A l'hiver succède toujours le printemps

(L'hiver se transforme toujours en printemps)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP, vol. 1, p. 164 ; SG* p. 538.
Gosho Zenshu p. 1252 - Myoichi Ama Gozen Go Shosoku (Fuyu Wa Kanarazu)

Minobu, mai 1275, à Myoichi-ama

S'il n'y avait ni lune ni soleil dans le ciel, comment les plantes pourraient-elles pousser  ? Les enfants ont généralement un père et une mère et la mort de l'un ou de l'autre est pour eux une épreuve pénible. Votre défunt mari a laissé derrière lui une fille, un fils malade et vous, sa femme, qui êtes de faible constitution. Avant de s'en aller, à qui aurait-il pu confier sa famille  ?

A la fin de sa vie, le Vénéré Bouddha se désolait ainsi  : "Je dois à présent entrer dans le nirvana et mon seul souci reste le sort du roi Ajatashatru." En entendant cela, le bodhisattva Kashyapa lui posa la question suivante : "Puisque le Bouddha ressent une bienveillance égale pour tous, vous devriez, au moment de mourir, éprouver de la compassion pour toute l'humanité. Alors, pourquoi favoriser ainsi le roi Ajatashatru  ? " Le Bouddha répondit : "Imaginons qu'un couple ait sept enfants et que l'un d'eux tombe malade. Même si le père et la mère portent un amour égal à tous leurs enfants, c'est pour celui qui est malade qu'ils s'inquiéteront le plus."(réf.) Zhiyi* a cité ce passage dans le Maka Shikan. Le Bouddha considère tous les hommes comme ses enfants. Aussi, à l'instar des parents qui se font plus de souci pour leur enfant malade, le Bouddha se préoccupe davantage d'un homme assez mauvais pour avoir tué ses parents et s'être fait l'ennemi des enseignements du Bouddha. Le roi Ajatashatru, souverain de Magadha, assassina son père, le roi Bimbisara, qui était un puissant bienfaiteur de Shakyamuni, devenant ainsi l'ennemi du Bouddha. C'est pourquoi les cieux l'abandonnèrent, le soleil et la lune apparurent à contretemps et la terre se mit à trembler violemment, comme pour le rejeter. Le peuple tout entier en vint à s'opposer au Dharma bouddhique, et les royaumes voisins entreprirent d'envahir le pays. Et tout cela, uniquement parce que le roi Ajatashatru avait choisi pour maître un homme mauvais du nom de Devadatta. Finalement, le quinzième jour du deuxième mois, tout son corps se couvrit d'horribles pustules et il fut prédit qu'il mourrait et tomberait dans l'enfer avici, le septième jour du troisième mois. Fort affligé de cela, le Bouddha hésita à entrer dans le nirvana. "Si je parviens seulement à sauver le roi Ajatashatru, tous les autres hommes mauvais pourront également être sauvés", pensa-t-il avec regret.

Votre défunt mari a dû laisser derrière lui un fils malade et une fille. Il a dû profondément souffrir du fait que, après sa mort, sa femme âgée, aussi chétive qu'un arbre desséché, allait se retrouver seule, avec la charge de ses enfants. Les persécutions accablant Nichiren ont dû également le peiner profondément. Puisque les paroles du Bouddha ne peuvent en rien être mensongères, il est certain que le Sutra du Lotus se propagera. Sachant cela, votre mari a certainement senti qu'un événement merveilleux se préparait et que ce moine serait un jour hautement respecté. Quand je fus exilé, il dut se demander comment le Sutra du Lotus et les Jurasetsu avaient pu tolérer cela. Quelle joie n'aurait-il pas éprouvée s'il avait été encore en vie lorsque Nichiren fut gracié  ! Comme il serait heureux de voir mes prédictions réalisées maintenant que l'empire mongol a attaqué le Japon et que le pays est en crise  ! Tels sont les sentiments d'un simple mortel.

Ceux qui croient dans le Sutra du Lotus sont dans une situation comparable à l'hiver qui ne manque jamais de se changer en printemps. Je n'ai jamais vu ni entendu dire que l'hiver retourne à l'automne. Je n'ai jamais entendu dire non plus que des croyants du Sutra du Lotus soient restés de simples mortels. Une phrase du sutra dit : "De tous ceux qui entendent le Dharma, il n'en est pas un seul qui ne parviendra pas à la bodhéité."(réf.)

Votre mari a donné sa vie pour le Sutra du Lotus. Son seul moyen d'existence était un petit fief qui lui fut confisqué en raison de sa foi. Cela revenait sûrement à donner sa vie pour le Sutra du Lotus. Sessen Doji offrit la sienne rien que pour une demi-stance d'un enseignement bouddhique et le bodhisattva Yakuo se brûla les coudes (réf.) afin d'en faire offrande au Bouddha. Ils étaient tous deux des saints, et ils enduraient ces austérités avec autant de facilité que l'eau éteint le feu. Mais votre mari était un simple mortel, il se trouvait donc à la merci des souffrances, comme du papier jeté au feu. Aussi recevra-t-il certainement des bienfaits aussi grands que les leurs. Peut-être regarde-t-il sans cesse, jour et nuit, sa femme et ses enfants dans les miroirs du soleil et de la lune. Mais vous et vos enfants étant de simples mortels, vous ne pouvez le voir ni l'entendre, pas plus qu'un sourd ne peut entendre le tonnerre ou un aveugle voir le soleil. Cependant, n'en doutez pas, il est très proche de vous et vous protège.

Alors que j'envisageais la possibilité de vous rendre visite, vous m'avez fait parvenir un vêtement. Je ne m'attendais pas du tout à tant de prévenance. Parce que le Sutra du Lotus est le plus noble de tous les sutras, il est possible que j'exerce un jour plus d'influence. En ce cas, soyez assurée que je veillerai sur vos enfants, que vous soyez encore en vie ou non. Pendant mon exil à Sado, puis durant mon séjour ici, vous avez envoyé votre serviteur à mon secours. Ni dans cette vie, ni dans les vies futures, je n'oublierai ce que vous avez fait pour moi. Je ne manquerai pas de m'acquitter de ma dette de reconnaissance à votre égard.

Namu Myoho Renge Kyo,
Namu Myoho Renge Kyo.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le cinquième mois de la première année de Kenji (1275)

ARRIÈRE-PLAN - Un an après être revenu de l'île de Sado et s'être retiré au Mont Minobu, Nichiren Daishonin écrivit à Myoichi-ama, une croyante liée à Nissho, l'un des six moines aînés disciples du Daishonin. Il lui envoya plusieurs lettres, qui nous permettent de penser qu'elle était une croyante sincère, assez instruite, et qu'en outre sa santé était faible. Cette lettre est datée de mai 1275. Ayant perdu son mari, elle trouvait très difficile d'élever seule ses deux enfants. (Commentaire ACEP)

En anglais : Winter Always Turns to Spring

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=535&m=1&q=Winter%20Always%20Turns%20to%20Spring
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_WinterSpring.htm

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