La véritable réalité de la vie

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol.1, p. 97; SG* p. 386.
Gosho Zenshu p. 1358 - Shoho Jisso Sho

Sado - Ichinosawa, mai 1273 à Sairen-bo

 

Question. - Il est dit au chapitre Hoben* (II), dans le premier volume du Sutra du Lotus  : "l'aspect réel de tous les phénomènes ne peut être compris et partagée que par des bouddhas. Cette réalité consiste en l'apparence, la nature... et leur cohérence du début jusqu'à la fin."(réf.) Quel est le sens de ce passage  ?

Réponse. - Il signifie que tous les êtres et leur environnement dans chacun des dix mondes-états - du plus bas, l'état d'enfer, au plus élevé, l'état de bouddha - sont tous sans exception les manifestations de Myoho Renge Kyo. S'il y a environnement, un sujet s'y trouve nécessairement. Zhanlan* déclare  : "Le sujet (shoho) aussi bien que son environnement (eho) sont toujours des manifestations de Myoho Renge Kyo."(réf.) Il dit encore  : "L'aspect réel se révèle immanquablement dans tous les phénomènes, et tous les phénomènes possèdent immanquablement les dix modalités d'expression de la vie (nyoze). Les dix modalités opèrent immanquablement dans les dix mondes-états et les dix mondes-états caractérisent immanquablement à la fois le sujet et son environnement."(réf.) Et  : "Le sujet et l'environnement de l'enfer sont contenus tous deux dans la vie du bouddha. Par ailleurs, la vie et l'environnement du Bouddha ne transcendent pas la vie des personnes ordinaires."(réf.) Des explications aussi précises ne permettent aucun doute. Ainsi, toute vie dans l'univers est clairement Myoho Renge Kyo. Même les deux bouddhas, Shakyamuni et Taho, sont les fonctions de Myoho Renge Kyo qui apparurent pour dispenser à l'humanité les bienfaits de ce Dharma. Ils prirent la forme des deux bouddhas et, assis côte à côte dans la Tour aux Trésors, marquèrent leur accord en hochant la tête.

Nichiren est le seul à avoir jamais enseigné une telle doctrine. Zhiyi*, Zhanlan* et Saicho* la connaissaient dans leur coeur mais ils ne la proclamèrent pas à voix haute. Il y avait des raisons à leur silence : le Bouddha ne leur avait pas confié cette mission, le temps n'était pas encore venu et ils n'avaient pas été les disciples du Bouddha dans le passé illimité. Seuls Jogyo, Muhengyo, et les autres guides des bodhisattvas Surgis de Terre peuvent apparaître dans les cinq cents premières années des Derniers jours du Dharma pour propager les cinq caractères de Myoho Renge Kyo. Eux seuls sont qualifiés pour inscrire l'objet de vénération qui matérialise la cérémonie au cours de laquelle les deux bouddhas s'assirent côte à côte dans la Tour aux Trésors. Car ce Dharma et l'objet de vénération sont tous deux la concrétisation du principe d'ichinen sanzen révélé dans le chapitre Juryo* (XVI) de l'enseignement essentiel*.

Les deux bouddhas Shakyamuni et Taho ne sont que des fonctions du bouddha fondamental, tandis que Myoho Renge Kyo est le bouddha fondamental. C'est ce que le Sutra appelle "le secret de l'Ainsi-Venu et son mystérieux pouvoir"(réf.). "Le secret" désigne la réalité des trois Corps du Bouddha et "son mystérieux pouvoir", leurs fonctions. La réalité est le bouddha fondamental et la fonction, un bouddha transitoire. Un simple mortel est la réalité des trois Corps, ou le Bouddha fondamental. Le Bouddha est la fonction des Trois corps, c'est-à-dire un bouddha transitoire. On a cru que Shakyamuni était un être doté des trois vertus de souverain, maître et parent pour notre bien à nous, simples mortels, mais au contraire, c'est le simple mortel qui le dote de ces trois vertus.

Zhiyi* définit ainsi l'Ainsi-Venu  : "Tatagatha est le titre que l'on donne aux bouddhas des dix directions et des trois phases de la vie, aux deux bouddhas (note), aux trois bouddhas (note) et à tous les bouddhas, fondamental et transitoires."(réf.) Ici, ce que l'on appelle "bouddha fondamental" est un simple mortel tandis que le terme de "bouddha transitoires" s'applique au Bouddha. Il y a pourtant une différence très nette entre un bouddha et un simple mortel car un simple mortel est dans l'illusion alors qu'un bouddha est éveillé. Un simple mortel ne parvient pas à saisir qu'il possède lui-même à la fois la réalité et la fonction des trois Corps du Bouddha.

"Tous les phénomènes" dans le Sutra désigne les dix mondes-états, et "l'aspect réel" est ce qui imprègne les dix mondes-états. La réalité (shoho jisso) est un autre nom pour Myoho Renge Kyo ; par conséquent, Myoho Renge Kyo est manifeste dans tous les phénomènes. L'enfer se reconnaît à ses caractéristiques infernales  ; c'est la réalité de l'état d'enfer. Si, à leur place, apparaissent les caractéristiques du monde-état des asprits affamés, ce n'est plus le monde-état d'enfer. Un bouddha présente la réalité d'un bouddha et un simple mortel, celle d'un simple mortel. Tous les phénomènes sont en eux-mêmes des manifestations de Myoho Renge Kyo. C'est ce que signifie "tous les phénomènes révèlent l'aspect réel". Zhiyi* déclare : " Le principe profond de “l'aspect réel” est le Dharma originel Myoho Renge Kyo." Selon cette explication, "l'aspect réel" correspond aux enseignements théoriques* et "le Dharma originel Myoho Renge Kyo" correspond à l'enseignement essentiel*. Vous devriez méditer profondément ce passage.

Bien que peu digne d'un tel honneur, Nichiren fut néanmoins le premier à propager le Dharma merveilleux transmise au bodhisattva Jogyo pour qu'il le répande à l'époque des Derniers jours du Dharma. Nichiren fut aussi le premier à inscrire le Gohonzon, matérialisation du bouddha d'un passé illimité révélé par le chapitre Juryo* (XVI) de l'enseignement essentiel*, du bouddha Taho dont l'apparition est décrite dans le chapitre Hoto* (XI) de l'enseignement théorique*, et des bodhisattvas Surgis de Terre que l'on voit apparaître dans le chapitre Yujutsu* (XV). On peut haïr Nichiren mais on ne peut nier la réalité de son Eveil.

Aussi, avoir exilé Nichiren dans cette île lointaine est un crime impossible à expier, même au cours d'innombrables kalpas. On peut lire dans le chapitre Hiyu* (III) : "Un kalpa ne suffirait pas pour expier la gravité de ce crime." Par ailleurs, en faisant des offrandes à Nichiren et en devenant son disciple, on obtient des bienfaits que même la sagesse du Bouddha ne peut mesurer. On lit dans le chapitre Yakuo* (XXIII) : "Même la sagesse du Bouddha est incapable d'en évaluer l'étendue."

Nichiren seul commença à accomplir la tâche des bodhisattvas Surgis de Terre. Il se pourrait même qu'il soit l'un d'entre eux. Et s'il est du nombre de ces bodhisattvas Surgis de Terre, ses disciples doivent en faire partie aussi. Il est dit dans le chapitre Hosshi* (X) : "Si quelqu'un, homme ou femme, enseigne secrètement à une autre personne, ne serait-ce qu'une seule phrase du Sutra du Lotus, que l'on sache qu'il est l'envoyé du Bouddha, venu pour accomplir l'oeuvre du Bouddha." Qui d'autre que nous cela pourrait-il désigner ?

Lorsque quelqu'un reçoit de grands compliments, rien ne lui semble trop difficile à accomplir. Tel est le pouvoir des mots d'encouragement. Le pratiquant né à l'époque des Derniers jours du Dharma qui propage le Sutra du Lotus rencontrera les trois grands ennemis, qui provoqueront son exil et même sa condamnation à mort. Pourtant, le Bouddha Shakyamuni couvrira du manteau de sa bienveillance ceux qui persévéreront dans la propagation. Toutes les divinités leur feront des offrandes, les épauleront et les porteront sur leur dos. Ils possèdent la bonne fortune suprême et pourront servir de guides à tous les êtres humains. Ainsi, soutenu par les bouddhas Shakyamuni et Taho, tous les autres bouddhas et bodhisattvas, les sept catégories de divinités bénéfiques célestes et les cinq catégories de divinités terrestres, Kishimojin et ses dix Filles, les quatre Rois du Ciel, Bonten, Taishaku, le roi Yama, les divinités de l'eau et du vent, celles des mers et des montagnes, le bouddha Vairocana* les bodhisattvas Fugen et Manjushri et les divinités Nitten et Gatten, Nichiren a pu endurer d'innombrables et cruelles épreuves. Celui dont on vante les qualités n'hésite pas à prendre tous les risques mais quand il est critiqué, il peut courir inconsidérément à sa propre perte.

En toutes circonstances, conservez la foi d'un pratiquant du Sutra du Lotus et efforcez-vous d'être un disciple de Nichiren tout au long de votre vie. Si vous avez le même esprit que Nichiren, vous devez être un bodhisattva Surgi de Terre, et, puisque vous êtes un bodhisattva Surgi de Terre, il ne fait aucun doute que vous êtes un disciple du Bouddha depuis le passé illimité. Il est écrit dans le chapitre Yujutsu* (XV) : "Je leur enseigne depuis le passé incommensurablement lointain". Il ne faut pas faire de discrimination entre ceux qui propagent les cinq caractères de Myoho Renge Kyo, qu'ils soient hommes ou femmes dans la période des Derniers jours du Dharma. S'ils n'étaient pas les bodhisattvas Surgis de Terre, ils ne pourraient pas réciter daimoku. Au commencement, moi seul, Nichiren, ait récité Namu Myoho Renge Kyo. Puis deux, trois, cent personnes ont suivi, le récitant et le transmettant aux autres. C'est également ce qui se passera dans l'avenir.

N'est-ce pas là le sens de "Surgis de Terre"  ? A l'époque de kosen-rufu, toute la population du Japon récitera Namu Myoho Renge Kyo, aussi infailliblement qu'une flèche pointée vers la terre ne peut manquer sa cible. Pour le moment, faites-vous respecter en tant que pratiquant du Sutra du Lotus et consacrez-lui votre vie. Les bouddhas Shakyamuni et Taho, assis dans la Tour aux Trésors, lors de la Cérémonie dans les Airs, entourés de tous le autres bouddhas et bodhisattvas, hochèrent la tête pour exprimer leur accord. Et ce qu'ils décidèrent alors fut uniquement de faire prospérer le Dharma à l'époque des Derniers jours du Dharma.

Le bouddha Taho offrit à Shakyamuni de partager son siège et, déroulant la bannière de Myoho Renge Kyo, c'est ensemble que les deux guides de cette multitude prirent leur décision. Pourraient-ils s'être trompés si peu que ce soit  ?

Leur but ultime, en se réunissant, était de nous permettre à nous, simples mortels, d'atteindre la bodhéité. Même si je n'étais pas dans l'assistance, si l'on se réfère aux phrases du Sutra, c'est d'une clarté limpide. D'ailleurs, je me trouvais peut-être à cette cérémonie, mais, comme je ne suis qu'un simple mortel, il n'est pas en mon pouvoir de connaître le passé. Cependant, je suis sans aucun doute le Pratiquant du Sutra du Lotus dans cette vie-ci ; je pourrai donc de façon certaine atteindre le siège de l'Eveil à l'avenir. Jugeant le passé de ce point de vue, je dois avoir été présent à la Cérémonie dans les Airs. Il ne peut y avoir de rupture entre le passé, le présent et le futur.

Parce que je suis convaincu de cela, je ressens une joie sans limite, malgré mon exil présent. On verse des larmes dans la joie comme dans la peine. Les larmes expriment notre émotion devant les bienfaits comme devant l'infortune. Les mille arhats pleurèrent en souvenir du Bouddha disparu, et c'est en larmes que le bodhisattva Manjushri récita Myoho Renge Kyo. Parmi les mille arhats, le vénérable Ananda lui répondit en larmes : "Ainsi ai-je entendu". Après quoi les larmes de tous les autres tombèrent sur leur ancre et ils écrivirent Myoho Renge Kyo suivi de "Ainsi ai-je entendu". Maintenant, moi, Nichiren, je ressens la même émotion. C'est parce que je propage l'enseignement de Myoho Renge Kyo que je me trouve actuellement en exil. Je propage cet enseignement parce que, moi aussi, "j'ai entendu ainsi". Les bouddhas Shakyamuni et Taho ont légué Myoho Renge Kyo au peuple japonais et à toute l'humanité dans l'avenir.

Je ne peux contenir mes larmes quand je pense à la grande persécution à laquelle je suis actuellement confronté, ou quand je me représente la joie d'atteindre la bodhéité à l'avenir. Les oiseaux crient mais ne versent pas de larmes. Moi, Nichiren, je ne me lamente pas, mais mes larmes ne cessent de couler. Ce n'est pas pour les affaires de ce monde que je pleure, mais seulement pour la cause du Sutra du Lotus. Ce sont donc sans doute des larmes d'amrita. Il est dit, dans le Sutra du Nirvana, que l'on a beau verser, au cours de ses multiples existences - à la mort de ses parents, frères, soeurs, femmes, enfants et entourage - plus de larmes qu'il n'y a d'eau dans les quatre océans, on n'a toujours pas versé une seule larme pour le Dharma bouddhique. On devient un adepte du Sutra du Lotus grâce à sa pratique dans les existences passées. Ce sont des liens karmiques qui déterminent, parmi tant d'arbres de la même espèce, ceux qui seront sculptés à l'image du Bouddha. C'est également en raison de leur karma que certains bouddhas naissent sous la forme de bouddha provisoires.

Dans cette lettre, j'ai écrit mes enseignements les plus importants. Saisissez leur signification et faites-en une partie intégrante de votre vie.  Namu Myoho Renge Kyo,
Namu Myoho Renge Kyo.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le dix-septième jour du cinquième mois.

Post-scriptum : Je vous ai déjà envoyé par écrit beaucoup de points importants de ma doctrine. Ceux que je vous ai révélés dans cette lettre sont d'une importance toute particulière. N'y a-t-il pas entre nous un lien mystique  ? Ne seriez-vous pas la personnification de l'un des quatre bodhisattva Surgis de Terre, conduits par Jogyo, suivis de bodhisattva aussi nombreux que les grains de sable de soixante mille Gange  ? Il doit sûrement y avoir une raison profonde à ce lien.

Je vous ai donné certains de mes enseignements les plus importants concernant ma vie et ma pratique. Nichiren est peut-être l'un de ces innombrables bodhisattvas Surgis de Terre car je récite Namu Myoho Renge Kyo avec le désir de guider tous les hommes et toutes les femmes du Japon. C'est bien ce qu'exprime la phrase du Sutra : "Parmi les bodhisattvas, il s'en trouve quatre qui guident cette multitude : le premier s'appelle Jogyo [le second, Muhengyo, le troisième, Jyogyo, et le quatrième Anryugyo]. Ce sont les quatre guides suprêmes."(réf.) Notre lien profond par le passé a fait de vous l'un de mes disciples. Conservez absolument tout cela pour vous-même. Nichiren a, dans cette lettre, formulé la doctrine de son propre Eveil. Je m'arrêterai là.

ARRIÈRE-PLAN - Ce gosho, adressé à Sairen-bo, a été écrit à Ichinosawa, sur l'île de Sado, le 17 mai 1273. Le post-scriptum dit "(les enseignements) que je vous ai révélés dans cette lettre sont d'une importance toute particulière... Conservez absolument tout cela pour vous-même... Nichiren a, dans cette lettre, formulé la doctrine de son propre Eveil."
"La véritable réalité de la vie" concerne donc Nichiren Daishonin lui-même - spécifiquement, l'Eveil et la pratique du bouddha originel dans les Derniers Jours du Dharma.
On peut présumer que Sairen-bo savait déjà quelque chose du "véritable aspect de tous les phénomènes" ; c'était un concept fondamental de l'école Tendai. Néanmoins, la théorie de Zhiyi* à elle seule ne lui permettait pas de l'appréhender totalement ; c'est pourquoi il demanda une explication à Nichiren Daishonin. "La véritable réalité de la vie" est la réponse qu'il reçut.
Bien que ce document soit relativement court, il renferme d'importants éléments du bouddhisme de Nichiren Daishonin. Il a été écrit un mois après "Le véritable objet de vénération" dans lequel Nichiren révèle le coeur de la pratique bouddhique dans les Derniers Jours du Dharma en expliquant le Daigohonzon, suprême objet de culte, et la façon dont tous les gens peuvent atteindre l'Eveil. (Commentaire ACEP)

En anglais : True Entity of Life ou The True Aspect of All Phenomena

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=383&m=1&q=The%20True%20Aspect
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_TrueEntityLife.htm

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