Un bouddhisme pour notre temps

Une interprétation moderne du Triple Sutra du Lotus par
Niwano Nikkyo
traduit de A Buddhism for today (Kosei Publishing Co - 2006)

Voir : SUTRA DU LOTUS - CHAPITRE XXVII

Conduite originelle du roi Ornement Sublime

À première vue, ce chapitre raconte l'histoire fantastique d'un monde éloigné se situant dans un passé lointain mais, en réalité, c'est une leçon qui s'applique à notre vie quotidienne. D'abord, cette histoire traite de la religion dans une famille qui est, ici, composée d'un père et de ses fils qui ont des croyances différentes. Le cas d'un père, qui croit en un enseignement erroné, et de ses fils, qui croient en une religion correcte, et le problème de la mère qui doit ménager à la fois le père et ses fils, est une situation courante dans la société actuelle.

L'histoire traite également la question de la foi que devraient avoir ceux qui sont dans une position dirigeante. Dans la société d'aujourd'hui, la liberté de religion est garantie à tous et aucune autorité ne peut priver quelqu'un de cette liberté. L'engagement religieux de ceux qui sont dans une position d'autorité exerce inévitablement une influence sur de nombreuses personnes, même si cela relève de la vie privée. Les actes du roi Shubhavyuha (Ornement Sublime) évoquent ce problème ; avec ses deux fils, il renonce au monde. À notre époque, la religion et la vie quotidienne ne sont pas considérées incompatibles. Si nous prenons dans son sens littéral le renoncement au monde des fils royaux et l'abdication du roi, nous risquons de mal interpréter cette histoire. Le renoncement au monde des deux princes qui menaient une vie confortable indique que la paix de l'esprit atteinte par une vie intérieure est bien plus importante que les satisfactions matérielles.  L'histoire du roi Shubhavyuha qui abdique en faveur de son plus jeune frère et qui entre en religion exprime l'idée que le royaume spirituel établi dans l'esprit de l'homme a bien plus de valeur que le pouvoir séculier d'un roi. Les mots renoncement et abdication indiquent simplement la conversion d'un homme à la vie spirituelle.

Avant de passer à l'analyse de ce chapitre voyons d'abord l'histoire du roi Shubhavyuha.

« A ce moment, l'Eveillé déclara aux vastes multitudes :

« Jadis, il y a de cela d'innombrables, d'infinies, d'inconcevables quantités incalculables de kalpas, était un Eveillé du nom d'Ainsi-Venu Jaladhara - garjitagho - shasusvara - nakshatrararaja - samkusumi - tabhijna* (Complètement et Parfaitement Eveillé Splendide Sagesse du Roi des Constellations Tonnerre des Nuées); son royaume s'appelait Vairochanarashmi-pratimiandata (Ornement de Lumière), son kalpa s'appelait Priyadarshana (Vue de Joie). Au sein du Dharma de cet Eveillé était un roi du nom de Shubhavyuha (Ornement Sublime); sa royale épouse avait nom Vimaladatta*. Il avait deux fils: l'un s'appelait Vimalagarbha*, l'autre Vimalanetra*. Ils étaient munis de grandes forces surnaturelles, des mérites, de sagesse. Longtemps ils s'étaient exercés à la voie que pratiquent les bodhisattvas, c'est-à-dire la paramita du don*, la paramita des préceptes*, la paramita de patience*, la paramita de perséverence*, la paramita de méditation*, la paramita de la prajna*, la paramita des moyens appropriés*, la compassion, la miséricorde, la joie et le renoncement, et jusqu'aux trente-sept méthodes auxiliaires de la Voie*. Ils avaient pénétré tout cela en toute lucidité. Ils avaient en outre obtenu le samadhi* Vimala (Pureté), le samadhi* du Soleil, des Etoiles et des Constellations, le samadhi* de Pure Lumière, le samadhi* de Forme Pure, le samadhi* de Pure Clarté, le samadhi* d'Ornement-Durable, le samadhi* du Réceptacle de Grande-Majesté, propres aux bodhisattvas. Ces samadhis* aussi, ils les avaient pénétrés en toute lucidité.

« Alors cet Éveillé, dans le désir d'amener à lui et guider le roi Shubhavyuha*, ainsi que par pitié pour les êtres, exposa ce Sutra du Lotus du Dharma. Les deux fils Vimalagarbha* et Vimalanetra* allèrent à ce moment à leur mère, joignirent les paumes et les dix doigts et lui dirent: "Veuille notre mère se rendre auprès de l'Eveillé Jaladharagarjitaghosha susvaranakshatrararaja samkusumitabhijna*et nous aussi nous nous mettrons à son service, nous l'approcherons personnellement, nous lui ferons offrande et lui rendrons hommage. Pourquoi cela? C'est que cet Eveillé, au milieu de la foule de l'ensemble des devas* et des hommes, expose le Sutra du Lotus du Dharma et il convient que nous l'écoutions."

« La mère déclara à ses fils: "Votre père est un fidèle des voies hétérodoxes* et il est profondément attaché au Dharma brahmanique. Vous devez vous rendre auprès de lui et lui demander de vous accorder de partir ensemble."

« Vimalagarbha* et Vimalanetra* joignirent les dix doigts et les paumes et s'adressèrent à leur mère: "Alors que nous sommes fils du roi du Dharma, nous sommes nés dans une famille aux vues erronées! " La mère déclara à ses fils: "Vous devez vous soucier de votre père et lui manifester des prodiges. S'il peut les voir, sa pensée s'en trouvera forcément purifiée et il nous autorisera peut-être à nous rendre auprès du Bouddha."

« Sur ce, les deux fils, par respect pour leur père, bondirent dans l'espace, à une hauteur de sept palmiers, et manifestèrent toutes sortes de prodiges: ils marchèrent, demeurèrent, s'assirent, se couchèrent dans l'espace; de la partie supérieure de leur corps sortit de l'eau et de la partie inférieure du feu; ou bien ils manifestaient un grand corps qui remplissait l'espace, puis en manifestaient un petit, lequel, de petit, se manifestait à nouveau comme grand; ils disparaissaient de l'espace pour apparaître soudainement sur terre; ils pénétraient dans la terre comme si c'était de l'eau, et marchaient sur l'eau comme si c'était la terre. Ils manifestèrent ainsi toutes sortes de prodiges pour purifier la pensée de leur père et le faire croire et comprendre.

« À ce moment, le père, voyant que telle était la force miraculeuse de ses fils, se réjouit grandement en pensée, comme jamais auparavant; il joignit les paumes vers ses fils et leur dit : "Quel est donc votre maître? De qui êtes-vous les disciples? "

« Les deux fils s'adressèrent à lui : "Grand roi, l'Eveillé Jaladhara-garjita-ghoshasus-varana-kshatra- rara-jasamkusumita-bhijna* qui est à présent assis au pied de l'arbre bodhi des sept matières précieuses, sur le trône du Dharma, à exposer amplement le Sutra du Lotus du Dharma parmi la multitude des devas et des hommes de tous les mondes, c'est lui notre maître, nous sommes ses disciples."

« Le père annonça à ses enfants : "Je désire à présent voir votre maître moi aussi, nous pouvons nous y rendre ensemble."

« Sur ce, les deux fils descendirent de l'espace et arrivèrent auprès de leur mère; les paumes jointes, ils s'adressèrent à elle: "Désormais, le roi notre père croit et comprend; il a la capacité de déployer la pensée de l'Eveil complet et parfait sans supérieur; nous avons fait pour notre père oeuvre de bouddha. Veuille notre mère nous permettre de quitter la famille et de nous exercer à la Voie auprès de cet Eveillé."

« Alors les deux fils, voulant réitérer leur intention, s'adressèrent à leur mère en stances :

« Veuille notre mère nous laisser aller,
pour quitter la famille, pour nous faire religieux.
Les bouddhas sont forts difficiles à rencontrer
et à la suite d'un Eveillé nous allons étudier.
Plus que la fleur udumbara,
il est difficile de rencontrer l'Eveillé;
se délivrer des difficultés aussi est difficile.
Veuille donc notre mère nous autoriser à quitter la famille.

« La mère leur déclara alors : "Je vous autorise à quitter la famille. Pourquoi cela ? C'est qu'un bouddha est difficile à rencontrer."

« Sur ce, les deux fils s'adressèrent à leurs parents : "C'est bien, chers parents, notre souhait est de nous rendre - c'en est le moment - auprès de l'Éveillé Jaladhara-garjita-ghoshasus-varana-kshatra-raraja-samkusumita-bhijna*, de l'approcher personnellement, de lui faire offrande. Pourquoi cela ? C'est que l'Éveillé est difficile à rencontrer, comme la fleur udumbara ou encore comme une tortue borgne qui rencontrerait un trou dans un bois flottant. Or, grâce à la profondeur et à l'abondance des mérites accumulés dans nos vies antérieures, nous sommes nés pour rencontrer le Dharma du bouddha; c'est pourquoi, chers parents, vous devez nous autoriser à quitter la famille. Pourquoi cela ? C'est que les bouddhas sont difficiles à rencontrer, et le moment est difficile à trouver."

« À ce moment, quatre-vingt-quatre mille personnes des palais des femmes du roi Shubhavyuha* se trouvèrent toutes capables de recevoir et de garder ce Sutra du Lotus du Dharma.

« Le bodhisattva Vimalagarbha* avait de longue date pénétré la compréhension du recueillement-samadhi du Lotus du Dharma. Le bodhisattva Vimalanetra* avait, depuis d'innombrables milliers de millions et de myriades de kalpas, pénétré la compréhension du samadhi* de dégagement des mauvaises destinées, car il désirait dégager des mauvaises destinées l'ensemble des êtres. La royale épouse obtint le samadhi* de réunion des bouddhas et put connaître le réceptacle des mystères des bouddhas.

« C'est ainsi que les deux fils convertirent leur père au bien par la force de leurs moyens appropriés* et menèrent sa pensée à la foi et à la compréhension, ainsi qu'à la délectation du Dharma d'Éveillé.

« Sur ce, le roi Shubhavyuha* accompagné de son cortège de ministres, la dame Vimaladatta* accompagnée de son cortège de suivantes, les deux princes accompagnés de quarante-deux mille personnes se rendirent ensemble et en même temps auprès du bouddha. Une fois arrivés, ils inclinèrent la tête jusqu'à ses pieds, firent trois circumambulations autour du bouddha et demeurèrent ensuite sur le côté.

« Alors cet Éveillé prêcha le Dharma au roi, le lui montra, le lui enseigna, l'en fit profiter et s'en réjouir. Le roi fut en grande liesse.

« Alors le roi et son épouse défirent de leur cou leurs colliers de perles, valant des mille et des cents, et les dispersèrent sur l'Éveillé. Dans l'espace fut créée par fantasmagorie une terrasse de matières précieuses à quatre piliers, sur laquelle était une grande couche précieuse, tendue de milliers de millions d'étoffes célestes. Il s'y trouvait un Eveillé assis les jambes repliées et croisées, émettant une grande clarté.

« Alors le roi Shubhavyuha* se fit cette réflexion: "Rarissime est le corps du bouddha, majestueux dans sa distinction; il s'est accompli en une forme primordiale et sublime."

« A ce moment, l'Eveillé Jaladhara-garjita-ghosha-susvarana-kshatrara-raja-samkusumita-bhijna* s'adressa aux quatre congrégations: "Voyez-vous ce roi Shubhavyuha* qui se tient devant moi les paumes jointes ? Il deviendra bhiksu* au sein de mon Dharma, il s'exercera avec zèle aux méthodes auxiliaires de la Voie* de bouddha et obtiendra de devenir Eveillé. Son appellation sera Shalendraraja* et son royaume aura nom Vistrinavati (Grande-Lumière), son kalpa Abhyudgatara-raja (Grand Roi Elevé). Ce bouddha Shalendraraja* aura une innombrable multitude de bodhisattvas et d'innombrables shravakas*. Son royaume sera plat et uni. Tels seront ses mérites."

« Le roi Shubhavyuha* confia sur-le-champ le royaume à son frère cadet et, avec son épouse, ses deux fils, en même temps que leurs suites, quitta la famille pour s'exercer aux pratiques au sein du Dharma du bouddha. Ayant quitté la famille, le roi, quatre-vingt-quatre mille années durant, s'appliqua avec un zèle constant à la pratique du Sutra du Lotus du Dharma. Au terme de cette période, il obtint le samadhi* des ornements de tous les purs mérites. Il s'éleva alors à une hauteur de sept arbres tala dans l'espace et s'adressa à l'Éveillé: "Bhagavat, mes deux fils que voici ont fait oeuvre de bouddha; grâce aux prodiges de leurs pouvoirs surnaturels, ils ont transmuté ma pensée perverse, m'ont permis de demeurer fermement dans le Dharma du bouddha et de voir le Vénéré du monde. Mes deux fils que voici ont été pour moi des amis de bien (zenchishki); c'est par désir de susciter des racines de bien pour mes renaissances et de me dispenser l'abondance de leurs bienfaits qu'ils sont venus naître dans ma famille."

« Alors l'Eveillé Jaladha-raga-rjita-ghoshasus-varana-kshatrara-raja-samkusumita-bhijna* déclara au roi Shubhavyuha*: "Ainsi en est-il, ainsi en est-il ! Il en est ainsi que tu le dis. Que ce soit un fils de foi sincère* ou une fille de foi sincère, c'est parce qu'il aura planté des racines de bien qu'il trouvera, d'existence en existence, des amis de bien capables de faire oeuvre de bouddha et de leur donner révélation, enseignement, profits et joie, ainsi que de les faire entrer dans l'Eveil complet et parfait sans supérieur. Sache que, grand roi, un ami de bien est une relation majeure, en ce qu'il convertit, guide, permet de voir un bouddha et de déployer la pensée d'Eveil complet et parfait sans supérieur*. Grand roi, vois-tu ces deux enfants? Ils ont auparavant fait offrande à autant de bouddhas que les sables de six mille cinq cent millions de myriades de milliards de Gange, les ont fréquentés personnellement avec respect. Ils ont, auprès de ces bouddhas, reçu et gardé le Sutra du Lotus du Dharma ; pensant avec pitié aux êtres de vues erronées, ils les ont fait entrer dans les vues correctes."

« Le roi Shubhavyuha* descendit alors de l'espace et s'adressa à au bouddha : "Bhagavat, fort rare est l'existence d'un Ainsi-Venu. C'est grâce à ses mérites et à sa science que l'excroissance au sommet de son crâne manifeste sa clarté lumineuse, que ses yeux sont allongés, larges et de couleur bleu foncé, que la touffe de poils blancs entre ses sourcils, marque caractéristique, est comme une lune d'opale, que ses dents sont blanches, bien alignées, serrées, toujours brillantes, que ses lèvres sont rouges et agréables comme le fruit de bimba*."

« Alors, lorsque le roi Shubhavyuha* eut fait l'éloge des innombrables milliers de millions de myriades d'autres mérites du bouddha tels que ceux-là, il joignit de tout coeur les paumes devant l'Ainsi-Venu et s'adressa encore à lui: "Vénéré du monde*, cela est sans précédent ! Le Dharma de l'Ainsi-Venu a mené à leur total accomplissement d'inconcevables et sublimes mérites; en pratiquant son enseignement et ses préceptes, on s'assure sérénité et bien-être. Plus jamais, dorénavant, je ne pratiquerai selon ma propre pensée, je ne concevrai plus de pensées d'hérésie, d'orgueil, de colère ni d'autres maux."

« Ayant tenu ces propos, il salua l'Eveillé et se retira. L'Éveillé déclara à la vaste multitude :

« Qu'en est-il à votre avis? Le roi Shubhavyuha* pourrait-il être quelqu'un d'autre? L'actuel bodhisattva Padmashri*, c'était lui. Son épouse Vimaladatta*, c'est le bodhisattva Marqué d'Ornements de Lumière, qui est à présent devant l'Eveillé. C'est par pitié pour le roi Shubhavyuha* et ceux de sa suite qu'il a pris naissance chez lui. Ses deux fils sont les actuels bodhisattvas Bhaishajyaraja* et Bhaishajyaraja samudgata*. Ces bodhisattvas, Bhaishajyaraja* et Bhaishajyaraja samudgata*, ont mené à accomplissement d'aussi grands mérites; ils ont, auprès d'innombrables milliers de millions de myriades de bouddhas, planté une multitude de racines de mérites et mené à accomplissement d'inconcevables mérites de bien. Si quelqu'un connaît le nom de ces deux bodhisattvas, les devas* et les hommes de l'ensemble des mondes devront lui rendre, à lui aussi, hommage. »

Le chapitre se termine par ces mots

« Tandis que l'Eveillé exposait ce chapitre de la Conduite originelle du bodhisattva Shubhavyuha, quatre-vingt-quatre mille personnes se trouvèrent affranchies des poussières et souillures passionnelles et, au sein des phénomènes, obtinrent la pureté de l'oeil du Dharma. »

Considérons maintenant les points importants de cette histoire. Quelle est la véritable signification des deux fils qui montrent à leur père toutes sortes d'actions surnaturelles ? Cela ne signifie pas que ces tours proviennent des enseignements du Bouddha ni que les fils veulent piquer la curiosité de leur père en lui montrant ces fantasmagories. L'accomplissement de ces actes signifie que les deux frères ont complètement changé leur comportement dans la vie quotidienne grâce à l'étude et à l'adhésion aux enseignements du Bouddha. Ces actes surnaturels démontrent à leur père la vérité des enseignements du Bouddha et éveillent son aspiration à l'Éveil parfait.

Lorsque nous menons les autres vers les enseignements du Bouddha, personne ne nous suivra si nous ne faisons que louer ces enseignements. Nous devons montrer les raisons pour lesquelles les enseignements du Bouddha sont dignes de vénération. Il est important que nous expliquions en quoi ils consistent. Nous devons présenter ces enseignements pour le bien-être des autres selon leur niveau de compréhension, parfois simplement, parfois théoriquement, parfois en utilisant des paraboles, parfois à la lumière de la science moderne.

Un témoignage vivant est nécessaire pour guider autrui

La manière la plus rapide et la plus simple de guider les autres vers les enseignements du Bouddha est de les justifier par notre propre pratique. Notre première préoccupation doit être de montrer aux autres un témoignage vivant — ‘‘J'ai changé de cette manière depuis que je crois dans les enseignements du Bouddha et que je les ai mis en pratique.’’ Il n'y a pas de méthode plus efficace et plus directe de guider les autres. Cependant, nous ne pouvons pas montrer de tels témoignages vécus à ceux que nous voyons rarement, à moins d’avoir fait une expérience marquante, la guérison d'une maladie ou un changement favorable de notre situation. À l’inverse, les membres d'une famille qui vivent ensemble peuvent ressentir de petites modifications dans nos actes quotidiens et dans notre comportement. Si des fils ou des filles changent grâce à leur foi dans les enseignements du Bouddha, leurs proches remarqueront ce changement dans leur façon de parler, dans leur attitude envers eux et envers leur environnement. Ce témoignage influencera certainement chacun des membres de la famille.

Nous pouvons tenir des discours merveilleux aux étrangers mais, souvent, nous trahissons notre véritable caractère au sein de notre famille. Lorsqu'un membre de notre famille nous voit agir en contradiction avec ce que nous disons, il s'arrête, écoute nos paroles et nous critique : ‘‘L'enseignement est peut-être bon mais je ne peux y adhérer aussi longtemps que toi, disciple, tu agiras comme cela.’’

On peut croire qu'il est facile d'amener les membres de notre famille aux enseignements du Bouddha mais, en réalité, c'est extrêmement difficile, particulièrement dans le cas d'un fils envers son père ou bien d'une femme envers son mari, le père et le mari étant tous deux investis de l'autorité familiale.

À la différence d'un jeune fils sans expérience mais aux opinions tranchées, les hommes âgés ont acquis des convictions par les usages du monde tiennent fermement à leurs opinions. Ils se coupent des jeunes et croient que leurs idées égocentrées sont la conséquence de leur grande expérience. Même s'ils pensent qu'un enseignement est bon, ils ne peuvent se décider à y croire, et encore bien moins s'y engager. Bien qu'il n'y ait aucune description du caractère de Shubhavyuha, il peut être considéré comme un prototype de père.

Les deux fils royaux regrettent que leur père soit attaché à une fausse croyance profondément ancrée dans des concepts erronés. Mais leur mère, dans sa sagesse, ne leur conseille pas d'exhorter ouvertement leur père à rendre visite à l'Ainsi-Venu Splendide Sagesse du Roi des Constellations Tonnerre des Nuées parce qu'elle prévoit qu'une telle tentative risque de produire le résultat opposé. Elle ne se propose pas non plus pour intercéder auprès de son mari. Elle trouve sa propre attitude trop tiède pour intervenir dans une affaire si sérieuse et suggère donc à ses fils de donner à leur père une preuve concrète des résultats de de leur foi.

Le roi Shubhavyuha est un bon père et lorsqu'il voit les témoignages de la foi de ses fils, il les reconnait de bonne grâce car il a l’esprit ouvert. La plupart des pères, même devant de tels témoignages, se seraient retranchés derrière une critique sous un prétexte ou un autre, ils auraient essayé de prendre leur contradicteur en défaut pour une faute insignifiante et n'auraient pas remis en cause leurs propres idées et leurs croyances erronées. Même impressionnés par des preuves évidentes, ils auraient hésité à les admettre par peur de perdre la face. L'attitude de Shubhavyuha est vraiment admirable. La seule attitude correcte consiste à suivre la Vérité avec humilité lorsqu'on la rencontre. C'est la réaction naturelle mais une personne qui est dans la position de père de famille, ou de roi, n'agit généralement pas aussi spontanément que Shubhavyuha. Il n'a pas cherché à sauver la face en tant que roi et ne s'est pas accroché au trône, il a respecté la Vérité et ceux qui la transmettaient comme le prouve l'appellation de zenchishiki (amis de bien, kalyanamitra) qu'il donne à ses fils.

Ce terme de zenchishiki ne désigne pas uniquement l'amitié, il sous-entend également la notion de guide. Le roi Shubhavyuha, qui exerçait le pouvoir dans son pays et qui avait l'autorité absolue dans la famille, avait un esprit assez intègre et ouvert pour appeler ses fils ses "amis de bien". Cette attitude face à la vérité est tout à fait admirable. Le problème de la foi fut donc résolu de manière satisfaisante dans la famille de Shubhavyuha. Tous les membres de la famille du roi rejoignirent la foi bouddhique et entrèrent dans la vie religieuse avec joie et exaltation. C'était une famille idéale.

L'état idéal de la foi pour les dirigeants

La foi du roi Shubhavyuha eut des répercussions sur ses ministres et sa suite ainsi que sur tout son peuple. Nous pouvons nous demander sérieusement jusqu'à quel point la foi d'un chef affecte ses subordonnés. La foi est, dans son principe, une affaire personnelle, susceptible de se corrompre lorsqu'elle interfère avec un pouvoir séculier comme la politique. Elle doit être nourrie par une attitude provenant des profondeurs de la spiritualité et le pouvoir doit être exercé sur cette base. C'est le rapport idéal de la foi et du pouvoir temporel.

Il ne faudrait pas conclure hâtivement que l'influence de la foi d'un dirigeant sur ses subordonnés se manifeste automatiquement à travers un pouvoir quelconque. On peut penser que des subordonnés suivront la foi de leur chef par obséquiosité de façon à le flatter ce qui ne serait donc qu'hypocrisie. Il est, cependant, bien naturel que si un chef est vraiment respecté et qu'il attire la confiance, ses actions exercent une large influence sur un grand nombre de personnes.

Il ne faudrait pas conclure hâtivement que l'influence de la foi d'un dirigeant sur ses subordonnés se manifeste automatiquement par un quelconque pouvoir. On peut penser que des subordonnés suivront la foi de leur chef par obséquiosité pour le flatter ; ce qui ne serait donc qu'hypocrisie. Il est, cependant, bien naturel que si un chef est vraiment respecté et qu'il attire la confiance, ses actions exercent une large influence sur un grand nombre de personnes.

Tous les hommes sont égaux devant les enseignements du Bouddha. En tant que disciple du Bouddha, l'homme du peuple est égal à un grand roi. Toutefois, pour ce qui est de l'influence potentielle, la décision  d'un homme ordinaire d'atteindre l'Éveil parfait ne peut être comparée à celle d'un roi. C'est pourquoi, l'Ainsi-Venu Splendide Sagesse du Roi des Constellations Tonnerre des Nuées fut si heureux de la résolution prise par Shubhavyuha de rechercher l'Éveil et qu'il lui octroya immédiatement la prédiction de son Éveil parfait.

Il est bon qu’un chef, qui a un grand nombre de personnes sous ses ordres, ait une foi juste. Mais il ne devra pas forcer ceux qui se trouvent sous son autorité à y croire. S'il peut s'occuper d'eux avec la vertu et la dignité qui découlent de sa foi, sa personnalité bienveillante aura certainement un effet favorable sur eux, tout comme un parfum imprègne tout l'environnement.

Ce chapitre touche de nombreux problèmes de la vie quotidienne. On peut prendre les divers personnages de cette histoire comme modèles en appréciant leurs divers comportements. Celui du roi Shubhavyuha est l'exemple que devrait prendre toute personne engagée dans la politique ou dans l'exercice du pouvoir par rapport à la vérité; le comportement des fils royaux, Vimalagarbha et Vimalanetra, prouve que les enfants peuvent ouvrir les yeux de leurs parents à la foi (ceci s'applique aussi à une femme vis-à-vis de son mari) ; la reine Vimaladatta est un modèle pour toute mère devant servir de médiateur entre ses fils progressistes et leur père conservateur pour que surgisse la Vérité.

Suite

Chapitre XXVII du Sutra du Lotus

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