La preuve du Sutra du Lotus

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 2, p. 341 ; SG* p. 1114.
Gosho Zenshu p. 1586 - Hokke Shomyo Sho (Shikatsu Sho)

Minobu, 28 février 1282 à Nanjo Tokimitsu

 

Nichiren, Pratiquant du Sutra du Lotus

Une personne qui, à l'époque mauvaise des Derniers jours du Dharma, croit dans le Sutra du Lotus et pratique ses enseignements tels que ce Sutra les expose, quelle image renvoie d'elle le miroir du Sutra du Lotus  ? Le Bouddha Shakyamuni, de sa bouche dorée, nous dit qu'une telle personne a fait des offrandes à des dizaines de milliards de bouddhas dans ses existences passées. Mais les simples mortels, à l'époque des Derniers jours du Dharma, pourraient encore douter des paroles prononcées par un seul bouddha.

[Avec cette pensée à l'esprit, ] le bouddha Taho vint tout exprès de l'est, de sa Terre de trésors et de pureté, en traversant de nombreux pays. Se tournant vers Shakyamuni, il confirma : "Le Sutra du Lotus est véridique dans son intégralité." Tout cela ne laisse pas la moindre place au doute. Pourtant, le Bouddha sentit peut-être que les simples mortels, à l'époque des Derniers jours du Dharma, ne seraient pas entièrement convaincus.
Il demanda donc à tous les bouddhas des dix directions de venir se joindre à lui dans l'acte surnaturel de tirer leur large et longue langue qui n'avait jamais dit que la vérité depuis d'innombrables kalpas, pour qu'elle s'élève dans le ciel, aussi haut que le Mont Sumeru.

Ainsi, lorsqu'un simple mortel, à l'époque des Derniers jours du Dharma, croit en ne serait-ce qu'un ou deux mots du Sutra du Lotus, c'est comme s'il possédait la même langue que tous les bouddhas des dix directions. Je me demande quel bon karma j'ai pu créer par le passé pour naître sous la forme d'une telle personne et cela me remplit de joie. Les passages [du Sutra du Lotus] que j'ai cités plus haut indiquent que les bienfaits qui résultent d'avoir rencontré des dizaines de milliards de bouddhas et de leur avoir fait des offrandes sont si grands que, même si l'on a suivi d'autres enseignements que le Sutra du Lotus, et, comme rétribution pour cette opposition, on est né pauvre et dans une famille misérable, on devient quand même un croyant de ce Sutra en cette vie. Zhanlan* déclare  : "Celui qui est tombé au sol a besoin du sol pour se relever."(réf.) Une personne se relève toujours précisément là où elle est tombée. Ceux qui s'opposent au Sutra du Lotus tomberont dans les trois mauvaises voies, sur le sol des mondes-états des hommes ou du ciel, mais grâce au Sutra du Lotus, ils parviendront à la bodhéité.

Pour revenir à vous, Ueno Shichiro Jiro, vous êtes un simple mortel, à l'époque des Derniers jours du Dharma, et vous êtes né dans une famille de samouraïs  ; on pourrait vous considérer comme un homme mauvais, et pourtant votre coeur est celui d'un homme bon. Parce que tous, du plus puissant au plus humble, refusent d'avoir foi en mes enseignements. Ils harcèlent le petit nombre des croyants, leur imposent de lourdes taxes ou confisquent leurs domaines, leurs rizières et leurs champs, et même, dans certains cas, les mettent à mort. Il est donc difficile de croire en mes enseignements, et pourtant votre mère et votre défunt père ont eu le courage d'y adhérer. Maintenant, étant son héritier, vous avez succédé à votre père, et, sans les conseils de quiconque, vous avez également adhéré de tout coeur à ces enseignements. De nombreuses personnes, de haut rang et de basse condition, vous ont fait des remontrances ou vous ont menacé, mais vous avez refusé d'abandonner votre foi. Maintenant qu'il semble certain que vous atteindrez la bodhéité, le Roi-Démon du sixième Ciel et les tenants des enseignements non bouddhiques essaient d'utiliser cette maladie pour vous effrayer. Mais rappelez-vous que la vie en ce monde est limitée. Ne vous laissez jamais troubler !

Et vous, démons qui faites souffrir mon disciple, êtes-vous prêts à avaler un sabre par la pointe, à subir la furie des flammes, ou à devenir l'ennemi juré de tous les bouddhas de l'univers et des trois phases de la vie  ? Quelle folie, quelle déraison  ! Bien au contraire, guérissez sur le champ la maladie de cet homme et accordez-lui votre protection, pour échapper aux terribles souffrances de l'avidité démoniaque. Sinon vous aurez immédiatement la tête brisée en sept morceaux (réf.) et, après votre mort, vous tomberez dans l'enfer avici. Gardez ce que je dis à l'esprit, sans jamais l'oublier ; si vous ne tenez pas compte de mon avertissement, vous le regretterez, vous le regretterez !

Le vingt-huitième jour du second mois de la cinquième année de Koan (1282).

ARRIERE-PLAN - Cette lettre fut transmise par l'intermédiaire de Nikko Shonin à Nanjo Tokimitsu (Nanjo Shichiro Jiro) le 28 février 1282, alors que la mort de Nichiren Daishonin était proche. Le 13 octobre sa grande vie tumultueuse parvint à son terme. C'est l'une des quelques lettres envoyées par Nichiren Daishonin à ses chers disciples, au cours de la dernière année de sa vie.
Vers la fin de l'année précédente, il avait écrit dans une lettre à la mère de Tokimitsu : "Parce que ma santé a décliné, je me suis abstenu de répondre à ceux qui m'envoyaient des lettres." Pourtant, comme l'indique bien celle-ci, sa profonde compassion et sa considération pour ses disciples n'en furent pas le moins du monde affectées. Malgré sa mauvaise santé, le Daishonin prit son pinceau pour encourager Tokimitsu à surmonter sa maladie. Cela montre quel bouddhiste sincère était Tokimitsu et quelle estime avait pour lui Nichiren Daishonin.
Nanjo Tokimitsu naquit en 1259 et, malgré son jeune âge, il avait déjà pris en charge les responsabilités de son père longtemps avant de recevoir cette lettre. Il était seigneur du domaine d'Ueno qui couvrait un vaste pan du Mont Fuji, y compris le terrain sur lequel se trouve actuellement le Taiseki-ji, temple principal de la Nichiren Shoshu. Disciple de Nichiren Daishonin depuis son enfance, Tokimitsu était l'un des responsables laïques de la région de Fuji. Pour ses activités, le Daishonin l'honora du titre de "Sage d'Ueno", bien qu'il eut alors tout juste vingt et un ans. Avec son épouse Myoren, ils firent des dons considérables au Daishonin, tout en luttant pour élever plusieurs enfants et pour s'acquitter des lourdes taxes imposées par un gouvernement hostile à leurs convictions religieuses.
Tokimitsu guérit et vécut longtemps ; et même après la mort du Daishonin, il servit Nikko Shonin et lui fit don des terres où fut construit le Taiseki-ji. Il mourut en 1332.
On appelle traditionnellement cette lettre "La preuve du Sutra du Lotus" car il y est dit que tous les bouddhas ont témoigné de la véracité du Sutra du Lotus. Mais on l'appelle aussi "Lettre sur la vie et la mort" puisque Tokimitsu luttait alors contre une grave maladie. (Commentaire ACEP)

En anglais : The Proof of the Lotus Sutra

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=1108&m=1&q=Proof%20of%20the%20Lotus%20Sutra
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_ProofLotusSutra.htm

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