La conversion d'un père

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 6, p. 263 ; SG* p. 852.
Gosho Zenshu p. 1095 - Hyoe-no-sakan dono Gohenji

Minobu, 1277 à Ikegami Hyoe-no-sakan Munenaga

 

Je m'inquiétais d'être resté si longtemps sans nouvelles de vous. Mais, comme il est magnifique et mystérieux, le lien qui vous unit à [votre frère] Tayu-no-sakan (note).

Lorsque l'on entre dans une époque de déclin, les personnes de sagesse et de vertu disparaissent. Seuls demeurent dans le pays les médisants, les flatteurs, les hypocrites et les imposteurs. C'est ce que disent les sutras. De même, lorsque l'eau d'un étang s'assèche, les poissons qui s'y trouvent s'affolent, et lorsque le vent souffle, la mer est agitée. A l'époque des Derniers jours du Dharma, parce que sécheresses, épidémies, pluies torrentielles et ouragans se succèdent, il est dit dans le Sutra que même des personnes naturellement généreuses agiront de façon mesquine, et même ceux qui recherchent la Voie adopteront des croyances erronées. En pareil cas, sans même parler des conflits entre étrangers, les sutras nous apprennent que père et mère, mari et femme, frère aîné et frère cadet s'affrontent avec autant de violence qu'un chasseur et un daim, un chat et une souris, ou un faucon et un faisan. Ryokan et d'autres moines, poussés par les démons, ont trompé votre père Saemon-no-tayu et tenté de vous détruire tous deux en vous faisant abandonner la foi, mais vous avez fait preuve de sagesse et tenu compte de mes mises en garde. Aussi, comme les deux roues d'une charrette ou les deux jambes d'une personne, comme les deux ailes permettant à un oiseau de voler ou comme le soleil et la lune dispensant le bien-être à tous les êtres vivants, vos efforts à tous deux ont conduit votre père à la pratique du Sutra du Lotus. C'est entièrement à vous et à votre croyance, Hyoe-no-sakan, que tout cela est dû. Selon le Sutra véridique, à l'époque des Derniers jours du Dharma, lorsque le bouddhisme sera tombé dans le chaos, un grand sage ne manquera pas d'apparaître. Ainsi, le pin, parce qu'il résiste au gel, est considéré comme le roi des arbres ; et les chrysanthèmes, qui conservent leurs fleurs quand toutes les autres sont fanées, passent pour une plante sacrée. Quand le monde est en paix, on ne distingue pas les personnes vertueuses, mais lorsque l'époque est troublée, on distingue très clairement le sage de l'ignorant. Comme c'est regrettable  ! Si Hei no Saemon et le seigneur de Sagami [Hojo Tokimune] avaient tenu compte de mes avertissements ils n'auraient sûrement pas fait décapiter les émissaires mongols [arrivés avant l'année dernière]. Ils le regrettent sans doute maintenant.

L'empereur Antoku, 81e souverain sous forme humaine, ordonna à plusieurs centaines de maîtres du Shingon, parmi lesquels le grand patriarche du Tendai, Myoun, d'offrir des prières pour soumettre Minamoto no Yoritomo. Mais, comme le dit le Sutra, leurs malédictions "se retournèrent contre ceux qui les avaient lancées."(réf.) Myoun fut décapité par Yoshinaka et l'empereur Antoku périt noyé dans la mer de l'Ouest. Les 82e, 83e et 84e souverains sous forme humaine, nommément l'empereur retiré d'Oki [Go-Toba], qui avait pris la tonsure, l'empereur retiré d'Awa [Tsuchimikado] et l'empereur retiré de Sado [Juntoku], ainsi que l'empereur régnant [Chukyo] - demandèrent tous quatre au patriarche et administrateur des moines de l'école Tendai, Jien, ainsi qu'à plus de quarante autres moines éminents, parmi lesquels l'omuro et les moines du Mii-dera, d'offrir des prières pour vaincre Yoshitoki, le "Général Taira". Mais, cette fois encore, le principe de la flèche "se retournant contre celui qui l'a lancée" fut vérifié, et ces quatre souverains furent bannis sur les îles lointaines dont je viens de citer le nom.

A propos de cet enseignement extrêmement nuisible [le Shingon] : les trois grands maîtres - Kukai*, Ennin* et Enchin - ont contredit les paroles d'or de Shakyamuni qui désignent le Sutra du Lotus comme le sutra le plus élevé. Ils ont développé une théorie erronée consistant à dire que le Sutra du Lotus ne se place qu'au deuxième ou troisième rang, tandis que le Sutra Vairocana* est le plus élevé. En prêtant foi à ces conceptions erronées, les empereurs détruisirent le pays en même temps qu'eux-mêmes en cette vie-ci, et se condamnèrent aux souffrances incessantes de l'enfer dans la suivante.

Avec ces prières [contre les Mongols, prévues prochainement], ce sera la troisième fois qu'il sera fait appel aux rituels du Shingon. Parmi mes disciples, ceux qui sont morts en voient sans doute déjà le résultat avec l'œil du Bouddha. Vous qui avez été épargnés, avec vos yeux de simples mortels, observez bien ce qui se passera  ! Le souverain et les autres dignitaires de haut rang seront faits prisonniers et emmenés à l'étranger, et ceux qui auront conduit les prières mourront fous, s'enfuiront dans d'autres provinces, ou se cacheront dans les montagnes et les forêts. A deux reprises, l'envoyé du Bouddha Shakyamuni a été traîné dans les rues de Kamakura (note) et ses disciples ont été jetés en prison, tués, blessés ou expulsés des provinces qu'ils habitaient. Pas un seul des habitants de ce pays n'échappera aux rétributions négatives [liées à ces actes d'opposition]. Ainsi, beaucoup souffriront de la lèpre blanche, de la lèpre noire, ou de toutes sortes d'autres maladies graves (note). Vous qui êtes mes disciples, il faut que vous sachiez bien cela.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le 9e jour du 9e mois.

Gardez cette lettre par-devers vous, elle vous est tout particulièrement destinée, Hyoe-no-sakan. Tous mes disciples devraient aussi en prendre connaissance. N'en révélez pas le contenu aux autres.

ARRIERE-PLAN - Nichiren Daishonin envoya cette lettre du Mont , le cadet des frères Ikegami, pour exprimer sa joie d'apprendre la conversion de son père, Saemon-no-tayu Yasumitsu. Pendant de nombreuses années, Yasumitsu s'était obstinément opposé à la croyance de ses fils, tentant de les diviser, en déshéritant à deux reprises l'aîné, Munenaka, et en promettant de faire du cadet, Munenaga, son seul héritier s'il renonçait aux enseignements de Nichiren Daishonin. Durant toute cette épreuve, Munenaka refusa fermement d'abandonner sa foi mais Munenaga connut quelques fléchissements. Cependant, grâce aux lettres de remontrances répétées de Nichiren Daishonin, il put résister à la pression des exigences de son père et parvint finalement à s'engager fermement dans la foi. Parce que maintenant les deux frères avaient enfin surmonté l'opposition de leur père et l'avaient converti à la croyance dans le Sutra du Lotus, Nichiren Daishonin félicita chaleureusement Munenaga en particulier, en louant sa décision de rester attaché à sa foi et loyal envers son frère aîné.
Cependant, comme le post-scriptum l'indique, cette lettre n'était pas seulement destinée à Munenaga mais à tous les disciples de Nichiren Daishonin.
Au moment où cette lettre était écrite, on se préparait à avoir recours, une nouvelle fois, aux rituels du Shingon dans un effort pour contrecarrer l'invasion mongole imminente. (Commentaire ACEP)

En anglais : A Father Takes Faith

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=845&m=1&q=Father%20Takes%20Faith
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_FatherFaith.htm

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