Encouragements à une personne malade

(Encouragement à un malade)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 6, p. 21; SG* p.76.
Gosho Zenshu p. 1493 - Nanjo Hyoe Shichiro dono Gosho

13e j. du 12e m. de 1264, à Nanjo Hyoe Shichiro, le père de Nanjo Tokimitsu. Après la pérsecution de Komatsubara.

J'ai entendu dire que vous êtes malade. Est-ce vrai  ? Ce monde est celui de l'impermanence. Même les gens bien portants ne peuvent échapper à la mort, à plus forte raison les personnes malades. Ceux qui ont l'esprit de recherche devraient donc penser à leurs vies futures. Mais nos seules capacités ne nous permettent pas de nous préparer en esprit à la vie prochaine. (note) Nous ne pouvons y parvenir qu'en nous appuyant sur les enseignements du Bouddha Shakyamuni, maître originel de tous les simples mortels.

Toutefois, les enseignements du Bouddha sont d'une grande diversité. Est-ce parce que les pensées des êtres humains sont également très diverses  ? Quoi qu'il en soit, Shakyamuni enseigna pendant cinquante ans. Au cours des quarante et quelques premières années, il exposa successivement  : le Sutra Kegon* dans lequel il est dit : "L'esprit, bouddha et tous les êtres vivants n'appartiennent pas à trois catégories distinctes" ; les sutras Agama*, énonçant les principes de souffrance, non-substantialité, impermanence, et non-moi ; le Sutra Daijuku qui affirme que l'on ne peut dissocier le pur de l'impur ; le Sutra Daibon hannya qui énonce les principes d'identification mutuelle et de non-dualité  ; et les sutras Muryoju, Kammuryoju et Amida, qui parlent de la renaissance sur la Terre de la béatitude parfaite. Tous ces enseignements furent très clairement exposés afin de sauver tous les êtres humains aux périodes du Dharma correct, du Dharma formel et des Derniers jours du Dharma.

Néanmoins, pour une raison connue de lui seul, le Bouddha déclara, dans le Sutra Muryogi : "En exposant le Dharma de diverses façons, je me suis servi de moyens habiles. Mais au cours de ces quarante et quelques dernières années, je n'ai toujours pas révélé la vérité." Comme un parent revenant sur les termes d'une lettre de donation écrite précédemment, il revint sur tous les sutras exposés pendant les quelque quarante années précédentes, notamment ceux qui promettaient la renaissance sur la Terre de la béatitude parfaite, et il déclara que "même si on les pratiquait avec ferveur pendant d'innombrables asogi kalpa, ils ne pourraient jamais conduire à l'Éveil." Il réitéra cette affirmation dans le chapitre Hoben* (II) du Sutra du Lotus, lorsqu'il dit  : "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires, j'exposerai uniquement la Voie suprême". (réf) Par "en rejetant les enseignements provisoires", il invitait à rejeter le Nembutsu et les autres enseignements exposés durant cette période d'une quarantaine d'années.

Après être ainsi très clairement revenu sur ses enseignements antérieurs, il exprima sa véritable intention en disant  : "L'Honoré du monde expose depuis longtemps ses doctrines, il est temps maintenant qu'il révèle la vérité"(réf) et "Pendant longtemps le Tathagata a gardé le silence, il n'a pas enseigné immédiatement la vérité essentielle."(réf.) Puis, le bouddha Taho sortit des profondeurs de la Terre et apporta son témoignage en confirmant la véracité de tout ce qui avait été dit par Shakyamuni ; après quoi les bouddhas des dix directions s'assemblèrent dans les huit directions (note), et leurs longues et larges langues s'étirèrent jusqu'à toucher le Séjoir de Brahma. Tous les êtres des deux plans et des huit enseignements, réunis dans les deux lieux et les trois assemblées sans en excepter un seul, furent témoins de cela.

Mais, sans parler des personnes mauvaises, des non bouddhistes et des croyants d'autres religions, même parmi les bouddhistes, certains, ne tenant aucun compte de ces passages, ont une foi ardente en des enseignements provisoires antérieurs au Sutra du Lotus, tels que le Nembutsu. Ils le récitent avec dévotion dix fois, cent fois, mille fois, dix mille fois, et jusqu'à soixante mille fois par jour. Mais ils ne récitent pas une seule fois Namu Myoho Renge Kyo en dix ou vingt ans. N'est-ce pas préférer un acte de donation annulé à sa version définitive  ? Aux yeux des autres comme à leurs propres yeux, ceux qui agissent de la sorte peuvent passer pour des bouddhistes fidèles, mais si nous nous en tenons à l'enseignement du Bouddha lui-même, nous voyons bien que, en réalité, ils ne le suivent pas.

C'est pourquoi il est dit, dans le deuxième volume du Sutra du Lotus : "Maintenant, ce monde des trois plansest tout entier mon domaine. Les simples mortels qui y vivent sont tous mes enfants. Ce monde est en proie à de nombreuses difficultés et à des troubles dont je suis seul à pouvoir les délivrer. Mais j'ai beau les instruire et leur enseigner, ils ne parviennent ni à croire ni à accepter mon enseignement." (note)

Ce passage signifie que pour nous, simples mortels, le Bouddha Shakyamuni est Parent, Maître et Souverain. Pour nous, simples mortels, Amida, Yakushi et d'autres bouddhas peuvent avoir la qualité de Souverain mais pas celle de Parent ou de Maître. Shakyamuni est le seul et unique bouddha doté de ces trois vertus. Il existe quantité de parents, mais aucun n'est son égal. Il y a toutes sortes de maîtres et de souverains, mais aucun n'est plus respectable. Comment ceux qui s'opposent à l'enseignement de leur parent, maître et souverain pourraient-ils ne pas être abandonnés par les divinités du Ciel et de la Terre  ? C'est le plus grave manquement à la piété filiale. Voilà pourquoi il est dit  : "j'ai beau les instruire et leur enseigner, ils ne parviennent ni à croire ni à accepter mon enseignement." Quand bien même ils pratiqueraient les sutras antérieurs au Sutra du Lotus pendant cent, mille, dix mille ou cent mille kalpas, s'ils ne croient pas au Sutra du Lotus et s'ils ne récitent jamais, ne serait-ce qu'une fois, Namu Myoho Renge Kyo, ils n'accomplissent pas leur devoir de piété filiale. Ils seront donc abandonnés par les êtres sacrés* des trois phases de la vie et des dix directions, et haïs par les divinités du Ciel et de la Terre. C'est là le premier point des cinq guides pour la propagation.

Même en ayant commis les cinq forfaits, les dix mauvaises actions, ou d'innombrables autres méfaits, certaines personnes peuvent atteindre la bodhéité si elles ont des capacités supérieures. Devadatta et Angulimala en sont l'exemple. Et même des personnes de capacités médiocres peuvent parvenir à l'Eveil si elles s'abstiennent de commettre toute faute. Shuddhipanthaka en est l'exemple. Nos capacités sont encore plus médiocres que celles de Shuddhipanthaka. Nous ne distinguons pas mieux les couleurs et les formes que l'oeil d'un mouton. Nos états d'avidité, d'asura, d'ignorance sont si profonds que nous commettons chaque jour les dix mauvaises actions et, même sans commettre les cinq forfaits, nous nous rendons quotidiennement coupables de fautes similaires.

De plus, chacun s'oppose au Dharma faute plus grave encore que les dix mauvaises actions ou les cinq forfait.Rares sont ceux qui, en s'opposant au Sutra du Lotus, le dénigrent ouvertement, mais très peu ont véritablement foi en lui. Certains donnent l'apparence de croire, mais, en réalité, leur foi en ce Sutra est bien inférieure à celle qu'ils accordent au Nembutsu ou à d'autres enseignements. Et même ceux dont la foi est profonde ne réfutent pas les ennemis du Sutra du Lotus. Quelle que soit l'importance de nos bonnes actions, même si nous lisons et copions mille ou dix mille fois l'intégralité du Sutra du Lotus, ou même si nous maîtrisons la méditation sur le principe d' ichinen sanzen, si nous nous abstenons de réfuter les ennemis du Sutra du Lotus, cela suffit pour nous rendre impossible l'atteinte de l'Eveil. Imaginons une personne, au service de la cour impériale. Elle s'est peut-être acquittée correctement de sa tâche pendant dix ou vingt ans. Mais si, connaissant l'existence d'un ennemi de l'empereur, elle ne prévient pas la cour et n'éprouve pas personnellement de haine à l'égard de cet ennemi, tous les mérites acquis en de longues années de service s'en trouveront effacés ; au contraire, on la tiendra pour responsable du crime. Il faut savoir que les gens de notre époque commettent des oppositions au Dharma. C'est le deuxième point des cinq guides pour la propagation.

On appelle les mille ans qui suivirent la mort du Bouddha l'époque du Dharma correct, période où ceux qui observaient les préceptes étaient nombreux et où certains parvinrent à l'Eveil. Les mille ans de l'époque du Dharma correct ont été suivis d'une période de mille ans également, l'époque du Dharma formel. Durant cette période, ceux qui transgressèrent les préceptes étaient nombreux, et rares furent ceux qui parvinrent à l'Eveil. Cette époque du Dharma correct est suivie par celle des Derniers jours du Dharma, d'une durée de dix mille ans. Au cours de cette période, les êtres humains n'observent pas les préceptes et ne les transgressent pas non plus ; le pays est empli uniquement de personnes ignorant les préceptes. D'ailleurs, on l'appelle l'ère de l'impureté et du désordre. A une époque non corrompue, dans une ère de pureté, les hommes peuvent rejeter ce qui est erroné et reconnaître ce qui est juste, de même qu'un morceau de bois tordu peut être redressé en suivant le tracé au cordeau d'un charpentier.

Au cours des époques du Dharma correct et du Dharma formel, les cinq impuretés sont apparues et se sont développées de plus en plus, et à l'époque des Derniers jours du Dharma, elles pullulent. Elles font rage, non seulement comme des lames gigantesques qui, poussées par l'ouragan, viennent s'écraser sur le rivage, mais comme d'énormes vagues s'attaquant l'une l'autre. L'impureté de la pensée est telle que, une fois passées les époques du Dharma correct et du Dharma formel, en transmettant un enseignement mineur erroné, les hommes détruisent le Dharma d'une vérité insondable. Et ceux qui tombent dans les voies mauvaises parce que leur conception du bouddhisme est erronée sont encore plus nombreux que ceux qui y tombent pour avoir commis des crimes dans la société.

Maintenant, les deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma formel se sont écoulés, et nous sommes déjà entrés dans l'époque des Derniers jours du Dharma depuis plus de deux cents ans. Nous sommes désormais dans l'époque où, parce que l'impureté de la pensée prévaut, ceux qui tombent dans les voies mauvaises en croyant créer de bonnes causes sont plus nombreux que ceux qui y tombent en commettant des crimes. Même un ignorant peut reconnaître les mauvaises actions pour ce qu'elles sont et s'abstenir de les commettre. C'est comme éteindre un feu avec de l'eau. Mais, en pensant que toutes les bonnes actions se valent, les gens accomplissent des gestes de petite bonté sans comprendre qu'ils commettent du même coup un grand mal. Aussi, lorsqu'ils voient se délabrer des sanctuaires associés à Saicho*, à Ennin* et à d'autres Grands-maîtres, ils les laissent tomber en ruines sous prétexte que ces petits temples ne sont pas consacrés au Nembutsu. Ils préfèrent construire, à côté de ces sanctuaires, des bâtiments consacrés à la pratique du Nembutsu, et les terrains appartenant aux anciens sanctuaires sont confisqués au profit des édifices nouvellement érigés. Si l'on en croit un passage du Sutra Zobo Ketsugi, de telles actions engendreront peu de bienfaits. Il faudrait bien comprendre que même une action de médiocre bonté peut entraîner dans les Voies mauvaises si elle rend impossible une action de plus grande bonté.

Nous sommes au début de l'époque des Derniers jours du Dharma. Ceux qui pouvaient parvenir à l'Eveil grâce aux enseignements du Hinayana ou du Mahayana provisoire* ont tous disparu. Demeurent uniquement des gens que le sutra du Mahayana définitif* a seul le pouvoir de sauver. Sur une petite embarcation, il est impossible de transporter un énorme rocher. Les personnes mauvaises ou ignorantes sont comparables à un énorme rocher, et les sutras du Hinayana et du Mahayana provisoire*, au nombre desquels le Nembutsu, à une petite embarcation. Si l'on voulait guérir des plaies purulentes par des bains d'eau chaude dans une source thermale, un traitement aussi léger n'aurait aucun effet pour un mal aussi grave. Pour nous qui vivons à l'époque corrompue desDerniers jours du Dharma, pratiquer le Nembutsu et d'autres enseignements est aussi inutile que de planter du riz en hiver  ; cela ne correspond pas au temps. Voilà le troisième point des cinq guides pour la propagation.

Il faut également avoir une compréhension correcte du pays. Dans chaque pays, l'esprit des gens est différent. Un oranger du sud du fleuve Yangzi, transplanté au nord de la rivière Hui, devient un oranger à feuilles triples. Même des végétaux et des arbres non dotés de conscience évoluent en fonction du lieu. Comment des êtres dotés d'esprit ne changeraient-ils pas encore davantage en fonction du lieu où ils se trouvent !

Un ouvrage d'un Maître du tripitaka, Xuanzang, le Daito Saiiki Ki, décrit abondamment plusieurs royaumes d'Inde aux caractéristiques très différentes : dans certaines contrées, les habitants ne respectent pas les règles de la piété filiale, alors que dans d'autres ils les observent. Dans certains pays, l'état de colère domine, alors que dans d'autres, c'est l'ignorance qui prévaut. On trouve des pays où sont pratiqués uniquement les enseignements du Hinayana, d'autres, exclusivement ceux du Mahayana, d'autres encore où l'on passe indifféremment des pratiques du Mahayana à celles du Hinayana. Dans certains pays, les meurtres sont fréquents, ailleurs, le vol est courant ; certains pays produisent principalement du riz, et d'autres, du millet. Telle est la grande diversité des pays en Inde.

On peut se demander quel enseignement doit suivre le Japon pour que ses habitants se libèrent des souffrances de la naissance et de la mort. A cet égard on lit dans le Sutra du Lotus  : "Après la disparition du Bouddha, je propagerai largement le Sutra à travers tout le continent de Jambudvipa, sans jamais laisser son flot tarir."(réf.) Le passage indique que le Sutra du Lotus convient parfaitement aux habitants de Jambudvipa, le continent du Sud. Le bodhisattva Maitreya déclara  : "A l'Est se trouve un petit pays que les aptitudes de ses habitants prédisposent exclusivement aux enseignements du Mahayana (note)." Selon ce passage de traité, à l'Est du Jambudvipa, se trouve un petit pays que les capacités de ses habitants rendent particulièrement aptes à recevoir le Sutra du Mahayana définitif*. Dans son commentaire, Seng-zhao indique  : "Ce sutra est lié à un petit pays du Nord-Est."(réf.) Le Sutra du Lotus a donc un lien avec un pays du Nord-Est.

L'éminent moine Annen déclara  : "Dans mon pays, le Japon, tous croient dans le Mahayana."(réf.) Dans le Ichijo Yoketsu, Genshin* affirme  : "Les habitants du Japon tout entier ont en commun la capacité de parvenir à la bodhéité grâce à l'enseignement parfait* du Sutra du Lotus."

Ainsi, selon l'opinion exprimée avec autorité avant moi par le Bouddha Shakyamuni, le bodhisattva Maitreya, les maîtres du Tripitaka Shuryasoma et Kumarajiva, le Maître du Dharma Seng-zhao, le moine éminent Annen et le supérieur des moines Genshin*, les habitants de ce pays nommé Japon, de par leurs capacités, ont un lien tout particulier avec le Sutra du Lotus. Ceux qui pratiquent ne serait-ce qu'un verset ou un vers de ce Sutra sont certains d'atteindre la bodhéité car c'est l'enseignement avec lequel ils ont un lien. On peut comparer cela à l'attraction de la limaille de fer par un aimant, ou au dépôt de gouttes de rosée sur un miroir (note). D' autres pratiques de dévotion telles que le Nembutsu n'ont aucun rapport avec notre pays. Elles sont comme un aimant n'attirant pas le fer, ou un miroir sur lequel la rosée ne peut adhérer. C'est pourquoi Annen déclare dans ses commentaires  : "Ne pas utiliser l'enseignement du Véhicule unique, c'est se tromper soi-même et tromper les autres."(réf.) Ce passage indique que ceux qui enseignent aux habitants du Japon un sutra autre que le Sutra du Lotus, non seulement se trompent eux-mêmes mais, du même coup, égarent les autres. Il faut toujours tenir compte du pays lorsqu'on propage les enseignements bouddhiques. Il ne faut pas penser qu'un enseignement, parce qu'il convient à un pays, convient nécessairement à un autre. C'est là le quatrième point des cinq guides pour la propagation.

Enfin, dans un pays où le bouddhisme s'est déjà répandu, il faut aussi prendre en considération l'ordre de propagation. Pour propager le bouddhisme, il faut savoir quel enseignement a déjà été dispensé auparavant. De même, avant de prescrire un remède à un malade, il faut savoir quelle sorte de médication lui a déjà été administrée. Sinon, les différents médicaments peuvent avoir des effets contraires, et aller jusqu'à mettre la vie du malade en danger. Pareillement, diverses pratiques bouddhiques peuvent entrer en conflit et s'annuler mutuellement, jusqu'à porter atteinte à la vie de ceux qui les associent.

Dans un pays où seuls des enseignements non bouddhiques ont été jusqu'alors propagés, il convient d'utiliser le bouddhisme pour les réfuter. C'est ce que fit le Bouddha en Inde en réfutant les principes des brahmanes ; Kashyapa Matanga et Zhu Falan se rendirent en Chine et polémiquèrent avec les taoïstes ; et le prince Jogu, né ici, au Japon, vainquit Moriya par l'épée. Le même principe vaut à l'intérieur du bouddhisme même. Dans un pays où il s'est répandu, il faut combattre le Hinayana à l'aide des sutras du Mahayana, comme le fit le bodhisattva Asanga lorsqu'il réfuta les enseignements du Hinayana pronés par Vasubandhu. Dans un pays où il a été propagé, il faut réfuter le Mahayana provisoire* en exposant le Mahayana définitif* qui permit au Grand-maître* de remporter la victoire sur les Trois écoles de Chine du Sud et les sept écoles de Chine du Nord.

Pour ce qui est de notre pays, le Japon, voilà plus de quatre cents ans que la doctrine des deux écoles, Tendai et Shingon, s'y est propagée. Pendant cette période, on a généralement admis que les capacités des quatre catégories de bouddhistes, moines, nonnes, hommes et femmes laïques, convenaient parfaitement au Sutra du Lotus. Tous, bons ou mauvais, sages ou ignorants, peuvent connaître le bienfait continu jusqu'à la cinquantième personne. On peut les comparer aux monts Kunlun, où l'on ne peut trouver aucune pierre sans valeur, ou bien à l'île montagneuse de Penglai, totalement dépourvue de plantes vénéneuses.

Toutefois, il y a une cinquantaine d'années environ apparut Honen, un homme qui s'opposa ouvertement au Dharma. Il abusa tous les simples mortels en leur présentant un simple caillou comme une pierre précieuse, en les incitant à jeter le véritable joyau qu'ils possédaient déjà et à le remplacer par ce caillou-là. Cela correspond à ce que le cinquième volume du Maka Shikan appelle "prendre des bouts de tuile et des cailloux pour des joyaux brillants." Tous serrent dans leurs mains un vulgaire caillou en pensant qu'il s'agit d'un joyau précieux. Autrement dit, ils abandonnent le Sutra du Lotus pour réciter le nom du bouddha Amida. Mais lorsque je leur dis cela, ils deviennent furieux et calomnient le Pratiquant du Sutra du Lotus et, ce faisant, aggravent le karma de tomber dans l'enfer avici. Voilà le cinquième point des cinq guides pour la propagation.

Vous-même, en tenant compte de mes affirmations, vous avez rejeté le Nembutsu pour pratiquer le Sutra du Lotus. Mais à l'heure actuelle, vous êtes probablement redevenu adepte du Nembutsu. Souvenez-vous pourtant qu'abandonner le Sutra du Lotus pour la pratique du Nembutsu, c'est être comme un rocher qui, lâché du sommet d'une montagne, déboule dans la vallée ; comme la pluie qui, en tombant du ciel, se retrouve à terre. Il ne fait aucun doute que la personne qui agit ainsi tombera dans le grand l'enfer avici. Ceux qui avaient créé un lien avec les fils du bouddha Daitsu ont dû passer dans les Voies mauvaises une durée égale à sanzen-jintengo, et ceux qui avaient reçu la graine de la bodhéité dans le lointain passé, ont été contraints d'y demeurer pendant une durée équivalente à gohyaku-jintengo. Et ce parce que, en suivant de très mauvais amis, ils ont abandonné le Sutra du Lotus pour retomber dans des enseignements provisoires tels que le Nembutsu. Si les membres de votre famille sont des adeptes du Nembutsu, ils vous conseillent probablement de le pratiquer. Cela se comprend aisément puisqu'eux-mêmes ont foi en cet enseignement. Mais considérez-les comme des personnes qui se sont laissé tromper par Honen et ses disciples, serviteurs du démon. Faites surgir une foi inébranlable et ne tenez pas compte de leurs propos. Ce sont des stratagèmes du grand démon qui se déguise en moine vénérable ou pénètre dans le coeur d'un père, d'une mère ou d'un frère pour faire obstacle à notre bonheur dans la vie future. Quoi qu'ils vous disent, et quelles que soient les ruses qu'ils emploient pour vous pousser à abandonner le Sutra du Lotus, ne vous laissez pas convaincre.

Pensez-y : s'il existait des textes prouvant de manière irréfutable que la pratique du Nembutsu conduit à la renaissance sur la Terre pure, alors que j'affirme depuis douze ans que les adeptes du Nembutsu tomberont dans l'enfer avici, d'où vient que ces derniers, en aucune circonstance, ne les aient jamais utilisés contre moi  ? A vrai dire, leurs arguments doivent être bien faibles  ! Moi, Nichiren, je connais des enseignements comme ceux de Honen et de Shandao depuis l'âge de dix-sept ou dix-huit ans. Et les discours tenus de nos jours ne sont pas plus convaincants.

Sachant bien qu'ils ne pourraient pas l'emporter sur moi dans un débat de doctrine, ils essaient de me vaincre par la force et la supériorité numérique. Les croyants du Nembutsu se comptent par dizaines de millions et bénéficient de très nombreux soutiens. Moi, Nichiren, je suis seul, sans le moindre allié. On a peine à comprendre comment je suis encore vivant. Cette année même, le 1le jour du 11e mois, entre l'heure du Singe et l'heure du coq*, sur la grand-route de Matsubara, à Tojo, dans la province d'Awa, plusieurs centaines d'adeptes du Nembutsu m'ont tendu une embuscade. J'étais sans escorte. Je n'avais près de moi qu'une dizaine d'hommes dont trois ou quatre tout au plus étaient capables d'offrir une quelconque résistance. Une pluie de flèches s'est abattue sur nous, et les sabres ont fondu sur nos têtes à la vitesse de l'éclair. L'un de mes disciples a été tué sur le champ, et deux autres ont été gravement blessés. J'ai moi-même été frappé et blessé, et je me suis demandé si ma dernière heure n'était pas venue. Mais contre toute attente, j'ai réussi à échapper à cette attaque et à survivre jusqu'à présent.

Cela n'a fait que rendre plus forte encore ma foi dans le Sutra du Lotus. On lit, dans le quatrième volume du Sutra : "Puisque haines et jalousies envers ce Sutra abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore dans le monde après son trépas  ? "(réf.) Et dans le cinquième volume : "Il y aura beaucoup d'hostilité dans le monde et il sera difficile de croire [en ce sutra]."(réf.) Ici, au Japon, nombreux sont ceux qui lisent et étudient le Sutra du Lotus. Beaucoup aussi ont été condamnés à subir sévices et châtiments pour avoir essayé de séduire une femme mariée, pour vol, ou pour divers autres crimes. Mais jamais personne encore n'avait reçu de blessures pour sa seule fidélité au Sutra du Lotus. Les Japonais qui croient en ce Sutra n'ont donc pas encore vérifié la justesse des passages que je viens de citer. Moi seul, Nichiren, ai lu le Sutra avec ma propre vie. Je comprends le sens du passage  : "Nous ne sommes attachés ni à notre corps ni à notre vie ; notre seul désir est d'accéder à la Voie suprême."(réf.) Je suis donc, moi, Nichiren, le premier Pratiquant du Sutra du Lotus au Japon.

Si vous quittez cette vie avant moi, allez vous présenter devant Bonten, Taishaku, les quatre grands Rois du Ciel et le grand roi Yama. Dites-leur que vous êtes un disciple du moine Nichiren, le premier Pratiquant du Sutra du Lotus au Japon. Et il serait impossible alors qu'ils vous reçoivent mal. Mais si vous avez le coeur divisé, si vous pratiquez tantôt le Nembutsu tantôt le Sutra du Lotus, par crainte de ce que pourraient dire les autres, vous aurez beau leur dire que vous êtes un disciple de Nichiren, ils ne vous prêteront pas attention. Si tel était le cas, il ne faudrait pas m'en tenir rigueur. Toutefois, le Sutra du Lotus a le pouvoir d'exaucer nos prières en cette vie-ci, vous pouvez donc surmonter votre maladie et survivre. J'aimerais alors vous rendre visite le plus rapidement possible et parler avec vous. Une lettre ne suffit pas pour tout dire, et dans celle-ci je ne trouve pas les mots pour exprimer toute ma pensée. J'en resterai là pour l'instant.

Avec mon profond respect,
Nichiren

Le 13e jour du 12e mois de la première année de Bun'ei [1264]

ARRIÈRE-PLAN - Nichiren Daishonin écrivit cette lettre le 13e jour du 12e mois de 1264, à l'âge de quarante-trois ans. Son destinataire était Nanjo Hyoe Shichiro, le père de Nanjo Tokimitsu. Un mois environ s'était écoulé depuis que Tojo Kagenobu, administrateur du village de Tojo, avait tenté de tuer Nichiren Daishonin à Komatsubara, dans la province d'Awa, le 11e jour du 11e mois. La haine de Kagenobu, fervent adepte du Nembutsu, avait déjà contraint Nichiren Daishonin à fuir Awa, juste après la première proclamation publique de son enseignement en 1253, et il n'avait pu y retourner depuis. Cependant, en 1264, un an après le pardon qui lui permit de revenir de l'exil d'Izu, et alors qu'il séjournait de nouveau à Kamakura, Nichiren Daishonin, apprenant que sa mère était gravement malade, regagna sa province natale malgré les dangers que présentait pour lui un tel voyage. Ses prières pour le rétablissement de sa mère ayant été suivies d'effet, il demeura à Awa et se consacra à la propagation du Dharma merveilleux. A ce moment-là, un croyant nommé Kudo Yoshitaka invita Nichiren Daishonin à lui rendre visite. Alors qu'il se rendait d'un temple appelé Renge-ji à la résidence de Yoshitaka, Nichiren Daishonin et les personnes qui l'accompagnaient tombèrent dans une embuscade tendue par Tojo Kagenobu et ses hommes au lieu-dit Komatsubara. On connaît cet incident sous le nom de Persécution de Komatsubara. Même après cette agression délibérée, Nichiren Daishonin demeura à Awa où il poursuivit ses efforts de propagation.
Peu après la persécution de Komatsubara, Nichiren Daishonin apprit que Nanjo Hyoe Shichiro était tombé malade et lui écrivit cette lettre pour l'encourager. Nanjo Hyoe Shichiro était l'administrateur du village d'Ueno dans le district du Fuji, dans la province de Suruga. On l'appelait aussi le seigneur Ueno. Entre 1260 et 1261, ou peut-être entre 1263 et 1264, au cours d'un voyage officiel à Kamakura, il rencontra Nichiren Daishonin et se convertit à son enseignement. Cependant, il ressort de cette lettre qu'il demeurait profondément attaché à sa croyance antérieure dans le Nembutsu et qu'il hésitait à se consacrer exclusivement à la pratique du Sutra du Lotus.(Commentaire ACEP)

En anglais : Encouragement to a Sick Person

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=76&m=1&q=Encouragement%20to%20a%20Sick%20Person
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_EncourageSickPerson.htm
- http : //www.sgilibrary.org/view.php ?page=82&m=0&q=

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