Comparaison du Sutra du Lotus
avec les autres sutras

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 3, p. 345; SG* p.1047.
Gosho Zenshu p. 991 - Shokyo to Hokekyo to, Nan'ito Koto

Minobu, le 26 mai 1280 à Toki Jonin, à Shimosa.

 

Question : On lit, dans le quatrième volume du Sutra du Lotus, au chapitre chapitre Hosshi* (X) : "ce Sutra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre." Quel est le sens de ce passage ?

Réponse : Plus de deux mille ans se sont écoulés depuis que le Bouddha enseigna ce Sutra en Inde. Il fallut un peu plus de mille deux cents ans avant qu'il arrive en Chine et encore quelque deux cents ans avant qu'il soit introduit au Japon. Depuis, plus de sept cents années se sont déjà écoulées.

Après la disparition du Bouddha, trois personnes seulement ont véritablement lu ce passage du Sutra du Lotus. Le bodhisattva Nagarjuna, en Inde, dit dans son Daichido Ron  : "Le Sutra du Lotus est comme un grand médecin qui change le poison en remède". (note) C'est de cette manière qu'il expliqua le sens du passage "le plus difficile à croire, le plus difficile à comprendre". En Chine, le Grand-maître* Zhiyi* interpréta cette phrase en la replaçant dans son contexte : "De tous ceux que j'ai enseignés, que j'enseigne et que j'enseignerai le Sutra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre."(réf.) Et, au Japon, le Grand-maître* Saicho* commenta ainsi cette phrase  : "Tous les sutras des quatre premières des Cinq périodes enseignés auparavant, le Sutra Muryogi qui fut enseigné en même temps, et le Sutra du Nirvana qui fut enseigné plus tard, sont tous des enseignements faciles à croire et faciles à comprendre. C'est parce que tous ces sutras furent exposés en fonction des capacités de ceux à qui le Bouddha s'adressait. Le Sutra du Lotus est le plus difficile à croire et à comprendre, parce que l'enseignement définitif (jikkyo) y est révélé directement, indépendamment de la capacité de ses auditeurs à le comprendre."(réf.)

Question : Pouvez-vous expliquer dans quel but le Bouddha enseigna ainsi ?

Réponse : La facilité à croire et la facilité à comprendre, dans un cas, sont dues au fait que le Bouddha enseigna en fonction des capacités des gens. La difficulté à croire et la difficulté à comprendre, dans l'autre cas, tiennent au fait qu'il enseigna en fonction de son propre Eveil [sans prendre en compte les capacités de ses auditeurs]. Kukai* et ses adeptes du temple To-ji au Japon prétendent que, parmi tous les enseignements exotériques, le Sutra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre, mais que, par rapport aux enseignements ésotériques, il est facile à croire et à comprendre. Ennin*, Enchin et leurs adeptes disent que le Sutra du Lotus et le Sutra Vairocana* sont tous deux difficiles à croire et à comprendre, mais que, si l'on compare les deux, le Sutra Vairocana* est de loin plus difficile à croire et à comprendre que le Sutra du Lotus.

Tout le monde au Japon admet ces deux interprétations. Mais voici l'interprétation que je donne, moi, Nichiren, de ce passage : je considère que les enseignements non bouddhiques sont plus faciles à croire et à comprendre que les sutras du Hinayana ; les sutras du Hinayana sont plus faciles à croire et à comprendre que le Sutra Vairocana* et d'autres sutras Hodo*  ; le Sutra Vairocana* est plus facile à croire et à comprendre que les sutras Hannya*  ; les sutras Hannya* sont plus faciles que le Sutra Kegon ; le Sutra Kegon* est plus facile que le Sutra du Nirvana  ; le Sutra du Nirvana est plus facile que le Sutra du Lotus, et l'enseignement théorique* est plus facile que l'enseignement essentiel* du Sutra du Lotus. Il y a ainsi différents niveaux de difficulté ou de facilité relative [à croire et à comprendre].

Question : A quoi servent ces comparaisons ?

Réponse : Aucune autre doctrine ne surpasse cet enseignement [du Sutra du Lotus], grande lanterne qui illumine la longue nuit des souffrances de la vie et de la mort, épée acérée qui tranche la racine de l'obscurité fondamentale inhérente à la vie. Les enseignements des écoles Shingon et Kegon entrent dans la catégorie de zuitai. Ils sont par conséquent faciles à croire et faciles à comprendre puisque le Bouddha les exposa en tenant compte des capacités ou des désirs des personnes dans les neuf états, tout comme un père sage instruirait son enfant ignorant [de la manière la mieux adaptée à ses facultés de compréhension]. Par ailleurs, on appelle zuiriki l'enseignement que le Bouddha exposa en puisant directement dans son état de Bouddha, de la même manière qu'un père sage guide son enfant ignorant vers la compréhension à laquelle il est lui-même parvenu.

[A la lumière de ces principes de zuijii et de zuitai, ] j'ai sérieusement analysé les sutras Vairocana, Kegon*, le Sutra du Nirvana et d'autres sutras provisoires et j'ai finalement découvert que tous ces sutras font partie de l'enseignement zuitai.

Question : Avez-vous des preuves pour étayer cette affirmation ?

Réponse : Il est dit dans le Sutra Shrimala : "Le Bouddha permet aux simples mortels qui n'ont pratiqué que des enseignements non bouddhiques de créer de bonnes causes qui les conduiront vers les mondes des hommes et du ciel ; à ceux qui recherchent la voie de l'étude, le Bouddha enseigne le véhicule qui mène à cet état ; à ceux qui recherchent la voie de l'Eveil personnel, il révèle le véhicule qui mène à cet état ; et à ceux qui recherchent la voie du Mahayana, il enseigne cette voie." Cette affirmation décrit le principe de zuitai [enseigner selon les capacités], celui des enseignements faciles à croire et faciles à comprendre. Les sutras Kegon*, Vairocana*, Hannya*, Nirvana et divers autres sutras entrent dans cette catégorie.

Au contraire, il est dit [dans le Sutra du Lotus]  : "A ce moment-là, répondant à une question du bodhisattva Yakuo, l'Honoré du monde s'adressa aux quatre-vingt mille grands bodhisattvas désireux d'entendre le Dharma : "Yakuo, au sein de cette multitude de divinités, rois-dragons, yaksha, gandharva, garuda, kimnara, mahoraga, parmi ces innombrables êtres, humains comme non humains, moines et nonnes, laïcs, hommes et femmes, distingues-tu ceux qui recherchent l'état d'auditeur, ceux qui recherchent l'état de pratyekabuddha, et ceux qui recherchent la voie du Bouddha  ? A ceux d'entre eux qui, en présence du Bouddha, se réjouiront, même un bref instant, d'entendre ne serait-ce qu'une phrase ou une stance du Sutra du Lotus, je prédis solennellement qu'ils parviendront, tous, sans exception, à l'Eveil suprême."(réf.) Dans les sutras provisoires, Shakyamuni enseigna les cinq préceptes pour les êtres dans l'état d'hommes, les dix préceptes de bien pour les êtres célestes ; à la divinité Bonten, les quatre bienveillances sans limites  ; au Roi-Démon, la pratique impartiale des offrandes  ; deux cent cinquante préceptes pour les moines et cinq cents pour les nonnes ; les quatre Nobles vérités aux personnes de l'état d'auditeurs-shravakas ; les douze liens de causalité aux pratyekabuddhas ; les six paramitas aux bodhisattvas. Cette méthode d'enseignement est comparable à l'eau qui prend la forme du récipient qui la contient ou à un éléphant qui se bat en utilisant seulement la force nécessaire pour vaincre son ennemi.

Mais il en va différemment du Sutra du Lotus. Il s'adresse à tous de la même manière, aux Huit sortes d'êtres non humains aussi bien qu'aux Quatre sortes de croyants. Cela pourrait se comparer à une règle sur laquelle il faut aligner tout ce que l'on mesure, ou au lion, roi des animaux, qui attaque de toutes ses forces quelle que soit la taille de son ennemi.

Quand on les place devant le clair miroir du Sutra du Lotus, il devient évident que les trois sutras du bouddha Vairocana* et les trois sutras de Jodo sont tous des enseignements zuitai [exposés en fonction des capacités de ceux à qui ils s'adressaient].

Pourtant, parce que les gens en sont venus, pour une raison ou pour une autre, à donner la primauté aux enseignements de Kukai*, de Ennin* et de Enchin, au Japon, depuis déjà plus de quatre cents ans, la supériorité du Sutra du Lotus a été obscurcie. C'est comme si l'on avait échangé un joyau contre un caillou, du bois de santal contre du bois ordinaire. Parce que, finalement, la confusion s'est installée dans le monde du bouddhisme, le monde profane a sombré dans la corruption et le chaos. Le Dharma bouddhique est comme le corps, la société comme son ombre. Si le corps est déformé, son ombre l'est aussi. Quelle grande bonne fortune, pour moi et mes disciples qui obéissons au véritable voeu du Bouddha, de pouvoir pénétrer naturellement dans l'océan de la sagesse infinie  ! Mais les moines éminents de notre époque qui ont foi dans les sutras de zuitai [exposés en fonction des capacités de ceux à qui le Bouddha s'adressait] sont condamnés à sombrer dans l'océan des souffrances. Je vous expliquerai cela plus en détail en une prochaine occasion.
Avec mon profond respect,

Nichiren.
Le vingt-sixième jour du cinquième mois

ARRIERE-PLAN - Nichiren Daishonin envoya cette lettre du Mont Minobu à Toki Jonin, à Shimosa, le 26 mai 1280, dans l'année qui suivit celle de l'inscription du Dai-Gohonzon. Il était alors âgé de cinquante-neuf ans. Toki Jonin était l'un de ses disciples les plus actifs. Lui et sa femme furent les destinataires de quelque trente lettres et traités de Nichiren Daishonin au nombre desquels "Le véritable objet de vénération" et "Sur l'atteinte de la bodhéité". (Commentaire ACEP)

En anglais : A Comparison of the Lotus Sutra and Other Sutras
- http : //www.sgilibrary.org/pdf/148_1037.pdf
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_ComparisonLotusSutra.htm

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