Parvenir directement à la bodhéité
grâce au Sutra du Lotus

(Comment ceux qui aspirent initialement à la Voie peuvent atteindre la bouddhéité
grâce au Sutra du Lotus)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 6, p. 193; SG* p. 879.
Gosho Zenshu p. 544 - Hokke shoshin jobutsu sho
Showa Teihon pp.1432-33. (répertorié dans le Rokunai)

Minobu, le 3e mois de 1277   ? (autres dates avancées : 1271, 1276, 1281, 1282) à Myoho-ama

Question : parmi les huit, neuf ou dix écoles, quelle est la véritable école fondée par le Bouddha Shakyamuni ?

Réponse : L'école Hokke est celle qui fut fondée par Shakyamuni. Nous le savons parce qu'il a déclaré : "Parmi tous les sutras que j'ai enseignés par le passé, que j'enseigne maintenant et que j'enseignerai à l'avenir, le Sutra du Lotus est le plus élevé."(réf.) Ce sont les mots prononcés par le Bouddha Shakyamuni lui-même. C'est pourquoi on appelle l'école fondée par le Bouddha, l'école Hokke, ou encore l'école Tendai.

Ainsi on lit, dans un commentaire du Grand-maître* Saicho*  : "L'école Hokke [dont Zhiyi* clarifia l'enseignement] est celle qui fut fondée par Shakyamuni, l'Honoré du monde."(réf.) Le Sutra du Lotus est le seul dans lequel on trouve un passage concernant tous les autres sutras que le Bouddha "a enseignés, enseigne maintenant et enseignera". Ici, "a enseignés" désigne les divers sutras exposés par le Bouddha pendant les quarante et quelques années précédant l'enseignement du Sutra du Lotus. "Enseigne maintenant" désigne le Sutra Muryogi. "Enseignera" désigne le Sutra du Nirvana. (note) Le Bouddha a donc clairement défini que, dépassant ces trois sortes de sutra, le Sutra du Lotus est la seule école qui permette immanquablement d'atteindre la bodhéité.

Toutes les autres écoles ont été fondées après la disparition du Bouddha, tantôt par des bodhisattvas, tantôt par des maîtres. Devons-nous maintenant désobéir aux injonctions du Bouddha pour suivre des écoles établies par des bodhisattvas et des maîtres  ? Devons-nous ignorer les textes des bodhisattvas et des maîtres pour suivre l'école établie par le Bouddha   ? Ou encore devons-nous suivre nos affinités personnelles et choisir de pratiquer le sutra et la doctrine qui nous conviennent  ? Depuis longtemps déjà, le Bouddha savait que ces questions se poseraient. C'est pourquoi il indiqua clairement quel sutra devraient pratiquer ceux qu'anime un véritable esprit de recherche, en cette époque mauvaise et impure des Derniers jours du Dharma.

Il est dit dans un sutra : "Il faut suivre le Dharma et non la personne. Il faut s'appuyer sur l'enseignement du Bouddha et non sur les paroles des maîtres. Il faut se servir de la sagesse et non des connaissances. Il faut accorder sa confiance aux sutras complets et définitifs et non aux sutras incomplets et provisoires."(réf.) Ce passage signifie qu'il ne faut pas s'appuyer sur les déclarations des bodhisattvas et des maîtres mais sur celles du Bouddha. [Plus précisément encore] cela veut dire qu'il ne faut pas s'appuyer sur les sutras Kegon*, Agama*, Hodo* et Hannya*, qui fondent les écoles Shingon, Zen et Nembutsu, mais avoir foi dans les sutras complets et définitifs. Et s'appuyer sur les "sutra complets et définitifs" signifie avoir foi dans le Sutra du Lotus.

Question : en observant le Japon d'aujourd'hui, on voit les cinq impuretés de plus en plus fortes, querelles et conflits éclater sans cesse (note), et la colère et la jalousie dominer l'esprit des êtres humains. Dans un tel pays et à une telle époque, quel sutra faut-il propager ?

Réponse : C'est dans ce pays, qu' il faut propager le Sutra du Lotus. Car il est dit dans le Sutra même : "Je répandrai largement ce Sutra à travers tout le Jambudvipa sans jamais le laisser périr."(réf.)

Il est dit dans le Yuga Ron qu'il existe au nord-est un petit pays où les enseignements Mahayana de Myoho Renge Kyo doivent être propagés. (note) Et le moine éminent Annen écrivit  : "Ce passage désigne notre pays, le Japon."(réf.) Par rapport à l'Inde, le Japon se situe bien à l'extrême nord-est.

De plus, dans le Ichijo Yoketsu du supérieur des moines Genshin*, on lit  : "Partout au Japon, à la cour comme à la campagne, dans les régions proches comme éloignées, tous, moines, laïcs, nobles et roturiers, peuvent parvenir à la bodhéité grâce à l'enseignement parfait*, tous devraient donc avoir foi en la doctrine du Véhicule unique."

Ce passage signifie que les habitants du Japon, qu'ils vivent à Kyoto, à Kamakura, dans les régions de Tsukushi, Chinzei ou Michinoku, qu'ils soient près ou loin, ne peuvent atteindre la bodhéité que par l'enseignement du Véhicule unique du Sutra du Lotus. Le Japon est donc un pays où les personnes de haute comme de basse condition, qu'elles appartiennent à l'aristocratie ou au peuple, qu'elles observent les préceptes ou les brisent, les hommes aussi bien que les femmes, tous pourront atteindre la bodhéité grâce au Sutra du Lotus. De même qu'il est impossible de trouver le moindre caillou sans valeur sur le Mont Kunlun ou de trouver une seule plante vénéneuse sur l'île montagneuse de Peng-lai, le Japon est purement et simplement le pays du Sutra du Lotus.

Et pourtant, certains, tout en disant : "Le Sutra du Lotus est en lui-même hautement respectable, qui pourrait avoir l'audace de ne pas croire en son enseignement  ? " - n'en récitent pas moins jour et nuit, et du matin au soir, le nom du bouddha Amida. Ils ressemblent à des gens qui feraient l'éloge d'un certain médicament tout en avalant matin et soir du poison. D'autres proclament que les pratiques du Nembutsu et du Sutra du Lotus sont fondamentalement équivalentes. Ils font penser à des personnes qui prétendraient ne voir aucune différence entre de simples cailloux et des pierres précieuses, entre un moine aîné et un novice, ou qui affirmeraient qu'un poison est un médicament.

De plus, nombreux sont ceux qui haïssent et jalousent, calomnient et méprisent le Sutra du Lotus. Il est dit dans le Sutra  : "Il y aura beaucoup d'hostilité dans le monde, [envers le Sutra du Lotus] et il sera difficile de croire."(réf.) Et aussi  : "Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore dans le monde après son trépas  ! "(réf.) Ces prédictions du Sutra se sont toutes réalisées sans exception.

On lit aussi dans un commentaire du Grand-maître* Saicho : "L'époque [de la propagation du véritable enseignement] sera, après l'époque du Dharma formel, au début de celle des Derniers jours du Dharma. Quant au pays, il sera situé à l'est de Tang (note et à l'ouest de Katsu (note). Quant aux personnes [parmi lesquelles il sera propagé], elles seront en proie aux cinq impuretés qui sévissent dans une époque de conflits. Il est dit dans le Sutra : "Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore dans le monde après son trépas  ! "(réf.) Une telle affirmation est parfaitement véridique."(réf.)

Ces passages de sutra et de commentaires doivent nous permettre de bien le comprendre : au Japon, les enseignements du Shingon, du Zen, du Ritsuet du Nembutsu, fondés sur d'autres écrits que le Sutra du Lotus, se répandent partout, dans les montagnes, de monastère en monastère, de temple en temple, à la cour comme à la campagne, dans les régions proches aussi bien que lointaines. Mais ils ne correspondent pas au pays ou ne répondent pas aux véritables intentions du Bouddha, et ne permettent pas de se libérer des souffrances de la naissance et de la mort.

Question : l'école Kegon a énoncé le principe des Cinq enseignements (note) et déclare tous les autres sutras inférieurs au Sutra Kegon*. L'école Shingon avance le principe des dix stades de l'esprit (jujushin), déclarant que tous les autres sutras sont des enseignements exotériques, donc inférieurs à ceux de l'école Shingon que leur ésotérisme rend supérieurs. L'école Zen rejette tous les sutras comme relevant du domaine des enseignements écrits et prône "une transmission en dehors des sutras, indépendante des mots ou des écrits". Selon cette école, l'Eveil s'obtient simplement en restant assis face à un mur, et elle se prétend supérieure aux autres. Selon l'école Jodo, il existe deux sortes de pratique, correcte et diverses (note). Le Sutra du Lotus et les autres sutras, rejetés dans la catégorie des pratiques diverses, doivent être "écartés, refermés, ignorés et abandonnés."(réf.) Cette école prétend au contraire que les trois sutras de Jodo sont adaptés aux capacités des gens et que ce sont de merveilleux sutra entrant dans la catégorie des pratiques correctes. Ainsi chaque école manifeste avec arrogance son attachement à son propre point de vue. Mais quelle est celle qui correspond aux véritables intentions du Bouddha Shakyamuni ?

Réponse : Chaque école clame la supériorité de son propre sutra, exhorte à abandonner tous les autres sutras considérés comme inférieurs, et prétend être elle-même la seule école correcte. Mais ces polémiques ne s'appuient que sur les propos des Maîtres de doctrine*, et non sur les paroles mêmes du Bouddha. Seul le Sutra du Lotus fut proclamé supérieur par le Bouddha lui-même lorsqu'il établit la comparaison avec les cinq saveurs, chacune correspondant à cinq périodes distinctes d'enseignement. Il déclara aussi que, parmi tous les sutras qu'il "avait enseignés, qu'il enseignait maintenant et qu'il enseignerait", pour atteindre la bodhéité, aucun sutra n'était comparable au Sutra du Lotus. Voilà les paroles d'or sorties de la bouche même du Bouddha.

Ceux qui déclarent leur propre sutra supérieur au Sutra du Lotus ou leur propre école supérieure à l'école Hokke ressemblent à des personnes de basse condition traitant un noble de roturier, ou à des domestiques dont la famille est depuis des générations au service d'un seigneur et qui prétendent soudain que c'est ce dernier qui est à leur service. Comment pourraient-ils échapper aux rétributions négatives ?

Par contre, l'affirmation que le Sutra du Lotus est supérieur aux divers autres sutras ne s'appuie pas sur les propos des Maîtres de doctrine* mais sur le texte du Sutra lui-même. Ceci est comparable à un souverain affirmant sa supériorité sur ses sujets, ou à un guerrier rappelant à un homme de basse condition qu'il ne fait pas partie de la classe des samouraïs. Quel mal y a-t-il à cela  ? Le Sutra du Lotus est le sutra qui correspond à la véritable intention du Bouddha. C'est le point central que saisirent Zhiyi* et Zhanlan*.

Question : l'enseignement exposé par le Bouddha de son vivant était destiné aux simples mortels. Et comme les êtres humains sont, par nature, très différents, il exposa divers enseignements. Mais son but fut toujours de permettre à tous de parvenir à l'Éveil. [Les gens ont donc tenu le raisonnement suivant : ] "Un sutra qui me convient à moi ne convient pas forcément à un autre, et le sutra qui convient à un autre peut très bien ne pas me convenir à moi. Ainsi, parmi ceux qui peuvent atteindre la bodhéité grâce à d'autres sutras que le Sutra du Lotus, il y a, par exemple, les pratiquants du Nembutsu pour qui le Sutra Kammuryoju est précieux alors que le Sutra du Lotus ne leur est d'aucune utilité. Au contraire, pour ceux qui peuvent atteindre la bodhéité et accéder à la Voie grâce au Sutra du Lotus, tous les autres sutras sont inutiles et seul le Sutra du Lotus est d'une valeur inestimable. Lorsque le Bouddha déclara : "Pendant plus de quarante années, je n'ai pas encore révélé la vérité"(réf.), lorsqu'il annonça  : "J'ai exposé diverses voies pour amener au Véhicule du Bouddha"(réf.), ou quand il affirma  : "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires, je n'exposerai que la Voie suprême"(réf.), cela ne concernait que des personnes capables de parvenir à l'Éveil grâce au Sutra du Lotus." Cela semble un raisonnement tout à fait logique. Que devons-nous en penser  ? S'il en est ainsi, il n'y a aucune différence réelle entre le Mahayana et le Hinayana, ni entre les enseignements provisoires et définitifs. Cela suscite des doutes profonds. Comment savoir quel sutra correspond à la véritable intention du Bouddha, quel est l'enseignement qui permet d'atteindre la bodhéité ?

Réponse : dès son apparition en ce monde, le Bouddha eut l'intention d'enseigner le Dharma merveilleux [du Sutra du Lotus]. Mais les capacités des simples mortels étaient très différentes et ils n'étaient pas encore murs pour recevoir cet enseignement. Le Bouddha médita pendant trois semaines, puis, pendant plus de quarante ans, élargit les capacités des êtres humains et les prépara, avant d'exposer finalement ce Dharma merveilleux. C'est pourquoi il dit : "Si j'avais fait uniquement l'éloge du Véhicule du Bouddha, les êtres humains, enlisés dans le malheur, auraient été incapables de croire en ce Dharma. Et en s'y opposant, ils seraient tombés dans les trois mauvaises voies." (réf.) Il dit encore  : "L'Honoré du monde expose depuis longtemps ses doctrines et doit maintenant révéler la vérité."(réf.)

Ces passages indiquent que, dès le début, le Bouddha voulait révéler ce principe du véhicule du Bouddha. Mais il savait que les simples mortels, sans aucun désir de rechercher cet enseignement, non seulement ne le croiraient pas mais s'y opposeraient. Aussi, afin d'élargir graduellement leurs capacités, il consacra d'abord plus de quarante années à enseigner les sutras Kegon*, Agama*, Hodo* et Hannya*, pour ne révéler qu'à la fin le Sutra du Lotus. A ce moment-là, tous ceux qui avaient entendu les enseignements exposés par le Bouddha pendant plus de quarante ans - Shariputra, Maudgalyayana et les douze mille auditeurs-shravakas - Manjushri, Maitreya et les autres quatre-vingt mille bodhisattva ; les milliards de rois-faisant-tourner-la-roue ; un nombre incalculable d'êtres célestes tels que Bonten et Taishaku - tous s'écrièrent à propos des enseignements qu'ils avaient reçus auparavant  : "Nous nous désolions de penser que nous n'obtiendrions jamais la sagesse incommensurable de l'Ainsi-Venu."(réf.) Mais après avoir entendu le Bouddha enseigner le Sutra du Lotus, ils se réjouirent en disant  : "Nous avons obtenu le joyau suprême sans même l'avoir recherché  ! "(réf.) Ils dirent aussi  : "Nous écoutons depuis longtemps les enseignements de l'Honoré du monde, mais jamais encore nous n'avions entendu un Dharma aussi profonde, aussi merveilleuse et élevée."(réf.) Et encore  : "Le Bouddha enseigne un Dharma qu'il est rare de rencontrer, un enseignement que nous n'avions jamais entendu auparavant."(réf.)

Ces passages font l'éloge du Sutra du Lotus en affirmant que, bien que ses auditeurs-shravakas aient entendu le Bouddha enseigner bien des fois en plus de quarante-deux ans, ils n'avaient jamais entendu un enseignement comparable au Sutra du Lotus, que jamais auparavant le Bouddha n'avait enseigné semblable doctrine.

Ainsi, les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus entendus [précédemment par l'assemblée] ne pouvaient être mis sur le même plan que le nouvel enseignement. Il est donc tout à fait erroné de prétendre que ce Sutra fut enseigné à l'intention de ceux qui avaient la capacité de parvenir à la bodhéité grâce à lui, mais qu'il n'est d'aucune utilité pour ceux qui sont capables de parvenir à la bodhéité grâce à des sutras antérieurs. Les sutras enseignés pendant les quarante-deux années précédentes étant des enseignements provisoires exposés à l'intention de personnes différentes par toutes leurs capacités ou leurs liens karmiques, on pourrait dire qu'ils conviennent à certains et non à d'autres. Mais le Sutra du Lotus fut exposé à l'intention de personnes dont les diverses capacités - qui leur avaient permis de tirer profit de l'un ou l'autre des sutras antérieurs - furent rassemblées et préparées, rendues identiques et pures. Il n'est donc plus possible de dire qu'il convient aux capacités de certains et non aux capacités des autres.

Quelle tristesse de voir confondre le Mahayana et le Hinayana, les enseignements provisoires et l'enseignement définitif (jikkyo), au point même d'en oublier le but de la venue du Bouddha en ce monde  ! Il ne faut surtout pas dire que le Sutra du Lotus est sans utilité pour des personnes capables d'entrer sur la Voie grâce aux sutras antérieurs. Il faut se garder de telles erreurs et les redouter  ! Il y eut, par le passé, un homme appelé le Grand-maître* Tokuichi qui enseigna ce principe aux autres et le crut lui-même totalement, lisant le Sutra du Lotus dans ce même esprit. Mais le Grand-maître* Saicho* le réfuta en disant : " Même en faisant l'éloge du Sutra du Lotus, il en détruit le cœur."(réf.) Après quoi, on dit que lorsqu'il mourut, la langue du Grand-maître* Tokuichi se fendit en huit morceaux.

Question : on lit, dans les commentaires du Grand-maître* Zhiyi*  : "[Si les personnes des deux véhicules peuvent parvenir à l'Éveil grâce au Sutra du Lotus], les bodhisattvas peuvent atteindre la bodhéité grâce à divers sutras antérieurs."(réf.) Ce passage semble indiquer que le Sutra du Lotus ne s'adressait qu'aux personnes des deux véhicules et non aux bodhisattvas, puisque les bodhisattvas étaient déjà assurés de parvenir à l'Eveil grâce aux sutras antérieurs. Dans ce cas, faut-il comprendre que les paroles du Bouddha "Je n'ai pas encore révélé la vérité"(réf.), et "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires, [je n'exposerai que la Voie suprême]"(réf.), ainsi que tout ce qui est dit dans les huit volumes du Sutra du Lotus, est entièrement destiné aux personnes des deux véhicules et ne convient pas à un seul bodhisattva  ? Est-ce vrai ?

Réponse : cette théorie, selon laquelle le Sutra du Lotus serait destiné aux personnes des deux véhicules et non aux bodhisattvas, fut exposée en Chine avant l'apparition de Zhiyi* par [dix maîtres éminents] les représentants des trois écoles du Sud et des sept écoles du Nord. Mais Zhiyi* réfuta définitivement cette idée, de sorte qu'elle n'a plus cours aujourd'hui. Si vous dites qu'aucun bodhisattva ne tire de bienfaits du Sutra du Lotus, alors comment expliquez-vous le passage  : "Quand les bodhisattvas entendent ce Dharma, ils se libèrent des filets du doute"  ? (réf.) Après cela, pouvez-vous vraiment dire que le Sutra ne procure aucun bienfait aux bodhisattvas ?

Prétendrez-vous que le Sutra du Lotus peut être bénéfique aux bodhisattvas de capacités médiocres comme aux personnes des deux véhicules, mais que les bodhisattvas aux capacités supérieures ont déjà reçu suffisamment de bienfaits des sutras antérieurs  ? Dans ce cas, que faites-vous des passages du Sutra  : "Qu'ils soient de capacités supérieures ou médiocres... je répands sur eux la pluie du Dharma en toute impartialité"(réf.) ou "Tous les bodhisattvas qui parviennent à l'Eveil parfait sans supérieur (anuttara-samyaksambodhi) le font dans tous les cas grâce à ce Sutra"  ? (réf.)
Ces passages indiquent que tous - qu'ils soient de capacités supérieures ou inférieures, qu'ils observent ou transgressent les préceptes, qu'ils soient nobles ou roturiers, bodhisattva, personnes ordinaires ou personnes des deux véhicules - deviendront bouddha et auront accès à la Voie grâce au Sutra du Lotus. De plus, en affirmant que ces bodhisattvas ayant atteint la Voie grâce au Sutra du Lotus étaient tous des personnes de capacités médiocres, soutiendrez-vous aussi que Fugen, Manjushri, Maitreya, Yakuo et les quatre-vingt mille autres bodhisattvas avaient aussi de médiocres capacités  ? Et dans ce cas, qui furent, selon vous ces bodhisattvas de capacités supérieures déjà parvenus au but grâce aux sutra enseignés avant le Sutra du Lotus ?

De plus, l'Eveil obtenu par les bodhisattvas grâce aux sutras antérieurs est-il de même nature que celui auquel on parvient grâce au Sutra du Lotus  ? Dans ce cas, c'est l'Eveil du Sutra du Lotus et pas du tout celui que pourraient procurer les sutras antérieurs. Et s'il s'agit d'une autre sorte d'Eveil que celui du Sutra du Lotus, à quel sutra appartient-il parmi ceux que le Bouddha "a enseigné, enseigne et enseignera"  ? S'il ne s'agit pas de l'Eveil du Sutra du Lotus, cela ne peut être qu'une sorte d'illumination partielle, ce n'est pas le véritable Eveil.

Car on lit dans le Sutra Muryogi : "Pour cette raison, il y a différents niveaux d'Eveil chez les simples mortels." Et aussi : "[Celui qui n'a jamais entendu parler de ce sutra...] ne pourra finalement jamais atteindre l'Eveil sans supérieur". Ces passages indiquent que les sutras exposés avant le Sutra du Lotus ont donné accès à des formes d'Eveil partiel mais n'ont pas finalement permis d'atteindre l'Eveil parfait sans supérieur du Sutra du Lotus. C'est ce qu'explique le Bouddha.

Question : Plus de 2.230 années se sont désormais écoulées depuis la disparition du Bouddha Shakyamuni. Parmi tous les sutras, quel est celui qui convient à notre époque et qui peut se répandre en apportant des bienfaits à tous les êtres vivants  ? Notre époque correspond à la cinquième des cinq périodes successives de cinq cents ans mentionnée dans le Sutra Daijuku. Elle est décrite comme "une ère de conflits" où "le Dharma pur sera obscurci et perdu". [Le Bouddha affirme qu'alors] le cœur des hommes sera plein de brutalité et de malveillance, [qu'] ils seront dominés par l'avidité et l'arrogance de sorte que les conflits et les guerres se multiplieront sans cesse. Parmi les divers enseignements bouddhiques, ceux qui ont été largement propagés, comme le Shingon, le Zen, le Nembutsu ou Ritsu, seront obscurcis et perdus.

Dans les première, deuxième, troisième et quatrième périodes de cinq cents ans, "la vérité n'a pas encore été révélée" concernant la Véritable voie pour atteindre la bodhéité, mais l'état du monde [dans chacune de ces quatre périodes] correspond rigoureusement aux prédictions du Bouddha. Par conséquent, sa description de notre époque comme d'une "ère de conflits" où "le Dharma pur sera obscurci et perdu" doit être aussi absolument exacte.

S'il en est ainsi, devons-nous en déduire que, en cette époque des Derniers jours du Dharma, aucune école bouddhique n'a plus la moindre validité, aucun bouddha ou bodhisattva ne peut plus apporter de bienfaits  ? Est-ce concevable  ? Faut-il alors s'abstenir de rendre hommage à quelque bouddha ou bodhisattva que ce soit  ? Devrions-nous ne plus pratiquer aucun enseignement, et ne plus nous tourner vers rien ni personne  ? Comment nous préparer à nos vies futures ?

Réponse : à notre époque, celle des Derniers jours du Dharma, les sept caractères de Namu Myoho Renge Kyo - cœur du Sutra du Lotus en vingt-huit chapitres exposé par le Bouddha Shakyamuni Eveillé depuis le passé illimité, et destiné à être propagé par les bodhisattvas Jogyo, Muhengyo et les autres - seront le seul enseignement qui se répandra dans le pays entier, en dispensant avantages et bienfaits. C'est l'époque où s'obtiendront en abondance les bienfaits du bodhisattva Jogyo. Voilà ce qu'établit clairement le Sutra. Ceux qui ont fortement à coeur de rechercher le Dharma devraient étudier cette question en détails.

Les adeptes de l'école Jodo proclament : "Au cours des dix mille ans de l'époque des Derniers jours du Dharma, tous les autres sutras disparaîtront, et seul subsistera l'enseignement du bouddha Amida."(réf.) Ils disent aussi : "Cette époque des Derniers jours du Dharma est une ère néfaste, dominée par les cinq impuretés. L'école de la Terre pure (Jodo) est la seule voie qui puisse mener tous les êtres au salut."(réf.) Ils prétendent que cette affirmation se trouve dans le Sutra Daijuku. Pourtant nulle part dans ce sutra on ne trouve de passage de ce genre, et on voit mal d'ailleurs pour quelle raison il s'y trouverait. Si l'on y réfléchit, le Bouddha n'avait aucune raison d'affirmer, alors qu'il était toujours de ce monde, qu'à l'époque des Derniers jours du Dharma, époque mauvaise dominée par les cinq impuretés, seuls les enseignements de la Terre pure offriraient la voie du salut.

Dans le sutra sur lequel ils s'appuient [Muryoju], il est dit  : "Dans l'époque à venir, tous les sutras disparaîtront. Seul ce sutra que je laisse durera cent ans."(réf.) Mais il n'est dit nulle part que ces cent ans se situent dans l'époque de dix mille ans des Derniers jours du Dharma. De plus, si nous consultons les sutras Byodogaku et Dai Amida, il apparaît que cette période de cent ans correspond au siècle suivant le premier millénaire après la mort du Bouddha. Mais les gens acceptent tous comme une vérité l'interprétation erronée de Shandao dont les propos étaient pourtant totalement mensongers.

Ceux qui s'interrogent sérieusement sur ce sujet devraient se servir du simple bon sens. En période de sécheresse, est-ce le grand océan qui s'assèche d'abord ou un simple petit cours d'eau  ? Le Bouddha lui-même a comparé le Sutra du Lotus au grand océan, et les sutras Kammuryoju, Amida et autres textes semblables, à de petits ruisseaux. Par conséquent, ces petits ruisseaux que sont le Nembutsu et autres enseignements semblables seront très certainement les premiers à disparaître (note). Quand on lit dans le Sutra Daijuku que, dans la cinquième des cinq périodes de cinq cents ans "le Dharma pur sera obscurci et perdu" et dans le Sutra Muryoju que "tous les sutras disparaîtront ", ces passages disent simplement la même chose. Il faut donc bien comprendre que, à l'époque des Derniers jours du Dharma, les sutras perdront leur validité, à commencer par le sutra Muryoju lui-même. "Les sutras disparaîtront" signifie que ces textes perdront le pouvoir d'apporter des bienfaits aux êtres vivants. Cela ne signifie aucunement que les rouleaux de ces textes eux-mêmes cesseront d'exister. Plus de deux cents ans déjà se sont écoulés depuis le début de l'époque où "les sutras doivent disparaître". A notre époque, seul le Sutra du Lotus a le pouvoir de procurer des bienfaits aux êtres humains et de les conduire à l'Eveil.

Ainsi il devient clair qu'il faut réciter Namu Myoho Renge Kyo en ayant foi en ce Sutra. Le Bouddha déclare, dans le chapitre Yakuo* (XXIII) : "Dans la cinquième période de cinq cents ans après mon trépas, faites largement connaître ce Sutra et ne laissez jamais son flot tarir."(réf.) Le Grand-maître* Zhiyi* commente cela en ces termes  : "Dans la cinquième période de cinq cents ans, le Dharma merveilleux doit se répandre et apporter des bienfaits à toute l'humanité pour très longtemps dans l'avenir."(réf.) Et le Grand-maître* Zhanlan* ajoute : "C'est l'époque où ce grand enseignement sera propagé."(réf.) Tous ces passages indiquent qu'au cours de la cinquième période de cinq cents ans, le Sutra du Lotus sera propagé, et qu'il demeurera dans le monde entier sans jamais disparaître. On lit dans le chapitre Anrakugyo* (XIV)  : "Dans cette époque à venir des Derniers jours, lorsque le Dharma sera sur le point de disparaître, ceux qui écouteront, croiront, liront et réciteront ce Sutra". Et dans le chapitre Jinriki* (XXI) : "A ce moment-là, le Bouddha s'adressa à Jogyo et à la multitude des bodhisattvas rassemblés, et leur dit : "Même si [en employant les pouvoirs surnaturels des bouddhas pendant un nombre incalculable, illimité de centaines de milliards de kalpa] je devais énumérer tous les bienfaits que procure ce Sutra pour le transmettre, je ne pourrais jamais totalement y parvenir. En bref, tous les enseignements de l'Ainsi-Venu, tous les pouvoirs surnaturels librement employés par l'Ainsi-Venu, la resserre de tous les secrets essentiels de l'Ainsi-Venu, tous les principes les plus profonds de l'Ainsi-Venu - tout cela est proclamé, révélé et clairement exposé dans ce Sutra."(réf.)

Ces divers passages, "au cours de la cinquième période de cinq cents ans après la disparition du Bouddha", "dans un âge à venir", ou "à une époque mauvaise et impure" indiquent clairement qu'à l'époque actuelle, alors que les deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma formel sont révolus, et que nous sommes entrés depuis au moins deux cents ans dans celle des Derniers jours du Dharma, seul le Sutra du Lotus doit être propagé. Car, à notre époque, le coeur des êtres humains est perverti et les autres sutras n'ont plus la moindre efficacité. Les bouddhas et les divinités n'utilisent plus leurs pouvoirs considérables et les prières pour cette vie et pour les vies futures demeurent sans réponse. En pareille époque, le Roi-Démon prend l'avantage et sévit, le pays souffre continuellement de la famine et de la sécheresse. Maladies et épidémies font rage partout. Nous serons frappés par les désastres d'une invasion étrangère et de rébellions intérieures, le pays sera constamment en proie à la guerre civile, avant d'être envahi par des armées étrangères. Autrement dit, en une telle "époque de conflits", quand le Dharma pur des autres sutras a perdu tout pouvoir, le Sutra du Lotus est l'excellent remède assez puissant pour guérir les graves plaies causées par ces désastres.

Si l'on fonde sur le Sutra du Lotus les prières pour le bien du pays, on verra qu'il est le Grand Dharma pur assurant sécurité et protection, et tous, du souverain jusqu'aux personnes des plus basses conditions, connaîtront joie et prospérité. Le roi Ajatashatru et le roi Ashoka furent d'abord de mauvais souverains. Mais ils tinrent compte, le premier des conseils de son premier ministre Jivaka, le second, des suggestions du vénérable Yasha. Et tous deux passèrent à la postérité comme des souverains sages. De même, l'empereur de la dynastie Chen, qui écarta les trois écoles du Sud et des sept écoles du Nord, et s'appuya sur le Maître du Dharma Zhiyi*, et l'empereur Kammu, qui préféra le Maître du Dharma Saicho* aux moines éminents des six écoles, sont, de nos jours encore, respectés pour leur sagesse. Le Maître du Dharma Zhiyi* fut par la suite honoré du titre de Grand-maître* Tian-tai, et le Maître du Dharma Saicho* reçut par la suite le nom de Grand-maître* Dengyo.

Il en va de même pour l'actuel souverain du Japon. S'il acquiert la foi en ce Grand Dharma pur, qui promet "paix et sécurité dans cette vie-ci et de bonnes conditions dans la suivante"(réf.), et s'il la propage dans tout le pays, il sera respecté par les peuples de tous les pays, et son nom passera à la postérité comme celui d'un sage. On en viendra peut-être même à le considérer comme une manifestation du bodhisattva Muhengyo. Et le sage qui s'emploie à propager les cinq caractères du Dharma merveilleux, même s'il est de basse condition, doit être considéré comme une manifestation du bodhisattva Jogyo, voire comme un envoyé du Bouddha Shakyamuni.

Les bodhisattvas Yakuo, Yakujo, Kannon et Seishi, quant à eux, furent les envoyés du Bouddha pour les deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma formel. Leur mission étant terminée, ils ne sont plus à même de procurer des bienfaits aux êtres humains, comme ils le firent en ces époques lointaines. Observez donc simplement ce qu'il advient lorsqu'on leur offre des prières aujourd'hui  ! Pas la moindre de ces prières n'est exaucée. Maintenant, à notre époque, celle des Derniers jours du Dharma, c'est aux bodhisattvas Jogyo, Muhengyo et aux autres que nous devons nous adresser.

Il faut avoir bien compris tout cela, et y croire fermement pour que le pouvoir du Dharma se manifeste et que les bouddhas et les bodhisattvas aient la capacité de procurer des bienfaits. Par exemple, si l'on veut faire du feu, trois éléments sont nécessaires : un bon silex, une bonne pierre à feu et un bon amadou. Il en va de même pour la prière. Il faut rassembler trois éléments : un bon maître, un bon croyant laïc et un bon enseignement. Quand tous trois sont réunis, les prières peuvent être exaucées et les désastres écartés du pays.

"Un bon maître" est un moine innocent de toute transgression du Dharma mondaine, qui n'est jamais, si peu que ce soit, servile [auprès des autorités], qui, avec peu de désirs connaît de grandes satisfactions ; un moine doté de bienveillance, ayant foi dans les écrits, qui lit et protège le Sutra du Lotus en exhortant les autres à faire de même. C'est d'un moine de ce genre que le Bouddha fait l'éloge en le désignant comme le meilleur des Maîtres du Dharma.

Un "bon croyant" ne dépend pas plus des personnes de haut rang qu'il ne méprise les gens de basse condition ; il ne dépend pas plus du soutien de ses supérieurs qu'il ne méprise ses inférieurs. Sans se laisser arrêter par ce qu'en disent les autres, il pratique le Sutra du Lotus plutôt que tout autre sutra. C'est ce bon croyant que le Bouddha appelle "la meilleure des personnes".

A propos du "bon Dharma", le Bouddha lui-même nous a dit que le Sutra du Lotus est de tous le plus élevé. De tous les sutras qu'il "a enseignés", qu'il "enseigne maintenant", et qu'il "enseignera à l'avenir", ce sutra est désigné comme le premier, il représente donc le"bon Dharma".

Les textes des écoles Zen, Shingon et des autres viennent au deuxième ou troisième plan, et ceux de l'école Shingon, en réalité, ne méritent guère mieux que le septième rang  ! On n'a pas la moindre preuve de leur efficacité et pourtant, au Japon, ce sont sur ces doctrines de deuxième, troisième ou même septième catégorie que sont fondées prières et objurgations.

C'est sur l'enseignement le plus élevé, ce Dharma merveilleux et inégalé [du Sutra du Lotus], qu'il faut appuyer ses prières. Voilà le sens de [ces déclarations faites par le Bouddha lui-même] : "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires, je n'exposerai que la Voie suprême" ; (réf.) et "Seul cet enseignement est véridique."(réf.) Qui pourrait encore avoir des doutes à ce sujet ?

Question : si une personne ignorante me demande quelle est la voie qui permet de se libérer des souffrances de la naissance et de la mort, de quel sutra devrais-je lui enseigner les principes  ? Quelle réponse le Bouddha a-t-il donné à cette question ?

Réponse : vous devez lui enseigner le Sutra du Lotus. Ainsi par exemple, dans le chapitre Hosshi* (X) il est dit : "Si quelqu'un vous demande quels êtres vivants à l'avenir pourront atteindre la bodhéité, vous devriez lui montrer que toutes ces personnes, dans une existence future, pourront immanquablement atteindre la bodhéité."(réf.) Et dans le chapitre Anrakugyo* (XIV), on lit  : "Si on lui pose des questions difficiles, il ne devrait pas répondre avec les principes du Hinayana, mais seulement exposer les principes du Mahayana." Ces passages indiquent que, à la question  : "Quelles personnes peuvent atteindre la bodhéité  ? ", vous devez répondre  : "Sans aucun doute, celles qui croient dans le Sutra du Lotus." Voilà la véritable intention du Bouddha.

Quelqu'un pourrait alors objecter : "Les êtres humains ont des capacités et des tendances très diverses. Certains voudront entendre les enseignements du Nembutsu, d'autres le Sutra du Lotus. Quel bienfait peut en résulter si l'on enseigne le Sutra du Lotus à ceux qui voudraient qu'on leur expose le Nembutsu  ? Si quelqu'un me demande précisément de lui parler du Nembutsu, dois-je quand même lui enseigner le Sutra du Lotus  ? La véritable intention du Bouddha n'était-elle pas d'enseigner le Dharma en fonction des capacités de chacun, afin de permettre à tous d'obtenir des bienfaits  ? "

A ceux qui soulèveraient cette objection il faut répondre : à l'époque des Derniers jours du Dharma, à des personnes ignorantes du bouddhisme, il faut, par principe, sans se demander si c'est ou non en accord avec leurs capacités, enseigner les cinq caractères du Titre du Sutra du Lotus.

Car lorsque dans un passé lointain le Bouddha Shakyamuni propagea le Sutra du Lotus sous la forme du bodhisattva Fukyo, les croyants laïques, hommes et femmes, les nonnes et les moines, tous refusèrent de l'écouter et, au contraire, le maudirent et l'insultèrent, le battirent, le chassèrent et lui infligèrent toutes sortes de persécutions. Mais malgré la haine et la jalousie, sans se laisser le moins du monde intimider, il continua fermement à enseigner le Sutra du Lotus. C'est ce qui lui valut de renaître dans notre monde sous la forme du Bouddha Shakyamuni. Ceux qui avaient maudit le bodhisattva Fukyo n'eurent pas la bouche tordue, et les bras de ceux qui l'avaient battu ne furent pas paralysés. [Après la mort, ils tombèrent en enfer mais finalement ils se convertirent à la foi du Sutra du Lotus.]

Le vénérable Aryasimha, l'un des successeurs de Shakyamuni, fut assassiné par un brahmane, et le Maître du tripitaka Fa-dao fut marqué au visage et exilé au sud du fleuve Yangzi. Comment s'étonner alors qu'à l'époque des Derniers jours du Dharma, un moine sans notoriété rencontre de grandes difficultés en s'efforçant de propager le Sutra du Lotus  ! C'est très précisément annoncé dans le Sutra. Voilà pourquoi, même si les gens n'en tiennent aucun compte ou prétendent que cela ne correspond pas à leurs capacités, il faut néanmoins leur faire entendre les cinq caractères du Titre du Sutra du Lotus, parce qu'aucune autre voie ne mène à la bodhéité en dehors de celle-là.

On pourrait encore objecter : "Plutôt que de s'entêter à enseigner aux gens le Sutra du Lotus même lorsqu'il ne convient pas à leurs capacités, ce qui les conduit à s'y opposer et les précipite donc dans les mauvaises voies, ne vaudrait-il pas mieux leur enseigner le Nembutsu, pour lequel ils ont des affinités, et éveiller ainsi graduellement leur esprit de recherche  ? Si, étant incapable de procurer des bienfaits aux autres, on les amène de surcroît à commettre des oppositions qui les font tomber en enfer, on n'agit pas comme un pratiquant du Sutra du Lotus, mais plutôt comme une personne aux vues erronées."

A pareille objection, répondez : "Dans le Sutra du Lotus il est dit que, indépendamment des capacités des gens, à l'époque des Derniers jours du Dharma il faut enseigner à tout prix le Sutra du Lotus." Puis demandez à votre contradicteur comment il interprète cette exhortation. Appellera-t-il le Bouddha Shakyamuni, le bodhisattva Fukyo, Zhiyi*, Zhanlan* et Saicho* "des personnes aux vues erronées" ou des non bouddhistes ?

De plus, que disait le Bouddha des personnes des deux véhicules qui, n'ayant plus à renaître dans le monde des trois plans, ne pouvaient pas tomber dans les mauvaises voies  ? Qu'il valait mieux avoir l'esprit d'un chien ou d'un renard yakkan que d'avoir celui d'une personne des deux véhicules. Il avertissait aussi qu'il était préférable de commettre les cinq forfaits ou les dix mauvaises actions et de tomber en enfer plutôt que d'avoir l'esprit des deux véhicules. Ne pas tomber dans les mauvaises voies est peut-être présenté ailleurs comme un bienfait considérable mais ce n'était pas là la véritable intention du Bouddha. Il enseigna que même s'ils devaient tomber en enfer [pour s'être opposés au Sutra du Lotus], ceux dont les oreilles ont entendu le Sutra du Lotus ont reçu la graine de la bodhéité qui leur permettra immanquablement de devenir bouddha.

C'est pourquoi Zhiyi* et Zhanlan* ont affirmé dans leurs commentaires qu'il fallait à tout prix enseigner le Sutra du Lotus. De même qu'une personne qui trébuche et tombe à terre prend ensuite appui sur la terre pour se relever, si [pour s'être opposées au Sutra du Lotus] des personnes tombent en enfer, elles se relèveront rapidement et atteindront la bodhéité.

D'ailleurs les gens de notre époque, parce qu'ils rejettent le Sutra du Lotus, sont de toute façon condamnés à tomber en enfer. Il faut donc à tout prix persister, leur enseigner le Sutra du Lotus et le leur faire entendre. Ceux qui croient [au Sutra] deviennent immanquablement bouddha, et ceux qui s'y opposent établissent avec lui le "lien du tambour empoisonné". Ils atteindront pareillement la bodhéité.

Quoi qu'il en soit, la graine de la bodhéité ne se trouve nulle part ailleurs que dans le Sutra du Lotus. S'il était possible d'atteindre la bodhéité grâce aux enseignements provisoires, pourquoi le Bouddha aurait-il dit qu'il faut enseigner avec persévérance le Sutra du Lotus, et que ceux qui s'y opposent aussi bien que ceux qui ont foi en lui obtiendront des bienfaits  ? Pourquoi aurait-il dit : "Sans être avare de notre propre vie, [nous ne nous préoccupons que de la Voie suprême]"  ? (réf.) Ceux qui recherchent sincèrement la Voie doivent bien comprendre cela.

Question : Si elles ont foi dans le Sutra du Lotus, même des personnes ignorantes du bouddhisme peuvent-elles atteindre la bodhéité sans changer d'apparence  ? Et sur quelle Terre pure peuvent-elles renaître  ?

Réponse : Par la croyance dans le Sutra du Lotus, parmi ceux qui saisissent en profondeur l'essence du Sutra, qui pratiquent la méditation assise décrite dans le Maka Shikan, et se concentrent sur les principes d'ichinen sanzen, des dix objets et des dix méditations, certains atteindront peut-être effectivement la bodhéité sous leur forme présente et parviendront à l'Eveil. Quant aux autres, même sans comprendre le coeur du Sutra du Lotus et en étant ignorants du bouddhisme, s'ils ont un esprit de recherche sincère, ils renaîtront invariablement sur une Terre pure. Car il est dit dans le Sutra du Lotus  : "Ils renaîtront en présence de tous les bouddhas des dix directions"(réf.) et "Elle se rendra immédiatement dans un monde de paix et de félicité."(réf.) Ces passages prouvent clairement que ceux qui ont foi dans le Sutra du Lotus renaîtront sur une Terre pure.

A cela, on objectera peut-être  : "Puisque chaque être humain n'a qu'un seul corps, comment pourrait-on renaître en présence de tous les bouddhas des dix directions  ? Tout lieu quel qu'il soit est nécessairement limité à une seule direction. Par conséquent, dans quelle direction puis-je être assuré de renaître  ? "

Il faut répondre que si le Sutra mentionne les dix directions, sans en préciser aucune, il y a à cela une excellente raison. Car, au terme de leur vie, ceux qui croient au Sutra du Lotus renaîtront parmi les mondes des dix directions, auprès d'un bouddha qui enseigne le Sutra du Lotus. Ils ne renaîtront jamais sur une Terre pure où sont enseignés d'autres sutras comme les sutras Kegon, Agama*, Hodo* ou Hannya*.

Il existe une multitude de Terres pures dans les dix directions : il y a des terres pures où l'on enseigne la voie des auditeurs-shravakas, d'autres où l'on enseigne la voie des pratyekabuddhas, et d'autres encore où l'on enseigne la voie du bodhisattva. Ceux qui ont foi dans le Sutra du Lotus ne renaîtront jamais dans aucune de ces terres pures, mais immédiatement sur une Terre pure où le Sutra du Lotus est enseigné. Ils prendront place dans l'assemblée, écouteront le Sutra du Lotus et deviendront bouddha. Pourtant, il se trouve des gens pour inciter les autres à rejeter le Sutra du Lotus en cette vie-ci, prétendant qu'il n'est pas adapté à leurs capacités et qu'ils maîtriseront ses enseignements après leur renaissance sur la Terre pure de l'Ouest du bouddha Amida. Il est cependant évident qu'ils ne saisiront jamais le sens du Sutra du Lotus, même sur la Terre pure du bouddha Amida, et qu'ils ne renaîtront pas non plus dans aucune autre Terre pure des dix directions. En réalité, parce que la faute de s'opposer au Sutra du Lotus est grave, ils tomberont pour longtemps en enfer. Le Sutra les désigne par la phrase  : "Après leur mort, ils tomberont dans l'enfer avici."(réf.)

Question : il est dit dans le sutra  : "Elle se rendra immédiatement dans un monde de paix et de félicité où réside le bouddha Amida." Dans ce passage, le Bouddha dit qu'une femme qui croit dans le Sutra du Lotus renaîtra sur la Terre pure du bouddha Amida. Or il est dit [par les adeptes de l'école de la Terre pure] qu'en récitant le Nembutsu, on renaîtra aussi sur la Terre pure du bouddha Amida. Si, dans les deux cas, il y a renaissance sur la même Terre pure, ne pouvons-nous pas considérer le Nembutsu et le Sutra du Lotus comme équivalents ?

Réponse : le Sutra Kammuryoju fait partie des enseignements provisoires tandis que le Sutra du Lotus représente l'enseignement définitif (jikkyo). En aucun cas ils ne peuvent être équivalents. En effet lorsque le Bouddha apparut dans le monde il eut beau enseigner diverses doctrines pendant plus de quarante ans, il négligea totalement les personnes des deux véhicules, les personnes mauvaises et les femmes. Et pas une fois il ne mentionna l'éventualité que ces personnes parviennent à la bodhéité. Le Sutra du Lotus est le seul dans lequel il est dit que même ces personnes des deux véhicules ayant laissé pourrir les graines de la bodhéité, Devadatta qui avait commis trois des cinq forfaits, et les femmes, généralement considérées comme prisonnières des Cinq entraves, pouvaient sans exception devenir bouddha. C'est ce que le Bouddha enseigna clairement dans le texte du Sutra.

Dans le Sutra Kegon*, il est dit : "Les femmes sont des messagers de l'enfer qui peuvent détruire les graines de la bodhéité. Elles peuvent revêtir l'apparence de bodhisattva mais en réalité leur coeur est comparable à celui des démons yaksha." Et dans le Sutra Gonjikinyo, on lit que même si les yeux des bouddhas des trois phases de la vie sortaient de leurs orbites pour tomber au sol, aucune femme dans l'univers ne pourrait jamais devenir bouddha. Dans un autre sutra il est écrit : "Les femmes sont de grands esprits maléfiques qui dévorent tous les êtres humains." Et le bodhisattva Nagarjuna déclare dans son Daichido Ron que lever une seule fois les yeux sur une femme est une cause karmique suffisante pour tomber pendant longtemps en enfer. C'est peut-être pourquoi on rapporte, à tort ou à raison, que le moine Shandao, qui pourtant s'opposait au Dharma, passa sa vie entière sans jamais poser les yeux sur une femme. Et Narihira dans un poème comparait les femmes à des démons : .

....Ce qui me repousse
....Dans cette maison délabrée et livrée aux chardons,
....C'est que je l'ai vue, pendant un bref instant,
....Envahie par les démons !

Certains ont dit que les femmes étaient limitées par les Cinq entraves et les trois obéissances parce qu'elles avaient commis des fautes graves. Les Cinq entraves sont l'impossibilité pour une femme de renaître sous la forme 1. de Bonten ; 2. de Taishaku ; 3. d'un Roi-dragon ; 4. d'un Roi-faisant-tourner-la-roue 5. d'un bouddha. Les trois obéissances contraignent une femme, lorsqu'elle est jeune, à ne pas agir à sa guise mais à obéir à ses parents ; lorsqu'elle est parvenue à l'âge adulte, à ne pas librement suivre ses inclinations mais à obéir à son mari ; et, lorsqu'elle est âgée, à ne pas faire ce qu'elle désire mais à obéir à ses fils. Ainsi, de l'enfance à la vieillesse, les femmes ne peuvent pas faire ce qui leur plaît, mais sont tenues à ces trois formes d'obéissance. Elles ne sont pas libres de dire ce qu'elles pensent, de voir ce qu'elles désirent voir, ou d'entendre ce qu'elle veulent entendre. Voilà en quoi consistent les trois obéissances.

Rong Qiqi cita parmi les "trois plaisirs" de son existence celui de ne pas être né en tant que femme. C'est ainsi que les femmes sont dénigrées, dans les écrits bouddhiques aussi bien que non bouddhiques. Pourtant, même si elles ne lisent ou ne copient pas le texte de ce Sutra [le Sutra du Lotus], les femmes qui le gardent dans leur coeur, dans leurs paroles et leurs actions, en particulier celles qui récitent à haute voix Namu Myoho Renge Kyo, pourront rapidement atteindre la bodhéité, comme la fille du Roi-Dragon ou Gautami et Yashodhara qui vécurent à la même époque que le Bouddha. Tel est le sens du passage du Sutra que vous avez cité.

De plus, les mots "terre de paix et de félicité", sont l'expression employée pour désigner les diverses Terres pures. Et le bouddha Amida dont il est question ici [dans le Sutra du Lotus] n'est pas le bouddha Amida mentionné dans le Sutra Kammuryoju. Ce dernier était à l'origine un moine nommé Hozo, ayant formulé quarante-huit voeux et un bouddha parvenu à l'illumination il y a de cela dix kalpas. Or le bouddha Amida mentionné dans l'enseignement théorique* du Sutra du Lotus était, lui, le neuvième des seize princes héritiers, fils du bouddha Daitsu Enchin, un bouddha Amida qui fit le serment solennel de propager le Sutra du Lotus. Et le bouddha Amida mentionné dans l'enseignement essentiel* est une émanation du Bouddha Shakyamuni. C'est pourquoi on lit dans le commentaire  : " Cette appellation d'Amida ne désigne pas la personne mentionnée dans le Sutra Kammuryoju et dans d'autres sutras."(réf.)

Question : il est dit dans le Sutra du Lotus  : "[Le seuil de cette sagesse est] difficile à comprendre et difficile à franchir."(réf.) Ce passage, souvent cité pour faire valoir que le Sutra du Lotus n'est pas adapté aux capacités des gens de notre époque, me semble très raisonnable. Qu'en pensez-vous ?

Réponse : il s'agit là d'une affirmation absolument sans fondement, ne pouvant venir que de gens qui ne connaissent pas le Sutra.

Les sutras enseignés avant le Sutra du Lotus étaient véritablement difficiles à comprendre et difficiles d'accès. Mais lors de l'assemblée où le Sutra du Lotus fut exposé, l'enseignement du Bouddha devint facilement compréhensible et facile d'accès. Cela conduisit le Grand-maître* Zhanlan* à écrire dans ses commentaires : "Les sutras enseignés avant le Sutra du Lotus ne révélaient la pensée du Bouddha que de manière incomplète, c'est pourquoi ils sont qualifiés de difficiles à comprendre. Par contre, dans cet enseignement du Sutra du Lotus, il est dit que tous les êtres humains quels qu'ils soient peuvent avoir accès à la vérité. C'est donc un enseignement facile à comprendre."(réf.)

Ce passage signifie que, parce que leurs capacités étaient moindres, les gens trouvaient les sutras exposés avant le Sutra du Lotus difficiles à comprendre et difficiles d'accès. Mais au moment où le Bouddha enseigna le Sutra du Lotus, les capacités des gens s'étaient développées  ; dès lors l'enseignement devint facile à comprendre et facile d'accès.

De plus, si les sutras qui se déclarent eux-mêmes difficiles à comprendre et difficiles d'accès ne conviennent pas aux capacités des gens de notre époque, il faut alors, en tout premier lieu, abandonner le Nembutsu. Car on lit dans le Sutra Muryoju : "[Croire en ce sutra] est la plus grande de toutes les difficultés. Rien n'est plus difficile que cela." Et le Sutra Amida se présente comme une doctrine "difficile à croire". Ces passages signifient que recevoir et garder ces sutras est la plus grande de toutes les difficultés, que rien n'est en réalité plus difficile, et que ce sont des doctrines difficiles à croire.

Question : dans un sutra [le Sutra Muryogi] on lit : "Depuis quarante et quelques années, je n'ai toujours pas révélé la vérité." Et encore : "[Celui qui ne parvient pas à entendre ce sutra] n'atteindra jamais à l'Eveil suprême, même au terme d'un nombre incalculable, illimité, inconcevable d'asogi kalpa." Que veulent dire ces passages ?

Réponse : ces passages signifient que parmi les diverses doctrines qu'il exposa pendant cinquante ans, le Bouddha Shakyamuni n'exposa la vérité ni dans le Sutra Kegon*, qui représente le début de son enseignement, ni dans les sutras Hodo* et Hannya* enseignés par la suite. Voilà pourquoi ceux qui pratiquent l'enseignement des écoles Zen, Nembutsu ou Ritsu, même s'ils pratiquent pendant un nombre incalculable et infini de kalpa, n'atteindront jamais la bodhéité.

Le Bouddha avait déjà enseigné pendant quarante-deux ans lorsqu'il exposa le Sutra du Lotus dans lequel il déclare : "L'Honoré du monde, ayant exposé ses doctrines depuis longtemps, doit maintenant révéler la vérité."(réf.) Après avoir entendu et compris le sens de ces paroles du Bouddha, et l'ensemble des mille deux cents arhat, les douze mille auditeurs-shravakas, Maitreya et l'ensemble des quatre-vingt mille bodhisattvas, Bonten, Taishaku et tous les milliards d'êtres célestes, le roi Ajatashatru et d'autres rois en nombre incalculable déclarèrent : "Depuis bien des années, nous avons souvent écouté l'Honoré du monde enseigner, mais jamais encore nous ne l'avions entendu exposer un Dharma si profond et si merveilleux  ! " Sans cesse ils étaient restés auprès du Bouddha pour l'écouter ; en plus de quarante-deux ans ils l'avaient entendu exposer diverses doctrines mais, selon leurs propres dires, ils n'avaient jamais rien entendu de plus précieux que ce Sutra du Lotus.

Comment peut-on se méprendre à ce point sur des passages aussi clairs, et prétendre que le Sutra du Lotus et les autres sutras sont équivalents. Pis encore, comment peut-on dire que le Sutra du Lotus, parce qu'il ne convient pas aux capacités des gens, est comme un tissu brodé dans l'obscurité de la nuit, ou comme le calendrier d'une année passée  ? Quand ils rencontrent une personne qui pratique ce Sutra, ils la toisent avec mépris et dédain, haine et jalousie, et leurs lèvres se pincent en une moue désapprobatrice. Ils commettent indiscutablement la faute d'opposition au Dharma. Comment pourraient-ils renaître sur la Terre pure et atteindre la bodhéité  ? Il semblerait plutôt que de telles personnes tomberont inévitablement dans l'enfer avici.

Question : d'ordinaire, ceux qui ont une compréhension correcte des enseignements bouddhiques et dont les actions correspondent à la volonté du Bouddha sont respectés et admirés de tous. Pourtant, à notre époque, ceux qui pratiquent le Sutra du Lotus sont unanimement haïs et jalousés, traités avec dédain et mépris, parfois expulsés, parfois condamnés à l'exil ; personne n'a jamais le désir de leur faire des offrandes et tous les détestent comme des ennemis mortels. Ne pourrait-on pas imputer cela à leur méchanceté et au fait qu'ils s'opposent à la volonté du Bouddha en interprétant ses enseignements de manière erronée  ? Que disent les sutras à cet égard ?

Réponse : Selon le texte du Sutra, un pratiquant du Sutra du Lotus qui, à l'époque des Derniers jours du Dharma, fait tant d'efforts pour rester fidèle au Sutra qu'il suscite la haine des autres est un véritable moine du Mahayana. C'est lui le Maître du Dharma qui propagera le Sutra du Lotus pour faire bénéficier les autres de bienfaits. Mais les moines considérés comme éminents, qui disent aux autres ce qu'ils désirent entendre, et passent ainsi pour vénérables, sont en réalité les ennemis du Sutra du Lotus et de mauvais maîtres qui égarent le monde. Un passage de sutra les compare à des chasseurs plissant les yeux à la poursuite d'un cerf, ou à un chat rentrant ses griffes pour ramper vers une souris (réf.). Voilà exactement de quelle manière, nous est-il dit, ils flattent les croyants et les croyantes laïques, leur mentent et les trompent.

De plus, dans le chapitre Kanji* (XIII) du Sutra du Lotus, sont définies trois catégories d'ennemis du Sutra du Lotus. Le premier groupe est composé de laïcs, hommes et femmes. Ils haïront et insulteront les pratiquants du Sutra du Lotus, les frapperont, leur infligeront des blessures mortelles, les expulseront de leur demeure ou les calomnieront auprès des autorités pour les faire exiler dans des contrées lointaines. Ils feront preuve à leur égard d'une haine sans pitié.

Le deuxième groupe est composé de moines. Ils seront d'une grande arrogance et, bien que leur compréhension soit très limitée, ils se prétendront de grands sages et passeront dans le monde pour des personnes faisant autorité. En voyant les pratiquants du Sutra du Lotus, ils les haïront et les jalouseront, les mépriseront et les rabaisseront, en disant d'eux autant de mal que s'ils étaient moins que des renards ou des chiens. Ils seront persuadés être les seuls à avoir vraiment compris le Sutra du Lotus.

Le troisième groupe est composé de moines vivant dans des lieux retirés. Ils offriront toutes les apparences de personnes de vertu. Ils ne posséderont que la triple robe prescrite par la règle et un bol à aumônes, et vivront isolés, dans la paix des forêts et des montagnes. Tous leur voueront le même respect qu'aux arhat qui vécurent à l'époque du Bouddha Shakyamuni, et les vénéreront comme des bouddhas. En voyant un moine qui lit et pratique le Sutra du Lotus tel qu'il fut enseigné, ils éprouveront haine et jalousie à son égard, le traiteront d'ignare ou qualifieront ses conceptions de gravement erronées ; ils le diront totalement dénué de bienveillance, et prétendront qu'il enseigne une doctrine non bouddhique. Et comme ces moines bénéficieront de la considération et de la confiance du souverain, tous, jusqu'aux personnes des plus basses conditions, leur feront des offrandes comme s'ils étaient des bouddhas. Ainsi le Bouddha a-t-il enseigné que ceux qui récitent et pratiquent le Sutra du Lotus en suivant fidèlement son enseignement s'attireront immanquablement la haine de ces trois sortes d'ennemis.

Question : existe-t-il des preuves indiquant qu'il faut réciter précisément le Titre du Sutra du Lotus, de la même façon que d'autres récitent le nom d'un bouddha particulier ?

Réponse : il est dit dans le Sutra : "Le Bouddha s'adressa aux Filles-démones en leur disant : "Excellent  ! Excellent  ! Si vous protégez ceux qui reçoivent et gardent le nom du Sutra du Lotus vos mérites seront incommensurables."(réf.) Ce passage signifie que, lorsque les dix Filles-démones firent serment de protéger ceux qui garderaient le Titre du Sutra du Lotus, l'Honoré du monde fit leur éloge en ces termes  : "Magnifique  ! Magnifique  ! En protégeant ceux qui reçoivent et gardent Namu Myoho Renge Kyo vous goûterez des bienfaits inestimables  ! Splendides  ! Véritablement extraordinaires  ! " Cela indique que nous, simples mortels, en marchant aussi bien que debout, assis ou allongés, nous devrions réciter Namu Myoho Renge Kyo.

Ce qui est révélé dans Myoho Renge Kyo, c'est que notre état de bouddha à nous simples mortels et l'état de bouddha de Bonten, Taishaku et des autres divinités ; l'état de bouddha de Shariputra, Maudgalyayana et des autres auditeurs-shravakas, l'état de bouddha de Manjushri, de Maitreya et des autres bodhisattvas - ne font qu'un et sont identiques au Dharma merveilleux auquel se sont éveillés tous les bouddhas des trois phases de la vie. C'est ce principe qui a pour nom Myoho Renge Kyo. Par conséquent, quand on a récité une fois Myoho Renge Kyo, par ce seul son, on fait jaillir et apparaître l'état de bouddha de tous les bouddhas, de tous les dharmas, de tous les bodhisattvas, de tous les auditeurs-shravakas ; de toutes les divinités telles que Bonten, Taishaku, et le roi Yama, Nitten, Gatten, des myriades d'étoiles, des divinités célestes aussi bien que terrestres, et de tous les êtres humains dans les mondes-états d'enfer, d'avidité, d'animalité, d'asura, d'humanité et de bonheur divin aussi bien que l'état de bouddha de tous les autres êtres vivants. C'est un bienfait incommensurable, sans limites.

Lorsque nous prenons pour objet de vénération Myoho Renge Kyo qui existe dans notre propre vie, nous appelons l'état de bouddha qui se trouve en nous et grâce à notre récitation de Namu Myoho Renge Kyo, il se manifeste : c'est cela que l'on appelle "bouddha". Imaginez, par exemple, un oiseau qui chante, prisonnier de sa cage. Les oiseaux volant librement dans le ciel entendent son appel et se rassemblent autour de sa cage. En voyant les oiseaux prendre leur essor dans le ciel, l'oiseau en cage essaie d'en sortir. Quand notre bouche récite le nom du Dharma merveilleux, notre état de bouddha, ainsi appelé, se manifeste immanquablement. Cela éveille du même coup l'état de bouddha de Bonten et Taishaku qui, appelés par notre voix, nous protègent ; et la bodhéité des bouddhas et des bodhisattvas, appelée elle aussi, se réjouit. Voilà le sens du passage dans lequel le Bouddha déclare  : "Ceux qui croient dans ce Sutra [du lotus], ne serait-ce qu'un instant, me réjouis-sent et réjouissent tous les autres bouddhas."(réf.) Tous les bouddhas des trois phases de la vie atteignent aussi la bodhéité grâce aux cinq caractères de Myoho Renge Kyo. Ces cinq caractères sont la raison pour laquelle les bouddhas des trois phases de la vie sont venus en ce monde  ; ils sont le Dharma merveilleux qui permet à tous les êtres vivants de parvenir à l'Eveil. En comprenant bien cela, sur la voie qui conduit à la bodhéité, récitez Namu Myoho Renge Kyo sans orgueil ni attachement à des conceptions erronées.

Nichiren.

ARRIERE-PLAN - On considère généralement que le gosho "Parvenir directement à la bodhéité grâce au Sutra du Lotus" a été probablement écrit le 3e mois de la 3e année de Kenji (1277), bien que, sur cette date, les opinions soient partagées et que certains avancent plutôt les années 1271, 1276, 1281, voire 1282. La destinataire de cette lettre était une femme du nom de Myoho-ama qui vivait à Okamiya, dans la province de Suruga. On sait peu de choses à son sujet, sinon qu'elle s'était retrouvée veuve en 1278 et avait également perdu un frère aîné. Elle conserva, semble-t-il, une foi fervente toute sa vie. C'est cette même Myoho-ama qui reçut le gosho "La phrase unique et essentielle" en 1278. Dans le titre du gosho "Parvenir directement à la bodhéité" concerne les personnes vivant à l'époque des Derniers Jours du Dharma, dont on considérait généralement qu'elles avaient planté peu de causes positives dans leurs vies antérieures. [...]
A l'époque de Nichiren Daishonin, l'idée prévalait que le Sutra du Lotus, étant extrêmement profond, était bien au-delà des capacités de compréhension des personnes nées à l'époque des Derniers Jours du Dharma, et que seuls les enseignements relativement faciles du Nembutsu pouvaient les sauver en les conduisant à renaître sur la Terre pure d'Amida. (Commentaire ACEP)

En anglais : How Those Initially Aspiring to the Way Can Attain Buddhahood Through the Lotus Sutra

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=872&m=1&q=Those%20Initially%20Aspiring
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_InititallyAspiringWay.htm

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