Le pratiquant du Sutra du Lotus rencontrera des persécutions

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 6, p. 87; SG* p.450
Gosho Zenshu p. 965 - Hokke Gyoja gonan ji

Sado, 14 janvier 1274 à Toki Jonin, Shijo Kingo, Kawanobe et Yamato Ajari

 

Cette lettre est adressée au seigneur Kawanobe et aux siens, au moine Yamato Ajari (note) et aux autres, ainsi qu'à tous mes disciples et à mes adeptes Saburo Zaemon-no-jo et Toki. Avec tout mon respect, Nichiren.

Post-Scriptum (note) : Nagarjuna et Vasubandhu furent tous deux des Maîtres, auteurs de mille ouvrages. Cependant, ils n'exposèrent que les enseignements du Mahayana provisoire*.

Dans leur cœur, ils avaient compris le sens du Sutra du Lotus, mais ils ne l'exposèrent pas précisément. Une transmission orale existe à ce sujet. Zhiyi* et Saicho* enseignèrent bien le Sutra du Lotus mais ils ne révélèrent pas l'objet de vénération [gohonzon] de l'enseignement essentiel*, les quatre bodhisattva, le Grand sanctuaire et les sept caractères de Namu Myoho Renge Kyo. Cela s'explique parce que, premièrement, le Bouddha n'avait transmis ces principes à aucun d'eux et, deuxièmement, parce que le moment n'était pas venu et que les capacités des êtres humains n'étaient pas encore mûres. Maintenant le temps est venu et les Quatre bodhisattva vont à coup sûr apparaître. Moi, Nichiren, je suis le premier à l'avoir compris. On dit qu'un vol de rossignol présage l'apparition de la Reine-mère de l'ouest, et que le chant de la pie annonce l'arrivée d'un visiteur. De même, certains présages annoncent la venue des quatre bodhisattvas. Ceux qui veulent être mes disciples doivent bien comprendre cela. Aussi, au risque même de votre vie, n'abandonnez jamais la foi.

Toki, Saburo Zaemon-no-jo, Kawanobe, Yamato Ajari et vous tous, nobles seigneurs et moines, lisez et étudiez cette lettre ensemble. En cette époque impure, dialoguez constamment et priez sans cesse pour votre vie future.

On peut lire dans le quatrième volume du Sutra du Lotus  : "Puisque haines et jalousies [envers le Sutra] abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore dans le monde après son trépas  ? "(réf.) Et dans le cinquième volume il est dit  : "Il y aura beaucoup d'hostilité dans le monde et il sera difficile de croire [en ce sutra]."(réf.) Dans le trente-huitième volume (réf.) du Sutra du Nirvana, on lit  : "A cette époque, il y avait d'innombrables brahmanes... leur cœur s'emplit de fureur." Et plus loin  : "A cette époque, une multitude de brahmanes complotèrent et se rendirent en nombre auprès du roi du Magadha, Ajatashatru, pour lui dire  : "Il y a actuellement un homme extrêmement nuisible, un moine du nom de Gautama. Ô roi, vous ne l'avez jamais jugé, et il nous inspire une grande crainte. Toutes sortes de personnes mauvaises, dans l'attente de profits et d'aumônes, se sont regroupées autour de lui et sont devenues ses adeptes. [Ce sont des gens qui ne pratiquent pas le bien mais qui se servent, au contraire, de formules magiques et de sortilèges pour attirer des hommes tels que] Mahakashyapa, Shariputra et Maudgalyayana." Voilà qui illustre bien le sens du passage  : "Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha".

Le moine Tokuichi, dont on vantait la grande vertu, s'adressa au Grand-maître* Zhiyi* en ces termes insultants : "Eh bien, Zhiyi*, de qui es-tu donc le disciple  ? Avec une langue de moins de trois pouces, tu dénigres les enseignements prononcés par la longue et large langue du Bouddha  ! " Tokuichi dit encore : « Il [Zhiyi*] doit être assurément un pervers et un fou." Plus de trois cents moines des sept temples principaux de Nara, dont certains hautement respectés, tels le Supérieur des moines Gomyo et le maître des préceptes Keishin, calomnièrent violemment le Grand-maître* Saicho* en disant : "De même qu'il y eut autrefois, à l'ouest, dans le pays de Sia, en Asie Centrale, un mauvais brahmane appelé Kiben dont les propos mensongers abusaient les gens, maintenant, dans ce pays de l'est, le Japon, il y a un crâne tondu qui égrène des paroles habiles. Les démons de ce genre attirent toujours à eux des gens qui leur ressemblent et c'est ainsi qu'ils trompent et égarent le monde."(réf.)

Pourtant, il est dit, dans le Hokke Shuku [de Saicho*]  : "Shakyamuni a enseigné qu'il était facile de croire au superficiel mais difficile de croire en ce qui est profond. Écarter le superficiel pour rechercher ce qui est profond exige du courage. Le Grand-maître* Zhiyi* eut confiance en Shakyamuni, suivit fidèlement son enseignement, défendit les principes de l'école Hokke et les propagea à travers toute la Chine. Nous autres, qui avons hérité de la doctrine de Zhiyi*, représentons l'école Hokke du Mont Hiei et travaillons à répandre ses enseignements partout au Japon."

Du vivant du Bouddha, ainsi que pendant les deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma formel [qui suivirent sa disparition], il n'y eut que trois pratiquants du Sutra du Lotus. Le Bouddha Shakyamuni lui-même, Zhiyi* et Saicho*. [Les autres, ] Shubhakarasimha (Shan-wu-wei) et Amoghavajra* de l'école Shingon, Dushun et Zhiyan de l'école Kegon, ainsi que les maîtres des écoles Sanron et Hosso interprétèrent tous les phrases du Sutra du Vrai Dharma pour les concilier avec le sens des sutras provisoires. Les maîtres Nagarjuna et Vasubandhu appréhendèrent intérieurement le sens du Sutra du Lotus mais ne le révélèrent pas explicitement. Même les quatre rangs de saints de l'époque du Dharma correct sont inférieurs à Zhiyi* et Saicho* pour ce qui est de la propagation de l'enseignement du Sutra du Lotus tel qu'il est exposé dans le Sutra.

Si la prédiction du Bouddha est exacte, un Pratiquant du Sutra du Lotus doit apparaître à l'époque des Derniers jours du Dharma, et les persécutions qu'il subira dépasseront celles que connut le Bouddha de son vivant. Le Bouddha lui-même endura neuf grandes epreuves. Il fut calomnié par Sundan [à l'instigation des brahmanes] ; on lui fit offrande d'un gruau de riz puant ; il fut contraint de manger du fourrage pour chevaux ; le roi Virudhaka extermina la plus grande partie du clan des Shakya ; le Bouddha partit en quête d'aumônes mais son bol resta vide ; Chinchamanavika le calomnia ; Devadatta lâcha sur lui un rocher du haut d'une montagne ; et il fut exposé à des vents si froids qu'il lui fallut chercher des vêtements pour se protéger. En outre, comme je le disais plus tôt, il fut calomnié par tous les brahmanes.

Si l'on s'en tient à la prédiction du Sutra ["haines et jalousies seront pires encore après son trépas"], Zhiyi* et Saicho* n'ont pas accompli la prophétie du Bouddha. Cela veut dire que le Pratiquant du Sutra du Lotus doit apparaître au début de l'époque des Derniers jours du Dharma, en parfait accord avec la prédiction du Bouddha.

Quoi qu'il en soit, le 7e jour du 12e mois de la 10e année de Bun'ei [1273], une lettre de Hojo Nobutoki, ancien gouverneur de la province de Musashi, parvint dans la province de Sado. Dans ce document, authentifié par son cachet, on lisait : "La rumeur court que Nichiren, le moine exilé à Sado, prépare un mauvais coup avec ses disciples. Des complots de ce genre sont totalement inadmissibles. Désormais, ceux qui suivent ce moine devront être sévèrement punis. Si certains persistaient et passaient outre cet interdit, rapportez-moi leur nom. Ce document a valeur de décret." Le moine Kan'e (note).
Le 7e jour du 12e mois de la 10e année de Bun'ei.

A Echi-no Rokuro Zaemon-no-jo.

Cette lettre prétend que je "prépare un mauvais coup". Les brahmanes calomnièrent le Bouddha en disant que Gautama était une personne malfaisante. Moi, Nichiren, j'ai enduré personnellement chacune des Neuf grandes épreuves. Notamment, le massacre de nombreuses personnes de mon entourage, le fait de demander l'aumône et de voir mon bol rester vide, et l'obligation de rechercher des vêtements pour me protéger du vent froid. Toutes ces épreuves ont été pour moi plus graves que celles du Bouddha de son vivant. Ce sont des difficultés telles que Zhiyi* et Saicho* n'en ont jamais rencontrées. Il faut que vous le sachiez : en ajoutant Nichiren aux trois autres, il y a maintenant un quatrième Pratiquant du Sutra du Lotus, apparu à l'époque des Derniers jours du Dharma. Quelle joie de vérifier dans ma propre vie les prédictions du Sutra « pires encore après son trépas »   ! Et quelle tristesse de savoir que tous les habitants de ce pays tomberont dans l'enfer avici   ! Je n'en dirai pas plus ici, cette lettre deviendrait trop longue. Réfléchissez bien à tout cela par vous-même.

Nichiren

Le 14e jour du 1er mois de la 1le année de Bun'ei [1274], sous le signe cyclique kinoe-inu

Tous ceux qui ont à coeur de rechercher mon enseignement devraient se faire lire cette lettre, l'écouter et en parler ensemble.

ARRIÈRE-PLAN - Nichiren Daishonin envoya cette lettre à tous ses disciples, moines et laïcs, notamment Toki Jonin, Shijo Kingo, Kawanobe et Yamato Ajari, le 14e jour du lle mois de la 11e année de Bun'ei (1274). Le gouvernement le gracia un mois plus tard, mais à ce moment-là, Nichiren Daishonin était encore traité en criminel, comme l'attestent à l'évidence les ordres de Hojo Nobutoki cités dans ce gosho. L'hostilité des autorités, ajoutée à des difficultés telles que le froid et la faim, rendaient la survie de Nichiren Daishonin sur l'île de Sado extrêmement précaire.
Nichiren Daishonin interprète ici sa propre expérience par rapport aux Neuf Grandes Épreuves de Shakyamuni. "Le massacre du clan des Shakya par Virudhaka" correspond probablement à la persécution de Tatsunokuchi et à l'exil à Sado qui suivit. A ce moment-là, le gouvernement ne s'efforça pas seulement de faire décapiter Nichiren Daishonin mais fit aussi arrêter et exiler bon nombre de ses adeptes. Si, du vivant du Bouddha, de nombreux membres du clan Shakya furent tués par le roi Virudhaka, Shakyamuni lui-même ne fut pas menacé d'exécution par les autorités séculière ; en ce sens, l'épreuve de Nichiren Daishonin est plus grave que celle du Bouddha. De plus, lors de la persécution de Komatsubara, Nichiren Daishonin reçut un coup d'épée au front et eut la main gauche cassé ; deux de ses disciples, Kyonin-bo et Kudo Yoshitaka, furent tués. Au cours de ces deux épreuves, et en bien d'autres occasions, tout particulièrement pendant l'exil de Sado, Nichiren Daishonin fut appelé à connaître la faim, le froid et d'autres privations plus graves encore que celles endurées par Shakyamuni pour avoir enseigné le Sutra du Lotus. (Commentaire ACEP)

En anglais : The Votary of the Lotus Sutra Will Meet Persecution
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/VotaryLotusSutra.htm
- http : //www.sgilibrary.org/view.php ?page=449&m=0&q=

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