Trois Grands Dharmas cachés
(Sandaihiho hon-joji)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP

Authenticité non prouvée - STN 2:1864

Minobu, le 8 du 4ème mois [27 avril 1281] à Ota Kingo.

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Dans le 7ème rouleau du Sutra du Lotus, au chapitre sur les Pouvoirs supranaturels, il est dit : "Dans ce Sutra j'ai révélé et expliqué brièvement toutes les doctrines des Ainsi-venus, tous leurs pouvoirs supranaturels sans entraves (note), les mystères de leurs trésors et toute leur profondeur.

Et le Hokke Mongu interprète ce passage en disant  : "La profonde essence du Sutra du Lotus est contenue dans quatre phrases importantes."(réf.)

Question : Quelle est la doctrine dont parlent ces quatre phrases importantes ?

Réponse : Le Vénéré du monde n'a pas dévoilé cette doctrine au moment où il a commencé à exposer son enseignement juste après son Eveil, et même plus tard quand il a exposé les quatre premières saveurs et les trois enseignements, jusqu’au moment où il a explicité la doctrine de kokai-san-ken-ichi (3 véhicules en un). Il l’a gardée secrète jusqu’au moment où il a commencé à enseigner la doctrine du Bouddha Sans commencement et à exposer ryaku gon-ken-on (clore le proche et révéler le lointain) contenu dans le chapitre des bodhisattvas Surgis de Terre, puis explicité plus tard dans le chapitre Longévité de la Vie de l'Ainsi-venu. Il y est expliqué que le Bouddha a en réalité atteint la bodhéité depuis l'éternité (gohyaku jintengo*). Telle est la doctrine du Véritable objet de dévotion (Gohonzon), du Lieu d'ordination (Kaidan) et du Titre sacré (Daimoku) exprimé par les cinq caractères Myo Ho Ren Ge Kyo.

Le Maître de la doctrine, le Vénérable Bouddha, a tenu cachée cette doctrine durant les trois phases de la vie (présent, passé, futur). Il ne l'a même pas confiée à Fugen ni à Manjushri, et encore moins aux autres disciples de rang inférieur.

C'est pourquoi le lieu au moment où les Trois grands Dharmas sont énoncées est différent de celui où fut révélée la doctrine transitoire des 14 premiers chapitres du Sutra du Lotus. En fait, le lieu de la révélation des Trois grands Dharmas est la Terre originelle de la lumière toujours paisible et le Maître qui a révélé cela est le Bouddha Atemporel des trois Corps, non-soumis à la production conditionnée* (musa sanjin). Ceux qui ont reçu cet enseignement étaient eux-aussi différents, c'étaient les disciples primordiaux, qui glorifiaient le Bouddha Eternel, les quatre bodhisattva conduits par Jogyo. Le Bouddha les a appelés depuis la Terre de la lumière paisible pour leur transmettre son enseignement.

Commentant ce passage Daoxuan Lushi dit : "La doctrine qui est exposée ici est la doctrine véritable de l'Eveil sans commencement et c'est pourquoi elle doit être confiée aux vrais disciples de l'Eveil primordial."

Question : Quand, après la disparition du Bouddha, cette doctrine doit-elle être exposée et enseignée  ?

Réponse : Il est écrit dans le 7ème rouleau du Sutra du Lotus au chapitre Yakuo* (XXIII)  : "Dans les cinquième cinq cent ans cette doctrine doit être enseignée et propagée parmi les hommes et ne laissez jamais son flot tarir."

Quand on examine avec respect les écritures on constate que 2000 ans ont passé depuis la disparition du Bouddha, s'étendant sur les époques du Dharma correct et du Dharma formel, et qu'actuellement nous vivons dans la dernière période de cinq cents ans, à "une époque où les querelles et les luttes feront rage entre mes disciples et où le Dharma pur aura disparu".

Question : La bienveillance de tous les bouddhas est comme la lune dans le ciel. Si les eaux de la réceptivité sont claires, la lune reflétera son image de bienfaits dans les eaux de la réceptivité de tous les hommes sans exception. Comment se fait-il que de trois époques, ceux du Dharma correct, du Dharma formel et des Derniers jours du Dharma, cette doctrine soit enseignée seulement dans les Derniers jours du Dharma ? Est-ce que cela ne signifie pas que la bienveillance du Bouddha est partiale et discriminante  ? Qu'en est-il  ?

Réponse : La lune du rayonnement serein de tous les bouddhas déverse ses rayons de bienfaits sur tous les êtres et illumine l'obscurité des neuf mondes mais sa lumière ne peut pas se réfléchir dans l'eau sale et boueuse des icchantika qui calomnient le Dharma correct.

En outre, les doctrines du Hinayana et du Mahayana provisoire* étaient appropriées pour ceux qui vivaient pendant les mille ans du Dharma correct, et avaient la réceptivité propre à cette période. Pour ceux qui vivaient pendant les mille ans du Dharma formel, seule les doctrines transitoires du Bouddha – contenues dans la première partie du Sutra du Lotus – étaient appropriées à leur réceptivité.

Mais dans ces cinq cent ans des Derniers jours du Dharma, nous sommes arrivés dans un temps où, même dans la deuxième série de 14 chapitres de la doctrine essentielle (honmon) nous ne devons pas tenir compte des treize autres, et enseigner seulement la doctrine du chapitre sur la Durée de Vie de l’Ainsi-Venu (réf.).

Cependant, cette doctrine n’aurait pas été appropriée à aux capacités que les hommes avaient pendant les deuxièmes cinq cent ans ans du Dharma formel, et beaucoup moins encore pour ceux qui sont dans les premiers cinq cent ans ans de cette même période. De la même manière, la doctrine transitoire (shakumon) – qui était appropriée pour la période du Dharma formel – n’aurait pas été capable de sauver les hommes de la période du Dharma correct : ils n’étaient pas susceptibles de comprendre la doctrine transitoire. Combien moins auraient-ils pu avoir compris la doctrine du Bouddha Atemporel !

Mais maintenant que nous sommes entrés dans les Derniers jours du Dharma, la doctrine transitoire est absolument incapable de libérer quiconque des chaînes de la vie et de la mort. La doctrine qui est maintenant nécessaire pour nous sauver des chaînes de la vie et de la mort est seulement celle contenue dans le chapitre sur la Longévité de l’Ainsi-Venu.

Si nous considérons ceci, nous voyons qu’il n’y a ni partialité ni discrimination dans la manière dont tous les bouddhas nous conduisent à l'Eveil.

Question : Je comprends maintenant clairement que, après la mort du Bouddha, la doctrine à enseigner fut confiée, aux disciples de l’Enseignement Originel (honmon) et à ceux de l’Enseignement transitoire (shakumon), conformément aux trois périodes du Dharma correct, du Dharma formel et des Derniers jours du Dharma. Mais je ne vois pas encore clairement sur quelle écriture est fondée votre déclaration, selon laquelle seule la doctrine contenue dans le chapitre Longévité de la Vie peut sauver les êtres vivants de cet âge impur et mauvais des Derniers jours du Dharma. Je voudrais bien entendre ces preuves scripturaires.

Réponse : Vous faites votre demande avec tant d’insistance que je vais répondre à votre question. Mais rappelez vous que, une fois que vous aurez écouté la réponse, vous devrez croire fermement. Il est dit, dans le chapitre sur la Longévité de la Vie : "J’ai préparé ce bon médicament, et je vais vous le laisser : prenez-le et buvez-le, et croyez fermement que cela va vous guérir".

Question : Maintenant, je peux voir clairement, d’après ce texte, que la doctrine contenue dans le chapitre sur la Longévité de la Vie est la seul qui peut sauver l’homme dans cet Age impur et mauvais des Derniers jours du Dharma. Après ceci, je ne devrais plus poser de questions indésirables. Et pourtant, je voudrais demander : quelle est l’essence des Trois grands Dharmas cachés ?

Réponse : Pour moi, Nichiren, il n’y a pas de sujet plus important que ces Trois grands Dharmas, et, comme votre désir est très louable, je vais en dire quelques mots.

L’Objet véritable de dévotion (Gohonzon) qui est inclu implicitement dans le chapitre sur la Longévité de la Vie est le Bouddha Atemporel des trois Corps non-soumis à la production conditionnée* (musa sanjin), le Maître et Seigneur Bouddha qui a atteint l’Eveil depuis l’éternité, et qui a une relation si profonde et si bienveillante avec notre monde. Dans le chapitre sur la Longévité de la Vie, ceci est traduit par les mots : "Les pouvoirs supranaturels secrets et immanents de l’Ainsi-Venu".

Le Hokke Mongu, dans son neuvième chapitre, interprète ce passage de la manière suivante : "Hi : «caché», signifie la vérité selon laquelle un Corps est égal aux trois Corps. Mitsu : «mystère» signifie la vérité selon laquelle les trois Corps sont égaux au Corps unique. Aussi, moi [Zhiyi*] j’appelle hi ce qui n’a pas été révélé depuis l’éternité, et j’appelle mitsu ce que le Bouddha seul est capable de savoir. Le Bouddha dans les trois phases de la vie est égal aux trois Corps - et cette vérité, il l’a gardée cachée et ne l’a révélée dans aucune autre écriture."

Le Titre Sacré (Daimoku) est de deux sortes : le Titre Sacré des périodes du Dharma correct et du Dharma formel, et celui des Derniers jours du Dharma. Vasubundhu et Nagarjuna avaient l’habitude de réciter le Texte Sacré, mais leur récitation du mantra n’allait pas plus loin qu’une pratique personnelle ascétique. A la période du Dharma formel, Huisi, Zhiyi* et les autres récitaient aussi le Titre sacré, mais cela également était simplement fait comme une pratique ascétique personnelle, et n’était pas enseigné pour le bénéfice des autres. C’était le Titre Sacré compris comme un concept à méditer.

Mais maintenant – comme nous vivons aux Derniers jours du Dharma – le Titre sacré que moi, Nichiren, je récite est nettement différent de celui des périodes précédentes : c’est le Namu Myoho Renge Kyo qui comprend à la fois la pratique personnelle et pratique pour autrui (jigyo keta). Ce sont les cinq mots qui expriment le Quintuple Mystère de "myo, tai, shu, yu, kyo".

Quant à l’Estrade d’Ordination (Kaidan), [elle sera établie] quand la loi du souverain et le Dharma du Bouddha seront unis et deviendront Un, et que souverain et sujets deviendront Un dans leur foi dans la doctrine des Trois grands Dharmas cachés [de sorte que] le même lien qui existait dans le temps entre le roi Utoku et le moine Kakutoku existera aussi dans le monde futur de l’Age impur et mauvais des Derniers jours du Dharma.

A ce moment, un édit impérial et un décret du shogun seront octroyés ; un endroit très élevé – semblable au Pic du Vautour – sera trouvé, et là l’Estrade d’Ordination sera implantée. Nous n’avons qu’à attendre le bon moment pour que cela se produise. Cela marquera l’avènement du Dharma véritable établie par le Bouddha parmi les hommes. A cette Estrade d’Ordination viendront, non seulement tous les habitants des trois pays – Inde, Chine et Japon – pour se repentir de leurs fautes et être sauvés, mais même Bonten et Taishaku et les autres dieux viendront et se rassembleront autour.

Une fois que ce Dharma du Bouddha sera établi, l’Estrade d’Ordination qui existe maintenant au Enryaku-ji perdra sa raison d’être, puisqu’elle est basée seulement sur les régles de la doctrine transitoire.

A partir du moment où la charge de zasu fut pour la première fois établie au Hieizan, les troisième et quatrième spérieurs des moines, Jitaku et Chigo, sans aucune raison, agirent contrairement aux enseignements du premier Maître Saicho* et de son disciple Gishin*, et déclarèrent que les doctrines conceptuelles du Shingon et du Sutra du Lotus avaient la même valeur, mais que, dans les conditions concrètes, le Shingon était supérieur au Sutra du Lotus. Ainsi apportèrent ils la disgrâce sur notre montagne (Hiei), et ridiculisèrent-ils le Sutra du Lotus et, sans raison, transformèrent-ils en boue les excellents préceptes qui étaient la Voie du milieu pure et sans tache jadis professée au Enryaku-ji.

Il est impossible d’exprimer par les mots à quel point une telle affaire est déplorable. Cette perte est même pire que celle qui arriverait si le sol de la montagne Marisan n’était plus bon qu’à faire des briques, et si les bosquets d’arbres de santal qui poussent là se transformaient en buissons épineux. Même s’il y avait des moines instruits qui pourraient encore percevoir les différences entre ce qui est correct et ce qui est erroné, et distinguer ce qui est objectif de ce qui est déformé, comme notre Maître le Bouddha nous l’a enseigné, comment pourraient-ils mettre le pied dans le Enrakyu-ji d’aujourd’hui  ?

Ils [les moines du Enrakyu-ji] devraient s’interroger et réfléchir sérieusement sur ce qui concerne la doctrine enseignée aujourd’hui au Enrakyu-ji, et comprendre clairement le principe exact de ce problème. Moi, Nichiren, j’ai reçu la transmission orale et directe de cette doctrine il y a plus de deux mille ans, personnellement de la bouche du Maître, le Grand Eveillé, le Vénérable Shakya, quand j’étais présent, en la personne du bodhisattva Jogyo, le premier des bodhisattvas auxquels il [le Bouddha] a ordonné de surgir de la Terre. L’oeuvre que j’accomplis maintenant ne consiste en rien d’autre qu’à réaliser la mission qui m’a alors été confiée sur le Pic du Vautour.

Telles sont les Trois grands Dharmas cachés non adultérés qui constituent la grande doctrine du chapitre sur la Longévité de la Vie du Tatagatha.

Question : Quels sont les passages scripturaires qui sont à la base de la doctrine ichinen sanzen (Une pensée contient trois mille conditions possibles de vie)  ?

Réponse : Comme je vais le montrer, il y a deux sortes de textes. Il est écrit dans le chapitre des Moyens salvifiques : "La véritable réalité de chaque chose réside dans les dix modalités d'expression de la vie" (nyoze)", et plus loin, un autre autre passage : "Tous les bouddhas et les Vénérables sont venus dans ce monde parce qu’ils voulaient faire connaître la sagesse du Bouddha à tous les êtres vivants."

Ceci est l'enseignement théorique* d'ichinen sanzen selon lequel homme ordinaire (bompu) du niveau le plus bas possède, dans son cœur, la graine pour devenir un Bouddha.

La seconde sorte de textes doit être cherchée dans le chapitre sur la Longévité de la Vie de l’Ainsi-Venu, là où il dit : "Mais, hommes de foi sincère, vraiment il y a toute une éternité qui s’est écoulée depuis que je suis devenu Bouddha, etc."

Ceci est la doctrine littérale d'ichinen sanzen, la doctrine que le Grand Eveillé, le Vénérable Eternel a réalisé depuis l’éternité.

Et maintenant, à l’époque de Nichiren, c’est la doctrine pratique que j’enseigne et propage de toutes mes forces.

J’ai gardé cette doctrine cachée dans mon coeur pendant de nombreuses années. Cependant, je sens maintenant que, si je ne la consigne pas par écrit et ne la transmets pas à mes futurs disciples, ils m’accuseront certainement d’être sans bienveillance.

A moins de devoir me repentir de ne pas avoir fait ce que j’aurais dû faire quand il sera trop tard, j’écris cette doctrine et je vous l’envoie : lisez-la et gardez-la pour vous. Ne la montrez pas et n’en parlez pas à qui que ce soit sans discernement : ils ne la comprendraient pas.

La raison pour laquelle tous les bouddhas sont venus dans ce monde pour prêcher le Sutra du Lotus, c’est parce que la doctrine des Trois grands Dharmas cachés y est contenue. S’il vous plaît, je vous en supplie, gardez-la pour vous  !

Le huitième jour du quatrième mois de la quatrième année de Koan [27 avril 1281]

Réponse au seigneur Ota Kingo.

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