Qui est qui sur le Shutei Gohonzon


Ryuei Michael McCormick

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11 - La succession

 

Les noms suivants qui apparaissent  en bas du mandala-Gohonzon forment une filiation des enseignements authentiques du Sutra du Lotus tels que l’entendait Nichiren.  C’est la transmission historique du Sutra du Lotus qui a commencé avec le Bouddha Shakyamuni. Nichiren y fait référence dans le Kanjin Honzon sho (Le véritable objet de vénération) :

« Plus de mille huit cents ans ont passé dans les trois pays depuis l'accession du Bouddha au parinirvana et seulement trois personnes ont perçu le Dharma correct. Ce sont le Bouddha Shakyamuni en Inde, le Grand-maître* Zhiyi* en Chine et le Grand-maître* Saicho* au Japon. Tous trois sont les sages du bouddhisme orthodoxe.»

En incluant  Nichiren, ces maîtres sont désignés collectivement par l’expression « Quatre maîtres et Trois pays » qui s’applique à la transmission externe historique, opposée à la transmission interne spirituelle qui va du Bouddha Atemporel Shakyamuni au bodhisattva Jogyo, représenté en haut du mandala, qui apparut dans les Derniers jours du Dharma en tant que Nichiren. Shakyamuni figure également en haut du mandala-Gohonzon et c’est lui qui originellement transmit le Sutra du Lotus et Namu Myoho Renge Kyo.

Nagarjuna fait partie de la filiation car selon l’école Tiantai il serait l’un des 24 patriarches de l’Inde après Shakyamuni et le premier Grand patriarche  du bouddhisme Tiantai. Les écrits qui lui sont attribués contiennent l’éloge du Sutra du Lotus et Nichiren affirme qu’il connaissait la Vérité ultime dans son cœur mais ne l’avait pas révélée parce que le temps n’était pas encore venu. Enfin sur la liste vient Zhiyi, le Grand Maitre du Tiantai en tant que fondateur de l’école du même nom qui, en Chine, a mis en évidence la véritable grandeur du Sutra du Lotus et sa signification dans la période du Dharma Formel. Zhanlan, le Grand-Maître Miao-lo, figure  en tant que  6ème patriarche du Tiantai ; c’est lui qui a redynamisé  l’école et a écrit des commentaires autorisés des œuvres de Zhiyi. Puis ce fut Saicho, le Grand-maître Dengyo, fondateur de l’école Tendai au Japon. Le nom de Nichiren apparaît en tant qu’héritier de la lignée historique du Tiantai mais surtout en tant que pratiquant du Sutra du Lotus et Envoyé du Bouddha Shakyamuni dans les Derniers jours du Dharma. Le nom de Nichiren représente, à plus d’un point de vue, tous ceux qui récitent daimoku devant le Gohonzon.

Namu Ryuju Bosatsu
Bodhisattva Nagarjuna - IIe - IIIe siècle

On sait peu de choses sur la vie de Nagarjuna. C’était probablement un brahmane du Sud de l’Inde converti au bouddhisme des Anciens et ensuite au Mahayana. D’après certaines sources,  il aurait étudié et plus tard enseigné à l’Université bouddhiste de Nalanda, dans l’actuel Bihar. On dit également qu’il aurait reçu des nagas les sutras mahayana et tout particulièrement les sutras Prajnaparimita. Nagarjuna fut le fondateur de l’école Madhyamika* du Mahayana qui met l’accent sur l’enseignement de la vacuité et le système de la Voie du milieu qui montre l’inconsistance des points de vue des substantialistes.

Selon un traité chinois de la fin du Vème siècle, Histoire de la Transmission du Trésor du Dharma (Fubozo Innen Den)Nagarjuna serait le 14ème patriarche après Shakyamuni.  Cette œuvre est probablement une traduction de l’original sanskrit, mais ceci n’a jamais été prouvé. Ce traité indique la succession des patriarches bouddhistes en commençant par Mahakashyapa puis Ananda et se termine par Aryashima, le 24ème patriarche. Cette liste apparaît dans la préface du traité de Zhiyi « Grand Arrêt et Introspection » (Maka Shikan) et fait partie de la tradition Tiantai. D’après cette classification la lignée s’arrête avec Aryashima. Plus tard, cette classification devint la base de la fameuse liste Zen des 28 patriarches indiens qui s’agrandit de 4 autres patriarches dont Bodhidharma fut le dernier.  La plupart des écoles du bouddhisme mahayana de l’Asie de l’Est tentent de faire remonter leur généalogie jusqu’à Nagarjuna ou tout au moins de trouver des précédents de leurs enseignements et de leurs pratiques dans des ouvrages attribués à Nagarjuna. Son ouvrage le plus important est le Madhyamika-karika (Chu Ron*) qui est la base de l’enseignement de la vacuité et de la Voie moyenne  entre les théories de l’existence et de non-existence. Cette œuvre inspira à Zhiyi  l’enseignement des Trois vérités sur la vacuité, la temporalité et la médianeté. Le Mahaprajnaparamita-shastra (Daichido Ron*) joua un grand rôle dans le bouddhisme Tiantai.  C’est le commentaire du Prajnaparamita sutra en 100 000 lignes dont seule subsiste la traduction de Kumarajiva. Plusieurs érudits estiment que c’est l’œuvre de Kumarajiva plutôt que celle de Nagarjuna. C’est, en tous cas, une œuvre qui décrit de façon compréhensible l’enseignement et la pratique du Mahayana et contient également des passages de louange du Sutra du Lotus en tant qu’enseignement le plus élevé du Bouddha Shakyamuni.

Illustration : moine indien.

 
 

Namu Tendai Daishi*
Grand-Maître Tiantai
ou Zhiyi (538-597)

Zhiyi était le véritable fondateur du bouddhisme Tiantai mais il est considéré comme le troisième patriarche après  son maître Nanyue, Huisi, (515-577) et le maître de ce dernier, Huiwen. Certaines classifications font de Nagarjuna le premier patriarche et Zhiyi est alors le quatrième.

Zhiyi a été ordonné novice à 18 ans après la mort de ses parents et devint moine à l’âge de 20 ans. Dans les années 562 - 569 il vécut au Mont Ta-si  comme disciple de Huisi (qui, plus tard, se retira aux Monts Nan yue qui lui valurent son surnom). La tradition raconte que lorsque Zhiyi rencontra Huisi, son maître le salua en disant qu’il l’attendait et qu’ils avaient été ensemble sur le Pic du Vautour où ils avaient écouté le Sutra du Lotus de la bouche même de Shakyamuni. On dit que Huisi était la manifestation terrestre du  bodhisattva Avalokiteshvara et que Zhiyi était celle de bodhisattva Bhaishajyaraja  (Yakuo*). Mais en réalité Zhiyi aurait atteint l’Éveil en lisant le chapitre XXIII du Sutra du Lotus : La conduite originelle du bodhisattva Bhaishajyaraja.

Après avoir étudié avec Huisi, Zhiyi partit pour Jinling, la capitale de la dynastie Chen. Il vécut 8 ans au temple de Wa-guan-si mais en 575 il revint au Mont Tiantai qui deviendra son surnom et le nom de l’école qu’il fonda. En 584, il fut rejoint par Guanding (561-632), connu également sous le nom de Zhangan d’après son lieu de naissance.  Guanding est le véritable rédacteur des trois ouvrages de Zhiyi ; il en écrivit également les introductions. En 585, il dut retourner à Jinling pour enseigner les sutras.  En 587, il fit des conférences sur ce qui deviendra le Fa-hua wen-chu, Mots et Phrases du Sutra du Lotus (Hokke Mongu).

En 589, Zhiyi quitta Jinling pour le Mont Lu-shan  pour échapper à l’invasion de la dynastie des Sui qui se battait pour unifier la Chine. En 591 cependant, il rencontra le prince Yang Guang, le futur premier empereur de la dynastie Sui, et lui conféra les préceptes de bodhisattva ainsi qu’un nom bouddhiste. En retour, le Prince Guang accola au nom de Zhiyi le titre de Zhi-shi (Le Sage). Ensuite Zhiyi retourna à Jinling. En 594 et 595, il donna  des conférences qui devinrent respectivement leFahua xuanyi (Sens profond du Sutra du Lotus, Hokke-gengi) et le Mohe zhiguan (Grand Arrêt et introspection,  Maka shikan). En 595, il revint au Mont Tiantai et y décéda en 597. Guanding lui succéda en tant que deuxième patriarche de l’école Tiantai.

Les œuvres les plus marquantes de Zhiyi sont : Les Mots et Phrases du Sutra du Lotus, le Sens profond du Sutra du Lotus et Le Grand Arrêt et introspection. Ses enseignements les plus importants sont ceux de la Triple vérité : la vacuité, la temporalité et la Voie du milieu ; d’ichinen sanzen (3000 mondes en un instant), des cinq saveurs (ou cinq périodes) de l’enseignement du Bouddha ; des huit enseignements (enseignements selon la doctrine et enseignements selon la méthode) et de sa partition du Sutra du Lotus en enseignement théorique (shakumon) et enseignement essentiel (honmon). Ces doctrines, avec nombre d’autres, donnèrent au bouddhistes Tiantai un fil conducteur au milieu du vaste ensemble hétérogène des sutras et permirent de dégager une étude et une pratique. Les commentaires de Zhiyi tout particulièrement permirent non seulement au bouddhisme Tiantai mais à bien d’autres de saisir les points essentiels et les enseignements subtils du Sutra du Lotus.

Illustration : un moine chinois.

 
 

Namu Myoraku Daishi
Zhanlan ou Jing-xi (711-782)

Zhanlan était le 6ème patriarche du bouddhisme Tiantai (si on compte Zhiyi comme premier ou 9ème si l’on remonte à Nagarjuna). Il est né à Jing-xi et c’est ainsi qu’on l’appelle parfois. Il a été appelé Miao-lo d’après le temple Miao-lo-si où il vécut. Il commença à étudier le bouddhisme à l’âge de 20 ans sous la direction du 5ème patriarche, Xuanlang (673-754), mais ne devint moine qu’à l’âge de 35 ans. A cette époque l’école Tiantai moribonde était supplantée par des écoles plus dynamiques et vivantes comme le Chan (Zen),  le Huayan (École de la Guirlande de fleurs, Kegon) et  les enseignements du Yogacara (Rien que Conscience) revivifiés  par le grand voyageur et traducteur Xuanzang (602-664).

Zhanlan redonna une nouvelle impulsion à l’école Tiantai, réfuta les arguments des écoles rivales et écrivit des Commentaires irrévocables sur les trois œuvres majeures de Zhiyi : Annotations sur Les Mots et Phrases du Sutra du Lotus, Annotations sur Le Sens profond du Sutra du Lotus et Annotations sur Le Grand Arrêt et introspection.

Illustration : un moine chinois

 
 

Namu Dengyo Daishi*
Grand-Maître Dengyo ou Saicho (767-822)

Saicho était le fondateur de l’école japonaise Tendai. Il a été ordonné en 785, à l’âge de 19 ans, et se retira immédiatement au Mont Hiei pour méditer, réciter et copier des sutras, et étudier les écrits de Zhiyi. En 804 la cour impériale l’envoya en Chine en même temps que son disciple et traducteur Gishin (781-833). Il put ainsi étudier le bouddhisme Tiantai pendant neuf mois sous la direction de Daosui, le 7ème patriarche de cette école et celle de Jingman, également disciple direct de Zhanlan. Il avait déjà abordé ces thèmes au Mont Hiei.

Saicho reçut  de Daosui les préceptes de bodhisattva tels qu’ils sont énoncés dans le Sutra du Filet de Brahma. Il bénéficia d’un entrainement court dans le bouddhisme ésotérique (tantrisme) et d’une transmission dans l’école du Mont de la Tête de Bœuf du bouddhisme Chan. Il revint au Japon en 805 et instaura deux cursus d’étude – un pour la pratique du bouddhisme ésotérique et l’autre pour la pratique de la méditation.  De 809 à 816 Saicho et Kukai s’entraidèrent en échangeant des enseignements. Mais la relation fut rompue lorsque Kukai demanda à Saicho de devenir son disciple s’il voulait approfondir le bouddhisme ésotérique et surtout lorsqu’un des disciples de Saicho refusa de revenir au Mont Hiei, préférant étudier le Shingon sous la direction de Kukai. Saicho s’est également illustré par ses débats qu’il mena à partir de 817 avec le prêtre Tokuitsu de l’école Hosso sous forme de lettres et de traités. Saicho prônait l’universalité de la nature de bouddha à l’inverse de la théorie Hosso selon laquelle les hommes possédaient des natures différentes et que seuls quelques-uns étaient capables d’atteindre l’Éveil alors que d’autres ne parvenaient même pas à un éveil partiel.  Ce débat s’acheva seulement à la mort de Saicho.

A partir de 818, Saicho commença des démarches auprès de la cour impériale pour la mise en place sur le Mont Hiei d’une estrade d’ordination (kaidan) qui serait basée sur les préceptes mahayana et non plus sur ceux du Sutra du filet de Brahma. La permission arriva une semaine après la mort de Saicho en 822. Gishin devint son successeur et le deuxième patriarche de l’école Tendai au Japon. En 823 l’empereur Saga conféra l’appellation d’Enryaku-ji au temple de Saicho sur le Mont Hiei. En 866 l’empereur Seiwa adjoignit au nom de Saicho celui de Dengyo Daichi. Ce fut la première fois que ce titre de « Grand-maître » était discerné par un empereur.

 

Illustration : Moine japonais

 

SUITE : Nichiren

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