Grandes lignes du chapitre Zokurui
et d'autres chapitres du Sutra du Lotus

(Les grandes lignes du chapitre "Transmission" et des chapitres suivants)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 5, p. 291 ; SG* p. 920.
Gosho Zenshu p. 1245 - Zokurui bon to taii (Nichinyo Gozen Gohenji)

Minobu, le 6e mois de 1278, à Dame Nichinyo

 

J'ai bien reçu votre don de sept kan de pièces de monnaie. L'essence du chapitre Zokurui* (XXII) est la suivante. Le Bouddha [se levant de son siège dans la Tour aux Trésors] se tint debout dans l'espace ouvert, et, afin d'opérer la transmission du Sutra du Lotus, frappa, non moins de trois fois, la tête du bodhisattva Jogyo et de ceux de sa suite, de Manjushri et de sa suite, de Bonten, Taishaku, des divinités Nitten, Gatten et les quatre Rois du Ciel, des Rois-dragons, des dix Filles-démones, et d'autres. Ils s'étaient rassemblés devant le Bouddha, aussi serrés que des gouttes de rosée, emplissant de leur foule les quatre cent milliards de nayuta de mondes (note), comme les herbes de Musashino ou les arbres couvrant le Mont Fuji. Ils s'agenouillèrent les uns à côté des autres, inclinant le corps jusqu'à ce que leur tête touche le sol, et restèrent ainsi, en sueur, les mains jointes. [Le Bouddha Shakyamuni leur toucha la tête] exactement comme une mère caresse les cheveux de son unique enfant. Puis, Jogyo, les divinités Nitten et Gatten, et les autres, eurent le bonheur d'en recevoir l'ordre du Bouddha et firent serment de propager le Sutra du Lotus à l'époque des Derniers jours du Dharma.

A propos du chapitre Yakuo* (XXIII).

Par le passé, un bodhisattva appelé Kiken étudia le Sutra du Lotus sous la direction du bouddha Suprême-et-pur-éclat-du-soleil-et-de-la-lune. Il fut si profondément touché par la bienveillance de son maître envers lui, et par l'élévation des pensées contenues dans le Sutra, qu'il offrit tous les trésors rares qu'il possédait, jusqu'au dernier. Mais, toujours insatisfait, il s'enduisit le corps d'huile, et brûla son corps en offrande au Bouddha pendant mille deux cents ans, de la même manière que, de nos jours, nous faisons brûler de l'huile en y trempant une mèche et en l'allumant. Puis, dans sa vie suivante, il fit des torches de ses bras, et les brûla pendant soixante-douze mille ans, en offrande au Sutra du Lotus. Si bien que, lorsqu'une femme fait des offrandes au Sutra du Lotus, de nos jours, dans la cinquième Période de cinq cents ans, tous les bienfaits de ce bodhisattva lui seront dispensés jusqu'au dernier, exactement comme la totalité de la fortune d'un homme riche est léguée à son enfant unique.

Le chapitre Myoon* (XXIV) parle d'un bodhisattva appelé Myoon* qui réside sur le domaine du bouddha Roi-sage-de-la-constellation-fleur-pure, à l'est. Par le passé, à l'époque du bouddha Roi-nuage-son-du-tonnerre, il s'était incarné en Vimaladatta*, la femme du roi Myoshogon. A cette époque, Vimaladatta* fit une offrande au Sutra du Lotus, et renaquit sous la forme du bodhisattva Myoon*. Quand l'Ainsi-Venu Shakyamuni exposa le Sutra du Lotus en ce monde Saha, ce bodhisattva vint participer à la cérémonie et fit serment de protéger les femmes qui adhéreraient au Sutra du Lotus aux époques futures.

Le chapitre Kanzeon bosatsu* (XXV) est appelé aussi chapitre Fumon. La première partie décrit les mérites de ceux qui ont foi dans le bodhisattva Kanzeon - d'où le titre de chapitre Kanzeon. La dernière partie décrit les mérites de ceux qui pratiquent le Sutra du Lotus comme le fait le bodhisattva Kanzeon - d'où le titre de chapitre Fumon (Porte universelle).

Le chapitre Darani* (XXVI) décrit comment les deux saints, les deux divinités célestes et les dix Filles-démones protégeront le pratiquant du Sutra du Lotus. Les deux saints sont Yakuo* et Yuze, et les deux divinités célestes, Bishamon et Jikoku. Les Jurasetsu (dix Filles-démones) sont les dix principaux démons féminins, mères de tous les démons sur les quatre continents. De plus, ces Jurasetsu ont une mère du nom de Kishimojin.

Il est dans la nature des démons de se nourrir d'êtres humains. Les êtres humains sont constitués de trente-six éléments : excréments, urine, salive, chair, sang, peau, os, les cinq principaux organes externes, les six organes internes, les cheveux sur la tête, les poils sur le corps, le souffle, la vie, etc. Les démons de capacités inférieures se nourrissent d'excréments et de choses de ce genre. Les démons de capacités intermédiaires mangent les os et ce qui s'en rapproche, tandis que les démons de capacité supérieure se nourrissent de la vitalité humaine. En tant que démons de capacités supérieures, les Jurasetsu (dix Filles-démones) tirent leur subsistance de la vitalité humaine.

Ce sont des êtres démoniaques puissants qui sont à l'origine des épidémies.

Il y a deux sortes de démons, les bons et les mauvais. Les bons démons se nourrissent des ennemis du Sutra du Lotus, tandis que les mauvais démons se nourrissent des Pratiquants du Sutra du Lotus. Comment devrions-nous interpréter les grandes épidémies qui ont sévi au Japon l'année dernière et cette année  ? Dans certains cas, elle sont l'œuvre de bons démons qui dévorent les ennemis du Sutra du Lotus avec l'approbation de Bonten, de Taishaku, des divinités Nitten, Gatten et les quatre Rois du Ciel. Mais, dans d'autres cas, elles sont l'œuvre de démons maléfiques qui se nourrissent des pratiquants du Sutra du Lotus sur l'ordre du Démon du sixième Ciel. Les bons démons dévorant les ennemis du Sutra du Lotus sont comparables aux soldats du gouvernement punissant les ennemis du dirigeant. Mais les démons maléfiques qui dévorent les pratiquants du Sutra du Lotus sont comparables à des voleurs et des maraudeurs de nuit assassinant les soldats du gouvernement.

Par exemple, lorsque le bouddhisme fut introduit au Japon, le Premier ministre Mononobe no Moriya et d'autres qui s'opposaient à sa propagation furent frappés par les épidémies, mais Soga no Umako et d'autres qui adhéraient au bouddhisme tombèrent également malades. Trois empereurs successifs, Kimmei, Bidatsu et Yomei, crurent au bouddhisme et au Bouddha Shakyamuni dans leur cœur, mais extérieurement adressèrent des prières à la déesse Amaterasu [Tensho] et aux sanctuaires de Kumano [trois sanctuaires consacrés aux divinités locales], se conformant aux rituels traditionnels du pays. Parce que leur foi dans le Bouddha et en son enseignement était faible, alors que leur foi dans les divinités était forte, ces trois souverains furent finalement entraînés par la plus forte influence, et ils moururent au cours d'épidémies de variole.trois sanctuaires consacrés aux divinités locales.

Vous devriez réfléchir, à la lumière de ces exemples, aux deux sortes de démons mentionnés plus haut, aussi bien qu'aux raisons pour lesquelles les épidémies se répandent parmi les gens, de nos jours, et pour lesquelles aussi certains de mes disciples tombent malades et meurent. Vous verrez que, dans certains cas, ceux qui consacrent leur vie au Dharma ne tomberont pas malades, ou que, même s'ils tombent malades, ils guériront. Dans d'autres cas, s'ils rencontrent de grands démons maléfiques, ils perdront peut-être la vie. Leur cas sera semblable à celui d'Hatakeyama Shigetada, qui fut finalement tué uniquement parce que ses ennemis étaient trop nombreux, bien qu'il fut le meilleur général du Japon.

Tous les maîtres Shingon au Japon sont possédés par les esprits maléfiques, et, parce que les moines du Zen et du Nembutsu s'opposent tous à Nichiren, ces démons se déchaînent partout dans le pays. De plus, les serviteurs de Bonten, de Taishaku, des divinités du Nitten et Gatten, et des Jurasetsu ont, eux aussi, essaimé dans le Japon entier, et chacun des deux camps lutte farouchement pour obtenir la défaite de l'autre.

Puisque les Jurasetsu ont fait serment de protéger les pratiquants du Sutra du Lotus en général, on pourrait penser qu'elles devraient protéger tous ceux qui pratiquent le Sutra [mais ce n'est pas toujours le cas]. Même parmi ceux qui adhèrent au Sutra du Lotus, certains sont des maîtres Shingon qui le lisent et le récitent en affirmant la supériorité du Sutra Vairocana*. Des personnes de ce genre s'opposent, en fait, au Sutra du Lotus. Et le même principe vaut aussi bien pour tous ceux qui le pratiquent en croyant à la supériorité de n'importe quelle autre école.

Même parmi ceux qui adhèrent au Sutra du Lotus et le respectent à la lettre, certains éprouvent du ressentiment à l'égard du Pratiquant du Sutra du Lotus, soit par avidité, colère ou ignorance, soit pour des raisons profanes, ou en raison de l'un ou l'autre de ses actes. Bien que de telles personnes croient au Sutra du Lotus, elles n'obtiendront pas le bienfait de la foi, mais recevront au contraire une rétribution négative. Cela s'explique ainsi : si un fils désobéit à son père et à sa mère, il agit de manière contraire à la piété filiale, sauf s'ils complotaient une rébellion. Même si un père vole à son fils une épouse adorée, ou si une mère vole à sa fille son époux chéri, si le fils ou la fille s'écartent, si peu que ce soit, du chemin de la piété filiale, ils créeront des causes qui leur vaudront d'être abandonnés par le Ciel en cette vie, et de tomber dans l'enfer avici dans la vie suivante. Encore plus grave est le fait de s'opposer à un bon dirigeant, qui est supérieur à un père ou à une mère. Et il est encore plus grave de s'opposer à un maître profane, qui est cent mille milliards de fois supérieur à ses parents ou à son souverain. Quelle n'est donc pas la gravité de l'offense qui consiste à s'opposer à un maître bouddhiste qui a abandonné le monde séculier  ! Plus terrible encore est le crime qui consiste à s'opposer à celui qui propage le Sutra du Lotus !

On dit que l'eau du fleuve Jaune devient claire une fois tous les mille ans, et que, de même, un sage apparaît en ce monde une fois tous les mille ans. Un bouddha n'apparaît en ce monde qu'au terme d'innombrables kalpas. Pourtant, il est encore plus difficile de rencontrer le Sutra du Lotus que de rencontrer un bouddha. Et même si l'on rencontrait le Sutra du Lotus, il est encore plus rare pour un simple mortel, à l'époque des Derniers jours du Dharma, de rencontrer le véritable Pratiquant du Sutra. Car le Pratiquant du Sutra du Lotus, qui l'enseigne à l'époque des Derniers jours du Dharma, dépasse encore les bouddhas et bodhisattva apparaissant dans les sutras des périodes Kegon, Agon, Hodo et Hannya, et les plus de mille deux cents Honorés du Sutra Vairocana* - qui n'ont pas enseigné le Sutra du Lotus. Le Grand-maître* Zhanlan* déclare, dans son commentaire : "Ceux qui font des offrandes [au Pratiquant du Sutra du Lotus] obtiendront une bonne fortune plus grande que celle des dix titres honorables, tandis que ceux qui [lui] créent des troubles auront la tête brisée en sept morceaux (réf.)."

Sous le règne des plus de quatre-vingt-dix empereurs, depuis le début de l'époque impériale, on n'a jamais rien vu de comparable aux épidémies qui ont frappé le Japon depuis l'année dernière, ou aux épidémies passées de l'ère Shoka (1259). Il semble que ces calamités se produisent parce qu'il y a, dans le pays, un sage que le peuple hait. C'est le même principe qui fait dire qu'un chien qui aboie contre un lion aura les entrailles arrachées, et qu'un asura qui essaie d'avaler le soleil et la lune aura la tête brisée. Les deux tiers de la population du Japon ont déjà été touchés par les épidémies, et, parmi eux, une personne sur deux a péri. Les gens du dernier tiers ne sont peut-être pas corporellement affectés, mais ils sont mentalement perturbés. De manière visible ou invisible, il est certain qu'ils ont eu la tête brisée.

Il y a quatre sortes de rétributions négatives - générale et individuelle, apparente et inapparente. Si le peuple nourrit de l'hostilité à l'égard d'un sage, une punition générale sera infligée au pays tout entier, s'étendant aux quatre continents, aux six Ciels du monde des désirs, et aux quatre Ciels de la méditation. Quand l'hostilité est dirigée contre un homme de mérite, seuls ceux qui partagent cette hostilité subiront une punition. Les épidémies qui se répandent actuellement au Japon sont une punition générale. Très certainement, les gens ont dû s'opposer à un sage vivant dans ce pays. Il y a dans une montagne un joyau (note) dont la présence permet aux plantes et aux arbres qui s'y trouvent de ne pas se dessécher. Parce que, dans un pays, il se trouve un sage, ce pays échappe à la destruction. Les ignorants ne savent pas que c'est grâce à la présence d'un joyau que les arbres et les plantes ne se dessèchent pas. Ils ne comprennent pas non plus qu'un pays est détruit en raison de l'hostilité manifestée à l'encontre d'un sage.

Même lorsque le soleil et la lune brillent, aux aveugles leur lumière n'est d'aucune utilité. Pour un sourd, à quoi sert le son des voix  ? On pourrait croire les habitants du Japon aveugles ou sourds. Quel immense bienfait obtiendrait la personne qui saurait ouvrir tous ces yeux et toutes ces oreilles et leur permettrait de voir et d'entendre  ! Comment un tel bienfait pourrait-il être évalué  ? J'ajouterai encore que, même si des parents ont donné naissance à un enfant capable de voir aussi bien que d'entendre, s'il ne rencontre pas de maître qui l'instruise, ses yeux et ses oreilles ne seront pas supérieurs à ceux d'un animal.

L'Ouest est celle des dix directions vers laquelle tous les Japonais se tournent (note). Parmi tous les bouddhas, le bouddha Amida est celui qu'ils révèrent ; parmi toutes les pratiques, c'est l'invocation du nom du bouddha Amida qu'ils choisissent. Certains s'appuient sur ces trois éléments tout en poursuivant d'autres pratiques, tandis que d'autres se consacrent exclusivement au Nembutsu. Quant à moi, pendant plus de vingt ans, depuis la cinquième année de l'ère Kencho (1253) (note) jusqu'à présent, j'ai entrepris de clarifier les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant, en fonction de leur valeur relative, de leur séquence de propagation, et de leur profondeur ; et cela m'a conduit à affirmer la supériorité du daimoku du Sutra du Lotus sur la récitation du nom du bouddha Amida. Mais personne, du dirigeant aux gens du peuple, n'a tenu compte de mes propos. Ils ont interrogé leurs maîtres à mon sujet, alerté leur seigneur, parlé avec leurs compagnons, leur femme, leurs enfants et leurs serviteurs, si bien qu'il n'est plus une province, région, village et hameau, plus un temple ou un sanctuaire, où des rumeurs me concernant ne se soient répandues. Chacun en est donc venu à connaître mon nom ; et tous disent que, si l'on compare le Sutra du Lotus au Nembutsu, le Nembutsu est de loin supérieur au Sutra du Lotus, et que les autres moines sont dignes de respect alors que moi, Nichiren, je suis méprisable. Ainsi, le dirigeant me considère avec hostilité, les gens en sont venus à me haïr, et le Japon entier est devenu le grand ennemi à la fois du Sutra du Lotus et de son Pratiquant. Toutefois, si je parle ainsi, non seulement le peuple du Japon dans son ensemble, mais aussi certains ignorants parmi mes disciples, vont penser que j'invente des faussetés invérifiables en m'efforçant de persuader les gens. Mais je dis tout cela pour le bien des hommes et des femmes qui croient dans les principes bouddhiques, et je les laisse libres de former eux-mêmes leur propre jugement.

Venons-en au chapitre Fugen* (XXVIII). Il y eut de nombreux moines parmi les disciples du Bouddha Shakyamuni, mais Mahakashyapa et Ananda l'accompagnaient, à sa droite et à sa gauche, comme les ministres de la Droite et de la Gauche au service du souverain. A cette époque, le Bouddha exposait les sutras du Hinayana. Et parmi les innombrables bodhisattvas, Fugen et Manjushri occupaient une place particulière, ils étaient comme les ministres de la Gauche et de la Droite du seigneur Shakyamuni. Il est donc surprenant que le bodhisattva Fugen, l'un des deux ministres de Shakyamuni, ait pu rester absent pendant les huit ans qu'il fallut au Bouddha pour exposer le Sutra du Lotus - Sutra suprême parmi tous ceux qu'il enseigna sa vie durant - au cours de la cérémonie qui réunit les bouddhas et les bodhisattvas des dix directions, plus nombreux que les grains de poussière de la terre entière. Mais, une fois enseigné le chapitre Myoshogon* (XXVII), au moment où l'exposé du Sutra du Lotus touchait à sa fin, le bodhisattva Fugen arriva, en retard, et en toute hâte, en provenance d'une Terre de l'Est, celle du bouddha Roi-d'une-beauté plus-impressionnante-que-celle-des-joyaux, accompagné des sons de milliards d'instruments de musique, et à la tête d'un cortège d'êtres innombrables des huit groupes d'êtres non humains. Craignant peut-être d'avoir déplu au Bouddha par son arrivée tardive, il adopta un maintien de la plus grande solennité et fit serment en toute sincérité de protéger le Pratiquant du Sutra du Lotus aux époques à venir. Le Bouddha - sans doute ravi de l'extraordinaire sincérité avec laquelle Fugen s'était engagé à propager le Sutra du Lotus à travers tout le Jambudvipa - lui exprima pour cela son admiration, avec plus de chaleur encore qu'il n'en avait manifesté précédemment en faisant l'éloge des bodhisattvas de haut rang.

C'est une personne bien rare qu'une femme qui a décidé, à l'époque des Derniers jours du Dharma, de faire offrande à chacun des vingt-huit chapitres de ce merveilleux Sutra du Lotus. A la cérémonie décrite dans le chapitre Hoto* (XI), les Ainsi-Venus Taho et Shakyamuni, les bouddhas des dix directions, et tous les bodhisattvas, se sont rassemblés. Si je me demande où se trouve ce chapitre Hoto* (XI) aujourd'hui, je vois bien qu'il se trouve dans le lotus à huit pétales (note) du cœur qui bat dans la poitrine de Dame Nichinyo. C'est comparable à la graine de lotus qui contient la fleur de lotus en elle, ou à une impératrice portant dans son ventre un prince héritier. Quand, pour avoir observé les dix préceptes de bien, un être a pour destinée d'être prince héritier, et attend de naître dans le ventre de la reine mère, il est assuré de la protection des divinités célestes. C'est pourquoi on donne à un prince héritier le titre de "Fils du Ciel". Or, chacun des 69384 caractères des 28 chapitres du Sutra du Lotus est comparable à un prince héritier, il est la graine d'un bouddha.

Il y a des ombres dans l'obscurité, mais il n'est pas possible de les discerner. Il y a des pistes dans le ciel, que les oiseaux suivent dans leur vol, mais elles sont invisibles aux hommes. Il y a des voies dans la mer, que les poissons empruntent en nageant, mais les gens ne peuvent pas les voir. Tous les êtres, sensitifs ou non-sensitifs, des quatre continents, sans aucune exception, ont leur reflet sur la lune, mais les gens sont incapables de le voir. Il est pourtant visible pour l'œil divin. De la même manière, les simples mortels ne voient pas que le chapitre Hoto* (XI) se trouve dans le corps de Dame Nichinyo, mais Shakyamuni, Taho et les bouddhas des dix directions le perçoivent. Moi, Nichiren, je le ressens ainsi. Comme cela est digne de respect !

Le roi Zhou Wen fut victorieux dans les batailles parce qu'il se préoccupait du bien-être des personnes âgées. Vers la fin des trente-sept règnes couvrant les huit cents ans pendant lesquels ses descendants régnèrent, il y eut quelques exemples de mauvais gouvernement, mais, dans l'ensemble, la dynastie Zhou prospéra, grâce à cette vertu fondamentale. Le roi Ajatashatru, personne très mauvaise, parvint néanmoins à conserver le trône pendant quatre-vingt-dix ans grâce aux mérites de son père, le roi Bimbisara, qui avait fait des offrandes au Bouddha plusieurs années durant. Le même principe reste vrai de nos jours. Je ne pense pas que le régime actuel puisse durer longtemps, car il s'oppose au Sutra du Lotus. Pourtant, probablement en raison de l'excellente administration du défunt Gon no Tayu et de l'ancien gouverneur de Musashi, il semble solide pour le moment. Mais, même dans ces conditions, l'actuel gouvernement finira par s'effondrer s'il continue à rester hostile au Sutra du Lotus. Les gouvernants pensent, à tort, que les moines du Nembutsu sont bien disposés à l'égard du Sutra du Lotus, et que c'est moi, Nichiren, qui suis hostile au Nembutsu ; et ils proclament qu'ils respectent également ces deux doctrines. Moi, Nichiren, je leur rétorque : si rien n'est fondamentalement mauvais dans le gouvernement actuel, comment se fait-il que des épidémies pareilles, des famines et des guerres, d'une gravité sans précédent, aient éclaté  ? Pourquoi les autorités ont-elles à deux reprises infligé au Pratiquant du Sutra du Lotus de graves punitions, sans même l'autoriser à se confronter aux autres écoles dans un débat public  ? Comme c'est regrettable !

Mais, même dans ces circonstances, vous, une femme, avez hérité de la vie du Sutra du Lotus. En fait, vous avez hérité de la vie des parents de Shakyamuni, de Taho et de tous les bouddhas des dix directions. Pourrait-il y avoir, dans le monde entier, une seule autre personne bénéficiant d'une pareille bonne fortune  ?

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le vingt-cinquième jour du sixième mois [de 1278]

ARRIERE-PLAN. - Nichiren Daishonin écrivit cette lettre du Mont Minobu, le sixième mois de 1278, à l'une de ses disciples, Dame Nichinyo. On pense que la Dame Nichinyo fut, soit la femme de Emon no Tayu Munenaka, l'aîné des frères Ikegami, soit la fille de la Dame Matsuno, mais il est difficile de l'affirmer avec certitude. Comme l'indique le passage "C'est une personne bien rare, qu'une femme qui a décidé, à l'époque des Derniers Jours du Dharma, de faire offrande à chacun des vingt-huit chapitres de ce merveilleux Sutra du Lotus", Nichiren Daishonin lui écrivit pour la remercier de ses dons sincères. (Commentaire ACEP)

En anglais : An Outline of the Zokurui and Other Chapters ou An Outline of the “Entrustment”
and Other Chapters

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=911&m=1&q=An%20Outline%20of%20the
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_OutlineZokurui.htm

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