Le choix en fonction du temps

(Choisir en fonction du moment)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 3, p. 89; SG* p. 541.
Gosho Zenshu p. 256 - Senji Sho

Minobu, 10 juin 1275 ; adressé à Yui

 

Celui qui veut s'engager dans la voie bouddhique doit, avant tout, tenir compte du temps. Par le passé, lorsque apparut le bouddha Daitsuchisho, il resta pendant une période de dix kalpas mineurs sans enseigner un seul sutra. A son propos, il est dit dans le Sutra du Lotus : "Il demeura en méditation, immobile, pendant plus de dix kalpas mineurs." Et on lit encore : "Le Bouddha, sachant que le temps n'était pas encore venu, bien qu'on lui demandât d'enseigner, resta assis en silence."

De même, en ce monde, le Bouddha Shakyamuni n'exposa pas le Sutra du Lotus pendant plus de quarante ans "parce que le temps n'était pas encore venu"(réf.). Lao Zi demeura pendant quatre-vingts ans dans le ventre de sa mère (note) et le bodhisattva Maitreya doit résider dans la cour intérieure du Ciel Tushita 5670 millions d'années [en attendant le moment de sa venue en ce monde]. Le coucou attend la fin du printemps avant de chanter et le coq attend l'aube. Si même des créatures animales sont ainsi conscientes du temps, comment peut-on vouloir pratiquer le bouddhisme sans s'efforcer de comprendre le temps  ? Au moment où Shakyamuni s'apprêtait à enseigner le Sutra Kegon*, [sur le lieu où il était parvenu à l'Eveil ] les divers bouddhas des dix directions apparurent et tous les grands bodhisattvas s'assemblèrent. Bonten, Taishaku, les quatre Rois du Ciel arrivèrent, leur robe flottant au vent. Les dieux-dragons et les huit groupes d'êtres non-humains marquèrent leur respect en joignant les mains, les mortels de capacité supérieure tendirent l'oreille ; les bodhisattvas parvenus au stade où l'on perçoit que rien ne naît ni ne meurt [musho honin] et le bodhisattva Gedatsugatsu, tous supplièrent le Bouddha d'enseigner. Mais l'Honoré du monde ne dit pas un mot du principe de l'atteinte de la bodhéité par les personnes des deux véhicules, ni du fait qu'il avait lui-même atteint la bodhéité dans un passé atemporel. Il n'exposa pas non plus les principes, les plus vitaux de tous, de l'atteinte de la bodhéité sans changer d'apparence et d'ichinen sanzen. Et cela pour une unique raison : ils avaient la capacité de comprendre mais, parce que le temps n'était pas encore venu, il n'a rien expliqué. Comme il est dit dans le Sutra du Lotus : "Parce que le temps d'enseigner n'était pas encore venu"(réf.).

Mais lorsque Shakyamuni enseigna le Sutra du Lotus à l'Assemblée réunie au Pic du Vautour, le roi Ajatashatru, le plus mauvais fils du monde, était présent, invité à s'asseoir parmi les auditeurs-shravakas. A Devadatta, qui toute sa vie s'était opposé au Dharma, il fut prédit qu'il deviendrait à l'avenir l'Ainsi-Venu Roi du Ciel, et à la fille du Roi-Dragon le Bouddha promit que, malgré les cinq entraves, elle deviendrait bouddha, sans changer d'apparence.

Aux personnes des deux véhicules à qui [pensait-on jusqu'alors] la bodhéité était inaccessible, il fut prédit qu'elles deviendraient en fait bouddha. (note) C'était aussi surprenant que d'entendre affirmer que des graines brûlées produiraient fleurs et fruits. Et la révélation, par Shakyamuni, qu'il avait atteint l'Eveil dans un passé atemporel était aussi stupéfiante que s'il avait prétendu qu'un vieillard de cent ans était le fils d'un jeune homme de vingt-cinq ans (note). Il révéla aussi le principe d'ichinen sanzen qui indique que les neuf mondes-états incluent l'état de bouddha et que l'état de bouddha inclut les autres états.

Par conséquent un seul mot de ce Sutra est aussi précieux que le joyau qui exauce tous les voeux, et un seul passage de ce Sutra est la graine de tous les bouddhas.

Il importe peu de savoir si les personnes à qui Shakyamuni exposa cet enseignement avaient ou non la capacité de le comprendre. Le fait est que le temps était venu pour lui d'enseigner. Comme il est dit dans le Sutra  : "Le temps est maintenant venu pour moi d'exposer définitivement l'enseignement du Mahayana"(réf.).

Question : Si le Grand Dharma est enseigné à des personnes qui n'ont pas la capacité de la comprendre, les insensés s'y opposeront certainement et tomberont ainsi dans les mauvaises voies. Ne devrait-on pas le reprocher à celui qui l'aura enseignée ?

Réponse : Quelqu'un construit pour les autres une route. Si certains s'y perdent, est-ce la faute du constructeur de la route  ? Un bon médecin donne un médicament à un malade. Si le malade refuse de le prendre et meurt, est-ce la faute du médecin ?

Question : Il est dit, dans le deuxième volume du Sutra du Lotus : "N'enseignez pas ce Sutra lorsque vous vous trouvez parmi des ignorants."(réf.) Dans le quatrième volume, on lit : "Il ne faut pas donner cet écrit ou le transmettre à la légère."(réf.) Et plus loin, dans le cinquième volume : "Ce Sutra du Lotus est la resserre secrète de tous les bouddhas. Parmi tous les sutras, il occupe la place la plus élevée. Il faut le conserver pendant la longue nuit, et ne jamais l'enseigner à la légère."(réf.) Tous ces passages du Sutra n'indiquent-ils pas qu'il ne faut pas l'enseigner à ceux qui n'ont pas la capacité de le comprendre ?

Réponse : On lit dans le chapitre Fukyo* (XX) : "Il disait : "Je vous respecte profondément". Et plus loin : "Mais parmi les Quatre sortes de croyants certains, dont le coeur était empli de mauvaises pensées, ressentaient à son égard de la colère et de la haine, et l'insultaient en le traitant de "moine stupide  ! " On lit encore : "Beaucoup lui donnèrent des coups de canne et de bâton, et lui jetèrent des tuiles et des pierres." Et dans le chapitre Kanji* (XIII)  : "De nombreux ignorants nous insulteront et nous calomnieront ; d'autres encore nous frapperont à coups de sabre et de bâton." Ces passages du Sutra indiquent qu'il faut enseigner le Dharma même si cela nous vaut d'être insulté, calomnié et battu. Puisque c'est là ce qui est écrit dans le Sutra, est-ce la personne qui l'enseigne qui est à blâmer ?

Question : Ces deux points de vue sont aussi incompatibles que l'eau et le feu. Comment peut-on les concilier ?

Réponse : Zhiyi* dit (réf.) qu'il faut utiliser l'une ou l'autre méthode "en fonction du temps." Et Guanding* dit (réf.)  : "Il faut savoir choisir entre les méthodes de shoju et de shakubuku et ne pas utiliser exclusivement l'une ou l'autre." Ces commentaires indiquent que, à certains moments, si l'on suscite l'opposition en exposant l'enseignement du Bouddha, il faut s'abstenir de propager pendant un certain temps. A d'autres moments, même si les gens s'opposent, il faut enseigner quand même. A certaines époques, même si quelques personnes ont la capacité de croire dans Dharma du Bouddha, comme [il est probable que] dix mille autres s'y opposeront, il est préférable de ne pas l'enseigner. A d'autres époques, même si dix mille personnes s'y opposent ensemble, il faut l'enseigner quand même.

Lorsque, après avoir obtenu l'Eveil, Shakyamuni se prépara à prononcer sa première prédication, les grands bodhisattvas, tels Hoe*, Kudokurin*, Kongodo*, Kongozo*, Manjushri, Fugen, Maitreya et Gedatsugatsu ainsi que Bonten, Taishaku, les quatre Rois du Ciel et d'innombrables simples mortels de capacité supérieure se rassemblèrent pour l'entendre (note). Au Parc des Daims, Ajnata Kaundinya et ses compagnons, que l'on appelle les cinq ascètes, Mahakashyapa et les deux cent cinquante personnes de sa suite, suivi de deux cent cinquante disciples, et 80000 êtres célestes vinrent l'écouter.

A la cérémonie de la Grande assemblée au cours de laquelle les sutras Hodo* furent exposés, le père de Shakyamuni, le roi Suddhodana, manifesta un intérêt sincère. C'est pourquoi le Bouddha retourna au palais et lui enseigna le Sutra Kambutsu Zammai Et pour sa mère défunte, la reine Maya, Shakyamuni séjourna pendant 90 jours dans le Ciel Trayastrimsha pour lui enseigner le Sutra Maya.

On pourrait croire qu' il ne voulait dissimuler aucun enseignement ésotérique à son père bienveillant et à sa mère compatissante. Pourtant, il ne leur enseigna pas le Sutra du Lotus. En définitive, ce n'est pas en fonction des capacités de ceux qui l'écoutaient que le Bouddha enseigna ce Sutra mais, tant que le moment propice ne fut pas venu, il ne voulut absolument pas l'enseigner.

Question : A quel moment convient-il d'enseigner les sutras du Hinayana et les sutras provisoires, et à quel moment faut-il enseigner le Sutra du Lotus ?

Réponse : Même les bodhisattvas, depuis ceux qui sont parvenus au dix étapes de la foi jusqu'aux grands bodhisattvas parvenus à l'étape de togaku ont du mal à évaluer des facteurs comme le temps et les capacités. Comment nous, simples mortels, pourrions-nous y arriver ?

Question : N'y a-t-il donc aucun moyen de le déterminer ?

Réponse : Il faut avoir l'oeil du Bouddha pour distinguer le temps et les capacités. Il faut que brille le soleil du Bouddha (note) pour que le pays s'illumine.

Question : Que voulez-vous dire par là ?

Réponse : Dans le Sutra Daijuku, le Bouddha Shakyamuni, l'Honoré du monde, s'adresse au bodhisattva Gatsuzo et lui prédit ce qui se passera à l'avenir. Ainsi, il déclare que la première période de cinq cents ans après sa disparition sera l'ère de l'Éveil. La deuxième période de cinq cents ans sera l'ère de la méditation, ce qui fait mille ans. La troisième période de cinq cents ans sera l'ère de la lecture, de la récitation et de l'écoute (note) et la quatrième période de cinq cents ans, l'ère de la construction des temples et des stupas, ce qui fait deux mille ans. A propos de la cinquième période de cinq cents ans, il dit : "Des querelles et des conflits s'élèveront parmi les adeptes de mes enseignements et le Dharma pur sera obscurci et perdu."

Ces cinq périodes de cinq cents ans, autrement dit ces deux mille cinq cents années après la disparition du Bouddha Shakyamuni, sont définies de diverses manières par des maîtres différents. En Chine, le Maître de méditation Daochuo déclara qu'aux époques du Dharma correct et du Dharma formel, pendant les deux mille ans que constituent les quatre premières périodes de cinq cents ans, le Dharma pur du Hinayana et du Mahayana prospérerait, mais qu'au début de l'époque des Derniers jours du Dharma ce Dharma pur disparaîtrait totalement. Alors, seuls les pratiquants de l'enseignement de la Terre pure, du Dharma pur du Nembutsu, échapperaient aux souffrances de la vie et de la mort.

Honen, au Japon, donne l'interprétation suivante. Selon lui, le Sutra du Lotus, le Sutra Kegon*, le Sutra Vairocana* et divers autres sutras du Hinayana, ainsi que les enseignements des écoles Tendai, Shingon et Ritsu qui se sont répandus au Japon aujourd'hui, représentent le Dharma pur des deux mille ans des périodes du Dharma correct et du Dharma formel mentionnés dans le Sutra Daijuku. Mais, dès que le monde sera entré dans l'époque des Derniers jours du Dharma, ces enseignements perdront toute validité. Même si certains continuent à les pratiquer, aucun d'eux ne parviendra à échapper aux souffrances de la vie et de la mort. [C'est pourquoi Nagarjuna, dans] le Jujubibasha Ron et le moine Tan-luan appellent ces enseignements : "la voie de la pratique difficile" ; Daochuo déclare que pas une seule personne ne peut parvenir à l'Eveil grâce à eux et Shandao dit de même : "Pas une seule personne sur mille." Il affirme que lorsque le Dharma pur aura disparu, le Grand Dharma pur, constitué par les trois sutras de la Terre pure et la récitation exclusive du nom d'Amida, apparaîtra, et que parmi ceux qui la pratiqueront, même s'ils sont mauvais et ignorants, "dix sur dix, cent sur cent renaîtront sur la Terre pure." C'est le sens de la phrase : "la doctrine de la Terre pure est la seule voie qui mène au salut."

Par conséquent, Honen déclara que ceux qui se préoccupent de leur bonheur dans la vie prochaine devraient retirer leur soutien aux temples du Mont Hiei, aux temples To-ji et Onjo-ji ainsi qu'aux sept grands temples principaux de Nara, à tous les temples et monastères de l'archipel du Japon, et qu'ils devraient s'emparer des rizières et des champs appartenant à ces temples afin de les offrir aux temples où se pratique le Nembutsu. Il affirmait que ceux qui le feraient pourraient immanquablement atteindre l'Eveil. C'est ainsi qu'il exhortait chacun à réciter Namu Amida Butsu.

Depuis plus de cinquante ans, ces enseignements se sont répandus dans le pays entier. Nichiren réfute depuis déjà longtemps ces principes nuisibles. Il ne fait aucun doute que l'époque actuelle correspond bien à la cinquième période de cinq cents ans décrite dans le Sutra Daijuku, celle où "le Dharma pur sera obscurci et perdu". Mais le Dharma qui doit apparaître après la disparition du Dharma pur est le Grand Dharma pur de Namu Myoho Renge Kyo, coeur même du Sutra du Lotus. C'est lui qui se propagera sur tout le continent du Jambudvipa, dans ses 80000 pays, parmi ses 80000 rois, leurs ministres et leurs sujets et chacun pourra l'invoquer de la même manière que, de nos jours, les Quatre congrégations, partout au Japon, psalmodient le nom du bouddha Amida.

Question : Dans quels textes trouvez-vous les preuves de ce que vous avancez ?

Réponse : Il est dit dans le septième volume du Sutra du Lotus : "Dans la cinquième période de cinq cents ans après ma mort, accomplissez kosen-rufu dans le monde entier et ne laissez jamais son flot tarir."(réf.) Ce passage du Sutra indique que le moment d'accomplir kosen-rufu est celui où "le Dharma pur sera obscurci et perdu", comme il est dit dans le Sutra Daijuku.

Dans le sixième volume du Sutra, il est fait mention de "ceux qui croiront en ce Sutra, à l'époque mauvaise des Derniers jours du Dharma."(réf.) On lit aussi, dans le cinquième volume : "Les Derniers jours du Dharma, lorsque le Dharma est sur le point de disparaître."(réf.) Et dans le quatrième volume : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore en ce monde après son trépas  ? "(réf.) Dans le cinquième volume, il est dit : "Les gens seront emplis d'hostilité et il sera extrêmement difficile de croire."(réf.) Et dans le septième volume, à propos de la cinquième période de cinq cents ans, l'ère des conflits, on lit : "Lorsque apparaîtront le démon, les serviteurs du démon, les dragons du ciel, les yaksha et les kumbhanda ne les laissez pas prendre l'avantage."(réf.) Il est dit dans le Sutra Daijuku : "Des querelles et des disputes s'élèveront parmi les adeptes de mon enseignement." Et dans le cinquième volume du Sutra du Lotus il est question de "moines de ces époques mauvaises." On lit : " Il y aura des moines retirés dans la forêt." Et encore : "Des démons prendront possession des autres." (note)

Le sens de ces passages est le suivant. Dans la cinquième période de cinq cents ans, des moines éminents, possédés par les démons, seront partout dans le pays. A cette époque, un sage apparaîtra. Les moines éminents possédés par les démons (note) persuaderont les rois, leurs ministres et le peuple tout entier d'insulter et de calomnier cet homme, de l'attaquer à coups de canne et de bâton, de tuiles et de pierres, et de le condamner à l'exil ou à la mort. Alors, Shakyamuni, Taho et les bouddhas des dix directions le diront aux grands bodhisattvas Surgis de Terre et ces grands bodhisattvas à leur tour en informeront Bonten, Taishaku, les divinités Nitten, Gatten et les quatre Rois du Ciel. Cela entraînera l'apparition de phénomènes étranges et de présages dans le ciel et sur la terre.

Si les souverains de divers pays ne tiennent pas compte de ces avertissements, les bouddhas et les grands bodhisattvas demanderont aux pays voisins de punir les mauvais rois et les mauvais moines de ces pays, si bien que des conflits d'une ampleur sans précédent éclateront dans le monde entier.

A ce moment là, tous les habitants des quatre continents sous le soleil et la lune, redoutant la destruction du pays, ou craignant pour leur propre vie, adresseront des prières aux bouddhax et aux bodhisattvas. Mais parce que cela restera sans effet, ils commenceront à faire confiance à ce simple moine qu'ils avaient d'abord méprisé. Alors, les innombrables moines éminents, les grands rois des 80000 pays et la multitude de leurs sujets, inclinant le front vers la terre et joignant les mains, réciteront ensemble Namu Myoho Renge Kyo. Cela sera comme en cette occasion où le Bouddha manifesta les dix pouvoirs supranaturels décrits dans le chapitre Jinriki* (XXI) lorsque tous les êtres humains des dix directions s'écrièrent ensemble d'une voix sonore en direction du monde Saha : "Namu Shakyamuni Butsu, Namu Shakyamuni Butsu, Namu Myoho Renge Kyo, Namu Myoho Renge Kyo  ! "(note)

Question : Les passages de sutras que vous avez cités sont clairs. Y a-t-il des prédictions de Zhiyi*, Zhanlan* et de Saicho* appuyant également votre point de vue ?

Réponse : Vous posez la question à l'envers  ! Quand on vous cite des commentaires, vous pouvez demander s'il y a des sutras pour les appuyer. Mais, si les passages des sutras sont clairs, il n'y à rien à rechercher dans les commentaires. Si vous trouviez des contradictions entre les sutras et les commentaires, suivriez-vous les commentaires en abandonnant les sutras ?

Question : Vous avez entièrement raison. Mais pour des personnes ordinaires les sutras sont difficiles à comprendre. Les commentaires sont plus accessibles. S'il y a aussi des passages probants et clairs dans les commentaires, ils renforceront d'autant plus notre croyance.

Réponse : Parce que votre question est sincère, je vais vous citer les quelques passages de commentaires. Zhiyi* a déclaré  : "Dans la cinquième période de cinq cents ans, la Voie mystique se propagera pour longtemps dans l'avenir."(réf.) Zhanlan* a dit : "Le début des Derniers jours du Dharma ne sera pas sans bienfaits inapparents (myoyaku)."(réf.)

Le Grand-maître* Saicho* a dit : "Les époques des jours du Dharma correct et des jours du Dharma formel sont presque terminées et l'époque des Derniers jours du Dharma est proche. C'est maintenant le temps où le Véhicule unique du Sutra du Lotus se révélera totalement adapté aux capacités des hommes. Comment le savons-nous  ? Parce qu'il est dit dans le chapitre Anrakugyo* (XIV) : "A l'époque des Derniers jours du Dharma, quand le Dharma est sur le point de disparaître le Sutra du Lotus sera largement répandu."(réf.) Saicho* dit encore  : "La propagation l'enseignement correct commencera à la fin de l'époque du Dharma formel et au début des Derniers jours du Dharma dans un pays à l'est de Tang (note) et à l'ouest de Katsu (note), parmi des gens imprégnés des cinq impuretés qui vivront à une époque de conflits. Il est dit dans le Sutra : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore en ce monde après son trépas  ? " Ces paroles ont un sens profond."(réf.)

Shakyamuni apparut en ce monde dans le kalpa de continuité, dans le neuvième kalpa de décroissance, à une époque où la longévité moyenne des hommes était de cent ans. L'époque où la durée de vie humaine diminue de cent ans à dix ans se divise elle-même en trois périodes : les cinquante ans du vivant de Shakyamuni pendant lesquels il enseigna, les deux mille ans des périodes du Dharma correct et du Dharma formel qui suivirent sa disparition, et enfin les dix mille ans de l'époque des Derniers jours du Dharma. Au cours de ces périodes, le Sutra du Lotus devait se propager à deux reprises : pendant les huit dernières années de la vie de Shakyamuni lorsqu'il enseigna le Sutra du Lotus et, après sa disparition, dans les premiers cinq cents ans de l'époque des Derniers jours du Dharma. Zhiyi*, Zhanlan* et Saicho* n'ont pas vécu en ce monde au temps de Shakyamuni, lorsqu'il enseigna le Sutra du Lotus ; et ils ne naquirent pas non plus assez longtemps après sa disparition pour vivre à l'époque des Derniers jours du Dharma. Ils regrettèrent d'être nés dans la période intermédiaire entre ces deux époques, et leurs écrits montrent qu'ils auraient aimé connaître les Derniers jours du Dharma.

Leur regret fut comparable à celui de l'ascète Asita, qui, en voyant peu après sa naissance le prince Siddhartha qui deviendrait plus tard le Bouddha Shakyamuni déclara tristement : "J'ai déjà plus de quatre-vingt-dix ans, je ne pourrai donc pas vivre assez longtemps pour assister à l'Eveil du prince. Dans ma prochaine vie, je renaîtrai dans le monde du sans-forme et je ne pourrai pas entendre sa prédication qui durera cinquante ans. Et je ne pourrai pas non plus renaître aux époques du Dharma correct, du Dharma formel ni dans celle des Derniers jours du Dharma ! " C'est ainsi qu'il exprimait ses regrets.

Ceux qui sont décidés à trouver la Voie devraient se souvenir de ces exemples et s'en réjouir. Lorsqu'on se préoccupe de sa vie prochaine, il vaut mieux être une personne ordinaire à l'époque des Derniers jours du Dharma que grand roi au cours des deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma formel. Pourquoi les gens n'en sont-ils pas convaincus  ? Il vaut mieux être un lépreux qui récite Namu Myoho Renge Kyo que le grand patriarche de l'école Tendai  ! Comme l'empereur Liang Wu Di (502 - 557) en prit l'engagement solennel (note) : "Je préférerais être Devadatta et tomber dans l'enfer avici que le sage non bouddhiste Udraka Ramaputra."

Question : Les maitres Nagarjuna et Vasubandhu ont-ils fait allusion à cela ?

Réponse : Nagarjuna et Vasubandhu savaient cela dans leur coeur mais ils ne l'ont pas exprimé par les mots.

Question : Pourquoi ne l'ont-ils pas fait ?

Réponse : Pour de nombreuses raisons. D'une part, les gens à leur époque n'avaient pas la capacité de le comprendre. D'autre part, le temps n'était pas propice. En troisième lieu, ils étaient des bodhisattvas des enseignements théoriques, et par conséquent la transmission ne leur avait pas été confiée.

Question : Pourriez-vous expliquer plus en détail ?

Réponse : L'époque du Dharma correct commença le seizième jour du deuxième mois [16 février], le lendemain de la disparition du Bouddha. Le Vénérable* Mahakashyapa reçut la transmission des enseignements du Bouddha et les propagea pendant les premiers vingt ans ; cette tâche échut à Ananda, pendant les vingt ans suivants, puis à Shanavasa, à Upagupta et à Dhritaka pendant vingt ans chacun. Pendant ces cent ans, ne furent propagés hors de l'Inde que les enseignements du Hinayana exclusivement. Même le titre des sutras du Mahayana ne fut pas mentionné. Comment, par conséquent, le Sutra du Lotus aurait-il pu être propagé ?

Avec quatre ou cinq personnes Mikkaka, Ananda, Buddhamitra, Parshva et Punyayashas qui héritèrent de l'enseignement jusqu'à la fin de la première période de cinq cents ans après la disparition du Bouddha, les enseignements du Mahayana apparurent peu à peu mais ils ne furent pas propagés. Toute l'attention se portait sur les sutras du Hinayana. Voilà ce qui se produisit au cours de la première période de cinq cents ans que le Sutra Daijuku appelle l'ère de l'Eveil.

Dans la seconde partie de l'époque le Dharma correct, de six cents ans jusqu'à mille ans après la disparition de Shakyamuni, apparurent des personnes telles qu'Ashvaghosha, Kapimala, Nagarjuna, Aryadeva, Rahulata, Samghanandi, Samghayashas, Kumarata, Jayata, Vasubandhu, Manorhita, Haklena et Aryasimha. Il y eut là plus de dix maîtres qui commencèrent par étudier les enseignements non bouddhiques, étudièrent ensuite en profondeur les sutras du Hinayana, et, pour finir, se tournèrent vers les sutras du Mahayana et les utilisèrent pour réfuter et détruire les principes des sutras du Hinayana.

Mais, bien que ces grands bodhisattvas aient utilisé les sutras du Mahayana pour réfuter les sutras du Hinayana, ils n'ont pas clairement établi la supériorité du Sutra du Lotus sur les autres sutras du Mahayana. Et lorsqu'ils y firent parfois allusion, ils ne définirent pas de manière claire les dix principes mystiques de l'enseignement essentiel* et de l'enseignement théorique*, ni la possibilité d'atteindre la bodhéité pour les personnes des deux véhicules, ni le fait que le Bouddha parvint à l'Eveil dans un passé infini, ni le fait que le Sutra du Lotus soit le plus difficile à comprendre de tous les sutras qui précèdent ou qui suivent, ni les principes des cent mondes et des mille modalités de la vie qui sous-tendent le principe d'ichinen sanzen. Ils n'ont fait, pour ainsi dire, que montrer la lune du doigt ou aborder brièvement, dans certains passages, quelques points du Sutra du Lotus. Mais ils n'ont pas dit un seul mot concernant la cohérence du processus d'instruction du début jusqu'à la fin, la relation originelle entre maître et disciple, ou la possibilité de parvenir à l'Eveil (voir les trois normes). Tout cela correspond à la deuxième période de cinq cents ans après la disparition du Bouddha, à la fin de l'époque du Dharma correct que le Sutra Daijuku appelle l'ère de la méditation. Après les mille ans de l'époque du Dharma correct, le bouddhisme se répandit partout en Inde. Mais la plupart du temps le Hinayana fut préféré au Mahayana, les sutras provisoires obscurcirent et firent disparaître le Sutra de l'enseignement définitif (jikkyo). Une grande confusion régnait au sein du bouddhisme. Par conséquent, le nombre de personnes qui parvinrent à l'Eveil diminua considérablement tandis que d'innombrables autres, bien que pratiquant le bouddhisme, tombèrent dans les voies mauvaises.

Quinze ans après les mille ans de l'époque du Dharma correct, au début de l'époque du Dharma formel, le bouddhisme se propagea vers l'est et fut introduit en Chine. Pendant cent ans et plus, au cours de la première période de cinq cents ans de l'époque du Dharma formel, les enseignements bouddhiques venus d'Inde furent vigoureusement contestés par les maîtres taoïstes de Chine, sans qu'aucune vérité incontestable permette de les départager. Bien que parfois la question paraisse tranchée, la croyance de ceux qui adhéraient au bouddhisme n'était pas encore très profonde. S'il était apparu trop clairement que les enseignements sacrés du bouddhisme ne constituaient pas une doctrine unique mais qu'il fallait distinguer entre Mahayana et Hinayana, sutras provisoires et sutras définitifs, enseignements exotériques et ésotériques, cela aurait peut-être suscité des doutes et poussé certains à se tourner vers les enseignements non bouddhiques. C'est parce qu'ils redoutaient cela, peut-être, que les moines bouddhistes Kashyapa Matanga et Chu Fa-lan, bien que conscients de ces différences eux-mêmes, n'établirent pas de distinction entre Hinayana et Mahayana ni entre sutras définitifs et sutras provisoires lorsqu'ils introduisirent le bouddhisme en Chine.

Au cours des cinq dynasties qui suivirent, Wei (220 - 265), Jin (265 - 420), Qi (479 - 502), Song (420 - 479) et Liang (502 - 557), des polémiques s'élevèrent, au sein du bouddhisme, entre les écoles du Mahayana et celles du Hinayana, selon qu'elles s'appuyaient sur les sutras provisoires ou sur les sutras définitifs, sur les enseignements exotériques ou sur l'enseignement ésotérique, et il devint impossible de déterminer ce qui était correct. Par conséquent, nombreux furent ceux qui nourrirent des doutes, depuis l'empereur et les personnes de haut rang jusqu'aux gens de condition modeste.
Le bouddhisme se scinda ainsi en dix branches distinctes que l'on appelle les trois écoles de la Chine du Sud et les sept écoles de la Chine du Nord. Les écoles du Sud divisaient respectivement les enseignements du Bouddha en trois périodes, quatre périodes et cinq périodes ; tandis qu'au Nord on trouvait l'école des cinq périodes ; l'école des deux enseignements qui distingue entre formulation complète et formulation incomplète ; l'école des quatre enseignements ; l'école des cinq enseignements ; l'école des six enseignements ; l'école qui divise le Mahayana en deux catégories ; et enfin, l'école de "la voie unique".

Ainsi, chacune de ces écoles défendit ses propres principes et développa des notions en apparence aussi différentes que l'eau du feu. Pourtant, essentiellement, leur perspective était la même. Parmi les enseignements sacrés exposés par Shakyamuni de son vivant, elles plaçaient le Sutra Kegon* au premier rang, le Sutra du Nirvana, au deuxième, et au troisième, le Sutra du Lotus. Toutes ces écoles admettaient que par rapport au sutras Agama*, Hannya*, Vimalakirti et Shiyaku, le Sutra du Lotus était l'expression de la vérité, un "enseignement complet" énonçant des principes corrects. Mais elles maintenaient que, comparé au Sutra du Nirvana, il représentait un enseignement dont la vérité n'est pas éternelle, un sutra incomplet contenant certains principes erronés.

Entre la fin du quatrième centenaire et le début du cinquième centenaire après l'introduction, sous la dynastie des Han postérieurs, du bouddhisme en Chine, sous les dynasties Chen et Shui, vécut un jeune moine modeste du nom de Zhiyi* qui fut connu par la suite sous le nom de Grand-maître* Sage du Tian-tai. Il réfuta les enseignements erronés des écoles du Sud et du Nord, et établit clairement que, parmi les enseignements sacrés exposés par Shakyamuni de son vivant, le Sutra du Lotus est le plus élevé, que le Sutra du Nirvana occupe la deuxième place et le Sutra Kegon*, la troisième. Voilà ce qui se produisit au cours de la première période de cinq cents ans de l'époque du Dharma formel, celle que le Sutra Daijuku appelle l'ère de la lecture, de la récitation et de l'écoute. Dans la seconde période de cinq cents ans de l'époque du Dharma formel, sous le règne de l'empereur Taizong, au commencement de la dynastie Tang, le Savant-maître* Xuanzang se rendit en Inde, et, pendant dix-neuf ans, visita les temples et alla voir les stupa de près de cent trente royaumes. Il rencontra de nombreux maîtres bouddhistes et étudia tous les profonds principes contenus dans les douze catégories de sutras et les 80000 enseignements sacrés. Il rencontra ainsi deux écoles, Hosso et Sanron.

L'une d'elles, Hosso, disait que sa doctrine, du Mahayana, avait été enseignée, longtemps auparavant, par Maitreya et par Asanga, et, à une époque plus récente, par le Maître de la doctrine Shilabhadra. Ce dernier l'avait transmise à Xuanzang, qui l'introduisit en Chine et la transmit ensuite à l'empereur Tai-Zong.

Le coeur de cet enseignement de l'école Hosso réside dans l'affirmation que le bouddhisme doit tenir compte des capacités de ceux à qui il s'adresse. Si les gens ont la capacité de comprendre la doctrine du Véhicule unique, la doctrine des trois véhicules ne doit être qu'un moyen de les instruire et la doctrine du Véhicule unique est la seule voie véritable qui puisse les conduire à l'Eveil. Autrement dit à ce genre de personnes, le Sutra du Lotus doit être enseigné. Mais s'ils ont la capacité de comprendre la doctrine des trois véhicules, celle du Véhicule unique n'est qu'un moyen de les instruire et la doctrine des trois véhicules est la seule voie véritable qui puisse les conduire à l'Eveil. A ce genre de personnes, les sutras Jimmitsu* et Shrimala devraient être enseignés. Selon les tenants de l'école Hosso, c'est là un principe que le sage Zhiyi* n'a pas compris.

L'empereur Tang Taizhong fut un roi d'une grande sagesse dont le nom était connu dans le monde entier et dont la vertu dépassait, disait-on, celle des Trois Augustes et Cinq Empereurs de l'antiquité. Il régna non seulement sur toute la Chine, mais étendit son influence sur plus de mille huit cents royaumes étrangers depuis Gaochang
[à l'ouest] jusqu'à Koguryo [à l'est]. Il avait la réputation d'avoir maîtrisé les enseignements bouddhiques comme non bouddhiques. Puisque ce moine, Xuanzang, était celui qui avait converti ce roi sage, et parce qu'il bénéficiait plus que quiconque de sa confiance et de ses faveurs, aucun des maîtres de l'Ecole Tian-tai n'aurait osé risquer sa tête en le contredisant. Si bien que les principes véridiques du Sutra du Lotus furent négligés et oubliés dans le pays entier.

Sous les règnes du fils héritier de Tang Taizhong, l'empereur Tang Gaozhong, et de sa belle-mère, l'impératrice Wu, vécut un moine du nom de Fa-zang. Voyant l'Ecole Tian-tai attaquée par l'école Hosso, il se fit le champion du Sutra Kegon* que Zhiyi* avait précédemment réfuté et relégué à une place inférieure, et déclara que, parmi les enseignements exposés par Shakyamuni de son vivant, la première place revenait au Sutra Kegon*, la deuxième, au Sutra du Lotus, et la troisième au Sutra du Nirvana. Sous le règne de Xuanzhong, le quatrième successeur de Tang Taizhong, dans la quatrième année de l'ère Kai-yuan (716), le Savant-maître* Shubhakarasimha* arriva en Chine venant d'un pays de l'ouest, l'Inde, et dans la huitième année de la même ère (720), les Savants-maîtres* Vajrabodhi* et Amoghavajra* vinrent eux aussi d'Inde en Chine. Ils apportèrent avec eux les sutras Vairocana*, Sutra Kongocho et Soshitsuji, et fondèrent l'école Shingon. Cette école divise les enseignements bouddhiques en deux catégories : les enseignements exotériques de Shakyamuni, exposés dans les sutras Kegon*, dans le Sutra du Lotus et dans divers autres sutras, et les enseignements ésotériques de Vairocana, exposés dans le Sutra Vairocana* et divers autres sutras. Le Sutra du Lotus est le plus élevé des enseignements exotériques. Mais, même si ses principes essentiels [selon l'école Shingon] ressemblent à ceux de l'enseignement ésotérique du Sutra Vairocana*, parce que l'on n'y trouve pas la moindre allusion à la pratique des mudra et des mantra dharani*, ni aux Trois mystères, il est considéré comme "un enseignement incomplet".

Ainsi, toutes ces écoles citées plus haut, Hosso, Kegon et Shingon, se sont attaquées à l'école Tendai et aux enseignements du Sutra du Lotus. Mais, peut-être parce les adeptes de l'école Tendai n'avaient pas la sagesse de leur maître, tout en sachant que ces autres doctrines n'étaient pas fondées, aucun d'eux ne proposa de les réfuter dans un débat public, comme Zhiyi* l'avait fait. Par conséquent, tous, dans le pays, du souverain et ses ministres jusqu'au plus petit peuple, se sont écartés du véritable enseignement bouddhique, et la possibilité pour une personne ordinaire de parvenir à l'Eveil disparut. Cela correspond aux deux premiers siècles de la seconde période de cinq cents ans de l'époque du Dharma formel.

Quatre cents ans environ après le commencement de l'époque du Dharma formel, les sutras bouddhiques arrivèrent au Japon, en provenance du royaume de Paekche, ainsi qu'une statue en bois du Bouddha Shakyamuni, apportés par des moines et des nonnes. Cela correspond en Chine à la fin de la dynastie des Han postérieurs et au début de la dynastie Chen, époque où, au Japon, régnait l'empereur Kimmei, trentième souverain depuis l'empereur Jimmu.

Le fils de l'empereur Kimmei, le prince héritier Yomei, eut pour fils le prince Jogu qui non seulement propagea le bouddhisme, mais alla même jusqu'à désigner le Sutra du Lotus, le Sutra Vimalakirti et le Sutra Shrimala comme les textes qui assureraient la protection de l'État. Par la suite, sous le règne du trente-septième souverain, l'empereur Kotoku, les enseignements des écoles Sanron et Jojitsu furent introduits au Japon par Kanroku, un moine de Paekche. A la même époque, le moine Dosho, après avoir été en Chine, transmit les enseignements des écoles Hosso et Kusha.

Sous le règne de l'impératrice Gensho, quarante-quatrième souverain, un moine venu d'Inde, du nom de Shubhakarasimha*, introduisit le Sutra Vairocana* au Japon mais retourna en Chine où il résidait sans l'avoir propagé.

Sous le règne de l'empereur Shomu, le quarante-cinquième souverain, l'école Kegon fut introduite, en provenance du royaume coréen de Silla par un moine de grande vertu appelé le Précepteur Shinjo. Le supérieur des moines, Ryoben, les transmit à l'empereur Shomu. Il contribua aussi à faire ériger la grande statue de bouddha [Vairocana] du temple Todai-ji.

Sous le règne du même empereur, le moine Ganjin vint de Chine, apportant avec lui l'enseignement des écoles Tendai et Ritsu. Il propagea l'enseignement de l'école Ritsu et fit construire le sanctuaire du Hinayana au Todai-ji, mais mourut sans avoir mentionné une seule fois le nom de l'école Hokke.

Puis, sous le règne du cinquantième souverain, l'empereur Kammu, huit cents ans après le début de l'époque du Dharma formel, apparut un jeune moine appelé Saicho*, qui serait connu plus tard sous le nom de Grand-maître* Dengyo. Il étudia tout d'abord les enseignements des six écoles Sanron, Hosso, Kegon, Kusha, Jojitsu, Ritsu, ainsi que le Zen sous la direction du moine Gyoho et d'autres. Par la suite, il fit construire le temple Kokucho-ji, appelé plus tard Hiei-san. Là, il fit une étude comparative rigoureuse des principaux sutras de ces six écoles ainsi que des traités et des commentaires de leurs maîtres. Il découvrit de nombreuses différences entre les commentaires des maîtres de ces écoles et les sutras et traités sur lesquels ils s'appuyaient, ainsi que quantité d'interprétations arbitraires. Il devint clair à ses yeux que ceux qui croiraient de tels enseignements tomberaient tous dans les voies mauvaises. De plus, bien que chacun des maîtres de ces écoles prétende avoir saisi le véritable sens du Sutra du Lotus et s'enorgueillisse de sa propre interprétation, aucun d'eux ne l'avait correctement compris. Saicho* sentit que, s'il déclarait cela ouvertement, il créerait inévitablement des conflits mais que, s'il se taisait, il trahirait le voeu du Bouddha. Cette pensée lui était désagréable et il hésita longtemps. Finalement, craignant d'aller à l'encontre des injonctions du Bouddha, il présenta des remontrances à l'empereur Kammu.

L'empereur, stupéfait, convoqua les maîtres de ces six écoles et leur ordonna d'organiser un débat. Au début, l'orgueil de ces maîtres était comme un étendard brandi aussi haut que le sommet des montagnes et leurs pensées mauvaises étaient aussi empoisonnées que la morsure d'un serpent venimeux. Mais, finalement, ils furent contraints de s'incliner et d'avouer leur défaite en présence de l'empereur ; et tous les adeptes des six écoles et des sept temples principaux de Nara devinrent les disciples de Saicho*.

Ce fut comme ce qui s'était passé en Chine, lorsque les maîtres des écoles bouddhiques du Sud et du Nord, après avoir été vaincus dans un débat, au palais de la dynastie Chen, par le Grand-maître* Zhiyi*, devinrent ses disciples. Mais des trois disciplines Zhiyi* n'avait utilisé que la méditation parfaite et la sagesse parfaite. Le Grand-maître* Saicho* fit plus. Il réfuta les principes spécifiques du Hinayana pour la réception des préceptes [que Zhiyi* avait omis de contester], et conféra, à huit maîtres de ces six écoles (note), l'ordination spécifique du Mahayana telle qu'elle est décrite dans le Sutra Bonmo. De plus, il fit construire au Mont Hiei un sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes qui conduisent à l'Eveil complet et immédiat du Sutra du Lotus. Ainsi, l'ordination spécifique selon les préceptes conduisant à l'Eveil complet et immédiat conféré dans ce sanctuaire d'Enryaku-ji fut non seulement la plus importante cérémonie au Japon mais une grande cérémonie d'ordination en accord avec les préceptes enseignés au Pic du Vautour comme il n'y en avait jamais eu en Inde, en Chine ou en quelque lieu du monde que ce soit, au cours des mille huit cents années ou plus écoulées depuis la disparition du Bouddha. Cette cérémonie fut pour la première fois instaurée au Japon.

Par conséquent si nous voulons comparer leurs mérites, nous pouvons dire que le Grand-maître* Saicho*, par l'ampleur de la tâche qu'il accomplit, surpassa Nagarjuna et Vasubandhu, et fut plus sage encore que Zhiyi* et Zhanlan*. S'il en est ainsi, comment, à notre époque au Japon, les moines des temples To-ji, Onjo-ji ou des sept grands temples et les adeptes des huit écoles et du Shingon, Zen ou Ritsu, peuvent-ils transgresser les préceptes parfaits du Grand-maître* Saicho*  ? Les moines des neuf régions de Chine devinrent les disciples de Zhiyi*, et adoptèrent les principes de méditation parfaite et de sagesse parfaite qu'il enseignait. Mais puisque aucun kaidan pour conférer universellement l'ordination qui mène à l'Eveil parfait et immédiat n'avait été construit en Chine, certains auraient pu ne pas le suivre dans ce domaine des préceptes. Par contre, au Japon, puisque Saicho* établit un tel sanctuaire, ceux qui ne suivent pas le Grand-maître* Saicho* ne peuvent être considérés que comme des non bouddhistes et des personnes mauvaises.

Le Grand-maître* [Saicho*] savait parfaitement laquelle des deux écoles nouvellement introduites de Chine au Japon, Tendai ou Shingon, était supérieure à l'autre. Mais il ne le démontra pas au cours d'un débat public comme il l'avait fait pour établir la supériorité du Tendai sur les six écoles plus anciennes. Pour cette raison peut-être, après la disparition du Grand-maître* Saicho*, les moines du To-ji, des sept temples de Nara, du Onjo-ji aussi bien que des autres temples du Japon tout entier proclamèrent l'école Shingon supérieure à l'école Tendai, et tous, des personnes du plus haut rang jusqu'à celles dont la condition était la plus modeste, en furent persuadés.

Ainsi le véritable esprit de l'école Tendai-Hokke ne fleurit véritablement que du vivant du Grand-maître* Saicho*. Saicho* vécut à la fin de l'époque du Dharma formel, dans la période qui correspond à ce que le Sutra Daijuku appelle l'ère de la construction des temples et des stupas. Le temps n'était pas encore arrivé où "parmi les adeptes de mes enseignements, il y aura des conflits et des disputes et le Dharma pur sera obscurci et perdu".

Il ne s'est pas écoulé plus de deux cents ans depuis que nous sommes entrés dans l'époque des Derniers jours du Dharma, dans la période que le Sutra Daijuku décrit comme celle où "des conflits s'élèveront parmi les adeptes de mon enseignement et le Dharma pur sera obscurci et perdu". Si les mots du Bouddha sont véridiques, c'est le moment où inévitablement luttes et conflits vont faire rage dans le monde entier.

Des rapports nous parviennent disant que la Chine tout entière, ses 360 provinces et 260 régions, a déjà été conquise par l'empire mongol. La capitale chinoise est déjà prise et les deux souverains Hui-zong et Qin-zong, faits prisonniers par les barbares du Nord, sont morts en Tartarie. Si bien que le petit-fils de Hui-zong, l'empereur Gao-zong a du quitter la capitale du Nord et se réfugier en province, établissant temporairement son palais à Lin-an, et n'a pas revu sa capitale depuis plusieurs années.

En outre, les six cents et quelques provinces de Koryo, ainsi que les États de Silla et de Paekche ont déjà tous été conquis par le grand empire mongol, et de la même manière les Mongols ont attaqué jusqu'aux îles d'Iki, de Tsushima et de Tsukushi au Japon. Ainsi, la prédiction du Bouddha concernant la venue d'une époque de luttes et de conflits ne s'est absolument pas révélée fausse. C'est comme le flux et le reflux de l'océan qui ne manquent jamais de se produire, le moment venu.

Lorsque l'on constate cela, il ne fait aucun doute qu'après la disparition du Dharma pur annoncée dans le Sutra Daijuku, le Grand Dharma pur du Sutra du Lotus se propagera largement, partout au Japon et dans tous les pays du monde.

Parmi les divers enseignements du bouddha, le Sutra Daijuku ne représente rien de plus qu'une exposition des principes du Mahayana provisoire*. Pour ce qui est d'enseigner la voie qui libère des souffrances de la naissance et de la mort, il appartient à la période où le Bouddha n'a "pas encore révélé la vérité" (note) et ne peut donc pas conduire à l'Eveil ceux qui n'ont jamais formé de lien par le passé avec le Sutra du Lotus. Pourtant, en ce qui concerne les six voies, les quatre formes de naissance et les trois phases de la vie, tout ce qu'il énonce est exact et sans la moindre erreur.

Par conséquent, comment pourrait-il y avoir la moindre erreur dans le Sutra du Lotus, alors que Shakyamuni y affirme qu'il va "maintenant révéler la vérité"  ? (réf.) Le bouddha Taho confirma qu'il disait la vérité et les bouddhas des dix directions tirèrent leurs longues et larges langues jusqu'au Séjour de Brahma en guise de témoignage. Et le Bouddha Shakyamuni lui-même tira une langue qui n'avait jamais dit le moindre mensonge jusqu'à ce qu'elle atteigne le Ciel Akanishtha. Il déclara que dans la cinquième période de cinq cents ans [après sa disparition], au moment où les enseignements bouddhiques seraient sur le point de disparaître, le bodhisattva Jogyo apparaîtrait avec les cinq caractères de Myoho Renge Kyo, et les administrerait, comme un remède bénéfique à des lépreux, aux icchantika et à ceux qui s'opposent au Dharma. Et il demanda à Bonten, à Taishaku, aux divinités Nitten et Gatten, aux quatre Rois du Ciel, aux dragons et à d'autres divinités d'accorder leur protection à ce bodhisattva. Comment ces paroles d'or pourraient-elles être mensongères  ? Même si la terre immense devait basculer, si la plus haute montagne devait s'effondrer, si l'été ne succédait plus au printemps, si le soleil repartait vers l'est ou si la lune s'écrasait sur la terre, cette prédiction ne pourrait manquer de se réaliser.

S'il en est ainsi, en cette époque de "luttes et conflits", comment le souverain, ses ministres et le peuple entier du Japon pourraient-ils espérer être en sécurité, alors qu'ils calomnient ou insultent l'envoyé du Bouddha qui s'efforce de propager l'enseignement de Namu Myoho Renge Kyo, le condamnant à l'exil, l'attaquant et le frappant, ou harcelant ses disciples et adeptes  ? En m'entendant parler ainsi, les ignorants penseront sans doute que je ne fais que prononcer une malédiction à l'encontre de mes ennemis, mais ce n'est pas le cas.

Une personne qui propage le Sutra du Lotus est le père et la mère de tous les habitants du Japon. Car, comme l'a dit le Grand-maître* Guanding* : "Permettre à quelqu'un qui offense le Dharma de se libérer du mal, c'est remplir à son égard la fonction de parent." Par conséquent, moi, Nichiren, je suis le père et la mère de l'actuel empereur, le maître et le seigneur des adeptes du Nembutsu, du Zen et des moines du Shingon.

Et pourtant, tous, des personnes les plus haut placées aux plus humbles, ressentent de l'hostilité à mon égard. Comment, alors, le soleil et la lune peuvent-ils continuer à briller sur leur tête, et comment les divinités de la terre peuvent-elles se laisser tranquillement fouler par leurs pieds  ? Lorsque Devadatta frappa le Bouddha, la terre trembla et des flammes en sortirent. Lorsque le roi Dammira décapita le vénérable Aryashima, sa main droite qui tenait le sabre se détacha et tomba à terre. L'empereur Hui-zong fit marquer au visage le moine Fa-dao et l'exila au sud du fleuve Yangzi, et, moins de six mois plus tard, il fut fait prisonnier et emmené par les barbares. Aujourd'hui, les présentes attaques des Mongols se produisent pour les mêmes raisons. Même si l'on rassemblait autant de soldats qu'on en peut trouver dans les cinq régions de l'Inde, et si l'on construisait une forteresse  [Tetsusshi] dans la montagne de la Roue de fer  [qui marque les frontières du Jambudvipa], cela ne servirait à rien. Toute la population du Japon subira inévitablement le désastre de la guerre.

Devant une telle situation, on devrait clairement comprendre que Nichiren est bien le Pratiquant du Sutra du Lotus. Le Bouddha Shakyamuni déclara qu'à l'époque mauvaise des Derniers jours du Dharma, si quelqu'un maltraitait ou insultait les personnes qui propagent le Sutra du Lotus, il commettrait un crime cent, mille, dix mille, cent millions de fois plus grave que celui qui hait le Bouddha pendant toute la durée d'un kalpa. Pourtant, de nos jours, au Japon, attachés à leurs préjugés, le souverain aussi bien que les personnes ordinaires me haïssent encore plus intensément qu'ils haïraient les ennemis de leur père et mère, ou leur ennemi juré depuis des existences passées, et m'attaquent plus farouchement que si j'étais un traître ou un meurtrier. Je me demande pourquoi la terre ne s'ouvre pas pour les engloutir vivants ou pourquoi le tonnerre et les éclairs ne tombent pas du ciel pour les foudroyer !

Est-ce parce que après tout Nichiren n'est pas le Pratiquant du Sutra du Lotus  ? Dans ce cas, quel sort misérable est le mien  ! Quelle épouvantable condition, dans cette vie, que d'être attaqué par tous sans connaître un instant de répit, et, dans la vie suivante, de tomber dans les voies mauvaises  ! Mais, si en réalité Nichiren n'était pas le Pratiquant du Sutra du Lotus, qui serait donc le défenseur du Véhicule unique, l'enseignement du Sutra du Lotus ?

Est-ce que des personnages comme Honen, qui a déclaré qu'il fallait abandonner le Sutra du Lotus, Shan Dao qui a affirmé : "Pas une personne sur mille ne pourra parvenir à l'Eveil avec ce Sutra "(réf.), ou Daochuo qui a dit "Pas une seule personne sur cent n'a jamais atteint l'Eveil grâce à ce Sutra"(réf.) sont les Pratiquants du Sutra du Lotus ?

Kukai* déclara que pratiquer l'enseignement du Sutra du Lotus revenait à suivre une théorie puérile. Se pourrait-il que ce soit lui, le Pratiquant du Sutra du Lotus ?

Le Sutra parle de "la personne qui a la force de pratiquer ce Sutra"(réf.) et de "la personne capable de l'enseigner."(réf.) Que signifie "capable de l'enseigner"  ? Cela ne désigne-t-il pas celui qui affirmera, comme il est dit dans un passage du Sutra lui-même : "De tous les sutras, c'est le plus élevé"(réf.) et qui proclamera, comme le Sutra l'enseigne, la supériorité du Sutra du Lotus sur les sutras Vairocana*, Kegon*, du Nirvana, Hannya* et autres  ? N'est-ce pas celui-là que le Sutra désigne comme "le Pratiquant du Sutra du Lotus"  ? S'il faut en croire ces passages du Sutra, en plus de sept cents ans, depuis l'introduction du bouddhisme au Japon, à l'exception du Grand-maître* Saicho* et de moi Nichiren, il n'y a pas eu un seul pratiquant du Sutra du Lotus.

Je me suis demandé pourquoi les prédictions de rétributions négatives dans le Sutra, "la tête brisée en sept morceaux"(réf.) et "incapable d'ouvrir la bouche"(réf.) ne se sont pas réalisées. J'en comprends maintenant la raison. Ce ne sont que des rétributions légères dues à l'opposition d'une ou deux personnes seulement. Mais Nichiren est le plus grand pratiquant du Sutra du Lotus dans le monde entier. Par conséquent ceux qui s'allient avec mes calomniateurs et mes ennemis ne manqueront pas de connaître les plus graves difficultés du monde, telles que le grand séisme qui secoua tout le Japon à l'ère Shoka [1257] ou l'apparition de la grande comète à l'ère Bun'ei qui constitua une punition pour le pays tout entier. Réfléchissez bien à cela  ! Depuis la disparition du Bouddha, d'autres pratiquants du bouddhisme ont été traités avec hostilité, mais on n'a jamais entendu parler de désastres d'une telle gravité. C'est parce que personne n'avait encore exhorté tous les êtres humains à réciter Namu Myoho Renge Kyo  ! Qui, dans le monde entier, pourrait, sur ce point prétendre qu'il est mon égal  ? Qui, dans les quatre mers, pourrait soutenir la comparaison avec moi ?

Question : A l'époque du Dharma correct, les capacités des gens étaient peut-être inférieures à celles des contemporains du Bouddha. Mais elles étaient probablement très supérieures à celles des gens qui vécurent et vivent aux époques du Dharma formel et des Derniers jours du Dharma. Comment, dans ce cas, pouvez-vous dire qu'au début de l'époque du Dharma correct le Sutra du Lotus n'a pas été enseigné  ? C'est au cours des mille ans de l'époque du Dharma correct que des hommes comme Ashvaghosha, Nagarjuna, Aryadeva, Asanga, sont apparus. Le bodhisattva Vasubandhu enseigna la doctrine et fut appelé "l'auteur de mille ouvrages". Il écrivit le Hokke Ron, commentaires sur le Sutra du Lotus qui établissent que c'est le plus important de tous les sutras. Le moine lettré Paramartha en décrivant la transmission du Sutra du Lotus déclara (note) qu'il y eut, en Inde, plus de cinquante personnes qui propagèrent le Sutra du Lotus et que Vasubandhu est l'un d'eux. Voilà ce qui se produisit durant la période du Dharma correct.

Si nous nous intéressons maintenant à l'époque du Dharma formel qui suivit, nous voyons que le Grand-maître* Zhiyi* apparut en Chine vers le milieu de cette période et écrivit le Hokke Gengi, le Hokke Mongu* et le Maka Shikan en trente volumes, ouvrages dans lesquels il étudia en profondeur le Sutra du Lotus. A la fin de l'époque du Dharma formel, le Grand-maître* Saicho* apparut au Japon. Non seulement il propagea dans notre pays la sagesse parfaite et la méditation parfaite enseignées par le Grand-maître* Zhiyi*, mais il fit également construire au Mont Hiei le grand sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes qui mènent à l'Eveil parfait et immédiat. Ainsi, les préceptes parfaits ont été connus du Japon tout entier, et tous, des personnes les plus haut placées aux plus modestes, ont considéré le temple Enrakyu-ji du Mont Hiei comme leur guide et leur maître. Comment, alors, pouvez-vous dire que le Sutra du Lotus n'a pas été largement enseigné et propagé à l'étranger à l'époque du Dharma formel ?

Réponse : Les lettrés de notre temps pensent généralement que les enseignements du Bouddha sont exposés invariablement en fonction des capacités de ceux qui l'écoutent, mais, en fait, ce n'est pas véritablement ce qu'enseigne le Bouddha. S'il était vrai qu'il faille enseigner les doctrines les plus élevées aux personnes dotées des plus grandes capacités de sagesse, pourquoi Shakyamuni n'a-t-il pas enseigné le Sutra du Lotus immédiatement après avoir atteint l'Eveil   ? Pourquoi, au cours des cinq cents premières années de l'époque du Dharma correct les sutras du Mahayana n'ont-ils pas été largement propagés  ? S'il était vrai que les Dharmas les plus élevés sont enseignés à ceux qui ont un lien particulier avec le Bouddha, pourquoi Shakyamuni aurait-il exposé le Sutra Kambutsu Zammai au roi Shuddhodana, son père, et le Sutra Maya à la reine Maya, sa mère, et non le Sutra du Lotus  ? Et, à l'inverse si les doctrines secrètes ne devaient jamais être enseignées aux personnes mauvaises qui n'ont aucun lien avec le Bouddha ni à celles qui s'opposent au Dharma, pourquoi le moine Kakutoku aurait-il transmis le Sutra du Nirvana à d'innombrables moines ayant transgressé les préceptes  ? Pourquoi le bodhisattva Fukyo se serait-il adressé aux quatre congrégations qui dénigraient le Sutra et aurait-il propagé parmi eux le Sutra du Lotus ?

Par conséquent, c'est une grande erreur d'affirmer qu'il faut toujours enseigner le Dharma en fonction des capacités de ceux qui écoutent.

Question : Est-ce à dire que Nagarjuna, Vasubandhu et d'autres n'ont pas enseigné les véritables principes du Sutra du Lotus ?

Réponse : C'est exact. Ils ne l'ont pas fait.

Question : Quel enseignement ont-ils donc propagé ?

Réponse : Ils ont enseigné les sutras du Mahayana provisoire*, divers enseignements ésotériques comme exotériques, tels que les sutras Kegon*, Hodo*, Hannya*, et Vairocana*, mais ils n'ont pas exposé les principes du Sutra du Lotus.

Question : Sur quelles preuves vous appuyez-vous ?

Réponse : Les traités écrits par le bodhisattva Nagarjuna comportent près de trois cent mille vers, mais tous n'ont pas été transmis en Chine et au Japon. Il est donc difficile de comprendre la vraie nature de son enseignement. Toutefois, en étudiant les ouvrages parvenus en Chine, comme le Jujubibasha Ron, le Chu Ron et le Daichido Ron, on peut penser que les traités restés en Inde sont sensiblement identiques.

Question : Ne pourrait-il y avoir, parmi les commentaires restés en Inde, certains traités supérieurs à ceux qui furent transmis à l'extérieur, en Chine ?

Réponse : En ce qui concerne le bodhisattva Nagarjuna, je n'ai pas besoin d'exprimer mon opinion personnelle. Car le Bouddha lui-même a prédit que, après sa disparition, un bodhisattva du nom de Nagarjuna apparaîtrait dans le sud de l'Inde et que l'essentiel de ses enseignements se trouverait dans un traité intitulé Chu Ron. (note)

Telle fut la prédiction du Bouddha. Et nous constatons que par la suite, soixante-dix maîtres poursuivirent la lignée de Nagarjuna, tous des Maîtres de doctrine*. Chacun de ces soixante-dix maîtres appuya son enseignement sur le Chu Ron. Le Chu Ron est un ouvrage en quatre volumes composant vingt-sept chapitres, et l'essentiel de son enseignement consiste en une strophe de quatre vers (note) énonçant que tous les phénomènes sont, à l'origine, interdépendants. Cette strophe de quatre vers résume les Quatre Enseignements et la Triple Explication comme on les trouve dans les sutras Kegon* et Hannya et autres sutras provisoires, mais elle n'énonce pas la Triple Explication telle que la définit le Sutra du Lotus.

Question : D'autres personnes partagent-elles votre avis sur ce point ?

Réponse : Zhiyi* écrivit : "Il est vain de comparer le Chu Ron avec les enseignements du Sutra du Lotus."(réf.) Et ailleurs encore : "Vasubandhu et Nagarjuna perçurent clairement la vérité dans leur coeur mais ne l'enseignèrent pas. Exposant plutôt les enseignements du Mahayana provisoire*, ils agirent en fonction du temps."(réf.) Zhanlan* fit remarquer  : "Pour réfuter les conceptions erronées et pour établir la vérité le Chu Ron n'est en rien comparable au Sutra du Lotus."(réf.) Et Congyi* déclara  : "Nagarjuna et Vasubandhu ne soutiennent pas la comparaison avec Zhiyi*."

Question : A la fin de la dynastie Tang, le grand lettré Amoghavajra* introduisit en Chine un traité en un seul volume intitulé Bodaishin Ron qu'il présenta comme l'oeuvre du bodhisattva Nagarjuna. Le Grand-maître* Kukai* a dit à ce propos  : "Ce traité est le coeur même des mille ouvrages de Nagarjuna."(réf.) Que pensez-vous de cela ?

Réponse : Ce traité comporte sept feuilles et de nombreux passages qu'il semble impossible d'attribuer à Nagarjuna. C'est pourquoi, dans les catalogues des textes bouddhiques, cet ouvrage est attribué tantôt à Nagarjuna, tantot à Amoghavajra*. L'auteur n'en a jamais été précisément déterminé. De plus, ce traité ne prend pas en compte tous les enseignements de Shakyamuni et il comprend de nombreuses affirmations inexactes. A commencer par la phrase qui prétend que : "Seul l'enseignement du Shingon peut conduire à la bodhéité." C'est une erreur, puisque cela nie la possibilité d'atteindre la bodhéité sans changer d'apparence grâce aux enseignements du Sutra du Lotus, un fait largement établi par les preuves scripturales aussi bien que par des événements concrets. (note) Et cela implique qu'il est impossible d'atteindre la bodhéité sans changer d'apparence grâce aux enseignements du Shingon, sans la moindre preuve littérale ou preuve factuelle pour soutenir cette assertion. Le mot "seul" dans l'affirmation que seul l'enseignement du Shingon peut conduire à la bodhéité est de toutes l'erreur la plus grave.

Il semble bien, en examinant les faits, que ce fut Amoghavajra* lui-même qui écrivit cet ouvrage, et qu'il prétendit que Nagarjuna en était l'auteur afin que les gens de son époque lui accordent plus de sérieux.

De plus, Amoghavajra* commit de nombreuses erreurs. Par exemple, dans sa traduction intitulée Kanchi Giki qui traite du Sutra du Lotus, il identifie le bouddha du chapitre Juryo* (XVI) au bouddha Amida, ce qui est une distorsion flagrante. Il prétend aussi qu'il faut placer le chapitre Darani* (XXVI), immédiatement après le chapitre Jinriki* (XXI) et il place le chapitre Zokurui* (XXII) à la fin du Sutra, erreurs si énormes qu'elles ne méritent même pas d'être discutées.

Et ce n'est pas tout. Il vola les préceptes du Mahayana de l'école Tendai, et, appuyé par un décret de l'empereur Tai-Zong, les instaura dans les cinq temples du Mont Wu-tai. Il déclara aussi que, pour classifier les enseignements, l'école Shingon devrait emprunter elle-aussi la classification utilisée par l'école Tendai. De manière générale, il multiplia les falsifications. Les traductions des sutras ou des traités faits par d'autres sont peut-être utilisables mais celles de Amoghavajra* ne sont absolument pas fiables.

En tenant compte à la fois des anciennes et des nouvelles traductions, 186 personnes ont introduit d'Inde en Chine des sutras ou des traités soit en en transmettant le sens, soit en les traduisant à la lettre. A une seule exception près, le Savant-maître* Kumarajiva, tous ces traducteurs ont commis des erreurs et Amoghavajra* en a fait de très nombreuses. Son intention délibérée de tromper les autres est évidente.

Question : Comment pouvez-vous affirmer que, à l'exception de Kumarajiva, tous les autres traducteurs ont fait des erreurs  ? Voulez-vous non seulement détruire le Zen, le Nembutsu, le Shingon et les autres des sept principales écoles, mais encore discréditer les ouvrages de tous les traducteurs de Chine et du Japon ?

Réponse : C'est une chose que je voudrais garder extrêmement secrète et dont je préférerais ne parler qu'en tête à tête. Je vais quand même donner ici quelques explications. Kumarajiva lui-même a dit : "En étudiant tous les sutras utilisés en Chine, je vois qu'ils s'écartent tous du sens de l'original en sanskrit. Comment pourrais-je faire comprendre cela aux autres ? Je n'ai qu'un grand voeu. Mon corps n'est pas pur, puisque j'ai pris femme. Mais ma langue, elle, est absolument pure, et j'ai décidé qu'elle le resterait en ne prononçant jamais le moindre mensonge concernant le bouddhisme. Après ma mort, il faudra m'incinérer. Si, à ce moment-là, ma langue est consumée par les flammes, vous pourrez rejeter ma traduction des sutras."(réf.) Il répétait très souvent cela lorsqu'il donnait des cours. Au point que tous, du souverain jusqu'au dernier de ses sujets, souhaitaient ne pas mourir avant Kumarajiva afin de voir ce qui se passerait.

Le jour vint où Kumarajiva mourut, et, lorsqu'il fut incinéré, son corps impur se réduisit entièrement en cendres. Seule sa langue demeura, posée sur un lotus bleu qui était apparu au milieu des flammes. D'elle partirent des rayons de cinq couleurs différentes, assez intenses pour changer la nuit en jour ou, pour éclipser, en plein jour, la lumière du soleil. Voilà pourquoi les sutras traduits par d'autres furent de moins en moins estimés et les sutras traduits par Kumarajiva, en particulier sa traduction du Sutra du Lotus, se répandirent rapidement dans toute la Chine.

Question : Tout cela est peut-être vrai pour les traducteurs qui vécurent à l'époque de Kumarajiva et avant, mais pourquoi ceux qui vécurent après lui, comme Shubhakarasimha* et Amoghavajra*, auraient-ils, eux aussi, commis des erreurs ?

Réponse : Pour ce qui est des traducteurs qui vécurent après lui, si leur langue a brûlé lors de leur incinération, c'est la preuve qu'ils avaient commis des erreurs. Ainsi, l'école Hosso fut un temps florissante au Japon. Mais le Grand-maître* Saicho* l'a réfutée en faisant remarquer que, si la langue de Kumarajiva n'avait pas brûlé, celle de Xuanzang et celle de Cien avaient été réduites en cendres avec le reste de leur corps. Impressionné par cet argument, l'empereur Kammu se convertit à l'école Tendai-Hokke.

Il était prédit, dans les troisième et neuvième volumes du Sutra du Nirvana, que lorsque les enseignements bouddhiques quitteraient l'Inde pour être transmis dans d'autres pays de nombreuses erreurs y seraient introduites et qu'il serait d'autant plus difficile, pour les personnes ordinaires, de parvenir à l'Eveil. Le Grand-maître* Zhanlan* fit remarquer : "Que les enseignements soient correctement compris ou non dépend des personnes qui les transmettent. Cela n'est pas déterminé par les propos originels du Sage."(réf.)

Ce passage indique que, même si les gens d'aujourd'hui prient pour leur vie prochaine en respectant fidèlement un sutra, si ce sutra est un sutra erroné, ils ne pourront jamais atteindre la bodhéité, mais la faute n'en est pas imputable au Bouddha.

Pour la pratique et l'étude du bouddhisme, une fois admise la nécessité d'établir la distinction entre Mahayana et Hinayana, entre sutras définitifs et sutras provisoires, et entre enseignement exotérique et ésotérique, ce point est le plus important.

Question : Ainsi, selon vous pendant les mille ans de l'époque du Dharma correct, les maîtres bouddhistes étaient intérieurement convaincus de la supériorité de l'enseignement véridique du Sutra du Lotus sur tous les autres sutras, ésotériques ou exotériques, mais ils ne l'ont pas fait savoir, se contentant de propager les doctrines du Mahayana provisoire*. Cela me paraît difficile à admettre mais je crois comprendre ce que vous dites.

Vers le milieu des mille ans de l'époque du Dharma formel, le Grand-maître* Zhiyi* apparut. Dans les dix volumes ou mille feuilles du Hokke Gengi, il définit en détail le sens du Titre, les cinq caractères Myoho Renge Kyo. Dans son Hokke Mongu* en dix volumes, il commenta chaque mot et chaque phrase du Sutra depuis les premiers mots "Ainsi ai-je entendu..." jusqu'aux tout derniers "Ils s'inclinèrent et prirent congé". Il les interpréta en fonction de quatre critères, c'est-à-dire en étudiant les causes et les circonstances, les enseignements corollaires, les enseignements théoriques* et essentiel* et l'observation du coeur, y consacrant à nouveau mille feuilles.

Dans les vingt volumes que constituent ses deux ouvrages Hokke Gengi et Hokke Mongu*, Zhiyi* a comparé tous les autres sutras à des rivières et le Sutra du Lotus au grand océan. Il a démontré que l'eau de tous les enseignements bouddhiques de tous les mondes des dix directions, sans qu'une seule goutte en soit perdue, coule dans cette mer immense de Myoho Renge Kyo. De plus, il étudia toutes les doctrines des grands maîtres de l'Inde sans omettre un seul point, ainsi que les doctrines des Dix Maîtres du Sud et du Nord de la Chine, en réfutant ce qu'il y avait à réfuter et en se servant de ce qui était utilisable. En plus des ouvrages mentionnés plus haut, il écrivit encore le Maka Shikan en dix volumes, ouvrage dans lequel, résumant tous les enseignements sur la méditation donnés par Shakyamuni de son vivant, il formula le principe d'ichinen, et appréhenda toutes les entités vivantes et leur environnement dans les dix mondes-états par le concept de sanzen [trois mille mondes]. Par ses qualités, cet écrit de Zhiyi* surpasse ceux de tous les Maîtres de doctrine* qui vécurent en Inde pendant les mille ans de l'époque du Dharma correct, dans un passé lointain, et il est supérieur aussi, dans un passé plus proche, aux commentaires des maîtres qui vécurent en Chine dans les cinq cents années qui précédèrent.

C'est pourquoi le Grand-maître* Ji-zang, de l'école Sanron dans une de ses lettres, exhorta des centaines de maîtres et de bienfaiteurs des écoles du Sud et du Nord de la Chine à assister aux cours du Grand-maître* Zhiyi* sur les sutras. "Ce qui ne se produit qu'une fois tous les mille ans, ce qui ne se produit qu'une fois tous les cinq cents ans se produit concrètement aujourd'hui", (note) écrivit-il dans cette exhortation. Par le passé Huisi, avec sa forme supérieure de sagesse, Zhiyi*, avec sa philosophie clairvoyante, ont reçu et pratiqué le Sutra du Lotus par la pensée, la parole et l'action, et, aujourd'hui, ils sont apparus à nouveau comme deux maîtres honorés. Ils n'ont pas seulement fait couler le doux nectar d'amrita en Chine, ils ont aussi fait résonner le tambour du Dharma jusqu'en Inde. Ils possèdent une compréhension innée du Dharma merveilleux depuis leur naissance, et leurs commentaires sur les textes sacrés n'ont pas d'équivalent depuis l'époque des dynasties Wei et Jin. C'est pourquoi je souhaite me rendre, avec plus de cent moines pratiquant la méditation auprès du Grand-maître* sage* et le supplier de nous permettre de l'écouter."

Le maître des préceptes Daoxuan du Mont Zhong-nan a fait l'éloge du Grand-maître* Zhiyi* en disant : "Sa connaissance profonde du Sutra du Lotus est comme le soleil de midi éclairant les plus sombres vallées ; il expose les principes du Mahayana avec autant de liberté qu'un grand vent balayant le ciel. Même si les plus grands lettrés se réunissaient par milliers pour s'efforcer de transcrire ses cours merveilleux, ils ne pourraient pas entièrement les comprendre... Ses principes sont aussi clairs qu'un index pointé vers la lune... et tous ses mots découlent essentiellement de la vérité suprême."(réf.) Le Grand-maître* Fa-zang, de l'école Kegon, fait l'éloge de Zhiyi* en disant : "Huisi et Zhiyi* se sont intuitivement éveillés à la vérité et sont déjà parvenus à la première* des dix étapes de sécurité* dans la pratique des bodhisattvas. Ils se souviennent du Dharma tel qu'il leur fut enseigné au Pic du Vautour et l'exposent de la même manière aujourd'hui."(réf.)

Un récit a été fait de la manière dont Amoghavajra*, de l'école Shingon, et son disciple Hanguang, abandonnèrent l'enseignement de l'école Shingon pour devenir des disciples du Grand-maître* Zhiyi*. "On lit dans le Koso Den [Biographies de moines éminents] : "Quand [Hanguang], en compagnie d'Amoghavajra*, voyageait en Inde, un moine lui posa la question : "En Chine, il y a les enseignements de Zhiyi* qui permettent de faire la distinction entre ce qui est erroné de ce qui est correct, et d'élucider la différence entre les enseignements incomplets et parfaits. Ne serait-il pas bon de les traduire pour les propager dans ce pays  ? "

Cette histoire a été relatée par Hanguang au Grand-maître* Zhanlan*. Après l'avoir entendue, Zhanlan* s'exclama : "Cela ne signifie-t-il pas que dans le pays d'origine du bouddhisme [en Inde], le Dharma est déjà perdu et qu'il doit être recherché aux quatre coins du monde  ? Mais même en Chine rares sont ceux qui reconnaissent la grandeur de l'enseignement de Zhiyi*. Ils sont comparables aux habitants de l'état de Lu qui ignoraient la grandeur de Confucius."(réf.)

S'il était resté en Inde des traités aussi importants que les trente volumes de Zhiyi*, pourquoi des moines indiens auraient-ils eu besoin de venir chercher les commentaires de Zhiyi* en Chine  ? Devant de telles évidences comment pouvez-vous nier que, pendant l'époque du Dharma formel, le véritable enseignement du Sutra du Lotus fut révélé et que sa vaste propagation a eu lieu dans le Jambudvipa  ?

Réponse : Le Grand-maître* Zhiyi* exposa et propagea en Chine une méditation parfaite et une sagesse parfaite qui dépassent l'enseignement donné par Shakyamuni de son vivant et celui de tous les maîtres apparus au cours des mille quatre cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, c'est-à-dire les mille ans de l'époque du Dharma correct et les premiers quatre cents ans de l'époque du Dharma formel. Et son influence s'exerça non seulement en Chine mais même jusqu'en Inde. Cela pourrait ressembler à la vaste propagation du Sutra du Lotus. Mais, à l'époque, le grand sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes parfaits et suprêmes n'avait pas encore été construit. On utilisait les préceptes du Hinayana que l'on greffait sur la sagesse parfaite et la méditation parfaite. C'est un fait regrettable. On pourrait comparer cela à une éclipse du soleil ou à la lune avant qu'elle ne soit pleine.

Quoi que vous en pensiez, l'époque du Grand-maître* Zhiyi* correspond essentiellement à celle que le Sutra Daijuku appelle l'ère de la lecture, de la récitation et de l'écoute. (note) Le temps n'était pas encore venu d'accomplir kosen-rufu ou de proclamer et propager largement le Sutra du Lotus.

Question : Le Grand-maître* Saicho* naquit au Japon et vécut sous le règne de l'empereur Kammu. Il réfuta les enseignements erronés acceptés au Japon pendant quelque deux cents ans, depuis le règne de l'empereur Kimmei. Il restaura les principes de la sagesse et de la méditation parfaites enseignés par le Grand-maître* Zhiyi*, et, de plus, déclara sans valeur les trois sanctuaires pour l'ordination selon les préceptes du Hinayana, introduits au Japon par le moine Ganjin, faisant construire à leur place, sur le Mont Hiei, le kaidan pour l'ordination selon les préceptes du Mahayana menant à l'Eveil parfait et immédiat. Au cours des mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, ce fut l'événement le plus extraordinaire qui se soit produit, en Inde, en Chine, au Japon, aussi bien que dans le monde entier. Je ne sais si son Eveil intérieur fut inférieur ou supérieur à celui de Nagarjuna ou de Zhiyi*. Mais je suis convaincu que le fait d'avoir exhorté tous les bouddhistes à croire en un seul enseignement, celui du Sutra du Lotus l'amène à surpasser Nagarjuna et Vasubandhu et dénote une sagesse encore plus grande que celle de Huisi et de Zhiyi*.

Finalement [on peut dire que], au cours des mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, ces deux hommes [Zhiyi* et Saicho*] furent les véritables pratiquants du Sutra du Lotus. Ainsi, on lit dans le Hokke Shuku  : "Il est dit dans le Sutra du Lotus : "prendre le Mont Sumeru et le lancer à travers d'innombrables terres de bouddha n'est pas difficile. Mais, à l'époque mauvaise qui suivra la disparition du Bouddha, savoir enseigner ce Sutra, voilà ce qui est véritablement difficile  ! "(réf.) Saicho* commente ainsi : "Shakyamuni enseigna que "le superficiel est facile à saisir mais le profond, difficile." Abandonner le superficiel pour rechercher ce qui est profond demande du courage, c'est l'esprit de "rechercher le Bouddha" (jobu). Le Grand-maître* Zhiyi*, en suivant fidèlement Shakyamuni, a contribué à la propagation de l'école Hokke en Chine. Nous, la famille du Mont Hiei, en succédant à Zhiyi*, contribuons à la propagation de l'école Hokke au Japon."

Le sens de ce commentaire est le suivant : depuis l'époque de la venue du Bouddha, dans le kalpa de sagesse et le neuvième kalpa de décroissance, à une époque où la longévité de la vie humaine, ayant diminué, n'était plus que de cent ans, au cours des cinquante années pendant lesquelles Shakyamuni exposa son enseignement, aussi bien que pendant les mille huit cents ans écoulés depuis sa disparition, il serait peut-être possible de trouver une personne, tout juste haute de cinq pieds, capable de soulever une montagne d'or d'une hauteur de 168.000 yojana et d'une largeur de 6.620.000 ri et de la faire passer par-dessus la Montagne de la Roue de fer plus rapidement qu'un vol de moineaux, ou aussi facilement qu'on saisirait un bout de tuile de quelques centimètres et le projetterait à une distance d'un ou deux cho. Mais même s'il y a peu de chances de rencontrer une personne capable de tels exploits il serait beaucoup plus rare encore de trouver, à l'époque des Derniers jours du Dharma une personne capable d'enseigner le Sutra du Lotus comme l'a enseigné le Bouddha. Et pourtant le Grand-maître* Zhiyi et le Grand-maître* Saicho* furent précisément des personnes de ce genre, qui transmirent la pratique telle que le Bouddha l'enseigna.

Les Maîtres de doctrine* en Inde ne parvinrent jamais à saisir la vérité inhérente au Sutra du Lotus. Les maîtres antérieurs à Zhiyi* en Chine ont été tantôt trop loin [ayant perçu eux-mêmes cette vérité, ils ne dirent pas qu'elle se trouvait dans le Sutra du Lotus], tantot pas assez loin [pour arriver à cette réalisation]. Quant à [des personnages des époques ultérieures tels que] Cien, Fazang et Shubhakarasimha* étaient capables de prétendre que l'est était l'ouest, et de faire passer le ciel pour la terre. Et il ne s'agit pas là d'affirmations présomptueuses de la part du Grand-maître* Saicho*. Le dix-neuvième jour du premier mois de la vingt et unième année de l'ère Enryaku (802), l'empereur Kammu se rendit au temple du Mont Takao. Il invita plus de dix maîtres des six écoles et des sept grands temples de Nara : Zengi, Shoyu, Hoki, Chonin, Kengyoku, Ampuku, Gonso*, Shuen*, Jikko, Gen'yo, Saiko, Dosho, Kosho et Kambin à venir débattre avec le Maître du Dharma Saicho*. Mais certains furent réduits au silence dès leur première réplique, incapables d'en prononcer une deuxième ou une troisième. Tous baissèrent la tête et joignirent les mains en signe de respect. Les principes de l'école Sanron tels que les deux sortes d'enseignements (note), les trois périodes, les trois tours de la roue du Dharma  ; les principes de l'école Hosso tels que les trois périodes et les cinq natures  ; les principes de l'école Kegon tels que les quatre enseignements et les cinq enseignements (note), l'enseignement principal et secondaire (note), les six formes et les dix mystères, tous furent réfutés. Ce fut comme lorsque les poutres et les piliers d'une grande demeure s'effondrent, comme si le drapeau fièrement brandi par cette dizaine de moines éminents traînait maintenant dans la poussière.

Sur le moment, l'empereur fut stupéfait et, le vingt-neuvième jour du même mois, il dépêcha [Wake no] Hiroyo et [Otomo no] Kunimichi (note) auprès des maîtres des sept temples et des six écoles pour les interroger longuement. Tous, l'un après l'autre, envoyèrent une lettre reconnaissant qu'ils avaient été vaincus lors du débat et convaincus par les arguments de Saicho*. Dans ces lettres, ils disaient : "En analysant de plus près le Hokke Gengi et les autres commentaires de Zhiyi*, nous avons constaté qu'ils résument l'ensemble des enseignements exposés par Shakyamuni de son vivant. La finalité des enseignements du Bouddha y est totalement expliquée, sans qu'un seul point reste obscur. Cela indique que cette école [Tendai] est supérieure à toutes les autres écoles, car elle offre une voie unique [que tout le monde peut emprunter]. Les principes qu'elle enseigne sont profonds et mystiques, et nous, qui sommes les disciples des sept grands temples et des six écoles, n'avons jamais rien vu ni entendu de pareil.

"Maintenant prend fin la polémique qui depuis si longtemps oppose l'école Sanron à l'école Hosso. Elle a perdu toute substance, comme de la glace qui aurait fondu. Tout s'éclaire, comme lorsque nuages et brouillards se dissipent, laissant voir le soleil, la lune et les étoiles. Depuis les débuts de la propagation du bouddhisme au Japon par le prince Shotoku, il y a plus de deux cents ans, de nombreux sutra et traités ont été largement commentés, et la supériorité relative des uns par rapport aux autres a souvent été discutée, mais jusqu'à présent quantité de doutes n'étaient toujours pas écartés. De plus, pendant cette période, la doctrine parfaite et élevée du Dharma merveilleux n'avait jamais encore été correctement expliquée et propagée. Serait-ce parce que les hommes ordinaires n'avaient pas la capacité de goûter sa saveur parfaite ?

"Par contre, à notre humble avis, le dirigeant de notre dynastie sacrée (note) a hérité de la tâche confiée il y a bien longtemps par le Bouddha Shakyamuni ; il a étudié en profondeur l'enseignement pur et parfait du Sutra du Lotus afin que les principes de la vérité unique et merveilleuse qu'il expose soient expliqués et clarifiés. Ainsi, nous, les maîtres des six écoles, nous sommes pour la première fois éveillés à cette vérité ultime. Désormais, tous les êtres dotés de vie en ce monde pourront embarquer sur le vaisseau de cette vérité merveilleuse et parfaite et atteindront rapidement l'autre rive. Zengi et les autres moines de notre groupe ont eu la grande chance d'entendre ces enseignements rares grâce à des liens créés par le passé. Sans de profonds liens karmiques, comment aurions-nous pu naître en cette époque sacrée  ? "

En Chine par le passé, Jizang rassembla une centaine d'autres moines qui, ensemble, reconnurent au Grand-maître* Zhiyi* la qualité de véritable sage. Plus tard, au Japon, deux cents et quelques moines des sept temples de Nara ont conféré au Grand-maître* Saicho* le titre de sage. Ainsi, au cours des deux mille et quelques années écoulées depuis la disparition du Bouddha, ces deux sages sont apparus dans les deux pays, l'un en Chine et l'autre au Japon. De plus, Saicho* fit construire au Mont Hiei le Grand Kaidan pour l'ordination selon les préceptes qui mènent à l'Eveil parfait et immédiat, préceptes que le Grand-maître* Zhiyi* lui-même n'avait pas enseignés. N'est-ce pas l'indication qu'une vaste propagation du Sutra du Lotus s'est accomplie à la fin de l'époque du Dharma formel ?

Réponse : Il ressort clairement de ce que je disais plus tôt que ni Mahakashyapa ni Ananda ne propagèrent le Grand Dharma à l'étranger, alors que, le temps venu, Ashvaghosha, Nagarjuna, Aryadeva et Vasubandhu le firent. Et, comme je l'ai déjà expliqué, il y eut aussi un Grand Dharma qui ne fut pas totalement transmis à la postérité par Nagarjuna et Vasubandhu et d'autres, mais qui fut propagé par le Grand-maître* Zhiyi*. Comme je l'ai démontré, il appartint au Grand-maître* Saicho* d'établir le kaidan pour l'ordination selon les préceptes qui mènent à l'Eveil parfait et immédiat, alors que le Grand-maître* Zhiyi* ne l'avait pas fait.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Bouddha exprima totalement, dans le texte du Sutra du Lotus, le Dharma correct le plus profond et le plus secret, Dharma qui, après sa disparition, ne fut jamais propagé par Mahakashyapa, Ananda, Ashvaghosha, Nagarjuna, Asanga ou Vasubandhu, ni même par Zhiyi* ou Saicho*. Et la question la plus grave et la plus difficile à résoudre est de savoir si maintenant, au début de l'époque des Derniers jours du Dharma, dans la cinquième période de cinq cents ans depuis la disparition du Bouddha, il faut ou non la propager largement dans le monde entier.

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