Hakuin Ekaku
(1686-1769)


Réponse du Maitre Zen Hakuin à la nonne de l’école du Lotus (Nichiren)

http://www.thezensite.com/ZenTeachings/Translations/HakuinLetter.htm
https://terebess.hu/zen/hakuin1.html
http://campross.crosswinds.net/library/Hakuin.html

Translated by Philip B. Yampolsky
The Zen Master Hakuin: Selected Writings
Columbia University Press: New York. 1971 edition, pp. 86-123

Traduction et anotations par nichiren-études

N'étant pas spécialistes du Zen, nous vous serions reconnaissants de nous signaler les erreurs
fleurs.dharma@orange.fr

 

Le 25ème jour du onzième mois d'Enkyo (1747)

Cet automne, lors de mes conférences sur le Sutra du Lotus, j'ai dit qu'en dehors de l'esprit il n'y avait pas de Sutra du Lotus et qu'en dehors du Sutra du Lotus il n'y avait pas d'esprit. Trouvant étrange ce que vous avez entendu, vous m'avez écrit pour me demander de vous expliquer le principe que j'ai exposé et de vous faire part de tout autre point pertinent. Dans cette lettre, je traiterai en grande partie de l'importance de ce que j'ai dit, et je vous demande de lire et relire ce que j'écris, dans l'espoir que cela vous donnera satisfaction. (anglais)

Je dis toujours, en effet : « En dehors de l'esprit, il n'y a pas de Sutra du Lotus et en dehors du Sutra du Lotus, il n'y a pas d'esprit. En dehors des dix mondes-états de l'existence, il n'y a pas d'esprit et en dehors des dix mondes de l'existence, il n'y a pas de Sutra du Lotus. C'est le principe ultime et absolu. Ce n’est pas seulement moi, mais tous les tathagatas des trois phases de la vie et tous les sages érudits du monde entier, lorsqu'ils ont atteint la compréhension ultime, tous ont prêché cela. La portée essentielle du Sutra du Lotus réside incontestablement en cela. Il existe quatre-vingt-quatre mille autres portes du bouddhisme, mais ce sont des enseignements provisoires qui ne peuvent être considérés que comme des expédients (hoben). Lorsque la Réalité ultime est atteinte, tous les êtres sensibles (ujo) et tous les tathagatas des trois phases, les montagnes, les rivières, la Grande terre et le Sutra du Lotus lui-même, tous témoignent du principe du Dharma selon lequel toutes les choses sont une entité non duelle représentant le véritable aspect de tous les dharmas (shoho jisso). C'est le principe fondamental du bouddhisme. Nous disposons en effet des 5 418 textes du Tripitaka, qui détaillent le sens mystérieux illimité énoncé par le Bouddha Shakyamuni. Nous avons les méthodes soudaine (tonkyo), graduelle (zenkyo), secrète (zuitai) et indéterminée (fujokyo). Mais leur principe ultime se réduit aux 8 volumes du Sutra du Lotus. Le sens ultime des 64 360 caractères du Sutra du Lotus se réduit aux 5 caractères de son titre, Myo Ho Ren Ge Kyo. Ces 5 caractères sont résumés par les deux caractères Myo (Merveilleux) Ho (Dharma) et les 2 caractères Myo Ho renvoient au seul mot : esprit (note.).  Si on demande où ce mot, esprit, intervient : "Le lapin à cornes et la tortue à fourrure traversent la montagne vers nulle part." Quelle est la signification ultime de ce koan ? "Si vous voulez connaître l'esprit de celui qui se lamente au milieu du printemps, c'est au moment où l'aiguille est arrêtée et où les mots ne peuvent être prononcés." (anglais)

Cet esprit-citta unique, représenté par les deux caractères Myoho, (Dharma merveilleux), inclut lorsqu'il se déploie, tous les mondes des dix directions, et lorsqu'il se contracte, il retourne à la non-pensée (hishiryo) et au ‘‘non-soi’’(anatman). C'est pourquoi on enseigne des choses telles que ‘‘rien n’existe en dehors de l'esprit-citta’’, ‘‘dans les mondes des trois plans, il n'y a qu'un seul esprit’’  et ‘‘le véritable aspect des dharmas’’ (shoho jisso). Atteindre ce point ultime, c’est le Sutra du Lotus, ou bien le Bouddha de la Lumière Infinie ; dans le Zen, on l'appelle le Visage originel (honrai no menmoku), dans le Shingon le Grand Disque Solaire de la Lettre A (Dainichi Vairocana), dans le Ritsu, la Forme basique et intangible des Préceptes (Vinaya). Chacun doit réaliser que ce sont des noms différents pour l'esprit-citta unique. (anglais)
[Sur citta voir http://www.dhammadelaforet.org/sommaire/maha_boowa/citta.html ]

On peut se demander : « Quelle preuve y a-t-il que les cinq caractères myo ho ren ge kyo désignent la source de l'esprit-citta unique ? ». Ces cinq caractères, tels quels, servent de preuve immédiate que l'on peut aisément éprouver. Pourquoi ? Myohorengekyo est le titre qui chante les louanges des vertus mystérieuses de l'esprit-citta unique. Il est composé de mots qui indiquent et révèlent le caractère inhérent à la vie de cet esprit-citta unique, dont tous les hommes sont dotés de manière innée. (anglais)

Pour comprendre prenez la calligraphie et la peinture. Ou mieux encore, lorsqu’on dit  qu'untel a le génie de jouer du biwa ou du koto. Si nous demandons où se trouve ce génie, personne, si éloquent qu'il soit, ne pourra jamais l'expliquer par des mots. Nous ne pouvons pas enseigner ce talent à un enfant que nous aimons. Mais lorsqu'on active  ce point mystérieux, il opère sans que l’on en ait conscience, comme émergeant d'un endroit caché. La nature mystérieuse de l'esprit dont tous les gens sont dotés est ainsi (nyoze). (anglais)

Vous pouvez rire ou marmonner en lisant cette lettre, mais n'est-ce pas un dharma (phénomène) étrange, sans fin, comme le fil d'une bobine, qui révèle son activité imperturbablement chez tous ceux que vous rencontrez ? Toutefois, si vous vous demandez quelle est cette chose qui agit si librement et si vous regardez à l'intérieur de vous pour la chercher, vous trouverez qu'elle n'a ni voix ni odeur. Elle est vide (shunya, ku) et sans traces, et si vous pensez que c’est quelque chose comme du bois ou de la pierre, vous verrez qu’elle change sans cesse puisque libre et sans attaches. Si vous dites que ce phénomène existe, il ne sera pas là ; si vous dites qu'il n'existe pas, il ne sera pas là non plus. Ce ‘‘lieu’’ [espace-temps], d’où les mots et la parole sont absents, ce lieu libre et sans entrave, est provisoirement appelé Dharma merveilleux (Myoho). Le lotus (renge), bien que ses racines se trouvent dans la boue, n'en est nullement souillé et ne perd pas le parfum merveilleux dont il est gratifié. Lorsque le moment vient pour lui de fleurir, il produit des fleurs magnifiques. Le Dharma merveilleux de l'esprit de Bouddha (bodhicitta) n'est pas souillé ni ne diminue chez les êtres sensibles et il n'est pas rendu pur ni n'augmente chez un bouddha. Chez un bouddha, chez l'homme ordinaire (bompu), chez tous les êtres sensibles, il n'est en aucun cas différent. Être souillé par la boue des cinq désirs (kamaguna), c'est être exactement comme les racines du lotus recouvertes de boue. (anglais)

Autrefois, dans l'Himalaya, le Bouddha a compris la nature de l'esprit dont il était doté dès le départ. Il dit de sa noble voix : «  Quelle merveille ! Tous les êtres sensibles sont dotés de la sagesse et des caractéristiques vertueuses du Tathagata ». Il prêcha l'enseignement soudain et graduel, les doctrines partielles et complètes des différents sutras, et devint le Grand-maitre des mondes de trois plans. Lorsqu'il est vénéré par Brahma et Shakra, c'est comme si le lotus émergeait de la boue et manifestait toute sa beauté. De même que la couleur et le parfum du lotus lui sont inhérents, qu'il repose dans la boue, qu'il émerge et s'épanouit à la surface, de même, lorsque le Bouddha dit que le Dharma est aussi incommensurable que les sables du Gange, il ne fait référence à rien qui vienne de l'extérieur. A propos de l’homme ordinaire, il a parlé de l'épanouissement de la nature de bouddha (buddhadhatu) dont tous sont incontestablement dotés ; et pour ce qui est des êtres sensibles, lorsqu’ils font le vœu de devenir bouddha, le Dharma merveilleux de l'Esprit-citta unique n'augmente ni ne diminue d'un iota. Il en va comme pour le lotus : qu’il repose dans la boue ou que ses fleurs soient dispersées en été, il ne subit aucun changement fondamental. C'est pourquoi on compare  le lotus au Dharma merveilleux de l'Esprit Unique. N'est-ce pas une preuve irréfutable que l'esprit de Bouddha (bodhicitta), dont tous les hommes sont dotés, a été appelé Sutra du Lotus du Dharma Merveilleux ? (anglais)

Le mot kyo (sutra) signifie "constant", au sens de "nature de bouddha" (buddhadhatu) éternelle et immuable. Ce kyo enseigne que la nature de bouddha (buddhadhatu) éternelle et immuable n'augmente pas chez un bouddha ni ne diminue chez un être sensible. Elle est de la même essence que le ciel et la terre et ne fait qu'un avec toutes les ainsités ; elle n'a pas changé d'un iota depuis le début du dernier kalpa, et ne changera pas non plus après sa fin. De plus, Myoho (le Dharma merveilleux) est la quintessence de l'esprit du Bouddha (bodhicitta, cœur-esprit). Le Sutra du Lotus a été composé pour faire l'éloge de ce Dharma merveilleux de l'esprit de Bouddha, et n'est donc rien d'autre qu'un autre nom pour l'Esprit unique. C'est la même réalité avec deux noms, tout comme mochi et kachin sont deux noms pour la même chose, un gâteau de riz. (anglais)

De plus, la Réalité ultime qu'est le Sutra du Lotus ne peut être saisie par les mains ni vue par l'œil. Comment alors la recevoir et garder  (juji) ? Que dire au pratiquant du Sutra du Lotus qui souhaite y adhérer ? Il existe trois types de capacités. Le pratiquant de capacité inférieure est fasciné par le rouleau jaune avec ses poignées rouges et le copie, le récite et l'explique. Le pratiquant de capacité moyenne, illumine son propre esprit et ainsi reçoit et garde le Sutra. La personne aux capacités supérieures pénètre ce sutra avec son œil de bouddha, comme si elle voyait la surface de son propre espit-citta. C'est pourquoi le Sutra du Nirvana dit : « Le Tathagata voit la nature de bouddha de son œil intérieur ». Le pratiquant du Sutra du Lotus, s'il est engagé dans la véritable pratique du Mahayana définitif, ne trouvera pas que c'est une chose facile à faire. Ce qui est simple est très simple ; ce qui est difficile est très, très difficile en effet. (anglais)

Nous avons déjà vu le passage du Sutra du Lotus qui dit :

« Garder ce Sutra est difficile.
Quiconque le fera sien, ne serait-ce qu'un seul instant,
provoquera mon allégresse
et celle des autres bouddhas. » (chap XI)

Ainsi, la pratique juji consistant à recevoir et garder ce Sutra est de la plus haute importance. Zhiyi, de l'école Tendai, a dit :

« Sans prendre le livre dans vos mains, récitez toujours ce Sutra. Sans prononcer de mots par la bouche, récitez partout tous les textes. Même lorsque le Bouddha ne prêche pas, écoutez toujours le son du Dharma. Sans engager le mental dans la pensée, illuminez toujours le Dharmakaya ». (anglais)

Ceci décrit la véritable récitation de ce sutra. Si quelqu'un demande : « Quelle sorte de sutra est-ce là, que l'on récite sans tenir l'ouvrage à la main ? », ne doit-on pas répondre : « N'est-ce pas le Dharma merveilleux de votre propre esprit ? ». Si quelqu'un demande : « Que signifie ‘‘sans engager le mental dans la pensée, toujours illuminer le Dharmakaya’’ ?, ne doit-on pas répondre en retour : « N'est-ce pas cela le Véritable Lotus ? ». C'est ce qu'on appelle le ‘‘Sutra sans paroles’’. Si l'on se contente de saisir le rouleau jaune aux poignées rouges et croire qu'il s'agit du Sutra du Lotus, on est comme quelqu'un qui lèche un papier qui vante les vertus d'un médicament, en espérant que cela servira à guérir sa maladie. Quelle grande erreur ! (anglais)

Si une personne souhaite recevoir et garder ce Sutra, elle doit, à toute heure du jour et de la nuit, sans le moindre doute dans son esprit, poursuivre la pratique réelle de la méditation sur l’aspect réel de toute chose (shoho jisso), sans juger en bien ou en mal. À cet égard, Hanshan, réincarnation de Manjusri, a dit dans un gatha :

« Si tu cherches la Voie de l’Eveil, ne laisse aucun fil pendre dans ton esprit ».

Une pratique véritable de ce genre est le socle séculaire et immuable, le point à partir duquel tous les tathagatas des trois phases et tous les sages et grands-prêtres ont atteint la grande illumination. C'est la voie directe pour faire l'expérience de l'état dans lequel "aucune pensée n'est produite, l'avant et l'après sont coupés" et "par le satori on atteint l'état de Bouddha". Bien que le Tathagata ait dit : ‘‘Garder ce Sutra est difficile’’, n'est-ce pas là justement le principe ultime ? Dans une large mesure, le point central véritable auquel les sages des trois religions ont accédé est le même. Bien que le degré d'efficacité dépende de la profondeur et de la qualité de la persévérance dans la pratique, la première étape est la même. Les confucianistes appellent ce point le  Faîte ou Pôle suprême* . Les taoïstes l'appellent le Néant (dao) ou la Nature (note). Chez les shintoïstes, il est connu sous le nom de Takamagahara*. L'école Tendai l'appelle "le  Grand principe du Shikan (arrêt  et introspection) sur les trois mille mondes en un instant-pensée. (ichinen sanzen) Dans le Shingon, on l'appelle "la contemplation de la nature inhérente de la lettre A *". (anglais)

Les patriarches des différentes écoles encouragent la méditation assise (Zazen) et, bien qu'ils préconisent la récitation des sutras, cette récitation n'est-elle pas simplement un procédé pour nous faire atteindre  un état où l'esprit est imperturbable, pur et sans distractions ? Le fondateur de Eihei-ji [Dogen] a dit :

« Si l'on pratique et s'y tient pendant un jour, c'est digne de vénération ; si l'on ne s'y tient pas et ne le pratique pas pendant cent ans, ce sont cent ans de regret. » (anglais)

Il y a de quoi verser des larmes devant l'entendement regrettable et misérable quand, tout en possédant le corps d’homme si difficile à obtenir, une personne ne cultive pas en elle la détermination de pratiquer. A l’inverse, comme un chien ou un chat ou une bête sans aucun jugement, on retourne à son ancienne demeure dans les trois premiers mondes-états de souffrance, sans avoir rien appris. Dire "une chose difficile est très, très difficile" n’a rien d’ambigu.  Mais que signifie "une chose facile est vraiment très facile" ? Si une personne relâche son adhésion au Sutra et ne respecte pas la façon de marcher, de se tenir debout, de s'asseoir et de s'allonger, il faut qu’elle décide de chercher à vérifier pour et par elle-même le Vrai Visage du Lotus. Une fois qu'une personne voit ce Vrai Visage, alors la toux, la déglutition, l'agitation des bras, l'activité et la tranquillité, les mots et les actions, toutes les plantes, les arbres, les tuiles, les pierres, les êtres sensibles et non sensibles, tout révèle le Sutra du Dharma Merveilleux, et à toute heure du jour, est en adéquation profonde avec lui. Quel besoin y a-t-il de s'accrocher à quoi que ce soit d'autre ? Si vous essayez de garder le Sutra du Lotus sans avoir vu une seule fois le Véritable Lotus, vous serez comme un homme qui tient dans ses mains un bol d'eau et qui, nuit et jour, essaie de ne pas le renverser ou de l’agiter, mais qui s'attend quand même à en tirer son viatique. Même s'il parvenait à rester ainsi toute sa vie, il ne pourrait ni se nourrir ni s'empêcher de mourir de soif. Ses espoirs d'être utile à lui-même et aux autres par la pratique du vœu seront interrompus chemin faisant. A quoi cela peut-il bien lui servir ? (anglais)

Pour celui qui voit une fois le Vrai Lotus et garde le Sutra, c'est comme s'il avait versé son bol d'eau dans les rivières et les lacs du monde entier. Aussitôt, son eau se dissout dans les trente-six mille ondulations*  et ses mérites s’y diluent, de sorte que son eau ne serait jamais épuisée même si toutes les créatures qui sautent, courent, volent ou rampent venaient boire en même temps. (anglais)

La personne qui n'a pas vu le Vrai Lotus est comme l'homme qui tient immobile le bol d'eau. Non seulement il ne peut être d'aucun profit pour les autres, mais il ne peut pas non plus être bénéfique pour lui-même. La personne qui a vu une fois le Lotus Véritable est comme l'homme qui verse le bol d'eau dans toutes les rivières et tous les lacs. Sans même en prendre conscience, il se plonge dans la grande mer du Nirvana des différents bouddhas, s'harmonise profondément avec le vrai Corps du Dharma (Dharmakaya) et les préceptes, la méditation et la sagesse d’innombrables bouddhas ; il brise immédiatement la sombre caverne de la conscience alaya et libère l'illumination du Grand Miroir Parfait. En passant par d'innombrables kalpas, il pratique l’offrande du Dharma sans aucune limitation. L'étendue et la grandeur de la vertu d’avoir eu la Vue du Lotus sont incommensurables. Plutôt que de lire tous les ouvrages du Tripitaka, voyez le Vrai Lotus une fois. Plutôt que d’ériger un million de statues du Bouddha, voyez le Lotus Véritable une fois. Plutôt que d'adhérer à l'opinion selon laquelle tenir un rouleau jaune avec ses poignées rouges est la pratique du Sutra du Lotus, voyez le Vrai Lotus une fois. Plutôt que de réciter le Sutra du Lotus un milliard de fois, voyez le Lotus Véritable une fois avec votre propre œil du dharma. Il s'agit là d'une noble déclaration de vérité complète et d'indestructibilité. (anglais)

Comment peut-on pénétrer le Vrai Visage du Lotus ? Il faut d’abord défaire  la grande pelote du doute. Qu’entend-on par le vrai Visage du Lotus ? C'est le Dharma merveilleux de l’Esprit Unique (citta), dont vous êtes vous-même doté dès le départ. Il ne s'agit de rien d'autre que de voir votre propre esprit. Et qu'est-ce que "votre propre esprit" ? Ne cherchez pas quelque chose de blanc ou de rouge, mais voyez-le tel quel. Établissez courageusement et fermement votre aspiration, fortifiez le grand vœu, et nuit et jour, examinez votre esprit jusqu'au bout. Il existe de nombreuses méthodes d’introspection. Si vous êtes un pratiquant du Sutra du Lotus qui ignore les enseignements des autres écoles, alors vous devez transcender la pratique du Samadhi du Lotus. La pratique du Samadhi du Lotus consiste à décider à partir d'aujourd'hui, malgré le bonheur et la douleur, la tristesse et la joie, que l'on soit endormi ou éveillé, debout ou couché, à réciter sans discontinuer le seul titre du sutra : Hommage au Lotus du Dharma Merveilleux, Namu Myoho Renge Kyo. Que vous utilisiez ce titre comme une béquille ou comme une source de force, vous devez le réciter avec le souhait fervent de voir sans faute le Vrai Visage du Lotus. Faites de chaque inspiration et expiration de votre souffle le titre du Sutra. Récitez-le sans cesse avec une dévotion intense. Si vous le récitez sans faiblir, il ne faudra pas longtemps pour que la nature de l'esprit soit vraiment établie en vous aussi fermement qu'un gros rocher. Vous aurez vaguement conscience d'un état dans lequel l'Esprit unique est sans perturbation. À ce moment-là, n'écartez pas cette conscience, mais continuez votre récitation. Vous vous éveillerez alors à la Grande Question de la véritable méditation, et toutes les consciences et émotions ordinaires s’arrêteront. Ce sera comme si vous étiez entré dans la Sphère de Diamant (Kongo-kai,Vajradhatu) comme si vous étiez assis dans une corolle de lapis-lazuli, et, sans aucune pensée discriminante, vous ne serez soudainement pas différent de Celui qui est mort de la Grande Mort. Après être revenu à la vie, sans même en prendre conscience, vous verrez apparaître le principe véritable, pur et non contingent de la méditation sans distraction. Vous verrez juste devant vous, à l'endroit où vous vous tenez, le Vrai Visage du Lotus, et aussitôt votre corps et votre esprit s'effaceront. Le vrai Tathagata, illimité, éternel, parfait, se manifestera clairement devant vos yeux et ne partira jamais, même si vous tentez de le chasser. C'est le moment que l'école Tendai appelle "entrer dans la resserre aux trésors (hogu), où la nature du Dharma n'est pas perturbée, mais où elle est constamment en Éveil". Dans le Shingon, c’est être illuminé par le disque solaire de la nature inhérente de la lettre A (Vairocana). Dans le Ritsu, il s'agit de s'harmoniser avec les incomparables Préceptes du Trésor de diamant des nombreux bouddhas. Dans l'école de la Terre pure (Jodo), il s'agit de réaliser son vœu de renaissance au Paradis, de voir devant soi les oiseaux et les arbres merveilleux du Paradis et de garder constamment à l'esprit la merveilleuse parure du Bouddha, du Dharma et du Sangha. (anglais)

En ouvrant l'œil véritable qui voit le monde comme la brillance du Nirvana, on atteint l'état où toutes les plantes, tous les arbres et toutes les terres ont incontestablement  atteint l'état de Bouddha. Qu'y a-t-il parmi les bons fruits des mondes-états des hommes et des devas qui puisse être comparé à cela ?  C’est le vœu fondamental qui explique l'apparition en ce monde des nombreux bouddhas des trois phases. La récitation du titre de ce Sutra n'a pas moins de vertu qu'un koan zen. Le sens de tout ceci a été énoncé par tous les sages érudits de toutes les directions dans les trois phases et par les quatre-vingt mille devas du Japon. Si ce que je dis était un tant soit faux, pourquoi commettrais-je  un crime en écrivant tout cela dans une longue lettre ? Il n'y a absolument aucun doute à ce sujet. Si l'on n'est pas négligent dans sa pratique, l'état d'esprit connu dans le zen sous le nom de "serrer la main gauche et mordre le majeur " deviendra progressivement clair. (anglais)

De nos jours, on entend parfois des gens dire : « Il ne sert à rien d'étudier les koans sous la direction d'un maitre. Que faites-vous après avoir terminé votre étude des koans ? Une fois que l'on a atteint le stade de l'indication directe de "cet esprit même est Bouddha", on ne regrette pas qu'une pensée surgisse et on ne ressent pas de joie lorsqu'une pensée s'arrête. Le bol non peint du villageois de la montagne est le meilleur, car il représente la nature originelle telle qu'elle était au moment où le bol a été fabriqué. Si vous ne laquez pas le bol, il n'y aura rien de valeur à ébrécher et à user. » Les gens qui parlent ainsi sont comme des tortues aveugles qui, tous les jours, rampent  inutilement dans une ravine vide et qui s'en contentent. C'est l'opinion des hérétiques indiens de l'école naturaliste. Si c’était cela qu’on appelle le pivot du progrès vers l'esprit de Bouddha, même les dieux gardiens du village le plus éloigné taperaient bruyamment dans les mains et éclateraient de rire... (anglais)

Pourquoi en est-il ainsi ? De telles personnes ne sont-elles pas semblables à l'insensé qui croit voir les esprits et dont parle Changsha Jingcen ? Lorsque le Sutra Surangama met en garde contre le fait de reconnaître quelqu’un comme voleur et d'en faire néanmoins son fils, ainsi que de l'incapacité de connaître la substance de la pureté originelle, il fait référence à des personnes de ce type. Elles ignorent totalement que le Tathagata ne reconnaissait pas l'aptitude à la méditation même aux sages qui avaient atteint les quatre grades de sainteté, l'état de non-retour (anagamin) , les principes du soi et des dharmas, les dons magiques, et qui jouissaient d’une grande renommée partout. C'est pourquoi le Sutra dit :

« Même les grands arhats parmi mes disciples ne peuvent en saisir le sens. Seuls les bodhisattvas sont capables de le comprendre. » (note)

Il parle de ceux qui, sans même avoir vu leur propre nature, se disent inconsidérément "dignes de vénération" (arhat). Quel genre d'état mental est-ce là ? (anglais)

En tout cas, rien ne surpasse le fait de se débarrasser de myriades de contingences et de se consacrer à la récitation du mantra. Mais n'adhérez pas à l'opinion arbitraire selon laquelle le titre du Sutra est bénéfique à lui seul. Ceci s'applique également aux écoles Shingon et de la Terre pure. Les adeptes de la Terre pure, par la puissance de la récitation mantraïque du nom du Bouddha (littéralement nembustu), résolus à voir la Terre pure de leur propre esprit et la forme merveilleuse du Bouddha Amida dans leur propre corps, font naître une grande aspiration ardente, et se consacrent à la récitation continue de son nom (Namu Amida Butsu), avec autant de ferveur que s'ils éteignaient des flammes sur leur propre tête. Y a-t-il une raison pour qu'ils ne voient pas la forme du Bouddha, dont on dit qu'il n'est pas loin, les arbres des sept joyaux (note) et l'étang des huit vertus (note) ? Les adeptes du Shingon, par le pouvoir mystérieux du dharani, résolus à voir sans faute le grand Disque Solaire de la Nature Inhérente de la Lettre A (Vairocana), font naître une grande aspiration à persévérer. C’est tout comme dans le Zen où on prend et concentre un koan. Y a-t-il une raison pour qu'ils ne polissent pas et ne fassent pas ressortir la véritable forme du Diamant indestructible que Koya Daishi (Kukai) a décrit comme "atteindre l'illumination sans renaître dans un nouveau corps" ? (anglais)

Mais si l'un d'entre eux, croyant avoir accumulé du mérite, parle d'attendre la mort, il s'apercevra que son ignorance et son insouciance l'ont mis dans une situation presque sans espoir. Ne vous lamentez pas sur la distance qui nous sépare. Y a-t-il quelque chose de plus proche que nos yeux que pourtant nous ne pouvons voir ? Ne vous effrayez pas de la profondeur d'une chose. Si vous essayez de la voir et l'entendre au fond d'un gouffre profond ou dans les profondeurs de la mer, alors vous auriez raison d’en craindre la profondeur. Y a-t-il quelque chose de plus proche que de voir son propre esprit avec son propre esprit, d'utiliser ses propres narines pour sentir son propre nez ? Bien que le monde soit dans une ère de dégénérescence, le Dharma lui-même n'est pas dégénéré. Si vous considérez le monde comme dégénéré et le rejetez sans regrets, vous serez comme quelqu'un qui entre dans une caverne de trésors, mais qui souffre de la faim et du froid. Ne craignez pas que l'Eveil ne puisse être accompli parce que cet âge est dégénéré. Dans le passé, le supérieur d'Eshin-in (Genshin), plus récemment Sokuo d'Akazawa, Engu de Yamashiro et la jeune fille malade d'Osaka, chacun par le pouvoir de l'appel du nom (nembustu), ont accompli le vœu décrit ci-dessus. Honen Shonin avait aussi cette aspiration profonde, mais comme il n'avait pas de guide religieux, il disait que l'état de son esprit était comme si ses ailes étaient trop courtes pour un si long vol... (anglais)

Peut-être est-ce une caractéristique de notre âge dégénéré (tojo kengo) qu’apparaissent de mauvaises coutumes et que les moines et les laïcs soient si habitués à les voir et à en entendre parler qu'ils disent que vouloir voir l'esprit de Bouddha (bodhicitta) du Dhama merveilleux aujourd'hui est comme avoir les aspirations d'une anguille qui veut grimper sur un arbre. Pourtant, passer toute sa vie dans l'obscurité est un état d'esprit bien misérable. (anglais)

Supposons que plusieurs fils d'un fermier aient hérité de lui d'une grande quantité de terres. Parmi les fils, il y en a un qui est faible et vil, mais dont les paroles sont intelligentes et astucieuses. Il dit : « De nos jours, il est hors de question pour les gens de notre humble condition d'imiter nos ancêtres d'autrefois, de se lancer dans l'agriculture et l'élevage et de tenter d'élever une famille nombreuse. Ce serait comme si un canard, imitant un faucon, battait les ailes comme s'il était sur le point d'attaquer et d'abattre une grue. Ou comme une tortue boiteuse, imitant une carpe, qui tend le cou comme si elle s'apprêtait à remonter une cascade. C'est ridicule ! Si nous continuons ainsi, nous finirons par devoir boire l'eau avec un couteau. C'est impensable ! Réfléchissez-y vous-mêmes ! Des gens épuisés comme nous doivent s'occuper de cette ferme qui s'étend comme un vaste champ de mauvaises herbes poussant à profusion. Nous fauchons les champs et après les avoir dénudés, nous les cultivons. Nous irriguons, nous binons, nous semons les graines, nous répliquons les semis, nous désherbons les rizières, nous coupons et séchons les plantes, nous récoltons le riz et nous le décortiquons. Et aussi nous devons tresser des cordes, tisser des nattes et faire des balles. Lorsque nous pouvons nous asseoir et regarder les résultats, comment ne pas être frappés par l’énormité du labeur. C'est bien connu, les résultats ne valent pas un clou. Il y a une bien meilleure façon de traverser ce monde, en prenant son aise, les mains dans les manches. Où que les pieds d'une personne l'emmènent, elle peut toujours passer trois jours ici, cinq jours là en toute quiétude. » (anglais)

Quelqu'un objecte : « Si nous avons des épaules, n'avons-nous pas besoin de vêtements pour les couvrir ? Si nous avons une bouche, n'avons-nous pas besoin de nourriture à y mettre ? ». (anglais)

A cela, il répond : « J'ai entendu parler d'un seigneur de province d'une grande humanité. On dit qu'il subvient aux besoins des gens comme nous. C'est là que nous devrions aller. Vu ces bonnes conditions, nous n'aurons même pas à nous lamenter. C'est une grande erreur de torturer ses mains et ses pieds pour gagner sa vie par ses propres moyens. Pas la peine de se faire du mauvais sang. Il n’y a qu’à de prendre dès le début une apparence humble et de ne faire aucun effort pour travailler. N'ayez pas l'air de vouloir accumuler de l'argent. » (anglais)

Abandonnant leurs deux ou trois vieux vêtements et en mettant des vêtements de paille, ces gens-là disent : « Nous sommes des êtres pauvres et misérables, perdus, sans abri et sans personne à qui confier nos peines. Par pitié, s'il vous plaît, aidez-nous. » Grâce à la compassion du monde, en errant et se plaigant de cette façon, toute personne arrive à être nourrie. Les gens entendent parler de telles possibilités et se réjouissent croyant fermement que tout cela est vrai. C'est ainsi qu'ils deviennent indigents, alors qu'ils ne l'étaient pas à la naissance, et finissent par passer leur vie de façon minable. (anglais)

Ces gens sont connus pour être des démolisseurs et des gaspilleurs de leur propre personne. Le Maître Lin-chi* les considérait comme des "personnes gâtées aux capacités inférieures". Ils sont comme des poissons dans l'eau qui se lamentent parce leur nature les empêche de voir cette eau, ou comme des oiseaux dans l'air qui regrettent que voir l'air soit un désir inaccessible. Ils ignorent que sur toutes les terres, il n'y en a rien qui ne contienne la Réalité Ultime et qu'il n'y a aucun être humain qui ne soit doté de ce Dharma merveilleux. Alors qu'ils vivent baignés par le Dharma merveilleux de l'Esprit Unique et de la Terre de la lumière toujours paisible (jakko-do), il est dommage qu’ils s'accrochent au préjugé selon lequel, dans cette vie, ils ne sont que des bompus, des êtres sensibles. Ils sont totalement dans l'illusion. Ils croient à tort qu'après la mort, ils iront en enfer, et se lamentent donc sur les tourments sans fin qui les attendent. Ils rejettent l'esprit de Bouddha (bodhicitta) du Dharma Merveilleux qui jaillit pourtant devant leurs yeux et la nature du Dharma de la Réalité Vraie qui est toujours pure, estimant que ce sont des choses qu'ils ne peuvent pas atteindre, des choses qu'ils ne peuvent pas espérer. Ils rejettent donc leur désir comme étant inaccessible et recherchent des concepts inutiles d’une conscience illusoire ; ils finissent par passer à coté de leur vie. Ce qui est le plus regrettable, c'est que possédant ce Lotus du Dharma Merveilleux, incomparable dans le triple monde et de la qualité la plus exquise, il soit néanmoins rangé sur les étagères d'une bibliothèque avec beaucoup de livres ordinaires et pourrit d’être abandonné, simplement parce qu'il n'y a personne qui pratique ses enseignements correctement.  Ainsi, les gens confondent le monde impur avec le Pays Pur et se préoccupent des trois mauvaises voies et des six modes d'existence. Y a-t-il quelque chose de plus lamentable ? (anglais)

On m’a demandé : "A quoi votre enseignement fait-il référence plus spécifiquement? S'agit-il des quatre contentements sereins?  ou de la conduite des cinq sortes de Maîtres de du Dharma ?" (gojuhosshi ) (note). (anglais)

Je réponds : " Pas du tout. C'est l'"œil" du Sutra, qui est décrit dans le chapitre sur les expédients (Hoben pon) en ces termes :

« Les bouddhas, Vénérés du monde, veulent ouvrir les êtres au savoir et à la vision de la bodhéité et leur faire acquérir l'éveil. C'est parce qu'ils veulent montrer aux êtres le savoir et la vision de bouddha qu'ils apparaissent au monde.  » (anglais)

Bien que les nombreux tathagatas apparus successivement dans le monde aient exposé des enseignements aussi nombreux que les sables du Gange, ils sont tous apparus dans le seul but d'ouvrir la sagesse de Bouddha (bodhicitta) à tous les êtres sensibles. Quelle que soit l’enseignement que vous pratiquez, si vous ne cherchez pas à ouvrir la sagesse de Bouddha, vous ne serez jamais en mesure de vous accorder avec le vœu des nombreux Bouddhas. L'ouverture de la sagesse de Bouddha permet de clarifier le  Dharma merveilleux de l'esprit-citta unique. Dans ce monde dégénéré, il n'y a rien de plus regrettable que d'ignorer les nouvelles de ce Dharma merveilleux de l'esprit-citta unique et d'en faire à sa guise. Lorsque nous rencontrons inopinément quelque chose qui semble être ce Dharma merveilleux, nous constatons qu'aujourd'hui tout le monde en a fait un enseignement intellectuel, à peine digne d'être discuté. Personne ne tient compte de la phrase du Sutra Maha-Vairocana : "Connais ton propre esprit tel qu'il est vraiment." Ne suivant pas l'enseignement du Sutra du Lotus et ne sachant pas où se trouve Dharma merveilleux, les gens se précipitent comme des fous en disant des choses vagues comme : "C'est propre à l’Occident" ou "C'est bon en Orient", et passent leurs journées à déclarer que ceci ou cela est la voie du Bouddha. Leur comportement peut être comparé à celui des personnes de l'histoire suivante. (anglais)

Supposons qu'il y ait eu un homme très riche, qui, après avoir surmonté de nombreuses épreuves, ait finalement mis en culture de vastes étendues de terre. Supposons qu'il dise à ses fils : "Cultivez cette terre et devenez des hommes riches comme moi." Il distribue alors ses nombreuses terres à ses différents fils, sans tenir compte des capacités de chacun. Ses fils, cependant, ne suivent pas l'enseignement de leur père, mais se dispersent dans diverses provinces. Certains se tiennent à la porte des gens et mendient leur nourriture. Certains disent : "Nous sommes des polisseurs de miroir" et se promènent en polissant des carreaux. D'autres courent pour chasser les oiseaux qui se nourrissent de céréales. Certains disent : "Nous sommes des fils de millionnaires", et bien que ressemblant eux-mêmes à des mendiants et des parias, ils se moquent imprudemment des autres. Certains retournent chaque jour les feuilles de leurs livres de comptes, mais ne savent même pas à quoi ressemblent les champs. D'autres encore disent : "Tant que nous avons nos livres de comptes, nous n'avons rien à craindre", et pratiquent égoïstement les quatre mauvaises voies. Certains disent : "Nous connaissons la conduite qui convient à un millionnaire", mais ils meurent de faim et de soif tout en pratiquant formellement cette bonne conduite. Il y en a qui ne savent même pas où sont les champs, mais qui hurlent à leur propos jour et nuit. D'autres sont un peu conscients de l'étendue de leurs terres, deviennent outrecuidants et se dégradent dans une vie de sexe, de vin et de consommation de viande. Il n'y a pas un seul fils parmi eux qui réalise l'intention de son père millionnaire. (anglais)

Les champs représentent le Dharma merveilleux de l'esprit-citta unique. Les livres de comptes sont les sutras sacrés. "Se tenir devant les maisons des gens et mendier" signifie reconnaître la Grande Question de l'ouverture de la sagesse du Bouddha, le processus d'apprendre par soi-même si l'eau est froide ou chaude en expérimentant dans son propre corps la douleur et la souffrance, et ensuite, parce que nous sommes dans un âge dégénéré, accepter les enseignements des autres, entendre et apprendre des choses qui ne sont pas la substance, et considérer cela comme l'Eveil. N'est-ce pas comme le fils prodigue du Sutra du Lotus ? (anglais)

Dans les sutras du Mahayana, même les quatre degrés de sainteté d'un arhat sont condamnés comme représentant des hommes ordinaires des deux véhicules (nijo). Si l'Eveil est une chose aussi absurde et simple qu'on le dit, pourquoi le Bouddha dans l'Himalaya s'est-il isolé pendant six ans, jusqu'à ce que sa peau colle à ses os et qu'il soit si émacié et épuisé qu'il ressemblait à un tesson qu'on aurait fait tenir debout en l'entourant d'une corde ? Il ne se rendait pas compte que les roseaux avaient transpercé ses genoux et atteint ses coudes ; il était tellement absorbé par sa douloureuse introspection qu'il n'avait pas conscience de la foudre qui terrassait chevaux et bétail sous ses yeux. Imaginez ce que pouvait être la première fois qu’un homme s'ouvrait à la sagesse d'un Bouddha ! (anglais)

Autrefois, la voie du Bouddha était marquée par de grandes difficultés. Est-ce une voie qui maintenant devrait être rendue facile ? Est-ce du même ordre que les navets, les pommes de terre ou les châtaignes qui sont durs au début mais deviennent tendres à la cuisson ? Si ce qui est facile aujourd'hui est bon, alors ce qui était difficile dans le passé serait mauvais ? Ce qui était difficile dans le passé était une introspection douloureuse. C’est une pratique très douloureuse en effet. Maintenant, avec un développement et une évolution bien moindres, on atteint, soi-disant  rapidement, l'état de sage, de Bouddha ou de patriarche. Lorsque l’espace-temps est transcendé et que surgit la compréhension,  même minime, c’est comme si jaillissaient des éclairs et les étoiles bondissaient dans le ciel. L'étonnante facilité d'aujourd'hui est vraiment stupéfiante, et pourtant, à la regarder  de plus près, elle n'est rien de plus que l’image d'un moine sage. Avec le développement et l’évolution minimes, vous restez comme avant, tel  un poisson coincé dans une nasse, ou une tortue boiteuse tombée dans une jarre. L’espace-temps n’est pas transcendé et, en continuant, vous êtes comme un âne aveugle qui marche sur la glace. (anglais)

Alors, quoi choisir ?  La facilité de la pratique actuelle ou la difficulté de celle du passé ? Vous avez beau prendre prétexte d’un âge dégénéré, cela ne fait rien avancer. Même les hommes d'autrefois savaient que plus tard, l'enseignement du Zen et le Véritable lotus seraient destinés à disparaître. Il faut savoir que chercher l'esprit merveilleux sur du papier souillé ou soumettre le Vrai Dharma à des discussions oiseuses est tristement pathétique. Si tout pouvait être accompli par l'utilisation de mots écrits et de discussions, alors Shen-kuang n'aurait pas eu à se couper le bras (voir https://www.sotozen.com/fre/library/stories/vol02.html), Hsuan-sha (Xuanzang) ne se serait pas usé les pieds, la tête de Hosshin (???) n'aurait pas enflé et Hatto (Shinchi Kakushin) n'aurait pas versé de larmes. Peu importe ce que font les autres, vous devez décider que "quoi qu'il arrive, je vais psalmodier le titre du Sutra du Lotus jour et nuit sans faute et voir moi-même le Visage du Lotus". Alors, si vous psalmodiez fidèlement, sans avoir à aller jusqu’au Himalaya ou à supporter la souffrance de voir votre tête enfler, le véritable Lotus essentiel du Dharma Merveilleux de votre propre nature s'ouvrira dans toute sa beauté. Le point essentiel est de prendre la résolution de ne pas céder tant que vous n'avez pas encore vu le Lotus merveilleux de votre propre esprit. Il n'y aura alors rien de plus vénérable que cette ainsité à laquelle vous avez consacré tous vos espoirs. Lorsque le Tathagata, le Vénérable, n'avait pas encore vu le Dharma Merveilleux de son propre esprit, il n'était pas différent de n'importe quel mortel ordinaire, enlisé dans les cycles de la naissance et de la mort, et lui-même mourait et renaissait constamment. Plus tard, dans l'Himalaya, il s'éveilla au Dharma merveilleux de son propre esprit et atteignit pour la première fois la véritable illumination. (anglais)

Le polissage du miroir consiste à penser que tant que l'on reconnaît la non-différenciation de la conscience alaya et que l'on ne se berce pas d'illusions en pensant que cela représente l’ainsité, alors ce qui reste est l’esprit de Bouddha (bodhicitta) qui est comme un miroir. On enseigne simplement aux gens que tout se reflète dans le miroir tel quel ; le corbeau est noir, la grue blanche, le saule vert et la rose rouge, et on leur dit de s'efforcer constamment de polir le miroir pour qu’il n’y reste pas un grain de poussière. Cet effacement nuit et jour des pensées illusoires est la même chose que de polir un carreau ou de chasser les oiseaux qui saccagent les champs de millet. C'est ce qu'on appelle la recherche de l'esprit. Cela ne laisse aucune chance à la luminescence de se produire rendant clair les montagnes, les rivières et la grande terre. Les pratiques de ce genre étaient assez fréquentes même pendant la dynastie des Tang. Le polissage d'une tuile par Nan-yueh (Huisi) devant la cabane de Ma-tsu (Mazu Daoyi (note) ) avait pour but de transmettre cette signification à Ma-tsu (Mazu Daoyi). (anglais)

Ainsi, Changsha Jingcen a dit dans un vers : (anglais)

L'incapacité du disciple à comprendre la vérité,
Vient de son adhésion préalable aux esprits.
Le concept de la naissance et de la mort depuis des kalpas infinis dans le passé ;
C'est ce que l'insensé considère comme l'homme originel. (anglais)

C'est pour cette raison que des patriarches tels que Tz'u-ming (Ciming, peut-être Shishuang Chuyuan), Chen-ching (Zhen-Jing), Hsi-keng (Xi-geng, peut-être Xutang Zhiyu) et Ta-hui (Da-hui, Dahui Zonggao ) ont fait preuve d'une compassion indescriptible en se contentant de serrer les dents et en tentant de chasser de tels concepts. Il est inutile d'évoquer les opinions de tous les autres Grands-Maîtres sur ce sujet. Il n'y a aucun Bouddha ou patriarche dans les trois phases et les dix directions qui n'a pas vu sa propre nature. C'est le centre éternel et immuable de l'enseignement. Voir dans sa propre nature, c'est voir par soi-même le Vrai Visage du Lotus. Si on n'a pas ce désir, mais croit que toutes les variétés de choses sont le Buddhadharma, on sera comme une bande d'enfants qui se précipitent pour monter à bord d'un grand bateau sans capitaine. Ils ne savent pas où ils veulent aller ni quel est le port de leur destination. En criant : "Ramons par ici" ou "Ramons par là", ils tirent les rames dans n'importe quelle direction - hier ils ont dérivé en suivant la marée vers l'est, aujourd'hui ils dérivent en suivant la marée vers l'ouest - et à la fin ils sont désespérément perdus en mer. Puis, soudain, un capitaine qui connaît le chemin apparaît sur le bateau et, réglant sa boussole, prend le gouvernail et dans la journée atteint le port de sa destination. (anglais)

Le capitaine est notre grande aspiration à voir notre propre nature. La boussole est l'enseignement du Vraie Dharma. Le gouvernail est la détermination et la conduite tout au long de la vie. Comment ramer jusqu'au port du Dharma Merveilleux ? Les pratiquants ordinaires cherchent le Bouddha, cherchent les patriarches, cherchent le Nirvana ou cherchent la Terre Pure. Ils ont l'habitude de toujours ramer vers l'extérieur. Par conséquent, plus ils cherchent, plus ils s'éloignent de leur objectif. (anglais)

Le pratiquant du Vrai Dharma merveilleux n'est pas comme ça. En poursuivant sa recherche sur ce qu'est son propre Dharma merveilleux inné, il ne cherche ni le Bouddha ni les patriarches. Il ne dit pas que le Dharma merveilleux est à l'intérieur ou qu'il est à l'extérieur. Peu importe où il se trouve, peu importe sa couleur, il ne s’arrêtera  pas avant de l'avoir enfin vu une fois. Toute la journée, partout, sans interruption, avec force et courage, il fait avancer son esprit. Refusant de laisser inachevé ce qu'il a résolu d'accomplir, endormi, éveillé, debout, couché, il ne le met pas de côté. Nuit et jour, il examine les choses ; parfois, il les revoit. Constamment, il avance en demandant : "Qu'est-ce que cette chose, qu'est-ce que cette chose ? Qui suis-je ?" C'est ce qu'on appelle la voie du "lion qui mord l'homme". Procéder en se demandant seulement "Quelle est le Dharma merveilleux de l'esprit ?" est appelé la voie d'"un bon chien qui poursuit une motte de terre". En toutes circonstances, mettez tout de côté, devenez sans pensée et sans esprit et psalmodiez : "Namu Myoho Renge Kyo, Namu Myoho Renge Kyo, Honneur au Lotus du Dharma merveilleux ". Si vous pensez que ce vieux moine a une conception du Dharma meilleure que celle-ci, vous vous trompez terriblement. Namu Myoho Renge Kyo, "Honneur au Lotus du Dharma merveilleux ". (anglais)

Écrit par le vieux moine sous l'arbre Shala ; 25e jour du onzième mois d'Enkyo 4 [= 26 décembre 1747].

Bien que cette longue et fastidieuse lettre puisse être difficile à lire, montrez-la aux autres dans votre monastère. Je l'ai écrite dans l'espoir qu'elle serve également d'offrande au Dharma. Je souhaite que vous voyiez sans faute le Principe Ultime, le Dharma Merveilleux de votre propre esprit. Avec le souhait que vous continuiez à réciter sans cesse le titre : Namu Myoho Renge Kyo, "Honneur  au Lotus du  Dharma merveilleux" (anglais)

 
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