Lettre aux Frères

(Lettre aux deux frères Ikegami)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP vol. 1, p. 143; SG* p. 495.
Gosho Zenshu p. 1079 - Kyodai Sho

Minobu, 16e jour du 12e mois 1275 aux frères Ikegami, Munenaka et Munenaga

 

Le Sutra du Lotus est le coeur des 80000 enseignements et l'essence des douze catégories de sutras. Tous les bouddhas du passé, du présent ou de l'avenir, atteignent l'Eveil parce qu'ils prennent ce Sutra pour maître. Dans l'univers entier, tous ces bouddhas guident les hommes avec la clairvoyance obtenue grâce au Véhicule suprême. Ayant examiné l'ensemble des textes conservés dans la collection complète des sutras, j'ai constaté qu'il existait deux versions des sutras et traités introduits en Chine entre la période Yong-ping des Han postérieurs et la fin de la dynastie Tang. On compte 5048 volumes des premières traductions, et 7399 volumes des traductions ultérieures. Chaque sutra, par l'excellence de son contenu, prétendait être le plus élevé de tous ces enseignements. Cependant, la comparaison révèle que le Sutra du Lotus domine tous les autres sutras, comme le ciel la terre. Il s'élève au-dessus d'eux comme un nuage au-dessus du sol. Si l'on compare les autres sutras aux étoiles, le Sutra du Lotus est semblable à la lune. S'ils étaient des torches, des étoiles ou la lune, le Sutra du Lotus serait alors aussi brillant que le soleil.

Plus spécifiquement, le Sutra du Lotus contient vingt principes essentiels. Les deux premiers sont les enseignements de sanzen-jintengo et de gohyaku-jintengo. Sanzen-jintengo est expliqué dans le chapitre Kejoyu* (VII). Supposez que quelqu'un réduise une galaxie en poussière ; il emporte alors cette poussière avec lui, parcourant mille galaxies vers l'est, pour y laisser tomber une première particule. Il poursuit sa route vers l'est et mille galaxies plus loin, lâche une deuxième particule. Il continue de cette manière, lâchant une particule après l'autre, jusqu'à ce qu'il ait épuisé toute la galaxie réduite en poussière ; puis il rassemble alors toutes les galaxies rencontrées en chemin, qu'elles aient reçu une particule ou non, et les réduit elles aussi en poussière. Il place ces particules côte à côte, en laissant s'écouler un kalpa entier entre le dépôt de chacune d'elles. Une fois le premier kalpa passé, il place la seconde particule, puis la troisième, jusqu'à ce que se soient écoulés autant de kalpas qu'il y a de particules de poussière. On appelle sanzen-jintengo la durée équivalente à la totalité de ces kalpas.

C'est à une époque aussi reculée, dans le lointain passé de sanzen-jintengo, que les trois groupes de disciples de Shakyamuni, comprenant, Mahakashyapa, Ananda et Rahula, eurent connaissance du Sutra du Lotus par la bouche d'un bodhisattva, seizième fils du bouddha Daitsu. Pourtant, trompés par des personnes mauvaises, ils finirent par abandonner le Sutra du Lotus. Ils retombèrent dans les enseignements des sutras Kegon*, Hannya*, Daijuku ou du Nirvana ou plus bas encore, dans ceux des sutras Vairocana*, Jimmitsu* ou Kammuryoju, voire même retombèrent dans l'erreur des enseignements Hinayana des sutras Agama*. Poursuivant leur régression, ils traversèrent les états relativement heureux de bonheur céleste et d'humanité pour échouer finalement dans les Voies mauvaises. Pendant cette période de sanzen-jintengo, ils naquirent le plus souvent dans l'enfer avici. Quelquefois, ils se trouvèrent dans les sept enfers principaux, ou moins fréquemment dans les cent et quelques autres enfers. En de très rares occasions, ils obtinrent des vies dominées par l'avidité, l'animalité ou asura, et durent attendre des myriades de kalpa pour pouvoir renaître en tant qu'êtres humains dans des vies dominées par les états des hommes et du Ciel. Le troisième chapitre du Sutra du Lotus dit : "Ils résident en enfer si longtemps qu'ils en viennent à trouver aussi naturel d'y vivre que de jouer dans un jardin, et ils se sentent à l'aise dans les autres mauvaises voies." Ceux qui commettent les dix mauvaises actions tombent dans l'enfer de tokatsu ou kojujo, et ils doivent y passer cinq cents vies ou mille "années-enfer". Ceux qui commettent les cinq forfaits tombent dans l'enfer avici et, après y être restés pendant un kalpa moyen, renaissent en ce monde.

Comment se fait-il, alors, que ceux qui abandonnent le Sutra du Lotus tombent dans l'enfer avici et doivent y demeurer pendant un nombre incalculable de kalpa  ? La faute d'abandonner sa foi dans le Sutra ne paraît pas, sur le moment, aussi terrible que de tuer ses parents. Pourtant, même si quelqu'un tuait ses parents dans une, deux, dix, cent, mille, dix mille, cent mille, un million, ou même un milliard de vies, il n'aurait pas à rester en enfer aussi longtemps que sanzen-jintengo. Et si quelqu'un tuait un, deux, dix, cent, mille, dix mille ou jusqu'à un milliard de bouddha, devrait-il demeurer en enfer aussi longtemps que gohyaku-jintengo  ? Pourtant, ces trois groupes d'auditeurs-shravakas durent souffrir pendant une période égale à sanzen-jintengo, et les grands bodhisattvas pendant une période égale à gohyaku-jintengo, pour avoir commis la faute d'abandonner le Sutra du Lotus. Cela montre combien cette faute est effroyable.

Pour parler simplement, lorsqu'on donne un coup de poing dans le vide, on ne se fait pas mal, mais en frappant un rocher, on ressent de la douleur. La faute de tuer une personne mauvaise est moindre que celle de tuer un homme de bien, qui est grave. Tuer une personne extérieure à sa famille, c'est comme enfoncer son poing dans la fange, mais tuer ses propres parents, c'est comme frapper un rocher de plein fouet. Un chien peut aboyer après une biche sans avoir le crâne brisé, mais s'il aboie après un lion, il se fera éventrer et l'on verra ses entrailles pourrir. L'asura essaya d'avaler le soleil et la lune, et eut la tête brisée en sept morceaux (réf.). Parce que Devadatta blessa le Bouddha, la terre s'entrouvrit et l'engloutit vivant. La gravité d'une offense dépend de la qualité de celui qu'elle touche.

Le Sutra du Lotus est l'oeil de chaque bouddha. C'est le maître éternel de Shakyamuni lui-même. Si quelqu'un rejette, ne serait-ce qu'un caractère ou même un simple signe de ponctuation du Sutra du Lotus, il commet une faute plus grave que le meurtre de ses propres parents répété dix millions de fois, une faute plus terrible que de faire couler le sang des bouddhas de tout l'univers. C'est pourquoi, ceux qui renièrent le Sutra du Lotus eurent à souffrir pendant des périodes aussi longues que sanzen-jintengo ou gohyaku-jintengo. De plus, il est extrêmement rare de rencontrer une personne capable d'enseigner fidèlement ce Sutra. C'est encore plus difficile que pour une tortue borgne de trouver un morceau de bois de santal flottant à la dérive ou que de suspendre le Mont Sumeru à la voûte céleste avec la fibre d'une tige de lotus.

Le Grand-maître* Cien fut le disciple du moine Xuan-zang et le précepteur de l'empereur Taizong. Ce fut un saint, non seulement familier des textes sanscrits et chinois, mais qui avait également appris par coeur l'intégralité des sutras du Bouddha. On dit que les cendres du Bouddha tombaient de son pinceau et que des rayons de lumière filtraient entre ses dents. Ses contemporains le respectaient comme le soleil ou la lune, et les hommes des époques suivantes recherchèrent avec ferveur ses enseignements pour guider leur vie. Et pourtant, le Grand-maître* Saicho* le critiqua, en écrivant : "Tout en faisant l'éloge du Sutra du Lotus, il en détruit le coeur." Cette citation indique que, tout en voulant honorer le Sutra du Lotus, en fait, il le détruisait.

Le moine Shubhakarasimha* fut pendant un certain temps roi d'Udyana en Inde. Il renonça à son trône, devint moine, et au cours de sa pratique bouddhique visita plus de cinquante régions de l'Inde, jusqu'à maîtriser tous les enseignements ésotériques et exotériques du bouddhisme. Plus tard il s'en alla en Chine, et devint le précepteur de l'empereur Xuan-Zong. Tous les moines du Shingon, tant en Chine qu'au Japon, sont depuis devenus ses disciples. En dépit d'une vie si noble, il mourut subitement, tourmenté par Yama, le roi des enfers, sans que personne ne sache pourquoi.

Nichiren considère que cela se produisit parce que Shubhakarasimha* était à l'origine un pratiquant du Sutra du Lotus ; mais quand il lut le Sutra Vairocana* il déclara que ce dernier lui était supérieur. De même, ce n'est pas pour avoir commis les cinq forfaits ou les dix mauvaises actions que Shariputra, Maudgalyayana et d'autres furent condamnés à errer dans les mauvaises voies pendant la durée de sanzen-jintengo ou de gohyaku-jintengo. Pas davantage pour avoir commis l'une de huit actions rebelles. Ce fut parce qu'ils rencontrèrent une personne à l'influence néfaste, et rejetèrent le Sutra du Lotus pour croire aux enseignements provisoires.

D'après le Grand-maître* Zhiyi*, "si quelqu'un se lie d'amitié avec une personne mauvaise, il perdra l'esprit."(réf.) "Esprit" désigne ici le coeur qui croit au Sutra du Lotus, tandis que "perdre" signifie abandonner sa foi dans le Sutra du Lotus et suivre d'autres sutras. Le Sutra du Lotus dit  : "mais quand il leur donne le médicament, ils refusent de le perdre." (réf.) Le Grand-maître* Zhiyi* affirma  : "Ceux qui avaient perdu l'esprit ne voulurent pas prendre l'excellent médicament qui leur était offert. Perdus dans les souffrances, ils s'enfuirent vers d'autres pays."(réf.)

Puisqu'il en est ainsi, les croyants du Sutra du Lotus devraient craindre ceux qui sapent leur pratique plus que les bandits, les voleurs, les assassins de la nuit, les tigres, les loups ou les lions - plus encore qu'une invasion mongole. Notre monde est le domaine du Démon du sixième Ciel. Ses habitants sont liés à ce Roi-Démon depuis le temps sans commencement. Il a non seulement construit une prison de vingt-cinq royaumes (note) dans les six voies afin d'y enfermer toute l'humanité, mais il a aussi mis des fers aux pieds des femmes et enfants, et pris parents et souverains dans des filets qui obscurcissent le ciel. Pour masquer la nature de bouddha qui est la véritable nature humaine, il incite les hommes à boire le vin de l'avarice, de l'orgueil-colère et de l'ignorance, et ne leur donne à manger que des mets empoisonnés qui les laissent prostrés sur le sol des trois mauvaises voies. Quand il se trouve par hasard que l'un d'entre eux a l'esprit de recherche, s'il se sent impuissant à faire tomber un croyant du Sutra du Lotus dans le mal, il essaie de l'abuser progressivement en l'attirant par ruse vers le Sutra Kegon*, qui ressemble au Sutra du Lotus. C'est ce que firent les moines Dushun, Zhiyan, Fa-zang et Cheng-guan. Puis les moines Jizang et Seng-quan incitèrent habilement les croyants du Sutra du Lotus à retomber dans les sutras Hannya*. Xuan-zang et Cien les conduisirent vers le Sutra Jimmitsu*, tandis que Shubhakarasimha*, Vajrabodhi*, Amoghavajra*, Kukai*, Ennin* et Enchin les abusèrent en leur faisant suivre le Sutra Vairocana*. Bodhidharma et Huiko les firent s'égarer dans l'enseignement du Zen, tandis que Shandao et Honen les incitèrent à croire au Sutra Kammuryoju. Dans chaque cas, le Démon du sixième Ciel avait pris possession de ces éminents bouddhistes, afin de tromper les croyants. Tout comme le prédisait le chapitre Kanji* (XIII) du Sutra du Lotus : "Le démon entre dans leur corps."

Le démon de l'obscurité fondamentale peut même pénétrer la vie d'un bodhisattva qui a atteint le stade le plus élevé de la pratique, et l'empêcher d'atteindre le bienfait ultime du Sutra du Lotus - la bodhéité elle-même. Ainsi, il peut facilement faire obstacle à toute autre étape moins élevée de la pratique. Le Démon du sixième Ciel entre dans la vie de l'épouse et des enfants d'un homme pour l'égarer. Il s'empare aussi de l'esprit du souverain afin de menacer le Pratiquant du Sutra du Lotus, ou incite des parents à s'opposer à la foi de leurs enfants dévoués.

Le prince Siddhartha voulait abandonner son titre, mais son fils, Rahula, avait déjà été conçu. Son père, le roi Suddhodhana, l'exhorta donc à attendre la naissance de l'enfant avant de partir pour devenir moine. Toutefois un démon retarda cette naissance de six ans.

Dans un lointain passé, Shariputra commença sa pratique des austérités de bodhisattva à l'époque des Derniers jours du Dharma d'un bouddha nommé Sendara. Il avait déjà pratiqué pendant soixante kalpa quand le Roi-Démon du sixième Ciel réalisa avec inquiétude qu'il ne restait plus à Shariputra que quarante kalpa pour achever sa pratique de bodhisattva. Le démon se déguisa en brahmane, et supplia de lui donner un de ses yeux. Shariputra lui donna un oeil, mais, dès lors il perdit toute volonté de pratiquer et abandonna, tombant de ce fait dans l'enfer avici pendant d'innombrables kalpas. Soixante-huit millions de croyants dans les Derniers jours du Dharma du bouddha Daishogon furent trompés par le moine Kugan et trois autres moines, à tel point qu'ils dénoncèrent Fuji-biku (note), et pour cela, tombèrent dans le même enfer pour autant de kalpa qu'il y a de particules de poussière sur la terre. Les hommes et les femmes des Derniers jours du Dharma du Bouddha Shishionno* suivirent le moine Agramati* qui observait les préceptes, mais se moquèrent de Kikon et demeurèrent aussi en enfer pendant d'innombrables kalpas.

Il en va de même pour les disciples de Nichiren. Le Sutra du Lotus dit  : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore après son trépas  ? "(réf.) On peut également y lire : "Les hommes seront pleins d'hostilité, et il sera extrêmement difficile de croire."(réf.) Le Sutra du Nirvana dit : "Parce qu'il subira mort accidentelle, tortures, calomnies ou humiliations, et qu'il sera frappé à coups de fouet ou de bâton, parce qu'il sera emprisonné, connaîtra la famine, l'adversité et d'autres difficultés moindres au cours de sa vie, il ne tombera pas en enfer." Le Sutra Hatsunaion dit  : "Vous pouvez être mal habillé et mal nourri, chercher en vain la richesse, être né dans une famille pauvre ou aux conceptions erronées, ou même être persécuté par votre souverain. C'est grâce aux bienfaits obtenus en protégeant le Dharma que l'on peut alléger en cette vie nos souffrances et rétributions."

Cela signifie que nous, qui croyons aujourd'hui dans le vrai Dharma, avons commis la faute de persécuter son Pratiquant dans le passé, et sommes pour cette raison voués à tomber dans un terrible enfer à l'avenir. Cependant, les bienfaits engendrés par la pratique du vrai Dharma sont si grands que nous pouvons changer notre karma de souffrances terribles dans l'avenir en subissant des souffrances relativement mineures en cette vie. Conformément à la description du sutra, notre opposition passé au Dharma peut provoquer notre naissance dans une famille pauvre ou aux conceptions erronées, ou entraîner des persécutions par notre souverain. On entend par "famille aux conceptions erronées" celle qui s'oppose au vrai Dharma, et "les persécutions par le souverain" signifie vivre sous le règne d'un mauvais roi. C'est à ces deux souffrances que vous êtes confrontés actuellement. Afin d'expier vos oppositions passées, vous subissez l'opposition de vos parents qui ont des croyances erronées, et devez vivre à l'époque d'un souverain qui persécute le Pratiquant du Sutra du Lotus. Le Sutra est absolument clair sur ce point. Rejetez toute pensée contraire. Si vous doutez d'avoir offensé le Dharma dans le passé, vous ne serez pas à même de supporter les souffrances mineures de l'existence. Vous pourriez alors céder face à l'opposition de votre père, et abandonner le Sutra du Lotus sans l'avoir désiré. Souvenez-vous que si tel était le cas, vous tomberiez à coup sur dans l'enfer avici et y entraîneriez aussi vos parents, causant à tous une indescriptible douleur. Comprendre cela requiert un grand esprit de recherche.

Vous avez tous deux maintenu votre foi dans le Sutra du Lotus, vous libérant ainsi des lourdes fautes du passé. Par exemple, les défauts de l'acier apparaissent lorsqu'on le forge. A l'épreuve des flammes, un morceau de charbon se réduit en cendres, tandis que l'or se purifie.

Ces persécutions, plus que tout autre chose, prouvent la sincérité de votre foi, et les Jurasetsu (les du Sutra du Lotus vous protégeront à coup sur. Le démon qui apparut pour éprouver Sessen Doji était en fait Taishaku. La colombe sauvée par le roi Shibi était Bishamon. Il est même possible que les Jurasetsu aient pris possession de vos parents afin de mettre votre foi à l'épreuve. Toute faiblesse sera cause de regret. Le chariot renversé sur la route est un avertissement pour celui qui suit.

Dans une époque telle que celle-ci, il est urgent de rechercher avec ferveur le vrai chemin. On peut haïr ce monde, mais il est impossible de le fuir. Il est certain que tous les Japonais seront en butte à de terribles malheurs dans un avenir proche. La révolte (note) qui éclata le onzième jour deuxième mois de la neuvième année de Bun'ei(1272) fut aussi effrayante que le saccage des fleurs par un orage ou que des pièces de soie brûlant dans un enfer de flammes. Comment ne pas haïr un monde tel que le notre ?

Le dixième mois de la onzième année de Bun'ei (1274), les habitants des îles d'Iki et de Tsushima furent massacrés en une seule attaque. Comment pourrions-nous dire que cela ne nous concerne pas  ? Quel ne dut pas être le désespoir des soldats partis à la rencontre des envahisseurs  ! Ils avaient dû laisser derrière eux des parents âgés, des enfants en bas-âge, de jeunes épouses et des foyers qu'ils aimaient pour aller défendre la côte face à une mer inconnue et effrayante. Lorsqu'ils voyaient des nuages à l'horizon, ils les prenaient pour les drapeaux de l'ennemi. A la vue de simples bateaux de pêche, qu'ils prirent pour des bateaux de guerre mongols, ils furent paralysés par la peur. Une ou deux fois par jour, ils montaient sur les collines pour scruter la mer. Trois ou quatre fois au milieu de la nuit, ils sellaient et dessellaient leurs chevaux. Ils ressentirent l'absolue réalité du monde asura dans leur propre vie.

De tels événements, ainsi que les persécutions que vous avez subies, peuvent finalement être attribués au fait que le souverain de ce pays est devenu un ennemi du Sutra du Lotus. Son opposition a été suscitée par les moines hostiles au Dharma qui suivent les préceptes du Hinayana ou les doctrines du Nembutsu ou du Shingon. Vous devez endurer cette épreuve et faire vous-mêmes l'expérience des bienfaits du Sutra du Lotus. Nichiren fera lui aussi de toutes ses forces appel aux divinités bouddhiques. Maintenant, plus que jamais, vous ne devez manifester ni ressentir aucune frayeur.

Les femmes sont parfois craintives, et vos épouses ont probablement abandonné. Mais, en ce qui vous concerne, vous devez serrer les dents et ne jamais faiblir dans votre foi (note). N'ayez pas plus de crainte que Nichiren face à Hei no Saemon. Bien qu'ils n'aient pas choisi la voie de l'Eveil, les fils des seigneurs Wada et Wakasa, tout comme les guerriers commandés par Masadako et Sadato combattirent jusqu'à la mort pour préserver leur honneur. La mort survient pour tous, même lorsque rien de malencontreux ne se produit. Vous ne devriez donc jamais être lâches ni vous exposer au ridicule.

Je m'inquiète beaucoup pour vous deux. Aussi vais-je vous relater une histoire particulièrement significative.
Il y eut autrefois en Chine deux princes, nommés Bo-yi et Shu-ji, fils du roi Huzhu. Leur père avait légué sa couronne au plus jeune des deux, Shu-ji. Pourtant, après sa mort, Shu-ji refusa de monter sur le trône. Bo-yi eut beau presser Shu-ji d'accepter la couronne, ce dernier insista pour que son frère aîné devienne roi à sa place. Mais Bo-yi persista, s'étonnant que son jeune frère osât contredire le testament de leur père. Shu-ji reconnut qu'il était bien désigné par le testament, mais continua à refuser le trône, ne supportant pas l'idée d'écarter son frère aîné.

Les deux frères quittèrent alors la terre de leurs parents. Ils se rendirent dans un autre royaume et entrèrent au service du roi Zhou Wen. Peu après, ce pays fut attaqué et Zhou Wen tué par Shang Zhou. Moins de cent jours après la mort du roi Zhou Wen, son fils, le roi Zhou Wu, se prépara à livrer bataille au roi Shang Zhou, mais Bo-yi et Shu-ji, retenant son cheval par les rênes, s'efforcèrent de l'en dissuader en disant : "Votre devoir est de porter le deuil de votre père pendant les trois ans qui suivent son décès. Si vous commencez à guerroyer maintenant, vous ne ferez que déshonorer son nom." Zhou Wu, furieux d'entendre cela, s'apprêtait à les tuer tous deux, mais le ministre de son père, Taigung-wand, le retint.

Les deux frères, décidés à ne plus conserver à l'avenir aucun lien avec ce roi, s'en allèrent vivre loin du monde, sur le Mont Zhou-yang, où ils se nourrissaient seulement de fougères.

Un jour, un homme du nom de Mazi (Ma-tseu), passant par là, leur demanda : "Pourquoi vivez-vous cachés en un tel lieu  ? " Ils racontèrent leur histoire à Mazi, qui leur fit remarquer : "Mais ces fougères ne sont-elles pas aussi au roi  ? " Vexés par cette réprimande, ils cessèrent même de manger ces plantes.

Le Ciel n'a pas pour habitude d'abandonner les sages. Aussi une divinités apparut-elle sous la forme d'une biche blanche, qui leur donna son lait. Lorsque la biche fut partie, Shu-ji dit : "Puisque le lait de cette biche blanche est si agréable à boire, sa chair doit avoir encore meilleur goût  ! " Bo-yi essaya de le faire taire, mais les cieux avaient déjà entendu, et ils furent abandonnés sur l'instant. Aussi finirent-ils par mourir de faim. Même si une personne agit sagement tout au long de sa vie, un seul mot irréfléchi peut entraîner sa perte. Ne connaissant pas les pensées que vous nourrissez dans votre coeur, j'ai de grandes inquiétudes à votre sujet.

Quand le Bouddha Shakyamuni était prince, son père, le roi Suddhodhana, ne pouvait supporter de perdre son unique héritier et ne voulait donc pas l'autoriser à renoncer à son statut royal. Le roi plaça deux mille soldats en faction aux quatre portes de la cité pour l'empêcher de partir. Pourtant, le prince finit par quitter le palais contre la volonté de son père. En général, un fils a pour devoir d'obéir à ses parents ; mais, sur le chemin de la bodhéité, ne pas suivre ses parents peut, en définitive, être pour eux source de bonne fortune. Le Sutra Shinjikan définit l'essence de la piété filiale ainsi : "En renonçant à ses obligations et en entrant dans le nirvana, on peut véritablement s'acquitter de l'ensemble de ces obligations." Ce qui veut dire que, pour entrer dans la voie bouddhique, on quitte sa maison, même contre le souhait de ses parents, afin d'atteindre la bodhéité. Alors, on peut réellement s'acquitter de sa dette de reconnaissance envers eux.

De même, dans le monde, si vos parents conspirent contre l'ordre social, il convient de ne pas les suivre. C'est ce que l'on peut lire dans le Classique de la piété filiale de Confucius. Quand le Grand-maître* Zhiyi* commença à méditer sur le Sutra du Lotus, ses parents décédés lui apparurent, s'assirent sur ses genoux et tentèrent d'entraver sa pratique du bouddhisme. C'était l'oeuvre du Démon du sixième Ciel qui s'était incarné en ses parents pour lui faire obstacle.

Je viens de citer l'exemple de Bo-yi et Shu-ji. Voici encore une autre leçon que nous donne l'Histoire. L'empereur Ojin, connu aujourd'hui comme le bodhisattva Hachiman, fut le seizième souverain du Japon. L'empereur Ojin avait deux fils : le prince Nintoku, et le prince Uji. L'empereur choisit pour lui succéder le plus jeune des deux fils, Uji. Après la mort de leur père, Uji voulut laisser le trône à son frère aîné qui le réprimandai, en disant : "Comment peux-tu refuser d'obéir au testament de notre père  ? " Ils discutèrent sans fin, et trois années passèrent sans que ni l'un ni l'autre n'accepte le trône. Leur indécision fut cause, pour le peuple, de souffrances indescriptibles. C'était comme une malédiction sur le pays, et le prince Uji en vint finalement à penser : "Aussi longtemps que je serai en vie, mon frère n'acceptera pas le trone." Alors, il se suicidai. Le prince Nintoku fut dévoré de chagrin et sombra dans le désespoir. Voyant cela, le prince Uji revint à la vie afin d'encourager son frère, puis mourut à nouveau. On rapporte que lorsque Nintoku monta finalement sur le trône, le pays redevint paisible et reçut en tribut, de la part des trois royaumes coréens de Silla, Paekche, et Koguryo, le chargement de quatre-vingt bateaux.

Les relations entre les fils d'un roi sage ne sont pas toujours aussi harmonieuses. Quels sont les liens qui vous ont permis, à vous, les deux frères, de rester en aussi bons termes  ? Seriez-vous les réincarnations des princes Jozo et Jogen, ou celles des bodhisattvas Yakuo* et Yakujo  ? Quand votre père déshérita Munenaka, je m'attendais à ce que Munenaga refuse de prendre parti pour son frère, rendant par conséquent plus difficile encore la réconciliation de votre père avec Munenaka. Pourtant, si j'en crois Tsuruo, vous avez décidé de résoudre ce problème ensemble. Cette surprenante nouvelle me remplit de joie, comme je vous l'ai dit dans ma lettre précédente. Peut-il y avoir histoire plus merveilleuse que la vôtre  ?

Le Recueil des régions occidentales nous parle d'un ermite qui vivait dans le Parc des Cerfs à Varanasi (actuelle Bénarès), en Inde, dans l'espoir de maîtriser les pouvoirs occultes. Il apprit à changer les cailloux en joyaux et à modifier la forme des humains et des animaux, mais il n'avait pas encore acquis le pouvoir de chevaucher les nuages ou d'atteindre le Palais des immortels. Afin de réaliser ces buts, il prit pour disciple un homme d'une grande intégrité. Après lui avoir donné une longue épée, il lui ordonna de rester debout dans un coin du lieu de prière, et de retenir son souffle sans prononcer un seul mot. Si le disciple parvenait à rester muet toute la nuit jusqu'à l'aube, l'ermite était sûr de pouvoir maîtriser les forces occultes. Résolu, l'ermite s'assit au centre du lieu de prière en tenant à la main une autre longue épée, et psalmodia les incantations. Faisant prêter serment à son disciple, il lui dit : "Promets de ne pas dire un mot, même si cela doit te coûter la vie  ! " Et ce dernier répondit : "Dussè-je en mourir, je ne prononcerai pas un seul mot."

Ils passèrent ainsi la nuit mais, alors que l'aube allait poindre, le disciple poussa soudain un cri, et la tentative de l'ermite échoua immédiatement. Il cria alors violemment à son disciple : "Comment as-tu pu trahir ton serment  ? C'est ignoble  ! " Se repentant profondément, le disciple répondit : "Je me suis endormi un moment, et mon précédent maître m'est apparu en rêve pour me réprimander. J'ai subi cette épreuve sans dire un mot, car je vous doit beaucoup plus qu'à lui. Mon ancien maître, fou de colère, menaça de me couper la tête, mais je ne dis toujours rien. Finalement, je fus décapité, et voyant mon propre corps en route vers la mort, je ressentis une tristesse indescriptible. Je ne parlai toujours pas. Par la suite, je renaquis dans une famille de brahmanes en Inde du Sud. En entrant dans le ventre maternel et en le quittant, j'éprouvai une douleur insupportable ; pourtant, je retins mon souffle et ne versai pas une larme. Je devins jeune homme et me mariai. Mes parents moururent ; j'eus un enfant et connus bien des joies et des peines mais je ne dis toujours pas un mot. Et j'atteignis ainsi ma soixante-cinquième année. Ma femme me dit alors : "Si tu refuses encore de parler, je tuerai ton enfant bien-aimé." En un éclair, j'ai pensé que j'étais déjà dans les dernières années de ma vie, et que si mon enfant mourrait je ne pourrais pas en avoir d'autre. J'ai eu envie de crier... et je me suis réveillé brusquement."

L'ermite dit : "Nous n'étions pas assez forts. Vous et moi avons été abusés par un démon. Notre tentative a fini par échouer." Désolé, son disciple dit : "A cause de la faiblesse de ma volonté, mon maître n'a pas pu maîtriser les pouvoirs occultes." L'ermite répondit, avec regret : "C'est de ma faute. J'aurais dû te préparer suffisamment auparavant." Néanmoins, la suite du récit nous apprend que le disciple fut si malheureux de n'avoir pu remplir ses obligations vis-à-vis de son maître qu'il sombra dans le désespoir et mourut misérablement.

En Chine, la recherche des pouvoirs occultes était liée au confucianisme, et en Inde, elle fait partie des enseignements brahmaniques. Cependant, l'occultisme n'est même pas du niveau des premiers enseignements Agon du bouddhisme hinayana, et encore moins des enseignements commun (tsugyo), spécifique (bekkyo) ou parfait (engyo). Comment pourrait-il donc soutenir la moindre comparaison avec le Sutra du Lotus  ? Les quatre démons s'opposent férocement même à la maîtrise des pouvoirs occultes. Par conséquent, les épreuves que rencontreront les disciples du Pratiquant du Sutra du Lotus seront encore bien plus grandes, car il est le premier, au Japon, à pratiquer et à propager Namu Myoho Renge Kyo, le principe ultime du Sutra du Lotus. C'est un phénomène que l'on ne peut concevoir et encore moins exprimer par les mots.

Le Maka Shikan, chef-d'oeuvre du Grand-maître* Zhiyi*, contient l'essence de tous les sutras bouddhiques. Dans les cinq cents ans qui suivirent l'introduction du bouddhisme en Chine, il y eut sept grands maîtres au nord du fleuve Yangzi, et trois au sud. Leur sagesse était aussi resplendissante que le soleil et la lune, et leur vertu était vantée en tous lieux. Ils étaient cependant incapables de discerner quels sutras étaient profonds ou superficiels, inférieurs ou supérieurs, et l'ordre dans lequel ils avaient été enseignés. Ce fut le Grand-maître* Zhiyi* qui non seulement clarifia les enseignements du Bouddha mais aussi découvrit ichinen sanzen, le joyau qui exauce les voeux, dans les profondeurs de Myoho Renge Kyo, et en fit don à tous les hommes des Trois Pays [l'Inde, la Chine et le Japon]. Cet enseignement prit sa source en Chine. Même les grands érudits de l'Inde ne purent formuler un tel concept.

C'est bien ce qu'écrivit le Grand-maître* Zhanlan*  : "Nous n'avons encore jamais entendu d'enseignement aussi lumineux que le Maka Shikan" et  : "Même les grands maîtres de l'Inde ne soutenaient pas la comparaison avec lui."(réf.) La doctrine d'ichinen sanzen, révélée dans le cinquième volume du Maka Shikan, est d'une profondeur toute particulière. Si vous la propagez, inévitablement, les démons se manifesteront. S'ils n'apparaissaient pas, il n'y aurait aucun moyen de savoir qu'il s'agit bien de l'enseignement correct. Un passage du même volume dit : Au fur et à mesure que la pratique progresse et que grandit la compréhension, les trois obstacles et les quatre démons apparaissent, rivalisant les uns avec les autres pour faire entrave... Ne vous laissez ni influencer ni effrayer par eux. Si vous tombez sous leur influence, vous serez entraînés dans les mauvaises voies. Et si vous les craignez, vous ne parviendrez pas à pratiquer le Dharma correct." Cette citation n'est pas seulement valable pour Nichiren, elle peut également guider ses disciples. Faites respectueusement de cet enseignement le vôtre et transmettez-le comme un principe de base de la foi aux générations à venir.

Les trois obstacles auxquels se passage se réfère sont bonno-sho, go-sho et ho-sho. Bonno-sho désigne les obstacles à la pratique qui naissent de désirs, de l'ignorance, de l'orgueil-colère ; go-sho, les obstacles créés par la femme et les enfants ; ho-sho, ceux qui sont dus à l'opposition du souverain ou des parents. Parmi les quatre démons, la fonction du Démon du sixième Ciel est de la même nature que le troisième obstacle. De nos jours, au Japon, y a-t-il une seule personne qui ait véritablement rencontré les trois obstacles et les quatre démons  ? Pourtant nombreux sont ceux qui prétendent avoir maîtrisé le Maka Shikan. La phrase : "Si vous tombez sous leur influence, vous serez entraînés dans les mauvaises voies" ne fait pas seulement référence aux trois voies mauvaises, mais aussi aux mondes-états des hommes et du Ciel, et plus généralement à l'ensemble des neuf états. Par conséquents, tous les sutras, à l'exception du Sutra du Lotus - compris les sutras des périodes Kegon, Agon, Hodo et Hannya ainsi que le Sutra du Nirvana et le Sutra Vairocana* - entraîneront les êtres humains dans les mauvaises voies. A l'exception des tenants de l'école Tendai, tous les adeptes des sept autres principales écoles bouddhiques son en réalité des agents de l'enfer qui poussent les autres dans les mauvaises voies. Et, même dans l'école Tendai, certains proclament leur foi dans le Sutra du Lotus alors qu'ils dirigent, en fait, les autres vers les enseignements antérieurs. Ils sont eux aussi des gardiens de l'enfer qui poussent les hommes à tomber dans les mauvaises voies.

Vous, les deux frères, êtes comparables à l'ermite et à son disciple. Si l'un de vous abandonne à mi-chemin, vous ne parviendrez ni l'un ni l'autre à la bodhéité. On pourrait vous comparer aux deux ailes d'un oiseau ou aux deux yeux d'un homme. Et vos femmes sont votre soutien. Les femmes soutiennent les autres, leur permettant ainsi de les soutenir en retour. Quand le mari est heureux, sa femme est comblée. Si le mari est un voleur, sa femme devient voleuse aussi. Et pas seulement dans la vie présente. Tout au long de leurs existences successives, un homme et sa femme sont aussi étroitement liés que le corps et l'ombre, la fleur et le fruit, les racines et les feuilles. Les insectes rongent les arbres qui les abritent et les poissons boivent l'eau dans laquelle ils nagent. Si l'herbe se dessèche, les orchidées en souffrent ; si les sapins croissent, les chênes en profitent. Même parmi les arbres et les plantes, on découvre des liens aussi étroits. On appelle hiyoku un oiseau à deux têtes. Ses deux bouches nourrissent un corps unique. On appelle hiboku un poisson qui n'a qu'un oeil, si bien que le mâle et la femelle doivent rester ensemble toute leur vie. Mari et femme devraient être comme eux.

Je m'adresse maintenant à vos épouses : n'ayez jamais de regret, même si vos maris devaient vous maltraiter à cause de votre foi en cet enseignement. Si vous unissez toutes deux vos efforts pour les encourager dans leur foi, vous suivrez la voie de la fille du Roi-Dragon et deviendrez un modèle pour les femmes qui veulent atteindre l'Eveil à l'époque troublée des Derniers jours du Dharma. Si vous agissez ainsi en toutes circonstances, moi, Nichiren, je demanderai aux deux saints [bodhisattvas Yakuo* et Yuze], aux deux divinités célestes [Bishamonten et Jakokuten], aux Jurasetsunyo et aux bouddhas Shakyamuni et Taho de vous faire bouddha dans toutes vos existences futures. On lit dans le Sutra Roku haramitsu qu'il faut devenir maître de son coeur et non laisser son coeur devenir le maître.

Quelle que soit la difficulté présente, considérez-la comme aussi éphémère qu'un rêve et ne pensez qu'au Sutra du Lotus. L'enseignement de Nichiren était particulièrement difficile à croire au début, mais maintenant que mes prédictions se sont vérifiées, ceux qui m'ont calomnié à tort doivent se repentir. Même si d'autres, hommes et femmes, deviennent mes disciples à l'avenir, ils ne vous remplaceront pas dans mon coeur. Parmi ceux qui furent les premiers à croire en mon enseignement, beaucoup ont par la suite abandonné leur foi, par crainte d'être rejetés par la société. Et certains d'entre eux s'opposent maintenant à moi encore plus furieusement que ceux qui m'ont toujours calomnié. Du vivant de Shakyamuni, le moine Sunakshatra eut d'abord foi en l'enseignement du Bouddha. Mais par la suite, non content de l'abandonner, il s'opposa de manière si perfide au Dharma que le Bouddha lui-même ne put le sauver de l'enfer avici.

Cette lettre est tout particulièrement destinée à Munenaga. Elle devrait être lue aussi par sa femme et celle de Munenaka.

Namu Myoho Renge Kyo.
Namu Myoho Renge Kyo.

Nichiren

ARRIÈRE-PLAN - Les deux frères Ikegami, Munenaka et Munenaga, adoptèrent la pratique du bouddhisme orthodoxe à peu près à la même époque que Shijo Kingo. L'aîné, Munenaka, fut le premier à se convertir, probablement en 1256, et son jeune frère le suivit peu après. Tous deux étaient fonctionnaires du shogunat de Kamakura, et leur père, Yasumitsu, occupait un poste important au ministère des Travaux publics. Des problèmes devaient nécessairement surgir pour les deux frères un jour où l'autre, car leur père était un adepte convaincu de Ryôkan, grand patriarche de l'école Ritsu, et personnage très actif en politique. En avril 1275, Yasumitsu déshérita l'aîné de ses fils. Quelle qu'ait pu être son hostilité à l'égard de la religion de son fils, il fallut sans doute une incitation extérieure pour l'amener à prendre une mesure si radicale.
Etre renié de cette manière par son père était une sanction extrêmement grave. Le droit d'aînesse était bien établi dans la société japonaise, et donnait droit non seulement à la jouissance des biens, mais au prestige social de sa famille. L'individu n'existait guère hors du contexte familial, et des siècles de rivalités internes, d'inimitiés et même de meurtres témoignent de l'enjeu que pouvait représenter la position d'aîné dans une fratrie. Les sanctions économiques et sociales à l'encontre des personnes désavouées étaient terribles, et elles subissaient une série d'épreuves qu'il est difficile d'imaginer dans les sociétés modernes relativement libérales.
Nichiren Daishonin soupçonnait Ryokan d'être l'instigateur de cette affaire. En reniant Munenaka, leur père était certain de provoquer une rivalité entre les deux frères et pourrait ainsi facilement inciter Munenaga, le plus faible, à troquer sa croyance contre l'héritage du fief de son père. Depuis longtemps, Ryokan avait renoncé à entreprendre quoi que ce soit contre Nichiren Daishonin lui-même, mais pouvait aisément faire pression sur ses disciples. On a la preuve que c'est lui qui persuada Yasumitsu d'agir ainsi à l'égard de ses fils. [...]
Le père de Munenaka lui pardonna, mais le déshérita à nouveau deux ans plus tard, en 1277. Les deux frères continuèrent néanmoins leur pratique, suivant ainsi en tout point les conseils du Daishonin. Et en 1278, au bout de vingt-deux ans de pratique, ils parvinrent à convertir leur père au bouddhisme orthodoxe. (Commentaire ACEP)


Le seizième jour du quatrième mois de la douzième année de Bun'ei (1275)

En anglais : Letter to the Brothers

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=493&m=1&q=Letter%20to%20the%20Brothers
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_LetterBrothers.htm

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