Questions - réponses
concernant l’objet de vénération

Lettres et traités de Nichiren Daishonin.
Honzon Mondo Sho
 Minobu,  septembre 1278 à Joken-bo; Teihon no. 307, 2:1585

 


Question : Dans cet âge de la dégénérescence du Dharma, quel objet de vénération devrait-on choisir ?

Réponse : Le Titre (note) du Sutra du Lotus devrait être l’objet de vénération.

Question : Sur quelle partie du Sutra du Lotus et sur quelle interprétation de celui-ci cela est-il fondé ?

Réponse : Le chapitre X du Sutra du Lotus énonce : "Yakuo  ! Erigez une Tour des sept trésors partout où ce sutra est exposé, lu, récité ou copié, ou partout où une copie de ce sutra existe  ! Cette Tour devra être haute, spacieuse et ornée. Vous n’aurez pas besoin d’enchâsser mes cendres dans un stupa. Pourquoi  ? C’est parce que la Tour contiendra mon corps parfait."

Le chapitre "La nature de l'Ainsi-Venu" du Sutra du Nirvana explique : Mahakashyapa  ! Le maître des bouddhas est le Dharma. C’est pourquoi les bouddhas révèrent et vénèrent le Dharma. Comme le Dharma est éternel, tous les bouddhas sont éternels."

L'ouvrage du Grand-maître* Zhiyi*, intitulé Hokke Sanmai Sengi déclare : "Bâtissez un autel respectable dans le temple et enchâssez y le Sutra du Lotus. Il n’est pas besoin d’y présenter des figures de bouddhas ni aucun autre sutra, ni d’enchâsser les cendres du Bouddha Shakyamuni. Seul le Sutra du Lotus est nécessaire."

Question : L'ouvrage de Zhiyi*, intitulé Maka Shikan décrit le pratiquant marchant autour d’une statue du Bouddha Amida comme objet de vénération lorsqu’il pratique la deuxième des quatre méditations (shishu-sanmai, chaturdhyana). La traduction d'Amoghavajra* du Manuel Rituel au moyen de la Sagesse et du Discernement du Sutra du Lotus déclare : "Le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho sont les objets de vénération." Pourquoi rejetez vous leurs opinions et maintenez vous que le Titre du Sutra du Lotus est l’objet de vénération ?

Réponse : Cela n’est absolument pas fondé sur ma réflexion personnelle. C’est fondé sur les enseignements du Sutra du Lotus, mentionnés plus haut, et sur l’interprétation de Zhiyi*. Quant au point douteux selon lequel le bouddha Amida est l’objet de vénération lorsqu'on on pratique les quatre niveaux de méditation d’après le Maka Shikan, c’est parce que le bouddha Amida est regardé comme l’objet de vénération seulement quand on pratique la joza-sanmai", "la méditation active continuelle pendant une période de 90 jours", pendant laquelle le pratiquant marche autour de la statue du bouddha Amida en invocant son nom (nembutsu) et en se le remémorant (jogyo-sanmai), et "la méditation sur la réalité" (higyo-hiza-sanmai) dans une posture non spécifiée pour une période de temps non spécifiée. Ce sont trois des quatre niveaux de méditation concentrée (samadhi) de l’école Tendai. Cette idée de l’objet de culte est basée sur le Sutra Monjumon, le Sutra Hanjusanmai et le Sutra Kannon. Ces types de sutras existaient avant que le Sutra du Lotus fût prêché, et c’étaient des enseignements servant de moyens salvifiques (hoben) pour conduire les êtres vivants à la vérité. "En quarante ans et plus, la vérité n’a pas encore été révélée", est-il écrit dans le Sutra Muryogi. En un mot, le Bouddha Shakyamuni n’a pas révélé sa véritable intention pendant plus de quarante ans.

En outre, il y a deux sortes de méditations dans hangyo-hanza-sanmai, la dernière des quatre méditations. L’une est hodo-sanmai (méditation de la période de déploiement), qui considère les sept bouddhas et les huit bodhisattvas comme l’objet de culte. La seconde est hokke-sanmai, qui considère le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho du Sutra du Lotus comme les objets de culte. Cependant, si l’on juge d’après ce que le Hokke Sanmai Sengi énonce, la vérité est que le Sutra du Lotus devrait être l’objet de culte. Bien que l’ouvrage d'Amoghavajra*, le Manuel de Rituel au moyen de la Sagesse et du Discernement du Sutra du Lotus soit basé sur le chapitre Hoto* (XI), L’apparition de la Tour aux trésors) du Sutra du Lotus, cet ouvrage déclare que le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho sont les objets de culte, mais cela est contraire à l’intention véritable du Sutra du Lotus. Comme il est mentionné ci-dessus, le Titre est l’Objet Sacré qui est vénéré par les bouddhas des dix directions, aussi bien que par le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho. Le véritable objet de culte pour les fidèles du Sutra du Lotus est ainsi le Titre du Sutra du Lotus.

Question : Il y a dix écoles [bouddhiques] au Japon, telles que Kusha, Jojitsu, Ritsu, Hosso, Sanron, Kegon, Shingon, Jodo, Zen, et Hokke. L’objet de culte, pour ces écoles, varie. L’objet de culte dans trois écoles du Hinayana, telles que Kusha, Jojitsu, et Ritsu, est le bouddha de la Manifestation inférieure (retsu-ojin). L’objet de culte dans deux écoles, Hosso et Sanron, est le bouddha de Manifestation supérieure (sho-ojin). L’école Kegon vénère Vairocana comme son objet sacré. Vairocana est considéré comme le Corps de sagesse* du Bouddha Shakyamuni. L’objet de culte dans l’école Shingon est Vairocana-Dainichi et celui de l’école Jodo est le bouddha Amida. L’objet de culte de l’école Zen est le Bouddha qui a atteint l’Eveil sous l’arbre bodhi, nommément le Bouddha Shakyamuni. Toutes ces écoles et groupes montrent l’image de Bouddha comme leur objet de culte, mais pourquoi est-ce que l’école Hokke est la seule qui a le Sutra du Lotus comme son objet de culte  ?

Réponse : D’autres écoles montrent la statue du Bouddha comme leur objet de culte, mais l’école Hokke a sa propres raisons significatives de vénérer le Sutra du Lotus comme son objet sacré.

Question : Quelle est cette raison significative  ? Et qu’est-ce qui est supérieur : le Bouddha ou le Sutra ?

Réponse : L’objet le plus sublime doit être montré comme objet de culte. Par exemple, l’objet de culte du confucianisme, ce sont les Trois Augustes et cinq Empereurs. L’objet de culte pour le bouddhisme devrait être le Bouddha Shakyamuni.

Question : Si c’est le cas, pourquoi maintenez vous que l’objet de culte est le Titre plutôt que le Bouddha Shakyamuni  ?

Réponse : Comme on peut l’observer d’après l’interprétation des sutras mentionnés ci-dessus, cela n’est pas basé sur mon opinion personnelle et arbitraire. Le Bouddha Shakyamuni et le Grand-maître* Zhiyi* tenaient le Sutra du Lotus comme leur objet de culte. Bien que je sois apparu dans ce monde après eux, moi aussi, j’ai choisi le Sutra du Lotus comme objet de culte.

Le Sutra du Lotus est le parent du Bouddha Shakyamuni et il est, en même temps, les yeux des autres bouddhas. Le Bouddha Shakyamuni, Mahavairocana et les bouddhas des dix directions sont tous nés du Sutra du Lotus. Ainsi, il est assez naturel que leurs véritables parents soient considérés comme l’objet de culte.

Question : Sur quoi basez-vous votre argument ?

Réponse : Le Sutra Fugen, sutra qui conclut le Sutra du Lotus, énonce : "Ces sutras du Mahayana sont le trésor du Dharma des bouddhas, les yeux du Bouddha de toutes les directions, dans le passé, le présent et le futur, et aussi le germe qui produit les Ainsi-venus dans le passé, le présent et le futur", et "ces sutras de Grande Portée sont les yeux du Bouddha. Au moyen des sutras les bouddhas ont parfait les cinq sortes de vision. Les trois Corps (sanjin) du Bouddha sont nés des sutras de Grande Portée. Ceci est le sceau du Grand Dharma avec lequel l’océan de nirvana est scellé. D’un tel océan sont nés les trois Corps purs des bouddhas. Ces trois Corps de bouddhas sont le terrain de bénédiction pour les dieux et les hommes, et l’objet suprême de vénération."

Selon ces sutras, le Bouddha doit naître (comme un enfant qui naît) et le Sutra du Lotus donne naissance (comme la mère qui accouche d’un enfant). Bouddha est le corps et le Sutra du Lotus l’esprit. Par conséquent, le Sutra du Lotus est le seul Dharma qui peut insuffler l’esprit du Titre (Daimoku) dans les images de Bouddha récemment sculptées ou dans les écrits sur papier. Tenir une cérémonie pour insuffler l’esprit d’une déité dans un objet par des mudra et des mantra dharani*, et le vénérer est une terrible erreur.

Question : Quelle est la différence entre le fait d’avoir le Sutra du Lotus et le Bouddha Vairocana* comme objet de culte  ? Lequel est supérieur ?

Réponse : Selon les Grands-maîtres Kukai*, Ennin* et Enchin, le bouddha Vairocana* comme objet de culte est supérieur au Sutra du Lotus comme tel.

Question : Pourquoi cela ?

Réponse : Dans les dix stades de l’esprit du Hizo Hoyaku [La Clef précieuse du grenier des mystères], un ouvrage en trois fascicules de Kukai*, les sutras sont classés selon la profondeur de doctrine, le premier étant le niveau le plus bas et le dixième le plus élevé. Ainsi, le Sutra du Lotus occupe le 8ème rang, le Sutra Kegon* le 9ème et le Sutra Vairocana* le 10ème. Dans une version abrégée du Kongocho, ainsi que dans une version abrégée du Soshitsuji, Ennin* explique que le Sutra du Lotus occupe la seconde place après le Sutra Vairocana*, qui, lui, vient en premier. Il en est de même de l’explication d'Enchin.

Question : Quelle est votre opinion sur ces arguments ?

Réponse : Selon les jugements portés par le Bouddha Shakyamuni, le Bouddha Taho et les bouddhas des dix directions, le Sutra du Lotus doit être considéré comme le meilleur de tous les sutras, en incluant ceux qui ont été prêchés avant le Sutra du Lotus, ainsi que le Muryogi, son prologue et le Sutra Fugen, son épilogue.

Question : Les rois, vassaux, gens du peuple, aussi bien que moines des écoles Tendai et Shingon, à travers le Japon, soutiennent que Nichiren ne peut tout simplement pas se comparer avec des maîtres tels que Kukai*, Ennin* et Enchin. Quelle est votre opinion ?

Réponse : Laissez moi donner mon opinion dans ses grandes lignes, si vous le voulez bien. Tout d’abord, pensez vous que Kukai*, Ennin* et Enchin ont surpassé le Bouddha Shakyamuni et le Bouddha Taho, et d’autres bouddhas des dix directions  ? Deuxièmement, tous les habitants du Japon, depuis l’actuel empereur jusqu’au peuple en général sont les enfants du Bouddha Shakyamuni. Dans le Sutra du Nirvana, dont on dit qu’il est le testament du Bouddha Shakyamuni, il est affirmé que ce à quoi on devrait se fier et qui peut être authentifié, c’est le Dharma et non les interprétations des Grands maîtres, qui ne sont que secondes. Dire que le Sutra du Lotus est le sutra suprême est littéralement en accord avec le Dharma. Ainsi, ceux là, et même les chevaux et le bétail qui suivent les rois, les vassaux, le peuple et les moines qui embrassent l’idée selon laquelle Nichiren ne peut tout simplement pas se comparer avec les trois grands maîtres, nommément Kukai*, Ennin* et Enchin, attachent tous peu d’importance au Bouddha Shakyamuni, ou le méprisent.

Question : Est-ce que Kukai* a lu le Sutra du Lotus ?

Réponse : Il ne fait pas de doute que Kukai* a lu le Sutra du Lotus, aussi bien que les autres sutras. Cependant, il a mal interprété certains d’entre eux. Pour décider quel sutra est supérieur à l’autre, du Sutra du Lotus, du Sutra Kegon*, ou du Sutra Vairocana*, et quelle doctrine est profonde ou superficielle, Kukai* lit les passages du Sutra du Lotus et les interprète de la manière suivante : "Le Sutra du Lotus est le véritable Dharma de tout bouddha et devrait être classé comme le plus bas des sutras" (alors qu'en fait, il [le sutra] déclare qu’"il est le plus élevé de tous". Plus loin il interprète : "Yakuo, il y a beaucoup de sutras qui ont été prêchés, mais le Sutra du Lotus occupe la troisième place parmi eux" (alors qu'en fait, il [le sutra] déclare qu’" il occupe la première place parmi eux"). Ennin* et Enchin ont aussi mal interprété le Sutra du Lotus, en affirmant qu’" il occupe la seconde place". En comparaison avec les autres sutras, cependant, le Bouddha Shakyamuni, le Bouddha Taho et le bouddha Vairocana* déclarent tous que "le Sutra du Lotus est le plus excellent sutra"(réf.), et "le Sutra du Lotus est supérieur à tous les autres sutras". Puisque tel est bien le cas, quelle base choisiriez vous pour votre objet de culte  ? Est-ce que ce seraient les enseignements du Bouddha Shakyamuni et des autres bouddhas des dix directions, ou les enseignements des trois maîtres, Ennin*, Enchin ou Kukai*  ? Voulez-vous céder aux opinions des trois Grands-maîtres et agir à l’encontre des enseignements du Bouddha Shakyamuni et des autres bouddhas des dix directions, en ignorant ce qu’affirme Nichiren   ?

Question : Kukai* est originaire de l’île de Shiko. Il fut disciple de Gonso, Savant-maître* du temple Iwabuchi, dans la préfecture de Nara. Kukai* acquit une connaissance approfondie de six écoles, dont Sanron et Hosso. En mai 804, Kukai*, conformément aux ordres de l’empereur Kammu, partit en Chine (note) puis, selon les instructions de l’empereur Junso, il entra au temple Qing-lung où il étudia les enseignements du Shingon auprès de Maître Huiguo. On dit que Maître Huiguo était le moine de la septième génération après le bouddha Vairocana*(note). Bien que les moines aient changé, les enseignements du Shingon ont été transmis de génération en génération comme on verse de l’eau d’un récipient dans une autre. Bien que le récipient soit différent, l’eau qui a été transmise de Vairocana* à Vajrasattva, Nagabodhi, Vajrabodhi*, Amoghavajra*, Maître Huiguo et à Kukai* est la même. Après avoir terminé ses études avec Huiguo, Kukai* traversa la vaste étendue d’eaux et retourna au Japon. Par la suite, Kukai* enseigna les enseignements de l’école Shingon à trois empereurs, Heijo, Saga, et Junna. Le 19 janvier 823, Kukai* reçut l’autorisation de l’Empereur de bâtir le temple To-ji, à Kyoto, et il commença alors à diffuser les enseignements du Shingon autour de la région du Kansai, puis au Japon central, dans les îles de Tsukushi, Shikoku, Iki et Tsushima, et finalement, à travers tout le pays. On peut dire que ceux qui ont fait le pèlerinage dans toutes les parties du Japon, en sonnant une cloche sur un poteau de l’école Shingon, étaient tous, sans exception, des disciples de Kukai*.

Ennin*, originaire de Shimotsuke, et troisième Supérieur du temple Enraku-ji, était un disciple de Kochi, qui fut moine du temple Ono-ji, à Shimotsuke. Kochi étudia le bouddhisme auprès de Dochu, un disciple de Ganjin, et reçut ultérieurement la transmission directe de l’enseignement de Saicho*. Après avoir terminé ses études, Kochi prêcha les enseignements de l’école Tendai dans toute la région du Kanto. En 803, Ennin*, à l’âge de 13 ans, entra au Mont Hiei, où il passa 15 ans à acquérir la connaissance de six écoles, y compris l’école Hosso et l’école Sanron, et, en plus, les enseignements du Sutra du Lotus et la doctrine de l’école Shingon.

En 821, Ennin* voyagea en Chine et, pendant le règne de l’empereur Esho [Li Ang   ? ], de Chine ; il acquit la connaissance approfondie des enseignements ésotériques et exotériques sous la direction de plusieurs patriarches vertueux de l’école Tendai et de l’école Shingon, nommément Hozen, Xuanzang, Gishin*, Hogetsu, Shuei et Shion. Ennin* devint le neuvième patriarche de l’école Shingon. Après être retourné au Japon, il devint un des enseignants de l’empereur Nimmyo. Durant les périodes de Ninju et Saiko (851-857), il rédigea deux commentaires : sur le Sutra Kongo et sur le Sutra Soshitsuji. Ennin* fonda le temple Soji-in (école Tendai) au Mont Hiei et devint son troisième patriarche. C’est le moment où l’enseignement du Shingon se mélangea à l'enseignement de l’école Tendai (note).

Enchin (Chisho Daishi), originaire de Sanuki, entra au Mont Hiei en 828, à l’âge de 14 ans, et devint un disciple de Maître Gishin*, un disciple de Saicho* qui était originaire de Sagami. Enchin avait aussi voyagé en Chine avec son maître. Au Japon, Enchin étudia les enseignements de six écoles, y compris les écoles Sanron et Hosso, en plus des enseignements de l’école du Sutra du Lotus (Hokkeshu) et de l’école Shingon auprès de Maître Gishin*, d'Ennin*, d’Encho* et de Kojo*, disciple de Saicho*.

En 851, Enchin partit en Chine, conformément aux ordres de l’empereur Montoku. Sous le règne de l’empereur chinois Senshu, Enchin étudia les enseignements ésotériques et exotériques pendant sept ans sous la direction de plusieurs maîtres, par exemple, Maître Liangxu (Ryojo) et d’autres. En 859, il rentra au Japon et devint un enseignant des empereurs Montoku et Seiwa.

Ces trois maîtres, nommément Kukai*, Ennin* et Enchin, furent respectés et vénérés par les empereurs successifs et leurs sujets pour cette vie et pour la vie future, comme si ces maîtres étaient le soleil et la lune. Pour cette raison, les gens du peuple, qui n’avaient aucune connaissance du bouddhisme, se contentèrent simplement de vénérer ces trois Grands-maîtres et de croire en eux.

Dans le Sutra du Nirvana, le Bouddha Shakyamuni a donné l’avertissement suivant  : "Prenez appui sur le Dharma et non sur les personnes". (réf.) Qu’est ce qui les a conduits à avoir confiance en Kukai* et dans les deux autres, et non dans le Bouddha Shakyamuni ?

Réponse : Laissez moi expliquer comment le bouddhisme s’est propagé pendant la période de 1000 ans après le trépas du Bouddha Shakyamuni. Pendant les premiers 500 ans, le bouddhisme Hinayana se répandit, puis le bouddhisme Mahayana se propagea pendant les 500 années suivantes. Pendant cette période de temps, des controverses surgirent entre Hinayana et Mahayana, enseignements provisoires (gonkyo) et enseignement définitif (jikkyo), mais il n’y avait aucune distinction claire entre les enseignements ésotériques et exotériques.

Un millier d’années après le trépas de Shakyamuni, a commencé la période du Dharma formel (Zoho) (note). La quinzième année de cette période, le bouddhisme fut pour la première fois introduit en Chine. Aux étapes initiales, il y eut des controverses entre confucianisme et bouddhisme sur la question de savoir quelle était la religion supérieure, et cela n’aboutit à aucune conclusion positive. Pendant ce temps, le bouddhisme se propagea peu à peu, ce qui provoqua des controverses entre hinayanistes et mahayanistes, et entre enseignements provisoires (gonkyo) et définitif (jikkyo). Mais, en réalité, il n’y avait pas de grandes différences entre eux. Six cents ans après que le bouddhisme fut introduit en Chine, sous le règne de l’empereur Genso, trois Maîtres, Shubhakarasimha*, Vajrabodhi* et Amoghavajra*, vinrent d’Inde et fondèrent l’école Shingon. En conséquence, les écoles Kegon et Hokke devinrent extrêmement impopulaires. Depuis les empereurs jusqu’au peuple en général, chacun avait l’impression que l’enseignement Shingon et le Sutra du Lotus étaient aussi différents que la lumière et l’obscurité. A l'ère Wado (708-715) naquit Zhanlan* [711-782]. Bien qu’il ait considéré que le Sutra du Lotus était supérieur au sutras de l’école Shingon, il considéra aussi qu’il n’était pas besoin d’en faire état. Par conséquent, les gens furent dans l’impossibilité de savoir quelle école était supérieure, l’école Hokke ou l’école Shingon.

Le bouddhisme fut pour la première fois introduit au Japon à partir de la Corée pendant le règne du 30ème empereur Kimmei. Pendant 30 ans, ou à peu près, après son introduction, il y eut des controverses sur les différences entre le shintoïsme et le bouddhisme. Le bouddhisme fut initialement propagé à travers tout le Japon par le prince Shotoku sous le règne du 34ème empereur, Suiko [593-628]. Les grands moines Hyekwan (Ekan) et Kwalluk (Kanroku) vinrent de Corée au Japon et propagèrent l’école Sanron. Sous le règne de l’empereur Mommu, le moine Dosho [629-700] voyagea en Chine et ramena au Japon les enseignements du Zen. Pendant la période de l’empereur Tenmu, le moine coréen Chipong (Chiho) introduisit l’école Hosso au Japon. Le moine Shubhakarasimha* introduisit le Sutra Vairocana* sous le règne de l'impératrice Gensho [681<715-723]. Cependant, sa diffusion échoua. Sous le règne de l’empereur Shomu [724-749], le Grand-maître* Simsang (Shinjo) et le moine supérieur Roben introduisirent l’école Kegon. Sous le gouvernement du 46ème empereur, Koken [749-758], le moine Ganjin introduisit l’école Ritsu et le Sutra du Lotus. Cependant, Ganjin fit peu de cas des enseignements du Sutra du Lotus et ne propagea que l’école Ritsu.

En juillet 804, le Grand-maître* Saicho* sur instruction de l’empereur Kammu, partit en Chine, où il rencontra le moine Daosui (Dosui) et le Grand-maître* Xingman (Gyoman), qui étaient tous les deux des disciples du Grand-maître* Zhanlan*. Sous leur supervision, le Grand-maître* Saicho* étudia l’enseignement du Maka Shikan de l’école Hokke et apprit aussi les Règles de conduite des bodhisattvas, qui avaient été enseignées par le Grand-maître* Daoxuan, fondateur de la branche Nanchan de l'école Lu (Ritsu) en Chine. Le Grand-maître* Saicho* reçut également, du moine Shunxiao, l’initiation ésotérique de l’école Shingon. Après être retourné au Japon, le Grand-maître* Saicho* ne propagea pas les enseignements de l’école Shingon. A la place, il rechercha les enseignements du Sutra Vairocana* et du Sutra du Lotus pour déterminer quel sutra était supérieur. Il s’était aperçu, en effet, que les lettrés chinois ne lui fourniraient pas la réponse. Le Grand-maître* Saicho* en vint à la conclusion que le Sutra Vairocana* de l’école Shingon était inférieur au Sutra du Lotus, et aussi que certaines idées de l’école Tendai étaient incorporées dans le Commentaire sur le Sutra Vairocana*, en particulier, par Yixing.

Probablement parce qu'il éprouvait du ressentiment devant le fait que les sutras du Shingon étaient méprisés et, en partie, parce qu'il voulait redresser l'honneur de ce sutra, le Grand-maître* Kukai* fit une fausse déclaration aux gens selon laquelle le Sutra du Lotus était inférieur, non seulement au Sutra Vairocana*, mais aussi au Sutra Kegon*. Si les Grands-maîtres Ennin* et Enchin n’avaient pas donné beaucoup d’importance aux enseignements des sutras Shingon, et si le Grand-maître* Kukai* s’était abstenu de les diffuser au Mont Hiei et au temple Onjo-ji, on aurait pu éviter que son jugement erroné se répande dans tout le Japon. Les Grands maîtres Ennin* et Enchin ne reconnaissaient pas les sutras de l’école Kegon comme supérieurs au Sutra du Lotus. Cependant, ils apportèrent leur soutien à l’affirmation du Grand-maître* Kukai* selon laquelle le Sutra Vairocana* de l’école Shingon était supérieur au Sutra du Lotus, bien qu’ils appartinssent à l’école Tendai. Ainsi, sans le savoir, ils devinrent l’ennemi du Grand-maître* Saicho* qui avait fondé l’école Tendai au Japon.

Depuis lors, de nombreux moines intelligents et de grande vertu apparurent au Japon, mais, malheureusement, ils furent loin d’avoir le même niveau que ces trois Grands-maîtres (Kukai*, Ennin* et Enchin). Pendant 400 ans, de cette époque à ce jour, les Japonais ont ainsi décidé que le Sutra Vairocana* de l’école Shingon est supérieur au Sutra du Lotus. Cette impression a prévalu pendant 400 ans et continue aujourd’hui. Même s’il y avait quelqu’un qui estimait que le Sutra du Lotus surpasse les sutras de l’école Tendai, il ne pourrait pas le reconnaître, par peur de représailles des puissants et influents moines du Mont Hiei et du temple Ninna-ji. Même si, par hasard, quelqu’un soutenait que le Sutra du Lotus et le sutra de l’école Shingon sont au même niveau, il serait humilié et ridiculisé par les gens de l’école Shingon. Ces derniers contreraient cette affirmation en déclarant que c'est "une erreur indéniable" et l’ignoreraient complètement. Pour ces raisons, tous les temples au Japon, dont le nombre se monte à des centaines de milliers, devinrent affiliés à l’école Shingon. Même s’il y avait un temple où les enseignements de l’école Shingon et ceux du Sutra du Lotus étaient exposés, les premiers recevraient la priorité sur les seconds. Personne n’exposera les enseignements du Sutra du Lotus parce que tous les moines supérieurs des temples du Japon, aussi bien que le supérieur du Mont Hiei, sont membres de l’école Shingon. Comme tous les gens de haute classe appartiennent à l’école Shingon, les gens de basse classe qui ont tendance à suivre les pas des gens de haute classe, sans exception naturellement, sont devenus des fidèles de l’école Shingon. Les Japonais peuvent bien lire avec leurs lèvres que le Sutra du Lotus est le premier, mais, dans leur esprit, il occupe la seconde ou la troisième place et ils l’exprimeront ainsi par les mots et par leurs corps. Personne ne mentionnera le Sutra du Lotus comme le sutra suprême et ne le traitera comme tel par les paroles, le corps et la pensée. Seul le Grand-maître* Zhiyi* le fit. Il est difficile de croire qu’il y aura des fidèles qui soutiendront le Sutra du Lotus. Le chapitre X (Maître du Dharma) du Sutra du Lotus, déclare : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore après son trépas  ? "(réf.) Le Sutra du Lotus est devenu l’ennemi des empereurs et du peuple pendant la période des Derniers jours du Dharma.

Je suis le fils d’un pêcheur du district de Nagasa Tojo dans la province de Awa. Recherchant la religion et l’éducation, je suis entré au temple Kiyosumi de mon district, à l’âge de 11 ans. Cependant, comme ce temple, à cause de son éloignement, n’était pas dirigé par des moines de bon niveau, j’ai fait des pèlerinages à travers tout le pays et je me suis éduqué moi-même sur différents sutras de plusieurs dénominations religieuses. A cause de mon immaturité, ce fut une tâche difficile pour moi de comprendre en profondeur les origines, les mérites et les théories des sutras des différentes écoles. A la suite de mes recherches, je suis arrivé à la conclusion suivante :

a) L’école Kusha (note) a une doctrine superficielle. Ils propagent les enseignements du Hinayana.

b) L’école Jojitsu. Ses enseignements, dans lesquels les doctrines du Mahayana et celles du Hinayana sont mélangées, a de nombreux défauts.

c) L’école Ritsu a initialement enseigné les enseignements du Hinayana et a exposé plus tard les enseignements du Mahayana provisoire*. Maintenant, ils croient qu’ils exposent les enseignements véritables du Mahayana.

d) Une autre école Ritsu, qui fut transmise au Grand-maître* Saicho* par le moine Daosui (Dosui) n’est pas identique à l’école Ritsu mentionnée ci-dessus.

e) L’école Hosso, dans les premiers temps, exposait les enseignements superficiels du Mahayana provisoire* (note), mais elle s’améliora progressivement, se rangeant au nombre des enseignements du Mahayana véritable et elle finit par rejoindre une aussi grande école que l’école Tendai, basée sur les enseignements du Mahayana.

f) L’école Sanron, qui affirme que l’ultime réalité est révélée par la négation, est une école qui appartient au Mahayana provisoire*, mais ses membres sont convaincus qu’ils exposent les enseignements du Mahayana véritable.

g) L’école Kegon, même si elle expose les enseignements du Mahayana provisoire*, dépasse toutes les autres écoles religieuses, comme une personne qui remplace l’Empereur ou le premier conseiller de l’Empereur. Mais elle proclame que le Sutra du Lotus est son ennemi, et ainsi c’est comme si un serviteur se rebellait contre l’Empereur.

h) L’école Jodo, un des enseignements du Mahayana provisoire*, selon les habiles moines Shandao et Honen, proclamait que : (1) Les gens du peuple auront des difficultés à comprendre la plupart des sutras, à l’exception des trois sutras de la Terre Pure, nommément les sutras Muryoju, Kammuryoju et Amida. (2) Les masses avaient été tout à fait capables de comprendre le bouddhisme pendant les périodes du Dharma correct (Shoho) et la période du Dharma formel (Zoho) (3) Les gens de la période de la fin du Dharma (Mappo) sont destinés à avoir une intelligence limitée et auront de la difficulté à comprendre le bouddhisme. C’est pourquoi le Nembutsu devra être répandu.

Bien qu’ils aient échoué à distinguer les enseignements corrects des enseignements erronés, ils furent assez impudents pour réfuter tous les sutras des autres écoles bouddhiques. L’école Jodo abandonna le travail de toute une vie du Bouddha Shakyamuni et fonda l’école de la "Terre pure" basée sur sa popularité dans le peuple. Au sens figuré, elle loue l’esprit des insensés et se débarrasse des vrais sages.

i) L’école Zen proclame qu’il y a un Dharma véritable autre que tous les écrits du Bouddha Shakyamuni. Une pensée aussi insensée revient à abandonner les enseignements de Shakyamuni et à respecter vos propres idées. C’est comme tuer ses propres parents et donner une position importante au fils, ou bien à tuer son maître et prendre sa place.

j) L’école Shingon, non seulement s’est éloignée de la vérité, mais leurs [ses] voix ont été extrêmement injustes. Ils ont caché profondément leurs racines, de sorte que ceux qui ont une intelligence superficielle ne pouvaient pas les distinguer. Ils ont trompé les gens pendant longtemps. Tout d’abord, il n’y a pas d’école Shingon en Inde, mais l’école Shingon du Japon prétend qu’il y en a une dans ce pays. Où est la preuve   ? Le Sutra Vairocana*, qui est le sutra cardinal pour l’école Shingon, est venu de l’extérieur ici au Japon. En comparaison avec le Sutra Vairocana*, le Sutra du Lotus l’emporte sur le Sutra Vairocana* sur sept points. Comme les preuves se trouvent dans les deux sutras, je ne vais pas en faire un commentaire. L’école Shingon prétend que le Sutra Vairocana* est supérieur au Sutra du Lotus par deux ou trois facteurs. Cependant c’est une idée absurde et erronée.

Par exemple, il est comparé à Ryuso, un guerrier de bas niveau de la dynastie Han, qui força l'empereur des Qin (Ziying) à s'enfuir à cheval quand la dynastie Qin fut écrasée. Il est aussi comparé à Choko, un autre guerrier de bas niveau ourdissant un complot et accédant au trône, et au brahmane Grand-Arrogance (Daiman), utilisant la statue du Bouddha Shakyamuni pour fabriquer un siège et s’asseyant dessus.

Personne, en Chine, n’est au courant de tels incidents, et, bien que 400 ans se soient écoulés depuis l’introduction de l’école Shingon au Japon, personne n’a de méfiance à l’égard de ses enseignements. Ainsi, le critère de jugement sur les enseignements bouddhistes est devenu hasardeux et obscur, si peu nombreux sont ceux qui pouvaient prononcer un jugement honnête pour savoir si un enseignement bouddhiste était correct ou erroné. Il en résulta des implications en politique intérieure, qui ont mené, à la fin, à l’invasion du Japon par une puissance étrangère. Comme j’étais la seule personne à être consciente de cette situation, je compilais d’importants passages des écritures bouddhiques dans un ouvrage appelé Rissho-ankoku-ron en une tentative pour pour sauver la nation et le Dharma. J’offris ce traité à Hojo Tokiyori, régent du bakufu de Kamakura, mais, comprenant que les officiels à l’intelligence limitée ne seraient pas capables de le comprendre, je pris sur moi de l’expliquer.

Le 82ème empereur Go-Toba abdiqua et devint moine bouddhiste. De sa retraite, l’empereur Go-Toba captura et tua Ida Taro, le gouverneur de Kyoto le 15 mai 1222, premier pas dans une tentative pour renverser le régime de Kamakura de Hojo Yoshitoki.

Il mobilisa alors des guerriers dans tout le pays en vue d’annihiler le régime des Hojo par la force. Au contraire, il fut battu et finalement exilé dans l’île d’Okinoshima. De ses deux fils, l’empereur Juntoku fut envoyé à l’île de Sado, et l’autre, le précédent empereur Tsuchimikado, fut exilé à Awa. Et les sept subordonnés de Go-Toba furent tous décapités. Pourquoi Go-Toba a-t-il perdu la bataille d’une telle manière  ? Comme ancien empereur, Go-Toba aurait dû être capable de détruire Hojo Yoshitoki, un officiel de bas niveau, comme le faucon attrape un faisan, ou un chat capture un rat, mais ce fut exactement le contraire.

Dans l’espoir de prendre une revanche sur le gouvernement shogunal de Kamakura, le camp de la cour impériale s’était concentré sur un rite de prière conduit par Jien, moine supérieur de l’école Tendai, par un moine supérieur de l’école Shingon, par le supérieur du temple Ninna-ji (note) et par le supérieur du temple Onjo-ji, avec une grande assistance de moines de grande vertu venus des 15 grands temples de Nara. Ce rite, basé sur les quinze méthodes ou pratiques ésotériques, instaurées comme la Grande Loi du Shingon par les Grands-maîtres Kukai*, Ennin* et Enchin, fut accompli du 15 mai au 14 juin. En plus de ce rite, une autre session de prières, basée sur la grande prière ésotérique de l’école Shingon, qui n’avait été exécutée qu’en trois occasions au Japon, fut conduite par le prince impérial (dajo) (note), le supérieur du temple Ninna-ji, à partir du 8 juin, dans le Hall des Cérémonies d’Etat (Shishinden). En dépit de la tenue de telles sessions de prières, les forces du bakufu de Kamakura attaquèrent Kyoto le 14 juin et capturèrent les trois ex-empereurs, qui furent exilés dans différentes îles, et décapitèrent les sept subordonnés. Les soldats du bakufu mirent le feu au Palais impérial et le brûlèrent. Ce ne fut pas tout. Ils capturèrent Setaka, le fils bien-aimé du Prince impérial, qui vivait dans le temple Ninna-ji, et le décapitèrent. Ils tuèrent aussi sa mère, avec beaucoup d’autres gens qui croyaient en les enseignements de l’école Shingon (note).

Les prières secrètes de l’école Shingon étaient les suivantes :

1) Ichiji Konrin ho (dharani du cercle d'or). Un culte à ce mandala est rendu pour empêcher l’empoisonnement, éviter les mauvais esprits et écarter les désastres.
2) Shitenno ho (Les Quatre rois Célestes).
3) Fudomyo ho (L'Inébranlable, Acala).
4) Daiitoku ho (Grande Vertu) (note).
5) Temborin ho (Mise en branle de la Roue du Dharma).
6) Myoirin ho (Roue de la satisfaction des désirs).
7) Aizen-o ho (Rituel dédié à Aizen, le dieu de l’Amour).
8) Butsugen ho (Rite accompli dans le but d’arrêter les calamitiés).
9) Rokuji ho (Nom en six caractères du Bouddha Amida).
10) Kongo Doji ho (Une déité sous la forme d’un garçon à l’apparence furieuse représenté dans le mandala du Monde de la matrice).
11) Sonjoo ho (Rituel dédié à l’Auguste-Etoile-du-Ciel) (note). Ce rite ésotérique, traditionnellement exécuté au temple Onjo-ji, est dédié à Myoken, déification de la Grande Ourse (hokuto shichisei) – comme prière pour la longévité et l’élimination des catastrophes.
12) Taigen (Rituel exécuté au Palais impérial du 8 au 14 du premier mois dans le but de prier pour la longue vie de l’Empereur et la paix de l’Etat).
13) Le Sutra Shugo (Sutra de la protection du souverain de la nation)
et trois autres.

Le but de ces prières était de maudire les ennemis de l’Etat et des empereurs  ; de prendre la vie des ennemis et d’envoyer leurs esprits dans la Terre Pure de glorification mystique où réside le Bouddha Mahavairocana. Ceux qui ont accompli ce rite étaient au nombre de 41 moines, parmi lesquels des moines supérieurs, tels l'administrateur général des moines (daisojo) de l’école Tendai, le moine Jien, du Mont Hiei, le supérieur Shingon, le prince impérial (dajo), qui était l'administrateur général du temple Ninna-ji, et le supérieur Ryoson, du temple Jojyuin, sans parler des 300 moines environ qui accompagnaient les moines supérieurs mentionnés ci-dessus.

Bien que les prières au moment de ce rituel, et les moines offrant ces prières, tout comme la période pendant laquelle ces prières furent offertes, fussent tous conformes, pourquoi donc le camp de la cour Impériale fut-il vaincu dans les batailles  ? Même s’ils n’avaient pas gagné, pourquoi ont-ils perdu si vite et apporté le déshonneur sur eux-mêmes  ? Personne ne sait. Puisque le camp de la cour impériale essayait de réprimer ses sujets rebelles, c’est comme un faucon qui attrape un oiseau. Même s’ils ont été battus, pourquoi n’ont-ils pas pu tenir pendant une année ou deux, ou même pendant dix à vingt ans  ? Au contraire, ils tinrent seulement pendant un peu plus de 30 jours, l’affaire commençant le 15 mai et finissant le 14 juin. Par contre, Hojo Yoshitoki, à Kamakura, n’avait aucune connaissance du tout de cette affaire à Kyoto. Aussi, il n’offrit-il point de prières et ni ne fit de préparatifs pour la bataille.

Moi [Nichiren], je suis arrivé à la conclusion, après avoir ré-examiné cet incident, que le camp de la cour impériale a perdu la guerre parce qu’ils ont adressé des prières selon les principes de l’école Shingon qui sont erronés, mensongers et déviés. Même s’il n’y avait eu qu’une personne pour offrir une prière à une loi aussi peu fiable, cette prière pourrait causer un tel désastre que même une nation pourrait être ruinée – à plus forte raison quand le dirigeant adresse des prières, à l’unisson avec 300 moines, au Dharma de l’école Shingon qui considère le Sutra du Lotus comme son plus grand ennemi  ! C’était une conséquence inévitable que le camp de la cour impériale ait été battu.

Les années passant, les enseignements erronés de l’école Shingon qui ont causé la catastrophe, se sont progressivement répandus dans la région de Kanto, où les moines du Shingon, devenus des administrateurs de grands temples, ont commencé à propager leur enseignements erronés. Dans cette région, la plupart des gens qui sont issus de samouraïs rustres n’ont ni la connaissance, ni la capacité pour comprendre la différence entre enseignements véritables et enseignements faux, mais ils croient simplement que les Trois trésors, - le Bouddha, le Dharma et le Sangha, devraient être respectés. Ainsi, ils sont devenus naïvement des fidèles de l’école Shingon.

Comme le temps passait, la région de Kamakura fut à nouveau sur le point d’être envahie par une puissance étrangère à cause des enseignements erronés de l’école Shingon. Le gouvernement shogunal de Kamakura exerçait sa juridiction, non seulement sur l’ensemble des régions de Kanto, mais il avait aussi pris le cotrôlle du temple Enryaku-ji au Mont Hiei, du temple To-ji à Kyoto, du temple Onjo-ji dans la préfecture de Shiga, et des sept temples principaux de Nara. En conséquence, le dirigeant du gouvernement shogunal de Kamakura, avec sa famille et tous les dignitaires et moines supérieurs de ces temples, sont devenus des fidèles de l’école Shingon, tout juste comme l’ex-empereur Go-Toba, qui était exilé dans l’île d’Oki, avait été un fidèle de l’école Shingon.

Le dirigeant d’un pays, qu'il s’agisse d’un grand ou d’un petit pays, est choisi à la discrétion de Bonten, de Taishaku, Nitten, Gatten et des quatre Rois du Ciel.

Ces Etres célestes ont fait le vœu de punir sur le champ quiconque est un ennemi du Sutra du Lotus. Pour cette raison, [voici ce qui arriva]. Taira no Kiyomuri, le chef des Heike, eut son petit-fils Antoku comme 81e empereur et, afin de subjuguer Yoritomo, le chef des Minamoto, Kiyomori soutint le temple Enrakyu-ji, sur le Mont Hiei, comme leur temple protecteur, et il soutint aussi le sanctuaire de Sanno dans la ville d’Ohtsu comme leur sanctuaire protecteur (note). Ses efforts, cependant, furent loin d’être récompensés  ; l’empereur Antoku fut noyé dans la mer de Dan-no-ura, le bras de mer situé entre l’île Tsukushi et le Japon central, et Myoun, le moine supérieur du temple Enrakyu-ji, fut tué par Kiso Yoshinaka, du clan Minamoto, commandant en chef d’une force expéditionnaire contre les Heike. Tous les membres du clan Heike furent anéantis d’un seul coup. La chute des Heike et la guerre civile de la période de Jokyu sont la preuve que la croyance en la fausse loi de l’école Shingon a mené [son adepte] à sa perte.

Le rite exécuté pour vaincre les Mongols par les prières est le troisième incident. Ils [Les gens du pouvoir] avaient ignoré ma remontrance [les incitant] à ne pas s’engager dans un rite pour maîtriser et soumettre les Mongols comme démons ou adversaires. Le chapitre XXV du Sutra du Lotus, déclare  : "et le préjudice rebondira sur l’auteur" (réf.), qui signifie que ceux qui maudissent quelqu’un seront maudits. De ce point de vue, recevoir une insulte devrait être pris comme un bienfait ou une faveur du Bouddha, et ainsi il n’y a pas de doute que le Sutra du Lotus est le seul chemin qui mène à l’Eveil. Minamoto Yoritomo fut capable de battre les Heike par les mérites qu’il accumula à travers ses pratiques quotidiennes du Sutra du Lotus. Ceci est la preuve manifeste que nous pouvons recevoir des bienfaits divins en ce monde.

Grâce à mes parents et à mon maître, qui tous sont morts et partis maintenant, je fus capable de comprendre cette vérité. Celui qui m’a enseigné, Maître Dozen, qui avait peur de Tojo Kagenobu, seigneur d’un domaine et adepte d’Amida, me témoignait haine et mépris comme si j’étais son ennemi parce que je propageais le Sutra du Lotus – bien qu’il ressentît de la compassion pour moi au tréfonds de son cœur. A l’époque, par ouï-dire, j’ai appris que Maître Dozen commençait à croire au Sutra du Lotus, mais s’il y crut au moment de sa mort est incertain. Cela est préoccupant. Il n’est certainement pas en enfer, mais il est inimaginable qu’il ait quitté le cycle de naissance et de mort. Il est extrêmement regrettable de penser qu’il erre dans le monde intermédiaire entre les mondes présent et futur. A l’époque où Tojo Kagenobu projetait de me tuer, le 28 avril 1253, vous, Joken-bo et Gijo-bo m’escortèrent hors du temple Kiyosumi. Bien que rien ne soit arrivé, votre action doit être considérée comme un service au Sutra du Lotus. Ainsi, vous et Gigo-bo, vous pouvez être en état de quitter le cycle de naissance et mort.

Cela fait environ 2 200 ans depuis que le Bouddha Shakyamuni a prêché, mais pas une seule personne dans ce monde n’a diffusé ce Gohonzon et les enseignements du Bouddha Shakyamuni. Le Grand-maître* Zhiyi*, de Chine, et le Grand-maître* Saicho*, du Japon, sont au courant de ce Gohonzon, mais il n’ont fait aucun effort pour le diffuser. En cette période de Mappo, ce Gohonzon devrait être diffusé. Bien qu’il soit prédit dans le Sutra du Lotus que les bodhisattvas primordiaux, Surgis de Terre, tels Jogyo et Muhengyo apparaîtraient dans ce monde et propageraient ce Gohonzon, ils ne sont pas encore apparus à cette date. Je suis bien averti que je ne suis pas l’un d’eux, mais je me suis engagé dans les activités de diffusion des enseignements du Sutra du Lotus comme leur éclaireur. Et j’ai prouvé à un tel point que je suis la cible à attaquer, comme il était indiqué dans le passage du chapitre X (réf.) du Sutra du Lotus, prédisant que ceux qui s’engageraient dans la diffusion des enseignements du Sutra du Lotus rencontreraient, à coup sûr, une cruelle persécution. Je voudrais faire des prières pour que ces mérites que j’ai reçus à travers la persécution religieuse soient transférés à mes parents, à mon maître et tous les êtres en ce monde. Ce document est rédigé pour éclaircir vos doutes et vous conseiller, Joken-bo, pour que vous n’attachiez aucune importance à la religion du Shingon, du Nembutsu et autres, et que vous vénériez de façon fervente seulement le Texte du Sutra du Lotus pour l’après-vie.

Signé :

Nichiren

Références :

D’après une traduction du japonais en anglais publiée sur le site : http : //www.butsuryushu.org/study/selected-writings-of-nichiren-sh/honzon-mondo-sho/odyframe.htm
et reproduite également sur le site
http : //www.geocities.com/chris_holte/Buddhism/Gosho/honzonmondosho.htm

voir aussi
http : //www.geocities.com/chris_holte/Buddhism/IssuesInBuddhism/gohonzon.html#pandora

Ce gosho a longtemps été occulté par le Taisekiji. Il s'agit d'un mondo (questions-réponses) sur le Véritable objet de vénération. Nichiren n'y fait aucune allusion à un quelconque "Dai-Gohonzon". Ce gosho apparaît toutefois sur la liste de Nikko en tant qu'un des dix écrits principaux. En outre il est écrit environ 18 mois avant la mort de Nichiren et donc après la prétendue date de l'inscription du ''Dai-Gohonzon''.

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