Le tambour à la porte du Tonnerre

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 5, p. 315 ; SG* p. 958.
Gosho Zenshu p. 1315 - Raimon no tsuzumi Gosho (Sennichi ama gozen gohenji)

Minobu, 19e jour du 10 mois (intercalaire) 1278, à Sennichi-ama

 

J'ai bien reçu un kan de pièces de monnaie seifu, un to [18 litres] de riz sec, et les autres articles. Tokusho Doji, pour avoir offert un pâté d'argile au Bouddha, renaquit sous la forme du roi Ashoka, et une vieille femme qui avait fait au Bouddha l'offrande d'un gâteau de riz, renaquit sous celle d'un pratyekabuddha (note).

Le Sutra du Lotus est le maître de tous les bouddhas des dix directions et des trois phases de la vie. Les bouddhas des dix directions sont le bouddha Zentoku, à l'est, le bouddha Muutoku au sud-est, le bouddha Sendantoku au sud, le bouddha Hose au sud-ouest, le bouddha Muryomyo à l'ouest, le bouddha Ketoku au nord-ouest, le bouddha Sotoku au nord, le bouddha Sanjogyo au nord-est, le bouddha Koshutoku au zénith, et le bouddha Myotoku au nadir.

Les bouddhas des trois phases de la vie sont les mille bouddha du kalpa de gloire passée, les mille bouddha de l'actuel kalpa de sagesse, et les mille bouddhas du futur kalpa de constellation, ainsi que tous les autres bouddhas dépeints dans les sutras du Mahayana et du Hinayana, provisoires et définitifs, exotériques et ésotériques, y compris les sutras Kegon*, du Lotus et du Nirvana. Ces bouddhas, tout comme les bodhisattvas des mondes des dix directions aussi nombreux que des grains de poussière, ont tous leur origine dans le seul caractère Myo [mystique ou merveilleux] du Sutra du Lotus.

Par conséquent, le Sutra Fugen, l'épilogue du Sutra du Lotus (note), dit  : "Les trois Corps illuminés de la vie du Bouddha naissent de hodo." Le terme hodo vient d'un mot ancien de l'Inde et fut traduit en Chine par "grand véhicule". Mahayana [Grand Véhicule] désigne le Sutra du Lotus. Les sutras Agama*, quand on les compare aux écrits non bouddhiques, sont considérés comme des sutras du Mahayana (note). De même, les sutras Kegon*, Hannya*, Vairocana* et autres, comparés aux sutras Agama*, sont considérés comme des sutras du Mahayana  ; mais ils tombent à leur tour dans la catégorie des sutras du Hinayana, celle des sutras d'un véhicule de moindre importance, lorsqu'on les compare au Sutra du Lotus. Parce que nul sutra ne dépasse le Sutra du Lotus, il est le seul et l'unique sutra du Mahayana.

Ainsi, chacun des rois des quatre-vingt-quatre mille pays du Jambudvipa est appelé grand roi dans son pays. Mais, lorsqu'on les compare à des rois-faisant-tourner-la roue, on les appelle des petits rois. De même, chaque roi des six ciels du monde des désirs, et des quatre ciels de la méditation, peut être appelé indifféremment grand roi ou petit roi [selon la personne à qui il est comparé] ; mais le roi Daibonten, qui réside au sommet du monde de la forme, est l'un des grands rois qu'il est impossible d'appeler roitelet.

[Il y a entre le Sutra du Lotus et un bouddha le même rapport qu'entre des parents et leur enfant.] Le Sutra du Lotus représente les parents, et un bouddha, l'enfant. Si l'on fait l'éloge des parents de mille enfants, ces mille enfants s'en réjouissent. Si l'on fait des offrandes à ces parents, on fait des offrandes à leurs mille enfants également. Celui qui fait des offrandes au Sutra du Lotus recevra un bienfait équivalent à celui qu'il obtiendrait en faisant des offrandes à tous les bouddhas et bodhisattvas des dix directions, parce que tous les bouddhas des dix directions ont leur origine dans le seul caractère Myo. Imaginez qu'un lion ait cent lionceaux. Si le roi lion voit ses lionceaux attaqués par d'autres bêtes sauvages, ou par des oiseaux de proie, il rugit ; les cent lionceaux se sentent alors rassurés, et la tête des autres animaux sauvages ou des oiseaux de proie se brise en sept morceaux. Le Sutra du Lotus est comme le roi lion qui règne sur tous les autres animaux.

Une femme qui a confiance dans le roi lion du Sutra du Lotus n'a plus besoin d'avoir peur des monstres de l'enfer, de l'avidité et de l'animalité. Toutes les oppositions commises par une femme en cette vie sont comme de l'herbe sèche, et le seul caractère Myo du Sutra du Lotus est comme une petite étincelle. Une seule étincelle suffit pour mettre le feu à une vaste étendue d'herbe, et non seulement l'herbe, mais aussi les grands arbres et les grands rochers seront brûlés. Tel est le pouvoir du feu de la sagesse contenu dans le seul caractère Myo. Non seulement toutes les fautes s'effaceront, mais elles deviendront sources de bienfait. C'est ce que signifie "Changer le poison en élixir" (hendoku iyaku). Par exemple, la laque noire deviendra blanche si l'on y ajoute de la poudre blanche. Les fautes d'une femme sont comparables à cette laque, et les mots Namu Myoho Renge Kyo, à de la poudre blanche.

Quand une personne meurt, si elle est destinée à tomber en enfer, son teint devient noirâtre, et son corps, aussi lourd qu'une pierre qu'il faudrait mille hommes pour déplacer. Mais s'il s'agit d'une personne dont la foi est sincère, même si c'est une femme de très grande taille et de teint foncé, au moment de sa mort, son visage rayonnera de pureté, et son corps sera aussi léger qu'une plume d'oie, aussi doux et malléable que du coton.

Il faut parcourir mille ri en traversant mer et forêts pour venir de Sado jusqu'à cette province. Vous êtes une femme, et vous avez fermement maintenu votre foi dans le Sutra du Lotus  ; au fil des ans, très souvent, votre mari est venu me voir de votre part. Il est certain que le Sutra du Lotus, Shakyamuni, Taho et tous les autres bouddhas des dix directions connaissent votre ferveur. Par exemple, bien que la lune, dans le ciel, se trouve à une hauteur de quarante mille yojana, sur la terre, à la surface d'un étang, son reflet apparaît instantanément  ; et le son du tambour à la Porte du Tonnerre (note) est immédiatement entendu à dix millions de ri de là. Même si vous êtes restée à Sado, votre cœur est venu dans cette province.

C'est exactement de la même manière que l'on devient bouddha. Nous vivons sur la Terre impure Saha, mais notre esprit réside au Pic du Vautour. Voir physiquement le visage d'un autre n'est pas en soi le plus important. Ce qui compte, chez une personne, c'est le cœur. Rencontrons-nous un jour au Pic du Vautour, où réside le Bouddha Shakyamuni.

Namu Myoho Renge Kyo,
Namu Myoho Renge Kyo.

Avec mon profond respect,
Nichiren

Le dix-neuvième jour du dixième mois intercalaire de la première année de Koan (1278).

ARRIERE-PLAN. - Ce gosho fut écrit au Mont Minobu, le dix-neuvième jour du dixième mois (intercalaire) de 1278, alors que Nichiren Daishonin était âgé de cinquante-sept ans.
Il était adressé à Sennichi-ama, qui vivait sur l'île de Sado. Alors que Nichiren Daishonin y était en exil, Sennichi-ama était devenue une adepte de son enseignement, en même temps que son mari Abutsu-bo. Le couple le servit avec dévouement, lui apportant de la nourriture, du papier pour écrire et d'autres objets et denrées de première nécessité, pendant plus de deux ans, jusqu'à son pardon et son départ de l'île, en 1274, pour Kamakura. Lorsque Nichiren Daishonin eut quitté Kamakura pour le Mont Minobu, Sennichi-ama lui envoya son mari avec des dons, depuis l'île lointaine de Sado, en trois occasions. (Commentaire ACEP)


En anglais : The Drum at the Gate of Thunder

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=948&m=1&q=Gate%20of%20Thunder
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_DrumGateThunder.htm

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