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Les disciples laïcs de Nichiren

5. Abutsu-bo et sa femme, Sennichi-ama

par le Rev. Kanji Tamura, Associate Professor, Rissho University

http : //www.nichiren-shu.org/newsletter/nichirenshu_news/NichirenSN171.pdf
et
http : //www.nichiren-shu.org/newsletter/nichirenshu_news/NichirenSN172.pdf


Le moine Abutsu (Abutsu-bo) (1189-1279) et sa femme, la nonne Sennichi (Sennichi-ama)* sont devenus disciples de Nichiren alors que celui-ci était en exil sur l’île de Sado. D’après la tradition, le nom laïc d'Abutsu-bo serait Endo Tamemori. Il était intendant au service de l'empereur retiré Juntoku, banni dans l'île de Sado après les incidents Jokyu (1221).

Après la mort de l'empereur exilé, en 1242, Abutsu-bo et sa femme, qui avaient alors reçu les préceptes de Nichiren, sont restés sur l’île de Sado, afin de prier pour le dernier ex-empereur et veiller aux offrandes sur sa tombe.

Le nom Abutsu est une forme abrégée d'Amidabutsu (Amitabha Bouddha). Abutsu-bo appartenait à la classe aisée et était instruit. On présume qu’il était bushi (guerrier) et qu’il gérait les domaines seigneuriaux, collectant les taxes et les impôts. Le couple vivait dans les environs de la capitale provinciale* de Sado.

Au cours du dixième mois 1271, Nichiren fut exilé sur l'Ile Sado et installé, le premier jour du onzième mois, dans le Sammai-do à Tsukahara dont l'environnement très inhospitalier mettait en danger sa vie même.

Ayant pris connaissance de la rumeur selon laquelle Nichiren avait critiqué à plusieurs reprises la croyance dans le Bouddha Amida, Abutsu-bo lui rendit visite pour l’affronter et le soumettre dans un débat. (note) Au lieu de cela, conquis par les arguments de Nichiren, il s’éveilla à la foi dans le Sutra du Lotus. Par la suite, il reçut de nombreuses directives de la part de Nichiren.

Sennichi-ama devint, elle aussi, disciple de Nichiren. Son mari et elle-même servirent Nichiren durant les deux ans et cinq mois de son exil à Sado. Dans une lettre à Sennichi-ama, Nichiren lui exprime sa sincère gratitude pour son dévouement envers lui, accompli au péril de sa vie. Il dit dans sa lettre :

Lorsque je fus exilé sur l'île de Sado, le gouverneur de la région et les autres dignitaires, respectueux des intentions du Régent, m'ont traité avec hostilité. […]. De Kamakura, les adeptes du Nembutsu et les moines du Zen, du Ritsu et du Shingon ont envoyé des instructions pour qu’on surveille mon ermitage jour nuit et qu'il me soit impossible de revenir [de l'île de Sado]. Malgré cela, vous m'avez envoyé à plusieurs reprises Abutsu-bo, de nuit, portant sur son dos des vivres dans une hotte de bois. Comment pourrais-je jamais l'oublier ? C'était comme si, soudain, ma mère défunte était revenue à la vie sur l'île de Sado !
(Le sutra permettant véritablement d'honorer sa dette. Minobu, le 28e j. du 7e m. de 1278 à Sennichi-ama)

Recherchant l’enseignement de Nichiren, Abutsu-bo le visita au Mont Minobu trois fois - en 1274, 1275 et 1278 - accompagné par son ami Ko nyudo et bravant sa vieillesse de quatre-vingt-dix ans. Abutsu-bo et Ko nyudo étaient voisins et avaient l’habitude de travailler ensemble au service de Nichiren en exil.

Lors de sa troisième visite au Mont Minobu, Sennichi-ama avait confié à son époux une lettre pour Nichiren. Dans cette lettre, elle déclare avoir une foi inébranlable dans son enseignement sur l'atteinte de la bodhéité par les femmes (nyonin jobutsu) révélé dans le Sutra du Lotus, alors qu’auparavant elle avait été préoccupée par les entraves interdisant la bodhéité aux femmes. (note)

Dans sa longue réponse, Nichiren expose :

Tout d'abord, dans le premier volume, le chapitre Hoben* (II) enseigne que les bodhisattvas, les personnes des deux véhicules et les simples mortels ont tous la possibilité de devenir bouddha. Mais aucune preuve n'en est encore donnée. C'est comme un invité que l'on rencontre pour la première fois. Il a belle apparence, il semble sincère et il n'y a aucune raison de se méfier de lui. Mais si personne ne l'a jamais vu auparavant, et si rien ne prouve la véracité de ses dires, on aura quelque difficulté à le croire sur parole. Par contre, s'il y a de multiples preuves de la justesse de ses propos, on accordera également crédit à tout ce qu'il pourra dire par la suite.
A tous ceux qui avaient un certain degré de croyance dans le Sutra du Lotus mais dont l'adhésion n'était pas encore totale, le cinquième volume offre le coeur même du Sutra tout entier, le principe de l'atteinte de la bodhéité sans changer d'apparence (sokushin jobutsu). C'est comme si un objet passait du noir le plus profond à un blanc éclatant, comme si de la laque noire se changeait en neige, comme si quelque chose d'impur devenait pur et immaculé, ou comme si le joyau exauçant tous les voeux était déposé dans de l'eau boueuse. Là, il est relaté que la fille du Roi-Dragon, femme de forme reptilienne, atteignit la bodhéité sans changer d'apparence. Dès lors, personne ne douta plus de la possibilité, pour les hommes également, d'atteindre la bodhéité. C'est pourquoi le Sutra du Lotus donne en exemple l'atteinte de la bodhéité par les femmes. Le Grand-maître* Saicho*, fondateur du temple Enrakyu-ji du Mont Hiei, le premier à répandre les véritables enseignements du Sutra du Lotus au Japon, commente ce point en ces termes  : "Ni maîtres ni disciples n'ont besoin de persévérer dans la pratique des austérités [vie après vie] pendant d'innombrables kalpas pour atteindre la bodhéité. Le Sutra du Dharma merveilleux a le pouvoir de faire atteindre la bodhéité sans changer d'apparence."(réf.) Le Grand-maître* Zhiyi *, le premier à enseigner le véritable sens du Sutra du Lotus dans son pays, la Chine, fit remarquer : "Les autres sutras prédisent que les hommes peuvent parvenir à la bodhéité mais pas les femmes. Seul ce Sutra prédit que tous les êtres humains atteindront la bodhéité."(réf.)
(Le sutra permettant véritablement d'honorer sa dette. Minobu, le 28e j. du 7e m. de 1278 à Sennichi-ama)

Dans sa lettre, elle demande aussi à Nichiren de célébrer le service commémoratif pour le 13ème anniversaire de la mort de son père et offre pour cela un kammon de pièces de monnaie* joint à la lettre.

Louant grandement son respectueux désir, Nichiren lui envoie une copie du Sutra du Lotus en 10 volumes (note), en précisant :

Je suis heureux de pouvoir vous envoyer en retour un exemplaire du Sutra du Lotus en dix volumes (note) qui se trouve en ma possession. Si vous ressentez, à un moment ou à un autre, le désir de m'entendre, demandez à Gakujo-bo de vous le lire à voix haute et écoutez-en bien chaque mot. Dans une existence future, cet exemplaire du Sutra pourra vous servir à me retrouver.
(Le sutra permettant véritablement d'honorer sa dette. Minobu, le 28e j. du 7e m. de 1278 à Sennichi-ama)

Un mandala de grande taille, sur un assemblage de 18 pages de papier, appelé "Gohonzon de la Manifestation de la bodhéité des femmes" est actuellement conservé au temple Myosenji sur l’île de Sado. Il aurait été inscrit par Nichiren en 1273, alors qu’il était assigné en résidence chez un dignitaire local, le nyudo d’Ichinosawa. Il avait été donné à Sennichi-ama, en témoignage de sa foi et de celle de son mari Abutsu-bo.

Abutsu-bo reçut de Nichiren, le nom de moine Nittoku (Nittoku-bo). Il murut le troisième mois de 1279 à l'âge de 91 ans. Tokuro Moritsuna, le fils d’Abutsu-bo, fit le voyage de Sado au Mt Minobu portant autour du cou l'urne contenant les cendres de son père. Il rencontra Nichiren durant le septième mois de cette année 1279 et enterra les cendres dans la montagne sainte.

On estime généralement qu’Abutsu-bo était natif de l’île de Sado. Dans une lettre à Sennichi-ama, Nichiren parle de son mari comme d’un "ebisu"* l'habitant d'une île sauvage de la mer du Nord, au Japon* .

Son fils, Tokuro Moritsuna, fit trois voyages au Mt Minobu et rencontra deux fois Nichiren. Il était instruit et considéré comme un bon "myoshu" (intendant de district) vivant près de la capitale (kokufu*), dans la plaine Kuninaka dans le centre de l'île. Un "myoshu", nommé par le gouvernement central, était un administrateur local qui assistait le kokushi (gouverneur provincial) dans la gestion d’un district. Les myoshu étaient choisis parmi des personnes locales influentes et chargés de la collecte des impôts auprès des propriétaires terriens. Abutsu-bo aurait été un de ces myoshu.

Le "Sammai-do", un minuscule temple dans le cimetière à Tsukahara, où Nichiren Shonin est resté en exil a été localisé environ à quatre milles de la résidence présumée de la famille Abutsu. Il nous rappelle les difficultés vécues par Abutsu-bo et Ko-nyudo qui tous les soirs portaient en cachette de la nourriture à Nichiren.

La visite Commémorative à Minobu
Abutsu-bo est mort le troisième mois de l’année 1279 à plus de 90 ans. Tokuro Moritsuna, son fils, avec les cendres de son père à son cou, est allé voir Nichiren au Mont Minobu, le septième mois de cette même année et a enterré les cendres de son père sur la montagne sainte.

Le septième mois de l'année suivante, Moritsuna se rendit une deuxième fois au Mt Minobu sur la tombe de son père. Il est probable que Moritsuna ait visité la montagne sainte à la demande de sa mère, Sennichi-ama, transportant 1500 pièces de monnaie liées, d’algues comestibles (nori et wakame), du riz cuit séché et d'autres offrandes à Nichiren.

Mérites du Sutra du Lotus
Répondant au souhait de Sennichi-ama de rendre hommage à son mari et pour exprimer sa gratitude pour ses offrandes, Nichiren lui écrivit une lettre, dans laquelle il disait :

Lire ne serait-ce qu'un seul mot, ou un seul vers du Sutra du Lotus équivaut à lire tous ces sutras dans leur intégralité. Cela est comparable aux deux caractères qui composent Gasshi [le nom de l'Inde], ou Nihon [le nom du Japon]. Les deux caractères avec lesquels on écrit "Gasshi" recouvrent les cinq régions de l'Inde, les seize royaumes principaux, les cinq cents royaumes moyens, les dix mille petits royaumes ainsi que d'innombrables contrées aussi petites que des graines de millet éparpillées  ; ces deux seuls caractères englobent la totalité des vastes plaines, des hautes montagnes, des plantes, des arbres, des êtres humains aussi bien que des animaux domestiques qui s'y trouvent. Cela pourrait aussi se comparer à un miroir qui, même s'il ne mesure qu'un, deux, trois, quatre ou cinq pouces, reflète néanmoins l'image d'une personne d'une taille d'un ou cinq pieds, ou celle d'une montagne haute de dix, vingt, cent ou mille pieds.
Ce passage du Sutra du Lotus nous affirme donc que, sans la moindre exception, tous ceux qui entendent ce Sutra pourront atteindre la bodhéité.
Chaque être humain dans les
neuf mondes-états et les six voies possède une nature différente. Deux personnes, trois personnes, cent ou mille personnes peuvent avoir toutes un visage sensiblement de la même taille, mais on ne trouve pas deux visages exactement semblables. Les esprits sont différents, les visages le sont donc aussi. Les différences de nature entre deux personnes, dix personnes, entre tous les êtres vivants dans les Six voies et les neuf mondes-états sont encore plus grandes ! Ainsi, certains aiment le spectacle des fleurs de cerisier et d'autres, celui de la lune ; certains préfèrent ce qui est acide, d'autres ce qui est amer  ; ce qui est petit plaît aux uns, d'autres aiment mieux ce qui est grand. Il y a, parmi les gens, quantité de goûts différents. Certains sont attirés par le bien, d'autres par le mal. La nature humaine est d'une variété infinie.
Mais si différents que soient les êtres humains les uns des autres, au contact du Sutra du Lotus, ils acquièrent tous le même corps et le même esprit. Cela pourrait se comparer à la diversité des fleuves qui, en se jetant dans le grand océan, acquièrent tous la même saveur salée, ou aux différentes sortes d'oiseaux dont la couleur, à l'approche du Mont
Sumeru, se confond dans une même teinte dorée.
Ainsi,
Devadatta avait commis trois des cinq forfaits, et Rahula avait observé l'intégralité des 250 Préceptes, mais tous deux devinrent également bouddha. Au roi Myoshogon, attaché à des conceptions erronées, aussi bien qu'à Shariputra dont la compréhension était correcte, il fut prédit en toute impartialité qu'ils atteindraient la bodhéité. Car comme il est dit dans le passage cité précédemment : "Il n'en est pas un seul qui ne puisse atteindre la bodhéité."
(Le trésor d'un enfant dévoué à ses parents. Minobu, été 1280 à Sennichi-ama)

La Terre Pure. Jodo

Sennichi-ama s’est inquiétée du lieu où son mari irait après sa mort puisque il avait été un adepte du Bouddha Amida avant que le couple ne devienne disciple de Nichiren. Celui-ci la rassure en déclarant :

Certains se demandent peut-être où se trouve désormais l'esprit du défunt Abutsu-bo. Mais en cherchant le reflet de son image dans le clair miroir du Sutra du Lotus, moi, Nichiren, je le vois dans l'Assemblée du Pic du Vautour, assis et tourné vers l'est (note), à l'intérieur de la Tour aux Trésors du bouddha Taho. Cela ne peut être faux car c’est basé sur le Sutra du Lotus Sutra et les mots de vérité de tous les bouddhas. "
(Le trésor d'un enfant dévoué à ses parents. Minobu, été 1280 à Sennichi-ama)


Diaporama du temple Myosenji

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