Traité sur la dette de reconnaissance

(Sur l'acquittement des dettes de reconnaissance)

Lettres et traité de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 4, p. 199; SG* p. 694.
Gosho Zenshu p. 293 - Hoon Sho

Minobu, le 21 juillet 1276,
à Joken-bo et Gijo-bo

Le vieux renard n'oublie jamais la colline sur laquelle il est né (réf.). La tortue blanche rendit à Mao Bao la faveur qu'elle avait reçue de lui (réf.). Si même des animaux sont capables de se conduire ainsi, comment des êtres humains pourraient-ils ne pas le faire ? Ainsi Yu fang, un preux de l'antiquité, s'empala sur son épée pour s'acquitter de sa dette envers [son seigneur] Zhi Bo (note), et le ministre Hong Yen, [pour des raisons semblables], s'ouvrit l'estomac et y inséra le foie du duc Yi de l'état de Wei. Que dire, alors, de personnes qui se consacrent au bouddhisme ? Elles ne devraient assur&ment jamais oublier leurs dettes de reconnaissance à l'égard de leurs parents, de leurs maitres et de leur pays.

Mais pour s'acquitter de ces grandes dettes de reconnaissance, il est nécessaire d'étudier et de maitriser les enseignements bouddhiques, afin de devenir une personne de sagesse. Sinon, ce sera comme essayer d'aider une troupe d'aveugles à traverser un pont en étant soi-même privé de la vue ; et si celui qui tient la barre est incapable de déterminer la direction du vent, comment son bateau pourrait-il transporter les marchands vers la montagne aux trésors ?

Si l'on veut acquérir la sagesse et maitriser les enseignements bouddhiques, il faut y consacrer du temps. Et si l'on veut consacrer du temps à cette entreprise, il n'est plus possible de céder à tous les désirs de ses parents, de ses maitres et de son souverain. Tant que n'est pas atteinte la route qui mène à l'Eveil, il ne faut pas se laisser guider par la volonté et l'opinion de ses parents et de ses maitres.

Beaucoup s'étonneront peut-être d'un tel conseil en disant qu'il est contraire à l'éthique séculière et s'oppose à l'esprit du bouddhisme. Mais, en fait, des textes non bouddhiques tels que le Classique de la piété filiale rendent évident qu'il est des cas où c'est seulement en refusant d'obéir aux souhaits de son souverain ou de ses parents que l'on fait véritablement preuve de loyauté et de fidélité à leur égard. Dans les sutras bouddhiques, il est dit : "En négligeant ses obligations pour entrer dans la Voie bouddhique [afin de parvenir à l'Eveil ], on s'acquitte pleinement de ses obligations."(réf.) C'est parce qu'il refusa d'obéir aux ordres de son roi que Bi Gan acquit une réputation de grande vertu. Le prince héritier Siddhartha désobéit à son père, le roi Shuddhodana, et pourtant il devint le meilleur fils, d'une piété filiale sans égale dans tout le monde des trois plans. Ces exemples illustrent bien ce que je veux dire.

Lorsque, ayant bien compris cela, je fus prêt, sans céder aux désirs de mes parents, de mes maîtres ou de quiconque, à me plonger dans la recherche des vérités bouddhiques, je découvris qu'il y avait dix brillants miroirs qui reflètent les doctrines sacrées exposées par le Bouddha tout au long de sa vie. Ce sont les dix écoles du bouddhisme que l'on appelle Kusha, Jojitsu, Ritsu, Hosso, Sanron, Shingon, Kegon, Jodo, Zen et Tendai-Hokke. Les lettrés d'aujourd'hui pensent qu'avec ces dix écoles pour guides éclairés il est possible de comprendre le coeur de tous les sutras, et proclament que ces dix miroirs réflètent tous de manière correcte la voie enseignée par le Bouddha. Nous pouvons néanmoins pour l'instant laisser de côté les trois écoles du Hinayana [Kusha, Jojitsu et Ritsu]. Elles sont comparables à un message qu'un particulier aurait réussi, d'une manière ou d'une autre, à envoyer dans un pays étranger, et en ce sens, elles ne peuvent faire autorité.

Mais les sept écoles du Mahayana sont un grand vaisseau permettant la traversée du vaste océan des souffrances de la vie et de la mort, et conduisant jusqu'à la rive de la Terre pure. En les étudiant et en les comprenant, il est possible de se libérer soi-même tout en libérant les autres. Avec cette pensée en tête, j'ai commencé à les examiner, et j'ai découvert que chacune des sept écoles du Mahayana chante ses propres louanges en disant : "Notre école, et notre école seule représente le coeur même des enseignements sacrés exposés par le Bouddha de son vivant  ! "

Il y a des hommes tels que Dushun, Zhiyan, Fa-zang et Cheng-guan de l'école Kegon  ; Xuanzang, Ci-en, Zhizhou et Enchin de l'école Hosso; Xinghuang [Falang] et Jizang de l'école Sanron  ; Shubhakarasimha*, Vajrabodhi*, Amoghavajra*, Kukai*, Ennin* et Enchin de l'école Shingon  ; Bodhidharma, Huiko et Huineng de l'école Zen  ; et Daochuo, Shandao, Huiguan et Genku [Honen] de l'école Jodo. En s'appuyant sur les sutras et les traités de son école respective, chacun de ces maîtres proclame  : "Notre école a compris les multiples sutras, notre école a saisi le sens le plus profond des enseignements du Bouddha."

Ainsi, certains proclament : "Le Sutra Kegon* est le premier de tous les sutras ; d'autres sutras comme le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana* lui sont subordonnés." Ou encore, les maîtres du Shingon disent : "Le Sutra Vairocana* est le premier de tous les sutras ; les autres sutras sont comparables à une multitude de petites étoiles." Les tenants du Zen déclarent : "Le Sutra Ryoga est le premier de tous les sutras." Et il en va de même pour les adeptes des diverses écoles. Les gens de notre époque accordent autant de respect aux nombreux maîtres bouddhistes mentionnés plus haut que les divinités célestes en manifestent à l'égard de Taishaku ; ils les suivent comme les nuées d'étoiles font une traîne au soleil et à la lune.

Nous, simples mortels, choisissons un maître, quel qu'il soit, et adhérons à son enseignement sans jamais trouver par la suite aucune raison de le contredire. Mais les autres peuvent bien continuer à révérer et à croire [les maîtres de leurs écoles respectives], moi Nichiren, je ne parviens pas à dissiper mes doutes.

Si nous examinons le monde, nous constatons que tous les tenants de ces diverses écoles disent : "Nous seuls détenons l'enseignement suprême  ! " Mais un pays ne peut avoir qu'un seul souverain. Si deux hommes prétendent ensemble à la souveraineté, le pays connaîtra des conflits. Pareillement, si une maison a deux maîtres, elle est inévitablement vouée à la destruction. Le même principe n'est-il pas valable pour les sutras  ? Parmi tous les sutras, il doit y avoir un enseignement roi. Mais les dix écoles ou sept écoles [que j'ai mentionnées] luttent pour prouver leur supériorité sans parvenir à se mettre d'accord. C'est comme si sept ou dix hommes prétendaient tous ensemble être le roi d'un même pays, interdisant ainsi au peuple de jamais vivre en paix.

Désireux de résoudre ce problème, j'ai fait un voeu. Celui de ne pas croire les affirmations de ces huit ou dix écoles, et de faire plutôt comme le Grand-maître* Zhiyi*  : de prendre pour seul maître les sutras eux-mêmes, et de déterminer ainsi, parmi les sutras enseignés par le Bouddha de son vivant, lesquels sont supérieurs et lesquels sont inférieurs. [Armé de cette résolution, ] j'ai entrepris de lire tous les sutras.

Dans le Sutra du Nirvana, le Bouddha déclare  : "Il faut suivre le Dharma et non la personne."(réf.) Suivre le Dharma signifie s'appuyer sur les divers sutras. Ne pas suivre la personne signifie ne se laisser guider que par le Bouddha, et non par des personnes telles que les bodhisattvas Fugen et Manjushri, ou les divers maîtres bouddhistes que j'ai cités plus tôt.

Dans le même Sutra [du Nirvana], le Bouddha dit encore : "Suivez les sutras qui sont complets et définitifs et non pas ceux qui sont incomplets et provisoires." Quand il parle de "sutra complets et définitifs", il se réfère au Sutra du Lotus, et quand il parle de "sutra incomplets et provisoires", il désigne les sutras Kegon*, Vairocana*, du Nirvana et d'autres sutras enseignés avant, pendant ou après le Sutra du Lotus. [Le Sutra du Nirvana est le dernier enseignement du Bouddha, celui dans lequel il exprime ses dernières volontés.] Si nous croyons le testament du Bouddha, nous devons considérer que le Sutra du Lotus est le seul brillant miroir qui nous soit nécessaire et que, grâce à lui, nous pouvons comprendre le coeur de tous les sutras.

Si nous ouvrons le Sutra du Lotus lui-même, nous lisons : "Ce Sutra du Lotus [est la resserre secrète des bouddhas], parmi les sutras, [il] occupe la place la plus élevée."(réf.) Si nous acceptons ces mots du Sutra, alors nous comprenons qu'il est comparable à Taishaku résidant au sommet du Mont Sumeru, au joyau exauçant tous les voeux qui orne la couronne des Rois faisant tourner la roue, à la lune au-dessus des arbres de la forêt, à la protubérance charnelle au-dessus du front d'un bouddha ; le Sutra du Lotus est le joyau capable d'exaucer tous les voeux surmontant la couronne des sutras Kegon*, Sutra Vairocana*, du Sutra du Nirvana et de tous les autres sutras.

Si nous ne tenons pas compte des interprétations données par les lettrés et les maîtres, et si nous nous appuyons sur le texte même du Sutra, nous pouvons alors constater que le Sutra du Lotus est supérieur aux sutras Vairocana*, Kegon* et à tous les autres sutras, avec autant de clarté et de facilité qu'une personne dotée d'une bonne vue peut distinguer le ciel de la terre, lorsque le soleil brille dans un pur ciel bleu.

En examinant les textes des sutras Vairocana*, Kegon* et des autres sutras, nous ne découvrons pas un mot, pas un point qui ressemble aux passages du Sutra du Lotus cités plus haut. Certes, ils affirment parfois que les sutras du Mahayana sont supérieurs à ceux du Hinayana, ou que les doctrines bouddhiques sont plus profondes que les enseignements séculiers ; ils vantent parfois la notion de Voie du milieu [chu] en l'opposant à divers concepts tels que la non-substantialité de tous les phénomènes [ku], ou l'idée qu'ils n'ont qu'une existence temporaire [ke]. Mais en fait, ils sont comme les roitelets de petits royaumes qui, lorsqu'ils s'adressent à leurs sujets, parlent d'eux-mêmes comme de grands rois. C'est le Sutra du Lotus qui, comparé à ces divers dirigeants, mérite véritablement le titre de Grand Roi.

Seul le Sutra du Nirvana contient des passages ressemblant au Sutra du Lotus. C'est ce qui incita les maîtres bouddhistes précédant Zhiyi*, aussi bien en Chine du nord qu'en Chine du sud, à déclarer à tort que le Sutra du Lotus était inférieur au Sutra du Nirvana. Mais si nous examinons le texte même du Sutra du Nirvana, nous voyons que, comme dans le cas du Sutra Muryogi, le Sutra du Nirvana est comparé aux sutras des périodes Kegon, Agon, Hodo et Hannya, exposés par le Bouddha pendant les premières quarante et quelques années de son enseignement. C'est par rapport à ces sutras précédents que le Sutra du Nirvana se déclare supérieur.

De plus, quand le Sutra du Nirvana se compare lui-même au Sutra du Lotus, on lit  : "Au moment où ce sutra [du Nirvana] est enseigné... la prédiction a déjà été faite dans le Sutra du Lotus (réf.) que les huit mille auditeurs-shravakas atteindront la bodhéité, prédiction comparable à une grande récolte. Ainsi, la récolte d'automne est terminée, elle a été engrangée pour l'hiver [où ce Sutra du Nirvana est exposé], et il ne reste plus que quelques glanes à récolter." Ce passage du Sutra du Nirvana indique donc bien qu'il est inférieur au Sutra du Lotus.

Les passages cités plus haut [des sutras du Lotus et du Nirvana] sont parfaitement explicites. Pourtant, même les grands lettrés des écoles du nord et du sud [de la Chine] se sont trompés sur ce point ; ceux qui les étudient par la suite devraient donc les lire avec la plus grande attention.

Car le passage [du Sutra du Lotus que je viens de citer] établit non seulement la supériorité du Sutra du Lotus sur le Sutra du Nirvana, mais sa supériorité sur tous les sutras de tous les mondes des dix directions.

On peut admettre que certains, autrefois, se soient trompés sur le sens de ces passages, mais maintenant que de Grands Maîtres comme Zhiyi*, Zhanlan* et Saicho* en ont clarifié la signification, tous ceux qui ont des yeux devraient pouvoir le comprendre. Pourtant, alors que Ennin* et Enchin, de l'école Tendai, ont été eux-mêmes incapables d'en donner une interprétation correcte, comment les tenants des autres écoles pourraient-ils ne pas se tromper sur ce point ?

Certains pourraient mettre ma parole en doute et se dire : "Admettons qu'il n'y ait pas de sutra supérieur au Sutra du Lotus parmi tous les sutras introduits en Chine et au Japon. Mais en Inde, et dans les palais des Rois-Dragons et des quatre Rois du Ciel, Nitten et Gatten, dans le ciel Trayastrimsha, ou le ciel Tushita, on dit qu'il y a des sutras aussi nombreux que les grains de sable du Gange. Parmi eux, ne pourrait-il pas y en avoir un qui soit supérieur au Sutra du Lotus ?

Je répondrai que, en observant une chose, on peut en comprendre mille. C'est ce que l'on appelle connaître tout ce qui existe sous le ciel sans passer la grille de son jardin. Mais les insensés douteront encore et diront : "Je vois le ciel au sud, mais je n'ai pas vu le ciel à l'est, à l'ouest ou au nord. Peut-être le ciel, dans ces autres directions, a-t-il un soleil différent de celui que je connais  ? " Ou bien encore, voyant une colonne de fumée s'élever derrière les collines, même si cette fumée est parfaitement visible, parce qu'ils ne verront pas le feu lui-même, ils en concluront qu'il n'y a peut-être pas réellement de feu. Une telle question ne peut être posée que par des personnes d'une incroyance incorrigible [icchantika], en rien différentes des aveugles de naissance !

Dans le chapitre Hosshi* (X) du Sutra du Lotus, le Bouddha Shakyamuni, en prononçant, en toute sincérité, des paroles d'or, établit la supériorité relative des divers sutras qu'il enseigna pendant cinquante et quelques années en disant  : "J'ai exposé d'innombrables sutras, mille, dix mille, cent millions. Parmi tous ceux que j'ai enseignés, que j'enseigne et que j'enseignerai, ce Sutra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre."(réf.)

Bien que le Sutra du Lotus ait été enseigné par le seul Bouddha Shakyamuni, tous les bodhisattvas parvenus à l'étape de togaku ou aux étapes précédentes devraient le respecter et avoir foi en lui. Car le bouddha Taho vint de l'est et témoigna de la véracité de ce Sutra, et tous les autres bouddhas venus des dix directions se rassemblèrent et tendirent leur longue et large langue jusqu'à toucher le Séjour de Brahma, tout comme le fit Shakyamuni. Après quoi, tous retournèrent dans leurs terres d'origine.

Les mots "j'ai enseigné, j'enseigne et j'enseignerai"(réf.) incluent non seulement les sutras exposés par Shakyamuni au cours de cinquante ans d'enseignement, mais tous les sutras exposés par tous les bouddhas des dix directions dans les trois phases de la vie, sans omettre un seul caractère ou un seul point. C'est par rapport à tous ceux-là que le Sutra du Lotus est proclamé suprême. A ce moment-là, tous les bouddhas des dix directions ont manifesté leur approbation. Si, une fois rentrés dans leurs terres respectives, ils avaient dit à leurs disciples qu'il y avait en fait un sutra supérieur au Sutra du Lotus, comment leurs disciples auraient-ils pu les croire ?

A ceux qui, sans l'avoir jamais vu de leurs propres yeux, se demanderaient s'il ne pourrait y avoir un sutra supérieur au Sutra du Lotus, quelque part en Inde ou dans les palais des Rois-Dragons, des quatre Rois du Ciel, de Nitten ou de Gatten, je répondrais ceci : Bonten et Taishaku, les divinités Nitten et Gatten, les quatre Rois du Ciel et les rois-dragons n'étaient-ils pas présents dans l'Assemblée devant laquelle Shakyamuni enseigna le Sutra du Lotus  ? Si Nitten, Gatten et les autres divinités disaient  : "En effet, il y a un sutra supérieur au Sutra du Lotus, mais vous ne le connaissez pas", Nitten et Gatten proféreraient d'énormes mensonges !

Dans ce cas, je le leur reprocherais, en leur disant  : "Nitten et Gatten, si vous résidez au ciel et non sur terre comme nous, et si vous n'en tombez jamais, c'est parce que vous observez strictement le précepte de ne jamais mentir. Mais si vous proférez maintenant ce grand mensonge qu'il existe un sutra supérieur au Sutra du Lotus, j'en suis persuadé, avant même que n'arrive le kalpa de déclin, vous viendrez vous écraser sur la terre. Pire, la terre s'ouvrira et vous tomberez jusqu'au fin fond de la grande citadelle de l'enfer avici entourée de murailles de fer (note)  ! Si vous dites pareils mensonges, rien ne vous autorise à briller un seul instant de plus au ciel, ni à tourner autour de la terre et de ses quatre continents ! " Voilà en quels termes je les blâmerais.

Pourtant, des hommes réputés pour leur sagesse, considérés comme de Grands-maîtres, et des lettrés éminents tels que Cheng-guan, de l'école Kegon, ou Shubhakarasimha*, Vajrabodhi*, Amoghavajra*, Kukai*, Ennin* et Enchin, de l'école Shingon, proclament que les sutras Kegon* et Vairocana* sont supérieurs au Sutra du Lotus. Il ne m'appartient pas d'être juge en ce domaine mais, à la lumière des principes les plus élevés du bouddhisme, de tels hommes ne semblent-ils pas les ennemis jurés du Bouddha  ? Ils sont plus malfaisants encore que Devadatta et Kokalika. Leurs crimes sont encore plus graves que ceux de Mahadeva et du brahmane Grand-Arrogance. Et ceux qui ont foi dans les enseignements de ces maîtres fourbes sont eux aussi véritablement effrayants.

Question : Osez-vous donc réellement affirmer que Cheng-guan, de l'école Kegon, Jizang de l'école Sanron, Ci-en, de l'école Hosso, et Shubhakarasimha* et les autres, jusqu'à Kukai*, Ennin* et Enchin, de l'école Shingon, sont les ennemis du Bouddha ?

Réponse : C'est une question très importante, un point déterminant dans la compréhension du bouddhisme. En étudiant le texte du Sutra, je découvre que quiconque déclare qu'il existe un sutra supérieur au Sutra du Lotus ne peut échapper au crime d'opposition au Dharma. Par conséquent, d'après le Sutra, une personne de ce genre [telle que Cheng-guan et tous les autres] doit être considérée comme l'ennemi du Bouddha. Et si, par peur, j'omets de souligner ce point, les distinctions établies entre les divers sutras en fonction de leurs mérites respectifs n'auront servi à rien.

Si, impressionné par ces Grands-maîtres du passé, je me contentais de dénoncer leurs disciples d'aujourd'hui comme ennemis du Bouddha, les adeptes actuels de leurs différentes écoles auraient beau jeu de dire : "Lorsque nous affirmons que le Sutra Vairocana* est supérieur au Sutra du Lotus, ce n'est pas invention de notre part. C'est la doctrine enseignée par les patriarches de notre école. Peut-être ne les égalons-nous pas dans l'observance rigoureuse des préceptes, ni en sagesse, en intelligence ou par notre position sociale, mais nous ne nous écartons jamais, si peu que ce soit, des principes qu'ils nous ont enseignés." Et dans ce cas, il faudrait bien admettre qu'ils ne seraient coupables d'aucune faute.

Si, d'autre part, sachant que ce sont les maîtres fondateurs de ces écoles qui ont commis de graves erreurs, par crainte des réactions dans la société, je renonçais à le dire, alors, je trahirais ce décret du Bouddha  : "Il devra transmettre tous les enseignements sans en dissimuler un seul, au risque même de sa vie (note)."
Que faire  ? Si je parle, je devrai affronter la redoutable opposition du plus grand nombre. Mais, si je me tais, comment pourrai-je échapper à la punition [encourue par celui qui transgresse un décret] du Bouddha  ? Que j'avance ou que je recule, ma route est barrée.

Peut-être cela n'a-t-il rien d'étonnant. Car, il est dit dans le Sutra du Lotus  : "Puisque haines et jalousies envers ce Sutra abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore dans le monde après son trépas  ? "(réf.) et ailleurs "Beaucoup lui seront hostiles et il sera extrêmement difficile de croire." (réf.)

Quand le Bouddha Shakyamuni fut conçu par sa mère, la reine Maya, en voyant l'enfant qui était dans son sein, le Démon du sixième Ciel se dit  : "Mon ennemi juré, celui qui possède l'épée acérée du Sutra du Lotus, a été conçu. Avant qu'il naisse, il faut que je parvienne à le détruire  ! " Le démon se transforma donc en savant médecin, et parvint à pénétrer dans le palais du roi Shuddhodana en disant : "Je suis un médecin expérimenté et j'apporte un excellent remède qui permet d'accoucher dans les meilleures conditions possibles." Et il tenta ainsi d'empoisonner la reine.

Après la naissance du Bouddha, le démon fit pleuvoir des pierres sur lui et mit du poison dans son lait. Plus tard, lorsque le Bouddha Shakyamuni eut quitté le palais [pour mener la vie d'un religieux], le démon prit la forme d'un serpent noir et venimeux qui tenta de lui barrer la route. En d'autres occasions, il s'empara du corps de personnes mauvaises comme Devadatta, Kokalika, le roi Virudhaka et le roi Ajatashatru, les incitant à faire tomber un gros rocher sur le Bouddha qui le blessa et fit couler son sang, à tuer de nombreux membres du clan des Shakya, ou à assassiner ses disciples.

Ces grandes persécutions eurent lieu dans un passé lointain afin d'empêcher le Bouddha, Honoré du Monde, d'enseigner le Sutra du Lotus. Le Sutra les désigne par les mots : "Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha..."

A ces persécutions qui se produisirent longtemps avant que le Bouddha n'enseigne le Sutra du Lotus s'en ajoutèrent d'autres plus tard, lorsqu'il exposa le Sutra lui-même. [Ce furent les doutes (note) qui s'élevèrent lorsque Shakyamuni révéla que] pendant quarante et quelques années, Shariputra, Maudgalyayana et les grands bodhisattvas avaient été en fait de grands ennemis s'opposant à la propagation du Sutra du Lotus (note).

Mais il est dit dans le Sutra  : "Cela ne sera-t-il pas pire encore dans le monde après son trépas  ? "(réf.) Ainsi, ce texte nous enseigne que, plus tard, après la mort du Bouddha, apparaîtront inévitablement des persécutions et des difficultés plus grandes et plus redoutables encore que celles qui se produisirent de son vivant. Si de telles épreuves, même pour le Bouddha, furent difficiles à endurer, comment un simple mortel pourrait-il supporter des persécutions encore plus graves ?

Quelles persécutions pourraient être plus terribles que l'énorme rocher de 3 jo de long (9 m) et de 1 jo et 6 shaku de large (4, 80 m) que Devadatta lança sur le Bouddha, ou que l'éléphant ivre que le roi Ajatashatru lâcha sur lui  ? Celui qui, sans avoir commis aucun crime, se trouve sans cesse en butte à des persécutions plus graves que celles subies par le Bouddha de son vivant, sans aucun doute, il est bien le Pratiquant du Sutra du Lotus, après la disparition du Bouddha.

Les successeurs du Bouddha appartenaient aux Quatre rangs de saints ; ils étaient les envoyés du Bouddha. Pourtant, le bodhisattva Aryadeva fut tué par un brahmane, le vénérable Aryasimha fut décapité par le roi Dammira ; Buddhamitra dut se tenir pendant douze ans sous un drapeau rouge avant d'attirer l'attention de son souverain, et le bodhisattva Nagarjuna resta de même pendant sept ans sous un drapeau semblable. Le bodhisattva Ashvaghosha fut vendu à un pays ennemi pour trois cent mille pièces et l'érudit Manoratha mourut de chagrin. Voilà des exemples de malheurs qui advinrent au cours des mille ans du Dharma correct.

Venons-en maintenant aux premiers cinq cents ans de l'époque du Dharma formel, soit mille cinq cents ans après la mort du Bouddha. En ce temps-là vécut en Chine un homme sage, que l'on appela d'abord Zhiyi*, et plus tard, le sage Grand-maître* Zhiyi*. Résolu à propager le véritable sens du Sutra du Lotus, il étudia attentivement les enseignements de ses prédécesseurs. Avant lui, des milliers et des milliers de sages avaient défendu des opinions diverses concernant les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant, mais, dans l'ensemble, ils s'étaient regroupés en dix écoles ou traditions, les trois écoles [de la Chine] du Sud et les sept écoles [de la Chine] du Nord. L'une d'elles était prééminente. C'était la troisième des trois écoles du Sud, la doctrine du Maître du Dharma Fayun, du temple Guangzhe-si.

Fayun avait divisé les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant en cinq périodes. Parmi les enseignements de ces cinq périodes, il avait choisi trois sutras : le Sutra Kegon*, le Sutra du Nirvana et le Sutra du Lotus [et les avait classés par ordre de supériorité et de profondeur.] Selon lui, entre tous, le Sutra Kegon* occupait la première place, ce qui le rendait comparable au souverain d'un royaume. Le Sutra du Nirvana venait en deuxième position, semblable à un régent ou à un Premier ministre, et le Sutra du Lotus était troisième, au même rang que les nobles de la cour. Il considérait que tous les autres sutras leur étaient inférieurs, comparables à de simples sujets.

Fayun était par nature d'une grande sagesse. Non seulement avait-il étudié sous la direction de Grands-maîtres tels que Huiguan, Huiyen, Sengrou et Huici, mais il avait réfuté les doctrines de plusieurs maîtres des écoles du Nord et du Sud, et vivait à la montagne, retiré dans une forêt où il se consacrait à l'étude du Sutra du Lotus, du Sutra du Nirvana et du Sutra Kegon*.

[En conséquence, ] l'empereur Liang Wu Di le convoqua à la cour et lui fit construire, sur le site du palais, le temple Guangzhe-si, lui rendant ainsi un très grand hommage. Lorsque Fayun enseignait le Sutra du Lotus, des fleurs pleuvaient du ciel, tout comme cela s'était déjà produit du vivant du Bouddha Shakyamuni.

En la cinquième année de l'ère Tianjian (506), il y eut une grande sécheresse. L'empereur demanda au Maître du Dharma Fayun un cours sur le Sutra du Lotus. Lorsqu'il arriva aux vers du chapitre Yakuso* (V)  : "La pluie, en toute impartialité, tombe dans les quatre directions", une pluie douce se mit à tomber du ciel. L'empereur fut à ce point confondu d'admiration qu'il le nomma sur-le-champ supérieur des moines (sojo) et que lui-même le servit comme les diverses divinités servent le dieu Taishaku et comme les gens du peuple considèrent leur souverain, avec un respect mêlé de crainte. De plus, quelqu'un eut dans un rêve la révélation que Fayun enseignait le Sutra du Lotus depuis l'époque du bouddha Nichigatsu Tomyo dans un lointain illimité.

Fayun écrivit des commentaires en quatre volumes sur le Sutra du Lotus. Dans ces commentaires (réf.), il affirma  : "Ce sutra n'est pas vraiment suprême" et il en parla comme d'un "moyen exceptionnel". Il voulait dire par là que le Sutra du Lotus ne révèle pas entièrement la vérité du bouddhisme.

Est-ce parce que les enseignements de Fayun avaient reçu l'approbation du Bouddha que pluie et fleurs tombèrent du ciel sur lui  ? En tout cas, à cause de ces phénomènes extraordinaires, le peuple de Chine en vint à croire que le Sutra du Lotus était peut-être inférieur aux sutras Kegon* et du Nirvana. Ces commentaires de Fayun finirent par être acceptés dans les royaumes de Silla, Paekche et Koguryo, ainsi qu'au Japon (note), où les gens finissaient en général par adopter les opinions [qui prévalaient en Chine.]

Peu de temps après la mort de Fayun, dans les dernières années de la dynastie Liang, et au début de la dynastie Chen, un jeune moine apparut, connu sous le nom de Maître du Dharma Zhiyi*. C'était un disciple du Grand-maître* Huisi. Peut-être parce qu'il désirait éclaircir certains points lui semblant étranges dans la doctrine de son maître, il se rendit dans les lieux où étaient conservés les textes et les étudia sans relâche.

Considérant le Sutra Kegon*, le Sutra du Nirvana et le Sutra du Lotus comme les plus dignes d'attention, parmi ces trois sutras, il étudia plus particulièrement le Sutra Kegon*. De plus, il compila un livre d'actes de dévotion (note) [en l'honneur du bouddha Vairocana* du Sutra Kegon] et, jour après jour, il approfondit sa compréhension de ce sutra. Les gens de son époque pensèrent qu'il agissait ainsi parce qu'il considérait le Sutra Kegon* comme le plus important de tous les sutras. Mais en fait, c'est parce qu'il avait des doutes sérieux concernant l'affirmation de Fayun donnant la priorité au Sutra Kegon*, la deuxième place au Sutra du Nirvana et la troisième au Sutra du Lotus. Il désirait donc étudier de manière plus précise le Sutra Kegon.

Lorsque ses recherches furent terminées, il conclut que, parmi tous les sutras, le Sutra du Lotus méritait la première place, le Sutra du Nirvana la deuxième et le Sutra Kegon*, la troisième.

Il constata également à regret que, bien que les enseignements sacrés du Bouddha aient été propagés à travers toute la Chine, ils n'avaient pas su apporter de bienfaits à ses habitants mais les avaient, au contraire, égarés dans les mauvaises voies de l'existence. Il en conclut que cela était dû aux erreurs de ceux qui les avaient enseignés.

Si les dirigeants d'un pays affirment aux gens du peuple que l'est Est en réalité l'Ouest, ou que le ciel est la terre, le peuple, acceptant leurs affirmations, aura tendance à les croire.

Si, par la suite, une personne de condition modeste s'avance pour leur dire que ce qu'ils avaient pris pour l'ouest était en fait l'est, ou que ce qu'ils avaient cru être le ciel était en réalité la terre, non seulement ils refuseront de le croire, mais ils le maudiront et l'attaqueront en prenant le parti de leurs dirigeants.

Zhiyi* se demanda que faire. Il sentit qu'il ne pouvait continuer à se taire. Il déclara ouvertement que Fayun, du temple Guangzhe-si, pour avoir commis des offenses au Dharma correct, était tombé en enfer. En entendant cela, les maîtres bouddhistes du Nord et du Sud se levèrent comme des frelons en colère et fondirent sur Zhiyi* comme une nuée de corbeaux.

Certains voulaient lui briser la tête, d'autres l'exiler à l'étranger. En apprenant cela, le souverain de la dynastie Chen [557 - 589] convoqua plusieurs maîtres bouddhistes du Nord et du Sud et leur ordonna de débattre avec Zhiyi* en sa présence. De nombreux moines vinrent, tels que Huiyong, disciple de Fayun, et Fasui, Huikuang et Huiheng, au total plus de cent, tous surveillants des moines (sozu), supérieurs des moines, ou d'un rang encore plus élevé. Ils firent assaut de médisance à l'égard de Zhiyi*, fronçant les sourcils, lui jetant des regards furieux et frappant dans leurs mains avec colère.

Zhiyi*, tout en restant modestement assis, bien en dessous des autres, ne manifesta aucune émotion et ne fit aucun écart de langage. Au contraire, avec calme et dignité, il prit note de chacune des accusations portées contre lui par les divers moines et parvint à les réfuter l'une après l'autre. Puis il entreprit de contre-attaquer, en disant : "Selon les enseignements de Fayun, le Sutra Kegon* mérite la première place, le Sutra du Nirvana, la deuxième, et le Sutra du Lotus, la troisième. Dans quel sutra en trouve-t-on la preuve  ? Je vous en prie, citez un passage où cela apparaisse de manière claire et certaine  ! " [Pris de court, ] les autres moines baissèrent la tête et blêmirent, incapables de répondre un seul mot.

Il continua à les presser de questions en disant : "Dans le Sutra Muryogi, le Bouddha mentionne qu'il a "jusqu'alors exposé les douze catégories de sutras Hodo*, le Daichido ron et le Sutra Kegon*, qui émane de la méditation (du Bouddha) de l'impression sur l'océan." Ainsi, le Bouddha lui-même cite le Sutra Kegon* et dénie sa valeur en disant, à propos des sutras exposés avant le Sutra Muryogi, "Je n'ai pas encore révélé la vérité".(réf.) Si, dans le Sutra Muryogi, qui est inférieur au Sutra du Lotus, le Sutra Kegon* est réfuté de cette manière, alors sur quoi peut-on fonder l'affirmation que le Sutra Kegon* est le plus essentiel des enseignements exposés par le Bouddha de son vivant  ? Si vous voulez prouver la justesse de l'enseignement de votre maître, produisez-donc, je vous le demande, un texte capable de contredire le passage du Sutra Muryogi que je viens de citer !

"Quel passage de sutra vous autorise à affirmer que le Sutra du Nirvana est supérieur au Sutra du Lotus  ? Dans le quatorzième volume du Sutra du Nirvana, les mérites du Sutra du Nirvana sont comparés à ceux des sutras des périodes Kegon, Agon, Hodo et Hannya, mais on ne trouve nulle part mentionné qu'il est supérieur au Sutra du Lotus. "Précédemment, par contre, dans le neuvième volume de ce même sutra, les mérites relatifs des sutras du Nirvana et du Lotus sont très clairement énoncés : "Au moment où ce Sutra [du Nirvana] est exposé... il a déjà été prédit dans le Sutra du Lotus que les huit mille auditeurs-shravakas atteindront la bodhéité, prédiction annonçant une grande récolte. Ainsi la récolte d'automne est terminée et a été engrangée pour l'hiver. [Maintenant], il ne reste plus que quelques glanes à récolter."

"Ce passage montre clairement que les autres sutras constituaient le travail du printemps et de l'été, alors que le Sutra du Nirvana et le Sutra du Lotus représentent la maturation et la fructification. Mais, alors que le Sutra du Lotus est semblable à une grande fructification, ou à une récolte faite à l'automne et engrangée pour l'hiver, le Sutra du Nirvana est semblable au ramassage des épis oubliés qui a lieu à la fin de l'automne et au début de l'hiver.

"Dans ce passage, le Sutra du Nirvana reconnaît en fait son infériorité par rapport au Sutra du Lotus. Et le Sutra du Lotus parle des sutras déjà enseignés par le passé, actuellement enseignés, et qui seront enseignés à l'avenir. De cette manière, le Bouddha indique que le Sutra du Lotus est supérieur, non seulement aux sutra précédents, ainsi qu'à ceux qu'il enseigne simultanément, mais aussi aux sutra qu'il enseignera plus tard.

"Puisque le vénérable Shakyamuni s'est exprimé si clairement, quelle place reste-t-il pour le doute  ? Cependant, parce qu'il se préoccupait de ce qui pourrait se passer après sa mort, il résolut de faire venir le bouddha Taho de sa terre du Trésor de pureté, à l'est, afin qu'il témoigne de la véracité de ses dires. Le bouddha Taho sortit donc des profondeurs de la terre et confirma ainsi la véracité du Sutra du Lotus : "Tout ce que vous [Bouddha Shakyamuni] avez exposé est la vérité."(réf.)  De plus, divers bouddhas des dix directions qui étaient des émanations du Bouddha Shakyamuni se sont rassemblés et ont tiré leurs longues et larges langues jusqu'à ce que leur extrémité touchât le Séjour de Brahma, et le Bouddha Shakyamuni a fait de même, pour témoigner de la véracité de ses enseignements.

"Après quoi, le bouddha Taho se retira dans sa terre du Trésor de pureté, et les divers bouddhas, émanations de Shakyamuni, rentrèrent dans leurs terres respectives des dix directions. Puis, alors que ni le bouddha Taho ni les émanations [du Bouddha Shakyamuni] n'étaient présents, le vénérable Shakyamuni exposa le Sutra du Nirvana. S'il avait prétendu que le Sutra du Nirvana était supérieur au Sutra du Lotus, ses disciples auraient-ils véritablement pu le croire  ? "

C'est de cette manière que le Grand-maître* Zhiyi* les admonesta. On aurait dit la lumière éclatante du soleil et de la lune frappant les yeux des asuras, ou l'épée du roi de Han, posée sur le cou de ses barons, si bien que ses opposants fermèrent les yeux et baissèrent la tête. Par son comportement, Zhiyi* ressemblait au roi des animaux, à un lion dont le rugissement fait fuir les renards et les lapins, à un faucon ou à un aigle fondant sur des pigeons ou des faisans.

Ainsi, le fait que le Sutra du Lotus était supérieur aux sutras Kegon* et Nirvana fut largement admis, non seulement dans toute la Chine mais aussi dans les cinq régions de l'Inde. Les traités de l'Inde concernant le bouddhisme du Mahayana aussi bien que du Hinayana étaient inférieurs à la doctrine de Zhiyi*, et les habitants de ce pays firent son éloge, en disant qu'il était le Bouddha Shakyamuni venu en ce monde une deuxième fois et que le bouddhisme allait désormais renaître.

Puis le Grand-maître* Zhiyi* mourut et les dynasties Chen et Shui disparurent, remplacées par la dynastie Tang. Le Grand-maître* Guanding* [successeur de Zhiyi] mourut à son tour si bien que le bouddhisme de Zhiyi*, de moins en moins étudié, fut bien près de disparaître.

Plus tard, sous le règne de l'empereur Taizong, apparut un moine que l'on appela le Savant-maître* Xuanzang. Il se rendit en Inde dans la troisième année de l'ère Zhenguan (629) et rentra dans la dix-neuvième année de la même ère (645). Au cours de son voyage, il étudia le bouddhisme de manière approfondie en Inde, et à son retour il introduisit en Chine l'école connue sous le nom de Hosso.

Cet enseignement est aussi différent de celui de l'école de Zhiyi* que le feu de l'eau. Xuanzang apporta avec lui des ouvrages tels que le Sutra Jimmitsu*, le Yuga Ron et le Yuishiki Ron que Zhiyi* ne connaissait pas et proclama que, bien que le Sutra du Lotus soit supérieur aux autres sutras, il était inférieur au Sutra Jimmitsu*. Puisque c'était un texte que Zhiyi* n'avait jamais vu, ses adeptes des époques ultérieures, qui manquaient de sagesse et de connaissances, eurent tendance à croire cette allégation.

L'empereur Taizong était un souverain d'une grande sagesse, mais il accordait la plus totale confiance aux enseignements de Xuanzang. Par conséquent, même si certains avaient eu envie de le contredire, comme trop souvent en pareil cas, intimidés par l'autorité impériale, ils n'osèrent pas le faire.

Aussi regrettable que cela puisse être, c'est ainsi que le Sutra du Lotus fut écarté. Xuanzang enseignait que si les personnes ont la capacité de comprendre les trois véhicules, alors le Véhicule unique n'est rien de plus qu'un moyen destiné à les instruire, et les trois véhicules sont le véritable chemin vers l'Eveil ; il enseignait aussi la théorie des cinq natures.

Ces nouveaux enseignements venaient d'Inde mais on aurait pu croire que des enseignements non bouddhiques envahissaient la Chine. Le Sutra du Lotus fut considéré comme un simple moyen et le Sutra Jimmitsu déclaré seul véritable. Le témoignage de Shakyamuni, Taho et des autres bouddhas des dix directions fut totalement ignoré et, au lieu de cela, Xuanzang et son disciple Ci-en furent considérés comme des bouddhas vivants.

Par la suite, sous le règne de l'impératrice Wu, apparut un moine appelé Maître du Dharma Fazang qui, furieux des attaques lancées autrefois par le Grand-maître* Zhiyi* contre le Sutra Kegon*, fonda une nouvelle école qu'il appela Kegon. Pour cela, il utilisa une nouvelle traduction du Sutra Kegon* (réf.) et s'en servit pour compléter la version critiquée par Zhiyi*. Cette école déclarait que le Sutra Kegon* est la "racine", l'enseignement fondamental du Bouddha, alors que le Sutra du Lotus n'en est que la branche, l'enseignement secondaire.

En résumé, les maîtres du nord et du sud [de la Chine, tels que Fayun qui précéda Zhiyi*] donnaient la première place au Sutra Kegon*, la deuxième au Sutra du Nirvana et la troisième au Sutra du Lotus. Le Grand-maître* Zhiyi* avait établi que le Sutra du Lotus était le sutra le plus élevé, que le Sutra du Nirvana venait ensuite et, en troisième lieu, le Sutra Kegon*. La nouvelle école Kegon, elle, plaçait le Sutra Kegon* en premier, le Sutra du Lotus en deuxième et le Sutra du Nirvana en troisième.

Puis, sous le règne de l'empereur Xuan-Zong, le Savant-maître* Shubhakarasimha* voyagea jusqu'en Inde et rapporta les sutras Vairocana* et Soshitsuji. Plus tard, le Savant-maître* Vajrabodhi* introduisit le Sutra Kongocho.

Vajrabodhi avait, par ailleurs, un disciple que l'on appelait le Savant-maître* Amoghavajra*. Ces trois hommes étaient indiens, issus de familles nobles et d'un caractère bien différent des moines chinois. Les doctrines qu'ils enseignèrent firent une forte impression parce qu'elles comportaient des mudra et des mantra dharani*, éléments inconnus en Chine depuis l'introduction du bouddhisme à l'époque des Han postérieurs. Devant ce nouveau bouddhisme qui semblait si élevé, l'empereur inclina la tête et le peuple joignit les mains, en signe de révérence.

Ces maîtres enseignaient que, quels que soient leurs mérites respectifs, les sutras Kegon*, Jimmitsu*, Hannya*, Nirvana et le Sutra du Lotus étaient tous des enseignements exotériques, des enseignements du Bouddha Shakyamuni. Par contre, le Sutra Vairocana* qu'ils venaient d'introduire représentait, selon eux, les paroles royales de Vairocana, le roi du Dharma. Les autres sutras n'étaient que des dizaines de milliers de mots prononcés par des personnes ordinaires alors que ce sutra était l'unique déclaration d'un empereur, fils du ciel. Jamais des ouvrages comme le Sutra Kegon* ou le Sutra du Nirvana ne pourraient parvenir, même en s'aidant d'une échelle, à s'élever jusqu'au sommet du Sutra Vairocana*. Seul le Sutra du Lotus offrait quelques ressemblances avec le Sutra Vairocana*.

Mais [selon eux] le premier avait été exposé par le Bouddha Shakyamuni et n'exprimait que la vérité perçue par un homme ordinaire, tandis que le Sutra Vairocana* exposait la vérité révélée par un fils du ciel. Par conséquent, même si parfois les mots semblaient les mêmes, il y avait, entre les personnes qui les avaient prononcés, autant de différence qu'entre les nuages dans le ciel et la boue sur la terre. Ces sutras étaient aussi différents que le reflet de la lune sur une eau boueuse ou sur une eau limpide. Tous deux reflétaient la lune, mais il y avait une grande différence dans la pureté de l'eau qui renvoyait ce reflet.

Voilà ce que ces hommes affirmaient, et personne n'entreprit d'établir le bien-fondé de telles affirmations, si bien que les écoles bouddhiques finirent toutes par suivre cette [nouvelle] école appelée Shingon.

Après la mort de Shubhakarasimha* et de Vajrabodhi*, Amoghavajra* fit un voyage en Inde et rapporta en Chine un traité appelé Bodaishin Ron, et l'école Shingon exerça une influence encore plus grande.

Mais, [dans l'école de Zhiyi*] apparut un moine appelé le Grand-maître* Zhanlan*. Bien que né deux cents ans après le Grand-maître* Zhiyi*, il était d'une sagesse exceptionnelle et comprenait avec clarté les enseignements. Il perçut ainsi que l'essentiel des commentaires de Zhiyi* consistait à établir la supériorité du Sutra du Lotus sur le Sutra Jimmitsu* et sur l'école Hosso - introduits en Chine après la mort de Zhiyi* -, ainsi que sa supériorité sur l'école Kegon et sur l'école Shingon basée sur son Sutra Vairocana*, deux écoles établies précédemment en Chine.

Jusque-là, soit parce que les disciples de Zhiyi* n'étaient pas assez sages pour discerner le vrai du faux, soit parce qu'ils redoutaient les autres ou les autorités, aucun n'avait osé dire quoi que ce soit. La compréhension correcte de ces enseignements était visiblement sur le point de se perdre, et les erreurs et les hérésies communément admises étaient plus graves encore que celles des écoles du Nord et du Sud [en Chine] aux époques antérieures aux dynasties Chen et Shui. Zhanlan* compila donc en trente volumes ses commentaires [sur l'oeuvre de Zhiyi*], connus sous le nom de Guketsu, Shakusen et Shoki. Ces trente volumes, non seulement servirent à éliminer les répétitions dans l'oeuvre de Zhiyi* et à élucider les points obscurs, mais ils réfutèrent d'un trait les écoles Hosso, Kegon et Shingon que n'avait pu réfuter Zhiyi* parce qu'elles n'existaient pas de son vivant.

Venons en maintenant au Japon. Au cours du règne du trentième souverain, l'empereur Kimmei, le treizième jour du dixième mois de la treizième année de son règne (552), signe cyclique mizunoe-saru, un exemplaire des écrits bouddhiques et une statue du Bouddha Shakyamuni furent apportés au Japon en provenance de Paekche. Sous le règne de l'empereur Yomei, le prince héritier Shotoku commença l'étude du bouddhisme. Il envoya un dignitaire de la cour, Wake no Imoko, en Chine avec pour mission de rapporter l'exemplaire du Sutra du Lotus en un volume qui lui avait appartenu dans une vie antérieure (réf.) et exprima sa détermination d'honorer et de protéger ce Sutra. Par la suite, sous le règne du trente-septième empereur, Kotoku, les écoles Sanron, Kegon, Hosso, Kusha et Jojitsu furent introduites au Japon, et, sous le règne du quarante-cinquième empereur Shomu, ce fut le tour de l'école Ritsu, ce qui porta au total à six le nombre de ces écoles. Mais, depuis le règne de l'empereur Kotoku jusqu'au règne du cinquantième souverain, l'empereur Kammu, soit pendant une période de cent vingt ans au cours de laquelle régnèrent quatorze souverains, les écoles Tendai et Shingon n'étaient pas encore introduites.

Sous le règne de l'empereur Kammu, un jeune moine du nom de Saicho*, disciple de Gyoho, administrateur des moines du temple Yamashina-dera, étudia en profondeur les enseignements de l'école Hosso et des cinq autres mentionnées plus haut. Mais il sentit qu'aucune d'elles n'avait acquis une compréhension correcte du bouddhisme. Il découvrit alors un commentaire du Maître du Dharma Fazang, de l'école Kegon, sur le Kishin Ron dans lequel il trouva des citations d'ouvrages du Grand-maître* Zhiyi*. Ces ouvrages lui parurent d'un très grand intérêt, mais Saicho* ne savait même pas s'ils avaient été introduits au Japon.

Lorsqu'il demanda où les trouver, on lui répondit qu'un moine du nom de Ganjin, du temple Long-xing-si au Yang-Zhou en Chine, avait étudié les enseignements de Zhiyi* et qu'il avait été le disciple du maître des préceptes Daoxian. Il vint au Japon à la fin de l'ère Tempyo-Shoho (753) et s'employa à transmettre les règles de vie monastique du Hinayana. Il avait apporté avec lui divers ouvrages de Zhiyi* mais n'avait pas essayé de les faire connaître. Tout cela [répondit-on à Saicho*, ] s'était produit au cours du règne du quarante-cinquième souverain, l'empereur Shomu.

Lorsque Saicho* demanda à voir ces textes, on les lui présenta. Dès la première lecture, il eut l'impression de sortir de l'ivresse des illusions concernant la vie et la mort. Et lorsqu'il se mit à examiner les doctrines de base des six écoles à la lumière de ces écrits, il lui apparut clairement que toutes commettaient des erreurs doctrinales.

Il se jura immédiatement de réagir en se disant : "Si le peuple du Japon soutient ceux qui s'opposent au Dharma correct, le pays va sûrement sombrer dans le chaos  ! " Il réfuta donc les six écoles, et, ce faisant, provoqua la colère des Grands-maîtres de ces écoles et des sept temples principaux de Nara qui s'agitèrent comme des frelons en colère et se précipitèrent, comme un vol de corbeaux, vers la capitale. Le pays tout entier en fut affecté.

Les adeptes des six écoles et des sept temples principaux ressentaient [à l'égard de Saicho*] une haine de plus en plus intense. Mais, le dix-neuvième jour du premier mois de la vingt et unième année de l'ère Enryaku (802), l'empereur Kammu se rendit au temple Takao-dera et invita quatorze moines éminents - Zengi, Shoyu, Hoki, Chonin, Kengyoku, Ampuku, Gonso, Chuen, Jiko, Gen'yo, Saiko, Dosho, Kosho et Kambin - à venir débattre [dans ce temple] avec Saicho*.

Ces représentants des écoles Kegon, Sanron, Hosso et autres exposèrent la doctrine des fondateurs de leur école respective [telle qu'elle leur avait été enseignée]. Mais Saicho* prit des notes sur chaque point énoncé et en fit la critique à la lumière du Sutra du Lotus, des ouvrages de Zhiyi* et d'autres sutras et traités. Ses opposants furent incapables de répondre un seul mot, comme si leur bouche n'était plus que le prolongement de leur nez.

Stupéfait, l'empereur questionna Saicho* en détail sur divers points. Après quoi, il promulgua un édit critiquant les quatorze hommes qui s'étaient opposés à Saicho*. Ces derniers, à leur tour, rédigèrent des lettres dans lesquelles ils reconnaissaient leur défaite et s'excusaient en ces termes : "Nous, disciples des Sept temples principaux et des six écoles... avons compris pour la première fois l'enseignement suprême." Ils continuaient ainsi : "Depuis les débuts de la propagation [du bouddhisme au Japon] par le prince Shotoku, il y a plus de deux cents ans, de nombreux sutra et traités ont été largement commentés, et la supériorité relative des uns par rapport aux autres a souvent été discutée mais, jusqu'à présent, quantité de doutes n'étaient toujours pas écartés. De plus, pendant cette période, la doctrine parfaite et élevée du Dharma Merveilleux n'avait jamais encore été correctement expliquée et propagée."

Ils dirent également : "Maintenant prend fin la polémique qui depuis si longtemps oppose l'école Sanron à l'école Hosso. Elle a perdu toute substance, comme de la glace qui aurait fondu. [La vérité apparaît.] Tout s'éclaire, comme lorsque nuages et brouillards se dissipent, laissant voir le soleil, la lune et les étoiles."

Saicho*, pour évaluer les enseignements de ses quatorze opposants, écrivit : "Chacun de vous ne s'appuie que sur le seul écrit de sa propre école et, bien que vous battiez les tambours du Dharma dans les vallées profondes, les maîtres aussi bien que leurs auditeurs continuent à s'égarer dans les voies des trois véhicules. Vous brandissez, du haut des sommets les plus élevés, la bannière de la doctrine qui veut que maîtres et disciples soient libérés des entraves du monde des trois plans, mais vous persistez à emprunter la voie selon laquelle il faut des kalpas pour atteindre la bodhéité. Vous confondez les trois sortes de chariots [les enseignements provisoires] avec le char tiré par un grand boeuf blanc qui se trouve devant la porte (note). Comment pourriez-vous atteindre la première étape de sécurité et parvenir à l'Eveil en ce monde semblable à une maison en feu  ? "(réf.) 

Les deux dignitaires Wake no Hiroyo et Matsuna (note) [présents au débat], déclarèrent  : "Grâce à Huisi, le Dharma Merveilleux du Pic du Vautour a été dévoilée et Zhiyi* a révélé le merveilleux Éveil du Mont Dasu (note). Mais nous regrettons que jusqu'à présent le Véhicule unique du Sutra du Lotus ait été dissimulé par les enseignements provisoires et que le principe de l'unification des trois vérités n'ait pas encore été rendu manifeste."

Les quatorze maîtres firent le commentaire suivant : "Zengi et les autres [moines de notre groupe] ont eu la grande chance d'entendre ces enseignements rares grâce à des liens créés par le passé. Sans de profonds liens karmiques, comment aurions-nous pu naître en cette époque sacrée  ? "

Ces quatorze hommes avaient, par le passé, transmis les enseignements des divers patriarches chinois et japonais de leur école respective, tels que Fazang et Shinjo de l'école Kegon, Jizang et Kanroku de l'école Sanron, Ci-en et Dosho de l'école Hosso, ou Daoxuan et Ganjin de l'école Ritsu. Bien que les récipients contenant l'eau de la doctrine eussent changé de génération en génération, l'eau restait la même.

Mais, en se convertissant à la doctrine du Sutra du Lotus telle que l'avait enseignée Saicho*, le Grand-maître* Saicho*, ils abandonnèrent les doctrines erronées qu'ils avaient soutenues jusqu'alors. Comment peut-on alors, des années plus tard, affirmer que les sutras Kegon*, Hannya* ou Jimmitsu* sont supérieurs au Sutra du Lotus  ? Ces quatorze hommes avaient, bien sûr, étudié les doctrines des trois écoles du Hinayana [Jojitsu, Kusha et Ritsu] mais, puisque même les trois écoles du Mahayana [Kegon, Sanron et Hosso] avaient été réfutées, il devrait être inutile de les mentionner ici. Pourtant, certains, de nos jours encore, ignorant ce fait, pensent que l'une ou l'autre de ces six écoles n'a pas subi de défaite. Ils sont comme des aveugles qui ne peuvent voir ni le soleil ni la lune, ou comme des sourds incapables d'entendre le tonnerre, et qui en concluent qu'il n'y a ni soleil ni lune dans le ciel, et qu'aucun son ne résonne dans les airs.

Venons-en maintenant à l'école Shingon. Elle fut introduite [en Chine] par Shubhakarasimha* sous le règne du 44e souverain, l'impératrice Gensho. Il amena le Sutra Vairocana au Japon mais retourna en Chine sans le propager. Gembo rapporta de Chine le Dainichikyo Gishaku (Commentaire sur la signification du Sutra Vairocana) en quatorze volumes et le précepteur Tokusei, du Todai-ji, fit de même.

Le Grand-maître* Saicho* étudia ces ouvrages mais il eut des doutes sur leur évaluation des mérites relatifs du Sutra du Lotus et du Sutra Vairocana*. C'est pourquoi, le septième mois de la vingt-troisième année de l'ère Enryaku (804), il se rendit en Chine ; il y rencontra les moines Daosui du temple Xi-ming-si et Xingman, du temple Folong-si, et reçut les enseignements shikan ainsi que les grands préceptes pour l'Eveil parfait et immédiat. Il rencontra également le moine Shun-xiao, du temple Ling-gang-si, et étudia sous sa direction le Shingon. Il revint au Japon le sixième mois de la vingt-quatrième année de l'ère Enryaku (805). L'empereur Kammu lui accorda une audience et fit publier un décret recommandant aux étudiants des six écoles la pratique de shikan [la méditation du Tian-tai ] et de shingon [la récitation de mantra dharani* ésotériques], et incitant à les adopter dans les Sept temples principaux [de Nara].

Il y avait en Chine plusieurs théories sur la supériorité relative de ces deux enseignements, shikan et shingon. De plus, le Dainichikyo Gishaku affirme que, bien qu'ils soient équivalents en théorie, le shingon est supérieur en terme de pratique.

Le Grand-maître* Saicho*, cependant, réalisa qu'il s'agissait là d'une erreur de la part de Shubhakarasimha*, et comprit que le Sutra Vairocana* était inférieur au Sutra du Lotus. C'est pourquoi il renonça à établir une huitième école fondée sur les enseignements shingon et préféra les incorporer aux enseignements de la septième école du Japon, l'école Hokke, après leur avoir retiré le nom de Shingon-shu. Il déclara que le Sutra Vairocana* devait être considéré comme un sutra supplémentaire de l'école Tendai-Hokke, et le situa au même niveau que les sutras Kegon*, Sutra Daibon hannya (note) et du Nirvana. Mais la question de savoir s'il fallait ou non établir un sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes menant à l'Eveil parfait et immédiat, élément d'une grande importance pour le Mahayana, suscitait à l'époque de vives polémiques au Japon. C'est peut-être pour cela que le Grand-maître* Saicho* ne laissa pas à ses disciples d'instructions claires quant à la supériorité relative des enseignements Shingon et Tendai.

Pourtant, dans un ouvrage intitulé Ebyo Shu, il établit clairement que l'école Shingon avait volé les principes corrects de l'école Hokke-Tendai pour les incorporer à sa propre interprétation du Sutra Vairocana*, afin de déclarer les deux écoles équivalentes au niveau théorique. En réalité, l'école Shingon avait donc été vaincue par l'école Hokke-Tendai.

[C'est encore plus évident si nous considérons que] après la mort de Shubhakarasimha* et de Vajrabodhi, le Savant-maître* [de l'école Shingon] Amoghavajra* se rendit en Inde où il rencontra le bodhisattva Nagabodhi. Nagabodhi lui apprit qu'il n'existait pas en Inde de commentaires ou de traités énonçant clairement la volonté du Bouddha, mais qu'il se trouvait en Chine un traité, oeuvre d'un nommé Zhiyi*, qui permettait à tous de distinguer clairement les enseignements corrects de ceux qui ne l'étaient pas, et de saisir la différence entre doctrines complètes et incomplètes. Sa voix, lorsqu'il lui dit cela, était pleine d'admiration et il lui demanda instamment qu'un exemplaire de cet ouvrage fut envoyé en Inde.

Cette histoire fut rapportée au Grand-maître* par Hanguang, disciple d'Amoghavajra*, et elle est relatée par Zhanlan* à la fin du dixième volume du Hokke Mongu Ki*, ainsi que dans le Ebyo Shu du Grand-maître* Saicho*. De ce passage, il ressort clairement que le Grand-maître* Saicho* estimait le Sutra Vairocana* inférieur au Sutra du Lotus.

Il apparaît donc que le Bouddha Shakyamuni, ainsi que les Grands-maîtres Zhiyi*, Zhanlan* et Saicho* sont unanimes pour considérer le Sutra du Lotus comme le plus élevé de tous les sutras y compris le Sutra Vairocana*. De plus, si l'on étudie attentivement le Daichido Ron, il devient évident que son auteur, le bodhisattva Nagarjuna, considéré comme le fondateur de l'école Shingon, était du même avis. Mais malheureusement, le Bodaishin Ron, ouvrage d'Amoghavajra*, est pétri d'erreurs et a égaré tous ceux qui l'ont lu, provoquant la confusion qui règne actuellement.

Nous arrivons à présent à un disciple de l'administrateur des moines Gonso, du temple d'Iwabuchi, du nom de Kukai*, et qui fut connu plus tard sous le nom de Grand-maître* Kobo. Le douzième jour du cinquième mois de la vingt-troisième année de l'ère Enryaku (804), il partit pour la Chine. A son arrivée, il fit la connaissance du moine Huiguo, dont le maître appartenait à la troisième génération de la lignée Shingon, commencée par Shubhakarasimha* et Vajrabodhi. De Huiguo, il reçut la transmission des deux mandala du Shingon. Il rentra au Japon le vingt-deuxième jour du dixième mois de la deuxième année de l'ère de Daido (807).

Cela se passait sous le règne de l'empereur Heizei, l'empereur Kammu étant depuis peu décédé. Kukai* obtint une audience de l'empereur qui lui accorda une grande confiance et se mit à suivre ses enseignements, les considérant supérieurs à tous les autres. Peu de temps après (809), l'empereur Heizei céda le trône à l'empereur Saga, dont Kukai* obtint également les faveurs.

Le Grand-maître* Saicho* décéda le quatrième jour du sixième mois de la treizième année de Konin (822), sous le règne de l'empereur Saga. A partir de la quatorzième année de la même ère (823), Kukai* prodigua officiellement ses enseignements au souverain. Il établit l'école Shingon et la direction du temple To-ji lui fut confiée ; on l'appela désormais "le moine du Shingon". C'est ainsi que fut fondée l'école Shingon, huitième école bouddhique du Japon.

Voici comment Kukai* évaluait les mérites respectifs des enseignements exposés par le Bouddha Shakyamuni de son vivant : "Le Sutra Vairocana* de l'école Shingon vient en premier, le Sutra Kegon* en deuxième, et la troisième place revient au Sutra du Lotus et au Sutra du Nirvana.

"Comparé aux sutras Agon, Hodo* et Hannya*, le Sutra du Lotus est un sutra véridique mais, comparé aux sutras Kegon* et Vairocana*, il n'offre que des théories puériles.

"Le vénérable Shakyamuni fut un bouddha, mais en comparaison avec le bouddha Vairocana*, il est encore au stade de l'obscurité (réf.). Il y a entre eux autant de différence qu'entre un empereur et un barbare en captivité.

"Le Grand-maître* Zhiyi* est un voleur. Il s'est approprié le beurre clarifié du Shingon en affirmant que le Sutra du Lotus était le ghee [de tous les enseignements bouddhiques]."

Voilà ce qu'écrivait Kukai*. En entendant de tels propos, les gens, même ceux qui avaient cru auparavant que le Sutra du Lotus était le plus élevé des sutras, se mirent à le considérer comme sans valeur.

Laissons de côté, pour l'instant, les enseignements non bouddhiques exposés [par les brahmanes] en Inde. Mais les déclarations de Kukai sont certainement encore plus fausses que les théories des moines du nord et du sud de la Chine, qui prétendaient que, comparé au Sutra du Nirvana, le Sutra du Lotus était erroné. Elles sont plus outrancières que les assertions des adeptes du Kegon affirmant que, comparé au Sutra Kegon*, le Sutra du Lotus représente les "branches". Cela rappelle le brahma Grand-Arrogance qui, en Inde, s'était fait construire une chaire dont les quatre pieds étaient sculptés à l'image des divinités Maheshvara, Narayana, Vishnu, et du Bouddha Shakyamuni, et qui, juché sur cette chaire, prêchait des doctrines erronées.

Si seulement le Grand-maître* Saicho* avait encore été en vie, il aurait certainement réfuté ces erreurs. Mais d'où vient que ses disciples Gishin*, Encho*, Ennin* et Enchin n'aient jamais remis en question la doctrine de Kukai  ? Ce fut là un grand malheur pour le monde   ! Ennin* se rendit en Chine au cours de la cinquième année de l'ère de Jowa (838) et y passa dix ans à étudier la doctrine des Ecoles Tian-tai et Shingon. Pour ce qui est des mérites relatifs du Sutra du Lotus et du Sutra Vairocana*, Faxian,
Yuanzheng et d'autres encore, huit maîtres shingon au total, lui enseignèrent que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana* étaient équivalents d'un point de vue théorique mais que le second était supérieur du point de vue de la pratique. Il étudia aussi sous la direction de Zhiyuan, Guanxiu et Wei-Juan, de l'Ecole Tian-tai, et de ceux-ci il apprit que le Sutra Vairocana* entrait dans la catégorie des sutras Hodo* (inférieurs au Sutra du Lotus).

Le dixième jour du neuvième mois de la treizième année de l'ère de Towa (846), il rentra au Japon, et le quatorzième jour du sixième mois de la première année de l'ère de Kajo (848), il fut officiellement autorisé à conduire des cérémonies d'ordination selon les rites de l'école Shingon, comme il l'avait demandé. Peut-être parce que, au cours de ses études en Chine, il n'avait pas compris l'importance du Sutra du Lotus par rapport au Sutra Vairocana*, il entreprit d'écrire un commentaire en sept volumes du Sutra Kongocho, ainsi qu'un commentaire en sept volumes du Sutra Soshitsuji, quatorze volumes au total. Le point central de ces commentaires est que la doctrine exposée dans les sutras Vairocana*, Kongocho et Soshitsuji, et celle qui est énoncée dans le Sutra du Lotus, révèlent en définitive le même principe, mais que, grâce au rituel des mudra et des mantra dharani* associé aux trois sutras du Shingon, ceux-ci doivent être considérés comme supérieurs au Sutra du Lotus.

Cette position était totalement en accord avec l'opinion exprimée par Shubhakarasimha*, Vajrabodhi* et Amoghavajra* dans leurs commentaires du Sutra Vairocana* Vajrabodhi* et Amoghavajra* souscrivirent également aux opinions de Shubhakarasimha* telles qu'elles sont exprimées dans ce traité." (note) Est-ce parce qu'un doute persistait encore dans l'esprit d'Ennin*, ou parce que, n'ayant plus de doutes lui-même, il souhaitait éliminer ceux des autres  ? Quoi qu'il en soit, il plaça ses quatorze volumes de commentaires devant l'objet de culte du temple où il résidait et formula la prière suivante : "J'ai écrit ces traités mais la véritable intention du Bouddha est très difficile à saisir. Le Sutra Vairocana*, les deux autres sutras du Shingon qui lui sont associés sont-ils supérieurs  ? Ou, au contraire, le Sutra du Lotus et les deux autres sutras qui lui sont associés (note) doivent-ils être placés à un rang plus élevé  ? "

Au cinquième jour de prières ferventes et sincères, à l'heure de la cinquième veille, un signe lui apparut soudain en rêve. Dans le ciel bleu, le soleil brillait. Il prenait un arc et lançait une flèche qui transperçait le soleil. L'astre se mettait à tomber, et au moment où il allait presque s'écraser sur la terre, Ennin* se réveilla.
Transporté de joie, il s'exclama : "J'ai fait un rêve de très bon augure. Ces écrits, dans lesquels j'ai affirmé que les enseignements du Shingon sont supérieurs au Sutra du Lotus correspondent bien à la volonté du Bouddha  ! " Il obtint qu'un décret impérial soit promulgué et il répandit cet enseignement dans tout le Japon.

Mais l'édit qui fut rendu public à sa demande déclare en réalité : "Il a été finalement établi que les principes de méditation [shikan] de l'école Tendai et la doctrine du Shingon s'harmonisent parfaitement en théorie." Ennin* avait prié pour avoir la confirmation que le Sutra du Lotus était inférieur au Sutra Vairocana* mais l'édit qui fut publié proclamait au contraire que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana étaient du même niveau !

Le Grand-maître* Enchin fut, au Japon, [dans sa jeunesse] le disciple du moine Gishin*, d'Encho*, de l'administrateur Kojo* et d'Ennin*. Il étudia ainsi toutes les doctrines, exotériques aussi bien qu'ésotériques, enseignées à son époque au Japon. Toutefois, peut-être parce qu'il avait encore des doutes quant à la supériorité relative des écoles Tendai et Shingon, il se rendit en Chine. Il y arriva dans la deuxième année de l'ère Ninju (852), et y suivit l'enseignement des moines du Shingon Faxian et Yuanzheng. Leurs enseignements s'accordaient dans l'ensemble avec l'opinion d'Ennin*, c'est-à-dire que le Sutra Vairocana* et le Sutra du Lotus sont équivalents en théorie, mais que le second est supérieur du point de vue de la pratique. Enchin étudia également sous la direction du moine Liangxu de l'Ecole Tian-tai, qui lui enseigna que, si l'on compare les mérites respectifs des Ecoles Shingon et Tian-tai, il apparaît que le Sutra Vairocana* [de l'Ecole Shingon] est bien inférieur au Sutra Kegon* et au Sutra du Lotus. Après avoir passé sept ans en Chine, Enchin revint au Japon le dix-septième jour du cinquième mois de la première année de l'ère Jogan (859) (note).

Dans son commentaire du Sutra Vairocana*, le Dainichikyo Shiiki, Enchin déclare  : "Le Sutra du Lotus lui-même ne soutient pas la comparaison [avec le Sutra Vairocana*], et les autres sutras encore moins." Autrement dit, il prétend dans cet écrit que le Sutra du Lotus est inférieur au Sutra Vairocana*. Par ailleurs, dans un autre traité, le Juketsu Shu, il déclare : "Les doctrines [des écoles] Shingon et Zen... peuvent tout au plus servir d'introduction aux sutras Kegon*, Lotus et Nirvana." Et il reprend cette affirmation dans ses traités Fugenkyo Ki et Hokke Ron Ki.

Le vingt-neuvième jour - sous le signe cyclique mizunoe-saru - du quatrième mois de la huitième année de l'ère Jogan, c'est-à-dire l'année hinoe-inu (866), un édit impérial fut promulgué, déclarant : "Il appert que les doctrines des deux écoles, Shingon aussi bien que Tendai, méritent toutes deux l'appellation de ghee du bouddhisme, et méritent également d'être qualifiées d'ésotériques et de profondes."

De nouveau, au troisième jour du sixième mois [de la même année], un édit proclama : "Depuis que, par le passé, le Grand-maître* Saicho* a établi les deux disciplines (note) comme la voie correcte de l'école Tendai, les patriarches successifs de cette école les ont reçues et transmises toutes deux, de génération en génération. Pourquoi leurs disciples, par la suite, devraient-ils s'écarter de cette ancienne tradition ?

"Pourtant, nous apprenons que les moines du Mont Hiei ne cessent de s'opposer aux enseignements de leur patriarche Saicho* pour suivre des interprétations personnelles erronées. Ils semblent se consacrer presque exclusivement à la propagation des doctrines d'autres écoles, sans garder ni transmettre les traditions de l'école Tendai. Si les disciples veulent suivre la voie héritée du maître, ils ne peuvent ignorer aucune des deux pratiques [de shikan et de shingon]. Si l'on désire transmettre et propager la doctrine, ne doit-on pas maîtriser ces deux formes d'enseignements  ? Désormais, la fonction de grand patriarche du temple Enrakyu-ji [de l'école Tendai] ne sera confiée qu'à une personne les ayant parfaitement comprises toutes deux et il en ira toujours de même à l'avenir."

[Comme nous l'avons vu] Ennin* et Enchin furent tous deux les disciples de Saicho* et de Gishin*. De plus, ils se rendirent en Chine et y rencontrèrent des maîtres éminents du Tian-tai et du Shingon. Mais peut-être avaient-ils des doutes concernant les mérites relatifs de ces deux écoles. Tantôt, ils déclaraient le Shingon supérieur, tantot le Sutra du Lotus ; parfois encore, ils les disaient équivalents en théorie, bien que le Shingon soit supérieur en pratique. C'est alors qu'un édit proclama que quiconque débattrait des mérites comparés de ces deux écoles se rendrait coupable de désobéissance aux ordres impériaux.

Les déclarations d'Ennin* et Enchin étaient de toute évidence contradictoires et les adeptes des autres écoles ne leur accordaient pas la moindre confiance. Pourtant, l'édit impérial établissait que les deux écoles étaient équivalentes, prétendant que c'était là l'opinion du patriarche fondateur [de l'école Tendai], le Grand-maître* Saicho*. Mais dans lequel de ses écrits trouve-t-on une telle affirmation  ? C'est là un point qu'il faut examiner avec le plus grand soin.

On peut penser que Nichiren, s'il met en doute l'interprétation faite par Ennin* et Enchin de l'enseignement du Grand-maître* Saicho*, est comme un enfant qui se prétendrait plus vieux que ses parents, ou comme quelqu'un qui regarderait le soleil en affirmant que ses propres yeux sont plus brillants. Pourtant, ceux qui voudraient défendre les vues d'Ennin* et de Enchin doivent produire une preuve écrite s'ils veulent que l'on accorde un crédit quelconque à ce qu'ils avancent.

Le Savant-maître* Xuanzang s'était rendu en Inde et y avait vu le Daibibasha Ron (note) mais cela n'empêcha pas le Maître du Dharma Fa-Bao qui n'était, lui, jamais allé en Inde, de réfuter ses arguments. Le Savant-maître* Dharmaraksha eut sous les yeux le Sutra du Lotus en Inde, mais cela n'empêcha pas un maître chinois (note) qui n'en avait jamais vu le texte original de découvrir que, dans sa traduction, Dharmaraksha n'avait pas mis le chapitre Zokurui* (XXII) à la bonne place (note).

De même, Ennin* rencontra bien le Grand-maître* Saicho* et étudia sous sa direction, et Enchin reçut bien l'enseignement de la bouche du moine Gishin*. Mais s'ils avancent des théories contraires aux principes exposés dans les authentiques écrits de Saicho* et de Gishin*, comment pourraient-ils ne pas susciter de doutes ?

Le plus secret des écrits de Saicho* est un ouvrage intitulé Ebyo Shu. Dans sa préface, on lit : "L'école Shingon, récemment introduite [au Japon], déforme délibérément ses enseignements pour les plier à ses buts (note), tandis que l'école Kegon, introduite plus tôt, tente de dissimuler qu'elle a été influencée par les principes de Zhiyi*. L'école Sanron, si attachée au concept de vacuité, a oublié l'humiliation de Jizang et cache le fait qu'il fut finalement acquis aux principes de Zhiyi*. L'école Hosso, qui s'accroche au concept d'être, nie le fait que son maître Zhizhou se soit converti aux enseignements de l'école de Zhiyi*, et que Liang-pi ait utilisé les commentaires de ce dernier (note) dans son explication du Sutra Ninno. A présent, avec la plus grande attention, j'ai écrit cet ouvrage intitulé Ebyo Shu en un volume pour le léguer aux sages des temps futurs qui partageront mes convictions.
"Fait sous le règne du 52e souverain du Japon, dans la septième année de l'ère Konin (816)."

Plus loin, dans le corps du même ouvrage, il écrit  : "Un moine éminent de l'Inde, ayant entendu dire que les enseignements d'un moine nommé Zhiyi*, de la dynastie Tang, permettaient, mieux que tout autre, de distinguer les principes corrects des principes erronés, exprima le grand désir de les étudier."

Il poursuit  : "Cela n'indique-t-il pas que le bouddhisme a disparu en Inde, son pays d'origine, et qu'il faut le rechercher dans les pays voisins  ? Mais, même en Chine, ceux qui reconnaissent la grandeur des enseignements de Zhiyi* sont peu nombreux. Les gens y ressemblent aux habitants de Lu. Lu n'avait jamais été conscient de la grandeur de Confucius."(note) (réf.) Cet ouvrage, [comme le montrent ces citations] réfute les quatre écoles, Hosso, Sanron, Kegon et Shingon. Si le Grand-maître* Saicho* avait considéré les écoles Tendai et Shingon comme de valeur équivalente, pourquoi aurait-il critiqué cette dernière  ? De plus, il compara le patriarche Amoghavajra* et les autres au peuple ignorant de l'Etat de Lu. S'il avait réellement approuvé les enseignements Shingon formulés par Shubhakarasimha*, Vajrabodhi* et Amoghavajra*, pourquoi les aurait-il ainsi comparés au peuple de Lu  ? Et si les enseignements Shingon, originaires de l'Inde, étaient équivalents ou supérieurs à ceux de l'école Tendai, pourquoi l'éminent moine en Inde aurait-il posé à Amoghavajra* des questions sur Zhiyi* et affirmé que le Dharma correct avait disparu d'Inde ?

De toute évidence, Ennin* et Enchin se proclamèrent tous deux disciples du Grand-maître* Saicho*, mais ne l'étaient pas du tout dans leur coeur. C'est pourquoi Saicho* écrivit dans la préface de son ouvrage : "A présent, avec la plus grande attention, j'ai écrit cet ouvrage intitulé Ebyo Shu en un volume pour le léguer aux sages des temps futurs qui partageront mes convictions." Les mots "qui partageront mes convictions" désignent en réalité "ceux qui partageront ma conviction que l'école Shingon est inférieure à l'école Tendai."

Mais dans le décret impérial édicté à la demande d'Ennin* lui-même, on lit : "Ils ne cessent de s'opposer aux enseignements du patriarche Saicho* pour suivre des interprétations personnelles erronées." Il y est dit par ailleurs : "Si les disciples veulent suivre la voie héritée du maître, ils ne peuvent ignorer aucune des deux pratiques [de shikan et de shingon]." Mais si nous nous en tenons aux termes mêmes de cet édit, nous devrions considérer que ce sont plutôt Ennin* et Enchin qui se sont opposés à leur maître Saicho*. Il est extrêmement troublant pour moi de porter des accusations aussi graves, mais, si je ne le fais pas, la valeur relative qu'il faut accorder au Sutra Vairocana* et au Sutra du Lotus continuera à être inversée, comme elle l'est à présent. C'est pourquoi je réfute ces conceptions erronées au risque de ma vie.

[Parce qu'ils s'étaient eux-mêmes trompés, ] il est normal que ces deux hommes, Ennin* aussi bien que Enchin n'aient pas osé accuser Kukai* d'erreurs doctrinales. Au lieu de gaspiller le coût de leur voyage et de donner du travail aux autres en voulant à tout prix se rendre en Chine, ils auraient dû étudier plus à fond l'enseignement de leur propre maître, le Grand-maître* Saicho* !

Le Dharma correct ne fut enseignée au Mont Hiei que du temps des trois premiers maîtres de l'école Tendai : le Grand-maître* Saicho*, le moine Gishin* et le Grand-maître* Encho*. Après eux, les patriarches de l'école Tendai devinrent des maîtres du Shingon. Le lieu continua (note) à être appelé le Mont du Tendai, mais il fut dirigé par un maître du Shingon.

Ennin* et Enchin, comme nous l'avons vu, contredisent le passage du Sutra [du lotus] qui parle de tous les sutras que le Bouddha "a enseignés, enseigne et enseignera"(réf.). Et, ayant contredit ce passage des écritures, ne doivent-ils pas être considérés comme les grands ennemis de Shakyamuni, de Taho et des autres bouddhas des dix directions  ? On aurait pu penser que Kukai* fut celui qui commit la plus grande offense au Dharma, mais Ennin* et Enchin enseignèrent des erreurs encore plus graves que celles de Kukai*.

Quand des allégations sont aussi différentes ou aussi éloignées de la vérité que l'eau du feu ou le ciel de la terre, les gens refusent de les croire, et les mensonges qu'elles contiennent n'ont aucune chance d'être admis. Ainsi, par exemple, la doctrine de Kukai* regorge de tant d'absurdités que même ses propres disciples eurent du mal à les croire. Ils suivirent ses instructions concernant la pratique et les rituels de leur école, mais ils ne purent jamais accepter ses théories [concernant les mérites relatifs des différents sutras]. Ils leur substituèrent les principes de Shubhakarasimha*, Vajrabodhi*, Amoghavajra*, Ennin* et Enchin. Ce sont les enseignements de Ennin* et Enchin qui affirment que les écoles Shingon et Tendai sont équivalentes du point de vue théorique, et tout le monde l'a admis.

Dans ces conditions, même les moines du Tendai - afin qu'on leur demande de pratiquer les rituels d'"ouverture des yeux" pour consacrer les images du Bouddha sculptées ou peintes - adoptèrent les mudra et les mantra dharani* censés fonder la supériorité de l'école Shingon. Par conséquent, le Japon tout entier s'est adonné à la pratique du Shingon, et il n'y a plus un seul pratiquant de l'école Tendai.

Un moine et une nonne, un objet noir et un objet bleu foncé sont suffisamment semblables pour être confondus par une personne ayant une mauvaise vue. Mais même une personne dont la vue est défectueuse ne pourra jamais confondre un moine avec un laïc, ou un objet blanc avec un objet rouge. Le risque est encore moindre avec une personne dont la vue est bonne. Les théories d'Ennin* et de Enchin sont aussi difficiles à distinguer de la vérité qu'un moine d'une nonne, ou un objet noir d'un objet bleu foncé. Ainsi, même les sages s'y trompent, et les ignorants font cette confusion. [De cet état de fait il résulte que] durant plus de quatre siècles, sur le Mont Hiei, dans les temples Onjo-ji et To-ji, à Nara, dans les cinq provinces entourant la capitale, dans les sept marches, comme, à vrai dire, dans le Japon tout entier, tous s'opposent au Dharma.

Dans le cinquième volume du Sutra du Lotus, le Bouddha déclare : "Manjushri, ce Sutra du Lotus est la resserre secrète des bouddhas. Parmi les sutras, il occupe la première place."

[...]

Il est dit encore, dans le septième volume du Sutra du Lotus : "Celui qui parvient à croire et à pratiquer ce Sutra est ainsi également. Parmi la multitude de tous les êtres vivants, il est le premier."(réf.) Selon ce passage du Sutra, le Pratiquant du Sutra du Lotus est donc semblable au grand océan, plus vaste que toutes les rivières et tous les fleuves, au Mont Sumeru, la plus élevée de toutes les montagnes, à la lumière dorée de Gatten parmi les myriades d'étoiles, à la grande divinité Nitten parmi les autres astres lumineux, aux Rois faisant tourner la roue [parmi d'autres rois de moindre importance], au dieu Taishaku [parmi les trente-trois divinités] et au grand roi des dieux, Bonten, parmi les autres rois.

Le Grand-maître* Saicho* dans son Hokke Shuku écrit : "Ce Sutra est de même nature... il est le plus élevé de tous les sutras. Celui qui parvient à accepter et à observer ce Sutra sera semblable à lui - il sera le premier parmi la multitude des êtres vivants."

Après avoir cité ce passage du Sutra du Lotus, Saicho* note un passage du Hokke Gengi de Zhiyi*, qui, interprétant ce même passage, en donne l'explication suivante : "Il faut savoir que les sutras sur lesquels s'appuient les autres écoles ne sont pas les plus élevés. Par conséquent, ceux qui croient dans ces sutras ne sont pas non plus les meilleurs. Mais, puisque l'Ecole Tian-tai croit dans le sutra le plus élevé, ceux qui croient dans le Sutra du Lotus sont les premiers parmi la multitude. Ce sont là les mots mêmes du Bouddha. Comment pourrait-il s'agir là d'une simple glorification de soi-même  ? "

Plus loin, dans l'ouvrage précédemment cité [Hokke Shuku], Saicho* déclare : "Des explications détaillées concernant les textes sur lesquels les autres écoles basent leurs enseignements sont données dans un autre ouvrage." Dans cet autre écrit auquel il se réfère, le Ebyo Shu, on lit : "[Le fondateur de notre école, ] le Grand-maître* Zhiyi* enseigna le Sutra du Lotus, et les commentaires qu'il en fait le placent très au-dessus de tous les autres maîtres ; dans toute la Chine, il n'a pas son pareil. Il est clair qu'il est l'envoyé du Bouddha. Ceux qui feront son éloge accumuleront une bonne fortune aussi haute que le Mont Sumeru, tandis que ceux qui le calomnieront commettront une faute qui les précipitera dans l'enfer avici."

A la lumière des enseignements du Sutra du Lotus et des commentaires de Zhiyi*, Zhanlan* et Saicho*, dans le Japon d'aujourd'hui, il n'y a pas un seul pratiquant du Sutra du Lotus  !

En Inde, quand le Bouddha Shakyamuni enseigna le Sutra du Lotus, comme c'est décrit dans le chapitre Hoto* (XI), il convoqua tous les bouddhas et les fit asseoir par terre. Seul le bouddha Dainichi (Taho) (note) s'assit à l'intérieur de la Tour aux Trésors, à une place basse au sud, tandis que le Bouddha Shakyamuni était assis à une place plus haute, au nord.

Ce bouddha Dainichi est le maître du Monde de la Matrice, décrit dans le Sutra Vairocana*, et le maître du Monde du Diamant, décrit dans le Sutra Kongocho. Ce Dainichi ou bouddha Taho, qui a comme vassaux les bouddhas des deux mondes cités plus haut, est lui-même surpassé par le Bouddha Shakyamuni qui est assis au-dessus de lui. Ce Bouddha Shakyamuni est l'authentique Pratiquant du Sutra du Lotus. Voilà ce qui se passa en Inde.

En Chine, au temps de l'empereur Chen, le Grand-maître* Zhiyi* remporta la victoire au cours d'un débat l'opposant aux maîtres des écoles du Nord et du Sud, et il fut honoré du titre de Grand-maître de son vivant. Ainsi, Saicho* dit de lui qu'il fut "très au-dessus de tous les autres maîtres ; dans toute la Chine, il n'eut pas son pareil".

Au Japon, le Grand-maître* Saicho* remporta un débat l'opposant aux maîtres des six écoles et devint le fondateur et le premier patriarche de l'école japonaise du Tendai. En Inde, en Chine et au Japon, seules ces trois personnes - Shakyamuni, Zhiyi* et Saicho* - furent ce que le Sutra de lotus appelle "les premiers parmi la multitude des êtres vivants".

Ainsi, dans le Hokke Shuku, Saicho* écrit : "Shakyamuni enseigna que "le superficiel est facile [à saisir] mais le profond, difficile". Abandonner le superficiel pour rechercher ce qui est profond [demande du courage], c'est l'esprit de "rechercher le Bouddha". Le Grand-maître* Zhiyi*, en suivant fidèlement le Bouddha Shakyamuni, a contribué à la propagation de l'Ecole Tian-tai en Chine. [Nous, ] la famille du Mont Hiei, en succédant à Zhiyi*, contribuons à la propagation de l'école Hokke au Japon."

Durant les mille huit cents ans et plus qui se sont écoulés depuis la disparition du Bouddha, il n'y a eu qu'un seul Pratiquant du Sutra du Lotus en Chine, et un seul au Japon. Si l'on y ajoute Shakyamuni lui-même, cela fait au total trois personnes.

Les écrits non bouddhiques [de la Chine ancienne] affirment qu'un sage apparaît une fois tous les mille ans, et un homme de vertu, une fois tous les cinq cents ans. Là où les deux rivières, Qing et Wei, rejoignent le fleuve Jaune, le flot de ces affluents ne se mélange pas. On dit que, une fois tous les cinq cents ans, l'eau de l'un d'eux devient claire, et qu'une fois tous les mille ans, l'eau des deux devient limpide aussi. [De même, les sages et les personnes de vertu apparaissent à intervalles fixes.]

Au Japon [comme nous l'avons vu] sur le Mont Hiei, et seulement du vivant du Grand-maître* Saicho*, il y eut un pratiquant du Sutra du Lotus. Gishin* et Encho* lui succédèrent, respectivement premier et deuxième patriarches de cette école. Mais, seul le premier patriarche Gishin* suivit la voie du Grand-maître* Saicho*. Le deuxième patriarche, Encho*, fut à moitié disciple de Saicho* et à moitié disciple de Kukai*.

Le troisième patriarche, Ennin*, se comporta d'abord comme un disciple du Grand-maître* Saicho*. Mais, après son voyage en Chine, à l'âge de quarante ans, tout en continuant à se dire disciple de Saicho* et en agissant en apparence comme un continuateur de sa doctrine, il enseigna une forme de bouddhisme totalement indigne d'un véritable disciple. Il ne joua le rôle d'un disciple fidèle de Saicho* qu'en administrant les préceptes pour l'Eveil parfait et immédiat tels que les avaient établis Saicho*.

On pourrait le comparer à une chauve-souris, qui tient à la fois de l'oiseau et de la souris sans être ni l'un ni l'autre. Ou encore, à un petit de la chouette ou à la bête que l'on appelle hakei. Il a mangé son père, le Sutra du Lotus, et dévoré sa mère, ceux qui pratiquent le Dharma. Lorsqu'il rêva qu'il transperçait d'une flèche le soleil, c'était probablement une image de ses crimes. Et c'est sans doute pour cela que, après sa mort, aucun monument funéraire ne lui fut érigé.

Le temple Onjo-ji, représentant les disciples d'Enchin (Chisho) dans l'école Tendai, se battait sans arrêt avec le temple Enryaku-ji du Mont Hiei qui représentait les disciples d'Ennin* à l'intérieur de la même école (note) et ils s'affrontaient avec autant de violence que des asuras et des dragons malfaisants. D'abord, Onjo-ji fut incendié, puis ce furent les bâtiments du Mont Hiei. Si bien que la représentation du bodhisattva Maitreya à laquelle Enchin avait adressé ses prières fut brûlée, de même que l'objet de culte d'Ennin* qui fut détruit dans un incendie en même temps que la grande salle d'étude du Mont Hiei. Les moines de ces deux temples ont dû avoir l'impression de tomber vivants dans l'enfer avici. Seule la grande salle de pratique du Mont Hiei [construite par Saicho*] fut épargnée.

La lignée de Kukai* fut, elle aussi, interrompue. Kukai* avait stipulé par écrit que nul ne pourrait devenir patriarche du temple To-ji s'il n'avait été ordonné selon les préceptes [établis par Ganjin] au sanctuaire du Todai-ji. Cependant, l'empereur retiré Kampyo (Uda) fonda un temple [à Kyoto] appelé Ninna-ji et y déplaça un certain nombre de moines du To-ji ; et il décréta aussi que nul ne pourrait résider au temple Ninna-ji s'il n'avait au préalable reçu les préceptes pour l'Eveil parfait et immédiat au sanctuaire du Mont Hiei. Par conséquent, les moines du temple To-ji ne sont ni les disciples de Ganjin, ni ceux de Kukai*. Par rapport aux préceptes, ils sont disciples de Saicho*. Mais ils ne se conduisent pas en vrais disciples de Saicho* car ils rejettent le Sutra du Lotus que Saicho* considère comme l'enseignement suprême.

Kukai* mourut le vingt et unième jour du troisième mois de la deuxième année de l'ère Jowa (835) et un représentant de la cour impériale offrit des prières à ses funérailles. Pourtant, par la suite, ses disciples se réunirent et déclarèrent, de manière mensongère [qu'il n'était pas mort du tout mais] qu'il était entré dans un état de méditation profonde ; l'un d'eux alla jusqu'à dire qu'il avait dû lui raser le crâne [parce que ses cheveux, ayant poussé, étaient devenus trop longs]. D'autres affirmèrent que, lorsqu'il était en Chine, il avait lancé un trident de diamant [qui, après avoir survolé l'océan, avait atterri au Japon]. D'autres encore que [pour répondre à ses prières] le soleil était apparu en pleine nuit ; qu'il était la réincarnation du bouddha Vairocana*, ou encore qu'il avait initié le Grand-maître* Saicho* aux dix-huit voies (note) du bouddhisme ésotérique. Ils espéraient ainsi, en attribuant à leur maître quantité de mérites et de prodiges inventés, le faire passer pour un sage, accréditer ses principes erronés et tromper le souverain et ses ministres.

Il y avait sur le Mont Koya deux temples principaux : le temple d'origine (note) et le Dembo-in. Le temple d'origine, qui comprend la grande pagode, fut fondé par Kukai* et il est consacré au bouddha Dainichi du Monde de la Matrice. Le Dembo-in fut fondé par Shokaku-bo et il est consacré au bouddha Dainichi du Monde de Diamant. Ces deux temples, Onjo-ji [au pied du Mont Hiei] et Enrakyu-ji [au sommet du Mont Hiei] se battaient jour et nuit. Est-ce l'accumulation des mensonges qui provoqua l'apparition au Japon de ces deux calamités [ces temples ennemis du Mont Koya et du Mont Hiei]  ?

Vous pouvez entasser de la fiente séchée et l'appeler bois de santal, mais, si vous la brûlez, elle ne répandra jamais qu'une odeur de fiente. Vous pouvez accumuler quantité de mensonges et les appeler enseignements du Bouddha, mais ils ne conduiront jamais que vers la grande citadelle de l'enfer avici.

Le stupa construit par le maître non bouddhiste Nigantha Nataputta* procura de grands bienfaits aux êtres vivants pendant des années, mais, lorsque le bodhisattva Ashvaghosha (note) s'inclina devant, ce stupa s'écroula soudainement. (réf.) Le brahmane Démon de l'éloquence dispensait son enseignement caché derrière un rideau, et réussit ainsi à tromper les autres pendant des années, mais le bodhisattva Ashvaghosha le réfuta et dévoila ses mensonges. (réf.)

Le maître brahmanique Uluka se transforma en pierre et resta dans cet état pendant huit cents ans mais, lorsque le bodhisattva Dignaga toucha cette pierre, elle se liquéfia (réf.).

Les maîtres taoïstes, en Chine, trompèrent le peuple pendant plusieurs centaines d'années. Mais, lorsque les moines bouddhistes Kashyapa Matanga et Zhu Falan les défièrent, ils mirent le feu à leurs propres écrits et ceux-ci, qui devaient prouver l'immortalité, ont brûlé.

De même que Zhaogao s'empara du pays et que Wang Mang usurpa la position d'empereur, les maîtres de l'école Shingon ont volé au Sutra du Lotus la place qui est la sienne et ont déclaré qu'il était subordonné au Sutra Vairocana*. Quand le roi du Dharma a été dépossédé de son domaine, comment le roi des hommes pourrait-il espérer être en paix et en sécurité ?

Le Japon d'aujourd'hui est rempli d'adeptes d'Ennin*, d'Enchin et de Kukai*. Il n'y a pas une seule personne qui ne s'oppose au Dharma. Si nous y réfléchissons, nous voyons que cela ressemble à l'époque des Derniers jours du Dharma Daishogon (note) ou à celle des Derniers jours du Dharma du bouddha Issai Myoo. A l'époque des Derniers jours du Dharma du bouddha Ionno, même ceux qui se repentirent de leurs mauvaises actions durent endurer pendant mille kalpas les souffrances de l'enfer avici (note).

Que dire alors de la situation actuelle, quand les moines du Shingon, les adeptes du Zen et les disciples du Nembutsu n'éprouvent pas le moindre repentir  ? [Comment pourraient-ils ne pas vérifier la prédiction du Sutra  : ] "Ils renaîtront ainsi [en enfer] pendant d'innombrables kalpas"  ? (réf.)

Parce que le Japon est un pays qui s'oppose au Dharma, le ciel l'a abandonné. Et, parce que le ciel l'a abandonné, les diverses divinités bienveillantes qui, par le passé, avaient protégé le pays, ont incendié leurs sanctuaires et sont reparties pour la Terre de la Lumière éternellement paisible.

Maintenant, il ne reste plus que Nichiren pour dénoncer ce fait et avertir de cette situation. Mais, lorsque je le fais, les dirigeants du pays me traitent comme un ennemi. Des centaines de personnes m'injurient et me calomnient, m'attaquent à coups de canne et de bâton, de couteau et de sabre. L'une après l'autre, toutes les portes me sont fermées et je suis chassé de maison en maison. Lorsque les autorités comprennent que cela ne suffit pas [pour m'arrêter], elles interviennent. A deux reprises elles m'ont envoyé en exil (note) et, en une occasion, le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun'ei (1271), elles furent bien près de me décapiter (note).

Il est dit dans le Sutra Saishoo  : "Parce que des personnes mauvaises sont respectées et favorisées et des personnes de bien injustement persécutées, des pillards apparaîtront, venus d'autres contrées, et les habitants du pays connaîtront le désordre et la mort."

Dans le Sutra Daijuku, on lit : "Il y aura peut-être divers rois de la caste des kshatrya qui s'opposeront au Dharma, créant des difficultés aux auditeurs-shravakas de l'Honoré du monde. Peut-être les insulteront-ils et les rabaisseront-ils, les attaqueront-ils et les blesseront-ils à coups de sabre ou de bâton, les dépouillant de leur robe et de leur bol à aumônes et les privant de ce dont ils ont besoin pour vivre. Ou peut-être ces souverains arrêteront-ils ou persécuteront-ils ceux qui font des offrandes aux disciples. Si cela se produisait, nous [Bonten, Taishaku et d'autres divinités] veillerons à ce que des ennemis dans des terres étrangères viennent les attaquer et que des rébellions éclatent à l'intérieur de leurs Etats. Nous provoquerons épidémies et famines, vents et pluies hors saison ; calomnies, querelles et discordes séviront. Le règne de tels souverains sera de courte durée et leur pays sera détruit."

Comme ces passages du Sutra l'indiquent, si moi, Nichiren, je n'étais pas ici, au Japon, on pourrait prendre le Bouddha pour un grand menteur [puisqu'il a fait de telles prédictions] et il ne pourrait manquer de tomber dans l'enfer avici.

Le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun'ei, en présence de Hei no Saemon et de plusieurs centaines d'autres personnes, j'ai déclaré : "Nichiren est le pilier du Japon. Condamner Nichiren, c'est comme renverser le pilier qui soutient le Japon."

Les passages des sutras que j'ai cités indiquent que si les dirigeants croient les calomnies de moines malfaisants ou les médisances d'autres personnes, et s'ils persécutent des personnes de sagesse, la guerre éclatera immédiatement, de puissants vents se lèveront et des envahisseurs apparaîtront, venus de pays étrangers.

Le deuxième mois de la neuvième année de Bun'ei (1272), des luttes ont bel et bien éclaté (note)  ; le quatrième mois de la onzième année de Bun'ei (1274), il y eut des vents violents (note) et, au cours du dixième mois de la même année, les forces mongoles attaquèrent le Japon.

Tout cela n'est-il pas dû à la manière dont on a traité Nichiren  ? C'est ce que je prédis depuis des années. Qui pourrait encore avoir des doutes à cet égard ?

Les erreurs propagées par Kukai*, Ennin* et Enchin se sont répandues dans le pays pendant de nombreuses années. A cela sont venues s'ajouter les théories nuisibles du Zen et du Nembutsu. C'est comme si, aux vents dévastateurs, venaient s'ajouter raz-de-marée et tremblements de terre. Tout cela a conduit le pays bien près de la destruction.

[Par le passé] le ministre et nyudo Taira no Kiyomori s'empara du pouvoir et, après le soulèvement de Jokyu (1221), la cour impériale cessa de gouverner et le siège de l'autorité fut transféré vers l'est, à Kamakura. Mais il ne s'agissait là que de troubles intérieurs. Le pays n'avait pas encore eu à affronter la menace d'une invasion étrangère.

De plus, si à l'époque certains s'opposaient au Dharma, d'autres préservaient encore l'enseignement correct de l'école Tendai. Par ailleurs, pendant cette période, aucun sage n'apparut pour s'efforcer de clarifier la situation, si bien qu'une paix relative régna.

Un lion endormi, si on ne le réveille pas, ne rugira pas. Si le courant est fort, mais que vous ne vous y opposez pas avec vos avirons, aucune vague ne se soulèvera. Si vous n'accusez pas un voleur pris sur le fait, il n'y aura pas d'empoignade ; si l'on n'ajoute pas de bûche au feu, la flamme ne s'élèvera pas. De même, lorsque certains s'opposent au Dharma, si personne ne s'avance pour exposer leur erreur, le gouvernement se maintiendra pendant un certain temps en place et le pays ne connaîtra pas de désordres.

Ainsi, lorsque le Dharma bouddhique fut introduite pour la première fois au Japon, aucun événement extraordinaire ne se produisit. Mais, par la suite, quand Mononobe no Moriya entreprit de brûler les statues du Bouddha, d'arrêter des moines et d'incendier temples et pagodes bouddhiques, le feu s'est déversé du ciel, la variole s'est répandue dans le pays et les guerres se sont succédé.

Mais la situation aujourd'hui est bien plus grave. Ceux qui s'opposent au Dharma emplissent le pays, et moi, Nichiren, je les attaque, fermement décidé à défendre ce qui est juste et correct.

C'est un combat sans merci, aussi féroce que celui des démons asura contre le dieu Taishaku, ou du Bouddha contre le Roi-Démon.

Il est dit dans le Sutra Konkomyo : "Viendra un temps où les ennemis des pays voisins penseront : "Nous devons faire appel à nos quatre sortes de troupes (note) et détruire ce pays." Dans le même sutra, on lit encore : "Viendra un temps où les rois des pays voisins, observant la situation et mobilisant leurs quatre sortes de troupes, s'apprêteront à partir pour le pays [où habitent ceux qui s'opposent au Dharma], dans l'intention de le soumettre. C'est à ce moment-là que nous [les divinités bienveillantes] ordonnerons aux innombrables yaksha et autres divinités en nombre infini qui sont nos disciples de prendre diverses formes et de protéger ces rois pour qu'ils soumettent leurs ennemis sans difficulté."

On trouve des affirmations semblables dans le Sutra Saishoo, et dans les sutras Daijuku et Ninno D'après ces divers sutras, si le dirigeant d'un pays persécute les pratiquants du Dharma correct et soutient ceux qui pratiquent les enseignements erronés, les rois du Ciel Bonten et Taishaku, Nitten et Gatten et les quatre Rois du Ciel entreront dans le corps des dirigeants sages de pays voisins et attaqueront ce pays.

Ainsi, par exemple, le roi Krita fut attaqué par le roi Himatala et le roi Mihirakula fut renversé par le roi Baladitya. Les rois Krita et Mihirakula étaient des souverains qui tentèrent d'éliminer le bouddhisme en Inde. De même, en Chine, tous les dirigeants qui essayèrent de détruire le bouddhisme furent attaqués par des dirigeants sages.

La situation au Japon de nos jours est bien pire. Car, dans ce pays, les dirigeants, en apparence, protègent le Dharma bouddhique, mais en réalité ils soutiennent des moines qui détruisent le bouddhisme et persécutent le Pratiquant du Dharma correct. Il en résulte que les ignorants ne comprennent pas cela et que même des personnes sages, avec leur sagesse ordinaire, ont du mal à saisir la vérité. Je suppose que même les divinités de moindre importance, au ciel, ne la connaissent pas. C'est pourquoi les désordres au Japon sont aujourd'hui plus graves encore qu'ils ne le furent, par le passé, en Inde ou en Chine.

Le Bouddha Skakyamuni déclare dans le Sutra Hometsujin : "Lorsque j'aurai accédé au nirvana, dans la période troublée où les cinq forfaits prédomineront, la voie du Démon sera prospère. Le Démon apparaîtra sous la forme de moines bouddhistes et tentera d'obscurcir et de détruire mes enseignements... Ceux qui feront le mal seront aussi nombreux que les grains de sable dans l'océan, tandis que les bons seront très rares, à peine guère plus d'une ou deux personnes."

Dans le Sutra du Nirvana, on lit : "Ainsi, ceux qui auront foi dans le Sutra du Nirvana seront aussi peu nombreux que les grains de poussière qui peuvent tenir sur un ongle... Ceux qui ne croiront pas au Sutra seront assez nombreux pour occuper toutes les terres dans les dix directions."

Ces passages des écritures sont extrêmement précieux à notre époque, et restent profondément gravés dans mon coeur. Aujourd'hui, au Japon, partout on entend déclarer : "Je crois au Sutra du Lotus." "Moi aussi, je crois au Sutra du Lotus." A entendre tous ces gens parler, on pourrait penser qu'il n'y a pas une seule personne qui s'oppose au Dharma. Mais le passage du Sutra que je viens de citer indique que, à l'époque des Derniers jours du Dharma, ceux qui s'opposeront au Dharma seront assez nombreux pour occuper toutes les terres des dix directions, tandis que ceux qui croiront dans le Dharma correct seront aussi peu nombreux que les grains de sable pouvant tenir sur un ongle. Ce que disent les gens d'aujourd'hui et ce que dit le Sutra est aussi différent que le feu de l'eau. Les gens, de nos jours, au Japon, disent que seul Nichiren s'oppose au Dharma. Mais le Sutra dit qu'il y aura plus d'opposants au Dharma que la terre entière ne peut en contenir.

Dans le Sutra Hometsujin, il est dit qu'il n'y aura qu'une ou deux personnes de bonté et, dans le Sutra du Nirvana, que les croyants seront aussi peu nombreux que les grains de sable qui peuvent tenir sur un seul ongle. Si nous devons en croire le Sutra, alors, au Japon, c'est Nichiren que désigne l'image d'une ou deux personnes, ou celle des grains de sable pouvant tenir sur un ongle. Ceux qui ont l'esprit de recherche devraient se demander ce qu'il est préférable de croire : les mots écrits dans le Sutra ou ce qui se dit dans le monde.

Certains objecteront peut-être : "C'est le Sutra du Nirvana qui décrit les défenseurs du Dharma correct comme aussi peu nombreux que les grains de sable pouvant tenir sur un ongle. Pourquoi utilisez-vous ce passage pour désigner les pratiquants du Sutra du Lotus  ? "

Je répondrai à cela  : Le Sutra du Nirvana se définit lui-même comme une partie du Sutra du Lotus. Le Grand-maître* Zhanlan* déclare  : " Le Grand Sutra lui-même pointe vers le Sutra du Lotus, le désignant comme le sutra suprême."(réf.) Ici, les mots "Grand Sutra" se réfèrent au Sutra du Nirvana. Le Sutra du Nirvana désigne le Sutra du Lotus comme le sutra suprême.

Par conséquent, lorsque les adeptes des enseignements du Nirvana affirment que le Sutra du Nirvana est supérieur au Sutra du Lotus, ils commettent la même méprise que s'ils prenaient un paysan pour un seigneur, ou un serviteur pour un maître. Lire le Sutra du Nirvana équivaut à lire le Sutra du Lotus car le Sutra du Nirvana est comme un homme méritant, heureux de voir que l'on respecte son souverain, même s'il est traité lui-même avec dédain. Ainsi, l'esprit du Sutra du Nirvana conduirait à mépriser et considérer comme un ennemi quiconque tenterait de dénigrer le Sutra du Lotus pour mieux faire l'éloge du Sutra du Nirvana.

Gardant cet exemple à l'esprit, il faut comprendre que, de la même manière, si certains lisent le Sutra Kegon*, le Sutra Kammuryoju, le Sutra Vairocana*, ou d'autres sutras encore, en pensant que le Sutra du Lotus leur est inférieur, ils s'opposent au coeur même des sutras qu'ils lisent  ! Réfléchissez bien à cela : même ceux qui lisent le Sutra du Lotus en donnant l'apparence d'y croire, s'ils croient possible de parvenir à l'Eveil en pratiquant d'autres sutras, ils ne lisent pas véritablement le Sutra du Lotus !

Par exemple, le Grand-maître* Jizang écrivit un ouvrage en dix volumes, le Hokke Genron, dans lequel il fit l'éloge du Sutra du Lotus. Mais Zhanlan* le critiqua en disant  : "Ce texte s'oppose manifestement au Dharma. Comment pourrait-on le considérer véritablement comme un ouvrage de propagation et d'éloge  ? "(réf.)

En effet, Jizang était une personne qui détruisait le Sutra du Lotus. Aussi, lorsque, après avoir été vaincu par le Grand-maître* Zhiyi* [au cours d'un débat], il se mit à son service, Jizang n'enseigna plus le Sutra du Lotus. Il déclara : "Je ne peux plus l'enseigner. Si je le faisais, je retomberais inévitablement dans les mauvaises voies." Et, pendant sept années, il fit de son propre corps un pont (note).

De même, le Grand-maître* Ci-en écrivit un ouvrage en dix volumes, le Hokke Genzan, dans lequel il fit l'éloge du Sutra du Lotus, mais le Grand-maître* Saicho* le critiqua en disant  : "Bien qu'il fasse l'éloge du Sutra du Lotus, il en détruit le coeur."(réf.)

En considérant attentivement ces exemples, nous comprenons que, parmi ceux qui lisent et vantent les mérites du Sutra du Lotus, nombreux sont ceux qui tomberont dans l'enfer avici. Même Jizang et Ci-en s'opposaient en réalité au Véhicule unique [du Sutra du Lotus]. Et n'est-ce pas encore plus vrai de personnes comme Kukai*, Ennin* et Enchin, qui ont ouvertement affiché leur mépris envers le Sutra du Lotus ?

On peut, comme Jizang, cesser d'enseigner, disperser ses disciples, [devenir disciple de Zhiyi*] et même faire de son propre corps un pont [pour son maître]. Mais je crains que cela ne suffise pas pour effacer le crime de s'être auparavant opposé au Sutra du Lotus. Ceux qui, en grand nombre, méprisèrent et attaquèrent le bodhisattva Fukyo, même si par la suite ils crurent en ses enseignements et devinrent ses disciples, ne purent effacer le grave crime qu'ils avaient commis et résidèrent, pour cette raison, dans l'enfer avici pendant mille kalpas.

Ainsi, même si Kukai*, Ennin* et Enchin avaient donné des cours sur le Sutra du Lotus, même s'ils s'étaient repenti de leurs erreurs, ils auraient néanmoins eu les pires difficultés à réparer leurs graves offenses. Et [comme nous le savons], ils n'éprouvèrent jamais le moindre repentir. Au contraire, ils ont totalement ignoré le Sutra du Lotus, pratiquant nuit et jour les rituels du Shingon et propageant sa doctrine matin et soir.

Les bodhisattvas Vasubandhu et Ashvaghosha voulurent se couper la langue pour avoir [dans leur jeunesse] adhéré au Hinayana et critiqué le Mahayana. Le bodhisattva Vasubandhu déclara que les sutras Agama* du Hinayana étaient sans doute les paroles du Bouddha, mais qu'il n'en prononcerait jamais plus un seul mot, même pour s'en moquer. Et le bodhisattva Ashvaghosha, pour expier sa faute, écrivit le Kishin Ron dans lequel il réfuta les enseignements du Hinayana.

Jizang, à un moment donné, alla voir le Grand-maître* Zhiyi* et le supplia de l'autoriser à entendre son enseignement. Devant plus d'une centaine de disciples sages, il se jeta à terre et, le corps totalement couvert de sueur, en larmes et les yeux injectés de sang, il déclara que, désormais, il n'enseignerait plus jamais le Sutra du Lotus. "Car, dit-il, si je devais continuer à me présenter à mes disciples en donnant des cours sur le Sutra du Lotus, ils pourraient avoir l'illusion que j'ai compris le sens profond de ce Sutra, alors que ce n'est pas le cas."

Jizang était plus renommé et plus âgé que Zhiyi* et, néanmoins, en présence des autres, il décida de porter Zhiyi* sur son dos pour lui faire traverser les rivières. Lorsque Zhiyi* devait monter en chaire pour enseigner, Jizang le prenait sur son dos pour l'aider à s'y hisser. A la mort de Zhiyi*, quand l'empereur de la dynastie Shui  [Yang (569-618)] fit appeler Jizang, on dit qu'il pleura et trépigna comme un petit enfant qui vient de perdre sa mère.

En lisant le Hokke Genron de Jizang, on constate que son commentaire ne s'oppose pas directement au Sutra du Lotus. Il dit simplement que, bien que le Sutra du Lotus et les autres sutras du Mahayana exposent des enseignements de profondeur différente, fondamentalement leur esprit est identique. Est-ce la raison pour laquelle on accuse cet ouvrage de s'opposer au Dharma ?

Cheng-guan de l'école Kegon, et Shubhakarasimha* de l'école Shingon, ont déclaré tous deux que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana* révélaient le même principe. Si l'on condamne Jizang pour cette affirmation, il est bien difficile que Shubhakarasimha* échappe à la même condamnation.

Shubhakarasimha*, dans sa jeunesse, fut le roi d'un pays du centre de l'Inde. Il renonça au trône et parcourut d'autres pays où il rencontra deux hommes, Shusho et Shodai, qui lui enseignèrent le Sutra du Lotus (note). Il fit construire cent mille stupa de pierre, et semblait être un adepte de ce sutra. Mais par la suite, après avoir rencontré le Sutra Vairocana*, il a peut-être pensé que le Sutra du Lotus lui était inférieur. Il n'insista pas sur ce point tout d'abord, mais seulement par la suite, lorsqu'il s'installa en Chine et devint le maître de l'empereur Xuan-Zong. Probablement en rétribution de la jalousie dévorante qu'il éprouvait à l'égard de l'Ecole Tian-tai, il mourut subitement et fut traîné, ligoté par sept chaînes de fer, par deux gardiens de l'enfer, au tribunal du roi Yama [souverain des enfers]. Là, on lui dit que sa vie n'était pas encore arrivée à son terme, et il fut renvoyé dans le monde des vivants.

Peut-être comprit-il alors [au cours de son séjour en enfer] que cela [sa comparution devant Yama] résultait de son opposition au Sutra du Lotus. Il abandonna donc très vite les mudra, les mantra dharani* et les méthodes de concentration du Shingon, et récita le passage du Sutra du Lotus [dans lequel le Bouddha déclare]  : "Maintenant, ce monde des trois plans est tout entier mon domaine."(réf.) Après quoi les chaînes qui le maintenaient prisonnier se brisèrent et il put revenir à la vie.

En une autre occasion, il reçut [de la cour impériale] l'ordre de prier pour faire tomber la pluie. En effet, la pluie se mit bien tout à coup à tomber, mais une terrible tornade se leva en même temps et dévasta le pays.

Ultérieurement, lorsqu'il mourut bel et bien, ses disciples se rassemblèrent autour de son lit de mort, et vantèrent la beauté de ses derniers moments, mais en fait, il était tombé dans la grande citadelle de l'enfer avici. Vous vous demandez peut-être comment je peux le savoir  ? Je répondrai que, dans sa biographie, on lit : "Ceux qui observèrent les restes de Shubhakarasimha* virent son cadavre se racornir, sa peau noircir et ses os saillir."(réf.)

Les disciples de Shubhakarasimha* ne comprirent peut-être pas que cela indiquait qu'il était tombé, après sa mort, dans le monde de l'enfer, mais s'imaginèrent qu'il avait eu la mort que méritaient ses vertus. Pourtant, l'auteur de sa biographie dénonce bien les erreurs de Shubhakarasimha* en observant que son corps avait rétréci et sa peau noirci en laissant apparaître ses os.

D'après les paroles d'or du Bouddha lui-même, avoir une peau qui noircit après la mort est une caractéristique dénotant qu'une personne tombera en enfer. Pour quelle raison Shubhakarasimha* fut-il ainsi condamné à l'enfer  ? Dans sa jeunesse, il avait renoncé à sa position royale, montrant par là une détermination incomparable à rechercher la Voie. Dans sa pratique du bouddhisme, il avait parcouru plus de cinquante régions de l'Inde, et sa bienveillance infinie l'avait même conduit jusqu'en Chine [pour propager le Dharma].

Le fait que, en Inde, en Chine, au Japon et dans d'autres régions du monde, le Shingon ait été transmis, et que de nombreux adeptes prient en agitant des clochettes, n'est-il pas le fruit des vertus de cet homme  ? Ceux qui se préoccupent de leur destin après la mort devraient bien réfléchir aux raisons pour lesquelles Shubhakarasimha* tomba en enfer.

Il y eut aussi Vajrabodhi*, fils d'un souverain du sud de l'Inde. Il introduisit le Sutra Kongocho en Chine, et ses mérites étaient comparables à ceux de Shubhakarasimha*. Lui et Shubhakarasimha* furent en quelque sorte à la fois maître et disciple l'un pour l'autre.

Lorsque Vajrabodhi* reçut l'ordre impérial de prier pour la pluie, moins de sept jours plus tard, il se mit en effet à pleuvoir. L'empereur en fut ravi mais, peu après, des vents violents s'élevèrent. Le souverain et ses ministres, très déçus, envoyèrent des hommes pour expulser Vajrabodhi* du pays, mais celui-ci trouva finalement des prétextes pour demeurer en Chine.

Quelque temps plus tard, alors que la fille préférée de l'empereur était mourante, il reçut l'ordre de prier pour sa guérison. Il choisit deux fillettes de sept ans qui servaient à la cour pour mourir à sa place. Il fit allumer des bûchers sous elles et les fit brûler vives. Ce fut là une action aussi cruelle qu'inutile : la fille de l'empereur ne revint pas à la vie.

Amoghavajra* accompagna Vajrabodhi* en Chine. Mais ces événements ayant peut-être suscité chez lui quelques doutes, il retourna en Inde après la mort de Shubhakarasimha* et de Vajrabodhi* afin d'étudier à nouveau le Shingon, cette fois, sous la direction de Nagabodhi. Plus tard, il se convertit aux enseignements de l'Ecole Tian-tai. Mais, s'il adhéra à ces enseignements dans son coeur, il n'en manifesta rien en apparence.

A Amoghavajra*, également, l'empereur ordonna de prier pour la pluie, et celle-ci tomba effectivement au bout de trois jours. Enchanté, l'empereur lui fit personnellement des dons. Mais, peu après, une tornade gigantesque s'abattit du ciel, endommageant le palais impérial et détruisant les quartiers de la noblesse et des ministres avec tant de violence qu'il semble qu'aucun bâtiment ne soit resté debout. L'empereur, stupéfait, ordonna par décret que des prières soient offertes pour que le vent arrête de souffler. Mais il ne se calmait un instant que pour reprendre de plus belle, et le vent continua à souffler sans discontinuer plusieurs jours durant. Pour finir l'empereur fit expulser Amoghavajra* et le vent s'arrêta.

Les vents néfastes provoqués par ces trois hommes sont devenus le terrible vent que font souffler tous les maîtres du Shingon à travers la Chine et le Japon. Par conséquent, la grande tempête qui s'est élevée, le douzième jour du quatrième mois de la onzième année de Bun'ei (1274), fut peut-être un vent contraire suscité par les prières faites pour la pluie par Kaga Hoin, du sanctuaire d'Amida, l'un des moines les plus éminents du temple To-ji. Ainsi, les enseignements erronés de Shubhakarasimha*, de Vajrabodhi* et d'Amoghavajra* ont été transmis sans la moindre altération. Vraiment, quelle étrange coïncidence !

Venons-en maintenant à Kukai*. Au moment de la grande sécheresse, au cours du deuxième mois de la première année de Tencho (824), l'empereur ordonna tout d'abord à Shubin de prier pour faire tomber la pluie, et au bout de sept jours, il plut. Mais la pluie ne tomba que sur la capitale, et ne toucha pas les campagnes avoisinantes.

On demanda alors à Kukai* de prier à son tour, mais sept jours passèrent sans qu'il pleuve une seule goutte. [Puis sept jours s'écoulèrent encore sans la moindre pluie.] Au terme de trois fois sept jours, l'empereur envoya Wake no Matsuna faire des offrandes au jardin de Shinsen-en, après quoi la pluie tomba pendant trois jours (note). Kukai* et ses disciples s'en approprièrent le mérite, clamant partout que cette pluie était leur oeuvre. Et aujourd'hui, plus de quatre cents ans après, on l'appelle encore "la pluie de Kukai*".

Ennin* prétendit avoir fait un rêve dans lequel il avait transpercé le soleil d'une flèche. Et Kukai* proféra un mensonge éhonté en prétendant qu'au printemps de la neuvième année de l'ère Konin (818), alors qu'il priait pour que cesse la grande épidémie, le soleil était apparu au milieu de la nuit. Depuis le kalpa de formation [durant lequel la terre prit forme], jusqu'au neuvième kalpa du déclin dans le kalpa de continuité, vingt-neuf kalpa se sont écoulés. Mais, durant toute cette période, on n'a jamais entendu dire que le soleil soit apparu en pleine nuit  ! De même, en ce qui concerne le rêve d'Ennin*  : dans les cinq mille ou sept mille volumes des écrits bouddhiques, aussi bien que dans plus de trois mille volumes de littérature non bouddhique, où est-il écrit que le rêve de transpercer le soleil d'une flèche est un rêve de bon augure  ? Le roi des asuras, par haine envers le dieu Taishaku, décocha une flèche au dieu du soleil mais cette flèche revint se planter dans son oeil. Shang Zhou de la dynastie Yin [Shang], lançait souvent des flèches contre le soleil, et il finit par se détruire lui-même (note).

Au Japon, sous le règne de l'empereur Jimmu, Itsuse no Mikoto [le frère aîné de l'empereur] livra bataille à Nagasunebiko (note), chef du clan Tomi, et fut blessé à la main par une flèche. Il dit alors  : "Je suis le descendant de la déesse du Soleil (Amaterasu), et, parce que [en attaquant du nord vers le sud] j'ai envoyé des flèches dans sa direction, j'ai encouru ce châtiment." (note)

En Inde, le roi Ajatashatru renonça à ses anciennes conceptions erronées et devint un disciple du Bouddha. De retour dans son palais, il s'assoupit mais se réveilla en sursaut en disant à ses ministres : "J'ai rêvé que le Soleil avait quitté le ciel et était tombé sur la Terre  ! " Ses ministres répondirent : "Peut-être est-ce là un signe annonçant la mort du Bouddha." Subhadra avait aussi fait le même genre de rêve [juste avant la disparition du Bouddha].

Mais dans notre pays, dont la déesse suprême est Amaterasu, et dont le nom Nihon [Japon] signifie "Pays du soleil levant", ce genre de rêve [celui de lancer une flèche contre le soleil, comme le rapporte Ennin*] est tout particulièrement de mauvais augure. Et la reine Maya rêva pendant sa grossesse qu'elle allait donner naissance au soleil, et c'est pourquoi on donna parfois au Bouddha le nom de "Graine de Soleil".

Ennin* rejeta le Bouddha Shakyamuni et dans son sanctuaire du Mont Hiei, prit le bouddha Vairocana* pour objet de culte. Il fit révérer les trois sutras du Shingon, et devint l'ennemi du Sutra du Lotus et des deux sutra qui l'accompagnent. Ce fut sans doute la raison pour laquelle il fit ce rêve étrange.

[Au sujet des rêves, on peut citer aussi d'autres cas.] Le moine Shandao, en Chine, dans sa jeunesse, rencontra un moine appelé Ming-cheng, originaire du Mizhou, qui lui enseigna le Sutra du Lotus. Plus tard pourtant, il rencontra Daochuo, et délaissa le Sutra du Lotus pour accorder toute sa confiance au Sutra Kammuryoju. Il écrivit même un commentaire sur ce sutra, affirmant que, par le Sutra du Lotus, pas une personne sur mille ne peut être sauvée, alors que toutes sans exception peuvent l'être par la pratique du Nembutsu [en renaissant dans le paradis de la Terre pure]. Il adressa des prières au bouddha Amida pour qu'il lui confirme si son enseignement était bien en accord avec la volonté du Bouddha. Il écrit dans ses commentaires : "Chaque nuit dans un rêve, un moine m'apparaissait et me dictait ce que je devais écrire"  ; et plus loin  : "Par conséquent ce commentaire devra être considéré avec autant de respect que le sutra lui-même." Il dit aussi [d'un autre ouvrage qu'il avait écrit]  : "Le Kannen Homon (réf.) devra être vénéré au même titre qu'un sutra."

Il est dit dans le Sutra du Lotus  : "Tous ceux qui entendront parler de ce Dharma, sans une seule exception, parviendront à la bodhéité."(réf.) Mais Shandao, pour sa part affirme  : "Pas un seul sur mille [n'y parviendra] (réf.). Ainsi, il y a autant d'écart entre le Sutra du Lotus et les propos de Shandao qu'entre l'eau et le feu. Shandao dit que le Sutra Kammuryoju peut sauver dix personnes sur dix ou cent personnes sur cent, mais le Sutra Muryogi indique que, dans le Sutra Kammuryoju, le Bouddha n'a "pas encore révélé la vérité". Le Sutra Muryogi et ce moine du Cloître du Saule [Shandao] sont aussi éloignés l'un de l'autre que le ciel de la terre.

Dans ces conditions, comment pourrait-on croire que le bouddha Amida prit la forme d'un moine, et apparut en rêve à Shandao pour lui confirmer la véracité de ses commentaires  ? Le bouddha Amida n'était-il pas présent lorsque le Sutra du Lotus fut enseigné et n'a-t-il pas tiré la langue [comme tous les autres pour témoigner de la véracité du Sutra  ? ] [Ses deux disciples] les bodhisattvas Kannon et Seishi n'étaient-ils pas présents eux aussi  ? [L'erreur de Shandao est évidente.] De même, il apparaît clairement que le rêve d'Ennin* était un présage de malheur.

Question : Kukai*, dans son Shingyo Hiken (Clé secrète du Sutra du coeur), écrit : "Au printemps de la neuvième année de Konin (818), le pays fut victime d'une grande épidémie. L'empereur lui-même trempa son pinceau dans de l'encre dorée, prit un rouleau de papier bleu foncé et fit une copie du Hannya Shin sur un seul et unique rouleau. Le souverain m'avait demandé d'enseigner ce sutra. J'avais terminé mes commentaires sur le sens de ce sutra [et je commençais à l'enseigner] mais je n'avais même pas rédigé mes conclusions quand l'épidémie s'arrêta et les rues se remplirent de gens libérés de la maladie. De plus, lorsque vint la nuit, le soleil continua à briller de tout son éclat.

"Cela n'était certainement pas dû à la vertueuse observance des préceptes d'un ignorant tel que moi, mais plutôt à la force de la croyance d'un souverain semblable à un roi faisant tourner la roue d'or. Néanmoins, ceux qui se rendent aux sanctuaires des dieux devraient désormais réciter ce Hannya Shinkyo Hikken. Car j'étais présent au Pic du Vautour lorsque le Bouddha exposa ce sutra, et je l'entendis moi-même enseigner ses principes profonds. Comment pourrais-je dès lors me méprendre sur son véritable sens  ? "

On peut lire encore dans le Kujakukyo no Ongi (Annotations sur le Sutra du Paon) : "A son retour de Chine, Kukai* avait le désir d'établir l'école Shingon au Japon, et des représentants de toutes les autres écoles furent convoqués au palais impérial. Mais la plupart d'entre eux doutaient que l'on puisse atteindre la bodhéité sans changer d'apparence comme l'enseigne cette école. Alors, Kukai* exécuta avec les mains le mudra de la sagesse et se tourna vers le sud. Tout à coup, sa bouche s'ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré - retrouvant ainsi sa forme originelle. Il démontrait ainsi la présence du bouddha dans le corps de chaque personne, et la présence du corps de chaque personne dans le corps du bouddha (note), ainsi que la possibilité d'atteindre immédiatement la bodhéité dans cette existence même. Dès lors, tous les doutes se dissipèrent, et l'école Shingon ou Yuga (note), avec sa doctrine des mandala secrets, fut solidement établie."

On lit aussi dans ce même ouvrage : "A cette époque, les maîtres des autres écoles se convertirent tous à la doctrine de Kukai*, se mirent à étudier le Shingon, recherchèrent ses bienfaits, et le pratiquèrent. Dosho, de l'école Sanron, Gennin, de l'école Hosso, Doo, de l'école Kegon, et Encho*, de l'école Tendai, étaient parmi eux."

En outre, dans la biographie de Kukai*, il est écrit : "Le jour où son bateau quitta la Chine, il fit un voeu en disant : "S'il est un lieu particulièrement propice à la propagation de ces doctrines que j'ai étudiées, puisse ce trident-vajra y parvenir  ! " Puis il se tourna vers le Japon et lança le trident en l'air. Il s'éleva très haut et disparut dans les nuages. Au cours du dixième mois, Kukai* rentra au Japon."

Plus loin on lit : "Il séjourna au pied du Mont Koya et choisit d'en faire son lieu de méditation... et plus tard, on découvrit que le trident qu'il avait lancé de l'autre coté de l'océan avait atterri dans ces montagnes."

Ces deux ou trois anecdotes suggèrent que Kukai* fut une personne de grande vertu. Pourquoi donc prétendez-vous qu'il ne faut pas croire en ses enseignements, et que quiconque le fera tombera dans l'enfer avici ?

Réponse : Moi aussi je m'émerveille devant de tels prodiges, et je voudrais admirer ses mérites. Par le passé également, certains hommes ont maîtrisé de tels pouvoirs surnaturels. Mais de tels phénomènes extraordinaires n'indiquent en aucune manière si une personne comprend le Dharma bouddhique de manière correcte ou erronée. En Inde, il y eut des brahmanes capables de se verser toute l'eau du Gange dans l'oreille et de l'y conserver pendant douze ans ; de boire d'un seul trait l'océan tout entier, d'attraper de la main le soleil et la lune, et de changer en boeufs ou en moutons les disciples du Bouddha Shakyamuni. Mais ces pouvoirs n'eurent d'autre effet que de les rendre plus arrogants et d'alourdir leur karma de souffrance à travers vies et morts. C'est d'eux que parle Zhiyi* lorsqu'il dit : "Ils ne recherchent que la gloire et le profit, et ne font qu'accroître les illusions de la pensée et du désir."(réf.)

Fayun, du temple de Guang-zhe-si, était capable de faire tomber la pluie ou de faire éclore les fleurs instantanément. Mais Zhanlan* écrit à son sujet  : "Bien qu'il fut capable de susciter des phénomènes de ce genre, sa compréhension n'est pas en accord avec la vérité du Sutra du Lotus."(réf.) Lorsque le Grand-maître* Zhiyi* récita le Sutra du Lotus, une pluie légère se mit [instantanément] à tomber, et le Grand-maître* Saicho* fit tomber une pluie d'amrita trois jours après [l'avoir enseigné]. Pourtant, ils ne considérèrent pas ces phénomènes comme la preuve que leur compréhension de la vérité coïncidait avec celle du Bouddha.

Quand bien même le Grand-maître* Kukai* aurait été doté de pouvoirs extraordinaires, il a qualifié le Sutra du Lotus de théorie puérile et écrit que le Bouddha Shakyamuni était encore au stade de l'obscurité. La sagesse commande de n'accorder aucun crédit aux écrits d'une personne de ce genre !

D'ailleurs, on peut sérieusement douter des pouvoirs surnaturels de Kukai* que vous venez d'évoquer. Le texte dit : "Au printemps de la neuvième année de Konin (818), le pays fut victime d'une grande épidémie." Mais le printemps dure 90 jours (note). Quel jour de quel mois du printemps cela s'est-il produit  ? [Cela n'est pas précisé.] C'est une première raison de douter.

Une épidémie s'est-elle réellement déclarée dans la neuvième année de Konin  ? C'est le deuxième doute.

On lit encore dans le même texte  : "Quand vint la nuit, le soleil continua à briller de tout son éclat." Un tel événement est tout à fait exceptionnel. La neuvième année de Konin correspond au règne de l'empereur Saga. Mais où, dans les annales des historiographes de la cour (note), de la Gauche comme de la Droite, trouve-t-on mention de cet événement  ? [Nulle part.] C'est une troisième raison de douter.

Même si un tel phénomène avait été noté, il serait difficile de croire à sa réalité. Au cours des vingt kalpa écoulés depuis le kalpa de formation, comme au cours des neuf kalpa du kalpa de continuité, au total tout au long de vingt-neuf kalpa, jamais tel prodige ne s'est produit.

Et que peut donc signifier l'apparition du soleil au beau milieu de la nuit  ? Dans tous les enseignements exposés de son vivant par le Bouddha Shakyamuni, nulle part un tel événement n'est mentionné. Et dans les Trois Recueils et les Cinq Canons qui retracent la vie des Trois Augustes et Cinq Empereurs de l'antiquité [en Chine], nulle part il n'est prédit qu'à l'avenir le soleil apparaîtra au beau milieu de la nuit. Dans les sutras bouddhiques, il est dit que, au cours du kalpa du déclin, deux soleils, trois soleils, ou même sept soleils brilleront ensemble, mais ils doivent apparaître dans la journée [pas dans la nuit]. Et si le soleil apparaissait la nuit dans notre propre région [le continent de Jambudvipa au Sud] que se passerait-il alors dans les trois autres régions de l'Est, de l'Ouest et du Nord ?

Même si l'on ne trouvait mention d'un tel événement ni dans les écrits bouddhiques ni dans les écrits non bouddhiques, si, concrètement, on pouvait lire, dans le journal de l'un ou l'autre des nobles de la cour ou des moines du Mont Hiei que, au printemps de la neuvième année de Konin, tel ou tel mois, tel ou tel jour, à telle ou telle heure de la nuit, le soleil était apparu, alors nous pourrions peut-être le croire. [Mais on ne trouve rien de tel nulle part.]

Plus loin, le texte dit : "J'étais présent au Pic du Vautour lorsque le Bouddha exposa ce sutra, et je l'entendis moi-même enseigner ses principes profonds." Il s'agit certainement d'un grand mensonge ayant pour but d'amener les gens à croire ses propres écrits. Se pourrait-il que, au Pic du Vautour, le Bouddha ait qualifié le Sutra du Lotus de "théorie puérile", et affirmé que le Sutra Vairocana* représentait la vérité, ou qu'Ananda et Manjushri se soient trompés en affirmant au contraire que c'est dans le Sutra du Lotus que se trouve la vérité  ? [Quant au pouvoir de faire tomber la pluie] même une femme licencieuse et un moine qui transgressait les préceptes (note) parvinrent à faire pleuvoir grâce à leurs poèmes. Mais Kukai* pria pendant vingt et un jours sans faire venir la pluie. De quelles sortes de pouvoirs était-il donc doté  ? C'est une quatrième raison de douter.

On lit dans le Kujakukyo no Ongi : "Alors, Kukai* exécuta avec les mains le mudra de la sagesse et se tourna vers le sud. Tout à coup, sa bouche s'ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré." En quelle année et sous le règne de quel souverain cela s'est-il produit ?

En Chine, depuis l'époque de Jian-yuan (140-134 av. notre ère), et au Japon, depuis l'époque Taiho (701-704), dans les chroniques tenues par les moines aussi bien que par les laïcs, un événement important est toujours suivi du nom de l'ère à laquelle il s'est produit. D'où vient qu'un événement d'une telle importance ne soit enregistré nulle part, sans que soient mentionnés ni le nom du souverain régnant, ni celui de ses ministres, ni l'ère, ni le jour ni l'heure ?

Plus loin, on lit encore : "Dosho, de l'école Sanron, Gennin, de l'école Hosso, Doo, de l'école Kegon, et Encho*, de l'école Tendai..." (note) Encho, connu, à titre posthume, sous le nom de Jakko Daishi, fut le deuxième grand patriarche de l'école Tendai. Pourquoi donc, à cette époque, Gishin*, le premier grand patriarche, ou le Grand-maître* Saicho*, fondateur de l'école, ne furent-ils pas invités [à participer à la cérémonie ainsi décrite au cours de laquelle fut fondée l'école Shingon]  ? Encho*, le deuxième grand patriarche de l'école Tendai, tout en étant disciple du Grand-maître* Saicho*, devint aussi disciple de Kukai*. Au lieu d'inviter des adeptes de l'école Sanron, ou des écoles Hosso et Kegon, pourquoi Kukai* n'invita-t-il pas les deux plus grands maître de l'école Tendai, Saicho* et Gishin* ?

[A propos du même événement] on lit dans le Kujakukyo no Ongi : "Dès lors, l'école Shingon ou Yuga, avec sa doctrine des mandala secrets, fut solidement établie." Cela semble désigner une époque où Saicho* et Gishin* étaient tous deux encore vivants. Depuis la deuxième année de Daido (807), sous le règne de l'empereur Heizei, jusqu'à la treizième année de Konin (822) [l'année où mourut Saicho*], Kukai* s'employa à propager les principes du Shingon et, durant cette même période, Saicho* et Gishin* étaient encore vivants.

Gishin*, notamment, vécut jusqu'à la dixième année de Tencho (833). Devons-nous croire que jusqu'à cette époque [relativement tardive] Kukai* n'essaya pas de faire connaître la doctrine du Shingon [à un maître de l'école Tendai)  ? Tout cela semble bien étrange.

Le Kujakukyo no Ongi fut écrit par Shinzei, un disciple de Kukai*, c'est donc un texte peu fiable. Comment une personne aux conceptions à ce point erronées se serait-elle donné la peine de lire les écrits des courtisans, des nobles ou d'Encho* pour appuyer son récit  ? Il faudrait aussi chercher dans les écrits de Dosho, de Gennin et de Doo [pour voir s'ils concordent ou non].

Le texte dit : "Tout à coup, sa bouche s'ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré." Que signifient donc les mots "sa bouche s'ouvrit"  ? L'auteur voulait sans doute écrire mi-ken, caractères qui désignent "la partie située entre les sourcils" (note), mais il s'est trompé [en utilisant un caractère voisin] et en écrivant men-mon qui signifie "bouche" à la place. Parce que son ouvrage était tissé de mensonges, il fit sans doute d'autres erreurs de ce genre.

Il est dit dans ce passage : "Alors, Kukai* exécuta avec les mains le mudra de la sagesse et se tourna vers le sud. Tout à coup, sa bouche s'ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré."

Par ailleurs, dans le cinquième volume du Sutra du Nirvana, nous lisons : "Mahakashyapa s'adressa au Bouddha et lui dit : "Honoré du monde, je croirai plus aveuglément les quatre rangs de saints. Pourquoi en est-il ainsi  ? Parce que dans le Sutra Ghoshila que le Bouddha exposa pour sauver Goshila, il est dit que le Roi-Démon, au ciel, parce qu'il est désireux de détruire le Dharma bouddhique, prendra l'apparence d'un bouddha. Il aura les trente-deux traits et les Quatre-vingts caractéristiques d'un bouddha, son apparence imposera le respect, et une aura de lumière brillera tout autour de lui. Son visage sera rond et épanoui comme la plus brillante des pleines lunes, et la boucle de cheveux située entre ses sourcils sera plus blanche que neige... De son côté gauche jaillira de l'eau et de son côté droit du feu."

Il est écrit encore, dans le sixième volume du Sutra du Nirvana : "Le Bouddha annonça à Mahakashyapa  : "Après mon entrée dans le nirvana..., ce Démon du sixième Ciel et d'autres démons essaieront immanquablement de détruire mon Dharma correct... Il prendra la forme d'un arhat ou d'un bouddha. Le Roi-Démon, bien que toujours esclave de ses désirs, prendra l'apparence d'une personne libérée des désirs, et tentera de détruire le Dharma correct que j'ai enseigné."

Kukai* déclara que, comparé aux sutras Kegon* et Sutra Vairocana*, le Sutra du Lotus n'était que "théorie puérile". Et ce même homme, nous dit-on, apparut sous la forme d'un bouddha. Ce doit être le démon qui, comme il est dit dans le Sutra du Nirvana, bien que toujours prisonnier de l'illusion, prend l'apparence d'un bouddha pour tenter de détruire le Dharma correct de Shakyamuni.

Ce Dharma correct, dont il est question dans le Sutra du Nirvana est le Sutra du Lotus. C'est pourquoi nous lisons, plus loin, dans le Sutra du Nirvana : "Un long temps s'est déjà écoulé depuis que j'ai atteint la bodhéité." Ce Sutra dit aussi que ce qu'il révèle est déjà contenu dans le Sutra du Lotus.

Shakyamuni, Taho et les autres bouddhas des dix directions ont déclaré que le Sutra du Lotus était véridique et que la vérité ne se trouvait ni dans le Sutra Vairocana* ni dans aucun autre sutra. Pourtant, Kukai* apparut sous la forme d'un bouddha et affirma que, comparé aux sutras Kegon* et Vairocana*, le Sutra du Lotus n'était que "théorie puérile". Si nous devons en croire les paroles mêmes du Bouddha, qui d'autre Kukai* pourrait-il être que le Démon du sixième Ciel  ? Le récit du trident semble particulièrement peu crédible. Il resterait difficile à croire, même si un Chinois [ignorant tout des circonstances] était venu au Japon et avait éventuellement déterré ce trident. Quelqu'un aurait sûrement été envoyé auparavant pour l'enterrer en cet endroit particulier. Comme Kukai* était originaire du Japon, il aurait très bien pu imaginer un subterfuge de ce genre. De nombreuses anecdotes invraisemblables sont restées associées à son nom. De tels arguments peuvent difficilement être tenus pour la preuve que ses enseignements correspondent au voeu du Bouddha.

Ainsi, les doctrines des écoles Shingon, Zen et Nembutsu se propagèrent et prospérèrent au Japon. Pour finir, Takanari, l'empereur retiré d'Oki [Go-Toba] s'efforça de renverser Gon no Tayu. Puisqu'il était le souverain, autorité suprême du pays, on pensait que, même sans aucune aide, cela lui serait aussi facile que pour un lion de dévorer un lapin, ou pour un aigle d'attraper un faisan. De plus, depuis plusieurs années, il avait été demandé aux temples du Mont Hiei, au To-ji, au Onjo-ji et aux Sept principaux temples de Nara, aussi bien qu'aux sanctuaires de Tensho Daijin*, du Grand bodhisattva Hachiman, de Sanno, Kamo et Kasuga d'offrir des prières pour la défaite des ennemis de l'empereur et pour la protection divine. Pourtant [lorsque la guerre éclata], les forces impériales furent incapables de résister plus de deux ou trois jours. Finalement, les trois empereurs retirés furent exilés respectivement sur les îles de Sado [exil de Juntoku] et d'Oki [exil de Go-Toba], et dans la province d'Awa (note) et c'est là qu'ils moururent.

De plus, Omuro qui conduisait les prières pour la défaite des ennemis de la cour [le clan Hojo] fut non seulement chassé du temple To-ji mais son favori, le page Setaka, qui lui était plus cher que la prunelle de ses yeux, fut décapité. Ainsi [comme il est dit dans le Sutra du Lotus] les malédictions finirent par "se retourner contre ceux qui les avaient prononcées."(réf.)

Mais tout cela semble presque anodin comparé aux rétributions qui vont suivre. Il ne fait pour moi aucun doute que [s'ils continuent à faire appel aux enseignements erronés du Shingon] tous les habitants du Japon sans exception, du plus modeste au plus haut placé, connaîtront le désastre de l'invasion par un pays étranger. Ce sera aussi effroyable qu'une prairie d'herbes sèches sur laquelle on a jeté une torche allumée, ou une montagne énorme qui, en s'écroulant, comble une vallée.

Au Japon, personne d'autre que moi, Nichiren, n'est conscient de cela. Mais, si je parle ouvertement, je serai traité comme Bi Gan, à qui le roi Shang Zhou, de la dynastie Yin (Shang), ouvrit la poitrine ; comme Long-feng, que l'empereur Jie de la dynastie Xia fit décapiter, ou comme Aryasimha, à qui le roi Dammira fit couper la tête. Je serai banni comme le moine Zhu Daosheng ou mon visage sera marqué au fer comme celui du Savant-maître* Fadao.

Pourtant, il est écrit dans le Sutra du Lotus  : "Nous ne sommes pas avares de notre vie, nous lui préférons la Voie suprême."(réf.) Et le Sutra du Nirvana avertit : "[Il faudra transmettre l'enseignement] sans en omettre un seul mot, même au risque de sa vie." Si, dans cette existence présente, par crainte pour ma vie, je ne parle pas franchement, dans quelle existence future atteindrai-je la bodhéité  ? Dans quelle vie prochaine serai-je capable de sauver mes parents et mon maître  ? Avec cet avertissement en mémoire, j'ai décidé de parler ouvertement. Et, comme je m'y attendais, je fus chassé, calomnié, attaqué, et blessé. Finalement, le douzième jour du cinquième mois de la première année de l'ère Kocho (1261), sous le signe cyclique kanoto-tori, ayant encouru la disgrâce des autorités, je fus banni à Ito dans la province d'Izu. Par la suite, le vingt-deuxième jour du deuxième mois de la troisième année de Kocho (1263), sous le signe cyclique mizunoto-i, je fus gracié [et autorisé à rentrer à Kamakura].

Dès lors, de plus en plus déterminé à atteindre l'Eveil, j'ai continué à parler franchement. Par conséquent, j'ai inévitablement rencontré des difficultés de plus en plus graves, comme une succession de vagues énormes soulevées par une tempête. J'ai dû faire l'expérience dans mon propre corps des mêmes coups de canne et de bâton qui furent infligés au bodhisattva Fukyo par le passé. Même les persécutions subies par le moine Kakutoku à l'époque des Derniers jours du Dharma du bouddha Kangi Zoyaku (Bouddha de la joie croissante) ne peuvent se comparer à mes épreuves. Dans les soixante-six provinces et les deux îles du Japon, il n'est pas un seul lieu où je puisse vivre en sécurité, pas un seul jour, pas même une heure.

Même des sages qui pratiquent avec autant d'assiduité que Rahula dans les temps anciens, en observant scrupuleusement les 250 préceptes, ou des sages comparables à Purna, calomnient Nichiren après l'avoir rencontré. Même des personnages vertueux et honnêtes comme le ministre Wei Zheng ou Fujiwara no Yoshifusa, lorsqu'ils voient Nichiren, le traitent de manière déraisonnable et injuste.

Et les personnes ordinaires, de nos jours, me manifestent une hostilité plus grande encore  ! Ils se comportent à mon égard comme des chiens devant un singe ou des chasseurs à la poursuite d'un cerf. Nulle part, au Japon, ne se trouve une seule personne pour dire : "Peut-être cet homme [en se comportant comme il le fait] obéit-il à quelque raison profonde."

Mais c'est sans doute normal. Car, chaque fois que je rencontre un pratiquant du Nembutsu, je lui dis que le Nembutsu conduit à l'enfer avici. Chaque fois que je rencontre un pratiquant du Shingon, je lui dis que le Shingon est une doctrine nuisible qui causera la ruine du pays. Et au souverain du pays [Hojo Tokimune] qui vénère le Zen, moi, Nichiren, je déclare que le Zen est l'enseignement des démons.

Puisque c'est volontairement que je m'expose à ces persécutions, lorsque les autres me maltraitent, je ne les repousse pas. Quand bien même je voudrais le faire, ils sont trop nombreux pour que j'y parvienne. Et, même s'ils me frappent, je ne ressens aucune douleur car j'y suis depuis le début préparé.

Ainsi, je n'ai cessé d'aller partout, avec de plus en plus de vigueur et de moins en moins de crainte pour ma propre vie, essayant de persuader les gens de changer de direction. C'est pourquoi des centaines de moines Zen, des milliers d'adeptes du Nembutsu et des maîtres du Shingon en plus grand nombre encore allèrent trouver les magistrats, les personnages de familles influentes, leurs femmes ou leurs veuves entrées dans les ordres, et leur ont empli les oreilles de mensonges à mon égard.

Finalement, chacun fut convaincu que j'étais le plus grand criminel du monde, et répéta que j'étais un moine qui souhaitait, par ses incantations et ses discours, la destruction du Japon, et que j'avais déclaré que les défunts Hojo Tokiyori et Hojo Shigetoki étaient tombés dans l'enfer avici. Leurs veuves affirmèrent que, sans qu'aucun interrogatoire soit nécessaire, il fallait me couper la tête, et que mes disciples devraient également être soit décapités, soit exilés dans des îles lointaines ou jetés en prison. Leur fureur était telle que les punitions qu'elles réclamaient furent immédiatement exécutées.

Dans la nuit du douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun'ei (1271), signe cyclique kanoto-hitsuji, je devais être décapité à Tatsunokuchi dans la province de Sagami. Mais, pour une raison mystérieuse, l'exécution fut reportée à plus tard et, cette nuit-là, je fus conduit en un lieu appelé Echi. Dans la nuit du treizième jour, les gens menèrent grand tapage en disant que j'avais été gracié. Mais, de nouveau, pour une raison que j'ignore, je fus condamné à l'exil sur l'île de Sado.

Alors que le bruit courait que je serais décapité d'un jour à l'autre, j'ai passé quatre années sur l'île de Sado (note). Le quatorzième jour du deuxième mois de la onzième année de Bun'ei (1274), signe cyclique kinoe-inu, je fus gracié. Le vingt-sixième jour du troisième mois de la même année, je revins à Kamakura et, le huitième jour du quatrième mois, j'eus une entrevue avec Hei no Saemon. Je lui ai dit beaucoup de choses et notamment que les Mongols envahiraient certainement le Japon dans l'année. Puis, le douzième jour du cinquième mois, j'ai quitté Kamakura pour m'installer dans cette montagne [Minobu].

Si j'ai agi ainsi, c'était dans le seul but de m'acquitter de mes dettes de reconnaissance envers mes parents, mon maître, les Trois trésors du bouddhisme et mon pays. Pour eux, j'étais prêt à donner mon corps et ma vie mais, finalement, à ce jour encore, je n'ai pas été exécuté et je suis toujours en vie.

Si un sage a fait par trois fois des remontrances aux dirigeants de son pays et que ceux-ci persistent à refuser d'en tenir compte, il doit alors se retirer dans une forêt de montagne. C'est une tradition très ancienne et je l'ai suivie.

Je suis convaincu que le bienfait que me valent mes efforts est reconnu de tous, des Trois trésors du bouddhisme jusqu'à Bonten, Taishaku et aux divinités Nitten et Gatten. Par ce bienfait, je conduirai sans aucun doute à l'Eveil mes parents et mon maître défunt, Dozen-bo.

Mais je conserve certains doutes. Maudgalyayana, disciple du Bouddha, tenta de sauver sa mère Shodai-nyo mais il n'y parvint pas et elle demeura au monde-état des esprits faméliques*. Le moine Sunakshatra était un fils de l'Honoré du Monde, et pourtant il tomba dans l'enfer avici. Ainsi, même en faisant soi-même tous les efforts possibles pour sauver les autres, il reste difficile de les sauver des graves rétributions karmiques qu'ils ont eux-même créées.

Le défunt Dozen-bo me traita toujours comme l'un de ses disciples favoris, et je ne peux pas croire qu'il ait nourri la moindre haine à mon égard. Mais c'était un homme timoré, et il était attaché à sa position [de supérieur] au temple Seicho-ji. De plus, il redoutait la réaction de Tojo Kagenobu, l'administrateur de la région [s'il prêtait l'oreille à mes enseignements]. Et, au temple [Seicho-ji], vivaient des moines tels qu'Enchi et Jitsujo, aussi mauvais que Devadatta ou Kokalika, dont il craignait les menaces plus que tout. C'est pourquoi il fit la sourde oreille à l'enseignement de son disciple préféré, un disciple qui l'avait respecté pendant de nombreuses années. On peut se demander ce qu'il adviendra d'un tel homme dans sa prochaine vie.

Un élément joua pourtant en sa faveur : Kagenobu, Enchi et Jitsujo moururent tous les trois avant Dozen-bo, et cela fut pour lui une aide. Leur mort prématurée est due au châtiment des dix Filles-démones qui protègent le Sutra du Lotus. Après leur mort, Dozen-bo accorda une certaine croyance au Sutra du Lotus, mais c'était un peu comme s'armer d'un bâton après la bataille, ou comme allumer une lampe au beau milieu du jour, à midi : cela n'est plus d'aucune utilité.

De plus, il me semble que, en toutes circonstances, on devrait éprouver de la compassion envers ses propres enfants ou disciples et se préoccuper de leur sort. Dozen-bo n'était pas entièrement sans pouvoir, et pourtant, tout au long de mon exil sur l'île de Sado, pas une seule fois il n'essaya de me rendre visite. Cela ne ressemble guère au comportement d'un pratiquant du Sutra du Lotus.

Malgré tout cela, j'ai beaucoup pensé à lui et, lorsque j'ai appris sa mort, j'ai senti que, dussé-je pour cela braver le feu et l'eau, je devais me rendre sur sa tombe au plus vite, pour la toucher et y réciter un volume du Sutra du Lotus.

Toutefois, il arrive que l'on considère certains sages comme retirés du monde même si ce n'est pas le cas ; et, si on les voit sortir soudainement de leur retraite sans en comprendre la raison, on pensera qu'ils n'ont pas été jusqu'au bout de la décision qu'ils avaient prise. C'est pourquoi, malgré mon profond désir de me rendre sur sa tombe, j'ai eu le sentiment que je ne devais pas le faire.

Mais vous deux, Joken-bo et Gijo-bo, vous avez été mes maîtres dans ma jeunesse. Vous êtes semblables à Gonso et Gyohyo, précepteurs du Grand-maître* Saicho* mais qui, par la suite, devinrent à leur tour ses disciples. Lorsque, Tojo Kagenobu me poursuivant de sa haine, j'ai décidé de quitter le Mont Kiyosumi, vous m'avez aidé à m'enfuir secrètement. Vous avez rendu un service incomparable au Sutra du Lotus. Il est certain que vous n'avez pas la moindre inquiétude à vous faire pour votre sort dans la prochaine vie.

Question : Le Sutra du Lotus comporte huit volumes et vingt-huit chapitres. Quelle partie constitue véritablement le coeur de l'ouvrage ?

Réponse : Le coeur du Sutra Kegon* est son titre, Sutra Daihokobutsu Kegon (note) . Le coeur des sutras Agama* est le titre, Sutra Bussetsu Chu-Agon (note). Le coeur du Sutra Daijuku (note) est son titre, Sutra Daihodo Daijuku (Sutra du déploiement de la grande assemblée). Le coeur du Sutra Hannya* est son titre, Sutra Makahannya Haramitsu*. Le coeur du Sutra Muryoju est son titre, Sutra Bussetsu Muryoju*. Le coeur du Sutra Kammuryoju est son titre, Sutra Bussetsu Kammuryoju. Le coeur du Sutra Amida est son titre, Sutra Bussetsu Amida. Le coeur du Sutra du Nirvana est son titre, Sutra Daihatsunehan (Sutra du grand nirvana final). Il en va de même pour tous les sutras. Le daimoku [ou titre] du sutra, qui apparaît avant [les mots d'introduction] nyoze gamon [Ainsi ai-je entendu] est, dans tous les cas, le véritable coeur du sutra. Cela est vrai qu'il s'agisse d'un sutra du Mahayana ou du Hinayana. Pour ce qui est du Sutra Vairocana*, du Sutra Kongocho, du Sutra Soshitsuji, et ainsi de suite, dans tous les cas, c'est leur titre qui constitue le coeur de ces sutras.

Il en va de même des bouddhas. Bouddha Vairocana*, bouddha Nichigatsu Tomyo, bouddha Nento, bouddha Daisuchisho, bouddha Unraionno, toutes les vertus de tous ces bouddhas sont contenues dans leur nom.

Cela vaut donc aussi pour le Sutra du Lotus. Les cinq caractères Myo Ho Ren Ge Kyo qui apparaissent avant [les mots d'introduction] "Ainsi ai-je entendu" constituent le véritable coeur des huit volumes de l'ouvrage. Ils sont aussi le coeur de tous les sutras. Ils représentent le Dharma correct qui régit tous les bouddhas et bodhisattva, les personnes des deux véhicules et toutes les divinités du ciel, les êtres humains, les asuras et les dieux-dragons.

Question : Si quelqu'un récite Namu Myoho Renge Kyo sans en comprendre le sens, et que quelqu'un d'autre récite Namu Daihokobutsu Kegonkyo sans en saisir non plus la signification, le bienfait obtenu sera-t-il le même ou sera-t-il différent ?

Réponse : Il y aura une différence très nette.

Question : Dans ce cas, pourquoi ?

Réponse : Une petite rivière peut contenir l'eau provenant de la rosée, des rigoles, des puits, des fossés et des petits ruisseaux, mais elle ne peut recevoir l'eau d'un grand fleuve. Un grand fleuve peut recevoir l'eau d'une petite rivière avec sa rosée, ses ruisseaux, et ainsi de suite, mais il ne peut contenir l'eau du grand océan. Les sutras Agama* sont comparables à une petite rivière contenant l'eau des puits, des rigoles, des ruisseaux et de la rosée, tandis que les sutras Hodo*, les sutras Amida, Vairocana* et Kegon* sont semblables à un grand fleuve recueillant l'eau d'une petite rivière. Mais le Sutra du Lotus est comparable au grand océan qui peut recevoir en son sein toute l'eau de la rosée, des rigoles, des puits, des ruisseaux, des petites rivières, des grands fleuves et des pluies du ciel, sans en perdre une seule goutte.

Si une personne brûlant de fièvre s'assied au bord du lac de Glace et y demeure un certain temps, elle sentira la fraîcheur ; mais, si elle se repose auprès d'un petit étang, elle continuera à souffrir comme avant. De la même manière, si une personne d'une incroyance incorrigible, [icchantika], ayant commis les cinq forfaits et s'étant opposée au Dharma, tente de se rafraîchir auprès de ce petit étang que représentent les sutras Agama*, Kegon*, Kammuryoju et Vairocana*, la fièvre ardente provoquée par ses graves offenses ne se dissipera jamais. Par contre, si cette personne s'allonge sur l'immense pic neigeux du Sutra du Lotus, la fièvre intense qui la brûle, due à ses cinq forfaits, à son opposition au Dharma correct et à son incroyance incorrigible, se dissipera instantanément.

Par conséquent, les ignorants devraient absolument avoir foi dans le Sutra du Lotus. Certains pensent peut-être que la récitation du titre de tous les sutras a le même effet, et qu'il est aussi facile de réciter l'un que l'autre. Mais en réalité, le bienfait obtenu par une personne, même ignorante, qui récite le titre du Sutra du Lotus est bien supérieur à celui d'un sage qui récite le titre de quelque autre sutra que ce soit, aussi différent que les nuages le sont de la boue !

Par exemple, même une personne dotée d'une grande force ne peut pas rompre une corde épaisse à mains nues. Mais, à l'aide d'un petit couteau, même une personne sans grande force peut facilement y arriver. Même une personne dotée d'une grande force ne peut briser la pierre dure avec une épée émoussée. Mais avec une épée acérée, même une personne sans grande force peut y arriver.

Ou [pour donner un autre exemple] même si l'on ignore la composition d'un médicament, le seul fait de le prendre permet de guérir d'une maladie. Mais si l'on continue à ne prendre que des aliments ordinaires, on ne pourra jamais guérir. Ou bien encore, un remède exceptionnel pourra accroître la longévité, tandis qu'un médicament ordinaire, s'il peut soigner une maladie, ne pourra jamais prolonger la vie.

Question : Parmi les vingt-huit chapitres du Sutra du Lotus, lequel est le cœur, lequel est le plus important ?

Réponse : Certains disent que chaque chapitre est essentiel pour le sujet particulier qu'il traite. D'autres soutiennent que les chapitres Hoben* (II) et Juryo* (XVI) constituent le cœur du Sutra  ; d'autres encore que seul le chapitre Hoben* (II) en est le coeur, ou bien que seul le chapitre Juryo* (XVI) est d'une importance primordiale. Certains disent que le passage kai ji go nyu (éveiller chez tous les êtres la sagesse du Bouddha, la révéler, permettre à tous les êtres de la connaître et d'y accéder)"(réf.) est le coeur du Sutra, et d'autres disent que ce coeur est le passage qui traite de shoho jisso (aspect réel des phénomènes) (réf.)

Question : Quel est votre avis ?

Réponse : Namu Myoho Renge Kyo est le coeur du Sutra.

Question : Quelle preuve en donnez-vous ?

Réponse : Ananda, Manjushri et les autres ont écrit "Ainsi ai-je entendu".

Question : Quel est le sens de ces mots ?

Réponse : Pendant huit ans, Ananda, Manjushri, et les autres ont écouté les innombrables principes du Sutra du Lotus, sans omettre une seule phrase, un seul vers, un seul mot. Pourtant, après la mort du Bouddha, au moment de la compilation de ses enseignements, lorsque les 999 arhats prirent leur pinceau et le trempèrent dans l'encre, ils écrivirent tout d'abord les mots Myoho-Renge-Kyo, après quoi, ils ont récité les mots "Ainsi ai-je entendu". N'est-ce pas la preuve que ces cinq caractères, Myoho-ren-ge-kyo, sont le coeur des huit volumes et des vingt-huit chapitres qui composent l'ouvrage ?

C'est pourquoi le Maître du Dharma Fayun, du temple Guang-zho-si, dont on disait qu'il avait enseigné le Sutra du Lotus depuis l'époque reculée du bouddha Nichigatsu Tomyo, déclara  : "Les mots "Ainsi ai-je entendu" [nyoze gamon] indiquent que l'on va transmettre les principes que l'on a entendu enseigner. Dans le titre qui précède ces mots est contenu l'essentiel du sutra tout entier."(réf.)

Le Grand-maître* Zhiyi*, présent au Pic du Vautour (note) lorsque le Sutra du Lotus fut enseigné et qui l'entendit en personne, écrivit  : "Le mot "ainsi" [nyoze] désigne un principe essentiel entendu de la bouche même du Bouddha."(réf.) Et le Grand-maître* Guanding* écrit  : "Celui qui transcrit [Guanding] commente [l'explication du titre du Sutra du Lotus donnée par Zhiyi*] en disant "Ainsi [son explication du titre dans] la préface révèle le sens profond du Sutra tout entier et indique que c'est là [dans le titre] le coeur de l'ouvrage." (réf.)

Dans ce passage, les mots "coeur de l'ouvrage" indiquent que le daimoku [ou titre] est le coeur du Sutra du Lotus. Comme l'a dit le Grand-maître* Zhanlan*  : "Le coeur du Sutra du Lotus comprend tous les principes enseignés par le Bouddha de son vivant." (réf.)

Il y a soixante-dix Etats en Inde, mais on les désigne collectivement du nom de Gasshi*. Le Japon comprend soixante provinces (note) mais toutes ensemble on les appelle Nihon*. Le nom Inde recouvre la totalité des soixante-dix Etats, y compris les gens, les animaux, les trésors et tout ce qui s'y trouve. Le nom Japon désigne les soixante-six provinces. Les plumes [offertes en tribut, en provenance] de Dewa, l'or d'Oshu, et tous les autres trésors du pays, aussi bien que les habitants, les animaux, les temples et les sanctuaires, tout cela est compris dans les deux caractères qui forment le mot Ni hon [Japon].

Avec l'œil divin, il est possible, en regardant les deux caractères qui forment le mot Japon, de voir la totalité des soixante-six provinces avec tous les hommes et les animaux qui s'y trouvent. Avec l'oeil du Dharma, il est possible de voir tous les êtres humains et tous les animaux tantôt mourir en un lieu, tantot naître en un autre.

C'est comme entendre une voix et connaître l'apparence de la personne à qui elle appartient, ou savoir, d'après ses empreintes, si elle est grande ou petite. Ou encore déterminer la profondeur d'un étang d'après la taille des fleurs de lotus qui y poussent, et imaginer la taille des dragons d'après l'intensité de la pluie qu'ils déchaînent. Ces exemples montrent que dans un seul élément peuvent se manifester tous les autres.

On pourrait en déduire que le daimoku [le titre] de n'importe lequel des sutras Agama* contient l'enseignement de tous les bouddhas, mais en fait il ne contient que l'enseignement d'un seul bouddha, celui du Shakyamuni qui exposa les doctrines hinayana. On pourrait penser aussi que les titres des sutras Kegon*, Kammuryoju et Vairocana* contiennent les enseignements de tous les bouddhas, mais en fait, on n'y trouve ni le principe de l'atteinte de la bodhéité par les personnes des deux véhicules [auditeurs-shravakas et pratyekabuddhas] ni allusion au Shakyamuni qui atteignit l'Eveil dans un passé illimité. Ils sont comme des fleurs qui s'épanouissent sans donner de fruit, comme le son du tonnerre lorsqu'il n'est pas suivi par la pluie, comme un tambour sans résonance, comme des yeux incapables de voir, comme une femme qui ne porte pas d'enfant, ou comme une personne sans vie ou sans esprit. Quand le soleil se lève, la lumière des multiples étoiles perd tout son éclat ; de nombreux petits morceaux de fer, placés près d'un aimant, perdent leurs qualités propres. Un grand sabre, exposé même à une petite flamme, perd son tranchant ; on dit que le lait de vache ou d'ânesse, lorsqu'il est mélangé avec du lait de lionne, se change en eau. Toutes les ruses d'une bande de renards ne servent plus à rien lorsqu'ils rencontrent un chien ; et toute une meute de chiens tremblera de peur devant un tigre, même petit.

De même, si l'on récite Namu Myoho Renge Kyo, le pouvoir de Namu Amida Butsu, le pouvoir des mantra invoquant Vairocana, le pouvoir du bodhisattva Kannon, et le pouvoir de tous les bouddhas, de tous les sutras et de tous les bodhisattvas sans aucune exception s'effacera devant la force de Myoho Renge Kyo.

S'ils ne sont pas soutenus par la force de Myoho Renge Kyo, ces sutras deviendront tous inutiles. C'est ce que nous constatons de nos propres yeux, à notre époque.

Parce que Nichiren récite et propage Namu Myoho Renge Kyo, le pouvoir du bouddha Amida est comme une lune décroissante, comme la marée descendante, des herbes qui se dessèchent en automne et en hiver, ou de la glace fondant au soleil. Observez bien ce qui se passera !

Question : Si ce Dharma [dont vous parlez] est réellement si extraordinaire [pourquoi n'est-il pas mieux connu  ? ] pourquoi Mahakashyapa, Ananda, Ashvaghosha, Nagarjuna, Asanga, Vasubandhu, Huisi, Zhiyi*, Zhanlan*, Saicho* ne l'ont-ils pas propagé à l'étranger, de la même manière que Shandao propagea la pratique de la récitation de Namu Amida Butsu à travers toute la Chine, ou de la même manière que Genshin*, Yokan, et Honen la répandirent au Japon, changeant tous ses habitants en dévots du bouddha Amida ?

Réponse : C'est une critique ancienne, qui n'est aucunement formulée ici pour la première fois. Les bodhisattvas Ashvaghosha et Nagarjuna furent des Grands-maîtres qui vécurent, respectivement, six cents et sept cents ans après la disparition du Bouddha. Quand ces hommes apparurent dans le monde et commencèrent à propager les principes des sutras du Mahayana, les divers adeptes du Hinayana élevèrent des objections : "Mahakashyapa et Ananda, dirent-ils, vécurent encore vingt ou quarante ans après la disparition du Bouddha, en enseignant le Dharma correct. On pourrait penser qu'ils communiquèrent le cœur de tous les sutras enseignés par Shakyamuni de son vivant. Or, nous voyons que les principes sur lesquels tous deux insistèrent furent seulement ceux de la souffrance, du vide, de l'impermanence et du non-soi. Ashvaghosha et Nagarjuna furent peut-être d'une grande sagesse, mais doit-on les croire supérieurs à Mahakashyapa et à Ananda  ? C'est un premier point.

Mahakashyapa obtint l'Eveil au contact du Bouddha. Mais ces deux hommes, Ashvaghosha et Nagarjuna, n'avaient jamais rencontré le Bouddha. C'est un deuxième point [que nous aimerions éclaircir].

Des philosophies antérieures au bouddhisme enseignaient que la vie est éternelle, joyeuse, individualisée et pure. Par la suite, lorsque le Bouddha apparut en ce monde, il déclara que la vie était caractérisée par la souffrance, le vide, l'impermanence et le non-soi. Maintenant, Ashvaghosha et Nagarjuna soutiennent qu'elle est éternelle, joyeuse, individualisée et pure. Dès lors, nous sommes en droit de penser que, depuis que le Bouddha et Mahakashyapa ont disparu, le Démon du sixième Ciel s'est emparé de ces deux hommes pour détruire le bouddhisme et le changer en un enseignement non bouddhique.

S'il en est ainsi, ils sont tous deux les ennemis du bouddhisme  ! Nous devrions leur briser le crâne, leur couper la tête, leur ôter la vie, veiller à ce qu'ils ne trouvent plus rien à manger  ! Chassons-les du pays  ! "

Voilà ce que s'écrièrent avec indignation de nombreux adeptes du Hinayana. Ashvaghosha et Nagarjuna étaient seuls, et pourtant, ils durent écouter jour et nuit ces cris injurieux, et subir, du matin au soir, coups de canne et de bâton.

En fait, ces deux hommes étaient les envoyés du Bouddha. Car, dans le Sutra Maya, il est prédit qu'Ashvaghosha apparaîtrait six cents ans, et Nagarjuna sept cents ans après la disparition du Bouddha. La même prédiction est également faite dans le Sutra Ryoga, et bien évidemment dans le Sutra Fuhozo également.

Mais les adeptes du Hinayana n'ont pas voulu tenir compte de ces prédictions. Au contraire, ils ont attaqué les adeptes du Mahayana aveuglément et sans raison. On peut lire dans le Sutra  : "Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore après son trépas  ? "(réf.) En pensant à l'époque qui fut celle d'Ashvaghosha et de Nagarjuna, on commence à comprendre ce que signifie réellement ce passage du Sutra. De plus, le bodhisattva Aryadeva fut tué par un brahmane, et le vénérable Aryasimha fut décapité. Ces événements aussi donnent à réfléchir.

Puis, quelque mille cinq cents ans ou plus après la mort du Bouddha, à l'est de l'Inde, dans le pays qu'on appelle la Chine, le Grand-maître* Zhiyi* apparut, sous les dynasties Chen et Shui. Il affirma que, parmi les enseignements sacrés exposés par le Bouddha, on trouvait des enseignements du Mahayana et du Hinayana, des enseignements exotériques et ésotériques, des enseignements provisoireset définitifs. Il expliqua que Mahakashyapa et Ananda avaient propagé exclusivement les enseignements du Hinayana  ; Ashvaghosha, Nagarjuna, Asanga et Vasubandhu, les enseignements du Mahayana provisoire*. Mais, pour ce qui est de l'enseignement du Mahayana définitif* du Sutra du Lotus, ils n'avaient fait que l'effleurer rapidement, en dissimulant sa signification profonde, ou en n'en donnant qu'une explication superficielle, sans mentionner les différences entre les enseignements du début, du milieu et de la fin de la vie du Bouddha. Tantôt ils avaient décrit l'enseignement théorique* mais pas l'enseignement essentiel*, tantôt ils avaient bien distingué entre les enseignements théorique* et essentiel*, mais pas défini kanjin.

[Quand le Grand-maître* Zhiyi* exposa ce point de vue] les millions de disciples des dix écoles bouddhiques, les trois [de la Chine] du sud et les sept [de la Chine] du nord, éclatèrent tous d'un même rire sarcastique en s'exclamant :

"Voici que, dans notre époque des Derniers jours du Dharma, apparaît parmi nous un moine bien stupéfiant  ! En d'autres temps, il s'est trouvé des gens qui, avec des conceptions erronées, se sont opposés à nous, mais jamais personne encore n'avait prétendu que les deux cent soixante lettrés et maîtres du bouddhisme ayant vécu depuis [l'introduction du bouddhisme dans] la dixième année de l'ère Yong-ping sous la dynastie des Han postérieurs, jusqu'à notre époque actuelle des Chen et de Shui, étaient tous des ignorants. Il dit même qu'ils commettent des offenses au Dharma et sont destinés à tomber dans les mauvaises voies de l'existence. Voilà le genre de personne qui vient d'apparaître !

"Sa folie est si grave qu'il va jusqu'à affirmer que le Savant-maître* Kumarajiva, l'homme qui introduisit le Sutra du Lotus en Chine, était un ignorant (réf.)   ! Et ce qu'il dit des moines de Chine n'est encore rien  ; il prétend aussi que les Grands-maîtres de l'Inde, Nagarjuna et Vasubandhu par exemple, et des centaines d'autres, bodhisattva appartenant aux quatre rangs de saints, n'ont jamais révélé la doctrine véridique  ! Il ne serait pas plus grave de tuer un tel homme que de tuer un faucon. Celui qui le ferait mériterait plus d'éloges que s'il tuait un démon  ! "

Voilà les calomnies qu'ils ont répandues [concernant le Grand-maître* Zhiyi*]. Et, plus tard, à l'époque du Grand-maître* Zhanlan*, quand les doctrines Hosso et Shingon arrivèrent d'Inde et quand l'école Kegon fut pour la première fois introduite en Chine, Zhanlan* réfuta ces enseignements et souleva la même indignation.

Au Japon, le Grand-maître* Saicho* apparut mille huit cents ans après la disparition du Bouddha. Après avoir étudié les commentaires de Zhiyi*, il commença à critiquer les six écoles bouddhistes qui étaient apparues au Japon depuis plus de deux cent soixante ans, depuis l'époque de l'empereur Kimmei. Il fut calomnié à son tour, ses détracteurs disant que l'un des brahmanes contemporains du Bouddha ou l'un des taoïstes de Chine venaient de renaître au Japon.

Saicho* proposa également de créer un lieu d'ordination pour administrer les préceptes menant à l'Eveil parfait et immédiat, comme il n'en avait jamais existé ni en Inde ni en Chine ni au Japon, dans les mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha. Il alla même plus loin en affirmant que les sanctuaires d'ordination du temple Kannon-ji, du temple Ono-dera (note) et du temple Todai-ji (note) répandaient tous l'odeur fétide des préceptes du Hinayana (note), et ne valaient pas plus que des cailloux ou des débris de tuiles. Et, selon lui, les moines qui faisaient observer de tels préceptes ne valaient guère mieux que des renards et des singes.

Ses détracteurs s'écrièrent  : "C'est absolument stupéfiant  ! Cette créature ayant pris l'apparence d'un moine doit être, en réalité, la matérialisation d'un grand essaim de locustes lâché sur le Japon, qui s'apprêtent à dévorer d'une seule bouchée toutes les jeunes pousses du bouddhisme. Ou peut-être est-ce le mauvais roi Shang Zhou, de la dynastie Yin (Shang), ou Jie de la dynastie Xia qui viennent de renaître au Japon en empruntant la forme de ce moine. On pourrait croire que l'empereur Zhou (543–578) de la dynastie des Zhou ou l'empereur Wuzong de la dynastie Tang (814–846) se sont réincarnés. A tout moment désormais, le bouddhisme peut disparaître et le pays être détruit  ! "

Effrayées, les personnes ordinaires ont donc claqué des mains et fait courir leur langue, en disant : "Dès que les moines de ces deux formes de bouddhisme, le Mahayana et le Hinayana, apparaissent ensemble, leurs adeptes se battent comme Taishaku et les asuras, ou comme Xiang Yu et Gaozu se disputant la possession du royaume  ! "

Les adversaires [de Saicho*] ont continué à le rabaisser en disant : "A l'époque du Bouddha, il y eut deux sanctuaires pour l'ordination, celui du Bouddha et celui de Devadatta, et de nombreuses personnes trouvèrent la mort dans le conflit qui s'ensuivit. Cet homme peut bien défier les autres écoles, mais il affirme qu'il doit établir un sanctuaire pour l'ordination afin de conférer les préceptes menant à l'Eveil parfait et immédiat que son maître lui-même, le Grand-maître* Zhiyi*, n'a pas réussi à construire. Comme c'est étrange  ! Et comme c'est effrayant, comme c'est effrayant  ! "

Mais Saicho* pouvait citer des textes à l'appui de ses thèses et le sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes du Mahayana a finalement été construit, il se trouve depuis longtemps déjà sur le Mont Hiei.

Ainsi, même si l'état d'Eveil auquel ils parvinrent fut le même, du point de vue de la propagation du bouddhisme, Ashvaghosha et Nagarjuna furent supérieurs à Mahakashyapa et Ananda  ; Zhiyi* fut supérieur à Ashvaghosha et Nagarjuna, et Saicho* surpassa Zhiyi*. De nos jours, la sagesse des personnes ordinaires devient superficielle alors que le bouddhisme devient plus profond. Par exemple, une maladie bénigne peut être soignée par un remède ordinaire, mais une maladie grave exige un traitement d'une efficacité exceptionnelle. Lorsque l'on est faible, on a besoin d'alliés puissants.

Question : Existe-t-il alors un Dharma correct qui n'ait encore jamais été propagée même par Zhiyi* et Saicho* ?

Réponse : Oui.

Question : De quelle sorte d'enseignement s'agit-il ?

Réponse : Il se compose de trois éléments. Le Bouddha l'a légué à tous ceux qui vivraient à l'époque des Derniers jours du Dharma. C'est le Dharma correct qui n'a jamais été propagée par Mahakashyapa ou Ananda, Ashvaghosha ou Nagarjuna, Zhiyi* ou Saicho*.

Question : En quoi consiste ce Dharma ?

Réponse : Tout d'abord, au Japon comme dans tous les autres pays du monde, l'objet de vénération doit être, pour tous, le vénérable Shakyamuni de l'enseignement essentiel*. Le Bouddha Shakyamuni et le bouddha Taho apparaissant dans la Tour aux Trésors, ainsi que tous les autres bouddhas, de même que les quatre bodhisattva au nombre desquels se trouve Jogyo, sont près de ce Bouddha pour le servir. Deuxièmement, il y a le Grand Sanctuaire du bouddhisme orthodoxe. Troisièmement, au Japon, en Chine, en Inde et dans tous les autres pays du monde, chacun, sage aussi bien qu'ignorant, en abandonnant toute autre pratique, devra se joindre à ceux qui récitent Namu Myoho Renge Kyo. Cet enseignement n'a jamais été exposé auparavant. En ce monde-ci, personne, en plus de deux mille deux cent vingt-cinq ans depuis la mort du Bouddha, ne l'a jamais récité. Seul Nichiren, sans épargner sa voix, récite maintenant Namu Myoho Renge Kyo, Namu Myoho Renge Kyo.

La hauteur des vagues dépend de l'intensité du vent ; la hauteur des flammes dépend du nombre des buches, la taille des lotus dépend de la profondeur de l'étang sur lequel ils poussent, et l'abondance de la pluie dépend de la puissance des dragons qui la font tomber. Plus profondes sont les racines, plus fertiles sont les branches. Plus la source est lointaine, plus le fleuve est long.

La dynastie Zhou dura sept cents ans grâce à la loyauté et la piété filiale de son fondateur, le roi Zhou Wen. Par contre, la dynastie Qin n'eut qu'une existence très brève en raison du comportement inique de son fondateur, le premier empereur Qin Shi Huangdi. Si la bienveillance de Nichiren est suffisamment vaste et universelle, Namu Myoho Renge Kyo se propagera pendant dix mille ans et plus, pour l'éternité. Car ce Dharma a pour effet bénéfique de dessiller les yeux aveugles de tous les êtres vivants au Japon, et de barrer la route qui conduit à l'enfer avici. Les bienfaits qu'elle procure surpassent ceux de Saicho* et de Zhiyi*, ceux de Nagarjuna et de Mahakashyapa.

Cent ans de pratique dans la Terre de la béatitude parfaite ne procurent pas un bienfait comparable à celui que permet d'obtenir un seul jour de pratique en ce monde impur. Deux mille ans de propagation du bouddhisme, aux deux époques du Dharma correct et du Dharma formel, ne valent pas une seule heure de propagation dans [cette période-ci], celle des Derniers jours du Dharma. Cela n'est dû en aucun cas à la sagesse de Nichiren, mais c'est l'époque qui le veut ainsi. Au printemps, les fleurs s'épanouissent ; à l'automne, les fruits apparaissent. L'été est chaud, l'hiver est froid. N'est-ce pas la loi des saisons  ?

"Dans la cinquième période de cinq cents ans après ma mort, accomplissez kosen-rufu dans le monde entier et ne laissez jamais son flot tarir. Et ne laissez jamais le démon, les hommes du démon, ou les divinités, dragons, yaksha, kumbhanda et autres, prendre l'avantage." (réf.)

Si [la prophétie du Bouddha exprimée dans] ce passage du Sutra du Lotus n'était pas véridique, alors Shariputra ne deviendrait jamais l'Ainsi-Venu "Fleur de Lumière"  ; le vénérable Mahakashyapa ne deviendrait jamais l'Ainsi-Venu "Lumière étincelante"  ; Maudgalyayana ne deviendrait jamais le bouddha "Tamalapattra au Parfum de santal"  ; Ananda ne deviendrait jamais l'Ainsi-Venu "Roi tout puissant et montagne d'immense sagesse" ; la nonne Mahaprajapati ne deviendrait jamais le "Bouddha dont la vision comble de joie tous les êtres sensibles" ; et la nonne Yashodhara ( ne deviendrait jamais le "Bouddha aux Formes étincelant de dix millions de lumières".

De même, tout ce qui concerne sanzen jintengo* ne serait plus que théorie puérile et gohyaku jintengo* ne serait plus qu'un mensonge. Très vraisemblablement, le vénérable Shakyamuni aurait sombré dans l'enfer avici, le bouddha Taho suffoquerait encore dans les flammes de l'enfer avici, les bouddhas des dix directions résideraient désormais dans les huit enfers principaux, et les divers bodhisattvas subiraient tous la torture des Cent trente six enfers.

Comment cela se pourrait-il  ? Si la prédiction du Sutra n'a pas été faite en vain, alors, sans aucun doute, tous les habitants du Japon réciteront Namu Myoho Renge Kyo !

Ainsi, la fleur retourne à sa racine et l'essence de la plante demeure dans la terre. Les bienfaits [de Namu Myoho Renge Kyo] s'accumuleront sans aucun doute dans la vie du défunt Dozen-bo.

Namu Myoho Renge Kyo,
Namu Myoho Renge Kyo.

Ecrit le vingt et unième jour du septième mois de la deuxième année de Kenji (1276), Jupiter étant sous le signe cyclique hinoe-na.

Envoyé respectueusement du Mont Minobu, village d'Hakiri dans le Koshu, à Joken-bo et Gijo-bo du Mont Kiyosumi, domaine de Tojo, province d'Awa.

Lettre d'accompagnement

J'ai bien reçu votre lettre. On ne devrait jamais parler de l'enseignement bouddhique à des personnes qui n'ont pas la foi, quel que soit le degré d'amitié ou d'intimité que l'on ait avec elles. Il vous faut bien garder cela à l'esprit.

J'ai inscrit le Gohonzon pour vous. Les ennemis du Sutra du Lotus sont encore plus puissants dans les années qui suivent la disparition du Bouddha qu'ils ne l'étaient de son vivant ; beaucoup plus à l'époque du Dharma formel qu'à l'époque du Dharma correct ; et beaucoup plus maintenant, au début de l'époque des Derniers jours du Dharma, qu'à l'époque du Dharma formel. Si vous comprenez cela, il deviendra clair pour vous que personne d'autre que moi, au Japon, n'est un véritable Pratiquant du Sutra du Lotus.

Le mois dernier, la nouvelle de la mort de Dozen-bo m'est parvenue, sans aucune précision. J'ai pensé que je devrais me rendre moi-même au temple aussi rapidement que possible, en compagnie de Niko, le moine qui porte cette lettre. Cependant, bien que je ne me considère pas comme retiré du monde, d'autres semblent me considérer ainsi, aussi me suis-je fait une règle de ne pas quitter cette montagne.

Ce moine, Niko, m'a appris qu'il avait entendu dire par diverses personnes que des débats de doctrines avec d'autres écoles auraient vraisemblablement lieu prochainement. J'ai donc envoyé des gens dans un certain nombre de temples des différentes provinces pour y retrouver des sutras et des écrits doctrinaux dispersés dans le pays entier. J'avais confié cette mission à ce moine, Niko, pour la province du Suruga et il vient de rentrer. [Je vous l'envoie donc avec cette lettre.]

Dans ce traité, j'ai défini des principes de la plus haute importance. Il ne faudrait donc pas en faire connaître le contenu à des ignorants. Et même s'il n'est communiqué qu'à des personnes capables de le comprendre, si elles sont trop nombreuses, son contenu risque de parvenir aux oreilles de personnes extérieures. Cela ne serait bon ni pour moi ni pour vous. J'aimerais donc que vous seul et Gijo-bo fassiez lire ce traité à voix haute, deux ou trois fois, au sommet du Kasagamori, par ce moine Niko. S'il vous plaît, demandez-lui de le lire une fois aussi devant la tombe du défunt Dozen-bo. Ensuite, laissez-le entre les mains de Niko et demandez-lui souvent de vous le lire. En l'écoutant ainsi à plusieurs reprises, je pense que vous en viendrez à comprendre et apprécier sa signification.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le vingt-sixième jour du septième mois.
Au moine de Kiyosumi (Joken-bo).

ARRIERE-PLAN - Le traité "Sur la dette de reconnaissance" fait partie des dix principaux écrits de Nichiren Daishonin. Il est daté du 21 juillet 1276, un peu plus de deux ans après qu'il se fut retiré au Mont Minobu. Il fut motivé par la nouvelle de la mort de Dozen-bo, le supérieur du Shobutsu-bo du temple Seicho-ji dans la province d'Awa, qui avait donné son instruction religieuse à Nichiren Daishonin lorsqu'il était entré au temple, garçonnet tout juste âgé de douze ans. Nichiren Daishonin écrivit ce traité pour exprimer sa reconnaissance à l'égard de Dozen-bo, et l'envoya à Joken-bo et Gijo-bo, autrefois ses condisciples aînés au temple Seicho-ji, qui devinrent par la suite ses disciples. Mimbu Niko, l'un des disciples de Nichiren Daishonin, se rendit en son nom au temple Seicho-ji muni de cet écrit et le lut à haute voix à Kasagamori, au sommet du Mont Kiyosumi, là où Nichiren Daishonin avait pour la première fois récité daimoku, et, une fois encore, sur la tombe du défunt maître Dozen-bo.
En 1233, Nichiren Daishonin était entré au temple Seicho-ji pour étudier le bouddhisme avec Dozen-bo pour maître. A cette époque, les temples étaient des centres qui dispensaient l'instruction générale aussi bien que religieuse. Au cours de son séjour dans ce temple local, Nichiren Daishonin développa son extraordinaire talent d'écriture, qui devait par la suite lui être si utile pour la propagation de son enseignement. Il entreprit également une recherche qu'il poursuivrait toute sa vie pour trouver et faire connaître la vérité unique du bouddhisme, désormais presqu'entièrement perdue en raison de l'apparition de diverses écoles trompeuses. Seicho-ji avait d'abord appartenu à l'école Tendai-Hokke, qui avait adhéré à l'enseignement du Sutra du Lotus transmis depuis T'ien-t'ai et Miao-lo en Chine jusqu'à Dengyo au Japon. Mais par la suite, ce temple était tombé sous l'influence, d'abord de l'école Shingon et de ses rituels ésotériques, puis de l'école Jodo (école de la Terre pure) qui révérait le bouddha Amida. Ainsi, même au temple Seicho-ji, régnait une confusion évidente quant aux formes que devait prendre le bouddhisme, et le jeune moine ne put pas ignorer cette situation.
Dans la matinée du 28 avril 1253, Nichiren Daishonin monta sur les hauteurs de Kasagamori et pour la première fois entonna l'invocation du Dharma suprême, Namu Myoho Renge Kyo. Alors âgé de trente-deux ans, il venait de retrouver le Seicho-ji après plus de dix ans d'études dans les temples de Kyoto, Nara et dans les centres importants d'étude bouddhique. Il avait été convenu qu'il prononcerait un sermon, à midi, au Shobutsu-bo, pour faire connaître le fruit de ses efforts. En cette occasion, Nichiren Daishonin, non content de proclamer que Namu Myoho Renge Kyo était le seul enseignement qui puisse conduire directement à l'illumination à l'époque des Derniers jours du Dharma, réfuta les principes de l'école, alors toute puissante, du Nembutsu. Parmi les membres de l'auditoire se trouvait Tojo Kagenobu, l'intendant de la région, fervent adepte de l'école de la Terre pure. Furieux, il envoya ses hommes au temple pour arrêter Nichiren Daishonin. Dozen-bo avait lui-même une croyance fervente en la doctrine de la Terre pure, mais il avait une grande affection pour son jeune disciple. Tout en craignant de le défendre ouvertement, il donna l'ordre à deux moines plus âgés, Joken-bo et Gijo-bo, de lui indiquer un chemin peu connu qui lui permettrait de fuir en sécurité.
Nichiren Daishonin et son ancien maître se rencontrèrent une fois encore, en 1274, lorsque Nichiren Daishonin se rendit dans son pays natal au retour de son exil sur la péninsule d'Izu. Il écrivit par la suite que Dozen-bo lui avait demandé, à cette occasion, si sa pratique de la Terre pure le ferait tomber dans l'enfer avici. Nichiren Daishonin lui répondit qu'il ne pourrait pas se libérer des effets de son opposition à la véritable Loi s'il ne révérait pas le Sutra du Lotus comme l'enseignement fondamental. Après quoi, sans tout à fait renier sa croyance en Amida, Dozen-bo fit sculpter une statue du Bouddha Shakyamuni. Nichiren Daishonin se réjouit de voir que Dozen-bo commençait, semblait-il, à comprendre son erreur, car il se sentait une dette à l'égard de l'homme qui l'avait initié à la vie religieuse, et désirait ardemment le conduire vers l'enseignement correct. Même la mort de Dozen-bo ne pouvait atténuer le sentiment de gratitude qu'éprouvait Nichiren Daishonin à l'égard de son maître. [...]
Nichiren Daishonin explique également qu'en établissant les Trois Grandes Lois ésotériques pour conduire tous les êtres à l'illumination, il s'acquitte aussi de sa dette de reconnaissance à l'égard du défunt Dozen-bo. Dans le gosho "Sur les fleurs et les graines", écrit deux ans avant le présent texte, on lit : "Les bienfaits que moi Nichiren obtiens en propageant le Sutra du Lotus rejailliront sur Dozen-bo." (Commentaire ACEP)

En anglais : Repaying Debts of Gratitude

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=690&m=1&q=Debts%20of%20Gratitude
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_RepayingDebtsGratitude.htm

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