Lettre à Konichi-bo

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 4, p. 181; SG* p. 662.
Gosho Zenshu p. 926 - Konichi-bo Gosho

Minobu, mars 1276 à la veuve Konichi, mère de Yashiro

 


Dans le neuvième mois de la huitième année de Bun'ei (1271), quand le marqueur inverse de Jupiter était au ciel sous le signe cyclique kanoto-hitsuji, j'ai encouru la disgrâce des autorités et j'ai été envoyé en exil à Sado, une île dans la mer du nord. Lorsque je vivais à Kamakura, dans la province de Sagami, j'avais une certaine nostalgie de la province d'Awa, celle où je suis né. Mais, bien que ce fut ma région natale, pour une raison ou pour une autre, j'avais du mal à me sentir proche des gens du pays et je m'y rendais donc très rarement. Puis j'ai été arrêté et condamné à mort, mais, au lieu d'être exécuté, j'ai été banni. Puisque j'étais expulsé loin de ma région, il semblait peu probable, à moins d'événements extraordinaires, que je puisse retourner à Kamakura. Je ne pourrais donc jamais plus me rendre sur la tombe de mes parents. En pensant à cela, j'éprouvais des remords tardifs. Je me demandais, le coeur empli de regrets, pourquoi, avant de me trouver dans cette situation, même s'il avait fallu pour cela traverser mer et montagnes, je n'avais pas été, sinon chaque jour, au moins une fois par mois, prier sur la tombe de mes parents et m'enquérir de la santé de mon maître.

Su-wu fut prisonnier des barbares du Nord pendant dix-neuf ans, et chaque fois qu'il voyait passer un vol d'oies allant vers le sud, il les enviait. Nakamaro fut envoyé en Chine comme émissaire de l'empereur du Japon. Mais les années passèrent sans qu'il obtienne l'autorisation de retourner dans son pays. A chaque fois qu'il apercevait la lune à l'est, il se consolait en pensant que cette même lune devait briller au-dessus du Mont Mikasa dans sa province natale, et que les gens de là-bas, au même moment, devaient l'admirer.

J'étais moi aussi en proie au même sentiment, lorsque, précisément, j'ai reçu de ma province natale le vêtement que vous m'avez fait parvenir par l'intermédiaire d'une personne qui se rendait à l'île de Sado. Une simple lettre attachée à la patte d'une oie sauvage suffit à rendre à Su-Wu le goût de la vie, alors que moi j'ai reçu ce vêtement  ! Mes raisons de me réjouir sont incomparablement plus grandes que les siennes.

Les habitants du Japon sont sans cesse abusés par les moines du Nembutsu ou par les écoles Zen, Ritsu ou Shingon. Ainsi, en apparence, ils font comme s'ils vénéraient le Sutra du Lotus, mais dans leur coeur, ils n'y croient pas. Si bien que, lorsque moi, Nichiren, qui n'ai pourtant pas commis le moindre crime, je proclame la supériorité du Sutra du Lotus, ils me haïssent tous, de la même manière que, dans les Derniers jours du Dharma du bouddha Ionno, les gens haïssaient le bodhisattva Fukyo. Tous, des personnes les plus haut placées jusqu'aux plus modestes, détestent le simple énoncé de mon nom et abhorrent la seule idée de me voir. Par conséquent, bien qu'innocent de tout crime, une fois exilé, il semblait peu probable que je fus pardonné. De plus, j'avais dénoncé le Nembutsu - que les habitants du Japon respectent plus que leurs propres père et mère, et placent plus haut que le soleil et la lune - comme la cause karmique qui conduit en enfer. J'avais attaqué le Zen en disant qu'il était l'oeuvre du démon, qualifié le Shingon d'hérésie qui provoquerait la destruction du pays, et [on rapportait que] j'avais incité à incendier les temples des écoles Nembutsu, Zen et Ritsu, et à décapiter les moines du Nembutsu. J'aurais même été jusqu'à prétendre que [les deux nyudo de Saimyo-ji et Gokuraku-ji] Hojo Tokyori et Hojo Shigetoki étaient tombés dans l'enfer avici. Telle était la gravité des accusations portées contre moi. Celui qui a proféré des paroles aussi infamantes à l'égard de personnes de haut rang comme de basse condition, même s'il reconnaissait son erreur, ne pourrait jamais plus retrouver un rang dans la société. Pire, j'aurais tenu des propos de ce genre du matin au soir et m'efforçais jour et nuit de prouver leur validité. J'aurais aussi solennellement déclaré à Hei no Saemon, en présence de plusieurs centaines de ses hommes, que quelle que soit la punition encourue, je ne pourrais jamais cesser de réfuter ces écoles. C'est pourquoi on aurait plus facilement imaginé un énorme rocher tombé au fond de l'océan, trop pesant pour que mille personnes puissent le déplacer, remontant de lui-même à la surface de l'eau, ou la pluie tombant du ciel sans jamais toucher terre, que Nichiren ayant un jour la possibilité de revoir Kamakura.

Pourtant, j'ai conservé courage en pensant : "Si l'enseignement du Sutra du Lotus est véridique et si les divinités Nitten et Gatten ne m'abandonnent pas, je retournerai à Kamakura et je me rendrai sur la tombe de mon père et de ma mère." Montant au sommet d'une colline, j'ai crié d'une voix sonore : "Qu'est-il advenu de vous, Bonten, Taishaku, Nitten, Gatten, et de vous, les quatre Rois du Ciel  ? Tensho Daijin* et Hachiman, avez-vous quitté le pays  ? Voulez-vous donc trahir l'engagement que vous avez pris devant le Bouddha et abandonner le Pratiquant du Sutra du Lotus  ? Même si vous ne tenez pas votre promesse, sachez bien que, quoi qu'il m'arrive, je n'aurai aucun regret. Mais vous avez prêté serment devant Shakyamuni, Taho et les bouddhas des dix directions. Si vous ne me protégez pas, si vous abandonnez Nichiren, ne faites-vous pas du Sutra du Lotus, dans lequel est dit qu'il faut "sincèrement rejeter les enseignements provisoires"(réf.), un épouvantable mensonge  ? Vous aurez trompé tous les bouddhas des dix directions et des trois phases de la vie, commis un crime encore plus grave que les mensonges éhontés de Devadatta et plus condamnable que les fourberies de Kokalika. Certes, vous êtes le grand Bonten, qui vit au sommet du monde de la forme, ou Taishaku appelé "Dieu aux mille regards" résidant au sommet du Mont Sumeru. Mais si vous abandonnez Nichiren, vous deviendrez des bûches qui s'en iront nourrir les flammes de l'enfer avici, et vous resterez à jamais prisonniers de la grande citadelle des souffrances incessantes. Si vous redoutez de commettre un tel crime, hâtez-vous de manifester par un signe votre présence dans le pays, indiquant que mes enseignements sont corrects afin qu'il me soit permis de retourner dans ma région natale  ! "

Puis, au cours du onzième mois [de la même année], peu après mon arrestation, le douzième jour du neuvième mois, une rébellion éclata (note) et le onzième jour du deuxième mois de l'année suivante, plusieurs généraux, puissants protecteurs du Japon, furent exécutés sans raison apparente. Il devint évident que c'était une punition du ciel. Probablement ébranlées par cet incident, les autorités shogunales ont libéré mes disciples emprisonnés. Pourtant, je n'étais pas encore moi-même gracié. J'ai donc continué à adresser au ciel des prières de plus en plus véhémentes. Puis, un jour, j'ai vu voler un corbeau à la tête blanche. Le prince Tan, du pays de Yen, avait été libéré après avoir vu une licorne et un corbeau à tête blanche (note). Je me suis souvenu du poème écrit par le moine Nichizo (note)  : "Même la tête du corbeau des montagnes / Est devenue blanche. / Le moment de rentrer chez moi / Doit être venu." J'étais donc convaincu que désormais je n'aurais plus à attendre ma libération très longtemps. En effet, une lettre de pardon, datée du quatorzième jour du deuxième mois de la onzième année de Bun'ei [14 février 1274], m'est parvenue le huitième jour du troisième mois [8 mars] sur l'île de Sado.

Je quittai mon lieu de résidence sur l'île de Sado le 13 du même mois, et fis escale au port de Maura, le 14 ; le 15, j'aurais dû être à Teradomari, dans la province d'Echigo, mais un grand vent empêcha mon navire d'arriver au port. Mais heureusement, après deux jours en mer, nous sommes arrivés à Kashiwazaki. Le lendemain, je me trouvai au siège provincial d'Echigo. Ainsi, au terme d'un voyage de douze jours, le vingt-sixième jour du troisième mois [26 mars], je suis arrivé à Kamakura. Le huitième jour du quatrième mois de la même année [8 avril], j'eus un entretien avec Hei no Saemon. Dans le seul but de sauver le Japon de la destruction, j'ai fait des remontrances aux autorités à trois reprises (note). Mais elles n'en ont tenu aucun compte. En me pliant à la tradition qui veut que celui dont les avis ont été par trois fois ignorés se retire dans la montagne, j'ai quitté Kamakura le douzième jour du cinquième mois de la même année [12 mai 1274].

J'avais pensé alors à retourner dans mon pays natal pour me rendre de nouveau sur la tombe de mon père et de ma mère. Mais les enseignements, bouddhiques aussi bien que non bouddhiques, disent que, si l'on veut retourner dans son pays natal, ce doit être en costume d'apparat. Rentrer au pays natal sans avoir rien réalisé dont on puisse être fier, n'est-ce pas manquer à son devoir de piété filiale  ? Et puisque j'avais surmonté un obstacle qui semblait infranchissable en ayant pu rentrer à Kamakura, j'ai pensé que, peut-être, un jour, j'aurais l'occasion de rentrer chez moi de manière triomphale, et que j'attendrais cette occasion pour me rendre sur la tombe de mes parents. Parce que c'était là ma décision profonde, je ne suis toujours pas retourné dans mon pays natal. Mais j'ai tellement le mal du pays que si l'on me dit que le vent qui souffle vient de l'est, je me précipite hors de chez moi pour le palper. Si l'on me dit que les nuages dans le ciel s'en vont vers l'est, je sors dans le jardin pour les regarder passer. C'est un sentiment si fort qu'il m'amène à regretter même des personnes qui ne m'ont témoigné aucune sympathie particulière, simplement parce que nous sommes originaires de la même province. Imaginez alors mon émotion et ma joie en recevant votre lettre  ! Je l'ai ouverte en toute hâte et j'ai lu : "Mon fils Yashiro nous a quittés, il y a deux ans, le huitième jour du sixième mois..." J'étais au comble de la joie avant d'ouvrir cette lettre, mais, après avoir lu ces mots, j'ai regretté de l'avoir ouverte avec tant de précipitation. J'ai compris quel regret dut éprouver Urashima no Ko (note) en ouvrant son coffre.

Je ne suis jamais indifférent au sort des personnes originaires de ma région et je me préoccupe toujours de ce qui leur advient, même si elles m'ont causé des tourments ou traité avec froideur. Mais votre fils Yashiro, par son allure, se distinguait des autres et j'avais été tout particulièrement frappé par son attitude où l'on ne décelait aucune forme d'entêtement. Il faisait partie d'un groupe auquel j'enseignais le Sutra du Lotus [quand je l'ai vu pour la première fois]. De nombreux inconnus étaient présents et je ne lui ai pas parlé. L'exposé fini, tous mes auditeurs sont partis et votre fils a quitté les lieux avec eux. Mais, un peu plus tard, il m'a envoyé un messager chargé de me dire en son nom : "Je suis originaire d'Amatsu, dans la province d'Awa. Depuis l'enfance, j'ai le plus grand respect pour votre dévouement. Ma mère aussi a pour vous la plus grande estime. Pardonnez la liberté que je prends en m'adressant à vous aussi familièrement, mais j'aimerais vous demander conseil en privé. Je sais que je devrais attendre que nous nous soyons vus plusieurs fois, et que nous nous connaissions mieux. Mais, comme je suis au service d'un samouraï, mon temps est limité, et il m'arrive quelque chose d'important. C'est pourquoi, tout en étant pleinement conscient de mon impolitesse, j'aimerais que vous acceptiez me rencontrer."

C'est de cette manière courtoise qu'il a sollicité mon avis. Et comme c'était un garçon de mon pays, je l'ai invité chez moi en lui disant qu'il n'était nul besoin de tant de cérémonies. Il m'a parlé longuement de ce qui s'était passé jusqu'au moment de notre rencontre, du passé et de l'avenir. Puis il m'a dit : "Rien n'est permanent en ce monde. Personne ne peut connaître le moment de sa mort. De plus, je mène la vie d'un samouraï et je dois relever un défi de me battre qui m'a été récemment lancé. Mais je redoute ce qui se passera après ma mort. Je vous supplie de m'aider."

Je lui ai exposé des passages de sutra. Alors, Yashiro m'a dit avec tristesse : "Je ne peux rien faire pour mon père qui est déjà décédé. Mais je pense que précéder dans la mort ma mère qui est veuve serait un grave manque à la piété filiale. Si quelque chose m'arrivait, demandez à l'un de vos disciples de se rendre auprès d'elle pour la réconforter." C'est ainsi qu'il m'a présenté cette requête avec politesse. Ai-je raison de supposer qu'à ce moment-là rien de malencontreux ne s'est passé mais que par la suite un événement lui a coûté la vie ?

Aucun être né sous forme humaine, qu'il soit de condition sociale basse ou élevée, ne peut échapper à la tristesse et au malheur. Mais les troubles varient avec le temps et diffèrent selon les personnes. Quelle que soit la maladie dont on souffre, au fur et à mesure qu'elle s'aggrave, on pense qu'aucune maladie ne peut être pire que la sienne. On peut connaître la souffrance des séparations : souffrir d'être séparé de son maître, de ses parents, de son mari, de sa femme, et il est impossible de dire que l'une de ces formes de séparation est moins douloureuse que les autres. On peut trouver un nouveau maître, ou se consoler d'une rupture en se remariant. Mais la douleur pour des parents d'avoir perdu un enfant semble s'aggraver avec le temps. Même s'il est toujours douloureux pour des enfants de perdre leurs parents, que les parents meurent et que les enfants continuent à vivre, telle est la loi de la nature. Mais quelle tristesse lorsqu'une mère âgée est précédée dans la mort par son enfant  ! Il y a de quoi reprocher leur injustice aux divinités et aux bouddhas. Pourquoi la mort ne vous a-t-elle pas pris à la place de votre enfant  ? Pourquoi avez-vous dû lui survivre si c'est pour endurer une telle souffrance  ? C'est véritablement insupportable.

Même les animaux dont l'intelligence est limitée ne supportent pas d'être séparés de leurs petits. La faisane dorée du Bois des Bambous se jeta dans les flammes et mourut pour protéger ses oeufs (note). Le cerf du Parc aux Daims s'offrit lui-même au roi pour protéger les faons qu'une biche portait encore dans son ventre (note) . Combien plus fort encore cela doit-il être chez les êtres humains dotés d'une conscience  ! Ainsi, la mère de Wang-Ling s'est brisé le crâne pour [éviter le déshonneur à son fils]. L'épouse de l'empereur Shen-Yao (note) s'est ouvert le ventre pour le bien d'un prince [qui n'était pas encore né]. En pensant à tout cela, j'imagine que vous n'hésiteriez pas à plonger dans les flammes ou à vous briser le crâne si cela vous permettait de revoir le visage de votre enfant. En imaginant votre douleur, je ne peux retenir mes larmes.

Dans votre lettre, vous dites : "Parce que mon fils a tué d'autres êtres humains, j'aimerais que vous me disiez en quelle sorte de lieu il renaîtra dans sa vie prochaine." Une aiguille, posée sur l'eau, coule au fond ; et la pluie ne peut pas rester suspendue au ciel. Ceux qui tuent même une fourmi tomberont en enfer, et même ceux qui ne font que découper des corps morts ne peuvent éviter de tomber dans les mauvaises voies. Comment les conséquences d'avoir tué un être humain pourraient-elles ne pas être encore plus graves  ? Pourtant, même un énorme rocher, si on le place sur un bateau, peut flotter sur la mer ; et l'eau ne peut-elle pas éteindre même un grand incendie  ? Une faute, même légère, entraînera dans les mauvaises voies ceux qui ne s'en repentent pas. Mais même un crime grave, si l'on s'en repent avec sincérité, peut être expié.

[Les exemples abondent.] Un moine qui avait volé du millet renaquit sous forme de boeuf pendant cinq cents vies consécutives (note). Une personne, pour avoir volé de l'avoine, est tombée dans les trois mauvaises voies. Plus de quatre-vingt mille rois, y compris Rama, Batsuda, Birushin, Nagosa, Katei, Bishakya, Gakko, Komyo, Nikko, Ai et Jitanin, accédèrent tous au trône en assassinant leur père (note). Parce qu'ils ne parvinrent pas à rencontrer de bons amis bouddhiques, ils ne purent pas expier leurs crimes et tombèrent dans l'enfer avici.

Dans la cité de Varanasi (actuelle Bénarès), vécut un homme extrêmement mauvais du nom d'Ajita. Il était tombé amoureux de sa propre mère et, pour faire d'elle sa femme, il avait tué son père. Quand un arhat, qui avait été le maître de son père, lui fit des remontrances, il tua cet arhat, et quand sa mère voulut prendre un autre homme pour mari, il tua cet homme et sa mère aussi. Ainsi, il avait commis trois des cinq forfaits. Honni par tous ceux qui l'entouraient, il n'avait plus nulle part où aller. Il se rendit donc au monastère de Jetavana et demanda à être admis dans le Sangha, mais les moines ne voulurent pas de lui. Le mal, dans son coeur, devint encore plus envahissant, et il mit le feu à de nombreux monastères. Mais, pour finir, il rencontra le Bouddha Shakyamuni qui l'autorisa à devenir moine.

Il y avait dans le nord de l'Inde une cité appelée Saiseki, gouvernée par un roi du nom de Ryuin. Ryuin tua son père, mais plus tard, horrifié par son acte, il quitta son pays pour se rendre auprès du Bouddha. Il exprima son repentir devant lui et le Bouddha lui accorda son pardon.

Le roi Ajatashatru était depuis sa naissance dominé par les trois poisons et commettait sans cesse l'une ou l'autre des dix mauvaises actions. De plus, il tua son père, tenta d'ôter aussi la vie à sa mère, et, prenant Devadatta pour maître, tua de nombreux disciples du Bouddha. Parce qu'il avait accumulé de nombreuses mauvaises actions, le quinzième jour du deuxième mois, le même jour que celui de la disparition du Bouddha, des boutons purulents apparurent sur sept parties de son auguste personne, présageant qu'il tomberait dans l'enfer avici. Le roi connut des souffrances épouvantables. Il éprouvait la même douleur que s'il avait été précipité dans un grand feu ou plongé dans de l'eau bouillante. Ses six ministres proposèrent de faire appel aux six maîtres non bouddhistes pour le guérir de ses pustules. C'est tout à fait comparable aux habitants du Japon, de nos jours, qui considèrent les maîtres Zen et Ritsu, les moines du Nembutsu et du Shingon comme de bons amis bouddhiques et leur demandent de prier pour vaincre l'empire mongol et pour leur bonheur dans la vie prochaine. De plus, le premier maître du roi Ajatashatru, Devadatta, avait mémorisé les soixante mille enseignements non bouddhiques et les quatre-vingt mille enseignements bouddhiques. Sa compréhension du monde profane et du bouddhisme était aussi brillante que le soleil et la lune, aussi limpide qu'un miroir. Il était comparable aux lettrés de l'école Tendai de nos jours qui connaissent par coeur tous les enseignements exotériques et ésotériques, et tous les sutras. Parce que Ajatashatru était conseillé par de tels maîtres non bouddhistes et par ces ministres, il rejeta le bouddhisme. Et pour cette raison, dans le royaume de Magadha, des phénomènes étranges apparurent dans le ciel et des calamités sévirent sur la terre, typhons, sécheresses, famines et épidémies se succédant sans cesse. De plus, ce royaume fut attaqué par un pays étranger. Et à tout cela vint s'ajouter cette maladie qui couvrait le corps du roi de boutons purulents. Alors que son royaume semblait bien près de disparaître, le roi décida soudain de se rendre auprès du Bouddha, se repentit et effaça ainsi les conséquences de ses crimes.

Quoi qu'il en soit, même si ses parents commettent le mal, lorsqu'une personne commet le bien, on pardonne leurs fautes à ses parents. Même si les enfants commettent le mal, lorsque leurs parents commettent le bien, on pardonne leurs fautes aux enfants. Par conséquent, même si votre fils défunt Yashiro commit de mauvaises actions, si vous, sa mère, vous vous en désolez pour lui et offrez jour et nuit des prières pour son repos au Bouddha Shakyamuni, comment pourrait-il ne pas être sauvé  ? Et puisqu'il avait foi dans le Sutra du Lotus, ce sera plutôt lui qui servira de guide à ses parents.

Ceux qui croient au Sutra du Lotus devraient se méfier des ennemis du Sutra du Lotus et se protéger d'eux. Sachez bien que les adeptes du Nembutsu, ceux qui observent les préceptes, et les maîtres du Shingon - en fait tous ceux qui refusent de réciter Namu Myoho Renge Kyo - doivent être considérés comme des ennemis du Sutra du Lotus, si attentivement qu'ils lisent le Sutra. Lorsque l'on ne connaît pas son ennemi, on se laisse tromper par lui. J'aimerais parler de tout cela en détail avec vous de vive voix. Chaque fois que vous verrez Sanmi-bo ou Sado-ko, demandez-leur de vous lire cette lettre. Confiez la à Myoe-bo. Ceux qui manquent de sagesse se moqueront sans doute de moi et critiqueront cette lettre en n'y voyant qu'une habile argumentation, ou ils me compareront à d'autres en disant : "Ce moine ne peut pas être l'égal du Grand-maître* Kukai*ou supérieur au Grand-maître* Ennin*  ! " Considérez ceux qui tiennent de tels propos comme des personnes qui ne comprennent pas le bouddhisme.

Nichiren

Ecrit le troisième mois de la deuxième année de Kenji (1276), signe cyclique hinoe-ne, dans les montagnes du domaine d'Hakiri dans la partie sud de la province de Kai.

ARRIERE-PLAN - Cette lettre fut écrite en mars 1276 et envoyée du Mont Minobu à Konichi-bo, une veuve qui vivait à Amatsu dans la province d'Awa. Son fils, Yashiro, s'était converti quelques années plus tôt au bouddhisme de Nichiren Daishonin et, par son intermédiaire, elle s'était elle aussi convertie. Pendant que Nichiren Daishonin était en exil sur l'île de Sado, elle lui envoya des kimonos et divers autres présents, et continua à lui faire des dons une fois qu'il se fut retiré au Mont Minobu. Elle bénéficiait de la confiance de Nichiren Daishonin qui lui adressa plusieurs gosho, au nombre desquels "Sur le comportement du Bouddha".
Peu de temps après sa conversion, Yashiro mourut. Ce gosho est la réponse de Nichiren Daishonin à une lettre de Konichi-bo exprimant son angoisse à l'idée que son fils, un samouraï, avait causé mort d'homme, et lui demandant ce qu'il adviendrait de lui dans la vie prochaine. Nichiren Daishonin l'encouragea en lui disant que Yashiro l'avait convertie à la foi dans le Sutra du Lotus et pouvait échapper aux mauvaises voies si sa foi à elle était suffisamment forte. Konichi-bo surmonta sa profonde douleur et resta une croyante sincère du bouddhisme de Nichiren Daishonin jusqu'au dernier jour de sa vie.
La première partie de ce gosho relate les événements qui se produisirent à partir de septembre 1272, date à laquelle Nichiren Daishonin fut en butte à l'hostilité du gouvernement et condamné à l'exil sur l'île de Sado, jusqu'à 1274, date à laquelle il fut gracié et se retira au Mont Minobu. A cet égard, le contenu de cette lettre est très proche de celui de "Sur le comportement du Bouddha", et, de plus, les deux textes furent écrits en 1276. C'est pourquoi la " Lettre à Konichi-bo" fut pendant un certain temps considérée comme faisant partie de "Sur le comportement du Bouddha." Toutefois, Nichiko Shonin, le cinquante-neuvième grand patriarche de la Nichiren Shoshu, considérait les deux textes comme distincts l'un de l'autre, parce que la deuxième partie de la "Lettre à Konichi-bo" n'a aucun rapport avec le récit auto-biographique contenu dans "Sur le comportement du Bouddha". (Commentaire ACEP)

En anglais : Letter to Konichi-bo

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=659&m=1&q=Letter%20to%20Konichi-bo
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_LetterKonichibo.htm

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