Qui est qui sur le Shutei Gohonzon


Ryuei Michael McCormick

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4 - Les bodhisattvas provisoires

 

Le bouddhisme theravada des nikayas et des agamas, sources du bouddhisme, ne reconnaît que deux bodhisattvas : Siddhartha Gautama avant son Éveil et le bodhisattva Maitreya résidant dans le Ciel Tushita jusqu’au moment où il devra apparaître dans le monde en tant que prochain Bouddha. Les nikayas et les agamas admettent  toutefois qu’il puisse y avoir d’autres bodhisattvas mais ne les nomment pas. 

Les sutras mahayana font des bodhisattvas l’idéal le plus élevé de la pratique bouddhiste et de nombreux bodhisattvas  apparaissent pour illustrer cet idéal de sauveurs célestes qui aident les autres dans leur recherche de la bodhéité. Plusieurs de ces bodhisattvas sont à peu de chose près les égaux du Bouddha pour ce qui est de la sagesse et de leur capacité à aider les autres. Ils sont souvent représentés comme des parèdres de bouddhas résidant dans différentes Terres pures à travers l’univers. Un bon nombre d’entre eux apparaissent dans le Sutra du Lotus; les plus connus sont le bodhisattva Manjushri (Monju), le bodhisattva Kannon, le bodhisattva Bhaishajyaraja (Yakuo), le bodhisattva Maitreya (Miroku) et le bodhisattva Samantabhadra (Fugen). Ces bodhisattvas sont des figures bien connues dans le bouddhisme mahayana et apparaissent également dans bien d’autres sutras.

Dans le Sutra du Lotus, ces bodhisattvas viennent de mondes idéals pour entendre le Dharma et expriment leur désir ardent d’enseigner le Sutra du Lotus dans ce monde-ci, après le parinirvana du Bouddha. Ils représentent ceux qui, pour atteindre l’Éveil, ont développé au cours d’innombrables vies les six paramitas.  Ils pensent que Shakyamuni atteignit l’Éveil seulement dans cette vie et que sa bodhéité  présente est l’aboutissement  de nombreux kalpas d’entrainement spirituel. Les événements du Sutra du Lotus ébranlent leur point de vue selon lequel la bodhéité est atteinte par le développement graduel des six paramitas.

Le chapitre XII offre l’exemple de la fille du Roi-Dragon qui parvient à l’Éveil en un seul instant, et le chapitre XVI révèle que le Bouddha a, en réalité, atteint l’Éveil dans un passé sans commencement ;  le développement graduel de sa sagesse et de ses vertus - dans cette vie et dans les existences passées - n’étant qu’un ‘‘moyen salvifique’’.

Dans les chapitres XIII à XV, alors que ces bodhisattvas célestes revendiquent l’autorisation de propager le Sutra du Lotus, le Bouddha convoque les bodhisattvas Surgis-de-Terre et dans le chapitre XXI il confère à ces derniers la mission spéciale et la responsabilité de la propagation du Sutra du Lotus. Ce n’est que dans le chapitre XXII que la propagation générale du Sutra du Lotus est concédée aux bodhisattvas célestes.

Selon Nichiren, la propagation générale se fera par les bodhisattvas célestes durant les périodes Shoho et Zoho (Jours du Dharma correct et formel), alors que les bodhisattvas Surgis-de-Terre auront la mission la plus difficile, celle de transmettre le Sutra du Lotus dans la période mappo (les Derniers jours du Dharma). Les bodhisattvas provisoires en seront alors exclus parce qu’ils correspondent aux enseignements théoriques du Sutra du Lotus (shomon).

L’enseignement théorique de la première partie du Sutra du Lotus enseigne que tous les êtres sensitifs ont le potentiel d’atteindre la bodhéité en pratiquant les paramitas de façon graduelle et c’est cela qui sera propagé durant les périodes Shoho et Zoho, les hommes de ces périodes  ayant la capacité de s’y astreindre. Les bodhisattvas Surgis-de-Terre représentent l’enseignement essentiel (honmon) du Sutra du Lotus. Celui-ci montre que la bodhéité est immédiate, ‘‘originelle’’,  sans commencement ni fin, comme celle du Bouddha Atemporel Shakyamuni. Durant la période mappo c’est cet enseignement qui devra être propagé car les autres enseignements ne seront plus efficaces pour arracher les êtres à leur obstination et à leur cécité spirituelle. Seuls des bodhisattvas Surgis-de-Terre, disciples fondamentaux du Bouddha Atemporel (Honbutsu),  sauront propager l’enseignement essentiel.  Cependant les bodhisattvas provisoires seront toujours présents et capables de protéger et assister les bodhisattvas Surgis-de-Terre à accomplir leur mission.

Namu Yakuo* Bosatsu
Bodhisattva Bhaishajya raja - Roi médecin  

Ce bodhisattva représente le pouvoir de guérison du Bouddha. Avec son frère Yakujo (Baishajya samudgata) c’est un personnage important  du Sutra du Lotus. Le Dictionnaire des termes et concepts bouddhiques relate à leur propos :

« Selon le Sutra Yakuo (Sutra de la contemplation des deux bodhisattvas Yakuo et Yakujo) dans le passé incommensurable, à l'époque du Dharma formel du bouddha Rurikosho (Eclat du lapis-lazuli), le bodhisattva Yakuo* était un homme riche du nom de Seishukuko (Lumière de la constellation). Il reçut les enseignements mahayana d'un moine appelé Nichizo (Dépositaire du soleil). S'en réjouissant, il offrit des médicaments efficaces à Nichizo et à d'autres personnes, et fit vœu que tous ceux qui entendraient son nom seraient guéris. Seishukuko avait un frère plus jeune nommé Raikomyo (Lueur de l'éclair), qui offrit aussi des remèdes bénéfiques aux mêmes personnages. Ceux-ci firent l'éloge des deux frères, appelant l'aîné Yakuo* (Roi des remèdes) et le cadet Yakujo (Médecine supérieure). Tous deux, dit le sutra, renaquirent en tant que bodhisattvasYakuo* et Yakujo respectivement et atteindront l'Éveil à l'avenir en tant que bouddhas Jogen et Jozo . » (réf.)

Dans le Sutra du Lotus, ce bodhisattva, présent dans la Grande assemblée au chapitre I, est appelé par son nom. Dans le chapitre X (Maître du Dharma), le Bouddha Shakyamuni parle avecYakuo*. Dans le chapitre XIII (Exhortation à la sauvegarde),Yakuo* ainsi que le bodhisattva-mahasattva Maha-pratibhana, en compagnie d'une suite de vingt mille bodhisattvas, firent le serment devant le Bouddha de propager le Sutra du Lotus après son parinirvana. Le chapitre XXIII (Conduite originelle du bodhisattva Bhaishajyaraja)  raconte sa vie passée en tant que bodhisattva Issai Shujo Kiken (Celui dont la vue remplit de joie tous les êtres sensitifs) à qui le bouddha Chandrasuryapradipa (Nichigatsu Tomyo, Vertu brillante comme le soleil et pure comme la lune) enseigna le Sutra du Lotus. Par gratitude, Kiken offrit à ce bouddha son propre corps en sacrifice pendant 1200 ans. Dans sa vie suivante, il fut de nouveau disciple du bouddha Chandrasuryapradipa (Nichigatsu) et après la mort de celui-ci, il construisit  84 000 stupas pour ses reliques puis se brûla les bras pendant 72000 ans en offrande à ces stupas mais, à la fin, il restaura miraculeusement ses bras grâce à ses mérites et  sa sagesse.

L’offrande de Yakuo* est une allégorie pour montrer la bonne volonté du bodhisattva d’offrir au Bouddha tous ses actes (ses bras) et même sa vie (son corps).  Dans le chapitre XXVI (Dharani), Yakuo* fait le don de formules détentrices-dharani pour protéger tous ceux qui enseignent le Sutra du Lotus. Une autre histoire du passé de Yakuo* est relatée dans le chapitre XXVII (Conduite originelle du roi Ornement Merveilleux). A l’époque du bouddha Jaladhara (Roi des Constellations Tonnerre des Nuées), les bodhisattvas Yakuo* et Yakujo étaient les fils du roi Shubhavyuha (Ornement Merveilleux) ;  l'un s'appelait Vimalagarbha (Pur-Réceptacle), l'autre Vimalanetra (Pur-Regard). Alors que le Bouddha exposait le Sutra du Lotus, les deux fils demandèrent à leur mère Vimaladatta (Pure-Vertu) de venir avec eux pour lui présenter des offrandes. La mère, cependant, voulut qu’ils obtiennent d’abord l’autorisation de Shubhavyuha (Ornement Merveilleux), leur père, qui était très attaché aux enseignements brahmanistes. Les deux fils accomplirent alors différents miracles et leur père en fut si impressionné qu’il adhéra au Dharma. Non seulement il leur accorda sa permission mais il les accompagna auprès du Bouddha dont ils devinrent les disciples. Le roi Shubhavyuha (Ornement Merveilleux) fit alors l’éloge de ses deux fils affirmant qu’ils étaient ses maîtres qui avaient fait l’œuvre du Bouddha en le poussant à se convertir. Les bodhisattvas Yakuo* et Yakujo sont parfois considérés comme les parèdres de l’Ainsi-Venu Amoghasiddhi. Dans ce cas, Yakuo* apparaît en tant qu’Avalokiteshvara.

Le Grand-Maître Zhiyi était considéré comme une réincarnation de Yakuo* car c’est en lisant le chapitre sur Yakuo* qu’il parvint à l’Éveil.

Illustration : Bouddha debout ou assis sur une fleur du lotus et qui tient dans sa main droite une branche de saule, sa main gauche restant fermée.

 
Namu Monjushiri Bosatsu

Bodhisattva Manjushri - Seigneur de Beauté

Ce bodhisattva représente la prajna (sagesse transcendante)  du Bouddha. Il est associé tout particulièrement aux  sutras de la Grande Sagesse (Prajnaparamita sutras) où il est souvent montré une épée à la main, coupant les illusions. Le Dictionnaire des termes et concepts bouddhistes le décrit comme suit :

« Il est vénéré en tant que chef des bodhisattvas. Avec Fugen (Samantabhadra) il est considéré comme un des deux bodhisattvas parèdres de Shakyamuni. Généralement, Manjushri se tient  à la gauche du Bouddha, chevauchant un lion. Il représente  la prajna et l’Éveil. A la droite de Shakyamuni  se tient le bodhisattva Samantabhadra (Fugen)  qui représente la vérité et la pratique. Selon le Sutra du Nirvana de Manjushri, il est né dans une famille de brahmanes à Sharavasti et il a rejoint le Sangha en convertissant beaucoup de monde. » (réf.)

Taigen Daniel Leighton dit à son sujet :

«Manjushri est le bodhisattva  de la prajna et de la vision profonde car il pénètre la vacuité fondamentale (ku, shunya), l’universelle ainsité (nyonyo, tathata) et le véritable aspect de tous les phénomènes (shoho jisso ). Manjushri dont le nom signifie ‘‘Noble Seigneur Bienveillant’’ voit de l’intérieur l’essence de tout ce qui est. Shoho jisso (le véritable aspect des dharmas) signifie que rien ne possède une existence séparée, indépendante de l’environnement. Le but de la prajna est de voir au-delà de l’illusion et de la dichotomie soi/les autres, cette image que nous nous fabriquons du monde. En observant le ‘‘self’’ sous cet angle, la vision pénétrante de Manjushri va jusqu’à l’aspect  le plus profond et le plus vaste du moi, dépouillé des définitions artificielles et de nos catégorisations habituelles. 

« Par sa recherche acharnée de la Réalité ultime Manjushri incarne la paramita de la prajna, la perfection de la sagesse, la pratique et le cœur des sutras qui portent ce nom. Bien qu’associé particulièrement à l’enseignement de la vacuité et à la branche Madhyamika du Mahayana, Manjushri n’apparaît pas dans les premiers sutras Prajnaparamita (sutras de la Grande Sagesse). Il est néanmoins l’un des bodhisattvas les plus importants de tous les sutras mahayana; certains le considèrent comme un personnage historique de l’entourage de Shakyamuni. Un des tout premiers bodhisattvas, Manjushri fut très populaire en Inde au IVème siècle et peut-être même avant, et c’est l’un des premiers à être représenté dans le panthéon des bodhisattvas des Vème  et VIème siècles. Au Japon, les représentations de Manjushri sont apparues au début du VIIIème siècle.»(réf.)

Le bodhisattva Manjushri est cité dans nombre de sutras mahayana, tels que le Sutra Vimalakirti  et le Sutra de la Guirlande des Fleurs (Avatamsaka sutra) ainsi que dans beaucoup d’autres. Il est considéré comme presque l’égal du Bouddha. On dit même qu’il était parvenu à la bodhéité, mais qu’il préférait  agir en tant que bodhisattva. Certains sutras l’appellent ‘‘Maître de tous les bouddhas’’ et il se conduit effectivement comme tel lorsque,  dans le Sutra du Lotus, il répond aux questions de Maitreya, le bouddha du futur. Dans son ouvrage Mahayana Buddhism: The Doctrinal Foundations, Paul Williams synthétise ce que les sutras disent sur Manjushri :

« Maintenant Manjushri a atteint la dernière étape du bodhisattva. A la question pourquoi il ne cherche pas à atteindre la bodhéité,  il répond que si on comprend correctement  la vacuité et si on veut agir en conséquence, on ne peut rien faire d’autre. Il a renoncé à l’Éveil parfait complet, parfait sans supérieur  (anuttara samyaksambodhi) car à la lumière de la vacuité son atteinte est impossible. Bien sûr, en disant cela, Manjushri manifeste  justement son Éveil anuttara samyaksambodhi(réf.)

Dans le chapitre I du Sutra du Lotus (Prologue), Manjushri répond aux questions de Maitreya sur le rayon de lumière émis par Shakyamuni. Manjushri dévoile que dans sa vie passée, alors qu’il était connu comme étant le bodhisattva Varaprabha (Lumière Sublime),  il avait été témoin d’un rayon de lumière émanant du bouddha Chandra-suryapradipa (Luminaire-de-Soleil-et-de-Lune) juste avant que ce dernier n’expose le Sutra du Lotus, si bien qu’à son avis le Bouddha Shakyamuni était également sur le point d’enseigner le Sutra du Lotus. Puis Manjushri, au milieu du chapitre XII (Devadatta), arrive du palais du Roi-Dragon Sagara au fond de l’océan où il avait exposé le Sutra du Lotus. Il fait venir avec lui les innombrables bodhisattvas auxquels il l’avait enseigné et également la fille du Roi-Dragon âgée de huit ans qui procède à la démonstration de l’atteinte immédiate de la bodhéité. Dans le chapitre XIV (Pratiques paisibles), c’est Manjushri qui demande au Bouddha comment des bodhisattvas ordinaires pourront exposer le Sutra du Lotus dans le monde corrompu, après son parinirvana. Enfin dans le chapitre XXIV (Bodhisattva Son-Merveilleux Myoon), c’est Manjushri qui interroge sur la signification des fleurs de lotus aux tiges d'or tombant du ciel et, annonçant l’apparition du bodhisattva Gadgadasvara (Myoon), c’est lui qui veut en savoir plus sur ce bodhisattva et qui demande à le voir. Un passage de la traduction chinoise du Sutra de la Guirlande des fleurs (Avatamsaka) situe sa première résidence sur le Mont Wutai en Chine.

 

Illustration : Adolescent de 16 ans chevauche un lion. Il tient une épée dans la main droite et un  lotus bleu dans la gauche. Il porte une couronne à 5 pointes.

 
 

Namu Fugen Bosatsu

Bodhisattva Samantabhadra - Divinité universelle

Ce bodhisattva  représente tous les vœux et toutes les bonnes causes accomplis par le Bouddha. On en trouve une excellente description dans l’ouvrage de Taigen Daniel Leighton Bodhisattva Archetypes :

« Samantabhadra est le bodhisattva du dynamisme qui fait naître la bodhéité dans ce monde, c’est la fonction éclairante de la prajna. Il incarne également le réseau lumineux de l’interconnexion entre tous les êtres qui s’exprime par une vision irradiante.
Samantabhadra et Manjushri apparaissent souvent en parèdres de chaque côté de Shakyamuni, Manjushri sur son lion, symbolisant la prajna, et Samantabhadra sur un éléphant, symbolisant l’activité bénéfique de la prajna dans le monde.
« La  première  source écrite concernant Samantabhadra est le Sutra de la Guirlande des Fleurs (Avatamsaka) dont il est le bodhisattva principal. Il représente ainsi les enseignements élaborés tant au niveau des pratiques de bodhisattva que des textes de l’excellente école chinoise Huayun qui s’en inspire  (Avatamsaka se dit Huayan en chinois et Kegon* en japonais). La diversité des manifestations bénéfiques des bodhisattvas dans le monde  et le spectacle impressionnant de l’interdépendance des écosystèmes de l’univers appartiennent au domaine de Samantabhadra . Dans le dernier chapitre du Sutra du Lotus, il est désigné comme le protecteur de ce sutra et de ses fidèles.»(réf.)

Samantabhadra  est surtout connu en Asie du Sud-Est pour ses dix grands vœux dont il est question dans le chapitre 40 du Sutra de la Guirlande des Fleurs. Ceux-ci sont énumérés par Francis H. Cook qui parle de Samantabhadra de la façon suivante :

 « Samantabhadra  symbolise les pratiques de bodhisattva. Ses vœux et ses pratiques sont un exemple idéal de l’aspiration à la bodhéité et du parcours qui y conduit par des  phases conçues comme génératrices d’un éclatant Éveil final. Ce parcours est illustré par les faits et gestes du jeune Sudhana dans les derniers chapitres du Sutra Avatamsaka. L’effet en est la connaissance par l’immersion dans l’univers d’identité* et interdépendance (jikkai gogu), expérience parfaite des bodhisattvas totalement éveillés. Samantabhadra occupe une place très importante dans l’Avatamsaka puisque ce sutra est particulièrement dédié aux pratiques causales. Les vœux de Samantabhadra que chaque pratiquant (lequel est en réalité Samantabhadra lui-même) doit minutieusement  recopier sont les suivants :
1) Vénérer tous les bouddhas;
2) Louer les Ainsi-Venus;
3) Faire des offrandes à tous les bouddhas;
4) Avouer toutes les transgressions passées du Dharma;
5) Se réjouir des qualités et du bonheur des autres (mudita);
6) Demander au Bouddha d’enseigner le Dharma;
7) Demander au Bouddha de venir dans ce monde;
8) Suivre le Dharma;
9) En faire toujours bénéficier les autres êtres;
10) Transférer ses propres mérites aux autres (parinamana).» (réf.)

Samantabhadra apparaît dans le chapitre XXVIII du Sutra du Lotus. Il vient du monde lointain de l’Est pour entendre et recevoir le Sutra du Lotus. Il promet de protéger et de soutenir ceux qui gardent ce sutra dans les Derniers jours du Dharma (mappo) après le parinirvana du Bouddha. Ensuite il donne une dharani aux adeptes du Sutra du Lotus. Et va jusqu’à déclarer que

‘‘tout cela est dû à la force miraculeuse et majestueuse de Samantabhadra ’’.

Il poursuit en disant que :

‘‘S'il s'en trouve pour recevoir ce sutra, le garder, le lire et le réciter, le mémoriser correctement, en comprendre le sens, s'y exercer selon ce qui y est exposé, il faut savoir que ces gens se livrent à la pratique de Samantabhadra ’’.

Le Bouddha ajoute que :

‘‘s'il s'en trouve pour recevoir et garder, lire et réciter, mémoriser correctement, mettre en pratique, copier et recopier ce Sutra du Lotus, cela reviendra pour eux à voir le Bouddha Shakyamuni, que ce sera comme entendre ce sutra de la bouche du Bouddha.’’

Le Sutra Fugen, qui est la dernière partie du triple Sutra du Lotus développe les promesses de Samantabhadra faites dans le chapitre XXVIII ‘‘d’apparaître en personne, monté sur un royal éléphant blanc à six défenses’’ à ceux qui s’amendent et récitent le Sutra du Lotus. Le Sutra Fugen explique comment le pratiquant peut visualiser non seulement Samantabhadra mais toute la Cérémonie dans les Airs.

Les bouddhistes chinois situent la demeure de Samantabhadra sur le Mont Omei dans l’Ouest de la Chine.

Illustration : Adolescent de 16 ans monté sur un éléphant, les mains en gassho. Il porte une couronne à 5 pointes.

 
Namu Miroku Bosatsu

Bodhisattva Maitreya - Amour-empathie

Le bodhisattva Maitreya est le bouddha du futur de ce monde qui réside actuellement dans le Ciel Tushita. Le Dictionnaire des termes et concepts bouddhistes en parle de la façon suivante :

«  Il a été prédit qu’un bodhisattva succéderait à Shakyamuni en tant que futur Bouddha. Il serait nommé Ajita qui signifie ‘‘l’Invincible’’. Certains récits en font un personnage historique mort avant le Bouddha. C’est lui qui serait rené dans le Ciel Tushita où il enseigne le Dharma aux êtres célestes. Il reviendrait dans le monde 5670 millions d’années après le parinirvana de Shakyamuni, atteindrait l’Éveil, et sauverait les êtres tout comme Shakyamuni. C’est pour cela qu’on lui donne parfois le titre de Bouddha. La croyance en Maitreya était principalement répandue en Inde au début du I er siècle puis s’étendit à la Chine et au Japon. Au IVème siècle (c. 270-350) vécut un moine de l’école Rien que Conscience nommé Maitreya. Il fut, plus tard, confondu avec le bodhisattva

A part Siddhartha Gautama et les bodhisattvas dont il était l’incarnation dans ses existences précédentes, Maitreya est le seul bodhisattva reconnu tant par le Theravada que le Mahayana. Sa prochaine venue est prédite dans le canon pali aussi bien que dans les sutras mahayana.

Outre le célèbre moine homonyme du IVème siècle, le bodhisattva Maitreya apparaît sous quelques autres formes plus ou moins historiques. La plus connue est celle du moine jovial dont la statue est parfois confondue avec le Bouddha. Taigen Daniel Leighton raconte ce qui suit au sujet de ce personnage légendaire si mal compris :

« En Chine, Maitreya est souvent confondu avec l’incarnation supposée du moine zen chinois Budai qui vécut au Xème siècle. Les Japonais le connaissent sous le nom de Hotei et c’est une figure assez familière en Occident. On va jusqu’à intituler les représentations de Budai (Hotei) simplement Maitreya (Milo en chinois), si bien que la conscience populaire les identifie totalement. Selon la légende, Hoteiest un sage errant aux pouvoirs surnaturels qui préférait passer son temps dans les rues d’un village plutôt que de bénéficier de la sécurité d’un temple. Sa statue de gros poussah hilare trône dans nombre de restaurants et de temples chinois. "Hotei" signifie sac de toile car il portait souvent un sac de bonbons et de cadeaux aux enfants avec lesquels il aimait jouer. Ce Santa Klaus bouddhiste débraillé nous fait voir  sous un autre angle l’amour-empathie chaleureux de Maitreya. Le ventre rebondi de Hotei et sa connivence avec les enfants en font dans la religion populaire une divinité de la fertilité. Maitreya était souvent invoqué par ceux qui désiraient avoir des enfants, surtout en Corée.» (réf.)

Le bodhisattva Maitreya joue un rôle très important dans le Sutra du Lotus. Dans le chapitre I, c’est lui qui interroge le bodhisattva Manjushri sur les présages dont s’entoure la Bouddha. Taigen Daniel Leighton commente ainsi ce chapitre :

« Maitreya apparaît sous un jour assez ambivalent dans certains sutras du début du Mahayana. Dans le chapitre I du Sutra du Lotus, le Bouddha Shakyamuni ‘‘émet un rayon de lumière depuis sa touffe blanche entre les sourcils (urna-kosha)’’, ce qui étonne Maitreya qui interroge Manjushri sur ce prodige. Celui-ci rappelle à Maitreya que dans un passé lointain, ils avaient déjà été témoins d’une telle lumière émise par le bouddha du moment et que cette lumière annonçait l’exposé du Sutra du Lotus suite à la demande du bodhisattva Varaprabha (Lumière-Sublime)  qui n’était autre que Manjushri lui-même. ‘‘Parmi ses huit cents disciples, il s'en trouvait un, du nom de Yashaskama (Cherche-Gloire)’’ qui n’était autre que Maitreya dans cette vie antérieure. On l’a surnommé ainsi car il était ‘‘avide de bienfaits et d'éloges ; bien qu'il récitât encore et encore les sutras, il ne les pénétrait pas avec acuité et nombreux étaient les passages qu'il oubliait’’.  Bien que Maitreya dans sa vie antérieure ait été blâmé par son instructeur de l’époque, le sage Manjushri, celui-ci reconnaît que le paresseux Cherche-Gloire ‘‘avait planté diverses racines de bien’’. Cela lui permit de ‘‘rencontrer d'innombrables myriades de bouddhas, à qui il fit offrande et rendit hommage, prodigua vénération et louange’’. Finalement il devint ce bodhisattva  Maitreya destiné à devenir le prochain Bouddha.» (réf.)

Maitreya joue également un rôle important dans la Cérémonie dans les Airs, dans le chapitre XV du Sutra du Lotus. C’est lui qui pose la question sur l’origine des bodhisattvas Surgis-de-Terre, demandant comment le Bouddha Shakyamuni a pu les former alors qu’il atteignit l’Éveil seulement quarante ans avant leur apparition. C’est précisément cette interrogation qui, dans ce même chapitre, permet la révélation de l’Éveil atemporel du Bouddha. Dans ce chapitre, Maitreya se fait le héraut de la Grande assemblée en déclarant :

‘‘Voila la seule chose que nous désirons. Sans aucun doute nous croirons et accepterons les paroles du Bouddha.’’

Dans les chapitres XVII et XVIII, c’est à Maitreya que s’adresse le Bouddha en lui expliquant que

‘‘s'il se trouve des êtres qui, à entendre que la longévité du Bouddha est à ce point immense, peuvent concevoir ne serait-ce qu'une seule pensée de foi et de compréhension, les mérites qu'ils en obtiendront seront au-delà de toute limite’’.

Le dernier  chapitre (XXVIII) présente Maitreya sous un jour nettement plus avantageux que le chapitre d’introduction. Taigen Daniel Leighton commente :

« Bien que le Sutra du Lotus s’ouvre sur un jugement plutôt négatif de Manjushri au sujet de Maitreya dans sa vie passée, le dernier chapitre parle de la protection que reçoivent les  disciples du Sutra et Samantabhadra  dit : ‘‘S'il se trouve quelqu'un qui le reçoit et le garde, le lise et le récite, en comprenne le sens, celui-là aura, à la fin de sa vie, mille bouddhas pour lui tendre la main, l'empêcher d'avoir peur et de tomber dans les mauvaises destinées; il ira au Ciel Tushita auprès du bodhisattva Maitreya. Le bodhisattva Maitreya, muni des trente-deux marques, sera entouré d'une vaste multitude de bodhisattvas, il aura une suite de milliers de millions de myriades de déesses célestes’’». (réf.)


Illustration : bodhisattva portant une couronne avec trois pointes assis dans une attitude pensive, la cheville droite sur le genou gauche et la jambe gauche pendant hors du lotus ; deux doigts de la main droite sont posés sur la joue ; la main gauche repose sur la cheville droite.

 

SUITE : Les Vidya-rajas

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