L'essentiel du chapitre Yakuo

(Le coeur du chapitre "Roi-de-la-Médecine")

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 7, p. 3; SG* p.91.
Gosho Zenshu p. 1499 - Yakuo-bon tokui sho

1265 -  ? peut-être à la mère de Nanjo Tokimitsu

Voici les points essentiels concernant le chapitre Yakuo* (XXIII)  : ce chapitre se trouve dans le septième volume, et c'est le vingt-troisième parmi les vingt-huit chapitres composant le Sutra du Lotus.

Le premier volume du Sutra comprend deux chapitres, Jo* (I) et chapitre Hoben* (II). Le chapitre Jo* (I) sert d'introduction à l'ensemble des vingt-huit chapitres.

Les huit chapitres qui vont du chapitre Hoben* (II) jusqu'au chapitre chapitre Ninki* (IX) traitent principalement de l'atteinte de la bodhéité par les personnes des deux véhicules et, accessoirement, par les bodhisattvas et les personnes ordinaires.

Les cinq chapitres suivants - Hosshi* (X), Hoto* (XI), Daibadatta* (XII), Kanji* (XIII) et Anrakugyo (réf.) - indiquent de quelle manière les enseignements des huit chapitres précédents [du II au IX] doivent être mis en pratique par les personnes ordinaires à l'époque des Derniers jours du Dharma.

Le chapitre suivant, Yujutsu* (XV), est une introduction au chapitre Juryo* (XVI). Les douze chapitres qui suivent, à partir du chapitre Fumbetsu kudoku* (XVII), indiquent essentiellement comment les principes du chapitre Juryo* (XVI) doivent être appliqués par les personnes ordinaires à l'époque des Derniers jours du Dharma, et, accessoirement, comment mettre en pratique les principes énoncés dans les huit chapitres à partir du chapitre Hoben* (II).

Par conséquent, le chapitre Yakuo* (XXIII) explique comment il convient de concrétiser à la fois l'enseignement des huit chapitres commençant par le chapitre Hoben* (II) et les principes énoncés dans le chapitre Juryo* (XVI).

Le chapitre Yakuo* (XXIII) contient dix images, la première étant la comparaison avec le grand océan. J'expliquerai d'abord sommairement cette image. Jambudvipa, le continent du sud, compte 2500 rivières ; Godaniya, le continent de l'ouest, en compte 5000. L'ensemble des quatre continents totalise 25900 rivières. Certains de ces cours d'eau sont longs de quarante lieues, d'autres de cent lieues, quelques uns seulement d'une lieue, d'une demi-lieue ou de quelques brasses. Mais aucun d'eux n'égale en profondeur le grand océan.

Parmi des sutras antérieurs au Sutra du Lotus tels que Kegon*, Agama*, Hodo*, Hannya*, Jimmitsu*, Amida, Nirvana, Vairocana*, Kongocho, Soshitsuji et Mitsugon, parmi tous les sutras enseignés par les bouddhas Shakyamuni, Vairocana, Amida, Yakushi, et par les divers bouddhas des trois phases de l'existence, le Sutra du Lotus est le plus élevé. Les autres sont donc comparables à des grands fleuves, à des rivières moyennes et petites, tandis que le Sutra du Lotus est semblable au grand océan.

L'océan possède dix caractéristiques remarquables qui marquent sa supériorité sur les rivières. Premièrement, l'océan devient de plus en plus profond, ce qui n'est pas vrai des rivières. Deuxièmement, l'océan rejette les cadavres, ce que ne font pas les rivières. Troisièmement, les rivières et les fleuves perdent, en se jetant dans l'océan, le nom qu'ils possédaient auparavant. Quatrièmement, l'eau de l'océan a partout la même saveur, ce qui n'est pas vrai des rivières. Cinquièmement, l'océan recèle des trésors que l'on ne trouve pas dans les rivières. Sixièmement, la profondeur de l'océan est immense, mais pas celle des rivières. Septièmement, l'étendue de l'océan est si grande que l'on n'en voit pas les limites, alors que les limites des rivières sont visibles. Huitièmement, l'océan abrite des espèces vivantes de grande taille, introuvables dans les rivières. Neuvièmement, l'océan connaît le flux et le reflux des marées, ce qui n'est pas le cas des rivières. Et dixièmement, à la différence des rivières, l'océan peut absorber l'eau de pluies torrentielles ou de fleuves gigantesques sans jamais déborder.

Ainsi, le Sutra du Lotus a dix qualités, tandis que les autres sutras ont dix défauts. Dans le cas du Sutra, les bienfaits qu'il procure sont de plus en plus profonds, et se transmettent jusqu' à la cinquantième personne qui l'entend. Alors que les autres sutras, incapables de procurer des bienfaits même à la première personne qui les entend, seraient bien en peine d'en procurer à la deuxième, troisième, quatrième, encore moins la cinquantième.

Les rivières peuvent être profondes, mais aucune n'égale en profondeur les parties les moins profondes de l'océan. Les divers autres sutras peuvent bien proclamer qu'un seul caractère ou une seule strophe des textes qui les composent ou que les dix méditations ont le pouvoir de sauver ceux qui subissent les rétributions négatives dues aux dix mauvaises actions ou aux cinq forfaits - ces bienfaits sont encore inférieurs à ceux qu'obtient même la cinquantième personne à se réjouir d'entendre ne serait-ce qu'un seul caractère ou une seule strophe du Sutra du Lotus.

Dans le cas du Sutra du Lotus, de même que l'océan ne conserve pas les cadavres, une personne qui s'oppose au Dharma et au Sutra sera rejetée par le Sutra, même si c'est par ailleurs une personne de grande bonté. Cela sera encore plus vrai d'une personne mauvaise ajoutant à ses mauvaises actions le crime d'opposition au Dharma  ! Si elle respecte le Sutra du Lotus, une personne qui n'a pas foi en d'autres sutras est certaine d'atteindre la bodhéité. Par contre, on peut avoir foi en d'autres sutras, si l'on s'oppose au Sutra du Lotus, on tombera inéluctablement dans la grande citadelle de l'enfer avici.

Parlons maintenant de la huitième vertu de l'océan, sa capacité à abriter des créatures de grande taille. L'océan contient des poissons géants comme celui qu'on appelle makara. On dit que l'enfer avici mesure quatre-vingt mille yojana de long et autant de large. Mais une personne qui tombe dans cet enfer pour avoir commis l'un des cinq forfaits en remplit à elle seule tout l'espace. Ainsi, celles qui résident dans cet enfer, personnes ayant commis un ou plusieurs des cinq forfaits, sont des formes de vie de très grande taille.

Ces petites rivières ou ces grands fleuves que sont les autres sutras ne contiennent pas de poissons de la taille du makara, mais on en trouve bel et bien dans le grand océan du Sutra du Lotus. De même, dans les autres sutras, il n'est pas dit que les personnes ayant commis un ou plusieurs des cinq forfaits pourront atteindre la bodhéité. Ou même si certains sutras le prétendent, ils ne font que l'affirmer sans révéler encore le véritable principe.

C'est pourquoi, dans son commentaire sur le Sutra du Lotus, Zhiyi*, le Grand-maître* de sagesse qui avait mémorisé tous les enseignements sacrés exposés par le Bouddha de son vivant, déclare : "Les autres sutras prédisent que seuls les bodhisattvas parviendront à l'Eveil, mais pas les personnes des deux véhicules. Ils annoncent que seules les personnes bonnes atteindront la bodhéité mais pas les personnes mauvaises... Ce Sutra [du lotus], lui, prédit que tous les êtres vivants parviendront à la bodhéité." (réf.) Je n'irai pas plus loin dans l'explication des dix vertus de l'océan.

En deuxième lieu vient la comparaison avec les montagnes. Le Sutra dit que parmi les dix montagnes aux trésors et parmi toutes les montagnes, le Mont Sumeru est le plus élevé. Les dix montagnes aux trésors sont : premièrement, Sessen [Montagne neigeuse]  ; deuxièmement, Kosen [Montagne aux parfums] ; troisièmement, le Mont Khadira  ; quatrièmement, Sen sho sen [Mont des immortels et des sages] ; cinquièmement, le Mont Yugamdhara [Yukenda-sen]  ; sixièmement, le Mont Meni [Meni-sen] ; septièmement, le Mont Nimindhara [Nimindara-sen]  ; huitièmement, le Mont Chakravada [Shakara-sen] ; neuvièmement, le Mont Shukue-sen [Sagesse du passé]  ; et dixièmement, le Mont Sumeru.

Parmi ces dix montagnes, les neuf premières sont comparables aux divers autres sutras, ce sont des montagnes ordinaires. Chacune d'elles contient un seul trésor. Mais le Mont Sumeru contient des trésors multiples et, pour cette raison, leur est supérieur. C'est comme l'or de Jambunada, incomparablement plus précieux que l'or ordinaire.

Le Sutra Kegon* énonce le principe que la conscience seule crée le monde phénoménal ; les sutras Hannya* enseignent qu'il y a dix-huit sortes de non-substantialité  ; le Sutra Vairocana* définit les cinq aspects de la méditation pour parvenir à la bodhéité, et dans le Sutra Kammuryoju se trouve le principe de la renaissance sur la Terre pure. Mais le principe de l'atteinte de la bodhéité sans changer d'apparence (sokushin jobutsu), contenu dans le Sutra du Lotus, les dépasse tous.

Le Mont Sumeru est de couleur dorée. Tout être qui s'en approche, qu'il s'agisse d'un bœuf ou d'un cheval, d'un être humain ou d'un être céleste, d'un oiseau ou de toute autre créature, perd invariablement sa couleur d'origine et se teinte d'une couleur dorée. Cela ne se produit sur aucune autre montagne. De même, les autres sutras, quand ils sont placés à côté du Sutra du Lotus, perdent leur couleur originelle. Ils sont comme des objets noirs qui, une fois exposés à la lumière du soleil et de la lune, perdent leur couleur. Ainsi en est-il des multiples couleurs que sont les principes de la renaissance sur une autre Terre ou de l'atteinte de la bodhéité décrite dans les autres sutras : ils perdent leur sens lorsqu'ils sont exposés à la lumière du Sutra du Lotus.

En troisième lieu vient la comparaison avec la lune. Certaines étoiles peuvent éclairer sur une distance d'un demi-lieue (note), d'autres sur une distance d'une lieue ou de huit lieues mais aucune ne peut jamais éclairer sur plus de seize lieues. La lune, par contre, peut illuminer sur plus de huit cents lieues. Chaque étoile a son propre rayonnement mais aucune ne peut rivaliser avec l'éclat de la lune.

Même sous la lumière additionnée de millions et de millions d'étoiles, de toutes les étoiles des quatre continents, d'un système majeur de mondes et de tous les mondes des dix directions, cette clarté resterait toujours inférieure à celle de la lune toute seule. Comment pourrait-on prétendre alors que la clarté répandue par une seule étoile est plus forte que celle de la lune ?

Ainsi, même si l'on réunissait tous les divers sutras - Kegon*, Agama*, Hodo*, Hannya*, Nirvana, Sutra Vairocana* et Kammuryoju - ils ne seraient même pas l'équivalent d'un seul caractère du Sutra du Lotus.

Il existe trois catégories d'illusions inhérentes à l'esprit de tous les êtres humains : celles de la pensée, du désir et les illusions aussi nombreuses que les grains de poussière et de sable, illusions sur la véritable nature de l'existence. Le karma créé par les dix mauvaises actions et les cinq forfaits - tout cela peut aussi se comparer à une nuit obscure. Le Sutra Kegon* et les divers autres sutras sont semblables à des étoiles dans cette nuit profonde, mais le Sutra du Lotus y figure la lune. Ceux dont la foi dans le Sutra du Lotus est peu profonde sont éclairés dans cette nuit sombre par une demi-lune. Mais pour ceux dont la foi est profonde, c'est comme si la pleine lune dissipait les ténèbres.

Par une nuit sans lune, sans autre lumière que celle des étoiles, des personnes fortes ou résolues sortiront de chez elles, mais les personnes âgées et les femmes n'oseront pas se promener. Alors que si la lune est pleine, même les femmes et les personnes âgées vont où bon leur semble, à une fête ou à une réunion. De même, il est dit dans les divers sutras que les bodhisattvas et les personnes de grandes capacités parviendront à la bodhéité. Mais les personnes des deux véhicules, les personnes ordinaires, les personnes mauvaises et les femmes, ou encore les personnes qui vivront à une époque future, âgées, oisives et n'observant pas les préceptes, ne reçoivent pas l'assurance de renaître sur la Terre pure ou d'atteindre la bodhéité. Le Sutra du Lotus est différent parce qu'il y est clairement affirmé que les personnes des deux véhicules, tout comme les personnes mauvaises et les femmes, atteindront la bodhéité. A plus forte raison les bodhisattvas et les personnes de grandes capacités.

Par ailleurs, la lune est plus brillante à l'approche de l'aube qu'au début de la nuit, plus éclatante en automne et en hiver qu'au printemps et en été. De même, le Sutra du Lotus procure plus de bienfaits aux êtres humains à l'époque des Derniers jours du Dharma que pendant les deux mille ans des époques du Dharma correct et du Dharma formel.

Question. Avez-vous des preuves écrites pour appuyer ce que vous avancez ?

Réponse. C'est d'une évidence éclatante. Il est dit encore, plus loin dans le chapitre Yakuo* (XXIII)  : "Après ma disparition, dans la cinquième période de cinq cents ans, propagez largement le Sutra du Lotus à travers tout le Jambudvipa, et ne laissez jamais son flot tarir."(réf.) Ce passage du Sutra, exhortant à une large propagation dans tout le Jambudvipa deux mille ans après la disparition du Bouddha Shakyamuni, justifie la troisième comparaison avec la lune. Le Grand-maître* Kompon, plus connu sous le nom de Grand-maître Saicho*, le commente en disant  : "Les époques du Dharma correct et du Dharma formel arrivent à leur terme, et les Derniers jours du Dharma sont tout proches. Le temps est maintenant venu où le Véhicule unique du Sutra du Lotus prouvera qu'il est bien celui qui convient parfaitement aux capacités de tous les êtres humains."(réf.)

Les bienfaits procurés par le Sutra du Lotus pendant les mille ans de l'époque du Dharma correct et les mille ans de l'époque du Dharma formel dépassaient déjà ceux qui pouvaient être obtenus grâce aux divers autres sutras. Mais une fois passés le printemps et l'été des deux mille ans du Dharma correct et du Dharma formel, lorsque arrivent l'automne et l'hiver des Derniers jours du Dharma, la lune brille d'un éclat encore plus grand qu'aux époques précédentes.

En quatrième lieu vient la comparaison avec le soleil.

Quand la lune apparaît dans un ciel où brillent les étoiles, sa lumière est plus forte mais elle n'annule pas celle des étoiles. Par contre, une fois le soleil levé, non seulement les étoiles s'éteignent mais la lune aussi perd son éclat.

Si les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus sont comparables aux étoiles, l'enseignement théorique* du Sutra du Lotus, lui, est comparable à la lune, et le chapitre Juryo* (XVI), au soleil. Quand le chapitre Juryo* (XVI) apparaît, la lune de l'enseignement théorique* ne peut l'égaler, encore moins ces étoiles que représentent les sutras antérieurs.

Pendant la nuit, à la lumière des étoiles et de la lune, les êtres humains ne vaquent pas à leurs occupations. Mais une l'aube venue, ils reprennent invariablement leurs diverses tâches. De même, lorsque les sutras antérieurs ou l'enseignement théorique* du Sutra du Lotus prévalent, les êtres humains ont du mal à se libérer des souffrances de la naissance et de la mort. Mais une fois apparu le chapitre Juryo* (XVI) de l'enseignement essentiel*, les êtres humains sont assurés de pouvoir se libérer des souffrances de la naissance et de la mort.

Je n' expliquerai pas en détail les six autres comparaisons.

Outre ces dix comparaisons, le chapitre Yakuo* (XXIII) en comporte beaucoup d'autres. Notamment celle d'un voyageur trouvant un bateau au moment où il a besoin d'effectuer une traversée. Le sens de cette comparaison est que, sur l'océan des souffrances de la naissance et de la mort, les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus sont comparables à des radeaux ou à de petites barques. Ils permettent de passer d'une rive à l'autre dans le domaine de la naissance et de la mort, mais ils sont incapables d'effectuer la traversée de l'océan des naissances et des morts jusqu'au lointain rivage de la béatitude parfaite [Sukhavati].

Ces sutras sont comme ces petits bateaux qui, dans notre monde, peuvent aller de Tsukushi [Kyushu] à la région de Bando [Kanto], ou de Kamakura à Enoshima, mais ne peuvent effectuer la traversée jusqu'en Chine. Alors qu'avec un bateau chinois, il est tout à fait possible d'aller du Japon jusqu'en Chine sans difficulté.

Une autre comparaison est "comme des pauvres découvrant un trésor". La pauvreté règne dans les pays qui suivent les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus, et leurs habitants sont dans l'état d'avidité. Mais le Sutra du Lotus est une véritable montagne aux trésors comblant de bonne fortune les habitants du pays qui le pratique.

Question. Sur quel passage de sutra fondez-vous cette affirmation que les pays qui croient aux enseignements antérieurs au Sutra du Lotus sont des pays où règne la pauvreté ?

Réponse. Il est dit dans le chapitre Juki (VI)  : "C'est comme une personne venue d'un pays de famine se trouvant soudain devant un festin de roi."

Concernant la renaissance sur la Terre pure et l'atteinte de la bodhéité par les femmes, il est dit dans le Sutra : "Si, au cours de la cinquième période de cinq cents ans après la disparition de l'Ainsi-Venu, il se trouve une femme qui entend ce Sutra et le pratique tel qu'il est enseigné, quand sa vie actuelle sur terre parviendra à son terme, elle renaîtra immédiatement dans le monde de paix et de délices où réside le bouddha Amida, entouré d'une assemblée de grands bodhisattvas, et elle prendra place sur un trône précieux au cœur d'une fleur de lotus." (réf.)

Question. Pourquoi ce Sutra et ce chapitre du Sutra en particulier s'attachent-ils à la question de la renaissance des femmes sur la Terre pure ?

Réponse. Il est difficile de sonder les intentions du Bouddha, et cette question n'est pas facile à élucider. Mais, en y réfléchissant, je dirais que c'est peut-être parce que l'on attribue aux femmes l'origine des fautes et de la ruine d'un pays. C'est pourquoi les écrits bouddhiques comme non bouddhiques abondent en interdictions concernant les femmes. On trouve, par exemple, dans les écrits non bouddhiques, les trois règles d'obéissance les soumettant à trois sortes d'autorité. Celle de leurs parents dans la jeunesse ; celle de leur époux une fois mariées ; et celle de leur fils dans la vieillesse. Ces trois formes d'obéissance entravent leur liberté.

Les écrits bouddhiques mentionnent les cinq entraves. La première de ces Cinq entraves est l'impossibilité pour les femmes, au cours de leurs renaissances successives dans les six voies, de renaître, comme le peuvent les hommes, sous la forme du dieu Bonten. Le deuxième obstacle est qu'elles ne peuvent pas renaître sous la forme de Taishaku. Le troisième, qu'elles ne peuvent pas renaître sous la forme d'un Roi-dragon. Le quatrième, qu'elles ne peuvent pas renaître sous la forme d'un Roi-faisant-tourner-la-roue. Et le cinquième, qu'elles sont condamnées à transmigrer éternellement dans les Six voies, sans pouvoir échapper au monde des trois plans ni pouvoir jamais devenir bouddha. Ce passage se trouve dans le Sutra Chonichigatsu sammai. Voici à ce sujet le commentaire du Sutra Gonjikinyo  : "Même si les yeux de tous les bouddhas dans les trois phases de la vie tombaient sur le sol, aucune femme, de quelque monde que ce soit, ne pourra jamais devenir bouddha."

Les bons souverains, les sages et même des personnes ordinaires ne prononcent pas de mensonges. Un homme du nom de Fanyochi fit porter sa propre tête au roi Ching Ko, et le prince Chizha planta son sabre sur la tombe du seigneur de Si. Ils agirent ainsi pour ne pas trahir leur promesse ou ne pas être coupables de mensonges. Il est donc encore moins concevable que des auditeurs-shravakas, des bodhisattvas ou des bouddhas puissent mentir !

Par le passé, alors que le Bouddha n'était encore qu'un simple mortel pratiquant les enseignements des sutras du Hinayana, il observa les cinq préceptes. Le quatrième d'entre eux est l'interdiction du mensonge. Il respecta rigoureusement ce précepte, sans jamais le transgresser, même si cela mettait ses biens ou sa vie en danger.

Quand il commença à pratiquer les enseignements des sutras du Mahayana, il observa les dix préceptes majeurs, le quatrième proscrivant totalement le mensonge. Il observa fidèlement ce précepte sans le violer une seule fois durant un nombre incalculable de kalpa, jusqu'à ce que finalement, grâce au mérite ainsi acquis, il obtînt le corps d'un bouddha ; et, parmi les trente-deux traits caractéristiques du corps d'un bouddha, la langue longue et large.

La langue du Bouddha est si fine, si large et si longue qu'elle est capable de lui recouvrir le visage, de recouvrir ses cheveux jusqu'à la nuque, voire de s'élever jusqu'au Séjour de Brahma. Cette langue, d'une couleur rouge cuivrée, porte cinq dessins que l'on pourrait croire gravés. Sous elle se trouvent deux joyaux qui sécrètent la rosée d'ambroisie.

Tel est le bienfait acquis par le Bouddha en observant le précepte de ne jamais mentir. Et c'est avec cette langue qu'il affirma que les yeux de tous les bouddhas des trois phases de la vie pourraient bien tomber mais qu'aucune femme dans quelque monde que ce soit ne pourrait jamais devenir bouddha. On pourrait donc croire que, quelle que soit l'époque, il est vain pour une femme d'espérer atteindre la bodhéité. Il faudrait admettre, dans ce cas, qu'une personne née en tant que femme, put devenir impératrice, épouse de l'empereur retiré, ou encore mère ou grand-mère d'un empereur, sans que cela n'y changeât rien, et que même si elle accomplissait des actes méritoires et pratiquait les enseignements du bouddhisme, cela ne lui vaudrait aucun bien.

Pourtant, dans le chapitre Yakuo* (XXIII) du Sutra du Lotus, le Bouddha déclare que les femmes pourront renaître sur la Terre pure. Voilà qui est difficilement concevable  ! Serait-ce donc l'autre sutra qui ment  ? Ou bien est-ce celui-ci  ? Il faut nécessairement que, d'un côté ou de l'autre, quelqu'un ne dise pas la vérité. Et dans ce cas, cela voudrait dire que le Bouddha tient des propos contradictoires, ce qui est difficilement concevable. Mais dans le Sutra Muryogi, le Bouddha déclare  : "En plus de quarante années, je n'ai pas encore révélé la vérité."(réf.) Et dans le Sutra du Nirvana  : "L'Ainsi-venu ne dit pas de contre-vérités, mais si je savais qu'en affirmant des choses fausses je pourrais aider les êtres humains à obtenir les bienfaits du Dharma, alors, pour leur bien, j'adopterais la conduite la mieux adaptée et je prononcerais de telles affirmations à titre de hoben."

A la lumière de ces passages, il semblerait que le Bouddha n'ait pas dit la vérité en déclarant que les femmes ne pouvaient pas atteindre la Terre pure et parvenir à la bodhéité. Et au vu des passages du Sutra du Lotus "L'Honoré du monde expose depuis longtemps ses enseignements et doit maintenant révéler la vérité"(réf.) et "Tout ce que vous avez dit dans le Sutra du Lotus est véridique"(réf.), nous pouvons conclure qu'est véridique l'affirmation que les femmes peuvent immanquablement renaître sur la Terre pure et atteindre la bodhéité, et que cette assertion ne transgresse aucunement la règle interdisant au Bouddha tout mensonge.

Dans le monde profane, un homme de vertu peut désavouer son fils si son comportement est contraire au bon sens ou s'il a commis une faute quelconque. Pour authentifier ce désaveu, il peut même écrire un testament ou prêter serment. Mais, en voyant approcher l'heure de sa mort, il peut aussi pardonner à son fils. Même en pareil cas, nous ne mettons pas son honnêteté en doute et ne l'accusons pas d'avoir prononcé des paroles mensongères. Il en va de même pour le Bouddha.

Pendant quarante et quelques années, en exposant les enseignements antérieurs au Sutra du Lotus, le Bouddha reconnut que les bodhisattvas pouvaient atteindre la voie qui mène à la bodhéité, tout comme les simples mortels de grandes capacités, les personnes de bien et les hommes. Mais il dénia cette possibilité aux personnes des deux véhicules, aux personnes mauvaises et aux femmes. En certaines occasions, pourtant, il sembla bien en reconnaître la possibilité, mais un doute subsistait en ce domaine. Cependant, au terme de quarante-deux années d'enseignement, au début de cette période de huit ans pendant laquelle il allait enseigner le Sutra du Lotus, sur le Pic du Vautour, à Rajagriha, dans le royaume du Magadha, il enseigna tout d'abord le Sutra Muryogi. Et dans ce sutra, nous lisons  : "Pendant plus de quarante années je n'ai toujours pas révélé la vérité."

Nichiren.

ARRIERE-PLAN - On pense généralement que Nichiren Daishonin écrivit cette lettre en 1265, toutefois, d'autres hypothèses sont également avancées. L'identité du destinataire n'est pas non plus connue de façon certaine, mais comme il est question à la fin de ce gosho de l'atteinte de la bodhéité par les femmes, il semble très vraisemblable qu'il ait été envoyé à une femme pratiquante, peut-être à la mère de Nanjo Tokimitsu, intendant du village d'Ueno, dans la région de Fuji. (Commentaire ACEP)

En anglais : The Essence of the Yakuo Chapter ou The Essence of the “Medicine King” Chapter

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=91&m=1&q=The%20Essence%20of%20the
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_EssenceYakuo.htm

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