Lettre aux moines du Seicho-ji

Traduit de "Letter to the Priests of Seichoji"
Nichiren Shonin's Writings Study Series
Nichiren Buddhhist International Center - Hayward California 2004

Gosho Zenshu p. 893 - Seicho-ji Daishuchu

Minobu, le 11 janvier 1276 aux moines du temple Seicho-ji sur le Mont Kiyosumi :

 

Permettez moi de vous transmettre mes plus chaleureuses félicitations pour la nouvelle année qui arrive. Comme vous ne m’avez pas rendu visite au Mont Minobu l’année dernière, j’étais inquiet que quelque chose de malheureux ait pu vous arriver. Cependant, il a dû y avoir une raison importante pour laquelle vous n’avez pas pu venir. Si toutefois vous pensez venir me voir, pourriez vous, je vous prie, emprunter pour moi au moine Ise-ko le Jujushin Ron*, le Hizo Hoyaku*, le Nikyo-ron*, et d'autres commentaires de l'école Shingon  ? Un certain nombre de moines Shingon ont, récemment, vociféré violemment contre moi, tandis qu’ils organisent un débat religieux. Apportez aussi avec vous les volumes 1 et 2 du Maka Shikan. J'apprécierais aussi le Tendai Hokke Sho Gisan (Toshun*) et le Hokke Tendai Mongu Fusho Ki* si vous pouvez vous les procurer. Empruntez l'exemplaire du Shuyo Shu* que possède Kanchi-bo, le disciple d'Enchi-bo. On m'a dit aussi qu'il est en possession d'autres écrits sur le même sujet. Pourriez-vous les emprunter également en lui disant que je les lui rendrai dès que possible  ? Cette année, la question de savoir, parmi tous les enseignements bouddhiques lesquels sont corrects et lesquels erronés sera définitivement résolue.

Dites de ma part à Joken-bo, Gijo-bo et aux autres moines : "Nichiren, à plusieurs reprises, s'est trouvé sur le point d'être tué. Par deux fois il a été exilé et en une occasion, il a failli être décapité. Il n'a pourtant commis aucun crime dans la société. [Dans sa jeunesse], il a reçu la sagesse suprême du bodhisattva Kokuzo lui-même. Il avait adressé à ce bodhisattva la prière de devenir la personne la plus sage du Japon. Le bodhisattva, par compassion envers lui, lui a offert un grand joyau aussi brillant que l'étoile du matin, que Nichiren a glissé dans sa manche droite. Dès lors, en lisant l'ensemble des sutras, il a su discerner pour l'essentiel la valeur relative des Huit Ecoles ainsi que celle de tous les sutras."

L'école Shingon, en particulier, est celle qui détruit le Sutra du Lotus. Il est primordial de la réfuter mais dans un premier temps j'ai voulu m'attaquer aux erreurs des écoles Zen et Nembutsu. Je laisserai pour l'instant de côté la question d'établir ce qui est correct et ce qui est erroné dans le bouddhisme en Inde et en Chine, mais en ce qui concerne le Japon, l'enseignement correct du Sutra du Lotus s'y est perdu et tous ses habitants, sans aucune exception, sont donc destinés à tomber dans les mauvaises voies. [La raison en est que] sur chaque montagne, à côté de chacun des temples de l'école Hokke-Tendai se trouve invariablement un temple de l'école Shingon, de même que l'ombre suit le corps. Ainsi, à la pratique correcte du Sutra du Lotus, est adjointe la pratique shingon des dix-huit voies, et à la pratique du repentir [par la récitation du Sutra du Lotus] se mêle la récitation du Sutra Amida. Et, au cours de la cérémonie de consécration des patriarches, le rituel du Shingon prédomine, tandis que celui du Sutra du Lotus est relégué au second plan.

En réalité, les sutras du Shingon appartiennent aux enseignements provisoires et sont même inférieurs aux sutras Kegon* ou Hannya*. Pourtant, Ennin* et Kukai* se sont trompés sur ce point et ont prétendu que les sutras du Shingon étaient égaux ou même supérieurs au Sutra du Lotus. La cérémonie "d'ouverture des yeux" d'une nouvelle effigie du Bouddha est donc conduite avec le mudra de la déesse Butsugenson (Vénérable-œil-du-Bouddha) et le mantra dharani* du bouddha Vairocana*. Il en résulte que toutes les images peintes et sculptures en bois [représentant le Bouddha] au Japon, ont été privées d'âme et d'yeux, et qu'elles sont en fin de compte possédées par le Démon du sixième Ciel, causant la perte de ceux-là mêmes qui leur rendent un culte. C'est pour cela que les édits de la cour impériale [à Kyoto] ont presque perdu toute validité. Le Shingon nuisible a maintenant fait son entrée à Kamakura, menaçant de détruire aussi le Japon tout entier. Les adeptes des écoles Zen et Jodo sont des personnes aux conceptions plus erronées que l'on ne saurait le dire. En déclarant cela, je savais que je risquais ma vie. Pourtant, je voulais exprimer ma reconnaissance envers le bodhisattva Kokuzo. Aussi, le 28ème jour du 4ème mois de la 5ème année de Kencho (1253), je l'ai publiquement déclaré pour la première fois devant une petite assemblée dont faisait partie Joen-bo, du côté sud de la salle de pratique de Dozen-bo, au temple Seicho-ji, dans le village de Tojo, de la province d'Awa. Depuis vingt ans, je ne cesse de le dire sans reculer d'un pas. Cela m'a contraint tantôt à changer de lieu de résidence tantôt à l'exil. A une époque antérieure, le bodhisattva Fukyo fut battu à coups de bâtons ; de nos jours, Nichiren est menacé par le sabre.

Tous les habitants du Japon, les sages comme les insensés, du plus puissant au plus humble, disent que le moine Nichiren est bien loin d'égaler les lettrés, maîtres, patriarches et sages des temps passés. [J'ai attendu le moment propice] pour dissiper leur méfiance à mon égard. [Il est venu] lorsque de grands tremblements de terre se sont produits durant l'ère Shoka, suivis par l'apparition d'une gigantesque comète durant l'ère Bun'ei [1264]. J'ai fait alors cette prédiction : "Notre pays subira deux effroyables désastres, la guerre civile et l'invasion étrangère. La première aura lieu à Kamakura, et prendra la forme de luttes intestines (note) parmi les descendants de Hojo Yoshitoki. La seconde peut venir de partout, mais la plus violente proviendra de l'ouest. Elle ne se produira que pour une seule raison : parce que toutes les écoles bouddhiques du Japon sont erronées, et, par conséquent, Bonten et Taishaku ordonneront à des pays étrangers de nous attaquer. Tant que le pays refusera de tenir compte de mes avis, il sera certainement vaincu, même s'il y a cent, mille, ou même dix mille généraux aussi braves que Masakado, Sumitomo, Sadato, Toshihito ou Tamura. Si mes prédictions se révélaient fausses, je serais prêt à adopter les conceptions déformées des écoles Shingon, Nembutsu et autres." Voilà ce que j'ai proclamé partout.

[Je tiens à avertir] tout particulièrement les moines du Mont Kiyosumi. Si vous me traitez avec moins de respect que vos propres père et mère ou les Trois trésors, vous deviendrez des mendiants misérables en cette vie, et, dans la prochaine, vous tomberez dans l'enfer avici. Voici pourquoi lorsque l'odieux Tojo Saemon Kagenobu chassa les cerfs et d'autres animaux élevés par le temple Seicho-ji et essaya de contraindre les moines des divers temples à devenir adeptes du Nembutsu, je me suis opposé [à Tojo] et j'ai pris le parti du seigneur du domaine. J'ai formulé par écrit un engagement solennel : "Si les deux temples, Kiyosumi [Seicho-ji] et Futama tombent aux mains de Tojo, je rejetterai le Sutra du Lotus  ! " Puis, j'ai fixé [cette promesse] à la main de l'objet de culte [statue de Shakyamuni] et j'ai prié. En moins d'un an, les deux temples se sont libérés de l'emprise de Tojo. Le bodhisattva Kokuzo n'oubliera certainement jamais cela ; dès lors, comment ces moines, qui me traitent à la légère et ne croient pas en moi, pourraient-ils ne pas être abandonnés par le ciel  ? En m'entendant parler ainsi, les plus insensés d'entre vous pourraient penser que je vous jette un mauvais sort. [Mais il n'en est rien.] Je ne le dis que parce que je crains que vous tombiez dans l'enfer avici après votre mort.

A propos de la nonne de la famille du seigneur (note) : étant une femme de peu de discernement, elle aura probablement pris pour vérité des sottises dites sur un ton menaçant. Malgré tout, parce qu'elle néglige sa dette de reconnaissance, je crains qu'elle ne tombe dans les mauvaises voies dans la vie prochaine. Pourtant, je lui suis reconnaissant de son attitude envers mes parents, et je prie donc pour la sauver de ce destin.

Le Sutra du Lotus est un écrit qui enseigne seulement les points suivants  : que le Bouddha Shakyamuni atteignit l'Eveil à une époque encore plus lointaine que gohyaku-jintengo et que et les autres disciples deviendront bouddha dans le futur ; que ceux qui ne croient pas en ce sutra tomberont dans l'enfer avici ; que non seulement le Bouddha Shakyamuni déclara tout cela lui-même, mais que le bouddha Taho confirma que c'était bien la vérité et que les bouddhas des dix directions tirèrent la langue pour témoigner de la véracité [de ce qu'ils entendaient]. [De plus le Sutra du Lotus affirme] que le Pratiquant de ce Sutra sera protégé par les innombrables bodhisattvas Surgis de Terre, les bodhisattvas Manjushri et Kannon, Bonten, Taishaku, les divinités Nitten, Gatten et les quatre Rois du Ciel et les dix Filles-démones. Il n'y a donc pas d'autre moyen d'atteindre la bodhéité que de pratiquer le Sutra du Lotus, car c'est le seul écrit qui dévoile la vérité du passé comme de l'avenir.

Je ne connais ni la province de Tsukushi, ni l'empire mongol. Pourtant, parce que ma prédiction s'appuyait sur ma compréhension de tous les sutras, elle s'est d'ores et déjà révélée exacte. Par conséquent, si je dis que vous tomberez tous dans l'enfer avici en raison de votre ingratitude, comment mes paroles pourraient-elles se révéler fausses  ? Vous êtes peut-être en sécurité pour le moment, mais attendez de voir ce qui se passera à l'avenir. Le Japon tout entier sera frappé par le même destin qui est aujourd'hui celui [des îles] d'Iki et Tsushima. Quand les Mongols s'abattront sur la province d'Awa, ceux qui, parmi les moines, seront restés attachés aux enseignements erronés, se recroquevilleront de terreur pour tomber finalement dans l'enfer avici en disant : "Je sais maintenant que le moine Nichiren avait raison." Comme c'est regrettable  ! C'est vraiment pitoyable !

Nichiren,
Le onzième jour du premier mois.

Faites, je vous prie, que cette lettre soit lue à haute voix par les moines Sado-ko Niko dono et Suke Ajari Go-bo devant la statue du bodhisattva Kokuzo pour que tous les moines du Seicho-ji l’entendent.

Arrière-plan et commentaires

En anglais : Letter to the Priests of Seicho-ji

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=650&m=1&q=Priests%20of%20Seicho-ji
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_LetterPriestsSeichoji.htm

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