vous pourrez leur demander à quoi ressemble cette province, et les interroger sur les conditions dans lesquelles je vis. C'est impossible à décrire dans une lettre.
L'aspiration à la Terre de Bouddha (Sado, le 23 novembre 1271 à Toki Jonin)

Le douzième jour du neuvième mois de l'année dernière, entre l'heure du Rat et l'heure du Boeuf [23 et 03 heures], la personne du nom de Nichiren a été décapitée. C'est son esprit qui est parvenu à l'île de Sado et qui, le second mois de l'année suivante, dans la neige, écrit ceci à l'intention de ses proches disciples. [Tout comme la description de l'époque mauvaise que l'on trouve dans le chapitre Kanji* (XIII)] cela paraît terrifiant, mais parce que je me consacre au Dharma correct, moi, Nichiren, je ne crains rien. Ceux qui m'observent seront frappés de stupeur. Ce Traité est le miroir brillant de Shakyamuni, Taho, et de tous les autres bouddhas des dix directions dans lequel se reflète le Japon d'aujourd'hui. En même temps, on peut le considérer comme un témoignage que je veux laisser.
Traité pour ouvrir les yeux (Sado, février 1272 à Shijo Kingo)

Il y a très peu de papier à lettres ici dans la région de Sado et écrire à chacun en particulier prendrait trop de temps. Pourtant, si une seule personne restait sans nouvelles, elle pourrait en éprouver du ressentiment. Par conséquent, j'aimerais que tous les croyants sincères se réunissent et lisent cette lettre ensemble pour y puiser des encouragements.
La Lettre de Sado (Sado, 20 mars 1272, à Toki Jonin)

Chacun des tenants des diverses écoles que je viens de nommer prétend avoir saisi mieux que quiconque le sens du Sutra du Lotus et le pratiquer. Mais aucun d'eux n'a connu les persécutions que j'ai subies - banni dans la province d'Izu, à l'ère Kocho, exilé sur l'île de Sado à l'ère Bun'ei, conduit sur le lieu d'exécution à Tatsunokuchi, ou confronté à d'autres difficultés trop nombreuses pour être toutes énumérées. S'il faut en croire les passages du Sutra [qui prédisent de telles difficultés], c'est bien moi qu'il faut considérer comme le maître de l'enseignement correct et bienveillant, alors que les érudits des autres écoles sont des maîtres nuisibles, aux enseignements erronés.
Réponse à Sairen-bo (Sado, le 13 avril 1272, à Sairenbo Nichijo)

De Kamakura, dans la province de Sagami, à l'île de Sado dans la province du nord, il y a plus de mille ri à parcourir, en traversant de très hautes montagnes et une mer démontée. Le vent et la pluie y sont violents et imprévisibles. Des pillards guettent dans la montagne et les pirates sont nombreux en mer. Les gens que l'on rencontre dans les auberges ou les relais, tout au long du chemin, sont aussi féroces que des tigres ou des chiens et vous avez dû vous croire condamnée aux souffrances des trois mauvaises voies. De plus, nous vivons dans une époque troublée. Depuis l'année dernière, le pays est empli de rebelles, et finalement, le onzième jour du deuxième mois de cette année, une bataille a éclaté. Nous sommes maintenant presque à la fin du cinquième mois mais la population n'a toujours pas retrouvé le calme. Néanmoins, en bravant tous les risques, vous avez fait le voyage [jusqu'à Sado] en portant votre petite fille, puisque, étant séparée de votre mari depuis des années, vous n'aviez pas de père à qui la confier.
Lettre à Nichimyo Shonin (Sado, le 25 mai 1272 à Nichimyo, mère de Oto Gozen)

Je ne reviendrai pas sur diverses persécutions subies auparavant, et me contenterai de rappeler que, l'année dernière, le douzième jour du neuvième mois, ayant encouru la colère des autorités gouvernementales, j'aurais dû, dans la nuit du même jour, être décapité. Pour quelque raison, j'ai survécu jusqu'au matin, et je suis venu dans cette partie de l'île de Sado, où je réside depuis. J'ai été abandonné par le monde, abandonné par le Dharma du Bouddha, et le ciel ne me manifeste aucune clémence. Le monde profane comme le monde bouddhique m'ont rejeté.
[...] Le Bouddha Shakyamuni sait déjà que vous avez envoyé des offrandes jusque dans cette province reculée de Sado. Il ne peut y avoir, en vérité, d'acte plus loyal ni plus sincère.
La voix pure et portant loin (Sado, septembre 1272, à Shijo Kingo)

Le 11e jour du 7e mois, l'empereur retiré Go-Toba fut banni sur l'île d'Oki, l'empereur retiré Tsuchimikado, dans la province d'Awa, et l'empereur retiré Juntoku, sur l'île de Sado. De plus, sept nobles proches de l'empereur furent exécutés.
Sur la prière (Sado, 1272 à Sairen-bo)

On pourrait comparer l'île de Sado et les gens de cette province à un lieu peuplé de bêtes sauvages. Elle est pleine de disciples de Honen qui haïssent Nichiren cent, mille, dix mille ou cent mille fois plus que les gens de Kamakura. Je ne sais jamais de manière certaine si je serai encore vivant demain. Mais grâce à votre foi sincère et à votre soutien, j'ai survécu jusqu'à présent. Par conséquent, j'imagine que puisque Shakyamuni, Taho, les autres bouddhas des dix directions ainsi que les grands bodhisattvas respectent tous le Sutra du Lotus et lui font des offrandes, ces bouddhas et bodhisattva informent vos parents chaque jour et chaque nuit [de l'aide que vous apportez à Nichiren, le Pratiquant du Sutra du Lotus].
Réfuter l'opposition au Dharma bouddhique pour se libérer de ses fautes passées (Sado, 1273 à Shijo Kingo)

Quoi qu'il en soit, le 7e jour du 12e mois de la 10e année de Bun'ei [1273], une lettre de Hojo Nobutoki, ancien gouverneur de la province de Musashi, parvint dans la province de Sado. Dans ce document, authentifié par son cachet, on lisait : "La rumeur court que Nichiren, le moine exilé à Sado, prépare un mauvais coup avec ses disciples. Des complots de ce genre sont totalement inadmissibles. Désormais, ceux qui suivent ce moine devront être sévèrement punis. Si certains persistaient et passaient outre cet interdit, rapportez-moi leur nom. Ce document a valeur de décret."
Le pratiquant du Sutra du Lotus rencontrera des persécutions (Sado, 14 janvier 1274 à Toki Jonin, Shijo Kingo, Kawanobe et Yamato Ajari)

Le grand tremblement de terre qui survint au cours des années Shoka (note), la grande comète des années Bunei (note), et ensuite toutes sortes de cataclysmes célestes et terrestres, voilà les signes prémonitoires. [...] Cependant, cette année* les habitants de la province de Sado ont dit : le vingt-trois du premier mois de cette année, à l'heure du singe* , deux soleils ont apparu dans l'Ouest; d'autres ont dit : trois soleils. [...] Ces calamités solaires et lunaires constituent les calamités les plus redoutables parmi les sept, les vingt-neuf, les innombrables malheurs [annoncés par le sutra] (note)
Traité sur l'essentiel du Lotus (Minobu, le 29 juin 1274, à Toki Jonin)

Si Ryokan, du temple Gokuraku-ji, fait à nouveau savoir, comme il le dit dans sa pétition, qu'il est prêt à débattre avec moi, demandez au gouvernement de rencontrer Ryokan et dites lui : "Mon maître [Nichiren] a été banni sur l'île de Sado dans la huitième année de Bun'ei (1272). Puis, dans le premier mois (note) de la neuvième année de Bun'ei (1274), il a été gracié et il est revenu à Kamakura. A son retour, il a fait des remontrances à Hei no Saemon sur divers sujets puis il s'est retiré au fin fond de la montagne, dans la province de Kai.
Enseignement, pratique et preuve (Minobu, 1274 ? à Sammi-bo)

Vous êtes de la famille d'O-ama Gozen, mais vous avez clairement démontré la pureté de votre foi. Jusque sur l'île de Sado et ici dans cette province de Minobu vous n'avez cessé de me donner des preuves de votre sincérité, et, parce que votre résolution ne semble pas faiblir, j'ai inscrit pour vous un Gohonzon. Mais je m'inquiète encore pour l'avenir ne sachant pas si vous conserverez jusqu'au bout votre croyance, comme une personne avançant sur de la glace fine ou confrontée à la menace d'un sabre. Je vous écrirai à nouveau plus tard de manière plus détaillée.
Réponse à Nii-ama (Minobu, 16 février 1275 à Nii-ama)

Le 82e souverain, l’empereur Go-Toba, fut appelé plus tard "Empereur retiré (dajo tenno) à la robe de bouddhiste d’Oki". Il était le 3e fils de Takakura et monta sur le trône en 1185 (1ère année de l’ère de Bunji). Le 83e souverain était l’Empereur Tsuchimikado, connu comme ex-empereur de la province d’Awa. Fils aîné de Go-Toba, il fut nommé en 1202 (2e année, ère de Kennin). Le 84e empereur, Juntoku, également connu comme l’ex-empereur de l’île de Sado, était le deuxième fils de Go-Toba. Il prit le pouvoir en 1221 (26e jour du 2e mois). Ainsi, les 3 souverains successifs, c’est-à-dire les 82e, 83e et 84e empereurs furent un père et ses deux fils. Vaincus par Hojo Yoshitoki, le vassal de Minamoto Yoritomo de Kamakura, ces trois souverains furent bannis respectivement vers les provinces d’Oki, Awa et Sado, ce qui représente un évènement de disgrâce sans pareil dans l’histoire.
[...] Mais moi, Nichiren, je suis non seulement haï des prêtres des 171 037 temples du Japon mais je ne suis pas en grâce auprès des dirigeants nationaux, de sorte que tous les Japonais me méprisent plus que leurs vieux adversaires ou leurs ennemis héréditaires. En conséquence, j'ai été banni deux fois, à Izu et à Sado, et j'ai échappé de peu à la décapitation à Tatsunokuchi.
Souverains de notre pays (Minobu, février, 1275)

L'esprit humain est inconstant ; il est insaisissable, en perpétuel mouvement. Lorsque j'étais dans la province de Sado, j'ai trouvé merveilleux que vous ayez foi en mon enseignement et j'admire, plus encore, la sincérité qui vous a poussée, malgré la distance, à envoyer votre mari jusqu'ici. Nous vivons dans des provinces très éloignées et, les mois et les années passant, je craignais que votre croyance ne se relâche. Mais vous faites preuve d'une foi toujours plus forte et vous accumulez les actions méritoires. C'est sans doute le résultat de liens, entre nous, encore plus anciens que ceux que nous aurions pu tisser au cours d'une ou deux vies.
Réponse à Ko nyudo (Minobu, le 12 avril 1275 à Ko nyudo et Ko-no-ama)

Tout dernièrement, surtout, j'ai été condamné à mort mais, pour une raison que j'ignore, le gouvernement a préféré m'exiler sur l'île de Sado. Parmi tous ceux qui y sont envoyés, beaucoup meurent ; rares sont ceux qui survivent. Et après être finalement parvenu sur mon lieu d'exil, j'ai été traité comme un criminel coupable de pire crime encore qu'un meurtre ou une rébellion. Dès mon départ de Kamakura, chaque jour de mon voyage vers Sado semblait m'amener de nouveaux ennemis, toujours plus puissants. Je ne rencontrais que des adeptes du Nembutsu. En traversant champs et montagnes, je prenais par méprise le sifflement du vent dans les herbes et les branchages pour une attaque de mes ennemis. Je suis arrivé enfin sur l'île de Sado. C'est une région du nord où les vents sont particulièrement forts en hiver. La neige y est épaisse, mes vêtements étaient minces et la nourriture rare. J'ai alors compris comment le mandarinier à feuilles simples, lorsqu'on le transplante dans un lieu différent, se change naturellement en un oranger à feuilles triples. Mon logis était une cabane de chaume délabrée au milieu d'un champ envahi par les mauvaises herbes, où l'on ensevelissait les morts. La pluie coulait par le toit et les murs ne protégeaient pas du vent. Jour et nuit, j'entendais seulement le son du vent sifflant jusque dans mes oreilles, et je n'avais d'autre vision chaque matin que celle de la neige recouvrant à perte de vue les chemins. J'avais l'impression d'être tombé tout vif dans le monde des esprits faméliques* et d'avoir été précipité dans l'un des enfers froids. Su Wu demeura captif pendant dix-neuf ans chez les Barbares du Nord en mangeant de la neige pour survivre, et Li Ling vécut pendant six ans dans une grotte, vêtu d'un manteau de paille : leur expérience devenait la mienne.
Lettre à Horen (Minobu, avril 1275 à Soya Kyoshin)

Le 12e jour du 9e mois de la 8e année de l'ère Bun'ei [1271], j'ai été de nouveau poursuivi par les autorités et, de façon expéditive, condamné à la décapitation. Certaines circonstances firent différer l'exécution. Et pour finir, je fus placé sous la garde de l'ancien gouverneur de Musashi dont le domaine incluait au nord l'île de Sado. Sur la proposition de ses subordonnés, je fus conduit sur cette île. Les habitants de l'île sont des barbares qui ignorent tout de la loi de causalité. Ils m'ont indéniablement traité avec brutalité. Mais je ne leur en conserve pas rancune. Car même le souverain du Japon, le seigneur de Sagami, qui aurait pu en comprendre le sens, ne fit aucune enquête sur les raisons de ma conduite qui n'avait d'autre but, en réalité, que de venir en aide au pays. Au contraire, au mépris de toute raison et de toute justice, il ratifia ma condamnation à mort. Puisqu'il n'y avait rien à attendre du meilleur de ses sujets, je n'éprouvais pas de haine à l'encontre des plus mauvais.
[...] Comme je l'avais prévu, j'ai été exilé, à deux reprises. [Au cours de la seconde de ces condamnations], pendant l'été de la 9e année de l'ère Bun'ei [1272], alors que je me trouvais sur l'île de Sado, je fus envoyé à Ichinosawa dans le domaine d'Ishida. Le seigneur de la région où j'étais assigné à résidence et ses hommes, en privé comme en public, me traitèrent avec plus de cruauté encore que si j'avais été l'ennemi juré de leurs parents en cette vie-ci et dans les vies antérieures. Mais le nyudo qui m'hébergeait dans sa demeure, ainsi que son épouse et les personnes à leur service, surmontant leur peur initiale, en privé ont manifesté leur pitié à mon égard, peut-être en raison de liens déjà formés dans une vie précédente. La nourriture octroyée par l'intendant de la région était très maigre. Et comme les disciples qui m'accompagnaient étaient assez nombreux, nous n'avions souvent guère plus de deux ou trois bouchées de riz par personne. Parfois, nous répartissions la nourriture sur les bouts d'écorce qui nous servaient d'assiettes, parfois nous la recevions simplement dans le creux de la main pour la manger aussitôt. A l'extérieur, le maître de maison semblait redouter les autorités, mais en privé il éprouvait pour nous une grande pitié et nous traitait avec bienveillance. Je ne l'oublierai jamais, dans aucune vie future. Il fut alors pour moi plus précieux que les parents qui m'avaient donné la vie. La dette que j'ai contractée à son égard est si grande que je dois m'en acquitter à tout prix. Encore moins pourrais-je manquer à la promesse que je lui ai faite.
[...] Quand la nonne de Kamakura (note) quitta Sado, elle manquait d'argent pour rentrer chez elle. Bien à contrecœur, j'ai demandé au nyudo de pourvoir à ses frais, et maintenant je le regrette. J'aurais pu évidemment me contenter de rembourser cette somme d'argent en y ajoutant les intérêts. Mais mes disciples m'ont fait remarquer que cela ne correspondait pas à la promesse faite. J'ai longtemps hésité sur la décision à prendre, mais je ne veux surtout pas agir comme un irresponsable ou un menteur. Voilà pourquoi j'ai décidé, en définitive, de vous offrir un exemplaire complet du Sutra du Lotus en dix volumes. Et parce que la grand-mère du nyudo m'a paru plus attirée par la croyance dans le Sutra que le nyudo lui-même, c'est à vous que je le confie pour elle.
[...] Qu'adviendra-t-il lorsque les Mongols lanceront une nouvelle invasion  ? Quand, par milliers et par millions les guerriers mongols encercleront le Japon, que se passera-t-il  ? Leurs forces venues du nord attaqueront tout d'abord l'île de Sado. En peu de temps, ils tueront les intendants et gouverneurs de la région. Et quand les paysans tenteront de s'enfuir dans les montagnes du nord, ils seront tués, faits prisonniers ou mourront dans les montagnes.
Lettre au nyudo d'Ichinosawa (Minobu, le 8 mai 1275, à l'épouse du nyudo d'Ichinosawa)

Alors que j'envisageais la possibilité de vous rendre visite, vous m'avez fait parvenir un vêtement. Je ne m'attendais pas du tout à tant de prévenance. Parce que le Sutra du Lotus est le plus noble de tous les sutras, il est possible que j'exerce un jour plus d'influence. En ce cas, soyez assurée que je veillerai sur vos enfants, que vous soyez encore en vie ou non. Pendant mon exil à Sado, puis durant mon séjour ici, vous avez envoyé votre serviteur à mon secours. Ni dans cette vie, ni dans les vies futures, je n'oublierai ce que vous avez fait pour moi. Je ne manquerai pas de m'acquitter de ma dette de reconnaissance à votre égard.
A l'Hiver Succède Toujours le Printemps (Minobu, mai 1275, à Myoichi-Ama)

Si les forces japonaises et mongoles s'étaient livré bataille, si les prières des maîtres du Shingon avaient prouvé leur efficacité, et si le Japon avait remporté la victoire grâce à elles, on pourrait alors dire que le Shingon est précieux. Mais au moment du soulèvement de Jokyu, bien qu'un nombre considérable de moines aient prié pour la victoire des forces impériales et proféré des malédictions à l'encontre des forces du shogunat de Kamakura, c'est le chef de ces dernières, Gon no Tayu, qui fut vainqueur. Cela valut à l'empereur retiré Go-Toba d'être exilé sur l'île d'Oki et à ses fils d'être bannis sur l'île de Sado et dans une autre province. Tel fut l'effet des prières Shingon pour la victoire. En fin de compte, elles eurent le même effet que les glapissements du renard yakkan qui permettent de le découvrir, et les malédictions, exactement comme il est dit dans le Sutra du Lotus à propos de ceux qui attaquent les pratiquants de ce Sutra, "se sont retournées contre ceux qui les ont prononcées."(réf.)
Le choix en fonction du temps (Minobu, 10 juin 1275 ; adressé à Yui)

Lorsque je fus banni sur cette île de la mer du Nord, je n'avais ni suffisamment de nourriture pour vivre, ni même des vêtements en lianes de glycines tressées pour me couvrir le corps. Les habitants, moines aussi bien que laïcs de cette province, ont été encore plus hostiles à mon égard que les hommes et les femmes de la province de Sagami. Abandonné dans un champ, sans protection contre la neige, j'ai survécu en mangeant des herbes. [...] Toutefois, alors que je vivais ainsi dans votre pays, vous et votre mari [Ko nyudo], en vous cachant du regard des autres, de nuit, vous m'avez apporté de quoi manger. En certaines occasions, sans craindre la menace des autorités provinciales, vous n'avez pas hésité à lier votre sort au mien. C'est pourquoi, malgré tant de difficultés endurées dans cette province, au moment de vous quitter, j'ai ressenti comme un regret de partir. C'était comme si j'avais été retenu par le col ou comme si j'avais été repoussé en arrière à chaque pas que je faisais pour m'éloigner.
Lettre à Ko no ama Gozen (Minobu le 16 juin 1275 à Ko-no ama Gozen)

J'ai également reçu le kimono d'été que vous m'avez fait parvenir, depuis l'île de Sado jusqu'ici, en cette région de montagne éloignée, le domaine d'Hakiri dans la province de Kai. Il est dit, dans le quatrième volume du Sutra du Lotus, au chapitre Hosshi* (X) : "La personne qui cherche la Voie du Bouddha et qui, pendant un kalpa, joignant les mains devant moi, récitera d'innombrables stances à ma louange, parce qu'elle aura ainsi fait l'éloge du Bouddha, obtiendra des bienfaits incommensurables. Mais la bonne fortune qu'obtiendront ceux qui louent et honorent les pratiquants de ce Sutra sera plus grande encore."
[...] Ainsi, à certains moments, j'ai été calomnié par plusieurs centaines de personnes ; à un autre moment, confronté à mille personnes à la fois, j'ai été persécuté par le sabre et par le bâton. J'ai été chassé de ma demeure et banni de ma province. Finalement, à deux reprises, j'ai encouru la disgrâce du régent du pays, étant une première fois exilé à Izu, et une seconde fois, sur l'île de Sado. Lorsque je fus banni sur cette île de la mer du Nord, je n'avais ni suffisamment de nourriture pour vivre, ni même des vêtements en lianes de glycines tressées pour me couvrir le corps. Les habitants, moines aussi bien que laïcs de cette province, ont été encore plus hostiles à mon égard que les hommes et les femmes de la province de Sagami. Abandonné dans un champ, sans protection contre la neige, j'ai survécu en mangeant des herbes. J'avais l'impression de connaître le sort de Su-Wu qui survécut pendant dix-neuf ans dans la terre des barbares du nord en mangeant de la neige, ou de Li-ling, emprisonné pendant six ans dans une grotte au bord de la mer du Nord. J'ai connu ces épreuves sans avoir commis le moindre crime, mais seulement pour avoir voulu sauver tous les habitants du Japon. Toutefois, alors que je vivais ainsi en exil dans votre pays, vous et votre mari, en vous cachant du regard des autres, de nuit, vous m'avez apporté de quoi manger. En certaines occasions, sans craindre la menace des autorités provinciales, vous n'avez pas hésité à lier votre sort au mien. C'est pourquoi, malgré tant de difficultés endurées dans cette province de Sado, au moment de vous quitter, j'ai ressenti comme un regret de partir. C'était comme si j'avais été retenu par le col ou comme si j'avais été repoussé en arrière à chaque pas que je faisais pour m'éloigner.
Lettre à Ko-no ama Gozen (Minobu le 16 juin 1275 à Ko-no ama Gozen)

Quand j'étais à Kamakura, à l'exception des pratiquants du Nembutsu et des autres écoles [dont les croyances étaient visiblement erronées], il m'était difficile de déterminer, parmi les croyants du Sutra du Lotus, ceux dont la croyance était superficielle ou profonde. Cela, je ne l'ai compris qu'après avoir encouru la disgrâce des autorités. Depuis ma condamnation à l'exil sur l'île de Sado, personne n'était venu me rendre visite. Vous seule, une femme, m'avez manifesté votre sincérité [par diverses offrandes] et avez personnellement fait le voyage pour venir me voir.
La suprématie du Dharma (Minobu, 4 août 1275, à Oto, fille de Nichimyo)

Je savais déjà que, tôt ou tard, les armées étrangères attaqueraient le Japon. Aussi ai-je présenté des remontrances au bakufu pendant la journée et parlé à mes disciples la nuit sans peur de l’exécution par le sabre et de le bâton ou du châtiment du shogunat, faisant ainsi le voeu devant les bouddhas et les divinités de sauver mon pays de la destruction, même si cela devait me coûter la vie. Mes remontrances ne furent cependant pas écoutées, car les prêtres des écoles Shingon, Zen, Jodo et Ritsu m’accablaient régulièrement de fausses accusations. De plus, je fus à maintes reprises attaqué à coups de sabre de bâton, exilé par deux fois - à Izu et à Sado -, du fait de la disgrâce du shogunat, et fus sur le point d’être décapité à Tatsunokuchi.
Réponse à Gonin (Minobu, le 26 décembre 1275)

Le 2e mois de l'année dernière, j'ai été gracié, et le 13e jour du 3e mois j'ai quitté la province de Sado pour arriver à Kamakura le 26e jour du même mois. Le 8e jour du 4e mois, j'ai rencontré Hei no Saemon. Il m'a posé plusieurs questions au cours de la discussion, et m'a demandé : "Quand les Mongols lanceront-ils une invasion contre le Japon  ? "
[...] Tout ce que j'ai pu dire avait pour seul but de sauver les autres, et cela m'a valu une haine féroce. Par conséquent, une fois gracié de la peine d'exil, et libre de quitter l'île de Sado, peut-être aurais-je dû aller me cacher au coeur des montagnes ou aux confins d'un lointain littoral. Mais j'ai préféré me rendre à Kamakura pour redire tout cela une dernière fois à Hei no Saemon, dans l'espoir de sauver les éventuels survivants d'une invasion du Japon [par les Mongols]. Une fois présentées mes remontrances, je savais qu'il était préférable de ne pas rester à Kamakura. Je me mis donc en route, laissant mes pieds me conduire où ils le voudraient.
Réponse au nyudo Takahashi (Minobu, 1275 au nyudo Takahashi Rokuru Hyoe)

Dans le neuvième mois de la huitième année de Bun'ei (1271), quand le marqueur inverse de Jupiter était au ciel sous le signe cyclique kanoto-hitsuji, j'ai encouru la disgrâce des autorités et j'ai été envoyé en exil à Sado, une île dans la mer du nord. Lorsque je vivais à Kamakura, dans la province de Sagami, j'avais une certaine nostalgie de la province d'Awa, celle où je suis né. Mais, bien que ce fut ma région natale, pour une raison ou pour une autre, j'avais du mal à me sentir proche des gens du pays et je m'y rendais donc très rarement. Puis j'ai été arrêté et condamné à mort, mais, au lieu d'être exécuté, j'ai été banni. Puisque j'étais expulsé loin de ma région, il semblait peu probable, à moins d'événements extraordinaires, que je puisse retourner à Kamakura. Je ne pourrais donc jamais plus me rendre sur la tombe de mes parents. En pensant à cela, j'éprouvais des remords tardifs. Je me demandais, le coeur empli de regrets, pourquoi, avant de me trouver dans cette situation, même s'il avait fallu pour cela traverser mer et montagnes, je n'avais pas été, sinon chaque jour, au moins une fois par mois, prier sur la tombe de mes parents et m'enquérir de la santé de mon maître.
[...] A chaque fois qu'il apercevait la lune à l'est, il se consolait en pensant que cette même lune devait briller au-dessus du Mont Mikasa dans sa province natale, et que les gens de là-bas, au même moment, devaient l'admirer. J'étais moi aussi en proie au même sentiment, lorsque, précisément, j'ai reçu de ma province natale le vêtement que vous m'avez fait parvenir par l'intermédiaire d'une personne qui se rendait à l'île de Sado. Une simple lettre attachée à la patte d'une oie sauvage suffit à rendre à Su-Wu le goût de la vie, alors que moi j'ai reçu ce vêtement  ! Mes raisons de me réjouir sont incomparablement plus grandes que les siennes.
[...] J'étais donc convaincu que désormais je n'aurais plus à attendre ma libération très longtemps. En effet, une lettre de pardon, datée du quatorzième jour du deuxième mois de la onzième année de Bun'ei [14 février 1274], m'est parvenue le huitième jour du troisième mois [8 mars] sur l'île de Sado. Je quittai mon lieu de résidence sur l'île de Sado le 13 du même mois, et fis escale au port de Maura, le 14 ; le 15, j'aurais dû être à Teradomari, dans la province d'Echigo, mais un grand vent empêcha mon navire d'arriver au port. Mais heureusement, après deux jours en mer, nous sommes arrivés à Kashiwazaki. Le lendemain, je me trouvai au siège provincial d'Echigo.
Lettre à Konichi-bo (Minobu, mars 1276 à la veuve Konichi, mère de Yashiro)

Certes, le gouvernement n'avait absolument aucune raison d'agir à mon égard comme il l'a fait, mais même avant de rencontrer ces difficultés je savais qu'elles se produiraient. J'avais donc décidé, quoi qu'il m'arrive, de ne jamais conserver de rancune contre personne. Cette détermination a peut-être agi comme une sorte de prière car maintenant je suis sain et sauf, et j'ai survécu aux diverses persécutions. Quelle aide m'a permis de ne pas mourir de faim sur l'île de Sado et de réciter, jusqu'à ce jour, le Sutra du Lotus dans ces montagnes  ? La vôtre. Et si l'on se demande qui vous a permis d'offrir une telle aide, il faut admettre que c'est votre seigneur le nyudo Ema. Même s'il n'avait pas conscience de m'aider, ce qu'il a fait équivaut incontestablement à une sorte de prière en ma faveur. Et du même coup, cette prière de votre seigneur est devenue une prière pour vous.
La consécration d'une statue du bouddha (Minobu, le 15 juillet 1276 à Shijo Kingo)

Pourtant [lorsque la guerre éclata], les forces impériales furent incapables de résister plus de deux ou trois jours. Finalement, les trois empereurs retirés furent exilés respectivement sur les îles de Sado [exil de Juntoku] et d'Oki [exil de Go-Toba], et dans la province d'Awa (note) et c'est là qu'ils moururent.
[...] Dans la nuit du douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun'ei (1271), signe cyclique kanoto-hitsuji, je devais être décapité à Tatsunokuchi dans la province de Sagami. Mais, pour une raison mystérieuse, l'exécution fut reportée à plus tard et, cette nuit-là, je fus conduit en un lieu appelé Echi. Dans la nuit du treizième jour, les gens menèrent grand tapage en disant que j'avais été gracié. Mais, de nouveau, pour une raison que j'ignore, je fus condamné à l'exil sur l'île de Sado. Alors que le bruit courait que je serais décapité d'un jour à l'autre, j'ai passé quatre années sur l'île de Sado (note). Le quatorzième jour du deuxième mois de la onzième année de Bun'ei (1274), signe cyclique kinoe-inu, je fus gracié. Le vingt-sixième jour du troisième mois de la même année, je revins à Kamakura et, le huitième jour du quatrième mois, j'eus une entrevue avec Hei no Saemon. Je lui ai dit beaucoup de choses et notamment que les Mongols envahiraient certainement le Japon dans l'année. Puis, le douzième jour du cinquième mois, j'ai quitté Kamakura pour m'installer dans cette montagne [Minobu].
[...] De plus, il me semble que, en toutes circonstances, on devrait éprouver de la compassion envers ses propres enfants ou disciples et se préoccuper de leur sort. Dozen-bo n'était pas entièrement sans pouvoir, et pourtant, tout au long de mon exil sur l'île de Sado, pas une seule fois il n'essaya de me rendre visite. Cela ne ressemble guère au comportement d'un pratiquant du Sutra du Lotus.
Traité sur la dette de reconnaissance (Minobu, le 21 juillet 1276, à Joken-bo et Gijo-bo)

Je quittai Echi le dixième jour du dixième mois [10 octobre 1271], et arrivai sur l'île de Sado le 28 du même mois. Le premier jour du onzième mois [1er novembre], on me conduisit dans un ermitage construit dans un champ, derrière la demeure de Homma Rokuro Zaemon, en un lieu appelé Tsukahara. Cette masure d'à peine deux mètres carrés se trouvait sur un terrain vague où l'on abandonnait les cadavres, l'équivalent de Rendaino, à Kyoto. Pas la moindre statue de Bouddha n'était enchâssée, les quatre murs étaient disjoints, et la toiture percée de toutes parts. S'il neigeait, la neige s'accumulait sans jamais fondre. Je restai là nuit et jour, sur une peau de bête, enveloppé dans un manteau de paille. La nuit, il grêlait ou neigeait, il y avait le tonnerre et la foudre. Même dans la journée, le soleil se montrait à peine. C'était un lieu à vous décourager de vivre.
[...] Autour de l'ermitage de Tsukahara, la neige s'était accumulée, interdisant toute autre visite que celle du vent déchaîné. J'avais le Maka Shikan et le Sutra du Lotus constamment sous les yeux, et constamment aux lèvres Namu Myoho Renge Kyo. Je passais les soirées à discourir, face à la lune et aux étoiles, sur les erreurs des autres écoles et sur la profondeur du Sutra du Lotus. Puis ce fut la nouvelle année. En tous lieux, l'esprit des hommes reste toujours aussi changeant. La rumeur me parvint que les moines du Ritsu et du Nembutsu, sur l'île de Sado, parmi lesquels Yuiamidabutsu, Shoyu-bo, Insho-bo et Jido-bo, et des centaines de leurs disciples s'étaient réunis pour décider de mon sort. L'un d'eux aurait déclaré : "Le moine Nichiren, ennemi déclaré du bouddha Amida et mauvais ami du peuple tout entier, a été envoyé dans cette province. Nous le savons, rares sont ceux qui, ayant été exilés sur cette île, ont survécu. Et aucun survivant n'est jamais rentré chez lui. Personne ne sera condamné pour avoir tué un banni. Nichiren vit seul en un lieu appelé Tsukahara. Si vigoureux et si puissant qu'il soit, s'il n'a pas de voisins, que pourra-t-il faire  ? Allons là-bas en force avec arcs et flèches et tuons-le, puisqu'il n'y a personne dans le voisinage." Un autre a dit  : "En tout cas, il devait être décapité, mais son exécution a été remise à plus tard parce que la femme du Régent Hojo est sur le point d'accoucher. Mais ce n'est qu'un ajournement temporaire. J'ai entendu dire qu'il serait certainement exécuté." Un troisième a suggéré  : "Pourquoi ne pas demander au seigneur de notre région, Homma Rokuro Zaemon, de le décapiter  ? Et s'il refuse, pourquoi ne pas le faire nous-mêmes  ? " Les avis étaient partagés sur ce point. Finalement, des centaines de personnes se réunirent dans la résidence du connétable (note) pour prendre une décision.
Homma Rokuro Zaemon leur déclara  : "Le gouvernement nous a fait parvenir une lettre officielle stipulant que le condamné ne doit pas être exécuté. Il ne s'agit pas d'un exilé ordinaire et méprisable. Il est victime de calomnies. Et si par erreur on attente à sa vie, on m'en tiendra pour responsable. Plutôt que de le tuer, pourquoi ne pas débattre avec lui de la doctrine?" Obéissant à cette suggestion, les moines du Nembutsu et d'autres écoles, accompagnés de leurs acolytes portant les trois sutras du Jodo, le Maka Shikan, les sutras du Shingon ou autres textes sous le bras ou accrochés à leur cou, se réunirent à Tsukahara le seizième jour du premier mois [16 janvier]. Ils vinrent non seulement de la province de Sado, mais aussi des provinces voisines, d'Echigo, d'Etchu, de Dewa, de Mutsu et de Shinano. Plusieurs centaines de personnes se rassemblèrent dans le grand jardin devant l'ermitage et dans le champ voisin. Avec Homma Rokuro Zaemon étaient venus ses frères, tous les membres de son clan, ainsi que des moines séculiers, en grand nombre.
Les moines du Nembutsu répétaient leurs médisances, les maîtres Shingon étaient pâles de colère, les moines du Tendai juraient qu'ils gagneraient le débat. Les laïcs criaient avec haine  : "Le voilà, cet ennemi du bouddha Amida dont on nous a tant parlé  ! " Le tonnerre de leurs voix chargées d'insultes aurait pu faire trembler la terre. Je les laissai s'époumoner un instant, puis leur dis finalement  : "Que tout le monde se calme  ! Vous êtes tous venus ici à Sado pour un débat. Les insultes n'ont aucune utilité." Homma et ses compagnons approuvèrent, certains d'entre eux attrapèrent par le col les moines du Nembutsu qui vociféraient et les repoussèrent plus loin.

[...] Sur ces entrefaites, un navire atteignit l'île de Sado le 18 février, apportant la nouvelle que des combats avaient éclaté à Kamakura et même à Kyoto, causant des souffrances indescriptibles  ! Rokuro Zaemon et ses hommes embarquèrent la nuit même sur des bateaux rapides pour Kamakura. Il vint me saluer avant son départ et me dit en joignant respectueusement les mains : "Aidez-moi  ! J'ai douté de l'exactitude des paroles, o combien respectables, que vous avez prononcées le 16 janvier au départ de Tsukahara, mais elles se sont vérifiées en moins de trente jours. L'attaque des Mongols est à peu près certaine, et il est non moins certain que les adeptes du Nembutsu sont promis à l'enfer avici. Jamais plus je ne réciterai l'invocation du Nembutsu."
Sur le comportement du Bouddha (Minobu, 1276, à Konichi-ama)

Dans votre lettre officielle, vous déclarez également : "Je révère l'aîné du temple Gokuraku-ji (Ryokan) comme la réincarnation de l'Honoré du monde." Or, à cela, je ne peux pas souscrire. En voici la raison : si ce que dit le Sutra est vrai, le sage Nichiren est l'envoyé du Bouddha qui atteignit la bodhéité dans le passé infini, la manifestation provisoire (note) du bodhisattva Jogyo, le Pratiquant de l'enseignement essentiel* du Sutra du Lotus, et le grand guide dans la cinquième période de cinq cents ans après la disparition du Bouddha. Voulant faire exécuter ce sage, le moine Ryokan a présenté une lettre de pétition aux autorités demandant qu'il soit décapité, mais, pour une certaine raison, la condamnation n'a pas été exécutée et s'est changée en bannissement sur l'île lointaine de Sado. Cela ne serait-il pas une nouvelle manigance du moine Ryokan  ? Je joins à ma lettre une copie de la pétition de ce moine.
Lettre de pétition de Yorimoto (Minobu, le 25 juin 1277, requête au seigneur Ema au nom de Shijo Kingo)

Même si moi, Nichiren, j'ai pu endurer des attaques à coups de canne et de bâton, de tuiles et de pierres, des calomnies et des persécutions des autorités, comment des laïcs qui ont femme et enfants et qui ignorent le bouddhisme pourraient-ils faire de même  ? Il aurait parfois mieux valu pour eux qu'ils n'aient jamais eu foi dans le Sutra du Lotus. S'ils ne parviennent pas à conserver jusqu'au bout leur croyance, n'ayant qu'une foi éphémère, ils deviendront un objet de risée pour les autres. En pensant à cela, j'ai éprouvé des regrets pour vous. Mais, aux moments où j'ai subi des persécutions répétées, aussi bien que tout au long des deux peines d'exil [voir Izu et Sado] auxquelles j'ai été condamné, vous avez gardé une foi inébranlable.
Mise en garde contre l'attachement à son domaine (Minobu, juillet 1277, à Shijo Kingo)

En tant que vassal, vous et votre famille avez une dette profonde à l'égard de votre seigneur. De plus, il a montré à votre égard une grande clémence en n'engageant aucune action contre votre clan lorsque j'ai été exilé à Sado et quand j'étais haï par la nation entière. Beaucoup de mes disciples ont vu leurs terres saisies par le gouvernement, et furent alors destitués, ou chassés des terres de leurs seigneurs. Même s'il ne vous manifeste plus désormais la moindre considération, ne nourrissez pas de rancune envers votre seigneur. Il serait déraisonnable d'attendre de lui une nouvelle faveur, simplement parce que vous êtes peu disposé à vous rendre dans un nouveau fief.
Les Huit Vents (Minobu, 1277 à Shijo Kingo)

Les 82e, 83e et 84e souverains sous forme humaine, nommément l'empereur retiré d'Oki [Go-Toba], qui avait pris la tonsure, l'empereur retiré d'Awa [Tsuchimikado] et l'empereur retiré de Sado [Juntoku], ainsi que l'empereur régnant [Chukyo] - demandèrent tous quatre au patriarche et administrateur des moines de l'école Tendai, Jien, ainsi qu'à plus de quarante autres moines éminents, parmi lesquels l'omuro et les moines du Mii-dera, d'offrir des prières pour vaincre Yoshitoki, le "Général Taira". Mais, cette fois encore, le principe de la flèche "se retournant contre celui qui l'a lancée" fut vérifié, et ces quatre souverains furent bannis sur les îles lointaines dont je viens de citer le nom.
La conversion d'un père (Minobu en 1277 à Ikegami Hyoe-no-sakan Munenaga)

Pour ce qui est de mes enseignements, considérez ceux qui précèdent mon exil sur l'île de Sado comme l'équivalent des enseignements du Bouddha antérieurs au Sutra du Lotus. [Je pensais alors que, ] si le souverain du pays s'était soucié de gouverner de manière sage, il aurait organisé un débat public entre les moines de l'école Shingon et moi, et que cela m'aurait donné l'occasion de révéler le véritable enseignement de suprême importance. [Avant mon exil] je n'ai rien révélé de cet enseignement, même en secret, à mes disciples de peur que les moines du Shingon, en ayant pris connaissance, refusent de débattre avec moi. C'est pourquoi je ne vous ai pas révélé cet enseignement à vous non plus. Mais dans la nuit du douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun'ei [1271], j'ai failli être décapité à Tatsunokuchi. Depuis lors, j'ai regretté de n'avoir encore révélé la vérité à aucun de ceux qui me suivent. [Pour cette raison, ] j'ai secrètement partagé cet enseignement avec mes disciples sur l'île de Sado.
Lettre à Misawa (Minobu, le 23 février 1278 à Misawa)

Sur ces entrefaites, un navire atteignit l'île de Sado le 18 février, apportant la nouvelle que des combats avaient éclaté à Kamakura et même à Kyoto, causant des souffrances indescriptibles  ! Rokuro Zaemon et ses hommes embarquèrent la nuit même sur des bateaux rapides pour Kamakura. Il vint me saluer avant son départ et me dit en joignant respectueusement les mains : "Aidez-moi  ! J'ai douté de l'exactitude des paroles, o combien respectables, que vous avez prononcées le 16 janvier au départ de Tsukahara, mais elles se sont vérifiées en moins de trente jours. L'attaque des Mongols est à peu près certaine, et il est non moins certain que les adeptes du Nembutsu sont promis à l'enfer avici. Jamais plus je ne réciterai l'invocation du Nembutsu."
[...] Malgré cela, lorsque je fus exilé sur l'île de Sado, le gouverneur de la région et les autres dignitaires, respectueux des intentions du Régent, m'ont traité avec hostilité. Et les gens du peuple suivent leurs ordres. De Kamakura, les adeptes du Nembutsu et les moines du Zen, du Ritsu et du Shingon ont envoyé des instructions pour qu'il me soit impossible de revenir [de l'île de Sado] ; et Ryokan, du Gokuraku-ji, avec d'autres, persuada Hojo Nobutoki, de promulguer en son nom personnel des mesures encore plus répressives à l'égard de Nichiren qui furent transmises à Sado par des disciples de Ryokan. Il semblait donc impossible que je puisse rentrer indemne. J'ignore quel était le dessein du Ciel, mais le seigneur et les fervents adeptes du Nembutsu ont surveillé jour et nuit mon ermitage afin d'empêcher quiconque de venir me voir. Malgré cela, vous m'avez envoyé à plusieurs reprises Abutsu-bo, de nuit, portant sur son dos des vivres dans une hotte de bois. Comment pourrais-je jamais l'oublier  ? C'était comme si, soudain, ma mère défunte était revenue à la vie sur l'île de Sado !
[...] De plus, il est facile de se préoccuper d'une personne que l'on a constamment sous les yeux, mais c'est bien différent quand elle est loin, même si, peut-être, dans notre coeur nous ne l'oublions pas. Pourtant, au cours des cinq dernières années, de la 11e année de l'ère Bun'ei [1274] à celle-ci, 1re année de l'ère Koan [1278], depuis que j'habite dans ces montagnes, vous avez par trois fois envoyé votre mari de la province de Sado pour me rendre visite. Quelle profonde sincérité  !
Le sutra permettant véritablement d'honorer sa dette (Minobu, le 28 juillet 1278 à Sennichi-ama)

Le 82ème empereur Go-Toba abdiqua et devint moine bouddhiste. De sa retraite, l’empereur Go-Toba captura et tua Ida Taro, le gouverneur de Kyoto le 15 mai 1222, premier pas dans une tentative pour renverser le régime de Kamakura de Hojo Yoshitoki. Il mobilisa alors des guerriers dans tout le pays en vue d’annihiler le régime des Hojo par la force. Au contraire, il fut battu et finalement exilé dans l’île d’Okinoshima. De ses deux fils, l’empereur Juntoku fut envoyé à l’île de Sado, et l’autre, le précédent empereur Tsuchimikado, fut exilé à Awa. Et les sept subordonnés de Go-Toba furent tous décapités. Pourquoi Go-Toba a-t-il perdu la bataille d’une telle manière  ? Comme ancien empereur, Go-Toba aurait dû être capable de détruire Hojo Yoshitoki, un officiel de bas niveau, comme le faucon attrape un faisan, ou un chat capture un rat, mais ce fut exactement le contraire.
Questions - réponses concernant l’objet de vénération (Minobu,  septembre 1278 à Joken-bo)

Il faut parcourir mille ri en traversant mer et forêts pour venir de Sado jusqu'à cette province. Vous êtes une femme, et vous avez fermement maintenu votre foi dans le Sutra du Lotus  ; au fil des ans, très souvent, votre mari est venu me voir de votre part. Il est certain que le Sutra du Lotus, Shakyamuni, Taho et tous les autres bouddhas des dix directions connaissent votre ferveur. Par exemple, bien que la lune, dans le ciel, se trouve à une hauteur de quarante mille yojana, sur la terre, à la surface d'un étang, son reflet apparaît instantanément  ; et le son du tambour à la Porte du Tonnerre (note) est immédiatement entendu à dix millions de ri de là. Même si vous êtes restée à Sado, votre cœur est venu dans cette province.
Le tambour à la porte du Tonnerre (Minobu, 19e jour du 10 mois (intercalaire) 1278, à Sennichi-ama)

[Vous dites que] votre nouveau domaine est trois fois plus grand que [votre ancien fief de] Tono'oka. Un homme de Sado habite en ce moment ici [à Minobu] et connaît parfaitement l'endroit. Selon lui, l'un des trois villages, Ikada, est de tout premier ordre. Les champs et les rizières n'y sont pas très nombreux, mais d'un très grand rapport. Il dit que les récoltes, dans deux domaines de cette région, rapportent chaque année mille kan, et dans le troisième, trois cents kan. Voilà ce que j'ai appris sur vos terres.
L'octroi d'un nouveau domaine (Minobu, octobre 1278, à Shijo Kingo)

Toutefois, au cours des vingt-sept dernières années, Nichiren fut exilé dans la province d'Izu, le douzième jour du cinquième mois de la première année de Kosho (1261)  ; il fut blessé au front, et eut la main gauche cassée, le onzième jour du onzième mois de la première année de Bun'ei (note). Il devait être exécuté le douzième jour du neuvième mois dans la huitième année de Bun'ei (1271) au lieu de quoi il fut exilé dans la province de Sado. De plus, beaucoup de ses disciples furent assassinés ou blessés, bannis ou écrasés d'impôts. Je ne sais pas si ces épreuves égalent ou surpassent celles du Bouddha.
Sur les persécutions subies par le Bouddha (Minobu, le 1 février ou 1er octobre 1279 Shijo Kingo)

Tout en continuant ainsi à faire connaître mes enseignements, j'ai été chassé d'un lieu à l'autre, contraint d'aller d'un bout à l'autre du Japon comme un bout de bois flottant sur la mer, à la merci du vent, ou comme une plume minuscule s'élevant dans les airs, planant ici et là, tantôt montant, tantôt descendant. A certains moments, j'ai été battu, arrêté, blessé, ou exilé en terre lointaine. Parfois mes disciples ont été tués, parfois j'ai été moi-même banni. Puis, le 12e jour du 9e mois de la huitième année de Bun'ei (1271), j'ai subi la colère du gouvernement, pour être ensuite envoyé en exil dans une province du Nord, sur l'île de Sado. Sans que j'aie transgressé, si peu que ce soit, les lois séculières, les autorités m'ont accusé en disant : "Ce moine est allé jusqu'à prétendre que les défunts nyudo des temples Saimyo-ji et Gokuraku-ji [Hojo Tokiyori] sont tombés en enfer. Il est pire qu'un traître." On était sur le point de me décapiter au lieudit Tatsunokuchi, à Kamakura, dans la province de Sagami, mais, ensuite, il semble qu'on en ait décidé autrement. Les autorités ont peut-être pensé : "Certes, son crime est abominable, mais il pratique le Sutra du Lotus. Si nous lui infligeons une mort brutale, qui sait quel désastre pourrait se produire  ? D'ailleurs, si nous l'abandonnons sur une île lointaine, il mourra certainement d'une manière ou d'une autre. Il est non seulement honni par le souverain, mais les gens du peuple le détestent autant que s'il était l'ennemi de leurs parents. Il sera probablement tué ou mourra de faim, soit en route vers Sado, soit une fois arrivé dans cette province." C'est de cette manière qu'ils ont décidé de se débarrasser de moi.
Lettre au nyudo Nakaoki (Minobu, le 30 novembre 1279 au nyudo Nakaoki et à son épouse)

Le souverain Takahira* fit appeler Jien*, administrateur des moines et grand patriarche de l'école Tendai, ainsi que d'autres moines éminents des temples To-ji, Omuro [en fait, le temple Ninna-ji] et d'autres - quarante et une personnes au total. Il fit dresser pour eux, à la cour du palais impérial, un grand autel afin qu'ils prient pour la victoire sur Yoshitoki [l'administrateur provisoire du secteur ouest de la capitale]. Mais, au septième jour de leurs prières, qui se trouvait être le 14e jour du 6e mois, la capitale fut envahie par les forces de Yoshitoki, la famille impériale exilée dans la province d'Oki ou sur l'île de Sado, et le grand patriarche et les moines du temple Omuro ainsi que de divers autres temples furent sévèrement punis, certains allant jusqu'à mourir de désespoir.
Lettre à Akimoto (Minobu, le 27 janvier 1280, à Akimo to)

Le défunt Abutsu-bo était l'habitant d'une île sauvage de la mer du Nord, au Japon. Mais craignant pour sa vie future, il se fit moine et pria pour son bonheur dans la vie prochaine. En me rencontrant, moi, Nichiren, exilé [sur l'île de Sado], il adopta la pratique du Sutra du Lotus et, au printemps dernier, il est devenu bouddha. Après avoir rencontré le Dharma bouddhique, le renard du Mont Shita (note) n'éprouva plus aucun goût pour la vie et souhaita mourir. Il renaquit par la suite sous la forme du dieu Taishaku. De même, Abutsu Shonin se lassa de vivre en cette époque impure et ainsi devint bouddha.
Le trésor d'un enfant dévoué à ses parents (Minobu, été 1280 à Sennichi-ama)

Il y a plus. Exilé à Sado, enfoui sous les neiges de cette île de la mer septentrionale et exposé aux vents violents venus des monts du nord, ma survie même paraissait peu probable. Abandonné par des amis de longue date, mes chances de revoir un jour mon pays natal semblaient aussi faibles que la possibilité, pour un rocher si lourd que mille bras ont peine à le soulever, de remonter à la surface du fond de l'océan. N'étant qu'un simple mortel, j'avais la nostalgie de mon village natal et de ses habitants.
[...] Pourtant en ce qui me concerne, si peu probable que fut mon éventuelle réapparition [dans le monde], je ne sais trop pour quelle raison, au printemps de la 11e année de Bun'ei [1274], je fus gracié. Prenant alors le chemin du retour, je revins à Kamakura. Réfléchissant à ces événements, je pense désormais m'être totalement libéré de mes fautes passées. En une occasion, j'ai failli perdre la vie. A l'ère Kocho, je fus exilé dans la province d'Izu, et à l'ère Bun'ei, je fus banni sur l'île de Sado. C'est pour avoir, à plusieurs reprises, adressé des remontrances aux autorités que j'ai suscité de constantes persécutions. Mais par là même, il est absolument impossible de m'accuser d'être un "ennemi du bouddhisme" (note).
Réponse au seigneur Shijo Kingo (Minobu, le 8 octobre 1280 à Shijo Kingo)

Hachiman a juré de résider sur la tête de cent souverains (note). Pourtant, il ne s'est manifesté sur celle d'aucun des cinq souverains de notre pays, nommément le 81e empereur sous forme humaine, Antoku, le 82e, l'empereur retiré d'Oki [Go-Toba] ; le 83e, l'empereur retiré d'Awa [Tsuchimikado], le 84e, l'empereur retiré de Sado [Juntoku] ; le 85e, l'empereur d'Higashi, Ichijo [Chukyo]. Il refusa de le faire parce que c'étaient des personnes à l'esprit retors et faussé. Mais il prit résidence sur la tête de Yoritomo et de Yoshitoki qui n'étaient pourtant que de simples serviteurs du trône. Cela, sans aucun doute parce qu'ils étaient honnêtes.
Sur le Bodhisattva Hachiman (Minobu, décembre 1280, à Nichigen-nyo, l'épouse de Shijo Kingo)

 

haut de la page
Retour au dictionnaire