Réponse à la mère du seigneur d'Ueno

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 7, p. 303 ; SG* p. 1081.
Gosho Zenshu p. 1568 - Ueno dono haha gozen gohenji - STN, 2:1810

Minobu, le 10e mois 1280 à la mère de Nanjo Tokimitsu

 

J'ai bien reçu vos dons pour la cérémonie du 49e jour après le décès de votre fils Nanjo Shichiro Goro. Ils comportaient, comme indiqué sur votre liste, deux rouleaux de cent pièces de monnaie, un sac de riz blanc, un sac d'ignames, du tofu et du konnyaku, un panier de kakis, cinquante citrons, et d'autres choses encore. Pour le repos de votre fils défunt, j'ai récité la totalité du Sutra du Lotus une fois, plusieurs fois la partie Jigage, et des centaines ou des milliers de fois daimoku.

Le Sutra du Lotus est sans égal, parmi tous les enseignements sacrés exposés par le Bouddha de son vivant. De plus, comme l'indiquent les mots  : "ne peut être compris que par des bouddhas"(réf.) seuls des bouddhas ont la capacité de le comprendre. Les bodhisattvas encore aux étapes de l'Eveil presque parfait (tokaku) et au-dessous ne le peuvent pas.

Dans le quatrième volume du Sutra du Lotus, au chapitre Hosshi* (X), nous lisons : "Yakuo*, c'est à vous que je le dis maintenant. J'ai enseigné divers sutras, mais parmi tous ces sutras, le Sutra du Lotus est le plus élevé." Dans le cinquième volume, il est écrit : "Manjushri, ce Sutra du Lotus est le grenier secret des bouddhas. Parmi tous les sutras, il occupe la place la plus élevée."(réf.) Dans le septième volume, il est dit  : "Il en va de même pour le Sutra du Lotus, il est le plus élevé des sutras."(réf.) Et aussi  : "C'est qui brille de l'éclat le plus brillant... voilà pourquoi il est le plus respecté."(réf.)

Tous ces passages des écritures ne constituent pas une interprétation personnelle. Ce sont les paroles véridiques du Bouddha, elles ne peuvent donc pas contenir d'erreur.

Si quelqu'un, né dans une famille de roturiers, se prétendait aussi noble qu'un samouraï, il serait nécessairement puni. A plus forte raison s'il disait : "Je suis du même rang que le souverain du pays, et même supérieur à lui"  ! Non seulement il serait puni, mais ses parents, son épouse et ses enfants en souffriraient aussi. C'est comparable à un grand incendie détruisant des maisons, ou bien à un grand arbre qui, en tombant, entraîne également dans sa chute les arbustes qui l'entourent.

Il en va de même en bouddhisme. Les tenants des sutras Kegon*, Agama*, Hoto, Hannya*, Vairocana* et Amida considèrent le sutra qui fonde leur pratique comme le meilleur, sans se préoccuper de la position de supériorité ou d'infériorité relative des sutras. Ils disent : "Notre Sutra Amida est égal au Sutra du Lotus" ; ou bien : "Il lui est supérieur." Les autres adeptes d'une école particulière, en entendant ainsi faire l'éloge de leur sutra, y voient une raison de se réjouir. Mais, tout au contraire, cela constitue une faute grave, et les maîtres de ces écoles et leurs disciples tomberont, aussi rapidement qu'un jet de flèche, dans les mauvaises voies.

A l'inverse, ceux qui disent que le Sutra du Lotus est supérieur à tous les autres sutras ont pleinement raison de le faire. En réalité, cela leur vaudra de grands bienfaits. Car ils disent précisément ce qui est écrit dans le Sutra.

Le Sutra du Lotus a un prologue appelé Sutra Muryogi. On pourrait le comparer à des généraux détachés en avant-garde qui précèdent le passage du cortège d'un grand roi pour assurer sa sécurité. Il est dit dans ce sutra Sutra Muryogi : "Au cours des plus de quarante ans écoulés, je n'ai toujours pas révélé la vérité." Cela ressemble à ces grands arcs que portent les généraux pour lancer leurs flèches contre les ennemis du roi, ou aux sabres avec lesquels ils les tuent. C'est une déclaration royale, tranchante comme une épée, dirigée contre les adeptes du Kegon qui ne récitent que le Sutra Kegon*  ; contre les adeptes du Ritsu et leurs sutras Agama*  ; contre les adeptes du Nembutsu qui n'ont foi que dans le Sutra Kammuryoju ; et contre les adeptes du Shingon qui s'appuient sur le Sutra Vairocana*, afin de les punir de ne pas obéir au Sutra du Lotus et de les soumettre. Ces déclarations sont comparables à l'attaque d'Abe-no Sadato par Yoshiie, ou à la victoire de Yoritomo sur les forces de Kiyomori.

Ces mots du Sutra Muryogi "Au cours des plus de quarante ans écoulés..", sont le sabre et la corde du roi Fudo ou l'arc et les flèches du roi Aizen. Quand le défunt Nanjo Goro a traversé la montagne de la mort et la rivière aux Trois Passages, il fut escorté par des soldats qui repoussèrent les bandits de la montagne des désirs terrestres et les pirates de l'océan des mauvaises actions passées, lui permettant ainsi d'arriver sain et sauf au Pic du Vautour. Ces soldats correspondaient aux mots  : "Au cours des plus de quarante ans écoulés, je n'ai pas encore révélé la vérité."(réf.)

Il est dit dans le premier volume du Sutra du Lotus, au chapitre Hoben* (II) : "L'Honoré du monde dispense depuis longtemps son enseignement et maintenant, il doit révéler la vérité." Et aussi : "En rejetant sincèrement les enseignements provisoires, je vais révéler uniquement la voie qu'aucune autre ne surpasse."(réf.) Dans le cinquième volume du Sutra du Lotus, nous lisons : "Uniquement le joyau brillant qui est dans sa coiffure", "Ce joyau unique ne se trouve qu'au sommet de la tête du roi." Et : "Comme le grand roi qui prend le joyau d'un éclat incomparable qu'il a conservé dans sa coiffure depuis si longtemps et qui finit par le donner."

Le sens de ces passages est le suivant : de très nombreux sutra ont été introduits au Japon, au nombre de 7 399 volumes ; et chacun de ces écrits est un serviteur et un auxiliaire du Sutra du Lotus. La population du Japon, par exemple, hommes et femmes confondus, est de 4 994 828 personnes, mais tous et toutes sont les sujets d'un seul homme, le souverain du pays.

Quant à la signification de ces divers sutras, je l'illustrerai par une analogie que même une femme ignorante n'aurait aucun mal à comprendre. Lorsque l'on veut construire une grande pagode, en plus du bois de charpente nécessaire à la construction de l'édifice lui-même, on rassemble une grande quantité de morceaux de bois de plus petite taille pour en faire un échafaudage de dix ou vingt pieds de haut. Une fois monté l'échafaudage, avec le bois de charpente, on construit la grande pagode. Mais une fois celle-ci construite, on détruit l'échafaudage pour ne conserver que la grande pagode.

Les échafaudages représentent les divers autres sutras et la grande pagode est le Sutra du Lotus. Quand le Bouddha enseignait les autres sutras, il élevait en fait un échafaudage pour préparer à l'enseignement du Sutra du Lotus.

Comme il est dit dans le Sutra  : "en rejetant sincèrement les enseignements provisoires"(réf.), ceux qui ont foi dans le Sutra du Lotus devraient d'abord abandonner et rejeter l'invocation Namu Amida Butsu fondée sur le Sutra Amida et d'autres sutras  ; l'enseignement du Shingon, fondé sur le Sutra Vairocana* et d'autres sutras ; et les deux cent cinquante préceptes de l'enseignement Ritsu fondés sur les sutras Agama* et d'autres sutras, afin d'avoir foi exclusivement dans le Sutra du Lotus. Lorsque l'on se prépare à construire une grande pagode, l'échafaudage est d'une grande importance. Mais une fois la grande pagode construite, on ôte l'échafaudage et on le démonte. Voilà le sens du passage "en rejetant sincèrement les enseignements provisoires". (réf.)

C'est grâce à l'échafaudage qu'une pagode peut être construite, mais personne n'aurait l'idée de démonter la pagode pour rendre un culte à l'échafaudage. Et pourtant, ceux qui recherchent la voie bouddhique, de nos jours, passent leur vie entière à réciter exclusivement le nom du bouddha Amida, sans réciter une seule fois Namu Myoho Renge Kyo. Ils sont comparables à des personnes qui démoliraient une pagode pour vénérer un échafaudage. Ce sont, comme le dit l'adage populaire "des personnes passant pour sages mais en réalité bien stupides."

Le défunt Shichiro Goro ne ressemblait en rien aux Japonais d'aujourd'hui. Bien que très jeune encore, il assumait la succession de son père très sage. Il n'avait pas encore vingt ans lorsqu'il commença à réciter Namu Myoho Renge Kyo, et ainsi, il est devenu bouddha. Voilà le sens du passage du Sutra  : "Pas une seule personne ne manquera d'atteindre la bodhéité."(réf.)

Si vous souffrez en pensant à ce cher enfant qui vous manque, récitez Namu Myoho Renge Kyo en priant pour renaître au même endroit que Shichiro Goro et que votre défunt mari Nanjo.

Les graines d'une même sorte de plante sont toutes semblables. Elles different des graines d'autres sortes de plantes. Si vous cultivez dans votre cœur les mêmes graines de Myoho Renge Kyo, vous renaîtrez tous ensemble dans la même terre de Myoho Renge Kyo. Lorsque, enfin réunis, vous vous retrouverez tous les trois, quelle immense joie sera la vôtre  !

En ouvrant le Sutra du Lotus, j'ai trouvé ces mots  : "L'Ainsi-venu les couvrira de son manteau et ils bénéficieront de la protection et de l'attention de tous les bouddhas maintenant présents dans d'autres régions."(réf.)

Ce passage signifie que les bouddhas des dix directions se rassembleront en foule et empliront toutes les terres de l'Est, de l'Ouest, du Sud et du Nord, des Huit Directions, tout un système majeur de mondes, et quatre cent mille millions de nayuta de terres. Ces bouddhas seront assis côte à côte comme des étoiles dans le ciel, comme des pousses de riz dans une rizière, ou des tiges de chanvre dans un champ. Ils veilleront sur les pratiquants du Sutra du Lotus et les protégeront, comme les divers ministres et sujets d'un grand roi protègent le prince héritier.

Être protégé par les quatre Rois du Ciel et leur suite est déjà un grand honneur. Mais avec la protection des quatre Rois du Ciel ensemble, de toutes les étoiles et constellations, des divinités Nitten et Gatten, de Taishaku et Bonten, le Pratiquant du Sutra du Lotus peut connaître une sécurité parfaite. De plus, toutes les personnes des deux véhicules, tous les bodhisattvas, le bodhisattva Maitreya dans la cour intérieure du Ciel Tushita, le bodhisattva Jizo sur le Mont Kharadiya, le bodhisattva Kanzeon sur le Mont Potakala, et le bodhisattva Manjushri sur le Mont Shoryo [clair et frais] - chacun d'eux, suivi de son cortège - tous gardent et protègent les pratiquants du Sutra du Lotus, ce qui est déjà assez rassurant. Mais ce n'est pas tout : les bouddhas Shakyamuni, Taho et les bouddhas des dix directions viendront de leur propre gré veiller sur les pratiquants du Sutra du Lotus, à toute heure du jour et de la nuit.

En ce Sutra si extraordinaire, le défunt Shichiro Goro avait foi et c'est ce qui lui permit d'atteindre la bodhéité. Aujourd'hui, le 49e jour après son trépas, tous les bouddhas se sont très certainement rassemblés autour de lui sur la Terre pure du Pic du Vautour. Ils l'ont pris dans la paume de leur main pour l'y faire asseoir, lui ont caressé les cheveux ou l'ont serré dans leurs bras, se réjouissant et lui prodiguant mille marques d'affection. Ils l'ont accueilli avec autant de plaisir qu'on en ressent à la vue de la lune qui se lève ou d'un bourgeon qui vient tout juste de fleurir.

Si nous réfléchissons aux raisons pour lesquelles les bouddhas des dix directions dans les trois phases de la vie accordent aux pratiquants du Sutra du Lotus une telle protection, nous voyons que c'est parfaitement compréhensible.

Car le Sutra du Lotus est le père et la mère des bouddhas des trois phases de la vie dans les dix directions ; il est aussi leur nourrice et leur souverain.

Les grenouilles se nourrissent du son de la voix de leur mère et, si elles ne l'entendent pas, elles ne grandissent pas. L'insecte appelé gura se nourrit de vent et, si le vent ne souffle pas, il ne grandit pas. Les poissons ont besoin d'eau et les oiseaux d'arbres pour y construire leur nid. Il en va de même pour les bouddhas. Le Sutra du Lotus est leur source de vie, leur moyen de subsistance et leur lieu de résidence. Comme les poissons vivent dans l'eau, les bouddhas vivent dans ce sutra. Comme les oiseaux habitent dans les arbres, les bouddhas habitent dans ce sutra. Comme le reflet de la lune se loge dans l'eau, les bouddhas se logent dans ce sutra. Vous devriez savoir que, dans un pays dépourvu de ce sutra, il ne peut y avoir de bouddha.

Il y eut autrefois un roi nommé Rinda qui régnait sur le continent du sud, le Jambudvipa. De quoi se nourrissait ce roi  ? Du hennissement des chevaux blancs. En entendant le hennissement de chevaux blancs, il rajeunissait, son teint devenait éclatant, il avait l'esprit vigoureux ; sa force physique restait entière, et il était capable de gouverner avec impartialité. C'est pourquoi il avait fait rassembler de nombreux chevaux blancs dont on prenait le plus grand soin. Il était comparable au duc de Wei et à son élevage de grues, ou à l'empereur Dezong qui avait une passion pour les lucioles. Ces chevaux blancs ne hennissaient qu'en entendant le chant des cygnes blancs. Bon nombre de ces oiseaux blancs avaient donc également été rassemblés.

Un jour, inopinément, tous les oiseaux blancs disparurent et, par conséquent, les chevaux blancs cessèrent de hennir. Le roi, privé de nourriture, devint comme une fleur ployant sous le poids de la rosée, et comme la pleine lune cachée par les nuages. Quand il devint évident qu'il n'allait pas tarder à mourir, la reine, le prince héritier, les ministres et tous les sujets, à travers tout le royaume, devinrent pâles comme un enfant qui vient d'être séparé de sa mère et se mirent à mouiller leurs manches de larmes en s' écriant : "Hélas  ! Hélas  ! Que pouvons-nous faire  ? "

Dans ce pays, nombreux étaient les adeptes d'enseignements non bouddhiques, comparables aux tenants du Zen, du Nembutsu, du Shingon et du Ritsu de nos jours. On trouvait aussi des disciples du Bouddha semblables aux adeptes de l'école Hokke à notre époque. Ces deux groupes étaient en très mauvais termes, aussi antagonistes que l'eau et le feu, ou aussi hostiles que les deux peuples de Hu et de Yue (note).

Le roi proclama alors un édit : "Si les non bouddhistes réussissent à faire hennir les chevaux, alors j'abolirai le bouddhisme de mon pays, et je placerai toute ma confiance en leur enseignement, et leur témoignerai autant de vénération que les diverses divinités en manifestent à Taishaku. En revanche, si les disciples du Bouddha parviennent à faire hennir les chevaux, je ferai décapiter tous les non bouddhistes, je confisquerai leurs demeures et en ferai don aux disciples du Bouddha."

En entendant cela, les adeptes des enseignements non bouddhiques devinrent pâles de peur, et les disciples du Bouddha se lamentèrent. Mais puisque cela ne pouvait pas résoudre grand-chose, les non bouddhistes furent les premiers à adresser des prières. Ils prièrent pendant sept jours, mais les cygnes blancs ne réapparurent pas et le hennissement des chevaux blancs ne se fit pas entendre.

Puis, ce fut le tour des disciples du Bouddha. La semaine suivante leur fut accordée pour effectuer leurs prières. Il y avait à l'époque un jeune moine du nom d'Ashvaghosha, ou Cheval hennissant, qui, en s'appuyant sur le Sutra du Lotus, Objet de vénération de tous les bouddhas, offrit ses prières sept jours durant. Après quoi, des cygnes blancs vinrent voler près du lieu où il priait. Dès que l'un de ces volatiles chantait, l'un des chevaux blancs hennissait. Le roi, en entendant ces hennissements, parvint à quitter son lit. Et toutes les personnes assemblées à son chevet, à commencer par son épouse, se tournèrent vers Ashvaghosha et s'inclinèrent avec respect.

Un cygne vint, puis deux, puis trois, puis dix, cent, mille, jusqu'à remplir tout le royaume. Et les chevaux blancs se mirent à hennir : un cheval, deux, cent, mille chevaux. Le son de ces hennissements rendit au roi le visage d'un homme de trente ans, et son esprit devint aussi clair et brillant que le soleil. Il administra le pays avec rectitude et impartialité, si bien qu'une pluie d'ambroisie tomba du ciel. Le peuple obéit à ses décrets comme les plantes s'inclinent sous un grand vent, et son royaume fut prospère pendant des siècles innombrables.

Il en va de même pour les bouddhas. Le bouddha Taho à une époque où n'apparaît pas le Sutra du Lotus, ne se manifeste jamais ; mais à une époque où l'on récite le Sutra, il se manifeste. Et cela vaut également pour le Bouddha Shakyamuni et tous les bouddhas des dix directions.

Puisque le Sutra du Lotus possède des vertus si merveilleuses, comment une personne qui pratique ce Sutra pourrait-elle être abandonnée par la déesse du Soleil Tensho Daijin*, par le grand bodhisattva Hachiman, ou par le grand bodhisattva Fuji Sengen? Comme c'est rassurant !

À l'inverse, si un pays s'oppose à ce Sutra, son peuple aura beau offrir des prières sincères, il connaîtra inévitablement les sept désastres. Il est certain qu'il sera détruit et envahi par un pays étranger, comme un bateau pris par la tempête au beau milieu de l'océan, ou comme les plantes et les arbres se dessèchent en temps de grande sécheresse.

De même, de nos jours, au Japon, en dépit des prières faites, parce que les gens détestent Nichiren et ses disciples, qui sont pourtant des pratiquants du Sutra du Lotus, aucune de leurs diverses prières n'est exaucée. Au contraire, le pays est en butte aux attaques du grand empire des Mongols. Déjà le pays est au bord de la destruction. Observez bien ce qui va se passer désormais, la situation ne pourra pas se prolonger ainsi. Vous devriez absolument comprendre que tout cela est entièrement dû au fait que tous sont hostiles au Sutra du Lotus.

Quarante-neuf jours se sont maintenant écoulés depuis la mort de votre fils Shichiro Goro.

On a beau savoir que l'impermanence est la règle de toute chose, même une personne qui ne fait qu'apprendre la nouvelle du décès d'un autre a toujours quelque mal à la supporter. Combien plus profond encore doit être le chagrin d'une mère ou d'une épouse  ! Je crois pouvoir imaginer un peu ce que vous ressentez. Que leurs enfants soient encore petits ou plus âgés, même s'ils sont parfois laids ou handicapés, leurs parents les chérissent. Dans votre cas, Goro était un fils, doté, de plus, de toutes les qualités, et il avait un cœur affectueux.

Lorsque votre époux, le seigneur d'Ueno, vous a précédé dans la mort, encore dans la force de l'âge, votre peine n'a pas été légère. Si vous n'aviez pas été enceinte de cet enfant, vous auriez peut-être décidé de le suivre à travers feu et eau. Mais lorsque cet enfant naquit, en bonne santé, vous avez senti qu'il était impossible de mettre fin à vos jours et de confier à quelqu'un d'autre la tâche de l'élever. Ainsi, vous avez repris courage et vous avez passé les quatorze ou quinze années suivantes à élever vos enfants.

Qu'allez-vous pouvoir faire dans la situation présente  ? Vous pensiez sûrement que vous auriez, à l'avenir, deux fils sur qui compter. Et pourtant, le 5e jour du 9e mois de cette année, le plus jeune de vos fils a disparu, comme la lune cachée par les nuages, comme une fleur emportée par le vent. Vous vous êtes sans doute demandé si c'était un rêve ou une réalité, et vous avez souffert de voir ce rêve durer ; puis vous avez peut-être pressenti que ce rêve était réalité, et quarante-neuf jours déjà se sont écoulés. Et si c'est bel et bien la réalité, comment allez-vous pouvoir la supporter  ? La fleur pleinement épanouie reste attachée à l'arbre, et le bouton sur le point d'éclore est tombé, fané. La mère âgée est restée et le jeune fils est parti. Comme est impitoyable l'impermanence de ce monde !

Détournez-vous de ce monde cruel, quittez-le, confiez-vous maintenant au Sutra du Lotus dans lequel le défunt Shichiro Goro avait foi, et rendez-vous rapidement sur la Terre éternelle et indestructible du Pic du Vautour. Le père de votre fils se trouve au Pic du Vautour tandis que sa mère demeure en ce monde Saha. J'imagine la souffrance que ressent Shichiro Goro dont le cœur se trouve partagé entre vous deux.

J'aurais encore beaucoup de chose à vous dire, mais j'arrêterai ici.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le 24e jour du 10e mois.

ARRIÈRE-PLAN. - Cette lettre fut écrite à Minobu, le 10e mois de la 3e année de Koan (1280) et fut adressée à la nonne laïque d'Ueno, la mère de Nanjo Tokimitsu.
La nonne-laïque d'Ueno était la fille de Matsuno Rokuro Saemon, et l'épouse de Nanjo Hyoe Shichiro, le connétable du village d'Ueno, district de Fuji, dans la province de Suruga. Son mari était mort en 1265 alors qu'elle était enceinte de leur plus jeune fils Shichiro Goro.
Ce dernier s'était rendu au Mont Minobu, accompagné de son frère aîné Tokimitsu, pour rendre visite à Nichiren Daishonin, le 15e jour du 6e mois de 1280. Nichiren Daishonin plaçait de grands espoirs en ce jeune homme, mais il mourut brusquement, à l'âge de seize ans, le 5e jour du 9e mois de la même année. Immédiatement après avoir appris la nouvelle de ce décès, Nichiren Daishonin écrivit une lettre de condoléance à la nonne-laïque d'Ueno et à Nanjo Tokimitsu.
Cette lettre porte aussi pour titre "Sur l'existence intermédiaire". Cette expression désigne le temps qui sépare la mort d'une renaissance, et une croyance, largement répandue au Japon à l'époque, fixait la date de la renaissance au quarante-neuvième jour. (Commentaire ACEP)

En anglais : Reply to the Mother of Lord Ueno ou Reply to the Mother of Ueno

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=1072&m=1&q=Ueno
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_ReplyMotherUeno.htm

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