Plus la source est lointaine,
plus le courant est long

(Plus lointaine est la source, plus long est le fleuve)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 3, p. 325 ; SG* p. 950.
Gosho Zenshu p. 1180 - Shijo Kingo Dono Gohenji (Gen'on Choryu Gosho)

Minobu, le 15 septembre 1278, à Shijo Kingo

J'ai bien reçu le kan de pièces de monnaie et l'ai respectueusement présenté au Sutra du Lotus comme une offrande de Yorimoto. Je suis certain que, de très loin, les bouddhas Shakyamuni, Taho et tous les bouddhas des dix directions, et, de plus près, les divinités Nitten et Gatten, dans leurs palais célestes, vous observent.

Si une personne fait preuve, en ce monde, de qualités exceptionnelles, même ceux qui passent pour vertueux et sages, pour ne rien dire des personnes ordinaires, éprouvent de la rancune et de la jalousie à son égard. Trois mille dames de la cour furent jalouses de Wang Zhao-gun, la favorite de l'empereur de la dynastie des Han. Les épouses de Taishaku, au nombre de neuf milliards neuf cent millions nayuta ont toutes envié Kyoshika (note). [Au Japon], le ministre Fujiwara no Saneyori fut jaloux de Kaneakira* et Fujiwara no Tokihira, jaloux de Sugawara no Michizane, médit de lui auprès de l'empereur, le faisant ainsi condamner à l'exil.

Réfléchissez bien à ce qui vous arrive, à la lumière de ces exemples. Le domaine de votre seigneur, Ema nyudo, autrefois très vaste, s'est maintenant réduit. Il a de nombreux fils [qui pourraient prétendre à sa succession] ainsi que de nombreuses personnes depuis longtemps à son service. De même que les poissons s'agitent quand l'eau de leur étang diminue, ou que des oiseaux se battent pour se poser sur la même branche, quand souffle le vent d'automne, les membres de votre clan doivent éprouver une jalousie croissante à votre égard. De plus, comme, en certaines occasions, vous n'avez pas obéi aux ordres de votre seigneur, les médisances à votre égard ont dû être nombreuses. Pourtant, après vous avoir, à plusieurs reprises, confisqué votre domaine, votre seigneur vous en a octroyé un nouveau. Comme c'est extraordinaire  ! Voilà ce que l'on entend par "des causes invisibles produisent des bienfaits visibles". C'est probablement le résultat de votre désir sincère de convertir votre seigneur au Sutra du Lotus.

Le roi Ajatashatru fut d'abord l'ennemi du Bouddha. Mais, grâce aux remontrances de son ministre Jivaka, il en vint à croire au Sutra du Lotus et put ainsi prolonger sa vie et poursuivre son règne. Le roi Myoshogon, grâce à ses deux fils, rejeta ses conceptions erronées. Il en va de même pour vous. [Probablement] grâce à vos conseils, le seigneur Ema a changé d'opinion. Cela est dû uniquement à la profondeur de votre foi dans le Sutra du Lotus.

Plus les racines sont profondes, plus luxuriantes sont les branches. Plus la source est lointaine, plus le courant est long. Tous les sutras autres que le Sutra du Lotus ont des racines peu profondes et leur cours n'est pas long. Par contre, le Sutra du Lotus a des racines profondes et une source lointaine. C'est pourquoi le Grand-maître* Zhiyi* affirma qu'il se perpétuerait jusqu'à l'époque mauvaise des Derniers jours du Dharma, et s'y propagerait encore.

Beaucoup se sont convertis à cet enseignement. Mais, voyant que j'étais sans cesse en butte à des persécutions, officielles ou non, ces nouveaux croyants m'ont suivi encore un ou deux ans, mais par la suite ont abandonné, certains devenant même des ennemis du Sutra du Lotus. Il y en eut qui, extérieurement, semblaient conserver la foi, mais qui dans leur coeur gardaient des doutes, et d'autres qui, intérieurement, conservaient la foi, mais concrètement abandonnèrent la pratique.

Le Bouddha Shakyamuni, héritier du roi Suddhodana, fut un grand roi respecté dans les 84.210 provinces du monde. Tous les rois du Jambudvipa s'inclinèrent devant lui et il eut des milliards de sujets. Pourtant, à l'âge de dix-neuf ans, il quitta le palais de son père le roi Suddhodana et se retira sur le Mont Dandaka [où il pratiqua les austérités] pendant douze ans. A l'époque, il n'était accompagné que de cinq ascètes : Ajnata Kaudinya, Ashvajit, Bhadrika, Dashabala Kashyapa Mahanama. Sur les cinq, toutefois, deux quittèrent Shakyamuni au cours de la sixième année et les trois qui restaient l'abandonnèrent dans les six années qui suivirent. Shakyamuni poursuivit sa pratique seul et devint le Bouddha.

Il est encore plus difficile de croire dans le Sutra du Lotus et dans le Sutra lui-même il est dit  : "Le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre."(réf.) De plus, à l'époque des Derniers jours du Dharma, les persécutions sont beaucoup plus nombreuses et graves que du vivant du Bouddha Shakyamuni. On lit dans le Sutra que les bienfaits obtenus en persévérant dans la pratique malgré les persécutions sont plus grands que ceux que l'on obtient en faisant des offrandes au Bouddha pendant un kalpa tout entier.

Environ 2330 années se sont écoulées depuis la disparition du Bouddha. Ceux qui ont propagé le bouddhisme en Inde dans les premiers mille ans [après sa mort] sont tous mentionnés dans les livres d'histoire. La liste de ceux qui ont propagé [le bouddhisme] pendant mille ans en Chine et pendant sept cents ans au Japon a été également clairement établie. Très peu d'entre eux, néanmoins, ont eu à affronter des persécutions aussi graves que celles que subit Shakyamuni. Beaucoup se sont décrits eux-mêmes comme des sages et des hommes de vertu, mais aucun d'eux n'a jamais vécu la prédiction du Sutra : "[Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, ] ne seront-elles pas pires encore après son trépas  ? "(réf.) Le bodhisattva Nagarjuna, Zhiyi* et Saicho furent persécutés en raison de leur foi bouddhique, mais aucune des persécutions qu'ils subirent ne furent aussi graves que celles que décrit le Sutra. C'est parce qu'ils naquirent avant l'époque où le Sutra du Lotus devait se propager.

Nous sommes maintenant déjà entrés dans "la dernière période de cinq cents ans", c'est-à-dire au début de l'époque des Derniers jours du Dharma. C'est un moment comparable au soleil le quinzième jour du cinquième mois [du calendrier lunaire], ou à la lune des moissons, le quinzième jour du huitième mois. Zhiyi* et Saicho* sont nés trop tôt pour connaître ce moment et ceux qui naîtront après regretteront d'avoir vécu trop tard.

La plupart des troupes du démon (note) sont déjà vaincues. Celles qui demeurent ne sont pas de taille à me résister. C'est maintenant l'époque qui correspond précisément à la prédiction du Bouddha Shakyamuni, "la dernière période de cinq cents ans", "le début de l'époque des Derniers jours du Dharma", [celle que désigne le passage] "ne seront-elles pas pires encore après son trépas  ? "(réf.) Si les paroles du Bouddha ne sont pas mensongères, sans aucun doute, un sage est déjà apparu en ce monde. Il est dit [dans les sutras] que le présage de l'apparition d'un sage sera la guerre la plus grave que le monde ait jamais connue et puisqu'une telle guerre (note) a déjà eu lieu, le sage est sûrement déjà apparu dans le monde. L'apparition d'un animal légendaire appelé kirin fit comprendre à ses contemporains que Confucius était un sage et il ne fait aucun doute qu'un écho résonnant dans le sanctuaire d'un village est l'annonce de la venue d'un sage. Quand le Bouddha apparut en ce monde, la croissance du santal fut le signe, pour les hommes de son temps, qu'il était un sage. Lao Zi fut reconnu comme un sage parce qu'il portait inscrit [à sa naissance] le signe deux sur la paume d'un pied et le signe cinq sur l'autre (réf.).

A quoi reconnaît-on alors, à notre époque, celle des Derniers jours du Dharma, le sage du Sutra du Lotus  ? Il est dit dans le Sutra qu'une personne qui pratique et enseigne ce Sutra au mieux de ses capacités est l'envoyé du Bouddha. Autrement dit, ceux qui adhèrent aux huit volumes du Sutra du Lotus, ou à un seul de ses volumes, chapitres, ou strophes, ou qui récitent daimoku, sont les envoyés du Bouddha. De plus, la personne qui persévère et qui, malgré les persécutions, adhère au Sutra du début jusqu'à la fin est l'envoyé du Bouddha.

Mon esprit n'est peut-être pas celui d'un envoyé du Bouddha car mon corps est celui d'un simple mortel. Toutefois, puisque j'ai suscité la haine des trois grands gnnemis et puisque j'ai été exilé à deux reprises, je suis semblable à un envoyé du Bouddha. Même si mon esprit est obscurci par les trois poisons et si mon corps est celui d'un simple mortel, parce que ma bouche récite Namu Myoho Renge Kyo, cela fait de moi l'envoyé du Bouddha. Si je cherche un exemple dans le passé, je mérite d'être comparé au bodhisattva Fukyo. Si j'observe le présent, j'ai concrétisé la prédiction : "Il sera attaqué à coups de sabre et de bâton, de tuiles et de pierres."(réf.) A l'avenir je parviendrai sans aucun doute à la lumière éternelle de la Terre de Bouddha, et ceux qui m'auront soutenu résideront immanquablement avec moi dans la Terre pure du Pic du Vautour.

J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire mais je m'arrêterai ici. Vous devinerez le reste avec le coeur.
Le jeune acolyte qui était malade est guéri, et je m'en réjouis. Daishin Ajari (Daishin bo?) est mort exactement comme vous l'aviez prévu. Tout le monde ici vous admire en disant que, même s'il y avait un nouveau Jivaka
à notre époque des Derniers jours du Dharma, il ne vous égalerait pas. Je suis du même avis. Nous avons tous constaté que vos pronostics à propos de Sammi-bo et de Soshiro se sont vérifiés aussi précisément que coïncident les deux parties d'un même sceau. Je vous confie ma vie et ne consulterai jamais aucun autre médecin.

Nichiren.

Le quinzième jour du neuvième mois de la première année de Koan (1278)

ARRIERE-PLAN - Cet écrit fut adressé à Shijo Kingo le 15 septembre 1278, alors que Nichiren Daishonin était âgé de cinquante-sept ans et vivait sur le Mont Minobu. Shijo Kingo lui avait appris que le seigneur Ema n'avait plus de griefs à son égard et lui avait donné un plus vaste domaine. Nichiren Daishonin exprime ouvertement le plaisir que lui fait cette nouvelle et félicite Shijo Kingo pour sa foi qui lui a permis d'endurer et de dépasser plusieurs années d'adversité.
Shijo Kingo, disciple convaincu de Nichiren Daishonin, excellait à la fois dans la médecine et les arts martiaux. Le seigneur Ema désapprouvait la croyance de Shijo Kingo et, sur la base d'accusations fausses portées par certains de ses collègues jaloux, l'avait placé devant le dilemme soit de renier sa croyance dans l'enseignement de Nichiren Daishonin, soit de partir pour une province lointaine. Mais, en 1277, Ema était tombé malade et le traitement de Shijo Kingo lui avait permis de guérir. Ema eut de nouveau confiance en lui et, l'année suivante, lui confia un fief plus important. Ce gosho fut écrit en réponse à l'annonce que la situation de Shijo Kingo avait changé pour le mieux. (Commentaire ACEP)

En anglais : The Farther the Source, the Longer the Stream

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=940&m=1&q=Farther%20the%20Source
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_FartherSource.htm

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