Sutra du Lotus*
妙法蓮華經
Chapitre VII
La Cité magique (Cité illusoire ou La ville imaginaire)
(化城諭品, Kejoyu hon, Huacheng yu pin)

{§1} Le Bouddha déclara aux bhiksus* :

Il y a de cela d'innombrables, infinis, inconcevables kalpas incalculables dans le passé; en ce temps-là était un Éveillé dont le nom était l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu*, Arhat*, Samyak-Sambuddha*, Vidya-carana-sampanna*, Sugata*, Lokavit*, Purusa-damya-sarathi*, Sasta deva-manusyanam*, Buddha*, Bhagavat*. Son royaume était appelé Sambhava (Bien-Accompli) et son kalpa Maharupa (Forme Suprême).

{§2} Ô bhiksus* ! Il y a immensément longtemps que ce bouddha est passé en parinirvana. Imaginez les grains de terre qui existent dans le monde tricosmique : si quelqu'un les broyait pour en faire de l'encre, puis, ayant franchi vers l'est mille royaumes, en déposait alors un point de la taille d'un atome; passant encore mille royaumes, il déposerait un autre point, progressant de la sorte jusqu'à l'épuisement de cette encre faite de grains de terre. Qu'en serait-il, à votre avis ? Tous ces royaumes, que ce soit par un mathématicien ou un disciple de mathématicien, pourrait-on leur assigner une limite et en connaître le nombre ou non ?

{§3} - Non, Vénéré du Monde*.

{§4} - Eh bien, bhiksus*, si l'on réduisait en poussière d'encre l'intégralité des royaumes franchis par cet homme, qu'ils soient ou non marqués d'un point, et si chaque poussière était un kalpa, depuis que ce bouddha a atteint l'Éveil, il y a eu un nombre plus grand encore d'innombrables et infinis millions de myriades de kalpa incalculables. De par la puissance du savoir et de la vision d'Ainsi-Venu qui sont les miens, je discerne, tout comme si c'était aujourd'hui même, ce lointain passé. »

{§5} Alors le Vénéré du Monde*, voulant réitérer cette idée, s'exprima en stances :

Je me rappelle qu'en un âge passé
d'innombrables et infinis kalpas,
était un Éveillé, vénéré des êtres aux deux jambes*,
au nom de Maha-bhijna-jnana-bhibhu*.
{§6} De même que si l'on broyait avec force
un monde tricosmique,
faisant de tous ces grains de terre,
sans exception, de l'encre,
qu'après avoir passé mille royaumes,
on déposait un point de la taille d'une poussière,
et que l'on continuait à marquer des points de cette façon
jusqu'à épuisement de la poussière;
si les royaumes qui auraient été de cette façon
marqués ou non d'un point
étaient à leur tour intégralement réduits en poussière
et que chaque poussière était un kalpa,
le nombre de ces poussières d'atomes
serait encore dépassé par celui des kalpas :
tels sont les kalpas innombrables
depuis que ce bouddha a atteint l'Éveil.
{§7} L'Ainsi-Venu, de par sa sagesse sans obstacle,
a connaissance du passage en nirvana de cet Éveillé,
ainsi que des auditeurs-shravakas* et des bodhisattvas,
comme s'il voyait à présent leur passage en nirvana.
{§8} Il vous faut savoir, bhiksus*,
que la sagesse du Bouddha est pure, subtile, sublime,
sans infection et dépourvue d'obstacles,
et que son accès s'étend à d'innombrables kalpas.

{§9} L'Éveillé déclara aux bhiksus* :

L'âge de l'Éveillé Maha-bhijna-jnana-bhibhu* fut de cinq millions quatre cent mille myriades de milliards de kalpa. Cet Éveillé, assis à l'origine au lieu de la Voie et ayant défait les armées de Mara, était sur le point d'obtenir l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, mais les attributs de bouddha ne lui apparaissaient point. Ainsi resta-t-il assis, les jambes repliées et croisées, immobile de corps et de pensée, entre un et dix kalpas mineurs durant, mais les attributs de bouddha n'apparaissaient pas encore. Alors les trente-trois divinités* commencèrent à déployer pour lui, sous l'arbre de bodhi, le trône de lion haut d'un yojana. C'est sur ce trône que le bouddha devait obtenir l'Eveil complet et parfait sans supérieur*. Au moment où il s'y asseyait, les rois des Mahabrahmas* firent pleuvoir une multitude de fleurs célestes d'une surface de cent yojana; une brise parfumée survenait de temps en temps pour emporter de son souffle les fleurs fanées tandis qu'il en pleuvait de nouvelles. Ils firent de la sorte, sans interruption, offrande à l'Éveillé pendant dix kalpas mineurs complets. Jusqu'à ce qu'il passât en bodhéité, ils firent constamment pleuvoir ces fleurs. Les devas* relevant des quatre rois célestes, pour faire offrande à l'Éveillé, battaient constamment les tambours célestes, tandis que les autres dieux faisaient de la musique céleste, ce durant dix kalpas mineurs complets, et il en fut ainsi jusqu'à ce qu'il passât en bodhéité.

{§10} Ô bhiksus*, pour ce qui est de l'Éveillé Maha-bhijna-jnana-bhibhu*, au terme de dix kalpas mineurs, les attributs des bouddhas lui apparurent enfin et il réalisa l'Eveil complet et parfait sans supérieur*. Cet Éveillé, du temps qu'il n'avait pas encore quitté sa famille, avait seize fils, dont le premier s'appelait Prajnakuta*. Chacun d'entre eux avait toutes sortes de jouets rares qu'il affectionnait. En entendant que leur père avait obtenu de réaliser l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, ils renoncèrent tous à ces raretés et se rendirent au lieu où se trouvait l'Éveillé. Leurs mères les accompagnèrent en pleurant. Leur grand-père, saint roi qui fait tourner la roue du Dharma, avec cent grands ministres et des millions de gens du peuple qui les entouraient tous ensemble, arrivèrent au lieu de la Voie. Tous désiraient approcher l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* pour lui faire offrande, lui rendre hommage, le vénérer et l'exalter. A leur arrivée, ils inclinèrent leur tête à ses pieds, puis, ayant fait cercle autour de l'Éveillé, les paumes jointes, ils levèrent unanimement vers lui leur regard et le louèrent en stances :

{§11} Grand et majestueux Vénéré du Monde*,
c'est pour sauver les êtres
qu'en innombrables myriades de kalpa
tu as enfin pu devenir Éveillé,
menant ainsi complètement à bien tes voeux.
{§12} Excellent ! Insurpassable bonne fortune !
Fort rare est l'existence d'un Vénéré du Monde* ;
une fois assis, dix kalpas mineurs durant,
corps, bras et jambes
tranquilles, calmes, immobiles;
la pensée en une permanente sérénité,
sans jamais être troublé,
il parachève la bodhéité d'éternel apaisement
et demeure en paix dans les entités non infectées.
{§13} À présent nous voyons le Vénéré du monde*
réaliser paisiblement la Voie d'Éveillé
et nous en gagnons de bons profits;
nous proclamons notre félicité et sommes en grande liesse.
{§14} Les êtres sont constamment dans la douleur et les affres,
enténébrés, privés de guide;
ils ne connaissent point la voie de l'épuisement de la douleur,
ils ne savent se mettre en quête de la délivrance;
en leur longue nuit, de plus en plus ils vont vers les mauvaises destinées,
de moins en moins vers la multitude des devas*.
{§15} Ils s'enfoncent d'obscurité en obscurité
sans jamais entendre le nom de l'Éveillé.
{§16} À présent l'Eveillé a fait sienne la suprême
et paisible voie sans infection.
{§17} Nous autres, ainsi que les devas* et les hommes,
en gagnons les plus grands profits,
c'est pourquoi nous inclinons tous la tête
et rendons hommage au Vénéré suprême.

{§18} Les seize princes, ayant fini de louer en ces stances l'Eveillé, exhortèrent le Vénéré du monde* à mettre en branle la roue du Dharma et s'exprimèrent tous ainsi : "Que le Vénéré du monde prêche le Dharma ! Nombreux seront les devas* et les hommes à être soulagés et inondés des bienfaits de sa commisération."

{§19} Ils répétèrent ces propos en stances :

Le Héros du monde, lui qui est sans pareil,
qui s'est par lui-même orné des cent mérites
et a fait sienne la sagesse sans supérieur,
nous souhaitons qu'il prêche au monde
et qu'il nous délivre, nous-mêmes
comme les êtres de toute espèce,
qu'il nous la manifeste avec discernement
et nous fasse gagner cette sagesse.
Si nous obtenons l'état de bouddha,
il en ira de même pour les êtres.
{§20} Le Vénéré du Monde* sait ce que les êtres
pensent au fond de leur coeur,
de même connaît-il les voies qu'ils pratiquent;
il connaît encore la force de leur sagesse,
leurs désirs, les mérites auxquels ils s'exercent,
ainsi que les actes qu'ils accomplissent au long de leurs existences.
{§21} Tout cela, le Bouddha le sait parfaitement,
il mettra donc en branle la roue du Dharma.

{§22} Le Bouddha déclara aux bhiksus* :

Lorsque le bouddha Maha-bhijna-jnana-bhibhu* obtint l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, chacun des cinq millions de myriades de mondes de bouddha des dix directions trembla de six façons. Les obscures régions intermédiaires de ces royaumes, que le soleil ni la lune ne peuvent éclairer de leur éclat, furent, alors grandement illuminées. Les êtres qui s'y trouvaient purent se voir les uns les autres et s'exclamèrent tous: "Comment se fait-il qu'en cet endroit naissent soudainement des êtres?" De plus, les palais des devas* de ces royaumes, et jusqu'aux palais des brahmas tremblèrent de six façons. Une grande lumière se mit à luire sur l'univers, emplissant l'ensemble du monde et dépassant la lumière des devas*. Alors, dans les palais des Mahabrahmas* qui se trouvaient sur les cinq millions de myriades de terres vers l'orient*, un éclat lumineux se mit à resplendir, supérieur à la clarté ordinaire. Les rois des Mahabrahmas* eurent chacun cette pensée : voici qu'à présent le palais est illuminé comme il ne l'a jamais été de par le passé. Quelle est la raison de l'apparition de ce signe? Les rois des Mahabrahmas* se rendirent alors visite les uns les autres afin de s'entretenir de ces faits. Parmi leur nombre était un grand roi des Mahabrahmas* qui avait nom Sarvasattvatrata*. A l'adresse de la multitude des brahmas, il s'exprima en ces stances :

{§23} Nos palais
resplendissent comme jamais.
{§24} Quelle en est donc la raison ?
Il convient que chacun de nous la recherche;
est-ce qu'une divinité de grand mérite est née,
ou est-ce qu'un Éveillé a émergé au monde
pour que cette grande clarté
éclaire l'ensemble des dix directions ?

{§25} Alors les rois des Mahabrahmas* des cinq millions de myriades de terres, avec leurs palais, ayant chacun disposé des fleurs célestes dans des vases et des étoffes, se dirigèrent ensemble vers l'ouest en quête de ce signe. Ils virent l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* demeurant au lieu de la Voie, sous l'arbre de bodhi, assis sur le siège léonin, que devas*, rois dragons, gandharvas*, kimnaras*, mahoragas*, humains et non-humains entouraient en vénération. Ils virent aussi les seize princes suppliant l'Éveillé de mettre en branle la roue du Dharma.

{§26} À ce moment, les rois des Mahabrahmas* firent de la tête révérence à l'Éveillé et exécutèrent autour de lui cent fois mille circumambulations, puis dispersèrent sur lui les fleurs célestes, tant que les fleurs ainsi dispersées furent comme le Mont Sumeru. Ils en firent pareillement offrande à l'arbre de bodhi de l'Éveillé, et cet arbre de bodhi était haut de dix yojana. Une fois faites les offrandes de fleurs, chacun fit de son palais présent à cet Éveillé et lui parla ainsi: "Puissiez-vous seulement vous montrer miséricordieux et nous combler de vos bienfaits. Ces palais que nous vous offrons, faites-nous l'honneur, nous vous en prions, de les accepter pour demeure." Alors, les rois des Mahabrahmas*, en présence de l'Éveillé, psalmodièrent, unanimement et à l'unisson, les stances :

{§27} Bien rare est l'existence d'un Vénéré du Monde*,
difficile de pouvoir le rencontrer !
{§28} Muni qu'il est d'innombrables mérites,
il est capable d'assurer le salut de tous.
{§29} Grand-maître des devas* et des hommes (Sasta deva-manusyanam),
il a le monde en commisération
et les êtres des dix directions
sont universellement comblés de ses bienfaits.
{§30} L'endroit d'où nous venons
est à cinq millions de myriades de royaumes;
nous avons renoncé à la félicité profonde du dhyana
pour faire offrande à l'Éveillé.
{§31} De par les mérites de nos existences antérieures,
nos palais sont splendidement ornés;
nous les offrons à présent au Vénéré du Monde*,
en souhaitant seulement qu'il daigne les accepter.

{§32} Alors, les rois des Mahabrahmas*, ayant loué en stances l'Éveillé, déclarèrent tous et chacun: "Notre seul souhait est que le Vénéré du monde mette en branle la roue du Dharma, qu'il mène les êtres à la délivrance, qu'il ouvre la voie du nirvana."

{§33} Puis, les rois des Mahabrahmas*, d'un seul coeur et à l'unisson, s'exprimèrent en stances :

Le Héros du Monde, le Vénéré des êtres aux deux jambes*,
notre seul souhait est qu'il expose le Dharma,
que, de par la force de sa compassion,
il délivre les êtres de leurs affres.

{§34} Alors l'Ainsi-VenuMaha-bhijna-jnana-bhibhu* acquiesça silencieusement.

En outre, ô bhiksus* ! les grands rois brahmiques de cinq millions de myriades de royaumes en direction du sud-est virent chacun son palais s'éclairer d'une lumière éclatante, comme il n'y en avait jamais eu de par le passé; ils exultèrent en leur liesse et conçurent un état d'esprit jamais encore éprouvé. Ils se rendirent aussitôt les uns chez les autres et discutèrent ensemble de cet événement. Or il se trouvait en leur nombre un grand roi des Mahabrahmas*, du nom de Maha-bhijna-jnana-bhibhu* ; il s'adressa à la foule des Mahabrahmas* en ces stances :

{§35} Cet événement, à quelle raison est-il dû,
pour qu'apparaissent de tels signes ?
{§36} Nos différents palais
resplendissent d'une lumière jamais vue par le passé :
est-ce qu'une divinité de grand mérite est née,
ou bien un Éveillé surgit-il au monde ?
{§37} Jamais encore ne s'est vu tel signe,
il nous faut tous nous mettre unanimement en quête,
franchir même des millions de myriades de terres,
pour s'enquérir de cette lumière, la chercher ensemble.
{§38} Sans doute un Éveillé est apparu au monde
pour délivrer les êtres dans la peine.

{§39} Alors, les cinq millions de myriades de rois brahmiques, avec leurs palais, ayant chacun disposé des fleurs célestes en des vases et des étoffes, se dirigèrent ensemble en direction du nord-ouest, à la recherche de ce signe. Ils virent l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* demeurant au lieu de la Voie, sous l'arbre de bodhi, assis sur le siège léonin; devas*, rois dragons, gandharvas*, kimnaras*, mahoragas*, humains et non-humains l'entouraient en vénération. Ils virent aussi les seize princes suppliant l'Éveillé de mettre en branle la roue du Dharma.

{§40} Alors les rois des Mahabrahmas* saluèrent l'Éveillé en courbant la tête et exécutèrent cent fois mille circumambulations, puis dispersèrent sur lui les fleurs célestes, tant que les fleurs ainsi dispersées furent comme le Mont Sumeru. Ils en firent pareillement offrande à l'arbre de bodhi de l'Éveillé. Une fois faites les offrandes de fleurs, chacun fit de son palais présent à ce bouddha et lui parla ainsi : "Puissiez-vous seulement vous montrer miséricordieux et nous combler de vos bienfaits. Ces palais que nous vous offrons, faites-nous l'honneur, nous vous en prions, de les accepter pour demeure." Alors, les rois des Mahabrahmas*, en présence du Bouddha, prononcèrent, d'un seul coeur et à l'unisson, les stances :

{§41} Au Chef du Monde, au Divin parmi les devas*,
à la voix de kalavinka,
à celui qui prend les êtres en pitié,
nous rendons à présent hommage.
{§42} Fort rare est l'existence du Vénéré du Monde*,
il n'apparaît qu'une fois en une éternité;
cent quatre-vingts kalpas
ont passé vainement, sans qu'y existât un Éveillé;
les trois mauvaises voies* furent remplies,
le nombre des devas* alla s'amenuisant.
{§43} Maintenant que l'Éveillé est apparu au monde,
il sera l'oeil des êtres,
vers qui convergera le monde,
le sauveur et protecteur de tous;
il sera le père des êtres,
le miséricordieux qui les comble de bienfaits.
{§44} De par la bonne fortune de nos mérites
nous obtenons maintenant de rencontrer le Vénéré du Monde*.

{§45} Alors les rois des Mahabrahmas*, la stance achevée, tinrent tous et chacun ces propos : "Notre seul souhait est que le Vénéré du Monde* les prenne tous en pitié, qu'il mette en branle la roue du Dharma et mène les êtres à la délivrance." Sur ce, les rois des Mahabrahmas, d'un seul coeur et à l'unisson, récitèrent ces stances :

{§46} Que le Grand Saint mette en branle la roue du Dharma,
qu'il manifeste les marques du Dharma,
qu'il délivre les êtres de leurs affres
et leur fasse obtenir grande liesse.
{§47} Les êtres, à entendre ce Dharma,
obtiendront la Voie, ou renaîtront parmi les devas* ;
les mauvaises destinées* iront diminuant
alors qu'augmenteront ceux qui sont calmes et maîtres d'eux-mêmes.

{§48} L'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* acquiesça en gardant le silence.

De plus, ô bhiksus* ! les grands rois brahmiques de cinq millions de myriades de royaumes en direction du sud virent chacun son palais s'éclairer d'une lumière éclatante, telle qu'il n'y en avait jamais eu de par le passé; ils exultèrent en leur liesse et conçurent un état d'esprit jamais encore éprouvé. Ils se rendirent aussitôt les uns chez les autres et discutèrent ensemble de cet événement : "Par quelle raison nos palais se trouvent-ils ainsi illuminés? " Or il était en leur nombre un grand roi des Mahabrahmas* du nom de  Sudharma* ; il s'adressa à la foule brahmique en ces stances :

{§49} Voici que nos palais
s'illuminent d'un majestueux éclat;
cela n'est pas sans raison.
{§50} Ce signe, il convient de le rechercher,
car même au cours de cent fois mille kalpas,
jamais on n'en vit de tel.
{§51} Est-ce la naissance d'une divinité de grand mérite ou l'émergence au monde d'un Éveillé ?

{§52}Alors, les cinq millions de myriades de rois des Mahabrahmas*, avec leurs palais, ayant chacun disposé des fleurs célestes en des vases et des étoffes, se dirigèrent ensemble vers le nord, à la recherche de ce signe. Ils virent l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* demeurant au lieu de la Voie, sous l'arbre bodhi, assis sur le siège léonin ; devas*, rois dragons, gandharvas*, kimnaras*, mahoragas*, humains et non-humains l'entouraient en vénération. De même virent-ils les seize princes suppliant l'Éveillé de mettre en branle la roue du Dharma.

{§53} Les rois des Mahabrahmas* saluèrent alors l'Éveillé de leur tête courbée et exécutèrent cent fois mille circumambulations, puis dispersèrent sur lui les fleurs célestes, tant que les fleurs ainsi dispersées furent comme le Mont Sumeru. Ils en firent pareillement offrande à l'arbre bodhi de l'Éveillé. Une fois faites les offrandes de fleurs, chacun fit de son palais présent à ce bouddha et lui parla ainsi: "Puissiez-vous seulement vous montrer miséricordieux et nous combler de vos bienfaits. Ces palais que nous vous offrons, faites-nous l'honneur, c'est notre souhait, de les accepter pour demeure." Sur ce, les rois des Mahabrahmas*, en présence du bouddha, prononcèrent, d'un seul coeur et à l'unisson, ces stances :

{§54} Fort difficile à voir est le Vénéré du Monde*,
lui qui brise les passions;
cent trente kalpa se sont écoulés
pour que nous puissions le voir une seule fois à présent.
{§55} Ces êtres affamés et assoiffés,
qu'il les inonde de la pluie du Dharma !
{§56} Celui dont jamais de par le passé
ne s'est vue l'immense sagesse,
semblable à la fleur de figuier sauvage,
nous l'avons rencontré ce jour.
{§57} Voici que nos palais
grâce à sa lumière se trouvent parés.
{§58} Que le Vénéré du Monde*, le grand compatissant
veuille seulement, c'est notre souhait, les accepter.

{§59} Alors, les rois des Mahabrahmas*, ayant loué en stances l'Éveillé, déclarèrent tous et chacun: "Notre seul souhait est que le Vénéré du Monde* mette en branle la roue du Dharma, qu'il mène l'ensemble des mondes, devas*, démons, brahmas, ascètes, brahmanes à l'obtention du soulagement et qu'il leur fasse gagner la délivrance." Sur ce, les rois des Mahabrahmas*, unanimement et à l'unisson, récitèrent ces stances :

{§60} Notre seul souhait est que le Vénéré des devas* et des hommes
mette en branle la roue du Dharma insurpassable,
qu'il batte le tambour du Dharma*
et souffle dans la grande conque du Dharma,
qu'il fasse universellement pleuvoir la grande pluie du Dharma
et fasse traverser d'innombrables êtres;
nous tous nous en remettons à lui et le supplions,
qu'il proclame le son profond, portant au loin !

{§61} L'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* acquiesça en gardant le silence.

{§1} Il en alla de même au sud, et ainsi jusqu'aux régions inférieures.

{§62} Alors, les grands rois brahmiques de cinq millions de myriades de royaumes des régions supérieures virent tous, tant qu'ils étaient, les palais où ils demeuraient s'illuminer d'une clarté éclatante, comme il n'y en avait jamais eu de par le passé; ils exultèrent en leur liesse et conçurent un état d'esprit rarissime. Ils se rendirent aussitôt les uns chez les autres et discutèrent ensemble de cet événement : "Pour quelle raison nos palais sont-ils ainsi illuminés? " Or il se trouvait en leur nombre un grand roi des Mahabrahmas*, du nom de Shikhin* ; il s'adressa à la foule des Mahabrahmas en ces stances:

{§63} Pour quelle raison, à présent,
nos différents palais
sont-ils illuminés d'un majestueux éclat
et se trouvent-ils parés de façon inouïe ?
{§64} Un signe aussi sublime
ne s'est de par le passé ni vu ni entendu.
{§65} Est-ce qu'une divinité de grand mérite est née,
ou est-ce qu'un Éveillé a émergé au monde ?

{§66} Alors, les cinq millions de myriades de rois des Mahabrahmas*, avec leurs palais, ayant chacun disposé des fleurs célestes en des vases et des étoffes, se dirigèrent ensemble vers la région inférieure* à la recherche de ce signe. Ils virent l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* demeurant au lieu de la Voie, sous l'arbre bodhi, assis sur le siège léonin; devas*, rois dragons, gandharvas*, kimnaras*, mahoragas*, humains et non-humains l'entouraient en vénération. Ils virent aussi les seize princes suppliant l'Éveillé de mettre en branle la roue du Dharma.

{§67} Les rois des Mahabrahmas* saluèrent alors l'Éveillé de leur tête courbée et exécutèrent cent fois mille circumambulations, puis dispersèrent sur lui les fleurs célestes, tant que les fleurs ainsi dispersées furent comme le Mont Sumeru. Ils en firent pareillement offrande à l'arbre bodhi de l'Éveillé. Une fois faites les offrandes de fleurs, chacun fit de son palais présent à ce bouddha et s'adressa ainsi à lui: "Puissiez-vous seulement vous montrer miséricordieux et nous combler de vos bienfaits. Ces palais que nous vous offrons, faites-nous l'honneur, c'est notre souhait, de les accepter pour demeure." Sur ce, les rois des dieux brahmiques, en présence du bouddha, prononcèrent d'un seul coeur et à l'unisson ces stances :

{§68} C'est bien ! Nous voyons que les bouddhas,
les Vénérés saints qui sauvent le monde
sont capables, en cette prison des trois mondes-états*,
d'oeuvrer à en sortir les êtres.
{§69} Le Vénéré des devas* et des hommes, à l'universelle sagesse,
prend en pitié les multiples variétés de bourgeons;
il est capable d'ouvrir les portes de l'immortalité
et de sauver largement tous et chacun.
{§70} Jadis, d'innombrables kalpas
passèrent vainement sans qu'il y eût d'Éveillé;
alors que le Vénéré du Monde* n'était pas encore apparu,
les dix directions étaient perpétuellement enténébrés,
les trois mauvaises voies* allaient augmentant,
les asuras* aussi prospéraient ;
le nombre des devas* allait, lui, en diminuant,
la plupart des morts tombaient dans les mauvaises voies
et n'entendaient pas le Dharma de la bouche du Bouddha,
ils pratiquaient constamment des oeuvres immorales.
{§71} D'aspect, de force, ainsi que de sagesse,
ceux-là sont tous diminués;
en raison du karma conditionné par leurs forfaits,
ils ont perdu la joie et la notion de joie;
ils demeurent dans les enseignements erronés
et ne connaissent pas les bonnes règles de conduite.
{§72} Ne bénéficiant pas de l'action salvifique du bouddha,
ils tombent constamment dans les mauvaises voies.
{§73} L'Éveillé est l'oeil du monde,
il émerge au bout d'un fort long temps,
parce qu'il a pris les êtres en pitié,
il est apparu au monde,
qu'il a transcendé pour réaliser l'Éveil correct.
{§74} Nous nous en réjouissons fort,
de même que tous les autres êtres,
qui sont transportés de joie comme jamais auparavant
{§75}Voici que nos palais,
ayant bénéficié de sa lumière, s'en trouvent parés.
{§76}Nous en faisons maintenant présent au Vénéré du monde*,
qu'il daigne seulement, dans sa miséricorde, les recevoir.
{§77}Notre voeu est que, par ces mérites
universellement à tous propagés,
nous-mêmes et les êtres
réalisions tous ensemble la voie de bouddha.

{§78}Alors, les cinq millions de myriades de rois des Mahabrahmas*, ayant loué en stances l'Ainsi-Venu, s'adressèrent chacun à celui-ci : "Notre seul souhait est que l'Ainsi-Venu mette en branle la roue du Dharma, nombreux ceux qui en auront soulagement et délivrance." Sur ce, les rois des dieux brahmaniques récitèrent en stances :

{§79}Que le Vénéré du monde* mette en branle la roue du Dharma,
qu'il batte le tambour du Dharma* d'immortalité,
qu'il sauve les êtres de leurs affres
et manifeste la Voie du nirvana.
{§80} Notre seul voeu est qu'il reçoive notre supplique,
que, d'un grand et sublime son,
nous ayant pris en pitié, il expose
le Dharma qu'il a pratiqué en d'innombrables kalpas.

{§81} Alors, l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* reçut la supplique des rois des Mahabrahmas* des dix directions ainsi que des seize princes, et mit aussitôt par trois fois (note) en branle la roue du Dharma aux douze aspects, celle qu'étaient incapables de mettre en branle les ascètes comme les brahmanes, les devas*, démons, brahmas comme les autres êtres du monde et qui dit : "Ceci est la douleur, ceci est l'origine de la douleur, ceci est la destruction de la douleur, ceci est la voie de la destruction de la douleur." Il prêcha de même largement l'enseignement des douze liens causaux : l'ignorance* entraîne l'action*, l'action entraîne la conscience*, la conscience entraîne le nom-forme*, le nom-forme entraîne les six domaines sensoriels*, les six domaines sensoriels entraînent le contact*, le contact entraîne la sensation*, la sensation entraîne l'appétence, l'appétence entraîne l'attachement*, l'attachement entraîne l'existence*, l'existence entraîne la naissance, la naissance entraîne la vieillesse et la mort, la misère et les affres.

{§82} Quand l'ignorance s'éteint, l'action s'éteint ; quand l'action s'éteint, la conscience s'éteint; quand la conscience s'éteint, le nom-forme s'éteint ; quand le nom-forme s'éteint, les six domaines sensoriels s'éteignent ; quand les six domaines sensoriels s'éteignent, le contact s'éteint; quand le contact s'éteint, la sensation s'éteint; quand la sensation s'éteint, l'appétence s'éteint; quand l'appétence s'éteint, l'attachement s'éteint ; quand l'attachement s'éteint, l'existence s'éteint ; quand l'existence s'éteint, la naissance s'éteint ; quand la naissance s'éteint, la vieillesse et la mort, la misère et les affres s'éteignent.

{§83} Lorsque l'Ainsi-Venu prêcha ce Dharma au sein de la multitude des devas* et des hommes, six millions de myriades de milliards d'hommes, refusant tout autre enseignement, purent délivrer leur pensée des infections, obtinrent tous de profonds et sublimes dhyana, les trois sciences et les six pouvoirs mystiques, et se trouvèrent totalement munis des huit délivrances.

{§84} Lorsqu'il prêcha le Dharma une seconde, troisième et quatrième fois, des milliards d'êtres, nombreux comme les sables de centaines de millions de Gange, refusant à leur tour tout autre enseignement, obtinrent de délivrer leur pensée des infections; et, après cela, une multitude d'auditeurs-shravakas*, sans nombre ni limite, incalculables.

{§85} Alors, les seize princes, tous kumara, quittèrent leur famille et se firent shramaneras*. Leurs facultés étaient aiguës, leur sagesse était lucide; ils avaient auparavant fait offrande à des centaines de millions de bouddhas et avaient pratiqué en sa pureté la conduite brahmique dans leur quête de l'Eveil complet et parfait sans supérieur* ; ils s'adressèrent ensemble au bouddha :

{§86} - Vénéré du Monde*, ces centaines de millions d'innombrables auditeurs-shravakas* de grands mérites se sont tous désormais accomplis. Vénéré du monde, à nous aussi il conviendrait d'exposer l'enseignement de l'Eveil complet et parfait sans supérieur* pour que, l'ayant entendu, nous nous exercions de concert à son étude. Vénéré du monde, nous appelons de nos voeux le savoir et la vision d'Ainsi-Venu. Ce que nous pensons au profond de notre coeur, l'Éveillé peut l'attester et le connaître de lui-même. Alors, les huit cent mille millions de la multitude menée par le Chakravartin (Saint Roi qui fait tourner la roue du Dharma), en voyant les seize princes quitter leur famille, réclamèrent à leur tour de quitter leur famille; les entendant, le Chakravartin le leur permit aussitôt.

{§87} Alors, l'Ainsi-Venu, recevant la supplique des shramanera*, après que vingt mille kalpas eurent passé, exposa au sein des quatre congrégations ce Sutra du Mahayana qui a nom Fleur du lotus du Dharma merveilleux, Dharma enseigné aux bodhisattvas, gardée en mémoire par les bouddhas. Quand il eut exposé ce Sutra, les seize shramanera*, en vue de l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, tous de concert le retinrent, le récitèrent et le pénétrèrent avec acuité. Quand il eut exposé ce Sutra, les seize shramanera bodhisattvas, tous tant qu'ils étaient, le reçurent avec foi. Parmi la foule des auditeurs-shravakas*, il y en eut aussi pour croire et comprendre. Les autres êtres des centaines de millions en leur variété, conçurent tous doute et perplexité.

{§88} L'Ainsi-Venu exposa ce Sutra pendant huit mille âges cosmiques sans jamais se reposer ni s'interrompre. Quand il eut exposé ce Sutra, il entra dans un vihara* et demeura en méditation pendant quatre-vingt-quatre mille kalpas.

{§89} Alors, les seize shramaneras* bodhisattvas, sachant que l'Ainsi-Venu était en concentration sereine dans le vihara*, montèrent chacun au trône du Dharma et, également pendant quatre-vingt-quatre mille âges cosmiques, prêchèrent largement, à l'intention des quatre congrégations, le Sutra de la fleur du lotus du Dharma merveilleux en ses distinctions, chacun sauvant des êtres nombreux comme les sables de six cent millions de milliards de Gange. « Chacun d'eux montra, enseigna, leur apporta joie et bienfaits en les incitant à développer en eux l'esprit menant à l'Eveil complet et parfait sans supérieur*

{§90} Les quatre-vingt-quatre mille kalpas passés, l'Ainsi-Venu Maha-bhijna-jnana-bhibhu* émergea de son recueillement-samadhi, se rendit au trône du Dharma, s'y assit, sereine et lucide, et proclama universellement à la grande multitude: "Ces seize shramanera* bodhisattvas sont fort exceptionnels; leurs facultés sont pénétrantes et aiguës, leur sagesse est lucide, ils ont fait offrande à des centaines de millions de bouddhas, en nombre incalculable, ils ont constamment pratiqué la conduite brahmique auprès d'un Éveillé, ont retenu la sagesse d'Éveillé, l'ont révélée et montrée aux êtres, les ont fait entrer en son sein. Vous devez tous les approcher aussi souvent que possible et leur faire offrande. Pourquoi cela? Si les auditeurs-shravakas*, les pratyekabuddhas* ainsi que les bodhisattvas sont capables de croire en l'enseignement prêché par ces seize bodhisattvas, de le maintenir sans le détériorer, ces gens devront tous obtenir l'Éveil complet et parfait sans supérieur*, la sagesse d'Ainsi-Venu.»

{§91}L'Ainsi-Venu déclara aux bhiksus* :

{§92} Ces seize bodhisattvas se plaisent constamment à prêcher le Sutra de la fleur du lotus du Dharma merveilleux. Les êtres aussi nombreux que les sables de six cent millions de milliards de Gange convertis par chacun de ces bodhisattvas renaissent de vie en vie en leur compagnie, croient tous dans le Dharma qu'ils entendent d'eux et le comprennent. Grâce à ces liens causaux, ils obtiennent de rencontrer par milliers de myriades les bouddha Vénérés du Monde, sans cesse jusqu'à présent.

{§93} Je vous le dis maintenant, ô bhiksus* ! Ces seize shramaneras*, disciples du Bouddha, ont à présent tous obtenu l'Éveil complet et parfait sans supérieur* ; dans les terres des dix directions, ils prêchent actuellement le Dharma et ont des centaines de millions de myriades de bodhisattvas et d'auditeurs-shravakas* qui constituent leur suite.

{§94} Deux de ces shramaneras* sont devenus bouddhas à l'Est. Le premier, qui a nom Akshobhya, réside en la terre de Liesse ; le second s'appelle Merukuta*.

Des deux bouddhas du Sud-Est, l'un s'appelle Simhaghoca*, l'autre Simhadhvaja*.

Des deux bouddhas du Sud, l'un a pour nom Akasha-pratichthita*, l'autre Nityaparivrita*.

Des deux bouddhas du Sud-Ouest, l'un s'appelle Indradhvadja*, l'autre Brahmadhvadja*.

Des deux bouddhas de l'Ouest, l'un s'appelle Amitaba*, l'autre Sarvalokadha-tupadravodvega-pratyuttiran*.

Des deux bouddhas du Nord-Ouest, l'un a pour nom Tamala-pattra-chandana-gandha*, l'autre  Merukalpa*.

Des deux bouddhas du Nord, l'un s'appelle Meghasvara*, l'autre Meghasvararaja*.

L'Éveillé du Nord-Est s'appelle Sarvaloka-bhayastam-bhitatvavidhahvam sankaram*, et le seizième, c'est moi, Shakyamuni, qui ai réalisé l'Éveil complet et parfait sans supérieur* en la terre de Saha.

{§95} Ô bhiksus* ! Lorsque nous étions shramanera*, nous avons chacun converti par notre enseignement des êtres aussi innombrables que les sables de millions de myriades de Gange et qui, entendant de nous le Dharma, réalisèrent l'Éveil complet et parfait sans supérieur*. Parmi ces êtres, il en est qui maintenant encore demeurent au niveau d'auditeur-shravaka*. J'assure leur conversion en leur enseignant constamment l'Éveil complet et parfait sans supérieur* et ces gens, grâce à ce Dharma, entreront graduellement dans la voie d'Éveillé. Comment cela se fait-il? C'est que la sagesse d'Ainsi-Venu est difficile à croire et difficile à comprendre.

{§96} Les êtres aussi innombrables que les sables du Gange qui furent convertis en ce temps-là, c'est vous-mêmes, bhiksus*, ainsi que les disciples et auditeurs-shravakas* des âges à venir après mon passage en parinirvana.

{§97} Après que je serai passé en parinirvana, il se trouvera encore des disciples qui n'auront pas entendu ce Sutra, qui ne connaîtront ni ne percevront ce que pratiquent les bodhisattvas, mais, de par les mérites qu'ils auront acquis, ils concevront d'eux-mêmes la notion de passage en bodhéité et devront entrer dans le nirvana.

{§98}Je serai devenu Bouddha en une autre terre et aurai alors un nom différent; bien que ces gens auront conçu la notion de passage en bodhéité pour entrer dans le nirvana, ils seront, en cette terre-là, en quête de la sagesse de bouddha et obtiendront d'entendre ce Sutra. Car ce n'est que grâce au véhicule de bouddha que l'on obtient de passer en nirvana, il n'existe pas d'autres véhicules, à part les enseignements exposés en manière d'expédients par les Ainsi-Venus.

{§99} Ô bikhsus, quand l'Ainsi-Venu s'aperçoit de lui-même que l'heure du parinirvana arrive et que la multitude aussi est purifiée, ferme en sa foi et sa compréhension, qu'elle a accédé à l'enseignement de la vacuité (shunya, ku) et qu'elle est profondément entrée en samadhi* , il réunit alors la foule des bodhisattvas et des auditeurs-shravakas* pour leur exposer ce Sutra : en ce monde, il n'est pas deux véhicules pour obtenir la bodhéité, ce n'est qu'avec le Véhicule unique d'Éveillé que l'on obtient le nirvana.

{§100} Il convient de le savoir, ô bhiksu*, les moyens appopriés* de l'Ainsi-Venu pénètrent au plus profond de la nature des êtres; si ceux-ci se complaisent en volonté aux enseignements mineurs, s'ils restent profondément attachés aux cinq désirs, il prêchera le nirvana à leur intention. Ces gens qui l'entendront l'accepteront avec foi.

{§101} Imaginez une mauvaise route de cinq cents yojana, dangereuse, désolée, sans jamais personne, un endroit effrayant. Il y aurait une troupe nombreuse, qui désirerait franchir cette route pour accéder à l'emplacement d'un trésor inestimable. Ils ont un guide, intelligent et lucide, qui connaît bien les passages praticables et impraticables de cette route escarpée ; il dirige la troupe, désireux de lui faire franchir ces difficultés. À mi-chemin, le groupe qu'il mène est las et découragé, ils s'adressent au guide : «Nous sommes au comble de la fatigue, et, de surcroît, effrayés. Nous ne pouvons aller plus avant et nous avons une longue route devant nous. À présent, nous désirons rebrousser chemin.» Le guide, homme de ressources et d'expédients, a cette pensée: "Les malheureux ! Comment peuvent-ils renoncer à un vaste trésor et vouloir rebrousser chemin? " Sur cette pensée, à plus de trois cents yojana sur la route escarpée, grâce au pouvoir de ses expédients, il fait, par fantasmagorie, apparaître une ville et déclare à la troupe: "N'ayez pas peur, vous n'aurez pas à rebrousser chemin voici maintenant une grande cité où vous pourrez faire halte et agir comme bon vous semble ; si vous y pénétrez, vous vous trouverez rapidement soulagés. Dès que vous serez en mesure de progresser jusqu'au lieu du trésor, vous pourrez repartir."

{§102} Alors la troupe, qui était au comble de la fatigue, se réjouit grandement en son coeur et applaudit à ce fait sans précédent: "À présent que nous avons échappé à cette mauvaise route, nous pourrons rapidement trouver le soulagement." Sur ce, le groupe s'avance et entre dans la cité illusoire, en ayant la sensation d'être sauvé et de se trouver soulagé.

{§103} Alors le guide, sachant que sa troupe se trouve désormais reposée, qu'elle ne connaît plus fatigue ni lassitude, fait disparaître la cité illusoire et déclare aux voyageurs: "Allons, vous autres, l'emplacement du trésor est proche; la grande ville de tout à l'heure, c'est moi qui l'ai créée par fantasmagorie pour votre repos d'étape, c'est tout."

{§104} Ô bhiksus*, il en va de même pour l'Ainsi-Venu: à présent, c'est lui qui est votre grand guide, il sait que la mauvaise route des naissances, morts, passions est dure, escarpée, longue, qu'il faut la quitter et s'en sauver. Si les êtres n'entendent que le Véhicule unique de bouddha, ils ne désireront pas voir l'Éveillé, ni s'en approcher, mais ils se feront cette réflexion: la voie de bouddha est longue, ce n'est qu'en subissant longtemps souffrances et peines qu'on peut réaliser l'état de bouddha.

{§105} Sachant que telle est la lâcheté, la faiblesse, l'infériorité de leur pensée, grâce au pouvoir de ses expédients, il leur prêche les deux nirvana* afin de leur ménager un repos d'étape à mi-chemin. Si les êtres restent à demeure aux deux voies, l'Ainsi-Venu leur explique alors: "Ce à quoi vous oeuvrez n'est pas encore accompli; le niveau auquel vous demeurez est proche de la sagesse de bouddha. Il convient de poursuivre vos réflexions et considérations: le nirvana que vous avez gagné n'est pas authentique et réel, il n'est que l'effet du pouvoir des expédients de l'AinsiVenu, qui a établi pour sa prédication une triple distinction dans le Véhicule unique, de la même façon que le guide crée par fantasmagorie une grande ville afin d'y faire un repos d'étape." Dès qu' il sait qu'ils se sont reposés, il leur annonce que le lieu du trésor est à proximité: "Cette ville n'est pas réelle, je n'ai fait que la créer par fantasmagorie."

{§106} Alors le Vénéré du monde*, voulant réitérer cette idée, s'exprima en stances:

L'Éveillé Maha-bhijna-jnana-bhibhu*,
assis dix kalpas au lieu de la Voie,
ne voyait pas apparaître les attributs de bouddha,
ne parvenait pas à réaliser la voie de bouddha.
{§107} Les devas* célestes, les rois dragons,
la troupe des asuras*
faisaient constamment pleuvoir des fleurs célestes
en offrande à l'Éveillé.
{§108} Les devas* battaient les tambours célestes
et jouaient toutes sortes de savantes mélodies;
une brise parfumée emportait les fleurs flétries
tandis qu'il en pleuvait de fraîches.
{§109} Quand dix kalpas mineurs eurent passé,
il put enfin réaliser la voie de bouddha;
les devas* comme le monde humain
exultèrent tous en leur coeur.
{§110} Les seize fils de l'Éveillé,
tous avec leur suite
de milliers de myriades qui les entouraient,
se rendirent ensemble auprès de l'Éveillé,
inclinèrent leur tête aux pieds de l'Éveillé
et le prièrent de mettre en branle la roue du Dharma:
{§111} Que le Maître de sainteté, par la pluie du Dharma,
nous comble, nous-mêmes et tous les autres.
{§112} Le Vénéré du Monde* est bien difficile à rencontrer;
en une immense période, il n'apparaît qu'une fois.
{§113} Pour en avertir les êtres et le leur faire comprendre,
il fait trembler l'univers.
{§114} Des mondes à l'Est,
en cinq milliers de myriades de royaumes,
les palais brahmiques se trouvèrent illuminés,
comme ils ne l'avaient jamais été autrefois.
{§115} Les Mahabrahmas*, voyant ce signe,
cherchèrent et arrivèrent auprès de l'Éveillé;
ils dispersèrent des fleurs en offrande
et lui offrirent leurs palais,
priant l'Éveillé de faire tourner la roue du Dharma;
en stances ils le louèrent.
{§116} L'Éveillé savait que le temps n'était pas venu,
il reçut leurs prières assis en silence.
{§117} Des trois autres orients, des quatre directions intermédiaires,
des régions supérieure et inférieure, il en fut de même :
ils dispersèrent des fleurs, offrirent leurs palais,
prièrent l'Éveillé de faire tourner la roue du Dharma;
{§118} Le Vénéré du Monde* est fort difficile à rencontrer,
notre souhait est qu'en sa grande compassion,
il ouvre largement les portes d'immortalité,
qu'il mette en branle la roue du Dharma insurpassable.
{§119} Le Vénéré du Monde*, en son incommensurable sagesse,
accepta la prière de cette foule
et leur proclama toutes sortes d'enseignements,
les quatre vérités et les douze liens causaux,
qui vont de l'ignorance à la vieillesse et mort,
venant tous à l'existence par la production conditionnée
une telle multitude de fautes et d'afflictions,
il vous faut la connaître.
{§120} Quand il eut divulgué cet enseignement,
six cents myriades de milliards
purent mettre un terme à la douleur
et réaliser tous l'état d'arhat.
{§121} Lorsqu'il prêcha le Dharma pour la seconde fois,
des myriades d'êtres, comme les sables du Gange,
n'acceptèrent plus d'autres enseignements
et obtinrent également l'état d'arhat.
{§122} Par la suite, de ceux qui obtinrent la Voie,
le nombre est incalculable:
si on les comptait pendant des myriades de kalpa,
on ne pourrait en arriver au bout.
{§123} Alors, les seize princes
quittèrent leur famille et se firent shramaneras*,
tous prièrent ensemble l'Éveillé
d'exposer le Dharma du Mahayana.
{§124} Nous-mêmes et ceux qui nous suivent
réaliserons tous la voie de bouddha;
notre souhait est d'obtenir, à l'instar du Vénéré du monde*,
la primordiale pureté de l'oeil de sagesse.
{§125} L'Éveillé connaissait la pensée de ses enfants,
les pratiques menées au cours de leurs réexistences;
à l'aide d'innombrables relations
et d'une variété de paraboles,
il exposa les six perfections
ainsi que les conduites menant aux pouvoirs mystiques;
il détailla l'enseignement authentique et réel,
la voie que pratiquent les bodhisattvas
et exposa ce Sutra du Lotus du Dharma,
aux stances nombreuses comme les sables du Gange.
{§126} Quand l'Éveillé eut exposé ce Sutra,
en un vihara* tranquille, il entra en concentration;
il resta assis en un seul lieu, en une seule pensée
quatre-vingt-quatre mille kalpas.
{§127} Ces shramaneras*,
sachant l'Éveillé non sorti de méditation,
afin de prêcher la sagesse insurpassable de bouddha
aux innombrables myriades de la multitude,
s'assirent chacun sur le trône du Dharma
et exposèrent ce Sutra du Mahayana.
{§128} Après le serein samadhi* de l'Éveillé,
leur proclamation aida à convertir au Dharma,
et les êtres sauvés
par chacun de ces shramaneras*
furent six cents millions de myriades,
aussi nombreux que les sables du Gange.
{§129} Après le passage en parinirvana du bouddha,
ceux qui entendirent le Dharma,
çà et là dans les terres de bouddha,
renaquirent toujours avec leur maître.
{§130} Ces seize shramaneras*
pratiquèrent en totalité la voie de bouddha,
maintenant, présentement, aux dix directions,
chacun a pu réaliser l'Éveil correct.
{§131} Or, de ceux qui écoutaient alors le Dharma,
chacun auprès d'un des bouddhas,
il en est qui demeurent des auditeurs-shravakas*,
devant être enseignés graduellement dans la voie de bouddha.
{§132} J'étais au nombre des seize
et ai autrefois prêché pour vous;
c'est pourquoi, grâce aux expédients,
je vous ai attirés pour vous orienter vers la sagesse de bouddha;
grâce à ces relations originelles,
je vous expose à présent le Sutra du Lotus,
pour vous faire pénétrer dans la voie de bouddha.
{§133} Veillez à ne pas éviter ce qui surprend et qui fait peur.

{§134} Imaginez l'exemple d'une route mauvaise et escarpée,
interminable, isolée, pleine de bêtes venimeuses,
de surcroît dépourvue d'eau ou d'herbe,
un lieu craint des gens.
{§135} Une foule d'innombrables myriades
voudrait passer cette voie escarpée;
cette route est immensément longue,
elle traverse cinq cents yojana.
{§136} Il y aurait alors un guide
aux fermes connaissances, muni de sagesse,
d'esprit lucide et déterminé,
en plein danger, à faire franchir toutes les difficultés.
{§137} Dans la troupe, les gens sont las et fatigués,
ils s'adressent au guide:
"Nous sommes épuisés, abattus,
nous voudrions rebrousser chemin d'ici."
{§138} Le guide se fait cette réflexion:
Ces gens sont bien à plaindre,
comment voudraient-ils rebrousser chemin
et manquer le grand trésor? "
{§139} Ce faisant, il songe à un expédient :
Il me faut mettre en oeuvre mes pouvoirs surnaturels.
{§140} Il crée alors par fantasmagorie une grande ville fortifiée,
aux maisons et résidences somptueuses,
bordée de parcs,
de canaux et de douves,
aux doubles portes et hautes tours,
remplie d'hommes et de femmes.
{§141} Cette fantasmagorie créée,
il rassure la troupe, leur disant: "Ne craignez point,
vous autres, entrez dans cette ville;
chacun s'y délassera comme il l'entend."
{§142} Dès que les gens sont entrés dans la ville,
tous le coeur en grande liesse,
ils conçoivent une impression de soulagement,
et se croient désormais sauvés.
{§143} Quand le guide sait qu'ils sont reposés,
il rassemble la foule et leur déclare:
"Il vous faut aller de l'avant,
cette ville n'est que fantasmagorie;
je vous ai vus épuisés et las,
voulant à mi-chemin revenir sur vos pas;
aussi, par la force de mes expédients,
ai-je fait apparaître provisoirement ce fantôme de ville.
{§144} Maintenant, redoublez d'énergie,
il vous faut arriver ensemble au lieu du trésor.
{§145} Ainsi en va-t-il pour moi
qui suis le guide de tous;
voyant ceux qui sont en quête de la Voie
se décourager et renoncer à mi-chemin,
incapables d'échapper à la voie escarpée
des naissances et des morts, des passions,
grâce au pouvoir de mes expédients,
je leur prêche le nirvana pour leur repos,
et leur dis: "Pour vous, la douleur va disparaître,
tout ce que vous deviez faire est accompli."
{§146} Sachant dès lors qu'ils sont parvenus au nirvana
et qu'ils ont tous réalisé l'état d'arhat,
je rassemble alors leur vaste multitude
pour prêcher l'enseignement authentique et réel:
{§147} Les bouddha, par la force de leurs expédients,
distinguent trois véhicules dans leur prédication,
or il n'est que l'Unique véhicule de bouddha,
les deux autres sont prêchés comme étapes de repos.
{§148} À présent, je vous expose la réalité
ce que vous avez acquis n'est pas le nirvana,
en vue de l'omniscience de bouddha,
il vous faut déployer une grande énergie;
quand vous aurez attesté l'omniscience,
les dix forces et autres attributs d'Éveillé,
munis de la totalité des trente-deux marques,
ce sera alors le parinirvana authentique et réel.
{§149} Les guides que sont les bouddhas
prêchent le nirvana pour ménager une étape;
dès qu'ils vous savent reposés,
ils vous entraînent à pénétrer dans la sagesse de bouddha.

SUITE (chapitre VIII)

Commentaire de Nikkyo Niwano sur ce chapitre

Ce qu'en dit Nichiren ; Citations dans les goshos


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