Lettre à Shomitsu-bo

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 5, p. 267 ; SG* p. 870.
Gosho Zenshu p. 896 - Shomitsu-bo Gosho

Minobu, 1277 à Shomitsu-bo

 

Pour ce qui est du Sutra Vairocana*, Shubhakarasimha*, Amoghavajra* et Vajrabodhi* ont déclaré que, sur le plan des principes, le Sutra Vairocana* et le Sutra du Lotus étaient identiques, mais que, par rapport aux mudra et aux mantra dharani*, le Sutra du Lotus est inférieur. Par contre, les moines chinois Liangxu, Guanxiu et Weijuan ont déclaré que le Sutra Vairocana* ne pouvait pas soutenir la comparaison avec le Sutra Kegon*, le Sutra du Lotus ou le Sutra du Nirvana, mais n'était qu'un sutra entrant dans la catégorie Hodo.

Le Grand-maître* Kukai*, au Japon, a déclaré : "Le Sutra du Lotus étant inférieur même au Sutra Kegon*, il n'est donc pas comparable au Sutra Vairocana*."(réf.) Il a affirmé aussi  : "Le Sutra du Lotus fut enseigné par Shakyamuni, tandis que le Sutra Vairocana fut enseigné par le bouddha Vairocana*. Le Maître de la doctrine proclamant l'enseignement, dans ces deux cas, n'est pas le même. De plus, le Bouddha Shakyamuni n'est rien d'autre qu'un messager du bouddha Vairocana*. Il a enseigné les doctrines exotériques qui ne sont rien de plus qu'un premier pas vers les doctrines ésotériques."(réf.) Et ailleurs, il déclare encore  : "Le bouddha du chapitre Juryo* (XVI), coeur du Sutra du Lotus, est un bouddha du point de vue des enseignements exotériques  ; mais, du point de vue des enseignements ésotériques, il n'est rien de plus qu'un simple mortel, prisonnier des illusions et des désirs, et entravés par eux."(réf.)

Nichiren, après réflexion, voudrait dire ceci  : le Sutra Vairocana* fait partie des traductions les plus récentes (note) et fut transmis en Chine par le Savant-maître* Shubhakarasimha* d'Inde, sous le règne de l'empereur Xuanzong de la dynastie des Tang, dans la quatrième année de l'ère Kai-yuan (716). Le Sutra du Lotus est l'une des traductions les plus anciennes, transmises en Chine par le Savant-maître* Kumarajiva, à l'époque des Jin postérieurs (384-417). Un intervalle de plus de trois cents ans sépare ces deux traductions.

Cent ans ou plus après l'introduction du Sutra du Lotus en Chine, le Grand-maître* Zhiyi* établit, dans le domaines des études doctrinales, la classification des cinq périodes et des quatre enseignements. Il réfuta les interprétations doctrinales avancées par les lettrés pendant les plus de cinq cents années précédentes, et, par sa pratique de la méditation-samadhi, s'éveilla à la vérité d'ichinen sanzen, comprenant pour la première fois le principe du Sutra du Lotus. L'école Sanron, créée avant la naissance du Grand-maître* Zhiyi*, et l'école Hosso, créée après sa mort, enseignèrent toutes deux un principe des huit mondes-états (note) mais ne mentionnèrent jamais dix mondes-états. Par conséquent, ces deux écoles ne pouvaient en aucune manière établir le principe d'ichinen sanzen.

L'école Kegon eut ses débuts dans l'enseignement des différents maîtres de la Chine du Nord et du Sud avant la venue de Zhiyi*. Ces maîtres ont déclaré que le Sutra Kegon* était supérieur au Sutra du Lotus, mais, à l'époque, ils ne se désignaient pas eux-mêmes comme l'école Kegon. Fa-zang et Cheng-guan, qui vécurent à l'époque de l'impératrice Zuo-tian, épouse de l'empereur Gao-zong des Tang, furent les premiers à utiliser le terme d'école Kegon.

Cette école, dans ses interprétations doctrinales, établit les cinq enseignements, et, pour sa pratique de la méditation, énonce les principes des dix mystères et des six formes, Tous ces enseignements semblent extrêmement impressionnants, et l'on pourrait penser qu'avec eux Cheng-guan aurait pu réfuter les enseignements de Zhiyi*. Mais, en fait, Cheng-guan se borna à emprunter le principe d'ichinen sanzen énoncé par Zhiyi*, et à le définir comme la véritable intention contenue dans le passage du Sutra Kegon* qui dit : "L'esprit est comparable à un peintre de talent." Par conséquent, nous pourrions dire que l'école Kegon fut en réalité vaincue par Zhiyi*, ou peut-être qu'elle fut coupable de voler le principe d'ichinen sanzen. Cheng-guan, sans aucun doute, observait très rigoureusement les préceptes. Il ne transgressa jamais, si peu que ce soit, aucune des règles du Mahayana ou du Hinayana. Et pourtant il a volé le principe d'ichinen sanzen. Le fait mériterait d'être connu et transmis.

Il n'a pas été établi de manière certaine si le terme école Shingon fut utilisé en Inde ou non. Il se pourrait simplement que, parce qu'un certain nombre de sutras sont appelés sutras Shingon, Shubhakarasimha* et d'autres aient donné le nom d'"école" aux enseignements basés sur ces sutras quand ils les introduisirent en Chine. C'est un point qu'il faut garder en mémoire.

En particulier, il faudrait noter que, quand Shubhakarasimha* entreprit d'évaluer les mérites relatifs du Sutra du Lotus et du Sutra Vairocana*, il avança cette interprétation que tous deux sont "équivalents d'un point de vue théorique, mais que le dernier est supérieur en termes de pratique." Par cela, il voulait dire que, bien que le principe d'ichinen sanzen soit le même dans le Sutra du Lotus et dans le Sutra Vairocana*, le Sutra du Lotus ne mentionne ni mudra ni mantra dharani*, et que, par conséquent, du point de vue des pratiques qu'il enseigne, il est inférieur au Sutra Vairocana*. Puisque l'on n'y trouvait pas concrètement l'énoncé des formules pour la pratique, on ne pouvait pas dire qu'il représentait les enseignements ésotériques à la fois du point de vue de la théorie et de la pratique. De nos jours, au Japon, nombreux sont ceux qui, parmi les gens du peuple aussi bien que parmi les maîtres des diverses écoles, partagent cette opinion de Shubhakarasimha*, y compris les maîtres de l'école Tendai, qui devraient pourtant être les derniers à le faire. A cet égard, ils ne sont en rien différents des membres des diverses écoles qui, bien que jaloux [des croyants du Nembutsu], se sont tous mis à invoquer le nom d'Amida, en abandonnant totalement l'objet de culte particulier de leur propre école. Ainsi, les maîtres du Tendai ont tous régressé au niveau des croyants du Shingon.

J'ai éprouvé la plus grande méfiance à l'égard du raisonnement qui sous-tend l'argumentation de Shubhakarasimha*. Ce Savant-maître* Shubhakarasimha* déclare que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana* sont égaux en principe, mais que ce dernier est supérieur du point de vue de la pratique. Il prend le principe d'ichinen sanzen, que le Grand-maître* Zhiyi* fut le premier à formuler, et prétend le trouver dans le Sutra Vairocana*, et, à partir de là, déclare arbitrairement que les deux sutras sont identiques. Mais devons-nous admettre une telle affirmation ?

Par exemple, il y a bien longtemps, Hitomaro (réf.) composa un poème :

Comme je me souviens bien -
Pâle, pâle dans la brume du matin
Ce bateau disparaissant au loin
Dans la baie d'Akashi,
Au-delà des îles.

Ki no Shukubo, Minamoto no Shitagau, et bien d'autres ont admiré ce poème, l'appelèrent "le père et la mère de la poésie." Imaginez maintenant que quelqu'un, se prétendant l'auteur de ce poème, sans en changer une syllabe, entreprenne de réciter le poème d'Hitomaro, en proclamant que son talent n'est en rien inférieur à celui d'Hitomaro. Qui pourrait être dupe d'une telle vantardise  ? Des personnes ignorant tout de la littérature - des chasseurs ou des pêcheurs par exemple - peut-être.

Or ce principe d'ichinen sanzen, pour la première fois défini par le Grand-maître* Zhiyi*, est le père et la mère des bouddhas. Pourtant, à peu près cent ans plus tard, Shubhakarasimha* vola ce principe, et affirma dans ses écrits que le Sutra Vairocana* et le Sutra du Lotus étaient égaux du point de vue théorique et qu'ils avaient en commun un principe, celui d'ichinen sanzen. Une personne dotée de sagesse ou d'intelligence devrait-elle prêter foi à une déclaration de ce genre ?

Shubhakarasimha* prétend plus loin que le Sutra Vairocana* est supérieur du point de vue de la pratique parce que, dans le Sutra du Lotus, ne sont mentionnés ni mudra ni mantra dharani*. Dans ce cas, compare-t-il les mérites du Sutra du Lotus et du Sutra Vairocana* dans leurs textes en sanskrit  ? Ou parle-t-il des mérites relatifs de leurs traductions en chinois ?

La traduction du Hokke Giki (rituels basés sur le Sutra du Lotus) par le Savant-maître* Amoghavajra* indique que le Sutra du Lotus contient, en réalité, des mudra et des mantra dharani*. Et la traduction plus ancienne du Sutra Ninno par Kumarajiva ne contient ni mudra ni mantra dharani*  ; mais la traduction plus récente du même sutra par Amoghavajra* contient bel et bien des mudra et des mantra dharani*.

En Inde, d'innombrables pratiques de ce genre étaient très probablement associées à ces divers sutras. Mais, parce que l'Inde et la Chine sont des pays très éloignés et qu'il était difficile de tout transporter, les sutras furent abrégés [lorsqu'ils furent introduits en Chine].

Le Sutra du Lotus ne mentionne ni mudra ni mantra dharani*, mais il a le mérite de déclarer que les personnes des deux véhicules pourront atteindre la bodhéité ; il donne même le nom des kalpas au cours desquels cela se produira, les terres où cela aura lieu et le nom que les divers auditeurs-shravakas porteront lorsqu'ils deviendront bouddha. On y lit aussi que le Bouddha atteignit l'Eveil dans un passé illimité. Le Sutra Vairocana* a beau décrire des mudra et des mantra dharani*, il ne dit rien de l'atteinte de la bodhéité par les personnes des deux véhicules ou de l'Eveil primordial du Bouddha dans un passé illimité.

Si nous comparons ce principe de l'atteinte de la bodhéité par les personnes des deux véhicules à la question des mudra et des mantra dharani*, nous voyons que leur degré d'importance est aussi différent que le ciel de la terre. Dans les divers sutras enseignés par le Bouddha pendant quarante et quelques années avant qu'il expose le Sutra du Lotus, les personnes des deux véhicules étaient décrites comme [aussi incapables d'atteindre la bodhéité que] des graines pourries qui ne pourraient germer. Elles étaient condamnées non seulement une fois ou deux, mais dans d'innombrables passages, sutra après sutra. Mais, dans le Sutra du Lotus, tous ces passages sont réfutés ; et il est proclamé que les personnes des deux véhicules peuvent, en réalité, atteindre la bodhéité.

Quant aux mudra et aux mantra dharani*, où et dans quel sutra pourrait-on trouver un seul passage les condamnant  ? Et puisqu'ils n'ont jamais été condamnés, le Sutra Vairocana*, comme beaucoup d'autres sutras, n'hésite pas à mentionner les mudra et les mantra dharani* et par conséquent à les enseigner.

Un mudra est un geste fait avec la main. Mais si la main appartient à une personne incapable de devenir bouddha, comment des mudra faits avec la main pourraient-ils la conduire à la bodhéité  ? Un mantra dharani* est un mouvement articulé par la bouche. Mais si la bouche appartient à une personne incapable de devenir bouddha, comment les mantra dharani* prononcés par la bouche pourraient-ils la conduire à la bodhéité  ? Si elle ne rencontre pas le Sutra du Lotus, une personne des deux véhicules peut bien pratiquer les mudra et les mantra dharani* de plus de mille deux cents Honorés pendant d'innombrables kalpas, elle n'atteindra jamais la bodhéité, par le corps, la bouche ou l'esprit.

Ceux qui prétendent supérieur [au Sutra du Lotus] un texte qui ne dit rien de la possibilité, pour les personnes des deux véhicules, d'atteindre la bodhéité, uniquement parce qu'il comporte des mudra et des mantra dharani*, sont nécessairement des voleurs, du point de vue des principes, et des hérétiques, du point de vue de la pratique - des gens qui considèrent comme supérieur ce qui est inférieur. Parce qu'il commit cette erreur, Shubhakarasimha* fut puni par Yama, le roi des enfers. Par la suite, il s'en repentit, révéra le Grand-maître* Zhiyi* et eut foi dans le Sutra du Lotus ; et, de cette manière, il évita le royaume du mal.

Le Sutra Vairocana* ne fait pas la plus petite allusion à l'Eveil atemporel du Bouddha dans un passé illimité. Et pourtant, cet Eveil atemporel est la source de l'Eveil de tous les bouddhas. Si nous comparions l'Eveil atemporel du Bouddha dans le passé illimité à un vaste océan, nous pourrions dire que les plus de mille deux cents Honorés de l'école du Shingon sont les poissons et les oiseaux qui l'habitent. Sans la révélation que le Bouddha atteignit l'Eveil à une époque infiniment plus lointaine, les plus de mille deux cents Honorés seraient comme autant de brins d'herbe flottant sans racine, ou comme la rosée nocturne s'évaporant au lever du soleil.

Les adeptes de l'école Tendai ne comprennent pas cela et se laissent tromper par les maîtres du Shingon. Et les maîtres du Shingon eux-mêmes, ignorant les erreurs de leur propre école, continuent à élaborer en vain des théories erronées qui ne peuvent les conduire que dans les mauvaises voies de l'existence.

Non seulement le moine Kukai* ne comprit pas cela, mais il emprunta même une théorie fausse de l'école Kegon, déjà réfutée par le passé ; et il fit sienne l'idée erronée que le Sutra du Lotus est même inférieur au Sutra Kegon*. C'est d'une aussi grande absurdité que de disserter sur l'épaisseur de la fourrure des tortues ou de s'interroger sur la nature des cornes de lapins. Puisqu'il n'y a jamais eu de poil sur la carapace des tortues, pouvons-nous comparer l'épaisseur de leur fourrure  ? Puisqu'on n'a jamais vu de lapin avec des cornes, à quoi servent tous les discours sur les cornes de lapin ?

Même ceux qui déclareraient [comme Shubhakarasimha*] que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana* sont équivalents sur le plan théorique ne pourraient échapper à la punition du roi Yama. Comment donc, dans ces conditions, celui qui déclare le Sutra Kegon* inférieur au Sutra Vairocana* et le Sutra du Lotus lui-même inférieur au Sutra Kegon* pourrait-il ne pas être accusé d'opposition au Dharma  ? Les personnes sont peut-être différentes, mais l'opposition reste la même. Cela nous fait parfaitement comprendre pourquoi le principal disciple de Kukai*, l'administrateur des moines Kakinomoto no Ki, se changea en démon bleu. Si Kukai* ne s'est pas repenti de ses erreurs et ne les a pas rectifiées, il réside certainement toujours dans le royaume du mal. Quel sera donc le sort de ceux qui le suivent ?

Question : Moine, pourquoi es-tu le seul à déverser sur les autres des propos aussi infamants ?

Réponse : Moi, Nichiren, je ne condamne pas les autres. Je ne fais que souligner certains points douteux dans leurs doctrines. Si quelqu'un désire se fâcher contre moi, eh bien, qu'il se fâche !

Il y a bien longtemps, les doctrines du brahmanisme se répandirent dans les cinq régions de l'Inde et y prévalurent pendant huit cents ou mille ans, tant et si bien que chacun des rois faisant tourner la roue, jusqu'aux myriades de gens du peuple, inclina la tête en signe de respect. Et pourtant, chacune des quatre-vingt-quinze écoles [du brahmanisme] a été, de la première à la dernière, réfutée par le Bouddha. Les doctrines fallacieuses des moines de l'école Shoron ont prévalu pendant plus de cent ans, mais, par la suite, elles furent réfutées ; et les principes erronés des maîtres bouddhistes de la Chine du Nord et de la Chine du Sud, après avoir été acceptés pendant plus de trois cents ans, furent également réfutés. Au Japon, les doctrines des six écoles de Nara furent réfutées après avoir été acceptées pendant plus de deux cent soixante ans ; en fait, le Grand-maître* Saicho* réfute certaines d'entre elles dans quelques-uns de ses écrits.

Au Japon, cinq écoles représentent le bouddhisme du Mahayana - les écoles Hosso, Sanron, Kegon, Shingon et Tendai. Il y a trois écoles du Hinayana - Kusha, Jojitsu et Ritsu. Puis, même si, en principe, les écoles Shingon, Kegon, Sanron et Hosso se rattachent au Mahayana, lorsqu'on les étudie attentivement, on découvre qu'elles appartiennent en fait au Hinayana.

Une Ecole est digne de ce nom lorsqu'elle propose trois sortes d'enseignement : préceptes, méditation et prajna-sagesse. Sans parler pour l'instant de méditation ni de prajna, nous voyons bien que, par les préceptes qu'elles énoncent, les diverses écoles se divisent clairement en Hinayana et Mahayana. Ni la branche To-ji de l'école Shingon ni les écoles Hosso, Sanronou Kegon n'ont leur propre sanctuaire pour conférer les préceptes ; c'est pourquoi elles doivent utiliser le sanctuaire du Todai-ji à Nara. Autrement dit, elles se rattachent aux préceptes énoncés par l'école Ritsu, une Ecole du Hinayana, préceptes sans plus de valeur que du lait d'ânesse ou des immondices malodorants. Par les préceptes qu'elles observent, toutes ces écoles entrent dans la catégorie du Hinayana.

Le Grand-maître* Saicho* reçut l'enseignement des deux écoles, Tendai et Shingon [en Chine], et les rapporta au temple Enryaku-ji, sur le Mont Hiei. Mais, en voulant créer un sanctuaire pour conférer les préceptes (kaidan), Saicho* aspirait à la méditation parfaite, à la sagesse parfaite et aux préceptes parfaits menant à l'Eveil parfait sans supérieur et immédiat selon l'école Tendai. Il semble bien qu'il jugea incorrecte l'utilisation du terme "école" pour désigner le Shingon comme une doctrine distincte de l'école Tendai. Dans le mémorandum qu'il adressa à la cour impériale, il mentionne les pratiques shikan (concentration et intuition) et shingon (la discipline de Vairocana) de l'école Tendai-Hokke. Et le serment concernant les préceptes transmis par Saicho* à son disciple Ennin* parle, en fait, des "shikan et shingon de l'école Tendai-Hokke", en évitant clairement l'emploi du terme "école Shingon".

L'école Tendai-Hokke est considérée comme fondée par le Bouddha, établie par le Bouddha Shakyamuni lui-même. L'école Shingon fut l'invention de personnes ordinaires, et ses maîtres et lettrés des époques ultérieures furent ceux qui commencèrent à utiliser les termes "école Shingon" pour se désigner eux-mêmes. Toutefois, ils attribuèrent la fondation de leur école au bouddha Vairocana* et au bodhisattva Maitreya. Mais seule l'école qui se consacre exclusivement au Sutra du Lotus correspond aux véritables intentions du Bouddha Shakyamuni.

Les enseignements du Hinayana se subdivisent en deux, dix-huit écoles, ou même vingt écoles (note)  ; mais, essentiellement, toutes ces écoles exposent un seul et même principe, celui de l'impermanence de tous les phénomènes. L'école Hosso enseigne que tous les phénomènes naissent seulement de l'esprit, mais ont une existence réelle. D'innombrables branches différentes se rattachent aux enseignements du Mahayana, mais, dans la mesure où elles souscrivent à cette idée - que l'esprit seul donne naissance à tous les phénomènes mais que les phénomènes ont une existence réelle -, on pourrait les considérer comme une seule école. L'école Sanron enseigne que tous les phénomènes naissent uniquement de l'esprit et qu'ils sont sans existence réelle. Là encore, il y a d'innombrables écoles du Mahayana, mais, dans la mesure où elles souscrivent à cette idée - que l'esprit seul est à la source de tous les phénomènes, et que les phénomènes n'ont pas d'existence réelle -, on peut considérer qu'elles constituent une même école. Ainsi, toutes ces écoles mettent l'accent sur l'une ou l'autre des deux vérités partielles du Mahayana : que les phénomènes ont une existence réelle, ou qu'ils sont, par nature, non-substantiels (ku) (note).

Quant aux écoles Kegon et Shingon, si nous voulions être indulgents avec elles, nous pourrions dire qu'elles représentent la doctrine de la Voie du milieu (note) [qui échappe au dilemme de l'existence ou de la non-existence], mais, si nous voulons être vraiment rigoureux, nous devons dire qu'elles sont au même niveau que les deux conceptions des phénomènes Mahayana mentionnées plus tôt. Par son contenu, le Sutra Vairocana* n'est plus même pas comparable aux sutras Kegon* ou Hannya*. Mais, parce que tant de personnes de haut rang ont foi en ce Sutra Vairocana*, la situation ressemble à celle d'un roi amoureux d'une femme d'humble condition. Le Sutra Vairocana* est comparable à une femme d'origine modeste, parce que ses principes ne vont pas au-delà de la notion de la Voie du milieu, [considérant la vraie nature de toute chose comme] indépendante de la non-substantialité (kutai) et de l'existence temporaire (ketai). Quant aux lettrés et aux maîtres qui adhèrent au Sutra Vairocana*, ils sont comparables à un roi parce qu'ils commandent le respect et exercent une grande influence sur le peuple.

Parce que nous vivons actuellement à l'époque des Derniers jours du Dharma où la sagesse des hommes est superficielle et où leur arrogance est grande, il est probable que personne ne tiendra compte des points que j'ai clarifiés dans la discussion ci-dessus. Mais, quand un sage ou un homme de vertu apparaîtra, la vérité entière se révélera sans aucun doute. Parce que je me préoccupe de votre sort, j'ai écrit cette lettre, afin qu'elle vous serve de guide. J'espère que vous l'étudierez lorsque vous en aurez le temps.

Les sujets abordés ici sont des principes doctrinaux importants. En rendant hommage au bodhisattva Kokuzo, vous devriez régulièrement pratiquer la lecture de ce texte à haute voix.

Envoyé à Shomitsu-bo.

Nichiren.

ARRIERE-PLAN. - En 1277, alors qu'il était âgé de cinquante-six ans, Nichiren Daishonin écrivit cette lettre du Mont Minobu à Shomitsu-bo, l'un de ses disciples vivant au temple Seicho-ji, dans la province d'Awa. On manque de données précises concernant Shomitsu-bo, mais il semble évident qu'il était un moine du temple Seicho-ji et devenu disciple de Nichiren Daishonin, dont, à l'occasion, il recherchait les directives. A l'époque, le supérieur du temple Seicho-ji était, pense-t-on, Joken-bo (Gijo-bo, d'après d'autres sources), un moine plus âgé que Nichiren Daishonin et qui se convertit par la suite à son enseignement. Dans un autre gosho adressé à ce supérieur, Nichiren Daishonin l'exhorte à discuter avec Shomitsu-bo de toute difficulté qui pourrait survenir au temple, et décrit Shomitsu-bo comme une personne au courant des affaires du monde (Gosho Zenshû, p. 901). Le temple Seicho-ji avait été fondé en 771 par un moine du nom de Fushigi (Mystère), qui y avait enchâssé une statue du bodhisattva Kokuzo qu'il avait sculptée dans le tronc d'un chêne. Un siècle plus tard, Jikaku, le troisième patriarche du Enryaku-ji avait rendu visite au Seicho-ji, après quoi ce temple était devenu une institution prestigieuse de la région. D'abord temple de l'école Tendai, Seicho-ji était peu à peu tombé sous diverses influences, d'abord celle du Shingon, puis celle de Jodo, l'école de la Terre pure, si bien qu'à l'époque de Kamakura (1185-1333) ces trois doctrines y étaient enseignées simultanément. En 1233, Nichiren Daishonin était entré dans ce temple pour y étudier le bouddhisme. Là, il récita Namu Myoho Renge Kyo pour la première fois et établit publiquement une nouvelle forme de bouddhisme, le vingt-huitième jour du quatrième mois, en 1253. (Commentaire ACEP)

En anglais : Letter to Shomitsu-bo

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=863&m=1&q=Shomitsu-bo
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_LetterShomitsubo.htm

Retour
haut de la page