Wulong et Yilong

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 4, p. 345 ; SG* p. 1105.
Gosho Zenshu p. 1580 - Ueno ama gozen gohenji

Minobu, 15 novembre 1281, à Ueno-ama Gozen, mère de Nanjo Tokimitsu

 

J'ai bien reçu un sac de riz blanc, quatre to et un sac de taro, et j'ai respectueusement récité Namu Myoho Renge Kyo.

Myoho Renge Kyo est comparé au lotus. La fleur de mahamandara au Ciel et celle du cerisier sur la terre des hommes sont des fleurs dont on vante la beauté, mais le Bouddha ne compara jamais ni l'une ni l'autre de ces fleurs au Sutra du Lotus. Parmi toutes les fleurs, le Bouddha choisit la fleur de lotus pour la comparer au Sutra du Lotus. Il y a pour cela une raison. Certaines plantes fleurissent d'abord, pour ensuite donner des fruits ; d'autres donnent d'abord un fruit avant de fleurir. Certaines n'ont qu'une fleur mais donnent plusieurs fruits ; d'autres ont de nombreuses fleurs mais ne donnent qu'un seul fruit ; d'autres encore donnent des fruits sans avoir de fleurs. Ainsi, il y a toutes sortes de plantes, mais le lotus est la seule qui donne simultanément fleur et fruit. Le bienfait, dans tous les sutras autres que le Sutra du Lotus, n'est pas clairement défini, car ils enseignent qu'il faut d'abord accumuler de bonnes causes et que, seulement ensuite, on peut devenir bouddha. Le Sutra du Lotus est entièrement différent. La main qui le touche devient immédiatement bouddha, et la bouche qui le récite parvient immédiatement à la bodhéité, tout comme la lune, dès qu'elle s'élève au-dessus des montagnes, à l'est, se reflète immédiatement dans l'eau, ou de la même manière qu'un son est aussitôt suivi d'un écho. C'est pourquoi il est dit dans le Sutra : "Parmi ceux qui entendront ce Dharma, il n'en est pas un seul qui ne parviendra à la bodhéité."(réf.) Ce passage signifie que, si cent ou mille personnes pratiquent ce Sutra, cent ou mille personnes parviendront à la bodhéité, sans la moindre exception.

Dans votre lettre, vous mentionnez que c'est l'anniversaire de la mort de votre père le nyudo Matsuno Rokuro Zaemon. Et vous dites  : "Puisqu'il avait de nombreux enfants, des cérémonies à sa mémoire seront conduites selon des rituels différents. Mais si elles ne s'appuient pas exclusivement sur le Sutra du Lotus, de telles cérémonies ne constitueront-elles pas une opposition au Dharma  ? " Le Bouddha Shakyamuni a prononcé cette parole d'or : "L'Honoré du monde, après avoir longtemps enseigné, doit maintenant révéler la vérité."(réf.) Le bouddha Taho a porté témoignage en disant  : "Tous les enseignements du Myoho Renge Kyo sont véridiques." Et tous les bouddhas des dix directions ont témoigné de sa véracité en tirant la langue jusqu'au Séjour de Brahma.

Au sud-ouest du Japon, de l'autre côté de la mer, se trouve un pays appelé la Chine. Dans ce pays, certains croient au Bouddha et ne prient pas les divinités. D'autres croient exactement le contraire, prient les divinités et n'ont aucune foi dans le Bouddha. Il en était peut-être de même au Japon, au début de notre histoire. Quoi qu'il en soit, il y eut en Chine un calligraphe du nom de Wu-long. Dans le pays entier, il était celui qui possédait le plus grand talent. Il était comparable à Tofu ou Kosei (note) au Japon. Wu-long haïssait le bouddhisme et avait fait serment de ne jamais transcrire un seul passage de sutra. Peu avant de mourir, il tomba gravement malade. Sur son lit de mort, il dit à son fils  : "Mon enfant, tu me succéderas. Non seulement tu as hérité de mon talent mais tu es même meilleur calligraphe que moi. Quel que soit le moyen par lequel on tentera de t'y contraindre, ne copie jamais le Sutra du Lotus." Telles furent ses dernières volontés. Après quoi, le sang jaillit comme d'une source de ses cinq organes des sens, sa langue se fendit en huit morceaux, et son corps se disloqua dans les dix directions. Mais, sa famille ignorant les trois mauvaises voies, ne comprit pas que c'était un présage indiquant qu'il tomberait en enfer.

Son fils s'appelait Yi-long. Lui aussi devint le plus grand calligraphe de Chine. Obéissant aux dernières volontés de son père, il fit le serment de ne jamais transcrire le Sutra du Lotus. Le roi qui régnait à l'époque avait pour nom Sima. C'était un bouddhiste fervent qui respectait tout particulièrement le Sutra du Lotus. Il eut le désir de faire transcrire le Sutra du Lotus par un excellent calligraphe, le meilleur de son pays, afin d'en posséder lui-même une copie. Il fit donc appeler Yi-long. Ce dernier lui expliqua que les dernières volontés de son père ne l'autorisaient pas à le faire, et supplia le roi de le dispenser d'obéir. Le roi, en entendant cela, convoqua un autre calligraphe et lui demandaide transcrire la totalité du Sutra du Lotus. Mais il ne fut pas du tout satisfait du résultat.

Il envoya chercher de nouveau Yi-long et lui dit : "Puisque vous affirmez que la dernière volonté de votre père vous l'interdit, je ne veux pas vous forcer à copier le Sutra. Mais j'insiste pour que vous obéissiez à l'ordre que je vous donne d'écrire les titres des huit volumes." Yi-long supplia encore qu'on lui permette de ne pas le faire. Le roi alors se mit en colère et lui dit : "Votre père était, comme vous-même, l'un de mes sujets. Si vous refusez de copier ces titres par crainte d'être déloyal envers votre père, je vous accuserai du crime de désobéissance à un décret du roi." C'est en ces termes que le roi réitéra son ordre. Yi-long ne voulait pas trahir la volonté de son père mais, comprenant qu'il ne lui était plus possible d'éluder l'ordre royal, il écrivit les titres des huit volumes (note) du Sutra du Lotus et les présenta au roi.

Rentrant chez lui, Yi-long se rendit sur la tombe de son père et, en versant des larmes de sang, s'écria  : "Le souverain me l'a ordonné avec tant de sévérité que, trahissant vos dernières volontés, j'ai dû écrire les titres du Sutra du Lotus  ! " Et dans sa douleur de n'avoir pu éviter ce manquement à la piété filiale, il ne quitta pas cette tombe pendant trois jours, sans manger, jusqu'à être bien près de mourir. Le troisième jour, à l'heure du Tigre [entre 3 h et 5 h du matin], alors qu'il était presque mort, il se trouvait dans un état proche du rêve. Levant les yeux au ciel, il aperçut un être céleste qui ressemblait à une peinture de Taishaku, et dont la multitude de sujets remplissait le ciel et la terre. Yi-long lui demanda : "Qui êtes-vous  ? " Il lui répondit : "Tu ne me reconnais pas  ? Je suis ton père Wu-long. Quand j'étais dans le monde des hommes, j'étais attaché aux enseignements non bouddhiques, et je m'opposais au bouddhisme, en particulier au Sutra du Lotus. Pour cette raison, je suis tombé dans l'enfer avici.

"Chaque jour, on m'arrachait la langue plusieurs centaines de fois. Tantôt j'étais mort, tantôt j'étais de nouveau en vie. Je hurlais ma souffrance, implorant le Ciel ou me prosternant sur le sol, mais personne ne prêtait la moindre attention à mes cris. Je voulais faire connaître mon angoisse au monde des hommes mais je n'avais aucun moyen de communiquer avec eux. A chaque fois que toi, mon fils, tu proclamais ton intention de respecter les dernières volontés de ton père, et de ne jamais transcrire le Sutra du Lotus, tes mots se transformaient en flammes qui me brûlaient, ou en épées qui tombaient du ciel pour me transpercer. Tu manquais gravement à ton devoir de piété filiale mais comme c'était pour respecter mes dernières volontés, ce n'était que la rétribution de mes propres actes et je ne pouvais pas t'en vouloir.

"J'en étais là dans mes pensées quand, tout à coup, un bouddha nimbé d'or est apparu dans l'enfer avici et a dit : "Même ceux qui ont détruit de bonnes causes par des actions assez nombreuses pour remplir tout l'univers, s'ils entendent le Sutra du Lotus, ne serait-ce qu'une fois, parviendront immanquablement à l'Eveil."(réf.) Dès que ce bouddha entra dans l'enfer avici, ce fut comme si un déluge d'eau se déversait sur une fournaise immense. Et comme ma douleur s'était un peu allégée, je lui ai demandé quelle sorte de bouddha il était. Il m'a répondu : "Je suis le caractère Myo, l'un des soixante-quatre caractères des titres [des huit volumes] du Sutra du Lotus que votre fils Yi-long est en train d'écrire." Parce que huit caractères forment le titre de chacun des huit volumes (note), soixante-quatre bouddha sont apparus, brillants comme soixante-quatre pleines lunes. L'obscurité profonde de l'enfer avici s'est transformée soudain en une clarté radieuse. Et selon le principe que tout lieu, sans changer de caractéristiques, peut devenir une Terre de bouddha (note), l'enfer avici s'est changé instantanément en Terre de lumière éternelle. Nous sommes devenus, moi ainsi que d'autres détenus ayant commis des crimes, des bouddhas assis sur des fleurs de lotus. Nous allons monter maintenant vers la cour intérieure du Ciel Tushita. Mais, avant quiconque, je tenais tout d'abord à t'informer de cela."

Yi-long lui demandai : "Comment, grâce à ce que j'ai écrit de ma propre main, avez-vous pu être sauvé  ? Je ne l'ai même pas écrit avec sincérité, comment cela aurait-il pu vous aider  ? " Son père lui répondit : "Tu manques de sagesse. Ta main est la mienne, ton corps est le mien. Les caractères que tu as écrits de ta main, c'est comme si je les avais écrits moi-même. Il n'y a peut-être pas de croyance dans ton cœur mais ta main a quand même écrit. Par conséquent, je suis déjà sauvé. C'est comme un enfant qui met le feu à quelque chose et le brûle même sans en avoir l'intention. Il en va de même pour le Sutra du Lotus. Celui qui a foi en ce Sutra deviendra bouddha, même s'il ne s'y attend pas le moins du monde. En comprenant ce principe, il ne faut jamais dénigrer le Sutra du Lotus. Toutefois, en tant que laïc, il est plus facile d'expier les paroles d'opposition au Dharma, malgré la gravité de ce crime."

Yi-long rapporta tout cela au roi. Le roi lui dit : "Mon voeu a été merveilleusement exaucé." Dès lors, Yi-long bénéficia de plus en plus de la faveur royale, et tous les habitants du pays en vinrent à respecter le Sutra du Lotus.

Les défunts Goro et nyudo Matsuno sont votre fils et votre père. Vous êtes la fille du seigneur nyudo Matsuno. Je suis persuadé qu'il se trouve, en ce moment même, dans la cour intérieure du Ciel Tushita. Hoki-bo vous expliquera cela. Parce que je n'ai plus le temps d'écrire, je n'en dirai pas plus aujourd'hui.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le quinzième jour du onzième mois.

ARRIERE-PLAN - Nichiren Daishonin écrivit cette lettre le 15 novembre 1281, à Ueno-ama Gozen, la mère de Nanjo Tokimitsu, qui par la suite donna une partie de son domaine pour aider Nikko Shonin à fonder le Temple principal Taiseki-ji. Nichiren Daishonin était âgé de soixante ans lorsqu'il envoya cette lettre remerciant des offrandes que Ueno-ama Gozen avait envoyées pour commémorer l'anniversaire de la mort de son père, le seigneur nyudo Matsuno Rokuro Zaemon.
[...]
Le mari de Ueno-ama Gozen était Nanjo Hyoe Shichiro, l'intendant du village d'Ueno, dans la province de Suruga. Le nom d'Ueno est tiré de celui du village, et Gozen est un titre honorifique qui était donné aux femmes. Le couple eut neuf enfants, y compris Tokimitsu et Ren'a-ni, la mère de Nichimoku Shonin, le troisième grand patriarche de la Nichiren Shoshu. Le mari de la Dame d'Ueno mourut en 1265 alors qu'elle était enceinte de leur dernier fils. Elle éleva seule ses enfants, en conservant une foi très pure dans l'enseignement de Nichiren Daishonin. On pense qu'elle vécut plus long-temps que Nichiren Daishonin mais la date exacte de sa mort n'est pas connue. (Commentaire ACEP)

En anglais : Wu-lung and I-lung

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=1099&m=1&q=Wu-lung%20and%20I-lung
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_WuLungILung.htm

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