Un bouddhisme pour notre temps

Une interprétation moderne du Triple Sutra du Lotus par
Niwano Nikkyo
traduit de A Buddhism for today (Kosei Publishing Co - 2006)

Voir : SUTRA DU LOTUS - CHAPITRE XXI


C'est dans ce chapitre que les notions de Dharma (enseignement) provisoire ou théorique (shakumon) et de Dharma originel (honmon) sont mises particulièrement en évidence. Ce chapitre montre aussi que ces deux Dharmas-enseignements ne sont pas opposés mais que, même s'ils semblent différents, leur essence est identique.

Dans l'enseignement théorique, Shakyamuni révèle le but et le contenu des enseignements prêchés depuis qu'il a atteint l'Éveil. Il s'agit de son enseignement philosophique et moral qui insiste sur le fonctionnement de ce monde, la façon dont les êtres humains devraient vivre, la bonne manière d'établir des relations humaines idéales.

Dans l'enseignement originel honmon, Shakyamuni révèle que le Bouddha n'est pas limité au Shakyamuni historique apparu et mort dans ce monde mais qu'il est l’Être atemporel (Honbutsu) dont la Vie n'a ni commencement ni fin. Le Bhagavat y explique que pour être sauvés et pour établir une véritable paix dans notre monde, nous devons fusionner avec ce Bouddha Originel (Honbutsu), et que c'est en lui que nous pouvons prendre refuge de tout cœur.

Il est possible de distinguer le Dharma-enseignement théorique et le Dharma-enseignement originel en reliant le premier au Bouddha Shakyamuni historique, tandis que le second est la doctrine exposée par le Bouddha Atemporel qui existe depuis le passé infini jusqu'au futur éternel. Parce que la sagesse est indispensable pour vivre correctement, l'enseignement théorique (shakumon) est celui de la sagesse, tandis que l'enseignement originel (ou essentiel) est la doctrine de l'amour-empathie et du salut parfait. Si nous voulons pénétrer plus à fond dans l'étude du Sutra du Lotus, nous devons tenir compte de ces deux aspects du Dharma.

Pour toute étude sérieuse, il importe de commencer par l'analyse. Cela consiste à diviser un objet d'étude en plusieurs parties et en examiner la structure, les éléments, la signification et la fonction. Mais si nous nous contentons de la seule analyse, nous ne faisons que la moitié du chemin. Nous devons compléter notre étude par la synthèse. C'est alors que nous pouvons considérer l'objet d'étude dans son ensemble, l'analyse et la synthèse ne pouvant être dissociées.

Cela s'applique aussi, bien-sûr, à l'étude du Sutra du Lotus. Jusqu'ici nous avons étudié les enseignements du Bouddha en les analysant et en essayant de les comprendre correctement. Si nous nous arrêtions là, l'enseignement resterait divisé en plusieurs parties embrouillées. Le Sutra du Lotus n’est pas un simple objet de connaissance intellectuelle. Ni le salut individuel, ni celui de la société ne sont possibles sans une adhésion dans la foi et l’union complète avec cet enseignement.

Dans le chapitre XXI, le Bouddha enseigne qu'en mettant ensemble tous les sermons des vingt chapitres précédents, la vérité qui en découle est unique et indivisible. La doctrine exposée dans l'enseignement théorique (shakumon) est intimement liée à celle de l'enseignement essentiel (honmon) et notre dévotion doit aller aux deux.

Une lecture rapide de ce chapitre peut laisser penser qu'il ne contient aucune doctrine importante et qu'il n'y est question que des pouvoirs mystérieux et merveilleux de l'Ainsi-Venu.

C'est ce qui rend ce chapitre si difficile à comprendre. Le pouvoir absolu de l'Ainsi-Venu est symbolisé par ces phénomènes dits surnaturels et chacun des phénomènes exprime l'unicité shakumon/honmon (théorie/essence).

La signification des dix pouvoirs surnaturels (ju-jinriki) de l'Ainsi-Venu décrits dans ce chapitre sera expliquée conformément à l'interprétation traditionnelle acceptée par de nombreux spécialistes du bouddhisme depuis les temps anciens.

L'explication sera donc assez technique et il se peut que des termes bouddhiques assez difficiles apparaissent. Mais ne nous laissons pas déconcerter par cela. Ces termes sont des hoben (moyens appropriés) adaptés pour nous aider à comprendre, notre but réel étant de pénétrer profondément l'esprit de ce chapitre.

Dans les stances finales du chapitre précédent (XX), le Bhagavat parle comme suit :

« Pour cette raison, que les pratiquants,
après la disparition du Bouddha,
s'ils entendent un tel texte,
n'aillent pas concevoir doutes et égarements !

Ils devront de tout coeur
amplement prêcher ce Sutra,
et d'âge en âge ils rencontreront un Éveillé
et réaliseront rapidement la Voie de bouddha.»

Le chapitre XXI poursuit :

« A ce moment, les bodhisattvas-mahasattvas qui avaient surgi de terre en nombre égal aux particules de mille mondes, joignirent tous unanimement les paumes devant l'Éveillé, regardèrent avec adoration le visage du Vénéré et s'adressèrent à lui : "Bhagavat, après le parinirvana du Bouddha, nous exposerons amplement ce Sutra, dans les royaumes où résident les corps d'émanation du Bhagavat et où ils seront passés en parinirvana. Pourquoi cela? C'est que nous aussi nous désirons obtenir pour nous-mêmes ce grand Dharma, authentique et pur, le recevoir, le garder, le lire, le réciter, l'expliquer, le copier et lui faire offrande."»

Nous avons parlé des bodhisattvas Surgis de terre dans le chapitre XV, et nous avons noté qu'ils étaient censés posséder des vertus plus grandes que les bodhisattvas Manjushri et Maitreya. Ils firent le vœu de prêcher partout les enseignements du Bouddha :

Faire des offrandes au Bouddha ou au Dharma signifie exprimer son sentiment de gratitude et payer ainsi la "dette" que nous avons envers le Bouddha et le Dharma. Lorsque les bodhisattvas prêchent partout les enseignements du Bouddha, ils paient leur dette pour les enseignements qu'ils ont reçus du Bouddha. C'est pourquoi les bodhisattvas Surgis de terre sont de grands bodhisattvas. À un niveau spirituel peu élevé, les gens pensent seulement : "Je peux y arriver seul." Alors que ces bodhisattvas ont dépassé le point de vue du "moi d’abord".

Nous recevons naturellement les mérites-kudokus en transmettant les bienfaits aux autres. Refuser d'accepter de tels mérites relèverait de scrupules absurdes. Les enseignements du Bouddha ne sont ni bigots ni sectaires. Dans les chapitres précédents, le Bouddha parle maintes fois des bienfaits que nous transmettons aux autres en leur prêchant le Sutra du Lotus et ainsi les faisons croître en nous. Dans le chapitre présent, nous voyons que les bodhisattvas qui ont plus de vertus que d'autres, sont justement parfaitement exempts de toute préoccupation du moi. C'est l'enseignement de l'état d'esprit idéal du croyant.

Il faut également noter que même ces grands bodhisattvas ne négligent nullement les pratiques telles que recevoir et garder, lire, réciter, expliquer, copier les enseignements du Bouddha. Comme ce sont de grands bodhisattvas, leur degré de compréhension du Dharma est vraisemblablement parfait. Mais ils s'efforcent néanmoins de recevoir et garder les enseignements du Bouddha, d'approfondir encore et encore leur compréhension en les lisant et en les récitant, en les mémorisant, en les expliquant et en les copiant. De telles pratiques sont des plus sacrées et sont très importantes pour nous parce que nous avons tendance à devenir arrogants lorsque notre compréhension du Dharma s'améliore ne fut ce qu'un petit peu.

Les pouvoirs divins révélés par l'Ainsi-Venu

Le Bhagavat, en entendant le voeu prononcé par les bodhisattvas Surgis de Terre, approuva en silence. Ensuite, devant le Bodhisattva Manjushri et les autres innombrables centaines de milliers de myriades de kotis de bodhisattvas-mahasattvas, ainsi que devant les bhiksus* et les bhiksunis*, les upasakas* et les upasikas*, les devas*, nagas*, yakshas* humains et non-humains, devant toutes ces créatures le Bhagavat révéla ses merveilleux pouvoirs divins (ju-jinriki).

Le Bhagavat, en entendant le vœu prononcé par les bodhisattvas Surgis de terre, approuve en silence. Ensuite, devant le bodhisattva Manjushri et les autres innombrables centaines de milliers de myriades de kotis de bodhisattvas-mahasattvas, ainsi que devant les bhiksus* et les bhiksunis*, les upasakas* et les upasikas*, les devas*, nagas*, yakshas* humains et non-humains, devant toutes ces créatures le Bhagavat révèle ses merveilleux pouvoirs surnaturels (ju-jinriki).

1. Il montre d'abord le pouvoir surnaturel :

« en sortant une langue large et longue qui monta jusqu'au séjour de Brahma

Cette expression, quelque peu étrange aujourd'hui, provient d'une vieille coutume indienne. Dans l'Inde ancienne, tirer la langue était un acte prouvant la vérité de ce que l'on disait. Pour utiliser une expression triviale, le Bouddha montra qu'il n'avait pas une langue fourchue. Par son pouvoir surnaturel, il révéla que tous les enseignements qu'il avait prêchés étaient vrais et qu'ils le seraient éternellement.

Par son pouvoir surnaturel il exprima que les enseignements qu'il a prêchés jusqu'à présent semblaient être deux — enseignement théorique provisoire (shakumon) et enseignement du Bouddha Atemporel (honmon) — mais que, fondamentalement, ces deux enseignements n'en forment qu'un. À une époque plus tardive, les érudits bouddhistes considéraient que le principe de nimon-shin-itsu (deux enseignements — unité d’esprit) était symbolisé par le Bouddha sortant une "langue large et longue". Les "deux enseignements" sont l'enseignement provisoire (shakumon) et l'enseignement essentiel (honmon). D’abord Shakyamuni, le résidant du monde Saha, enseigne aux hommes de son temps ce qu'est une vie bonne. Puis il déclare qu'il est le Bouddha Atemporel, 1'Être du non-commencement et de la non-fin et que le véritable salut résulte de la prise de conscience que notre vie est celle du Bouddha Atemporel du non-commencement et de la non-fin. Alors que les deux enseignements et les deux Bouddhas peuvent paraître différents, il importe de les considérer dans leur unité.

Le Bouddha Shakyamuni historique doit être considéré comme le Bouddha d’apparence, émané du Bouddha Atemporel du fait de sa grande compassion pour tous les êtres vivants. On ne peut donc pas séparer le Bouddha Shakyamuni du Bouddha Atemporel. Sans le Bouddha Shakyamuni apparaissant dans ce monde, nous aurions eu du mal à connaître l'existence réelle du Bouddha Atemporel. Il n’est pas pertinent de proclamer lequel des deux est le plus élevé, le Bouddha de Manifestation ou le Bouddha Atemporel. Ils ne sont qu'un seul Bouddha et notre foi va à un seul objet. Cela s'exprime par le principe nimon-shin-itsu (deux enseignements – unité d’esprit) illustré par le Bouddha tirant sa longue langue jusqu'à ce qu'elle atteigne le monde de Brahma.

2. Ensuite le Bouddha révèle le pouvoir surnaturel suivant :

«Tous ses pores émirent d'innombrables et incalculables rayons de lumière colorée qui illuminèrent universellement les mondes des dix directions. Il en alla de même pour les bouddhas sur leurs trônes léonins au pied de la multitude d'arbres de matières précieuses: ils sortirent une langue large et longue et émirent d'innombrables rais de lumière. Le Bouddha Shakyamuni ainsi que les bouddhas au pied des arbres précieux manifestèrent leurs pouvoirs mystiques pendant une durée de cent fois mille années pleines.»

Shakyamuni révéla son pouvoir surnaturel en projetant une lumière merveilleuse à partir de son corps tout entier, qui se dirigeait vers toutes les directions de l'univers. Ce phénomène surnaturel symbolise la lumière de la vérité qui disperse les ténèbres de l'illusion. L’obscurité n'existe pas en tant qu'entité, elle n’est qu'un état de non-lumière, elle se dissipe lorsque la lumière apparaît. Il en est de même pour les illusions. Seule la vérité est réelle, l'illusion est chimérique. L'illusion nait dans l’esprit de celui qui n'a pas encore pris conscience de la vérité.

Dans son exposé sur la causalité, le Bouddha enseigne que les hommes ne doivent pas se laisser troubler par des manifestations aussi triviales que l'illusion. Prendre conscience de la vérité est la seule manière de supprimer l'illusion. Le Bouddha enseigne ce principe dans l'Enseignement théorique (shakumon). Ensuite, dans l'Enseignement essentiel (honmon), il enseigne la vérité ultime de l'existence réelle du Bouddha et de son immortalité, c'est-à-dire que le Bouddha est la cause de la vie de toutes les créatures.

L'enseignement provisoire (shakumon) et l'eseignement essentiel (honmon) s'appuient sur des bases théoriques identiques. Ce Dharma nimon-ri-itsu (deux enseignements –une théorie) se traduit par la lumière qui émane du corps du Bouddha pour faire disparaître les ténèbres dans tout l'univers. Tout comme Shakyamuni, les autres bouddhas tirent leur longue langue et rayonnent d'une lumière infinie. Cette image souligne que la vérité est unique et que tous les bouddhas, aussi nombreux qu'ils soient, ont compris la même Vérité.

L'enseignement provisoire (shakumon) et l'eseignement essentiel (honmon) s'appuient sur des bases théoriques identiques. Ce Dharma nimon-ri-itsu (deux enseignements –une théorie) se traduit par la lumière qui émane du corps du Bouddha pour faire disparaître les ténèbres dans tout l'univers. Tout comme Shakyamuni, les autres bouddhas tirent leur longue langue et rayonnent d'une lumière infinie. Cette image souligne que la vérité est unique et que tous les bouddhas, aussi nombreux qu'ils soient, ont compris la même Vérité.

3 et 4. L'action suivante des bouddhas est présentée ainsi :

« Après cela ayant ramené en eux la langue, ensemble, en même temps chassèrent avec force la voix de la gorge et claquèrent ensemble des doigts

L’ensemble avec lequel agissent les bouddhas signifie que tous les enseignements ne font qu'un et qu’il s’exprime par leurs voix.

Shakyamuni commença par prêcher l'enseignement qu'il jugeait adapté aux capacités des hommes. Mais, comme la vérité est unique, ce n'était pas pour autant un enseignement inférieur. L'enseignement adapté fut prêché seulement pour guider les gens vers la Vérité ultime.  L'enseignement théorique (shakumon) et l'enseignement essentiel (honmon) expriment également des réalités importantes, ce sont aussi des enseignements sacrés. Si le second peut être comparé à la multiplication, le premier peut être assimilé à l'addition. Les enfants ne peuvent pas comprendre la multiplication si on leur apprend d’emblée que 2 x 3 = 6. Ils doivent d'abord apprendre l'addition. Lorsqu'ils comprennent que deux plus deux plus deux égale six, ils peuvent saisir l'idée que multiplier par trois est l'équivalent d'additionner trois fois deux. Même s'ils apprennent les tables de multiplication par cœur et "savent" donc que 2 x 3 = 6, ils n’ont pas pour autant réellement saisi le principe de la multiplication.

Dans le domaine spirituel, comme en arithmétique, l'addition et la multiplication sont toutes deux vraies ; l'enseignement shakumon et l'enseignement honmon représentent l'expression de la vérité. La véritable foi peut être comparée à la multiplication et ne deviendra efficace que si le principe de l'addition est d'abord entièrement assimilé.

Dans le chapitre XVIII, la foi est expliquée comme une multiplication : l'objet de la foi multiplié par l'esprit de la foi est égal au résultat de la foi. Mais si nous déclarons d’emblée ‘‘L'objet de la foi doit être le Bouddha du non-commencement et de la non-fin’’, les gens seront troublés et incapables de croire. Et combien plus graves seront les conséquences d'une mauvaise interprétation de l'objet de la foi.

Dans l'enseignementshakumon, Shakyamuni enseigne exhaustivement le fonctionnement de ce monde, ce que les êtres humains devraient être, la bonne manière de vivre et les rapports humains idéaux. Grâce à ce Dharma-shakumon, nous pouvons suivre la vérité inhérente à tous les phénomènes, c'est-à-dire, prendre conscience des Sceaux du Dharma et des Douze liens causaux, et donc mettre en pratique les Quatre nobles vérités, l'Octuple noble chemin et les Six paramitas. C'est l’esprit de la foi par addition.

À ceux qui ont compris ces doctrines, le Bouddha révèle que tous les êtres vivent grâce à et par la Vérité universelle, c'est-à-dire par le Bouddha Atemporel qui est non-commencement et non-fin. Ensuite, les disciples comprennent que ‘‘Si nous sommes unis au Bouddha, nous en viendrons naturellement à vivre suivant la vérité, ce qui est notre salut réel.’’ Les moyens appropriés (hoben), enseignement adapté de la première moitié du Sutra du Lotus (shakumon) et la Vérité au sens d’absolu (enseignement honmon révélé dans la seconde moitié du Sutra) sont tous les deux la même vérité et mènent au même salut. C'est l’enseignement nimon-kyo-itsu, (deux enseignements – une formation) et c'est le sens profond de "ensemble", "en même temps".

L'expression "claquèrent ensemble des doigts" désigne une ancienne coutume indienne, elle illustre l'assurance des bouddhas comme s'ils disaient ‘‘Nous vous donnons notre parole’’ ou ‘‘Nous promettons de le faire’’. Tous les bouddhas claquant des doigts à l'unisson confirment ainsi leur promesse solennelle de propager le Dharma ou, en d'autres termes, leur vœu d'accomplir la pratique de bodhisattva.

L'esprit fondamental de cette pratique est l'union entre soi et autrui. Souhaiter par sympathie sauver une personne de sa condition pitoyable est, pour ainsi dire, une façon d'entrer dans la pratique de bodhisattva. Arriver à l'état dans lequel nous tendons toujours une main secourable à celui qui souffre, c'est avoir atteint l'esprit du bodhisattva.

Un nourrisson pleure pour avoir le sein de sa mère. Elle le prend dans ses bras et le nourrit. L'esprit de la mère, à ce moment-là, est au-delà d'une simple compassion. Elle ressent la faim du bébé presque comme la sienne et elle prend le bébé dans ses bras sans penser à elle. Pendant que le bébé tête, la mère le regarde avec contentement. C'est une image de l'union de la mère et de l'enfant sans aucune arrière-pensée d'obligation. C'est aussi l'état d'esprit du bodhisattva lorsqu'il donne un enseignement. On peut imaginer que cet état d'esprit harmonieux régnait entre Shakyamuni et ses disciples. Comme il est écrit dans les sutras « toutes les souffrances de toutes les créatures sont celles du Bouddha ». C'est un idéal de relation entre le moi d'un bodhisattva et autrui. Ce qui ne devrait pas nous étonner si nous avons étudié le Sutra du Lotus jusqu'à ce point.

Nous avons le sentiment d'éliminer les illusions et nous élever spirituellement lorsque nous adhérons aux doctrines des Douze liens causaux, des Quatre nobles vérités et de l'Octuple noble chemin. Et notre progrès, à son tour, a une influence bénéfique sur ceux qui nous entourent. Pratiquer l'enseignement pour soi est équivalent (soku) à faire pratiquer les autres. Pratiquer l'enseignement sincèrement est plus efficace que de le prêcher mollement. Alors que la doctrine des Six paramitas est un modèle de pratique pour les bodhisattvas, pour nous, le modèle est la pratique de l'union entre soi et les autres.

Pénétrer le sens de l'enseignement honmon, c'est comprendre ce que signifie cette union entre soi et les autres. C'est prendre conscience qu’au niveau cosmique, nous sommes tous unis à la grande Vie. Cela implique que nous avons compris que même si les personnes semblent être séparées les unes des autres, elles sont unies de par leur origine. Les disputes et les troubles arrivent souvent parce que les gens ne réalisent pas cela. Si tous les hommes prenaient vraiment conscience et atteignaient l’esprit d'union entre eux et autrui, ce monde serait rapidement transformé en une Terre Pure.

Tout l’enseignement du Sutra du Lotus est contenu dans ce sentiment d’unicité soi/autrui On parle alors de nimon-nin-itsu (deux enseignements – unité des personnes). C’est ce qu’expriment les bouddhas par le claquement des doigts.

5. La démonstration suivante des pouvoirs surnaturels des bouddhas est exprimée comme suit:

« Ces deux sons s'étendirent universellement aux mondes de bouddhas des dix directions, où partout leur terre trembla de six façons.»

Nous avons déjà vu que l'expression "leur terre trembla de six façons" signifie que toutes les choses de l'univers furent profondément touchées par la démonstration des pouvoirs surnaturels des bouddhas. "Ces deux sons" sont les voix des bouddhas et leur claquement de doigts pour affirmer leur promesse solennelle d'établir dans ce monde l'unicité de soi et des autres. L'émotion que cela provoque fait trembler tout l'univers.

Si quelqu'un est ému par un enseignement au point d’en trembler, il le met forcément en pratique. Tant que la compréhension n'est que théorique, elle n'émeut pas et ne pousse pas à l’action. Il faut une émotion spirituelle et physique pour commencer la pratique.

Que doit-on alors pratiquer ? C’est la pratique de bodhisattva car tous les enseignements du Sutra du Lotus y sont contenus. Dans l'enseignement shakumon, le Bouddha exhorte les disciples à la pratique de bodhisattva par les six paramitas. Dans l'enseignement honmon, il leur enseigne l'unité entre eux et le Bouddha et les mène à prendre conscience de l’unité soi/autrui. C'est cette conscience qui est naturellement manifestée dans la pratique de bodhisattva : la paix mondiale et la transformation du monde Saha en une Terre de la Lumière Toujours Paisible (jakko-do). C’est nimon-gyo-itsu, (deux enseignements – (une) unité de pratique) qui se manifeste quand les terres tremblent de six façons.

Les cinq pouvoirs surnaturels que nous venons de voir sont une extériorisation de la prise de conscience, de l'enseignement et du vœu de Shakyamuni et de tous les autres bouddhas. Lorsque ces cinq pouvoirs surnaturels s'étendent à tous les êtres vivants de l'univers, qu'en résulte-t-il ? Les cinq pouvoirs suivants décrivent leur influence sur tous les êtres vivants.

6. Le sixième pouvoir surnaturel de l'Ainsi-Venu est exprimé de la façon suivante :

« Les êtres qui s'y trouvaient, devas*, nagas*, yakshas*, gandharvas*, asuras*, garudas*, kimnaras*, mahoragas*, humains et non-humains, virent tous, grâce aux pouvoirs mystiques du Bouddha, les innombrables et infinis milliers de millions de myriades de bouddhas sur leurs trônes léonins au pied de la multitude d'arbres de matières précieuses en ce monde Saha*. Ils allèrent jusqu'à voir le Bouddha Shakyamuni avec l'Ainsi-Venu Taho* assis sur leur trône de lion dans la Tour aux Trésors. Ils virent encore les innombrables et infinis milliers de millions de myriades de bodhisattvas-mahasattvas ainsi que les quatre congrégations, qui entouraient avec respect le Bouddha Shakyamuni. A cette vue, ils furent frappés de surprise, d'étonnement et de satisfaction liesse telle qu'ils n'en avaient jamais obtenu auparavant.»

Toutes les créatures, humaines et non-humaines, purent voir la Grande assemblée du Bouddha Shakyamuni accompagné de l'Ainsi-Venu Prabhutaratna (Taho) et de nombreux autres bouddhas. En termes bouddhiques, cet état est désigné par fugen-daie : vision, par toutes les créatures de la Grande assemblée, du Bouddha entouré de nombreux autres bouddhas. Cette expression signifie que tous les êtres, sans exception, peuvent appliquer les enseignements du Bouddha. Certes, les hommes sont différents dans leurs capacités à comprendre l'enseignement bouddhique : certains le comprennent facilement tandis que d'autres le trouvent très difficile. Les moyens appopriés* (hoben) pour éveiller les hommes doivent être adaptés à leurs capacités. C'est l'état actuel des êtres humains mais, dans le futur éternel, ils seront tous capables d'atteindre l'Éveil.

Il y a évidemment de nombreuses différences temporelles dans le processus d'atteinte de la bodhéité car la différence d'ouverture des hommes aux enseignements du Bouddha existe seulement dans le shigan, rivage d'ici-bas, c'est-à-dire dans le monde de la naissance et de la mort. Les hommes deviennent des bouddhas égaux lorsqu'ils atteignent le higan, l'autre rive, le royaume du nirvana. Là, il n'y a plus de différence entre leurs capacités de compréhension des enseignements. Cette doctrine s'appelle mirai-ki-itsu : dans le futur, tous les hommes auront la même compréhension des enseignements du Bouddha. Le terme bouddhique fugen-daie, qui désigne lavision par toutes les créatures de la Grande assemblée du Bouddha entouré de nombreux autres bouddhas, indique que le Bouddha a le pouvoir de guider tous les êtres sans distinction vers le royaume du nirvana.

7. L'état suivant est décrit ainsi :

« A ce moment, du sein de l'espace, les devas firent d'une voix forte cet éloge : "Au-delà d'innombrables, d'infinis milliers de millions de myriades de quantités incalculables de mondes se trouve un royaume du nom de Saha*, il y est un Éveillé appelé Shakyamuni. À présent, à l'intention des bodhisattvas-mahasattvas il prêche un sutra du Grand Véhicule intitulé Fleur de lotus du Dharma merveilleux, Dharma enseigné aux bodhisattvas et gardé en mémoire par les bouddhas. Il faut vous en réjouir en conséquence jusqu'au tréfonds du coeur, et aussi rendre hommage et faire offrande au Bouddha Shakyamuni."»

Tous les êtres vivants dans le monde Saha ont ressenti une inspiration surnaturelle. Cette image n'est pas limitée au bouddhisme. Une voix céleste est fréquemment citée dans les écritures chrétiennes et les mots "J'entends une voix venant du ciel" sont souvent utilisés dans les enseignements de Confucius et de Mencius. Que les hommes reçoivent des révélations du ciel signifie qu'ils perçoivent une vérité spirituelle comme une idée extérieure traversant leur esprit. 

Quelle était donc cette inspiration que les êtres du monde Saha reçurent par les voix élogieuses des divinités célestes ? Les hommes prirent conscience que l'enseignement de la Fleur du Lotus du Dharma Merveilleux prêché par Shakyamuni est gardé dans l'esprit de tous les bouddhas et dispensé pour la formation des bodhisattvas. C’est un enseignement vrai et sans pareil, qui produit la vie de tous les êtres, crée l'harmonie entre eux et leur accorde la sérénité. Ils comprirent que bien que le monde Saha fût un lieu de souffrance, il deviendrait le monde le plus sacré de l'univers où toutes les instructions et tous les discours du Bouddha seraient réunis en un seul Dharma. En théorie, les instructions et les enseignements sont censés améliorer l'humanité mais on voit qu'au contraire ils entraînent la discorde et le malheur. Ils provoquent des antagonismes irrévocables dans les domaines de la religion et de la politique. La physique nucléaire, par exemple, au lieu d'apporter un mieux-être est en train de mener l'humanité humaine vers le plus grand mal-être.

Si l'enseignement et la science suivaient les idées de respect pour l'humanité et l'harmonie universelle enseignées par le Bouddha Shakyamuni, la Terre Pure serait réalisée dans le monde Saha, et notre monde avec sa civilisation matérielle remarquablement avancée pourrait devenir un modèle universel conformément à la doctrine de mirai-ki-itsu "unité des enseignements du Bouddha dans le futur."

Quand les enseignements et les instructions suivront les idées de respect pour l'humanité et l'harmonie universelle enseignées par Shakyamuni, la Terre Pure sera réalisée dans le monde Saha. Ainsi, notre monde, avec sa civilisation matérielle remarquablement avancée, pourra devenir un modèle universel conformément à la doctrine de mirai-kyoitsu (dans le futur, les enseignements du Bouddha seront un).

8. Le pouvoir suivant découle logiquement de ce qui vient d'être dit. Il s'exprime de la façon suivante :

« Les êtres, ayant entendu la voix dans l'espace, joignirent les paumes en direction du monde Saha et prononcèrent: "Namu (Hommage) au Bouddha Shakyamuni, Namu au Bouddha Shakyamuni."»

Cette description est une prédiction concernant le futur de l'humanité. Pour le moment, certaines personnes ne connaissent pas les enseignements du Bouddha. D'autres ne désirent pas les approfondir même si ils ont eu la chance d'en avoir pris connaissance. Les uns s'enorgueillissent d'idées erronées tandis que d'autres ne pensent à rien et travaillent simplement comme des esclaves. D'autre encore font le mal, violent la morale et la loi. Mais bien que le monde soit composé de tous ces gens, le temps viendra où ils prendront sincèrement refuge dans le Bouddha. Alors, il n'y aura plus d'hommes mauvais ou stupides parce que tous auront perfectionné leur humanité. Cet état est appelé mirai-nin-itsu (dans le futur, tous les hommes atteindront la perfection de leur personnalité). C'est pourquoi les êtres s'exclament ‘‘Namu au Bouddha Shakyamuni ! Namu au Bouddha Shakyamuni !’’

9. Vient, ensuite un autre phénomène mystérieux :

« De loin, ils dispersèrent de concert une variété de fleurs, parfums, guirlandes, bannières, dais, ainsi que de parures corporelles, d'objets précieux et merveilleux, sur le monde Saha. Les objets ainsi répandus arrivèrent des dix directions pour se transformer, à l'instar de nuées qui se rassemblent, en une courtine de joyaux recouvrant universellement les bouddhas de ce lieu.»

Cela signifie que dans le futur, toutes les personnes, par leur pratique, feront des offrandes égales au Bouddha. La plus grande des offrandes que l'on puisse faire au Bouddha est la pratique quotidienne de son enseignement à l’unisson avec son esprit. Bien qu'il y ait un grand nombre de pratiques journalières différentes, toutes sont équivalentes lorsqu'elles sont en accord avec l'esprit du Bouddha. Ceci est métaphoriquement exprimé par la dernière phrase du passage ci-dessus sur les nuées qui se rassemblent. C'est l'enseignement de mirai-gyo-itsu (dans le futur, bien que les pratiques des hommes soient maintenant diversement bonnes ou mauvaises, elles seront toutes unies et s'accorderont avec l'esprit du Bouddha).

Unir toutes nos pratiques avec l'esprit du Bouddha est un idéal à poursuivre dans notre vie quotidienne. Bien entendu, nous devons tenir compte des lois et de la morale. Mais dans la société, il y a de nombreux actes que ni la loi ni la morale ne considèrent comme bons ou mauvais. De plus, les lois et la morale changent suivant l'époque et le lieu. Si nous prenons comme idéal de pratiquer en accord avec l'esprit du Bouddha, nous pouvons agir toujours avec confiance car nous ne serons jamais poussés vers des actions mauvaises ou malhonnêtes. Parce que le Bouddha est la vérité universelle, s'unir avec son esprit signifie, agir en accord avec la vérité universelle et empêcher les erreurs malencontreuses.

10. Vient enfin le dernier phénomène miraculeux :

«A ce moment, les mondes des dix directions se trouvèrent en communication sans obstacle, comme une seule terre de bouddha. »

Le monde Saha désigne le royaume de l'illusion alors que la Terre de bouddha est une terre merveilleuse sans souffrance ; elle est l’opposé de l'enfer qui est le monde des grandes afflictions. Si tous les êtres vivaient avec le but de concrétiser la Vérité grâce à l'enseignement du Bouddha, cet univers serait une seule terre de bouddha sans distinction entre le monde du ciel, le monde Saha et le monde de l'enfer. L'Ultime réalité étant une, dans l’avenir tous tendront vers l'unité et contribueront à créer un monde harmonieux et parfait. Ce mystérieux phénomène représente l'enseignement de mirai-ri-itsu (dans le futur, tous les phénomènes de l'univers seront unis en une seule vérité).

Nous venons de passer en revue les dix pouvoirs surnaturels de l'Ainsi-Venu qui montrent un idéal ultime et forment comme une conclusion du Sutra du Lotus. Les termes bouddhiques associés aux dix pouvoirs surnaturels ont reçu quelques explications mais il importe peu de les mémoriser, il est bien suffisant de comprendre l'esprit général de ce chapitre.

Au cours de notre étude nous avons vu comment les enseignements du Sutra du Lotus sont une préparation parfaite et approfondie pour guider tous les êtres vers l'état de bouddha, ce dont nous en sommes infiniment reconnaissants au Bhagavat.  Nous découvrons également à quel point la vie peut être merveilleuse dès que nous prenons conscience de la possibilité d'approcher, ne serait-ce que d'un pas ou deux, de l'état d'esprit idéal en pratiquant les enseignements du Bouddha, même si l'atteinte de l'idéal lui-même est peut-être encore bien lointaine.

Rien n'est plus salutaire que d'avoir un but précis dans la vie. Lorsqu'une personne a simultanément deux ou trois buts, son esprit est perpétuellement agité, il n'a ni calme ni stabilité. Mais si l'on vit en ne poursuivant que le plus sacré des buts, celui de progresser vers l'état de bouddha, on ne perd pas la bonne direction ; la vie entière est alors imprégnée de ce but merveilleux, au travail, à la maison, en compagnie de ses amis, durant ses lectures et son temps libre.

Il est inévitable que les gens ordinaires aient parfois de mauvaises pensées, soient paresseux ou négligents, qu'ils commettent des fautes et s'inquiètent au sujet de vétilles personnelles, qu'ils se complaisent dans des plaisirs sans valeur et soient victimes de diverses illusions mais ils ne rétrograderont pas de leur but s'ils sont conscients d'avancer pas à pas vers l'état de bouddha, même lorsqu'ils sont tourmentés par les illusions. Leur conscience agit toujours en toile de fond.

L'état d'esprit idéal décrit dans ce chapitre peut sembler trop élevé pour des personnes ordinaires et certains peuvent le considérer comme un rêve bien éloigné de notre vie réelle. Cet état idéal n'est cependant pas quelque chose de vague ni d'abstrait si on fait de cet état d'esprit le but de la vie qui nous guide dans le quotidien.

« Alors l'Eveillé déclara à Jogyo* et sa vaste multitude de bodhisattvas : "Les pouvoirs surnaturels des bouddhas sont à ce point innombrables, infinis, inconcevables. Si, pour répondre au désir de tous, je devais, à l'aide de ces pouvoirs surnaturels, exposer durant d'innombrables, d'infinis milliers de millions de myriades de quantités incalculables de kalpas les mérites de ce Sutra afin d'en assurer la passation, je serais encore incapable d'en venir à bout."»

Lorsque le Bouddha parle de la ‘‘passation’’ et de ‘‘répondre au désir de tous’’ cela veut dire : signifie ‘‘Bien que cela puisse occasionner un grand effort de répandre cet enseignement à l'extérieur, je vous fais confiance.’’ Ces paroles ne peuvent que renforcer notre détermination à accomplir notre mission.

Les points essentiels des mérites du Sutra du Lotus

Après avoir dit qu'il serait incapable d'expliciter totalement les bienfaits du Sutra du Lotus, même s'il usait de ses pouvoirs surnaturels pendant ‘‘d'innombrables, d'infinis milliers de millions de myriades de quantités incalculables de kalpas’’, le Bouddha expose les points essentiels de ces mérites-kudokus.

« L'ensemble des enseignements de l'Ainsi-Venu, l'ensemble des pouvoirs surnaturels et souverains de l'Ainsi-Venu, l'ensemble du réceptacle des mystères de l'Ainsi-Venu, l'ensemble des modes fort profonds de l'Ainsi-Venu sont tous révélés et manifestés dans ce Sutra.»

Ces mots résument l'essence la plus profonde des bienfaits-kudokus du Sutra du Lotus.

‘‘L'ensemble des enseignements’’ désigne toutes les vérités que l'Ainsi-Venu explicite dans le Sutra du Lotus. Ces vérités ont aussi été prêchées dans d'autres sutras mais elles n'avaient pas été complètement formulées et, de plus, elles avaient été présentées au moyen de hoben (moyens appropriés) selon la capacité de chaque personne. Dans le Sutra du Lotus, Shakyamuni expose une grande vérité applicable à chaque parcelle de l'univers, une vérité qui comprend toutes les autres vérités et tous les autres enseignements. C'est pourquoi on dit que ce Sutra est le couronnement de tous les enseignements que le Bouddha Shakyamuni a prêchés durant sa vie.

Puisque la Réalité ultime de l'Ainsi-Venu est de sauver tous les êtres vivants, rien ni personne n'est laissé en dehors de ce salut.  C'est ‘‘l’ensemble des pouvoirs surnaturels et souverains de l'Ainsi-Venu’’. Tous ces pouvoirs sont contenus dans le Sutra du Lotus. En le lisant nous pouvons être sauvés par un seul vers ou un seul mot parce que la Vérité se trouve dans sa moindre parcelle. Si nous comprenons parfaitement la grande Vérité qui imprègne le Sutra du Lotus tout entier et si nous la pratiquons sincèrement, nous atteindrons finalement le même état d'esprit que le Bouddha. Tous les pouvoirs surnaturels et souverains de l'Ainsi-Venu capables de sauver tous les êtres vivants sont contenus dans le Sutra du Lotus.

‘‘L'ensemble du réceptacle des mystères de l'Ainsi-Venu’’ indique l'infinité des enseignements de l'Ainsi-Venu. Le Bouddha saisit la réalité des choses et discerne la capacité de tous les êtres à comprendre son enseignement. Il peut ainsi prêcher un enseignement adapté à chaque occasion, grâce au trésor infini des enseignements qu'il garde dans son cœur. Ce trésor infini est révélé dans le Sutra du Lotus.

‘‘L'ensemble des modes fort profonds de l'Ainsi-Venu’’ sont les différentes pratiques. Si nous ne passons pas de la théorie à la pratique, nous ne pourrons pas accomplir ces enseignements, même en y croyant. La théorie et la pratique doivent toujours aller ensemble. Dans le Sutra du Lotus, le Bouddha ne délivre pas seulement son enseignement théorique : il parle de sa propre ascèse, du processus par lequel il atteignit l'Éveil, il y expose la méthode pour guider ses disciples et tous les êtres vivants. Il ne parle pas seulement des événements survenus après son arrivée dans notre monde, il parle aussi des diverses pratiques de bodhisattvas qu'il a maîtrisées dans ses innombrables existences précédentes. Ses pensées les plus intimes durant sa période d'ascétisme dans ce monde et ses pratiques durant les vies précédentes sont tellement profondes que les personnes ordinaires ne peuvent pas les imaginer. C'est cela les ‘‘modes fort profonds de l'Ainsi-Venu’’.

Ce passage résume l’essentiel de ce que l’Ainsi-Venu veut dire de ses enseignements et proclame une fois de plus la supériorité du Sutra du Lotus.

Puis il expose l'attitude que les hommes devront garder après son extinction :

« Voilà pourquoi vous devrez, après le parinirvana de l'Ainsi-Venu, de tout coeur le recevoir, le garder, le lire, le réciter, l'expliquer, le copier et pratiquer selon ce qui y est exposé. Et dans quelque lieu de la terre que vous vous trouverez, s'il en est qui le reçoivent, le gardent, le lisent, le récitent, le copient et pratiquent selon ce qui est exposé, à l'endroit où est gardé un rouleau de ce texte, que ce soit dans un jardin ou dans une forêt, au pied d'un arbre, dans un vihara ou dans une maison laïque, dans un palais, une vallée de montagne ou un désert, il vous faudra chaque fois dresser un caitya et y faire offrande. Pourquoi cela? Sachez qu'un tel endroit est le lieu de la Voie, que là même les bouddhas obtiennent l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, que là même les bouddhas mettent en branle la roue du Dharma, que là même les bouddhas entrent dans le parinirvana.»

Le Bouddha insiste sur le caractère sacré de l'enseignement et dit que la bonne manière de maintenir la foi est de recevoir et garder, de cultiver et de pratiquer l'enseignement. En conséquence, ‘‘l'endroit où demeureront les volumes de ce Sutra’’ devra être considéré non comme un lieu où le Sutra est conservé en tant qu'objet mais comme un endroit où l'enseignement subsiste et où il est correctement pratiqué et maintenu. Voir dans le Sutra simplement un objet matériel — un livre ou un rouleau de papier — est une erreur.

Pourquoi devons-nous être tellement scrupuleux dans notre interprétation du moindre mot ? C'est parce souvent nous attribuons à la forme du symbole une valeur suprême et souveraine plutôt que d'accorder toute notre attention au sens du symbole qui est, ici, l'enseignement du Bouddha. Un objet symbolisant l'enseignement est certes sacré mais si nous vénérons l’objet symbolique, si nous lui rendons hommage avec l'espoir d'être sauvés, nous rabaissons l'enseignement sacré du Bouddha au niveau d'une croyance populaire. C'est une grave erreur et une offense envers le Dharma du Bouddha. Le caractère sacré se trouve dans les enseignements du Bouddha qui dit clairement ici que la vraie foi existe dans n'importe quel lieu où nous recevons et gardons, cultivons et pratiquons l'enseignement sacré.

Ensuite le Bouddha répète son enseignement en vers. Bien que ces vers aient fondamentalement la même signification que le passage en prose, de brèves explications sont nécessaires pour les passages dans lesquels le Bouddha utilise des mots ayant une signification spécifique.

Au sujet des mérites-kudoku de ceux qui reçoivent et gardent, cultivent et pratiquent ce sutra, le Bouddha dit :

« Quiconque garde ce Sutra
sera désormais capable de me voir
et voir également le bouddha Taho*
ainsi que mes émanations;
et les bodhisattvas qui
ont reçu mes paroles aujourd'hui.
»

Une personne qui reçoit sincèrement, garde, cultive et pratique le Sutra peut voir le Bouddha. Comme il a été expliqué précédemment, voir le Bouddha signifie comprendre la réalité de l'existence du Bouddha et par cette prise de conscience atteindre la sérénité.

Ensuite le Bouddha dit :

« Quiconque garde ce Sutra
met dans l'allégresse,
moi-même et mes émanations
ainsi que le bouddha Taho
tous tant que nous sommes.

Dans les dix directions, les bouddhas du présent,
tout comme ceux du passé et du futur,
il les voit aussi, leur fait offrande
et les met en liesse.»

Une personne qui reçoit et garde, cultive et pratique ce Sutra apporte une grande joie à tous les bouddhas. Parce que ses actes s'accordent avec l'esprit de tous les bouddhas ils sont l'équivalent de merveilleuses offrandes.

Ensuite le Bouddha déclare :

« Le Dharma caché et essentiel obtenu
par les bouddhas assis au lieu de la Voie,
quiconque garde ce sutra
avant longtemps l'obtiendra lui aussi.»

Une personne qui reçoit et garde, cultive et pratique ce Sutra atteindra rapidement le même Éveil que les bouddhas sur leur trône de sagesse. Cependant, les mots "avant longtemps" ne doivent pas être interprétés par rapport au temps calendaire de notre vie actuelle. Une personne ordinaire doit pratiquer les enseignements du Bouddha durant une très longue période s'étendant à quatre et même huit renaissances. Même une période si longue représente cependant un fragment très court de l'éternité.

Le Bouddha continue :

« Quiconque garde ce Sutra
aura, sur le sens des enseignements,
les termes et les locutions,
une prédication joyeuse, inépuisable :
comme le vent dans le ciel
n'a pas le moindre obstacle.»

Une personne qui, de tout cœur, reçoit et garde, cultive et pratique ce Sutra obtiendra le pouvoir d'expliquer avec aisance tous les enseignements.

Le Bouddha conclut par les mots suivants :

« Après l'extinction de l'Ainsi-Venu,
il connaîtra les textes prêchés par l'Éveillé,
leurs relations causales et leur succession,
il les prêchera selon leur sens, comme ils sont réellement.

Comme la clarté du soleil et de la lune
est capable d'éliminer les ténèbres,
une telle personne, parcourant le monde,
pourra dissiper l'obscurité des êtres.
Elle enseignera d'innombrables bodhisattvas
et les fera demeurer dans le Véhicule unique.

C'est pourquoi le sage
qui entend les bienfaits de ces pouvoirs
devra, après ma disparition,
sauvegarder ce sutra.
Cette personne, dans la Voie de bouddha,
atteindra, sans aucun doute, la bodhéité.
»

Si, après l'extinction de l'Ainsi-Venu, un homme sait pourquoi, à qui et où le Bouddha prêcha ses enseignements, s'il comprend son raisonnement et ses méthodes, s'il les explique correctement, il pourra disperser l'obscurité dans laquelle se trouvent les autres, comme le soleil et la lune peuvent dissiper les ténèbres. Cet homme pourra ainsi permettre à de nombreux croyants d'entrer dans la Voie du Véhicule unique. Si, après l'extinction du Bouddha, une personne possédant un peu de sagesse réfléchit au sens de sa vie et qu'elle entend les bénéfices de ces mérites, elle recevra et gardera certainement ce Sutra. Quiconque s'interroge sérieusement sur la vie aboutira immanquablement à ce Sutra et entrera sur la Voie du Bouddha.

On considère que ces derniers vers contiennent un des enseignements les plus importants et les plus sacrés de tout le Sutra. Nous ferions bien d'en approfondir la signification et d'être capables de le réciter par cœur.

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Chapitre XXI du Sutra du Lotus

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