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Mont Minobu

 

Cette région s'appelle le Mont Minobu  : au sud, se trouve la province de Suruga, et, du littoral d'Ukishima-gahara (note) dans cette province jusqu'au domaine d'Hakiri, sur le Mont Minobu, dans la province de Kai, il y a plus de cent ri. Ce trajet est plus difficile à effectuer que dix fois la même distance sur une autre toute. La rivière Fuji, connue pour être la plus rapide du Japon, coule du nord au sud. A l'est et à l'ouest de cette rivière, de hautes montagnes s'élèvent, formant des vallées profondes dans lesquelles d'énormes rochers s'entassent comme de hauts paravents. Les eaux de la rivière coulent dans la vallée aussi rapidement qu'une flèche tirée dans un tube par un puissant archer. Le courant est si rapide et tant de rochers encombrent son parcours que parfois un bateau vient s'écraser en longeant les rives ou en essayant de traverser de l'une à l'autre. Une fois franchie cette passe dangereuse, on arrive à une grande montagne appelée le Mont Minobu.
A l'est, se trouve le Mont Tenshi, au sud, le Mont Takatori, à l'ouest, le Mont Shichimen et au nord, le Mont Minobu. Ces sommets dominent tout le paysage, comme si l'on avait installé là quatre paravents géants. Du haut des sommets, on découvre au-dessous de grandes étendues de forêt et, si l'on descend dans les vallées, on y trouve quantité d'énormes rochers dressés les uns à côté des autres. Le hurlement des loups emplit les montagnes et les appels des singes résonnent dans les vallées, on entend le bramement plaintif des cerfs adressé aux biches et on est assourdi par le cri strident des cigales. Ici, les fleurs de printemps s'épanouissent en été et les arbres, qui d'ordinaire donnent des fruits en automne, les produisent en hiver. La seule rencontre que l'on puisse faire est celle d'un bûcheron ramassant du bois et les seuls visiteurs que je reçoive sont des amis de longue date. Le Mont Shang (note) où vivaient retirés du monde les quatre ermites aux cheveux blancs, ou la région peu accessible de montagne où vécurent les sept sages du bois des Bambous furent probablement des lieux du même genre. On monte vers le sommet en croyant y voir pousser des algues, mais ce ne sont que des champs de fougères. On descend dans la vallée, persuadé d'avoir vu des plantes comestibles, et, en regardant mieux, on n'y trouve que des herbes aux racines vénéneuses.
Réponse à Nii-ama (
Minobu, 16 février 1275 à Nii-ama)

J'ai bien reçu le katabira, le sac de sel et les cinq sho d'huile que vous avez envoyés. Les vêtements nous protègent du froid et de la chaleur, cachent notre nudité et nous servent de parure. On lit dans le chapitre Yakuo (XXIII), dans le septième volume du Sutra du Lotus : "Comme une personne nue obtenant un vêtement." Ce passage compare la joie ressentie en recevant le Sutra du Lotus à celle d'une personne sans vêtement à qui l'on donne de quoi se vêtir. [On dit que] parmi les successeurs du Bouddha, il y en eut un, Shanavasa, qui naquit tout habillé, pour avoir dans une vie antérieure fait don d'un vêtement au Dharma bouddhique. Le Sutra du Lotus mentionne également "la robe de douceur et de persévérance." (note) Il n'y a pas de simples cailloux sur le Mont Kunlun, ni de sel sur le Mont Minobu. N'importe quelle pierre ordinaire, là où l'on n'en trouve aucune, a plus de valeur que des joyaux ; et là où il ne s'en trouve pas, le sel est encore plus précieux que le riz.
L'histoire d'Ohashi no Taro (
Minobu, le 24e jour du 3e mois intercalaire de 1276 à Nanjo Tokimitsu)

Alors que le bruit courait que je serais décapité d'un jour à l'autre, j'ai passé quatre années sur l'île de Sado (note). Le quatorzième jour du deuxième mois de la onzième année de Bun'ei (1274), signe cyclique kinoe-inu, je fus gracié. Le vingt-sixième jour du troisième mois de la même année, je revins à Kamakura et, le huitième jour du quatrième mois, j'eus une entrevue avec Hei no Saemon. Je lui ai dit beaucoup de choses et notamment que les Mongols envahiraient certainement le Japon dans l'année. Puis, le douzième jour du cinquième mois, j'ai quitté Kamakura pour m'installer dans cette montagne [Minobu].
[...] Envoyé respectueusement du Mont Minobu, village d'Hakiri dans le Koshu, à Joken-bo et Gijo-bo du Mont Kiyosumi, domaine de Tojo, province d'Awa.
Traité sur la dette de reconnaissance (Minobu, le 21 juillet 1276, à Joken-bo et Gijo-bo)

Comme je m'y attendais depuis le début, mes avertissements ne furent pas entendus. Un vieil adage dit que, si le gouvernement rejette trois fois l'avertissement d'un sage, ce dernier devrait quitter la région. Prenant ce parti, je quittai Kamakura le douzième jour du cinquième mois [12 mai], et vins ici, au Mont Minobu.
[...]
Je me suis retiré dans ces montagnes. Elles sont, en fait, constituées par quatre massifs montagneux : les pentes escarpées des monts Tenshi-no-take à l'est, Shichimen à l'ouest, Minobu au nord et Takatori au sud. Chacun de ces monts semble vouloir toucher le ciel. Ils sont si abrupts, en fait, que même les oiseaux ont du mal à les survoler. Quatre rivières coulent dans la vallée : la Fuji-kawa, l'Haya-kawa, l'Oshira-kawa et la Minobu-kawa. Entre les rivières, au creux d'une ravine, sur un terrain de moins de cent mètres, j'ai construit ma demeure. Le lieu est si encaissé que, même de jour, il est difficile de voir le soleil ; la nuit, on ne peut voir la lune. Tout est recouvert par une neige épaisse en hiver, et par les hautes herbes en été. Parce que je reçois très peu de visiteurs, le chemin n'est guère praticable.
Sur le comportement du Bouddha ( 1276 à la veuve Konichi-ama)

Au sud de cette montagne, champs et collines en friche s'étendent sur plus de cent ri. Au nord, se dresse très haut le Mont Minobu qui se poursuit plus loin par les sommets du Mont Shirane. A l'ouest, s'élève le pic abrupt de Shichimen, couvert de neige toute l'année. Il n'y a pas la moindre habitation autre que la mienne dans la région. Les seules visites que je reçoive, et je regrette qu'elles soient si brèves, sont celles des singes qui viennent en se balançant par la cime des arbres. A l'est, coulent les flots rapides de la rivière Fuji, semblables aux tourbillons de sable du Takla-Makan.
Les quatorze oppositions (
Minobu, fin 1276, au nyudo Matsuno Rokuro Zaemon)

De plus, pour venir de la province de Totomi jusqu'ici, sur le Mont Minobu, au village d'Hakiri dans la province de Mii, il faut faire un voyage de plus de trois cents ri, et les conditions de logement, chemin faisant, sont très précaires. Vous avez escaladé les montagnes en baignant dans la lumière du soleil et de la lune, mais en descendant dans les ravins, vous avez sans doute eu l'impression de tomber dans un gouffre. L'eau des torrents coule avec la rapidité d'une flèche, et les énormes rochers qu'ils charrient en interdisent la traversée aux hommes et aux chevaux. Même les bateaux sont aussi dangereux que des petits bouts de papier jetés sur l'eau. Les hommes que l'on rencontre au cours d'un tel voyage sont de grossiers bûcherons et les femmes ressemblent à des ogresses de la montagne. La piste est aussi étroite qu'une corde, et les arbres aussi denses que de l'herbe.
Enseignement correspondant à l'esprit du Bouddha
(Minobu, le 2 mai 1279, à Niike Saemon-no-jo)

J'ai quitté Kamakura et je vis depuis sept ans dans cette montagne.
En voici la description. Il y a sept régions au Japon et cette montagne se trouve dans la région que l'on appelle le Tokaido, qui se divise en quinze provinces. L'une d'elles est la province de Kai, comportant trois districts, les villages d'Iino, Mimaki et Hakiri. La chaîne montagneuse dont je parle se trouve dans le district d'Hakiri et s'étend, au nord-ouest, sur plus de vingt lieues. Au nord, s'élève le Mont Minobu, au sud, le Mont Takatori, à l'ouest, le Mont Shichimen et à l'est le Mont Tenshi, comme des planches se dressant pour enfermer le ciel des quatre côtés. Autour de ces montagnes coulent quatre cours d'eau : du nord au sud, la rivière Fuji ; d'ouest en est, la rivière Haya ; derrière cette région et devant, la rivière Hakiri et son confluent, comportant une cascade, que l'on appelle la rivière Minobu. On pourrait croire que le Pic du Vautour est venu du centre de l'Inde ou que le Mont Tian-tai a quitté la Chine pour s'installer ici.
Entre ces quatre montagnes et quatre rivières se trouve un plateau aussi peu étendu que la paume d'une main. Là, pour me protéger de la pluie, j'ai construit une petite cabane, mon ermitage. Les quatre murs sont faits d'écorce arrachée aux arbres. Pour vêtement, je porte la peau d'un daim mort de mort naturelle. Au printemps, je cueille des fougères pour en nourrir mon corps, et à l'automne je ramasse des baies pour rester en vie. Depuis le 11e mois de l'année dernière, la neige n'a cessé de s'accumuler, et maintenant, dans le premier mois de la nouvelle année, elle tombe toujours. Ma cabane est haute de sept pieds, mais la neige s'est entassée sur une hauteur de dix pieds. Je suis entouré par quatre murs de glace, le gel a suspendu des ornements précieux aux coins du plafond de mon lieu de pratique, tandis que sur le sol, la neige s'entasse à la place du riz.
Je recevais déjà peu de visites auparavant. Mais maintenant que le chemin est profondément enfoui sous la neige, plus personne ne vient jusqu'ici. J'ai l'impression d'expier en ce moment le karma qui me destinait à tomber dans les huit enfers froids. Et, loin d'offrir l'aspect d'une personne devant atteindre la bodhéité en cette vie-ci*, je ressemble plutôt à l'oiseau Kankucho torturé par le froid. Je ne me rase plus la tête, si bien qu'on pourrait prendre ma nuque pour celle d'une caille, et mes vêtements sont si raidis par la glace qu'ils ressemblent aux ailes gelées d'un canard mandarin.
En pareil lieu, où des amis de longue date ne viennent plus jamais me rendre visite, où même mes propres disciples m'ont abandonné, vous m'avez envoyé ces récipients. Je les remplis de neige en imaginant qu'ils sont pleins de riz. Je les remplis d'une eau que je bois en m'imaginant boire de la soupe. Je vous laisse imaginer les effets de votre bonté.
Lettre à Akimoto (Minobu, le 27 janvier 1280)

En Inde centrale, un voyageur souffrant se rendit un jour au lac Munetchi pour éteindre le feu de l'angoisse qui brûlait dans son coeur. Il proclama que les eaux du lac comblèrent tous ses désirs, tout comme l'eau fraîiche et claire d'un étang comble la soif. Bien que le lac Munetchi et cet endroit [où je réside] soient différents, le principe est exactement le même. Ainsi, le Pic du Vautour en Inde se trouve maintenant ici, au Mont Minobu. Cela fait longtemps que je ne vous y ai pas vu.
La personne et le Dharma (
Minobu, 11 septembre 1281 à Nanjo Tokimitsu)

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