Réponse au seigneur Hakiri Saburo

(Réponse à Hakii Saburo)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 6, p. 41; SG* p. 408.
Gosho Zenshu p. 1369 - Hakii Saburo dono gohenji; Teihon no. 127, 1:749.

Sado, 3e jour du 8e mois de 1273 à Hakii Sanenaga

A Kamakura se trouvent mes disciples Chikugo-bo, Ben Ajari et Daishin Ajari. Faites appel à eux, et questionnez-les avec respect. Je vais exposer ici les points essentiels de mon enseignement. Ces disciples ont eux aussi quelque connaissance du Grand Dharma jamais encore propagée au Japon. Je vous conseille donc de l'étudier avec eux (note).

[Vous m'écrivez en substance] : "Votre lettre a balayé mes doutes de la même manière qu'un grand vent, en chassant les nuages amoncelés, permet à la lune d'apparaître dans tout son éclat. Mais les personnes de haute comme de basse condition ont des difficultés à croire en votre enseignement. Car le Sutra du Lotus promet à ceux qui pratiquent le Dharma du Bouddha "paix et sécurité en cette vie-ci et de bonnes conditions dans la vie prochaine."(réf.) Pourquoi, dans ce cas, le moine Nichiren rencontre-t-il tant de difficultés, alors qu'il se désigne lui-même comme le Pratiquant du Sutra du Lotus  ? Beaucoup disent que cela doit être parce que ses enseignements ne correspondent pas à la volonté du Bouddha."

A ces critiques sans fondement, je répondrai que les difficultés rencontrées sont dues au karma créé dans des existences passées (note). Il n'y a rien d'étonnant à ce que le gouvernement me poursuive de sa colère. L'étude attentive du Sutra du Lotus en donne l'explication. Elle apprend que, à l'époque des Derniers jours du Dharma, la personne qui se consacre à la pratique du Sutra du Lotus telle que le Bouddha l'enseigne est vouée à rencontrer de nombreuses difficultés. Le texte l'établit sans la moindre ambiguïté, et il suffit d'avoir des yeux pour le lire.

Ainsi, dans le quatrième volume du Sutra du Lotus, il est écrit  : "Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore dans le monde après son trépas  ! "(réf.) Et dans le cinquième volume  : "Il y aura beaucoup d'hostilité dans le monde et il sera difficile de croire [en ce Sutra]."(réf.) Il y est dit aussi  : "Nombreux seront les ignorants qui nous calomnieront, nous attaqueront à coups de sabres et de bâtons, et qui nous jetteront des pierres et des morceaux de tuiles."(réf.) Et plus loin  : "On verra, dans cette époque mauvaise, des moines [aux conceptions erronées...]. On verra aussi des moines vêtus de haillons, habiter la forêt et vivre retirés... Ils enseigneront le Dharma à des laïcs en robe blanche, et seront respectés et vénérés par le monde comme des arhats dotés des six pouvoirs mystiques. [...] Sans cesse, ils iront parmi les gens du peuple à seule fin de nous calomnier. Ils s'adresseront aux souverains, aux hauts dignitaires, aux brahmanes et aux grands bienfaiteurs du bouddhisme ainsi qu'aux autres moines, nous calomniant et nous accusant. [...] Les démons s'empareront des personnes de notre entourage et les pousseront à nous dénigrer, nous insulter et nous couvrir d'opprobre [...] Nous serons bannis encore et encore."(réf.)

Dans le Sutra Dainehan, il est dit  : "Il est des gens que l'on appelle icchantika. Ils font semblant d'être des arhats, vivent en des lieux déserts et dénigrent les sutras du Mahayana. En les voyant, les personnes ordinaires les prennent tous pour de véritables arhats et parlent d'eux comme de grands bodhisattvas." Il y est dit encore : "Lorsque l'époque du Dharma correct sera achevée et que nous serons entrés dans l'époque du Dharma formel, on verra des moines qui, en apparence, respecteront les préceptes. Mais c'est à peine s'ils liront ou réciteront les sutras, et ils préféreront rechercher avec avidité toutes sortes d'aliments et de boissons pour satisfaire leur corps... Tout en portant la robe de moine, ils seront comme des chasseurs épiant et traquant leur proie. Ils seront comme un chat rodant en quête de souris." Et dans le Sutra Hatsunaion, il est dit : "Il y a aussi des icchantika qui ont l'apparence d'arhat [mais qui commettent de mauvaises actions]."

Lorsque je regarde le Japon d'aujourd'hui dans le brillant miroir [des textes du Sutra], toute ombre est dissipée. "Des moines vêtus de haillons, habiter la forêt et vivre retirés... " Qui sont ces moines  ? Ces moines" respectés et vénérés par le monde comme des arhats dotés des six pouvoirs mystiques", qui sont-ils  ? "En les voyant, les personnes ordinaires les prennent tous pour de véritables arhats et parlent d'eux comme de grands bodhisattvas." A qui cela fait-il allusion  ? Et qui sont ces moines dont il est dit : "En apparence ils respecteront les préceptes, mais c'est à peine s'ils liront ou réciteront les sutras" ?

Ces passages nous indiquent que Shakyamuni, avec l'oeil du Bouddha, prévoyait ce que seraient les débuts de l'époque des Derniers jours du Dharma. Et si, maintenant que nous sommes entrés dans cette époque, personne ne correspondait à la description faite par le Bouddha, l'Honoré du Monde pourrait être accusé de mensonge. [Dans ce cas], qui pourrait avoir foi dans les enseignements théorique* et essentiel* du Sutra du Lotus, et dans le principe de la nature éternellement inhérente de l'état de bouddha enseigné dans le bosquet de shala (note).

Maintenant, moi, Nichiren, afin de prouver la véracité des paroles du Bouddha, je lis ces passages du Sutra et les applique à la situation du Japon. Le passage concernant "les moines habitant la forêt et vivant retirés" désigne les [moines des] temples Kencho-ji, Jufuku-ji, Gokuraku-ji, Kennin-ji, Tofuku-ji et les autres temples des écoles Zen, Ritsu, et Nembutsu au Japon. Ces temples démoniaques sont apparus dans le monde pour détruire les temples bouddhiques du Mont Hiei et les autres temples de l'école Hokke-Tendai. "Vêtus de haillons" et "qui, en apparence, respectent les préceptes [de la vie monastique]" désigne de nos jours "ceux qui observent les préceptes", avec leurs surplis faits de cinq, sept ou neuf pièces d'étoffe (note). Ceux qui sont "respectés et vénérés par le monde" et ceux dont on parle "comme de grands bodhisattvas" sont des hommes comme Doryu, Ryokan et Shoichi. Le "monde" qui leur accorde de la considération, ce sont le souverain et les personnes influentes à notre époque. Et les "ignorants" et les "personnes ordinaires" sont tous les habitants du Japon, nobles aussi bien que de modeste condition.

Moi, Nichiren, je ne suis qu'un simple mortel et, comme tel, il m'est difficile de croire en l'enseignement du Bouddha. Mais, ce que je viens de dire, j'en suis aussi certain que de la chaleur du feu ou de la fraîcheur de l'eau lorsque j'y mets la main.

Selon le Sutra, [à l'époque des Derniers jours du Dharma] le Pratiquant du Sutra du Lotus, s'il s'en trouve un, sera calomnié et insulté, attaqué à coups de sabre et de bâton, et sera banni. J'essaie d'appliquer ce passage du Sutra au monde d'aujourd'hui, mais je ne vois personne qui lui corresponde. Alors, qui est donc le Pratiquant du Sutra du Lotus ?

Les ennemis du Sutra du Lotus pourraient-ils apparaître sans qu'il y ait personne pour défendre le Sutra  ? Ce serait comme imaginer l'Orient sans l'Occident, ou le ciel sans la terre. Ne serait-ce pas rendre les paroles du Bouddha entièrement mensongères ?

Cela passera peut-être pour présomptueux de ma part, mais j'y ai bien réfléchi, et je veux prouver la véracité des paroles du Bouddha. [Le Pratiquant dont il est question dans le Sutra] c'est moi-même, c'est le moine Nichiren.

De plus, le Bouddha, en évoquant des événements du passé, dit dans le chapitre Fukyo* (XX)  : "Autrefois [à la fin de l'époque du Dharma formel du bouddha Ionno] vivait un bodhisattva du nom de Fukyo. Il fut humilié et insulté, battu à coups de canne et de bâton, attaqué à coups de pierres et de tuiles." Ainsi Shakyamuni évoqua-t-il sa propre pratique dans une vie antérieure pour encourager et stimuler [le Pratiquant du Sutra du Lotus] au début de l'époque des Derniers jours du Dharma. [Par le passé], ce bodhisattva Fukyo, pour sa fidélité au Sutra du Lotus, reçut des coups de canne et de bâton et il parvint immédiatement à l'étape suprême de myogaku. De nos jours, moi, Nichiren, pour ma fidélité à ce même Sutra, j'ai été, en cette vie-ci, attaqué à coups de sabre et de bâton et j'ai subi deux fois l'exil en des terres lointaines. Il ne fait aucun doute que, dans l'avenir, je récolterai le fruit merveilleux de la bodhéité.

Après la disparition du Bouddha Shakyamuni, les quatre rangs de saints sont apparus pendant [les mille ans de] l'époque du Dharma correct et [les mille ans de] l'époque du Dharma formel. Mais, même à ces époques, lorsqu'ils se sont efforcés de propager le Sutra du Lotus, ils se sont heurtés à de multiples difficultés. Dans la lignée des successeurs de Shakyamuni, le vingtième, le bodhisattva Aryadeva, fut tué [par un non bouddhiste], et le vingt-cinquième, le vénérable Aryasimha, fut décapité. Le huitième successeur Buddhamitra, et le treizième, le bodhisattva Nagarjuna, brandirent un drapeau rouge à l'entrée du palais royal [dans l'espoir d'attirer l'attention du souverain], le premier pendant douze ans et le second pendant sept ans.

Zhu Daosheng fut banni sur les montagnes de Su-thou, le moine Fa-zu fut assassiné, le Maître du tripitaka, Fa-dao, eut le visage marqué au fer rouge et le Maître du Dharma Hui-yuan fut réprimandé et inculpé. Le Grand-maître* Zhiyi* dut affronter en débat les dix maîtres de la Chine du Sud et du Nord, et le Grand-maître* Saicho* réfuta les conceptions erronées des six écoles de Nara.

L'acceptation ou le rejet de leur enseignement dépendit de la sagesse ou de l'ignorance des souverains de leur époque, et n'indiquait en rien que leur façon de propager n'était pas conforme à la volonté du Bouddha. Même aux époques du Dharma correct et du Dharma formel, ils durent subir des persécutions de ce genre. Elles sont donc encore plus prévisibles à l'époque des Derniers jours du Dharma ! Avoir suscité la colère des autorités du pays en raison de ma fidélité au Sutra du Lotus est, à mes yeux, la plus grande des bonnes fortunes. C'est comme troquer des bouts de tuiles et des cailloux contre de l'or et de l'argent.

Et pourtant je m'attriste en pensant à la phrase du Sutra Ninno : "Une fois les sages partis, immanquablement, les sept désastres se produiront." Grandes sécheresses et grands soulèvements armés sont au nombre de ces sept désastres.

Il est dit dans le Sutra Saishoo : "Parce que des hommes mauvais sont respectés et honorés, et parce que des hommes bons subissent des punitions, on constate des anomalies dans le cours des étoiles et des constellations, et les vents et les pluies ne suivent plus le rythme habituel des saisons."

Qui désignent aujourd'hui les mots "des hommes mauvais respectés et honorés"  ? Ce sont ceux dont j'ai parlé plus tôt. Et "des hommes bons qui subissent des punitions"  ? Celui dont je disais qu'il a été "exilé à plusieurs reprises". Les "anomalies dans le cours des étoiles et constellations", s'applique à tous les phénomènes étranges et désastreux qui se sont produits dans le ciel et sur terre au cours de ces vingt dernières années.

Si ces passages de Sutra sont véridiques, alors le bannissement de Nichiren est un mauvais présage annonçant la ruine du Japon. Avant même d'être persécuté par les autorités, je l'avais prédit et expliqué dans le Rissho Ankoku ron. Qui pourrait, désormais, mettre mes paroles en doute  ? C'est la raison de ma tristesse.

Deux mille deux cent vingt-deux ans se sont maintenant écoulés depuis la mort du Bouddha. Pendant les mille ans de l'époque du Dharma correct, Nagarjuna, Vasubandhu et d'autres, en tant qu'envoyés du Bouddha, ont propagé le Dharma. Mais ils n'ont enseigné que le Hinayana et le Mahayana provisoire*, jamais le Mahayana définitif*.

Quelque cinq cents ans après le début de l'époque du Dharma formel, le Grand-maître* Zhiyi* apparut en Chine et réfuta les principes erronés des écoles du Nord et du Sud afin d'établir l'enseignement correct. Sur le plan de l'étude doctrinale, il élabora le principe des cinq périodes, et sur le plan des pratiques de méditation-samadhi, il forgea le concept d'ichinen sanzen. La Chine tout entière fit son éloge, en l'appelant Petit Shakyamuni. Pourtant, parmi les trois sortes de discipline, il enseigna la méditation (note) et la sagesse-prajna parfaites, mais pas les préceptes de l'enseignement parfait*. Ensuite, mille huit cents ans après la mort du Bouddha, le Grand-maître* Saicho* apparut au Japon et réfuta les doctrines erronées des six écoles bouddhiques répandues pendant deux cents ans ou plus, depuis l'époque de l'empereur Kimmei. De plus, il énonça les préceptes menant à l'Eveil immédiat et parfait [que Zhiyi* n'avait pas révélés]. Ce furent les préceptes d'ordination selon l'enseignement parfait* conférés au kaidan du Mont Hiei.

Au cours des plus de deux mille ans écoulés depuis la mort du Bouddha, des dizaines de milliers de temples ont été érigés dans les trois pays [Inde, Chine et Japon], mais pas un seul temple, pas une seule pagode n'a été consacrée au Maître de l'enseignement essentiel*, et personne non plus n'a propagé les cinq caractères de Myoho Renge Kyo, spécifiquement confiés aux innombrables bodhisattvas Surgis de Terre. Les écrits indiquent bien que ces cinq caractères doivent être propagés [au début de l'époque des Derniers jours du Dharma], mais personne, dans le pays entier, ne l'a encore fait. Est-ce parce que le temps [de la propagation] n'est pas encore venu, et que les capacités des gens ne sont pas encore mûres ?

[A propos de l'avenir], le Bouddha déclara  : "Au cours de la dernière des cinq périodes de cinq cents ans, après mon parinirvana, propagez largement ce Sutra [du lotus] et ne laissez jamais son flot tarir."(réf.) Et le Grand-maître* Zhiyi* fit cette prédiction  : "Dans la cinquième période de cinq cents ans, le Dharma Merveilleux se répandra et apportera des bienfaits à l'humanité pour longtemps dans l'avenir."(réf.) Quant au Grand-maître* Saicho*, il écrivit  : "Les époques du Dharma correct et du Dharma formel sont presque terminées, et celle des Derniers jours du Dharma est toute proche. C'est maintenant le moment où le Véhicule unique exposé dans le Sutra du Lotus se révélera parfaitement adapté aux capacités de tous."(réf.) Tous ces passages du Sutra et leurs commentaires indiquent que cet événement [la propagation du Grand Dharma] aura lieu au début de l'époque des Derniers jours du Dharma.

Un brahmane d'Inde dit un jour  : "Cent ans après ma mort, le Bouddha apparaîtra en ce monde." Et un lettré confucéen fit cette prédiction  : "D'ici mille ans, le bouddhisme sera introduit en Chine."(note) Même de telles prédictions, émanant de personnes ordinaires, coïncident avec la vérité comme les deux moitiés d'un même sceau. Comment, dans ce cas, les affirmations de Saicho* et de Zhiyi* [considérés comme les bouddhas de l'époque du Dharma formel], ou les claires prédictions sorties de la bouche d'or des bouddhas Shakyamuni et Taho pourraient-elles être fausses ?

Il faut savoir que le temps est maintenant venu pour que le Maître de l'enseignement essentiel* apparaisse et pour que le grand enseignement des cinq caractères de Myoho Renge Kyo, jamais encore propagé, se répande dans le monde entier. Peut-il y avoir le moindre doute à cet égard ?

Pourtant, bien qu'ayant souvent entendu le moine Nichiren enseigner cela, certains abandonnent leur foi, lorsqu'ils me voient comme aujourd'hui confronté à de grandes difficultés. Vous, par contre, ne m'avez entendu qu'une ou deux fois, pendant une heure ou deux, mais j'observe que, sans abandonner, vous restez constant dans votre croyance. Cela ne peut s'expliquer seulement par des causes créées en cette vie-ci. Le Grand-maître* Zhanlan* écrivit  : "Dans l'époque à venir des Derniers jours du Dharma, si une personne entend l'enseignement bouddhique, même brièvement, et a foi dans le Dharma, c'est que cette personne aura, dans une vie antérieure, planté la graine [du Sutra du Lotus]."(réf.) Et aussi  : "Ce n'est pas chose ordinaire que de naître à la fin de l'époque du Dharma formel et de pouvoir lire les paroles du Sutra véridique. C'est bien difficile si l'on n'a pas, dans une vie passée, créé un lien avec le Dharma Merveilleux."(réf.)

Dans le Sutra du Lotus, il est dit  : "Ceux qui, dans des existences passées, ont fait des dons à des dizaines de milliards de bouddha, naîtront sous forme humaine et auront foi dans le Sutra du Lotus."(réf.)

Et nous lisons, dans le Sutra du Nirvana, que ceux qui ont fait des dons à autant de bouddha qu'il y a de grains de sable dans le Gange et dans le fleuve Hiranyavati, renaîtront par la suite dans une époque mauvaise et auront foi dans le Sutra du Lotus. Le roi Ajatashatru fut un homme mauvais qui tua son père et fit emprisonner sa mère. Mais il se rendit à l'assemblée devant laquelle le Bouddha exposa le Sutra du Nirvana, et il entendit les enseignements du Sutra du Lotus. Après quoi non seulement il guérit des plaies purulentes [résultant de ses mauvaises actions dans sa vie présente] mais il prolongea encore sa vie de quarante ans ; et, même s'il ne possédait pas au départ les racines de la foi, il parvint finalement à la première étape de sécurité, et Shakyamuni lui prédit qu'il atteindrait la bodhéité.

Devadatta fut le plus grand icchantika, la personne la plus malfaisante qui se puisse trouver au monde. Dans les sutras antérieurs exposés par le Bouddha de son vivant, il fut considéré comme un cas désespéré. Mais, dans le Sutra du Lotus, il fut prédit qu'il deviendrait un jour un bouddha du nom de Ainsi-Venu Roi du Ciel.

De ces exemples on peut conclure que, pour des personnes mauvaises, à l'époque des Derniers jours du Dharma, parvenir ou non à la bodhéité ne dépend pas de la légèreté ou de la gravité de leurs fautes, mais simplement du fait d'avoir foi ou non dans le Sutra du Lotus.

Vous faites partie d'une famille de guerriers, vous êtes un homme mauvais qui vivez jour et nuit dans un monde de tueries. Puisque vous n'avez, jusqu'à présent, quitté ni votre foyer [pour entrer dans la vie religieuse] ni votre métier de guerrier [dans la société], comment pourriez-vous échapper aux trois mauvaises voies  ? Vous devriez sérieusement y réfléchir.

Le cœur même du Sutra du Lotus est la révélation qu'il est possible d'atteindre l'Eveil suprême quelle que soit l'étape à laquelle on est parvenu, sans changer d'apparence. Autrement dit, sans briser les entraves karmiques qui ont été les nôtres, il nous est toujours possible d'atteindre la bodhéité. C'est pourquoi Zhiyi* écrivit  : "Les autres sutras ne promettent la bodhéité qu'aux personnes bonnes mais pas aux personnes mauvaises... Seul le Sutra du Lotus prédit que tous parviendront à la bodhéité."(réf.) Et Zhanlan* indique  : "Seul l'enseignement parfait* permet de changer le lien d'opposition en lien d'adhésion. Les trois autres formes d'enseignement considèrent ces deux sortes de causalité [lien d'opposition et lien d'adhésion] comme strictement séparées."(réf.)

Je devrais peut-être maintenant aborder la question de savoir s'il est possible d'atteindre la bodhéité grâce aux divers sutras enseignés avant le Sutra du Lotus mais c'est là un sujet qui requiert une grande connaissance des termes et classifications bouddhiques. J'ai toutefois enseigné à certains de mes disciples l'essentiel en la matière. Vous pouvez donc les faire venir et bien écouter ce qu'ils vous diront. Lorsque vous l'aurez fait, je vous écrirai plus longuement sur ce sujet.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le 3e jour du 8e mois de la 10e année de Bun'ei (1273), marqueur inverse de Jupiter dans le signe cyclique mizunototori.

ARRIÈRE-PLAN - La persécution de Tatsunokuchi, en 1271, et l'exil qui s'ensuivit sur l'île de Sado ont constitué la plus grande des épreuves rencontrées par Nichiren Daishonin. Sa vie sur cette île redoutable fut faite de difficultés incessantes. Il manquait de nourriture et de vêtements, et l'hostilité des moines du Nembutsu et de leurs disciples vivant sur l'île le mettait constamment en danger. En plus de ses difficultés personnelles, Nichiren Daishonin eut la douleur d'apprendre que bon nombre de ses disciples de Kamakura, en le voyant persécuté, avaient commencé à nourrir des doutes sur ses enseignements. Certains avaient même abandonné leur foi. En pareilles circonstances, il écrivit de nombreuses lettres pour encourager ses disciples à persévérer.
Nichiren Daishonin écrivit ce gosho le 3e jour du 8e mois de 1273, à l'âge de cinquante-deux ans, pour répondre aux doutes de Hakiri Sanenaga (ou du fils de Sanenaga, selon une autre hypothèse). Hakiri Sanenaga était l'intendant de la région de Minobu, au sud de la province de Kai, où se trouvaient les trois villages de Hakiri, Mimaki et lino. Il était aussi appelé Hakiri Saburo, Hakiri Rokuro Sanenaga ou Nambu Rokuro Sanenaga. D'abord adepte de l'école de la Terre pure, il fut converti par Nikko Shonin, futur successeur de Nichiren Daishonin. Quand ce dernier se résolut à quitter Kamakura en 1274, Hakiri l'accueillit très chaleureusement à Minobu et, après sa mort, il demeura pendant un certain temps fidèle à Nikko Shonin. Cependant, sous l'influence du trop laxiste Niko, alors responsable de la formation des moines, Hakiri dévia finalement de l'orthodoxie des enseignements de Nichiren Daishonin. Il fit faire et enchâsser comme objet de culte une sculpture du Bouddha Shakyamuni, effectua des pèlerinages dans des sanctuaires shinto, érigea un monument nembutsu à Fukushi, et offrit un temple à l'école de la Terre pure. (Commentaire ACEP)

En anglais : Reply to Lord Hakiri Saburo

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=405&m=1&q=Hakiri%20Saburo
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_ReplyLordHakiriSaburo.htm

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