Un Sage perçoit les trois phases de la vie

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 2, p. 285 ; SG* p. 645.
Gosho Zenshu p. 974 - Shonin Chisanze-ji

Minobu, 1275, à Toki Jonin

 

Un sage est celui qui perçoit clairement les trois phases de la vie. Les Trois Augustes et Cinq Empereurs auxquels le confucianisme se réfère, tout comme les Trois Sages [de la Chine ancienne], n'appréhendaient que le présent ; ils ne connaissaient ni le passé, ni l'avenir. Les brahmanes, capables de percevoir quatre-vingt mille kalpas dans le passé et l'avenir, étaient, dans une infime mesure, des sages. Les personnes des deux véhicules du Hinayana, connaissant le Dharma de cause et d'effet pour le passé et le futur, étaient des sages supérieurs aux brahmanes.

Les bodhisattvas du Hinayana percevaient le passé sur une période de trois asogi kalpa, alors que les bodhisattvas de l'enseignement commun (tsugyo) pratiquaient le bouddhisme pendant autant de kalpa qu'il y a de grains de poussière dans un monde, et les bodhisattvas de l'ensignement spécifique (bekkyo) connaissaient le passé dans chacune des cinquante deux étapes [qui mènent à l'Eveil ]. Dans shakumon, le Bouddha Shakyamuni mentionne la période de sanzen-jintengo et c'est pourquoi le Sutra du Lotus est supérieur aux enseignements précédents. Dans honmon, Shakyamuni révèle un passé infiniment lointain appelé gohyaku-jintengo, et prédit des événements devant se produire dans d'innombrables kalpas à l'avenir.

De ce qui précède, il ressort clairement qu'une compréhension profonde à la fois du passé et du futur est la caractéristique fondamentale d'un sage. Le Bouddha Shakyamuni connaissait l'avenir proche, et son nirvana trois mois auparavant. Comment alors conserver le moindre doute concernant sa prédiction pour un avenir lointain selon laquelle kosen-rufu se réaliserait dans la dernière des cinq périodes de cinq cents ans ?

Ainsi, on peut imaginer ce qui est loin à partir de ce qui est proche. Le présent permet de connaître l'avenir. C'est "la cohérence du début jusqu'à la fin"(réf.).

Qui doit-on considérer comme étant le Pratiquant du Sutra du Lotus dans la dernière période de cinq cents ans  ? Jusqu'à présent, je ne me suis pas fié ma propre sagesse, mais puisque les rébellions et l'invasion [que j'avais prédite] se sont produites, maintenant j'ai confiance en elle. Tout ceci échappe aux autres.

Mes disciples, sachez que moi, Nichiren, je suis le Pratiquant du Sutra du Lotus. Puisque je suis le continuateur du bodhisattva Fukyo, ceux qui me méprisent et me calomnient auront la tête brisée en sept morceaux (réf.), alors que ceux qui croient en moi accumuleront une bonne fortune aussi haute que le Mont Sumeru.

Question : Pourquoi ceux qui vous calomnient n'ont-ils toujours pas la tête brisée en sept morceaux  (réf.)?

Réponse : Depuis les temps anciens, parmi tous ceux qui ont calomnié les saints et les sages autres que le Bouddha, seuls un ou deux ont eu la tête brisée. Le crime de médire de Nichiren n'est pas le fait d'une ou deux personnes seulement. Toute la nation japonaise a eu la tête brisée en même temps. Autrement, pour quelle raison auraient eu lieu le grand tremblement de terre de l'ère Shoka [1257] et l'apparition de la gigantesque comète de l'ère Bun'ei  ? [Parce que] je suis le plus grand sage du monde entier.

[Malgré cela, ] tous, du plus puissant au plus humble, m'ont méprisé et calomnié, attaqué à coups de sabres et de bâtons (note), et même exilé (note). C'est pourquoi Bonten, Taishaku, les divinités Nitten, Gatten et les quatre Rois du Ciel ont incité un pays voisin à punir cette offense. Cela était clairement prédit dans les sutras Daijuku et Ninno, dans le Sutra du Nirvana et le Sutra du Lotus. Même si les gens offrent des milliers de prières et qu'ils ne tiennent pas compte de ce que je dis, ce pays connaîtra le même destin que les îles Iki et Tsushima.

Mes disciples, croyez ce que je vous dis et vous verrez ce qui ce passera. [Si ces événements se produisent] ce n'est pas parce que je suis un être supérieur, mais parce que le pouvoir du Sutra du Lotus est suprême. Si je me dresse, les gens me qualifieront de présomptueux, mais si je me rabaisse, ils mépriseront le Sutra. Plus un sapin est haut et plus longues sont les glycines [qui s'y accrocheront]. Plus la source est lointaine et plus le fleuve est long. Quel bonheur  ! Quelle joie  ! Sur cette Terre impure, moi seul goûte le bonheur véritable.

 

ARRIERE-PLAN — Dans ce gosho, Nichiren Daishonin définit le sage comme celui qui comprend pleinement le passé, le présent et l'avenir. La perception des trois phases de la vie est une caractéristique propre au Bouddha ; le terme «sage», tel qu'on le trouve dans cet écrit, désigne «le Bouddha». Les prédictions du Bouddha ne reposent pas sur l'intuition, les pouvoirs occultes ou la voyance, mais sur la stricte loi de causalité qui gouverne la vie de toute éternité. C'est grâce à sa compréhension de la causalité qu'un bouddha peut, à la lumière du présent, connaître à la fois le passé et l'avenir.
Nichiren Daishonin fit une première remontrance au gouvernement en 1260 en lui soumettant le Rissho Ankoku Ron (Traité pour la pacification du pays par l'établissement du Dharma correct). Dans ce traité, il avertit officiellement le souverain que le pays sera miné par les rébellions internes et les invasions étrangères s'il ne cesse pas de soutenir les religions erronées. En 1272, une rébellion éclata, qui jeta le pays en pleine confusion. Le clan Hojo fut ébranlé par des dissensions internes. Hojo Tokisuke, demi-frère aîné du régent Hojo Tokimune, conspira pour s'emparer du pouvoir, mais son complot fut déjoué. Deux de ses complices furent exécutés, le 11 février, et, trois jours plus tard, Hojo Tokisuke fut décapité. La rébellion fut étouffée dans l'oeuf, mais la seule menace d'un soulèvement causa de terribles inquiétudes dans tout le pays. Puis, en octobre 1274, les forces mongoles envahirent, sans rencontrer de résistance, les îles de Tsushima et Iki, situées entre la partie ouest du Japon et la péninsule coréenne, pour attaquer Kyushu, à la pointe du Japon. En 1281, ils attaquèrent Kyushu pour la seconde fois. Cette attaque étrangère contribua largement à provoquer la crise du pays.
C'est en 1275 que Nichiren Daishonin écrivit cette lettre, aussi courte que significative. Il avait déjà adressé à trois reprises des remontrances au gouvernement du shogunat, mais en vain. En 1274, on l'avait gracié de l'exil sur l'île de Sado, et il retourna à Kamakura. Cependant, exactement comme il l'avait prédit, le pays tout entier se trouvait attaqué à l'intérieur par la rébellion et à l'extérieur par les redoutables hordes mongoles.
Toki Jonin [Toki Goro Tanetsugu], destinataire de cette lettre, était un fonctionnaire au service du tribunal militaire du shogunat de Kamakura et l'un des disciples les plus dévoués du Daishonin. Il se consacra au bouddhisme, tout en continuant à vivre à son domicile privé. On désignait de telles personnes sous le nom de nyudo. Toki prit le nom religieux de Jonin et, par la suite, le Daishonin lui donna un autre nom, Nichijo. Il reçut quantité d'écrits, contenant souvent d'importantes révélations comme, par exemple, le «Traité sur le véritable objet de vénération». On manque d'informations fiables à son sujet, d'autant que les biographies qui lui ont été consacrées après sa mort sont contradictoires, mais on croit cependant savoir aujourd'hui qu'il naquit en 1216 et mourut en 1299. On pense qu'il se convertit aux enseignements de Nichiren Daishonin vers 1253. (Commentaire ACEP)

En anglais : A Sage Perceives the Three Existences of Life

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=641&m=1&q=Sage%20Perceives
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_SagePerceives3Life.htm

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