Un bouddhisme pour notre temps

Une interprétation moderne du Triple Sutra du Lotus par
Niwano Nikkyo
traduit de A Buddhism for today (Kosei Publishing Co - 2006)

Voir : SUTRA DU LOTUS - CHAPITRE XXII

Passation

Après avoir prêché le chapitre XXI,

« Shakyamuni se leva de son trône du Dharma et manifesta ses grands pouvoirs surnaturels; il caressa de la main droite le sommet du crâne des innombrables bodhisattvas-mahasattvas et leur dit ces paroles: "Je me suis exercé durant d'innombrables milliers de millions de myriades de quantités incalculables de kalpa à la pratique de ce Dharma de l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, difficile à obtenir; je vous la remets à présent. Vous devrez diffuser de tout coeur ce Dharma et en augmenter amplement les bienfaits."»

D'après une coutume indienne, effleurer la tête de quelqu’un ou y apposer la main est l'équivalent d'une bénédiction. En Occident, c'est généralement un simple geste d'affection. En Inde, cette action signifie confier une mission à quelqu’un, comme si on disait : ‘‘Je t'en charge. Fais de ton mieux’’. Suryasoma, qui enseigna le Sutra du Lotus à son disciple favori Kumarajiva, aurait posé sa main sur la tête de ce dernier en disant : ‘‘Propage ce Sutra avec révérence’’. Que le Bouddha, grâce à son pouvoir surnaturel, pose sa main droite sur la tête d'innombrables bodhisattvas signifie qu'il place une grande confiance en eux. Ils ont dû être profondément émus par ce geste.

Shakyamuni, sachant sa disparition proche, l'annonça à ses disciples. Le Bouddha et ses disciples ont certainement vécu un moment d'émotion intense. Devant l'imminence de sa mort, il n'enseigna plus que le Dharma Originel. Tout bouddhiste doit s'incliner devant l'esprit pur, élevé et bienveillant du Bouddha.

Le Bouddha posa sa main trois fois sur la tête des bodhisattvas-mahasattvas et répéta :

« Je me suis exercé durant d'innombrables milliers de millions de myriades de quantités incalculables de kalpas à la pratique de ce Dharma de l'Eveil complet et parfait sans supérieur* ; je vous la remets à présent. Vous devrez recevoir, garder, lire, réciter, divulguer amplement ce Dharma rare et permettre universellement à l'ensemble des êtres de l'entendre et de le connaître. Pourquoi cela? C'est que l'Ainsi-Venu est de grande compassion, sans aucune avarice et sans crainte non plus: il est capable de donner aux êtres la sagesse d'Éveillé, la sagesse d'Ainsi-Venu et la sagesse existant d'elle-même. L'Ainsi-Venu est le grand donateur de l'ensemble des êtres.»

La répétition est un moyen d'insister sur l’importance de ce passage. En parlant d'un Dharma ‘‘difficile à obtenir’’ puis en soulignant que sa diffusion se fait ‘‘sans avarice et sans crainte’’, Shakyamuni laisse entendre qu'il ne faut pas s'attendre à l'Éveil parfait sans passer par d'extraordinaires difficultés. En plus de sa longue période de pratique dans les vies précédentes, le Bouddha supporta de nombreuses souffrances dans ce monde pour parvenir à la bodhéité. De même, il enseigna largement le Dharma ‘‘difficile à obtenir’’ de l'Éveil parfait ‘‘sans avarice et sans crainte’’. Sans épargner sa peine, il rechercha des méthodes diverses et adaptées de façon à ce que tous les êtres vivants puissent progresser aussi vite que possible et éviter une mauvaise voie.

 

Lorsque nous comparons cette attitude au mode de vie de la majorité des hommes, nous pouvons seulement nous incliner devant tant de générosité. Lorsque les savants et les experts transmettent leurs connaissances et leurs techniques aux jeunes, très peu d'entre eux prennent la peine de les guider de façon à ce qu'ils puissent maîtriser le savoir et les procédés en deux fois moins de temps qu'il leur en a fallu pour les acquérir. Les vieux maîtres estiment souvent qu'ils ne peuvent s'abaisser à initier leurs cadets aux secrets de leur acquis, ou bien ils forcent les plus jeunes à peiner au moins autant qu'ils ont dû peiner eux-mêmes. C'est là un esprit mesquin qui ne fait que freiner le progrès commun.

Le Bouddha nous met en garde contre cette rétention du savoir. Un enseignant doit non seulement être généreux dans la transmission de ses connaissances mais aussi aider les jeunes par diverses méthodes afin qu'ils maîtrisent le sujet plus vite possible.

‘‘Sans crainte’’ c'est, bien sûr, n'avoir peur de rien et n'être troublé par rien. La crainte implique, la plupart du temps, que l'on a peur de ne pas être aimé ou de ne pas être loué  ; lorsqu'on prêche le Dharma, la difficulté vient de ce que l'on désire recevoir une récompense ou, du moins, obtenir de la reconnaissance.

Les trois sagesses de l'Ainsi-Venu

En prêchant le Dharma, l'Ainsi-Venu est toujours bienveillant et généreux ; il l'expose à la perfection et dans la sérénité, sans rétention de savoir, sans crainte et sans se laisser détourner de son but. Nous devons essayer de nous rapprocher autant que possible de l'esprit de l'Ainsi-Venu. Il sait parfaitement comment transmettre à tous

  1. la sagesse de bouddha,
  2. la sagesse de l'Ainsi-Venu et
  3. la sagesse spontanée ou innée.

Ces trois sagesses résument les vérités enseignées dans le Sutra du Lotus. Mais elles ont été souvent mal comprises par de nombreux commentateurs.

"Bouddha" veut dire "Éveillé" ou "Celui qui Connaît", c'est-à-dire celui qui a compris la vérité de toutes les choses dans l'univers. Par conséquent, la sagesse de bouddha indique la sagesse par laquelle les bouddhas connaissent la vérité universelle et par laquelle ils discernent l'état réel de toute chose. C'est la sagesse de la Vérité.

"L'Ainsi-Venu" signifie celui qui est venu du monde de la vérité. L'Ainsi-Venu, non seulement connaît la Vérité mais il est issu du Monde de la Vérité. Le lieu où il est apparu est le monde des êtres vivants, le monde Saha de la souffrance et de l'illusion. Il est venu dans ce monde parce que son esprit est bienveillant et généreux et pour permettre à tous les êtres vivants de comprendre la Vérité afin de s'affranchir de la souffrance. La sagesse de l'Ainsi-Venu est la sagesse de la bienveillance et de la compassion.

Des trois sagesses, la sagesse innée est la plus difficile à comprendre. "Existant d'elle-même" signifie inhérente à l'esprit de l'homme. Une sagesse existant d'elle-même est celle qui fait rechercher la bodhéité, c'est la sagesse de la foi.

Nous avons besoin de ces trois sagesses : la sagesse de la vérité, la sagesse de la bienveillance et de la compassion et la sagesse spontanée. Le Bhagavat peut nous donner ces trois sagesses parce qu'il est le grand "donateur des êtres". Tous les enseignements prêchés dans le Sutra du Lotus peuvent se résumer à ces trois sagesses.

Puis, le Bouddha exhorte les bodhisattvas-mahasattvas comme suit :

« Vous devez aussi, en conséquence, apprendre le Dharma de l'Ainsi-Venu sans concevoir d'avarice. Dans un âge futur, si un fils de foi sincère*, ou une fille de foi sincère, croit en la sagesse d'Ainsi-Venu, il faudra lui exposer ce Sutra du Lotus du Dharma pour lui permettre de l'entendre et de le connaître, afin de le mener à obtenir la sagesse du Bouddha. S'il y a des êtres qui n'y croient pas, il faudra leur montrer, leur enseigner d'autres profonds enseignements de l'Ainsi-Venu, les en faire bénéficier et s'en réjouir. Si vous êtes capables d'agir ainsi, cela reviendra déjà à rendre les bienfaits des bouddhas.»

Quelle doit donc être l'attitude des bodhisattvas à l'égard des personnes qui ne croient pas à ce Sutra ? Shakyamuni leur dit : ‘‘il faudra leur montrer, leur enseigner d'autres profonds enseignements de l'Ainsi-Venu, les en faire bénéficier et s'en réjouir.’’

Comme nous l'avons déjà vu, montrer, enseigner, faire bénéficier et réjouir quelqu'un par l'enseignement indique l'ordre que nous devons respecter en guidant les hommes vers le Dharma.

D'abord, nous devons leur montrer la signification générale de l'enseignement. En voyant qu'ils ont été touchés par celui-ci, nous leur enseignerons sa signification profonde. Ensuite, en voyant qu'ils le comprennent, nous les guiderons vers la pratique pour qu'ils en obtiennent les bienfaits. Nous l'exposerons de telle manière qu'ils puissent comprendre que cet enseignement apporte la plus grande joie.

On dit que les enseignements du Bouddha sont au nombre de quatre-vingt-quatre mille et que, parmi ceux-ci, il n'y en a aucun qui soit inutile. Tous les enseignements du Bouddha sont sacrés. Il prêcha le Dharma suivant l'occasion et suivant les capacités mentales et spirituelles de ses auditeurs. On peut dire que, parmi ses enseignements, il y a des manières de prêcher appropriées à tout un chacun.

Shakyamuni recommanda même aux bodhisattvas de ne pas se limiter au Sutra du Lotus et d'exposer n'importe lequel de ses enseignements. Certes le Sutra du Lotus est le sommet de tous les enseignements du Bouddha mais ce n'est pas pour autant que nous devons être rigides et exclusifs dans notre foi. Nichiren ne s'en tenait pas uniquement à ce Sutra : dans ses commentaires, il utilisait des citations de nombreux autres sutras. À notre époque nous devons en faire au moins autant. Si nous déployons tous nos efforts pour guider les autres vers le Vrai Dharma, ‘‘cela reviendra déjà à rendre les bienfaits des Éveillés.’’

Tous les bodhisattvas-mahasattvas, ayant entendu ce discours du Bouddha,

« inclinés, la tête baissée, les paumes jointes vers l'Eveillé, ils prirent la parole de concert : "Nous en ferons exactement comme l'ordonne le Bhagavat. Certes, c'est notre seul souhait; que le Bhagavat ne se fasse pas de souci!"»

Tout le groupe de bodhisattvas-mahasattvas répéta trois fois ces paroles. Cette triple répétition d'une seule voix illustre la sincérité du vœu des bodhisattvas de faire tout ce qui leur a été demandé. Ils n'auraient pas été aussi affirmatifs s'ils n'avaient pas la ferme résolution de tenir leur promesse et sans une grande confiance dans le Bouddha. C'étaient tous de merveilleux bodhisattvas. L'ancienne scolastique fait une distinction de rang entre les bodhisattvas qui ont reçu la mission de recevoir, garder et propager le Dharma dans le chapitre XXI et ceux à qui le Dharma est confié dans le chapitre XXII. Je pense, quant à moi, que le Bouddha confia le Dharma de manière égale à tous les bodhisattvas.

Ayant entendu le vœu sincère des bodhisattvas,

« le Bouddha Shakyamuni fit s'en retourner, chacun en sa terre d'origine, les bouddhas en corps d'émanation venus des dix directions, avec ces paroles: "Que chacun des bouddhas s'en aille en paix. Que la Tour du bouddha Taho* retourne à son état précédent."»

Ayant reçu l'assurance que les enseignements du Sutra du Lotus seraient reçus, gardés et propagés dans les âges futurs, Shakyamuni peut faire ses adieux au Bouddha Prabhutaratna (Taho) et à tous les bouddhas émanés qui étaient venus de tous les univers témoigner de la vérité des enseignements du Sutra du Lotus et de sa valeur infinie.

Le chapitre se termine par les paroles suivantes :

« Les innombrables bouddhas en corps d'émanation des dix directions, assis sur leurs trônes léonins au pied des arbres précieux, le bouddha Taho, de même que Jogyo* et la vaste multitude des infinies quantités incalculables de bodhisattvas, Shariputra et les quatre congrégations d'auditeurs-shravakas, ainsi que les devas, hommes, asuras et autres de l'ensemble des mondes, entendant ce qu'avait dit l'Éveillé, furent tous en grande liesse.»

‘‘Le sermon du Bouddha’’ conclut l’enseignement sur le monde Saha qui se transforme en Terre de la Lumière toujours paisible grâce au Sutra du Lotus. Ce chapitre clôt de la sorte un degré de l'enseignement du Bouddha.

Suite

Chapitre XXII du Sutra du Lotus

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