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Résumé des 28 chapitres du Sutra du Lotus

 


Introduction

Sutra de la fleur de lotus du Dharma merveilleux

Communément appelé Sutra du Lotus. D'après la tradition, six traductions furent faites en chinois, dont trois subsistent actuellement. La plus connue est Myoho-renge-kyo (Saddharma pundarika sutra) en 8 volumes et 28 chapitres, traduite par Kumarajiva en 406.

Les points essentiels sur lesquels insiste Nichiren pour proclamer la supériorité du Sutra du Lotus tiennent au fait que c'est le seul sutra à proclamer que la bodhéité est inhérente à toute vie et n'est pas l'apanage d'une seule catégorie d'hommes, "virtuoses de la méditation". Ce sutra va même jusqu'à proclamer que les femmes peuvent devenir bouddha, ce qui est révolutionnaire pour l'époque. Par ailleurs, le Sutra du Lotus affirme l'existence d'un temps "hors du temps", ce qui bouleverse toute la théorie des réincarnations et implique une vision du monde radicalement différente de la vision "évolutionniste" des autres sutras.

N.B. Les astérisques renvoient au glossaire en fin de brochure.


Résumé

Première partie

Chapitre I

Prologue ou Introduction (Jo hon). Comme de nombreux sutras bouddhiques, il commence par les mots "Ainsi ai-je entendu". Il poursuit en donnant le nom du lieu, le Pic du Vautour à Rajagriha, ainsi que celui de représentants : arhats* et bodhisattvas*, les quatre congrégations*. Nous trouvons les devas* et huit sortes d'êtres : nagas*, kimnaras*, asura*, etc. Dans ce chapitre, le Bouddha enseigne le Sutra aux Sens Infinis (Muryogi), puis entre dans une profonde méditation-samadhi*. A ce moment, quatre sortes de fleurs exquises tombent en pluie du ciel, et la terre tremble de six manières différentes. Puis le Bouddha émet un rayon lumineux qui part d'une touffe de poils blancs qu'il a entre les sourcils, illuminant ainsi dix-huit mille mondes à l'est. Le bodhisattva Maitreya interroge le bodhisattva Manjushri sur ces prodiges. Ce dernier lui répond que ces signes auspicieux sont ceux qui précèdent l’exposé du Sutra du Lotus. Il le sait, car, dans une existence antérieure, il a déjà assisté à cette scène. En ces temps-là, vingt mille bouddhas étaient apparus les uns après les autres, portant tous le même nom, Chandrasuryapradipa (Luminaire-de-Soleil-et-de-Lune). Le dernier et vingt millième de ces bouddhas prêcha le Sutra aux Sens Infinis, puis entra dans une profonde méditation et les mêmes présages apparurent. Immédiatement après, ce bouddha exposa un sutra intitulé Myoho-Renge-Kyo (Sutra du Lotus). Se trouvait alors dans l'Assemblée, le bodhisattva Varaprabha (Myoko), accompagné de huit cents disciples parmi lesquels Cherche-Gloire (Yashaskama). Le bodhisattva Manjushri, symbole du savoir transformé en sagesse-prajna*, explique qu'il n'est autre que ce bouddha Varaprabha, alors que Cherche-Gloire (Yashaskama) est l'actuel Maitreya. Le fait que ce Prologue présente le Sutra du Lotus comme ayant été déjà enseigné en d’autres temps donne une dimension atemporelle à ce sutra.

Chapitre II

Moyens salvifiques (Hoben pon). Chapitre-clé de l'enseignement théorique dans lequel Shakyamuni déclare que la venue de tous les bouddhas en ce monde a pour seul but d'éveiller chez tous les êtres la sagesse-prajna* de bouddha, de les aider à la développer et de leur permettre d'atteindre la bodhéité. Au début du chapitre, le Bouddha émerge du recueillement-samadhi* dans lequel il était entré au chapitre précédent, s’adresse à Shariputra* et déclare que la sagesse de tous les bouddhas est infiniment profonde et incommensurable, bien au-delà de la compréhension des auditeurs-shravakas* et pratyekabuddhas*. Seuls les bouddhas, dit-il, peuvent comprendre l'aspect réel de tous les phénomènes* (shoho jisso) qui consiste en apparence, nature, entièreté, potentialité, énergie manifestée, cause latente, cause externe, effet latent, effet manifeste et leur cohérence* de 1'origine jusqu'à la fin. Cette révélation que toute vie est dotée du même schéma d'existence (les dix modalités d'expression de la vie, nyoze) forme la base théorique qui permet d'affirmer ensuite que tous les êtres ont la possibilité d'atteindre l'état de bouddha. C'est ce passage qui servit de base doctrinale à Zhiyi* pour formuler le principe d' ichinen sanzen*.

Malgré sa sagesse Shariputra* ne peut imaginer ce Dharma* si profond. Les arhats* présents dans l’Assemblée sont troublés. Ils croyaient avoir réalisé la délivrance et voilà que le Bouddha évoque quelque chose de supérieur. Shariputra* se fait leur porte-parole et demande par trois fois au Bouddha de préciser son propos. Quand celui-ci se prépare à le faire, cinq mille croyants présents dans l’Assemblée saluent le Bouddha et quittent les lieux, leur orgueil les portant à croire qu’ils savent déjà tout cela. Le Bouddha commence alors son exposé.

Il révèle que tous les bouddhas apparaissent au monde pour "une grande raison" : permettre à chacun d'atteindre le même Eveil qu'eux. "Spécifiquement", ils apparaissent afin "d'éveiller en chaque être la sagesse-prajna* du Bouddha, la révéler, permettre à tous les êtres de la connaître et de la comprendre". Il poursuit en affirmant que les trois véhicules* des auditeurs-shravakas*, des pratyekabuddhas* et des bodhisattvas* ne représentent pas des fins en eux-mêmes, comme il l'a enseigné dans les sutras provisoires, mais sont de simples moyens appropriés (hoben) pour conduire les êtres au véhicule* unique de l'état de bouddha. C'est ce concept auquel se réfère l'expression "remplacer les trois véhicules par le véhicule unique". Le vœu de Shakyamuni s’accomplit maintenant que le Sutra du Lotus est révélé et le Bouddha prédit à Shariputra*, aux autres auditeurs-shravakas* et bodhisattvas* présents qu’ils deviendront des bouddhas.

Chapitre III

Parabole (Hiyu hon). Au début de ce chapitre, Shariputra* danse de joie, parce qu'il a compris l'enseignement de Shakyamuni sur "le véritable aspect de tous les phénomènes" (shoho jisso) exposé au chapitre précédent. Shakyamuni prophétise alors que, dans un futur lointain, Shariputra deviendra le bouddha Keko (Fleur lumineuse). Cette prophétie est significative parce que Shariputra représente les hommes des deux-véhicules* qui, selon les enseignements provisoires du Mahayana*, étaient à tout jamais incapables d'atteindre l'état de bouddha. En prédisant que Shariputra y parviendra, Shakyamuni confirme ce qu'il a déclaré dans le chapitre précédent : tout le monde peut devenir bouddha. Cependant, à ce stade du Sutra du Lotus, seul Shariputra a saisi ce que le Bouddha expose. Aussi Shakyamuni raconte-t-il la parabole des trois chariots et de la maison en flammes pour illustrer le fait que les trois véhicules que sont les états des auditeurs-shravakas*, des pratyekabuddhas* et des bodhisattvas* ne sont que des moyens de conduire les êtres au véhicule unique qui mène à l'état de bouddha.

Dans une vaste demeure qui n’a qu’une seule porte, une foule de gens demeure. Mais la maison est dans un état de délabrement avancé et un incendie se déclare. Or les nombreux enfants en bas âge du maître des lieux jouent à l’intérieur de la maison en feu. Le maître veut faire sortir ses enfants du brasier mais eux, tout à leurs jeux, ne le remarquent pas. Le père, sachant le caractère capricieux de ses enfants, décide d’user d’un stratagème. Il leur annonce que trois chars, chacun tiré par un animal différent, les attendent devant la maison. Les enfants se précipitent au dehors pour voir ces merveilles et échappent aux flammes. Bien sûr, ils ne trouvent pas les chars et leur père, fort riche, leur octroie sur-le-champ un char plus magnifique encore. Le Bouddha est comparable au père, la maison en feu, ce sont les trois mondes*, le stratagème que le père utilise pour faire sortir les enfants c’est l’enseignement des trois véhicules et le char amené finalement représente le véhicule unique du Bouddha.

La longue partie versifiée qui termine ce chapitre reprend ce qui a été exposé avec des différences sensibles toutefois. La maison y prend un aspect terrifiant et est le théâtre de toutes sortes d’horreurs. Le Bouddha revient encore une fois sur la notion de véhicule unique montrant que les stades auxquels sont parvenus ceux qui ont suivi ses enseignements antérieurs ne correspondent pas à la véritable libération. L’une des raisons pour laquelle il n'a pas révélé jusqu’alors le Sutra du Lotus tient à ce qu’il voulait éviter que de trop nombreuses personnes, encore incapables d'en appréhender les doctrines, ne le calomnient et s'attirent ainsi de graves rétributions. Il conseille au futur bouddha que sera Shariputra d'agir de même et de n’enseigner ce Dharma qu'à ceux qui semblent pourvus de dispositions favorables.

Chapitre IV

Croire et comprendre (Shinge hon). Dans ce chapitre, les quatre grands auditeurs-shravakas*, ayant entendu la parabole des trois chariots et de la maison en feu dans le chapitre précédent, se réjouissent d'avoir compris que la véritable intention de Shakyamuni est de révéler le véhicule unique du Bouddha qui conduit tous les êtres à l'Eveil. Ces quatre hommes sont Subhuti, Katyayana, Mahakashyapa et Maudgalyayana. Pour montrer leur compréhension de l'enseignement du Bouddha exposé dans la parabole des trois chariots, ils récitent la parabole de l'homme riche et de son fils pauvre, l'une des sept paraboles du Sutra du Lotus.

Un jeune homme s’enfuit du foyer paternel. Il voyage mais vit dans la misère. Son père tente de le retrouver mais n’y parvenant pas, s’installe en chemin dans une ville où il fait fortune. Un jour, le fils passant par cette ville souhaite demander du travail à l’homme riche qu’il ne reconnaît pas. Voyant le faste de sa demeure, il renonce mais son père l’a aperçu et reconnu. Il envoie des serviteurs à sa poursuite mais le fils défaille de peur. Le père, comprenant les mauvaises pensées de son fils, décide d’user d’un stratagème ; on le laisse partir et il se rend dans un village pauvre. Là, deux serviteurs à l’aspect misérable le recrutent pour s’occuper des immondices de la riche demeure. Le père constate qu’il s’occupe diligemment de son travail et, déguisé en serviteur, le prend sous sa protection et parfait son éducation. Après plusieurs années, le père sentant sa fin approcher, révèle à tous la vérité. Les quatre disciples identifient l'homme riche au Bouddha et le fils pauvre à eux-mêmes. De même que le fils pauvre n'avait pas reconnu son père riche et s'était satisfait d'un emploi misérable, ils n'avaient pas compris qu'ils étaient les enfants du Bouddha, capables de parvenir au même état de bouddha que lui et s'étaient satisfaits d'enseignements inférieurs. Le Bouddha, voyant bien les limites de leurs aspirations, les avait conduits graduellement au Véhicule unique du Bouddha grâce aux enseignements provisoires, de même que l'homme riche, en permettant à son fils de réaliser des tâches subalternes, l'avait aidé à développer peu à peu sa confiance en lui et sa compétence ; c'est seulement alors qu'il lui avait appris qu'il était son père et lui avait légué toutes ses richesses. Après avoir raconté la parabole, les quatre disciples déclarent qu'ils ont reçu du Bouddha le plus grand trésor sans l'avoir consciemment recherché.

Chapitre V

Parabole des herbes médicinales (Yakuso yu hon). Shakyamuni relate la parabole des trois sortes d'herbes médicinales et des deux sortes d'arbres pour illustrer le fait que, bien que l'enseignement du Bouddha soit le même, il peut être interprété et développé de diverses façons. Bien que la pluie tombe en même quantité sur toutes sortes de plantes et d'arbres, elles l'absorbent et grandissent différemment selon leur propre nature. De même, bien que le Bouddha expose impartialement sa doctrine du Véhicule unique pour tous les êtres humains, la compréhension et les bienfaits que ceux-ci en retirent diffèrent selon leurs capacités respectives. Amenant le chapitre suivant, le Bouddha déclare aux auditeurs-shravakas qu’ils ne sont nullement entrés en extinction (metsudo), qu’ils pratiquent en fait la voie de bodhisattva (bosatsudo) et que, s’ils s’y efforcent, ils deviendront des bouddhas.

Chapitre VI

Octroi de la Prédiction ou Annonce (Juki hon). Le mot "juki" désigne une prophétie faite par Shakyamuni sur le temps, le lieu et le nom sous lequel ses disciples deviendront des bouddhas. Dans ce chapitre, Shakyamuni prédit que les quatre grands auditeurs-shravakas - Mahakashyapa, Maudgalyayana, Subhuti et Katyayana - atteindront l'Eveil. Dans l'enseignement théorique du Sutra du Lotus, Shakyamuni déclare que le véhicule suprême de l'état de bouddha est le but de la pratique bouddhique. C'est le principe du "remplacement des trois véhicules par le Véhicule unique". Le Bouddha explique ce principe de trois façons : de manière doctrinale par la révélation de la véritable essence de tous les phénomènes (shoho jisso) dans le chapitre II ; en utilisant la parabole des trois chariots et de la maison en flammes dans le chapitre III ; et en clarifiant le lien passé entre ses disciples et lui-même dans le chapitre VII. Le Bouddha employa ces trois façons de prêcher pour permettre aux trois groupes d'auditeurs-shravakas* – ceux de grande, moyenne et petite capacités – de réaliser respectivement le principe de l'enseignement du Véhicule unique. Ce chapitre prédit l'Eveil des disciples de capacité moyenne qui comprirent la véritable intention du Bouddha en l'entendant raconter la parabole des trois chariots et de la maison en flammes. Il prophétise d'abord que Mahakashyapa atteindra l'état de bouddha dans le futur en tant que bouddha Komyo (Lumière brillante), puis que Subhuti, Katyayana et Maudgalyayana atteindront l'Eveil respectivement sous les noms de bouddha Myoso (Forme merveilleuse), de bouddha Embunadai Konko (Lumière dorée) et de bouddha Tamarabatsu Sendanko (Parfum du bois de santal). Néanmoins, il est toujours annoncé que chacun de ses grands auditeurs-shravakas deviendra un bouddha "une fois départi de ce corps".

Il y a plusieurs compréhensions. La plus évidente est de penser que cela se fera dans une existence ultérieure ou par mortifications. Dans la Transmission orale sur les significations (Ongi Kuden), Nichiren examine la signification du caractère sha (se départir, abandonner, rejeter) et y voit deux interprétations. La première c’est se départir temporairement (il utilise l’adverbe ten qui signifie cycliquement, par transformation) et la seconde c’est se départir définitivement (ei qui signifie éternellement). La première acception ressortit de l'enseignement théorique et la seconde de l'enseignement essentiel, en ce sens où la doctrine essentielle révèle des enseignements tels que "vies et morts s’identifient au nirvana" (shoji soku nehan) ou "les désirs s’identifient à l’Eveil" (bonno soku bodai).

Chapitre VII

Parabole de la cité illusoire. (Kejoyu hon). Chapitre dans lequel Shakyamuni révèle les liens qu'il avait avec ses disciples dans le passé lointain de sanzen jintengo*, quand il était le seizième et plus jeune fils du roi Daitsuchisho. Lorsqu’ils apprennent que leur père est devenu un bouddha les seize princes partent le rejoindre et lui demandent de les enseigner. Suit une narration des prodiges qui s’accomplirent lorsque Daitsuchisho réalisa l’Eveil. Des divinités demandent également à ce bouddha de révéler la doctrine. Il accède à leur demande et révèle les douze liens causaux* puis l’extinction à l’origine*. Du coup, les seize princes quittent leur famille pour devenir ses disciples. A eux, comme aux quatre congrégations*, Daitsuchisho enseigne le Sutra du Lotus. Après l’avoir enseigné longtemps à de très nombreux êtres, ce bouddha entre en samadhi*. Les seize princes qui sont maintenant des bodhisattvas poursuivent l’enseignement du Sutra du Lotus. Cette action n’a pas pris fin et Shakyamuni révèle qu’il est lui-même l’un d’eux. A cette époque, explique-t-il, ses quinze frères et lui exposèrent tous le Sutra du Lotus que leur père leur avait enseigné.

Selon Zhanlan*, ceux qui reçurent les graines de l'état de bouddha à ce moment-là en entendant Shakyamuni se sont divisés en trois groupes. Le premier comprend ceux qui y crurent, le pratiquèrent sans relâchement et atteignirent l'état de bouddha. Le deuxième comprend ceux qui, en un premier temps, crurent au Sutra du Lotus puis l'abandonnèrent et acceptèrent des enseignements bouddhiques de moindre importance. Le troisième comprend ceux qui entendirent le Sutra mais n'y crurent pas. Le deuxième groupe renaquit plus tard en Inde avec Shakyamuni qui cultiva la graine de la bodhéité qu'ils avaient reçue à l'époque de sanzen jintengo* en exposant pour eux les enseignements provisoires des trois véhicules puis en les conduisant finalement au Véhicule unique du Sutra du Lotus. En évoquant ces relations passées, le Bouddha montre que le but ultime de sa venue en ce monde est d'exposer le Véhicule unique (le Sutra du Lotus) et que c'est seulement un lien avec ce Véhicule qui permet à tous ses auditeurs-shravakas* d'atteindre l'Eveil. Ainsi, le chapitre VII renforce le principe du "remplacement des trois véhicules par le Véhicule unique" établi dans les chapitres précédents. Il illustre cet enseignement par une parabole.

Un guide conduit une multitude de voyageurs sur une route difficile vers une terre aux trésors. Les voyant épuisés et découragés, prêts à abandonner, il emploie ses pouvoirs supranaturels pour créer une ville où ils peuvent se reposer. Quand ils ont retrouvé force et courage, il fait disparaître la ville et les conduit à leur destination. Dans cette parabole, le guide représente Shakyamuni, la route difficile, la longue suite des vies et morts, les cités illusoires sont des "moyens appropriés" et les marcheurs, tous les êtres.

Chapitre VIII

Cinq cents disciples reçoivent la prédiction ou Prophétie sur l'Eveil de cinq cents disciples (Gohyaku deshi juki hon). Au début de ce chapitre, Purna (Plénitude) se réjouit d'avoir compris l'enseignement du Véhicule unique en entendant le Bouddha parler, dans le chapitre précédent, de leur relation passée à l'époque de sanzen jintengo*, une époque où Shakyamuni était le seizième fils du bouddha Daitsuchisho. Shakyamuni prédit que Purna atteindra l'Eveil dans le futur sous le nom de bouddha Homyo (Eclat du Dharma). Ensuite, il prédit que les mille deux cents disciples arhats* de l'Assemblée atteindront également l'état de bouddha. Il fait d'abord cette prophétie au sujet de 500 arhats, puis des 700 restants. Ces 1200, dit-il, deviendront des bouddhas portant tous le même nom, Fumyo (Brillance universelle). Les 500 exultent et estiment que l’Eveil d’arhat* auquel ils étaient parvenus ne relevait que d’une sagesse mineure. Ils usent d’une parabole pour décrire leur ignorance passée de l’Eveil véritable.

Un homme, après de copieuses libations chez un ami, s’endort ivre. Son ami qui est riche, a pitié de la vie de ce malheureux et décide de coudre dans la doublure de son vêtement une perle d’une grande valeur, puis il s'en va. A son réveil, l’homme quitte le pays mais continue de mener une existence miséreuse. Bien plus tard, les deux hommes se rencontrent à nouveau. L’homme riche est surpris de l’existence précaire de son ami. Il lui révèle la perle cousue dans l’habit que l’autre porte toujours. Dès lors, grâce à cette perle, il échappe à la misère et peut vivre à son gré. Il en est de même de la sagesse des arhats* ; ignorants du joyau qu’ils portent en eux, ils se livrent à des exercices pénibles pour un gain minime.

Chapitre IX

Prédiction octroyée aux apprentis et à ceux qui n’ont plus à apprendre (Jugaku mugaku ninki hon abrégé en Ninki). Ananda* et Rahula* demandent à leur tour au Bouddha de leur conférer la prédiction de l’Eveil. Deux mille auditeurs-shravakas, de différents niveaux, ceux qui étudient (gaku) et ceux qui, étant devenus arhats, n'ont plus rien à apprendre (mugaku) se joignent à cette requête. Le Bouddha donne sa prédiction pour Ananda. Il révèle l’ancienneté des liens avec ce disciple. Dans le passé, les deux hommes parvinrent à l’Eveil, Ananda par la voie de l’érudition et Shakyamuni par celle de la pratique religieuse, d’où le rôle que chacun d’eux assume aujourd’hui. Du coup, Ananda se souvient de son vœu originel : garder en mémoire le Dharma des éveillés pour le transmettre. Shakyamuni prédit qu'Ananda deviendra le bouddha Sengaie Jizaitsuo (Roi au pouvoir illimité de la sagesse de la mer et de la montagne). Puis Rahula reçoit également la prédiction, il sera le bouddha Toshippoke (Marchant sur les fleurs des sept trésors). Enfin c’est au tour des deux mille auditeurs-shravakas. Tous ces disciples deviendront des bouddhas portant le même nom, Hoso (Signe précieux). Ce chapitre conclut l'enseignement de Shakyamuni concernant le remplacement des trois véhicules par le Véhicule unique. Rappelons que les prédictions massives délivrées à des auditeurs-shravakas et des arhats sont le propre du Sutra du Lotus. Dans les autres sutras du Mahayana, ces êtres des deux-véhicules* sont plutôt jugés indignes de l’Eveil à cause de la recherche toute personnelle de la sagesse à laquelle ils se livrent.

Chapitre X

Maître du Dharma (Hoshi bon). Shakyamuni s'adresse, à travers le bodhisattva Yakuo, aux 80000 bodhisattvas qui se sont rassemblés, venus de tous les points de l'univers, pour l'entendre prêcher. A la différence des chapitres précédents qui révèlent que les auditeurs-shravakas atteindront immanquablement l'état de bouddha dans le futur, le chapitre X et ceux de l'enseignement théorique traitent de la pratique et de la propagation du Sutra du Lotus après la mort du Bouddha. Shakyamuni adresse donc ces chapitres non à ses disciples shravakas, mais aux bodhisattvas qui, en tant qu'émissaires du Bouddha, oeuvrent à sauver les êtres, en vantant le grand bienfait de pratiquer et d'enseigner le Sutra du Lotus. Celui qui en entend ne serait-ce qu'un seul vers ou une phrase et en tire ne serait-ce qu'un instant de joie, déclare le Bouddha, atteindra de façon certaine l'Eveil suprême. De plus, celui qui enseigne à une autre personne, ne serait-ce qu'une phrase du Sutra, sera considéré comme un messager du Bouddha, envoyé pour réaliser son œuvre. Ce chapitre énonce ce que l'on appelle les trois règles de prédication du Sutra du Lotus : entrer dans la demeure de l'Ainsi-Venu, revêtir la robe de l'Ainsi-Venu et s'asseoir sur le trône de l'Ainsi-Venu. La demeure de l'Ainsi-Venu symbolise une profonde compassion ; sa robe, un cœur doux et indulgent, et son trône, la perception de la non-substantialité* (ku) de tous les phénomènes Ce chapitre mentionne également les cinq pratiques du Sutra : le croire, le lire, le réciter, l'enseigner et le transcrire.

Chapitre XI

Tour aux Trésors (Ken hoto bon). Dans ce chapitre, une magnifique Tour aux Trésors de quelque cinq cents yojanas* de hauteur s'élève de terre et reste suspendue dans les airs. Une voix en sort, qui fait l'éloge du Bouddha Shakyamuni et déclare que tout ce qu'il a enseigné est vrai. Par l'intermédiaire du bodhisattva Mahapratibhana (Grande joie à enseigner), l'Assemblée demande à connaître le sens de cet événement. Shakyamuni explique que, dans la Tour, se trouve un bouddha nommé Taho qui vécut à un moment donné dans la Terre du Trésor de Pureté, à un nombre incalculable de mondes vers l'est. Bien qu'il ait atteint depuis longtemps le nirvana, il a fait vœu, quel que soit le lieu où que l'on prêche le Sutra du Lotus, d'apparaître dans la Tour aux Trésors et de témoigner de la véracité de ce Sutra. Le bodhisattva Mahapratibhana demande alors à voir le bouddha Taho. Shakyamuni répond que, pour ouvrir la porte de la Tour aux Trésors, il doit d'abord, en provenance des dix directions, rassembler les bouddhas qui prêchent le Dharma et qui sont des émanations de lui-même. Et il entreprend de transformer la terre trois fois pour leur faire de la place. Il purifie d'abord le monde saha* en déplaçant les êtres des états d'humanité et céleste vers d'autres mondes, et n'y demeure que la foule assemblée. Puis, il utilise son pouvoir mystique à purifier deux cent milliards nayutas* de mondes dans chacune des huit directions. Dans ces mondes, il n'y a désormais plus d'êtres dans les états d'enfer, d'esprits affamés, d'animalité ou d'asura, autrement dit plus personne dans les quatre voies mauvaises. De plus, Shakyamuni déplace, dans cette multitude, les êtres des états d'humanité et céleste vers d'autres mondes afin que ces terres purifiées ne soient plus habitées par aucun être des six voies. Puis, il purifie encore deux cent milliards nayutas d'autres mondes dans les huit directions de la même manière. Lorsque le monde saha et les deux autres groupes de mondes ont été ainsi transformés en terre de bouddha, tous les bouddhas se rassemblent, en provenance de tout l'univers, s'assoient sur des trônes ornés de lions sous des arbres de pierres précieuses. Quand ils sont tous réunis, Shakyamuni ouvre la Tour aux Trésors et le bouddha Taho l'invite à partager son siège. Shakyamuni utilise alors ses pouvoirs mystiques pour élever l'Assemblée entière en plein espace, et la "Cérémonie dans les Airs" débute. Assis à côté de Taho dans la Tour aux Trésors, Shakyamuni fait trois déclarations, en demandant à la multitude de propager le Sutra du Lotus après sa mort. Lors de la troisième déclaration, il se sert de la comparaison connue sous le nom des six actes difficiles et neuf actes faciles, pour souligner la grande difficulté qu'il y aura à pratiquer et à propager le Sutra du Lotus après sa mort.

Chapitre XII

Devadatta (Daibadatta hon). Chapitre qui enseigne que les femmes et les hommes mauvais peuvent atteindre l'Eveil, capacité qui leur est généralement déniée dans les enseignements provisoires ; il expose également le principe de l'atteinte de la bodhéité "sous sa forme actuelle" (sokushin jobutsu) sans qu'il soit nécessaire de pratiquer pendant des kalpas*. Dans la première moitié du chapitre, Shakyamuni révèle que dans une vie antérieure il fut un roi qui renonça au trône pour rechercher la vérité. Pendant mille ans, il servit un ermite nommé Ashi qui, en retour, lui enseigna le Sutra du Lotus. Cet ermite, explique-t-il, n'est autre que l'actuel Devadatta. Il prédit alors que, dans un futur lointain, Devadatta atteindra l'Eveil sous le nom de bouddha Tenno (Roi céleste). Au cours de sa vie, Devadatta tenta à plusieurs reprises de tuer le Bouddha et de créer des dissensions à l'intérieur de la communauté. Il serait tombé vivant en enfer. La prédiction qu'il parviendra à l'Eveil à l'avenir indique que même la personne la plus dépravée a la possibilité de devenir bouddha.

A ce stade du chapitre, un bodhisattva nommé Chishaku (Prajnakuta) est sur le point de retourner dans sa terre d'origine. Shakyamuni le retient pour écouter le discours du bodhisattva Manjushri qui raconte comment il a prêché le Sutra du Lotus dans le palais du Roi dragon et converti d'innombrables êtres. Chishaku désire savoir s'il existe une personne qui mette le Sutra en pratique et qui puisse atteindre rapidement l'état de bouddha. Manjushri répond que la Fille-du-Roi-dragon, âgée de huit ans, a atteint le stade de non-régression et peut facilement obtenir la suprême sagesse du bouddha. Chishaku et Shariputra le contestent tous deux, Chishaku sous le prétexte que l'état de bouddha nécessite la pratique d'austérités pendant de nombreux kalpas*, et Shariputra pour la même raison, en ajoutant que les femmes, gênées par les Cinq entraves*, sont incapables d'atteindre l'Eveil. Alors, la Fille-du-Roi-dragon apparaît devant eux. Après avoir offert un joyau au Bouddha Shakyamuni, elle parvient au terme de la pratique de bodhisattva. Ayant acquis les trente-deux traits et quatre-vingts caractéristiques d'un bouddha, elle apparaît dans un monde situé au sud et appelé la "Terre sans impuretés" où elle prêche le Sutra du Lotus à tous les êtres des dix directions.

Dans le Myoho Renge Kyo de Kumarajiva, le chapitre Devadatta est un chapitre indépendant, alors que dans le Sho Hokke Kyo de Dharmaraksha et le Tembon Hokke Kyo de Jnanagupta et Dharmagupta, il est inclus dans le chapitre XI qui précède. Ainsi, ces deux versions du Sutra ne comprennent que vingt-sept chapitres. Le chapitre Devadatta circula aussi comme un sutra indépendant.

Chapitre XIII

Exhortation à la sauvegarde (Kanji hon). Au début du chapitre, le bodhisattva Yakuo et sa suite de vingt mille bodhisattvas font, devant Shakyamuni, le vœu de propager le Sutra du Lotus dans ce monde, après sa mort. A leur différence, cinq cents arhats qui (dans le chapitre précédent) ont reçu la prophétie d'obtenir l'Eveil à l'avenir, et huit mille auditeurs-shravakas (dont certains étudient tandis que d'autres n'ont plus rien à apprendre, mugaku) font le voeu de le propager dans d'autres mondes. Shakyamuni prédit ensuite l'Eveil de Mahaprajapati, sa tante maternelle, et de Yashodhara, son épouse avant qu'il ne renonce au monde. Toutes deux, avec leurs suites de six mille nonnes, font également le vœu de propager le Sutra du Lotus après la mort du Bouddha. Puis 80 myriades de millions de nayutas de bodhisattvas s’engagent également à ne pas laisser le Dharma dépérir dans les âges mauvais* qu’ils dépeignent sous des couleurs sinistres. Les ignorants seront vindicatifs et les moines auront une sagesse pervertie. Ils se vanteront de leurs médiocres réalisations spirituelles et seront avides de biens. Ils se plairont à critiquer les croyants et le Sutra du Lotus et intrigueront auprès des puissants. Néanmoins les bodhisattvas font le serment d'une résolution inébranlable.

Leur vœu est prononcé en vers et l'on s'y réfère souvent comme aux "vingt lignes versifiées du chapitre Kanji". Les persécutions énumérées furent plus tard rangées sous la dénomination "les Trois Grands Ennemis" par le Grand-maître Zhanlan.

Chapitre XIV

Pratiques paisibles ou Pratiques aisées (Anrakugyo hon). Dernier chapitre de l'enseignement théorique (shakumon), qui décrit quatre formes paisibles de la pratique. Dans ce texte, en réponse à une question du bodhisattva Manjushri sur la manière dont les bodhisattvas devront pratiquer le bouddhisme après la disparition du Bouddha, Shakyamuni propose quatre voies : actions paisibles, paroles paisibles, pensées sereines et voeux sereins. Zhiyi* considère ces quatre pratiques comme découlant des trois règles de prédication décrites dans le chapitre X. Quant à la manière d'enseigner le Sutra du Lotus Shakyamuni précise que se tenant à l’écart des puissants ou des mauvaises fréquentations, son disciple s’adressera à ceux qui sont désireux de savoir. Pour les autres, sous certaines conditions, il peut exposer le Dharma mais, sans illusion. De même, il ne dénoncera pas les opinions hétérodoxes ni les erreurs. Avec subtilité et d’une façon agréable, il essaiera d’amener les autres à son point de vue ; sans duplicité ni flagornerie toutefois.

Le chapitre Anrakugyo comporte également la parabole de "l'inestimable joyau dans la coiffure", dans laquelle un roi récompense ses soldats avec des terres, des maisons et des bijoux pour leur courage au combat, mais ne leur donne pas le joyau précieux qu'il porte dans sa coiffure. Il finira cependant par accorder ce joyau sans prix au plus courageux de ses soldats. Le bijou en question représente le Sutra du Lotus que le Bouddha dissimule tant qu'il expose ses enseignements provisoires, gardant son message le plus profond pour la fin.

Chapitre XV

Surgis de la terre (Juji yujutsu hon). Au début de ce chapitre, les innombrables bodhisattvas qui, venus d'autres mondes, se sont rassemblés, jurent de propager le Sutra du Lotus dans le monde saha* après la mort de Shakyamuni. Cependant, ce dernier les arrête en leur disant que cela n'est pas nécessaire ; car le monde saha possède déjà de grands bodhisattvas qui accompliront cette tâche. A ces mots, la terre tremble et s'entrouvre, et une multitude de bodhisattvas apparaissent, aussi nombreux que les grains de sable de soixante mille Gange, (chacun avec sa propre suite). Ils sont conduits par les Quatre Bodhisattvas dont le guide est le bodhisattva Jogyo. Le bodhisattva Manjushri, surpris, demande au nom de l'Assemblée qui sont ces bodhisattvas ? d'où ils viennent et pour quelle raison ? quel bouddha ils suivent et quel enseignement ils pratiquent ? Shakyamuni répond qu'ils sont ses disciples primordiaux à qui il enseigne depuis très longtemps. Manjushri demande encore comment, en un peu plus de quarante ans depuis son Eveil, Shakyamuni a réussi à enseigner à une telle multitude de bodhisattvas. Il exhorte Shakyamuni à s'expliquer davantage pour le bien des générations futures qui pourraient avoir des doutes à ce sujet.

Ce chapitre s'arrête là. Dans l'analyse de Zhiyi* il est considéré comme le début de l'enseignement essentiel.

***

Deuxième partie

Chapitre XVI

Longévité de l’Ainsi Venu ou Durée de la vie (Nyorai juryo hon). Le Bouddha exhorte par trois fois la nombreuse Assemblée à croire et à comprendre ses paroles, et à quatre reprises l'Assemblée lui demande instamment d'enseigner. "Ecoutez bien, dit alors Shakyamuni, et entendez le secret de l'Ainsi-Venu* et son mystérieux pouvoir." Il explique ensuite que, même si tous les devas célestes, les hommes, les asuras et les autres êtres croient qu'il atteignit pour la première fois l'Eveil dans cette vie à Bodhgaya, il s'est en réalité passé un temps incalculable depuis qu'il est bouddha. Pour donner une idée de la longueur de ce temps, il explique le concept de gohyaku jintengo*. Cela s'appelle kaigon kennon "ouvrir le proche et révéler le lointain". Tenter d’appréhender dans nos unités temporelles la longévité du bouddha est vain, tout comme savoir le nombre de mondes parcourus par celui qui aurait réduit en particules minuscules une infinité de mondes puis aurait déposé ces particules une par une à intervalles très lointains jusqu’à épuisement. Comptons pour chacune de ces particules un kalpa*. Le temps écoulé depuis que Shakyamuni est devenu bouddha est plus ancien encore. Toute la vision que nous avons de la vie du Bouddha n’est qu’un stratagème adapté à nos facultés, son "corps de manifestation" (ojin) : "il n’y a ni naissance ni mort, ni retrait, ni émergence, personne pour résider au monde ni passer en disparition". Le parinirvana du Bouddha (son décès) lui-même est un moyen de provoquer chez les hommes l’esprit de rechercher la Voie. Si le Bouddha demeurait en ce monde en permanence, les êtres ne comprendraient pas la valeur de son enseignement.

Pour illustrer son propos, Shakyamuni use d’une parabole. Un médecin habile doit se rendre à l’étranger. Ses très nombreux fils, durant son absence, absorbent une potion qui se révèle être un poison. Quand le père revient, il trouve ses enfants en proie à de terribles douleurs. Il prépare immédiatement le remède adéquat. Certains le boivent et sont guéris mais d’autres, l’esprit troublé, n’en veulent pas. Ne pouvant leur faire entendre raison, il décide d’employer un stratagème. Il leur dit qu’il doit repartir, puis envoie un messager qui annonce la mort du père. Le chagrin des enfants et leur inquiétude provoquent un sursaut salutaire, ils avalent le remède. Une fois ses fils guéris, le médecin réapparaît. Il en est de même du Bouddha qui, en fait, ne disparaît jamais, il use de la force du sentiment de deuil, du manque que crée l’absence, pour détourner les êtres de leurs vains penchants et lorsque leurs dispositions sont propices, il apparaît prêchant le Dharma.

Le chapitre se termine par une partie versifiée appelée "Jigage", qui réaffirme les enseignements importants énoncés dans la partie précédente. A la différence du chapitre II, enseignement théorique qui mentionne l'état de bouddha comme une possibilité inhérente dans la vie de tous les êtres, le chapitre XVI le montre comme une réalité manifestée dans la vie du Bouddha Shakyamuni. L'affirmation que, depuis son Eveil dans le passé incomensurable, il a "toujours été en ce monde, exposant le Dharma et instruisant (les êtres)" indique qu'il n'existe aucune terre de bouddha en dehors du monde saha*. Alors que le chapitre II enseigne que l'état de bouddha est inhérent aux neuf mondes-états, le chapitre XVI enseigne que les neuf mondes-états existent dans l'état de bouddha.

Zhiyi considère le chapitre XVI comme la révélation des trois principes mystiques de la cause fondamentale (honnin-myo) (la cause de l'Eveil Atemporel de Shakyamuni), l'effet fondamental (honga-myo) (son Eveil Atemporel) et la Véritable Terre (le lieu où le Bouddha vit et enseigne). Il interprète le passage "J'ai aussi jadis pratiqué les austérités de bodhisattva" comme une description de l'étape de non-régression ou la onzième des cinquante-deux étapes de la pratique de bodhisattva, et la définit comme la Cause fondamentale (honnin-myo) qui permit à Shakyamuni d'atteindre l'état de bouddha. Pour Nichiren, ce chapitre est fondamental car il révèle la vraie nature de bouddha, universelle et atemporelle.

Chapitre XVII

Discernement des bienfaits (Funbetsu kudoku hon). Dans le chapitre précédent, Shakyamuni parle de la durée inconcevable du temps qui s'est écoulé depuis son Eveil Atemporel, et le chapitre XVII dit que tous ceux qui ont entendu le prêche du Bouddha concernant cet Eveil en ont tiré un bienfait incalculable. Ce bienfait diffère en profondeur selon les personnes, d'où le titre du chapitre. Toutefois les conséquences en sont immenses : compréhension de la non-production des dharmas, éloquence, mise en mouvement de la roue du Dharma, obtention de l’Eveil complet en plusieurs renaissances, voire en cette vie même. Après cet exposé, des fleurs pleuvent sur l’Assemblée et les deux bouddhas réunis dans la Tour de Taho magnifient encore la perception de cette scène. Maitreya reprend les propos du Bouddha qui précise sa pensée. Si, juste un instant, on peut produire une pensée de foi et de compréhension quant à la longévité de l’Ainsi-venu, les mérites obtenus seront bien supérieurs à ceux que procure la pratique des paramita*. Juste croire "en une seule opération de la pensée" en la longévité du Bouddha entraîne des mérites inestimables, le comprendre permet de concevoir la sagesse-prajna de l’Ainsi-venu et alors, la vision de l’enseignement du Sutra du Lotus au Pic du Vautour apparaît et notre monde est transfiguré. Cette pratique prime sur celle du don à la communauté monastique. Toutefois, si l’on peut en outre propager, copier, exposer le Sutra du Lotus et se livrer aux pratiques du don, du respect des préceptes, de la patience, du zèle, de la concentration de la pensée et de la prajna, les vertus obtenues seront insurpassables. Ceux qui agissent de la sorte méritent d’être grandement honorés.

L’un des points significatifs de ce chapitre est qu’il permet de se faire une idée de la pratique propre au Sutra du Lotus ; avant la pratique traditionnelle des paramita, il demande la compréhension de ce Sutra et plus particulièrement de son seizième chapitre, Longévité de l’Ainsi-Venu. En ce sens, cette mise en pratique demande un effort spirituel spécifique.

Chapitre XVIII

Bienfaits de la joie conséquente. (Zuiki kudoku hon). Avec la dernière partie du chapitre précédent, celui-ci décrit les bienfaits obtenus lorsque l'on se réjouit d'entendre le Bouddha Shakyamuni révéler son Eveil Atemporel dans le chapitre XVI. Il traite de la première des cinq pratiques merveilleuses - se réjouir d'entendre le Sutra du Lotus. Ce chapitre expose le principe de propagation continue jusqu'à la cinquantième personne. Le bodhisattva Maitreya demande à Shakyamuni : "Si quelqu'un se réjouit d'entendre le Sutra du Lotus après la mort du Bouddha, quels bienfaits peut-il en obtenir ? " En réponse, le Bouddha mentionne le principe suivant : "une personne se réjouit d'entendre le Sutra du Lotus après la mort du Bouddha et l'enseigne à une seconde personne qui l'enseigne à une troisième, et cela jusqu'à ce que cinquante personnes aient entendu le Sutra." Shakyamuni explique que les bienfaits reçus par cette cinquantième personne sont incommensurables ; à plus forte raison, ceux obtenus par la première.
Dans le Ongi Kuden, Nichiren interprète ces cinquante personnes comme représentant l'humanité, indiquant ainsi que tout le monde peut obtenir d'immenses bienfaits grâce au Dharma merveilleux.

Chapitre XIX

Bienfaits du Maître du Dharma (Hosshi kudoku hon). Le bodhisattva Nityodyukta (Joshojin) interroge le Bouddha sur les vertus que les maîtres du Dharma retirent de leurs pratiques. Shakyamuni affirme qu'en suivant les cinq pratiques qui consistent à croire, lire, réciter, enseigner et transcrire le Sutra du Lotus, on peut purifier ses six organes des sens. Il les énumère un à un ainsi que le résultat de leur purification. Pour l’œil, on gagne en acuité visuelle, distinguant les choses qui sont cachées, par exemple les limites de ce monde ou les profondeurs terrestres. Pour l’ouïe, pareillement, on perçoit les voix qui normalement sont inaudibles, sans pour autant que l’écoute s'en trouve perturbée. L’odorat devient également plus fin permettant de reconnaître les plantes ou les êtres, voire même leur état au-delà de ce que la vue décèle. Le goût se trouve développé et les saveurs désagréables sont transformées ; de plus par la langue, la voix devient "profonde et sublime" et peut émettre le son du Dharma. La purification de la peau entraîne celle du corps tout entier qui devient une sorte de lieu où se réfléchissent les images d'autres corps. Enfin, la purification de l'organe mental entraîne l’affinement des fonctions mentales, la prescience et la connaissance intime du Dharma bouddhique.

Chapitre XX

Bodhisattva Fukyo (Jofukyo bosatsu bon). Shakyamuni illustre à la fois le bienfait de croire dans le Sutra du Lotus et de le pratiquer, ainsi que la gravité de la rétribution qu'entraîne le fait de calomnier ses adeptes, par l'histoire du bodhisattva Fukyo ("Sans mépris"). Ce bodhisattva vécut à l'époque du Dharma formel du bouddha Ionno, alors que des moines arrogants jouissaient d'une grande autorité et que le bouddhisme déclinait. Il faisait toujours preuve de respect vis-à-vis des êtres qu'il rencontrait en leur disant : "Je vous respecte profondément, je n'oserais jamais vous mépriser ou être arrogant, car vous pratiquerez tous un jour la voie du bodhisattva et atteindrez immanquablement l'état de bouddha." Des moines, des nonnes et des laïcs se moquèrent de lui et l'attaquèrent à coups de bâtons et de pierres. Cependant, Fukyo persévéra dans sa pratique, et, après avoir expié toutes ses offenses passées, et avoir totalement purifié ses six sens, il atteignit l'Eveil suprême grâce au bienfait du Sutra du Lotus. Les êtres arrogants qui l'avaient persécuté devinrent ses disciples, mais à cause de leurs offenses passées, ils tombèrent dans l'enfer des souffrances incessantes où ils restèrent pendant mille kalpas. Ils finirent cependant par pouvoir rencontrer à nouveau le bodhisattva Fukyo et à être convertis par lui au Sutra du Lotus. Cette histoire illustre le principe de l'atteinte de la bodhéité par une relation d'opposition, établi dans le Sutra du Lotus, qui sauve même ceux qui s'y opposent. Shakyamuni identifie le bodhisattva Fukyo à lui-même dans une existence passée et ajoute que ceux qui l'ont calomnié ont atteint l'étape de non-régression et font à présent partie de l'Assemblée à laquelle il enseigne le Sutra du Lotus, c'est-à-dire les cinq cents bodhisattvas conduits par Bhadrapala, les cinq cents moines conduits par Simhachandra et les cinq cents laïcs conduits par Sugatachetana. Il demande ensuite que le Sutra du Lotus soit pratiqué avec sincérité et propagé après sa mort.

Chapitre XXI

Pouvoirs supranaturels des Ainsi-venus (Nyorai jinriki hon). Ce chapitre relate la transmission par Shakyamuni de l'essence du Sutra du Lotus aux bodhisattvas Surgis de terre conduits par Jogyo. Au début du chapitre, les bodhisattvas Surgis de terre font vœu de propager largement le Sutra après la mort de Shakyamuni. Avant de leur transmettre l'essence du Sutra, le Bouddha fait la démonstration de ses pouvoirs supranaturels. Puis il déclare que, si étendus que soient ses pouvoirs, le bienfait que procure le Dharma dont il est question dans le Sutra est encore plus grand. Il dit : "J'ai brièvement décrit dans ce Sutra tous les dharmas* du Bouddha, tous ses pouvoirs supranaturels infaillibles, toutes ses resserres secrètes et toutes ses profondes pratiques."

Sur la base de ce passage, Zhiyi formula les Cinq Principes majeurs, et Nichiren vit dans ce passage une allusion aux Trois Grands Dharmas cachés. Selon cette interprétation, "tous les dharmas du Bouddha" désigne l'ensemble des Trois Grands Dharmas cachés, "tous les pouvoirs mystiques infaillibles du Bouddha" désigne le Kaidan (lieu de pratique), "toutes ses resserres secrètes" désigne le Gohonzon (mandala), et "toutes ses profondes pratiques", le Daimoku (mantra). Zhiyi se réfère à la transmission du chapitre XXI comme à la transmission de l'essence du Sutra du Lotus. Elle est également appelée la "transmission spécifique" parce qu'elle fut spécifiquement faite au bodhisattva Jogyo et aux autres bodhisattvas Surgis de terre, par opposition à la "transmission générale" faite à toute l'Assemblée des bodhisattvas décrite dans le chapitre suivant.

Chapitre XXII

Passation ou Transmission (Zokurui hon). Chapitre placé à cet endroit par Kumarajiva, chapitre le plus court de ce sutra. Après avoir transmis "spécifiquement" le Dharma aux bodhisattvas Surgis de terre dans le chapitre précédent Shakyamuni le transmet "généralement" à tous les bodhisattvas. Puis, tous les bouddhas rassemblés, en provenance de tous les univers, retournent dans leurs terres respectives, la Tour aux Trésors revient à sa place d'origine et l'Assemblée redescend sur le Pic du Vautour. Dans la version du Sutra du Lotus intitulée Sho Hokke Kyo et celle intitulée Tembon Hoke Kyo qui comprennent toutes deux vingt-sept chapitres, le chapitre Zokurui est le dernier.

Chapitre XXIII

Conduite originelle du bodhisattva Yakuo (Yakuo bosatsu honji hon). Après la Cérémonie dans les Airs, la deuxième Assemblée sur le Pic du Vautour commence avec ce chapitre. Au début, le bodhisattva Shukuoke implore Shakyamuni de parler des pratiques antérieures du bodhisattva Yakuo. En réponse, le Bouddha explique qu'il y eut un bodhisattva nommé Issai Shujo Kiken à qui le bouddha Chandrasuryapradipa (Nichigatsu Tomyo, Luminaire-de-Soleil-et-de-Lune) enseigna le Sutra du Lotus. Par gratitude, il fit brûler son corps pendant mille deux cents ans pour l'offrir au Bouddha et au Sutra. Né à nouveau dans la terre de ce bouddha, il se brûla les coudes en guise d'offrande supplémentaire pendant soixante-douze mille ans. Après avoir relaté cette histoire, le Bouddha Shakyamuni établit dix métaphores illustrant la supériorité du Sutra du Lotus et le bienfait que procure la foi en ce Sutra. Vers la fin du chapitre, il exhorte une fois encore à propager ce Sutra dans les temps à venir. C'est dans cette partie que se trouve le passage : "Dans la cinquième période de cinq cents ans après ma mort, accomplissez kosen-rufu (vaste propagation) dans le monde entier et ne laissez jamais son flot tarir."

Selon Guanding, Zhiyi connut un grand Eveil grâce à la lecture du chapitre Yakuo et après avoir pratiqué pendant quatorze jours la récitation du Sutra du Lotus et la méditation sur lui selon l'enseignement de son maître Huisi.

Chapitre XXIV

Bodhisattva Myoon (Myoon bosatsu hon). Ce chapitre se situe dans la lignée des chapitres XXIII à XXVIII (hors chapitre XXVI, Dharani) qui décrivent des bodhisattvas fantastiques. Cette fois-ci, il s’agit de Myoon (Son-Merveilleux), bodhisattva d’un autre univers, qui possède la faculté de prendre toutes les formes qu'il désire afin de propager le Sutra du Lotus. Au début du chapitre, Shakyamuni émet un rayon lumineux à partir de la boucle de cheveux blancs qui se trouve entre ses sourcils, illuminant ainsi d'innombrables terres de bouddhas vers l'est, dont la terre Jokoshogon (Nimbée de pure lumière). Là réside le bouddha Jokeshukuochi (Roi sage de la constellation Fleur pure) qui est servi par le bodhisattva Myoon. Dès que ce monde a été illuminé, Myoon annonce au bouddha Jokeshukuochi qu'il ira dans le monde saha pour faire des offrandes à Shakyamuni. Après avoir fait magiquement apparaître 84000 joyaux en forme de lotus sur le Pic du Vautour, il arrive avec une suite de 84000 bodhisattvas. Le bodhisattva Ketoku (Vertu de fleur) supplie le bouddha Shakyamuni de dire à l'Assemblée quelles causes ont été créées par le bodhisattva Myoon pour obtenir ses pouvoirs mystiques. Shakyamuni répond que, dans le passé lointain, il a servi le bouddha Unraionno (Roi du son du tonnerre dans les nuages) pendant 2000 ans en lui offrant 100 000 sortes de musiques et 84000 sébiles faites en sept sortes de pierres précieuses. Par sa dévotion, il a acquis ses pouvoirs mystiques. Il peut apparaître sous les traits d'un deva, d'un être humain, d'un dragon, d'un démon ou sous toute autre forme pour enseigner le Sutra du Lotus. Shakyamuni décrit les 34 formes qu'emprunte ce bodhisattva pour sauver les êtres. Après avoir fait des offrandes à Shakyamuni, Myoon retourne dans sa terre d'origine. Ce bodhisattva incarne la pluralité des facteurs propices au salut dans l’enseignement du Dharma bouddhique.

Chapitre XXV

Porte universelle du bodhisattva Avalokitesvara (Kanzeon bosatsu fumon hon, abrégé en Fumon) Le chapitre décrit les bienfaits dispensés par le bodhisattva Avalokiteshvara (Kannon ou Kanzeon). Tout d'abord, le bodhisattva Akchayamati (Intention-Inépuisable) demande à Shakyamuni d'expliquer pourquoi le bodhisattva Avalokiteshvara (Celui qui perçoit les sons du monde) est ainsi nommé. Shakyamuni répond que c'est parce qu'il perçoit et sauve tous ceux qui, en quelque lieu que ce soit, sont tourmentés et l'appellent avec sincérité. Il mentionne de plus sept désastres dont on peut être sauvé par le pouvoir du bodhisattva Avalokiteshvara : le feu, l'inondation, les démons rakshasa*, les épées et les bâtons, l'attaque des démons, l'emprisonnement et les attaques de bandits. Avalokiteshvara, dit-il, libère aussi les êtres des trois poisons que sont l'avidité, l'arrogance et l'ignorance, et exauce les prières de ceux qui veulent des enfants. Il peut emprunter à son gré n'importe quelle forme, devenant un deva, un être humain, un démon ou toute autre forme qui convient pour prêcher l'enseignement du Bouddha. Shakyamuni énumère ensuite les trente-trois formes que prend Avalokiteshvara pour sauver les êtres. Il ajoute qu'Avalokiteshvara délivre de la peur en période de dangers ou de troubles. Le bodhisattva Akchayamati offre alors un collier précieux à Avalokiteshvara qui, à son tour, le divise en deux et en offre une moitié à Shakyamuni et l'autre moitié à la Tour aux Trésors.

En Chine, ce chapitre fut considéré comme un sutra indépendant, et le culte d'Avalokiteshvara y fut très populaire. Au Japon, le culte populaire transforma le bodhisattva en divinité féminine Kanzeon abrégé en Kannon. Dans le Myoho-Renge-Kyo de Kumarajiva, ce chapitre possède une section en prose et une en vers. D'après la préface du Tembon Hoke Kyo, la section en vers n'existait pas à l'origine dans le texte de Kumarajiva, mais fut ajoutée ultérieurement. Le Sho Hokke Kyo ne comporte pas de partie versifiée.

Chapitre XXVI

Dharani ou Formules détentrices (Darani hon) Ce chapitre, très court, commence par une question du bodhisattva Yakuo (Roi des Remèdes), dont il était question au chapitre XXIII, relative aux félicités que connaîtront les hommes et les femmes capables de recevoir et garder, de réciter, d’élucider et de copier le Sutra du Lotus. Innombrables sont les bienfaits qu’ils en retireront. Alors, pour leur protection, le bodhisattva révèle une formule détentrice (dharani) qui est citée phonétiquement. Dès lors, si quelqu’un cause du tort à ces maîtres du Dharma, cela reviendra à nuire à d’innombrables bouddhas. Un autre bodhisattva, Yuze (Don-Héroïque), révèle une autre formule-dharani dans le même but. Les rois célestes ne sont pas en reste et deux d’entre eux donnent également des formules-dharani. Même des êtres démoniaques s’en mêlent : dix filles-démones, leur mère, leurs enfants et leur suite révèlent une autre formule protectrice. Puis elles font serment de protéger les maîtres du Dharma. Pour ce qui est des personnes qui les tourmenteront, leur "tête éclatera en sept morceaux comme un rameau d’arjaka". Ce chapitre est important car il montre la protection qu’apportent différentes sortes d’êtres au pratiquant du Sutra du Lotus. Même des êtres de nature démoniaque y participent, ce qui devrait nous pousser à reconsidérer l’opinion que nous avons sur eux.

Chapitre XXVII

Conduite originelle du roi Myoshogon (Myoshogonno honji hon). Dans le passé extrêmement lointain, rapporte Shakyamuni, vivait un bouddha du nom de Unraion-shukuo Kechi (Sage de la Constellation et du Son du tonnerre dans les nuages) qui enseignait le Sutra du Lotus. Les deux fils du roi Myoshogon (Ornement-Merveilleux), Jogen et Jozo, prièrent leur mère, dame Jotoku, de les accompagner pour écouter le bouddha. Elle leur répondit qu'il leur fallait d'abord persuader leur père, croyant sincère du brahmanisme, et leur suggéra d'accomplir quelques prodiges magiques pour lui démontrer le pouvoir du bouddhisme. Ils le firent et éveillèrent ainsi le désir du roi d'entendre l'enseignement du bouddha. Avec sa femme, ses deux fils, quelques ministres et quelques serviteurs, le roi se rendit donc auprès du bouddha, lui fit des offrandes et reçut de lui la prédiction qu'il atteindrait la bodhéité. Le roi proclama que ses deux fils étaient ses bons amis bouddhiques (zenchishiki) parce qu'ils l'avaient mené au bouddhisme. Puis lui, sa femme, ses fils et toute sa suite renoncèrent au monde et devinrent les disciples du bouddha Unraion-shukuo Kechi. Après avoir relaté cette histoire, Shakyamuni identifie Myoshogon à l'actuel bodhisattva Ketoku (Vertu de fleur) qui se trouve à l'Assemblée du Pic du Vautour, la dame Jotoku à un noble bodhisattva, Jozo et Jogen aux bodhisattvas Yakuo et Yakujo.

Dans le Hokke Mongu, Zhiyi raconte l'histoire suivante concernant les relations passées entre Myoshogon, sa femme et ses fils. Dans le lointain passé, quatre religieux pratiquaient des austérités à la recherche de la Voie, mais ils en étaient distraits par les tâches ménagères quotidiennes. L'un d'eux, pour aider les trois autres à pratiquer, abandonna les austérités et se chargea de toutes les tâches. Les trois autres poursuivirent donc leur pratique et trouvèrent la voie qui mène à l'état de bouddha. Lui non. Mais il obtint la récompense karmique de renaître sous la forme du roi Myoshogon. Et parce qu'il avait aidé les autres à pratiquer, ceux-ci pour s'acquitter de leur dette envers lui, devinrent sa femme et ses deux fils qui le conduisirent au bouddhisme.

Chapitre XXVIII

Exhortation du bodhisattva Fugen (Fugen bosatsu kanbotsu hon). Le bodhisattva Fugen (Sage-Universel, Samantabhadra) et sa suite arrivent de l’orient pour se joindre à l’Assemblée. Il rejoint notre monde de saha car il sait que le Sutra du Lotus y est enseigné et qu’il veut l’entendre. Le Bouddha lui déclare que quatre conditions sont nécessaires pour obtenir ce sutra : - être protégé par l’attention des bouddhas,
- avoir planté une multitude de vertus,
- entrer dans le groupe correctement déterminé,
- concevoir l’intention de sauver tous les êtres.

Fugen fait vœu de protéger ceux qui garderont ce sutra dans l’âge mauvais* et ce, en leur apparaissant sur un éléphant blanc à six défenses. Il leur apprendra le Sutra du Lotus et le récitera avec eux. Il fournit même une formule-dharani et déclare que, s’il se trouve dans le Jambudvipa* des croyants pour recevoir et garder ce sutra, c’est dû à sa force. Il ne laissera pas ce sutra s’éteindre. Le Bouddha approuve son projet et protégera ceux qui connaîtront le nom de ce bodhisattva. Celui qui dans les cinq cents années suivantes aura foi et connaissance dans le Sutra du Lotus deviendra un bouddha. Ceux qui railleront la pratique à laquelle se livre une telle personne seront privés d’yeux, ceux qui les critiqueront, même avec raison, contracteront des maladies graves. Après cet exposé, l’Assemblée, qui s’était majestueusement rassemblée dans le chapitre du Prologue, se disperse heureuse. Le Sutra se termine en seulement quatre mots "ils saluèrent et partirent". Cet inachèvement, cette rapidité dans l’expression, peut donner le sentiment que cette Assemblée, assez atemporelle, ne s’est pas vraiment dispersée.

Glossaire

- âge mauvais ou mappo : Derniers jours du Dharma. Dernière des trois périodes qui suit la mort d’un bouddha et qui voit son enseignement sombrer dans la confusion et perdre son pouvoir de mener les gens à l'Eveil.

- Ainsi-Venu : (Nyorai, Tathagata). Une des façons d'appeler le Bouddha. Tathagata pose un problème de traduction puisqu'il signifie "ainsi-venu" et "ainsi parti".

- Ananda : L’un des dix grands disciples de Shakyamuni qu’il servit fidèlement pendant vingt-cinq ans. Il est le premier pour la qualité de son écoute et la mémorisation des enseignements qu’il entendait en accompagnant partout le Bouddha.

- arhat : Celui qui a complètement détruit les passions (klesha), celui qui est parvenu au plus haut des quatre degrés qu'un auditeur-shravaka aspire à atteindre en pratiquant les enseignements du Theravada.

- aspect réel de tous les phénomènes (shoho jisso) La réalité nous est perceptible par les dix modalités d'expression de la vie (dix nyoze) : l'apparence (so), la nature (sho), l'entièreté (tai), l'énergie potentielle (riki), l'énergie manifestée (sa), la cause latente interne (in), la condition (en), l'effet (ka), la rétribution (ho), la cohérence* de 1'origine jusqu'à la fin (hon maku kyo to). Ces modalités s'appliquent à tous les phénomènes, et il n'y a pas de phénomènes en dehors de ces catégories. Elles s'appliquent à tous les êtres dans les dix mondes-états. Il s'ensuit qu'il n'existe aucune différence de nature entre un bouddha et une personne ordinaire.

- asura : forces démoniaques ennemies des devas avec lesquels ils sont constamment en guerre. Asura signifie littéralement "privé d'ambroisie céleste". Ces "démons" ne connaissent pas la paix ; ils vivent sans bonheur et sans joie. Leur orgueil les pousse à lutter sans cesse pour dominer les autres.

- auditeurs-shravakas : à l'origine les moines et les nonnes qui entendirent le Bouddha exposer ses enseignements. Dans les "dix mondes", ils représentent la première classe bouddhique d’êtres (septième des dix mondes-états), ceux qui écoutent l’enseignement du Bouddha et mènent une profonde réflexion dessus.

- bodhisattva : Traduit parfois par "être d’Eveil". Etre du neuvième monde-état caractérisé par la compassion avec laquelle le disciple du Bouddha recherche l'Eveil pour soi-même aussi bien que pour les autres et qui ressent la plus grande joie à se dévouer au bonheur des autres.

- cinq entraves : Cinq limites attribuées aux femmes selon certains enseignements avant le Sutra du Lotus : la convoitise sensuelle, la malveillance, la torpeur physique et mentale l'inquiétude et le tracas, le doute.

- deux véhicules : (nijo). On appelle véhicule l'enseignement et les pratiques susceptibles de représenter une voie permettant de réaliser l'Eveil bouddhique. Le terme s'applique aux auditeurs-shravakas et les pratyekabuddhas

- deva : Dans la cosmologie védique, "être de lumière". Fonctions spirituelles qui se manifestent dans l'espace-temps. C’est le contraire des "démons", les forces destructrices.

- Dharma : enseignement du Bouddha qui traduit la réalité ultime ; cette réalité ultime elle-même. Avec une minuscule, "dharma" désigne les phénomènes tels qu'ils nous apparaissent.

- dix directions : nord, sud, est, ouest, nord-ouest, nord-est, sud-est, sud-ouest, zénith et nadir. Symbole du déploiement de 1'espace.

- dix mondes-états : Classification établie par Zhiyi, qui distingue dix sortes de "mondes" auxquels appartiennent chacun des êtres : celui de l'enfer, des esprits affamés, de l’animalité, des asuras, des hommes, des esprits célestes (ou ciel), le monde des auditeurs-shravakas, le monde des pratyekabuddhas (Eveil pour soi), le monde des bodhisattvas, le monde des bouddhas.

- douze liens causaux : L'un des principes fondamentaux du bouddhisme originel montrant la relation de causalité qui existe entre l'ignorance et la souffrance. Ces douze causes et conditions nous maintiennent dans le cycle des existences successives (samsara). Chacune de ces causes génère la suivante selon un processus implacable.

- extinction (metsudo). Annihilation du moi par suppression de tout désir. Etat supérieur dans la recherche de bodhéité dans le Theravada.

- extinction à l'origine (genmetsu). Processus d’annihilation des douze liens causaux par production de l’Eveil qui détruit le premier d’entre eux l’obscurité fondamentale (ignorance originelle), et empêche donc leur production successive.

- huit sortes d'êtres : différentes listes dont la plus courante est : 1) deva, littéralement être de lumière ; 2) garuda, oiseau mythique dévoreur de serpents ; 3) yaksha, déités du monde végétal et minéral ; 4) gandharva, musiciens célestes époux-amants, fils-filles ; 5) kimnara, musiciens talentueux qui réjouissent les dieux de leurs dons ; 6) asuras, déités orgueilleuses qui jalousent les dieux ; 7) naga, forces instinctives de la nature, gardiens des richesses souterraines ; 8) mahoraga, littéralement grand attachement. Ces "êtres célestes" sont des entités psychiques, comme tout ce qui ressortit du "Ciel", domaine de l'invisible, opposé à "Terre" ce qui possède une forme.

- ichinen sanzen : Principe qui enseigne que tous les phénomènes (définis par les dix mondes-états, les dix modalités d’expression de la vie (nyoze) et les trois principes de différenciation) sont inhérents à tout moment de vie d'un être. En d'autres termes, ce principe, en jeu dans toute forme de vie, explicite les trois mille conditions par lesquelles une vie se manifeste en tant que phénomène.

- Jambudvipa : D’après la représentation indienne antique du monde, l’un des quatre continents situés chacun à l'un des points cardinaux. Dans un premier temps le terme désignait le sous-continent indien pour signifier ensuite notre Terre.

- kalpa : Age cosmique. 1 kalpa = un jour et une nuit de Brahma = 8 millions de vies humaines.

- kimnara : Voir huit sortes d’êtres

- Kumarajiva : Grand traducteur des textes bouddhiques sanskrits en chinois, au IV - Ve siècle.

- Mahayana : Nom que se donnent les écoles bouddhiques réformistes recherchant le salut par des méthodes plus universellement applicables que celles des écoles bouddhiques anciennes qu’elles qualifient de Hinayana, Petit Véhicule. Les tenants des anciennes écoles se qualifient eux-mêmes de Théravada, Ecole des anciens.

- nagas : Voir huit sortes d’êtres.

- nayuta : Chiffre non mathématique de l'Inde ancienne, de l'ordre de 10 à la puissance 12.

- non-substantialité (ou vacuité) : concept selon lequel les phénomènes ne possèdent aucune existence absolue ou fixe en eux-mêmes ; leur vraie nature est un état qui ne peut être défini ni par existence ni par non-existence. C'est la négation d'un ego permanent. Le Mahayana, et principalement les écoles de la Voie du milieu, précise ce concept en évitant une vision nihiliste (rien n'existe réellement, tout est donc permis) aussi bien qu'éternaliste (dieu éternel qui insuffle la vie dans différents corps). Le bouddhisme du Sutra du Lotus refuse également le spiritualisme. La loi de causalité (Renge de Myoho Renge Kyo) indique la direction dans laquelle on peut chercher l'explication des phénomènes. Rien n'est immuable, tout n'est qu'un dynamisme lié à la production conditionnée*.

- passé lointain de sanzen jintengo : Passé immensément lointain où Shakyamuni enseigna le Sutra du Lotus à ses disciples, alors qu'il était le seizième fils du bouddha Daitsu.

- passé infini de gohyaku jintengo : Passé antérieur à sanzen jintengo où Shakyamuni comme celui où il atteignit la bodhéité pour la première fois, réfutant du même coup la croyance qu'il avait atteint l'Eveil pour la première fois au cours de sa vie présente. En fait c’est un moment en dehors du temps.

- paramita : vertu porteuse de l'énergie nécessaire pour "atteindre l'autre rive". L'autre rive peut avoir des interprétations différentes selon les courants : nirvana, dépassement du samsara, bodhéité, accession à la neuvième conscience. La pratique des paramita est généralement considérée comme une voie (do), celle de l'octuple sentier.

- prajna : intelligence intuitive, sapience, discernement, lucidité. Connaissance issue des pratiques bouddhiques et qui précède la compréhension intellectuelle, ce qui permet de saisir les phénomènes au-delà des attachements.

- pratyekabuddha ou éveillé pour soi : Celui qui perçoit la vérité des douze maillons de la chaîne de la causalité ou qui s'éveille à la loi de l'impermanence en observant les phénomènes naturels. Huitième des dix mondes-états.

- production conditionnée. Concept expliquant la raison de l'apparition des phénomènes et lié à l'appréhension de la vie vue sous l'angle des dix ainsi (nyoze) (aspect, nature, éntièreté, énergie potenteielle, action (sa), cause (in), condition (en), effet (ka), rétribution (ho) cohérence* de 1'origine jusqu'à la fin (hon maku kyo to). La production conditionnée s'exprime par douze liens causaux* Tout phénomène apparaît en fonction d’une cause et d’un lien avec une autre chose : "L’un existe parce que l’autre existe. L’un n’est plus parce que l’autre n’est plus". Puisque tous les phénomènes naissent en fonction de la production conditionnée, ils sont dépourvus de nature propre et sont donc impermanents et non-substantiels*

- quatre congrégations : moines et nonnes, laïcs, hommes et laïcs femmes.

- Rahula : Fils de Shakyamuni et de Yasodhara. L'un des dix principaux disciples du Bouddha, respecté pour être le meilleur dans la pratique discrète.

- rakshasa : Voir huit sortes d’êtres.

- saha : Monde qui est le nôtre et où les êtres endurent toutes sortes de difficultés et souffrances du fait de leurs actes antérieurs qui ont amené leur naissance en ce monde.

- samadhi* : Etat de recueillement profond et exempt de toute pensée discursive.

- Shariputra (Sharihotsu) : Un des dix principaux disciples de Shakyamuni. Il fut considéré comme le plus sage.

- Theravada ou Hinayana. Voir Mahayana.

- trois mondes : Système de classification issu de la cosmologie indienne et constitué du plan du désir, du plan de la forme pure et du plan du sans-forme. Cette triade recoupe les six premiers mondes de la théorie des dix mondes.

- véhicule (yana) : Enseignement et pratiques propres au cheminement spirituel permettant de passer de l'état de l'ignorance à l’Eveil bouddhique.

- yojana : Ancienne unité de mesure de l'Inde, égale à la distance que l'armée royale pouvait parcourir en une journée.

- Zhanlan (711-782) dit Miao-lo dashi. Un des plus grands penseurs de l'école Tian-tai.

- Zhiyi (538-597) dit Tian-tai dashi, du nom de la montagne où il établit un monastère et passa une partie de sa vie. Il fut le disciple de Huisi (515 – 577) avec qui il fonda de l’école Tian-tai (Tendai en japonais) dont s’inspire Nichiren.

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