L'Allègement de la rétribution karmique

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 1, p. 17; SG* p. 200.
Gosho Zenshu p. 1000 - Tenju Kyoju Homon

Teramadori, octobre 1271, à Ota Saemon, Soya Nyudo et Kimbara Hokkyo

 

Il y avait deux frères appelés Suri et Handoku. Tous deux répondaient indifféremment au nom de Suri ou Handoku. Vous êtes trois croyants qui leur ressemblez. Si l'un de vous me rend visite, c'est comme si vous étiez tous les trois avec moi.

Le Sutra du Nirvana* enseigne le principe de l'allégement du karma. Si les rétributions d'un lourd karma passé ne sont pas effacées durant cette vie-ci, on est voué aux souffrances de
l'enfer à l'avenir, mais si l'on subit de grandes difficultés en cette vie, les souffrances infernales disparaîtront aussitôt. Après la mort, on obtiendra les bienfaits du monde des hommes ou du monde du Ciel, ainsi que ceux des trois véhicules et du Véhicule suprême. Ce n'est pas un hasard si le bodhisattva Fukyo* a été méprisé, lapidé et frappé à coups de bâton. Il s'était probablement opposé au Dharma correct dans ses vies passées. La phrase "ayant expié ses fautes"(réf.) indique que, parce qu'il rencontra de telles persécutions, le bodhisattva Fukyo* parvint à expier entièrement les fautes de ses vies passées.

Les vingt-quatre successeurs furent tous envoyés par le Bouddha, qui avait prédit leur venue. Parmi eux, le quinzième, le bodhisattva Kanadeva*, fut tué par un brahmane et le vingt-quatrième, icchantika*, fut décapité par le roi Dammira. Buddhamitra et le bodhisattva Nagarjuna furent en butte, eux aussi, à de nombreuses persécutions, alors que d'autres, protégés par des rois dévots, purent propager le bouddhisme sans être inquiétés. Cela semblerait indiquer qu'il existe à la fois de bons et de mauvais pays de par le monde et que, de ce fait, il y a deux manières de propager le Dharma  : shoju et shakubuku. Même en Inde, pays d'origine du bouddhisme, il y eut des persécutions aux périodes des jours du Dharma correct et du Dharma formel.
Nous sommes maintenant au début de l'époque des Derniers jours du Dharma et dans un pays très éloigné de l'Inde. Je m'attendais à ce que de telles persécutions se produisent et je m'y suis longuement préparé.

C'est un principe que j'ai enseigné il y a longtemps et rien de tout cela ne devrait vous surprendre. Kangyo-soku* est l'un des six stades de la pratique dans l'enseignement parfait*. Cela consiste à faire ce que l'on dit et à dire ce que l'on fait. Ceux qui sont au stade de ri-soku* et au stade de myoji-soku* croient à l'enseignement parfait*, mais même lorsqu'ils en chantent les louanges, leurs paroles ne se traduisent pas en actes. Ainsi nombreux sont ceux qui ont lu les Trois Augustes et Cinq Empereurs, mais pas une fois sur dix millions on ne voit la société administrée selon les principes de ces anciens sages chinois. D'où la difficulté de créer une société en paix. On peut trouver des gens capables de réciter mot pour mot le Sutra du Lotus, mais il est beaucoup plus difficile de se comporter comme il l'enseigne. On lit dans le chapitre Hiyu* (III) : "Ils mépriseront, haïront et envieront ceux qui lisent, récitent, copient et pratiquent ce sutra". Et dans le chapitre Hosshi* (X) : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore après son trépas  ? "(réf.) Dans le chapitre Kanji* (XIII), on lit  : "Il sera attaqué à coups d'épées et de bâtons. Il sera exilé plus d'une fois". Et dans le chapitre Anrakugyo* (XIV)  : "Dans un monde empli de haine, il sera extrêmement difficile de croire". Ce sont des citations du Sutra, mais il est impossible de savoir quand ces prophéties se réaliseront.

Par le passé, le bodhisattva Fukyo* et le moine Kakutoku ont lu ces passages et les ont vécus. Mais, en dehors des périodes du Dharma correct et du Dharma formel, à l'époque des Derniers jours du Dharma, dans tout le Japon, seul Nichiren semble avoir fait de même. En considérant ma situation actuelle, j'imagine aisément la souffrance des proches, des familles, et des disciples moines et laïques, de tous les saints persécutés dans les temps anciens, à l'époque des rois mauvais.

De nos jours, Nichiren a lu intégralement le Sutra du Lotus. Une seule phrase, un seul passage suffit pour parvenir à l'Eveil  ; puisque je l'ai lu en entier, mes bienfaits seront donc encore plus grands. Cela peut sembler présomptueux, mais mon voeu le plus cher est de conduire à l'Eveil le pays tout entier. Mais comment mes forces pourraient-elles y suffire alors que personne ne me prête attention  ? J'en resterai là pour l'instant.

Nichiren,
Le 5e jour du 10e mois de la 8e année de Bun'ei (1271)

ARRIÈRE-PLAN — Le concept de karma est au centre de la philosophie bouddhique. Il pose en principe que la vie de chaque être vivant est modelée par l'accumulation d'effets issus de causes créées non seulement dans cette vie mais aussi depuis le passé le plus lointain. Chaque mot, chaque pensée ou chaque geste s'imprime dans la vie d'une personne et façonne l'ensemble de sa destinée, comme un bilan invisible sur lequel s'inscriraient crédits et débits. La pratique du bouddhisme est suffisamment puissante pour l'emporter sur cette vaste accumulation et en minimiser les effets négatifs, d'où le titre de cette lettre  : "Sur l'allégement de la rétribution karmique".
Le 5 octobre 1271, trois semaines seulement après avoir échappé de peu à l'exécution à Tatsunokuchi, Nichiren Daishonin écrivit cette lettre et l'envoya à trois de ses principaux disciples - Ota Saemon, Soya Nyudo et Kimbara Hokkyo.

L'un d'eux avait sans doute rendu visite à Nichiren Daishonin pendant sa détention à Echi. Des documents indiquent qu'ils habitaient à Shimosa, au nord-est de Kamakura, et cette lettre visait à les remercier de leur visite et de l'attention qu'ils portaient à la sécurité du Bouddha.
La tentative d'exécution de Nichiren Daishonin et sa détention à la résidence de Homma Rokuro Zaemon préoccupaient grandement ses disciples. N'ayant pas réussi à faire décapiter Nichiren Daishonin, le gouvernement du Shogun ne savait plus que faire de lui. C'est pourquoi il fut maintenu en détention provisoire dans cette propriété. Au même moment, des adeptes fanatiques du Nembutsu et d'autres écoles incendièrent des maisons à Kamakura, et firent courir le bruit que cet incendie était le fait des partisans de Nichiren Daishonin, afin d'empêcher que le gouvernement ne le libère. C'est pour quoi le gouvernement résolut en définitive de l'exiler sur l'île de Sado. Il semble qu'au moment où cette lettre fut écrite, l'exil avait déjà été décidé.

Les pratiquants du bouddhisme orthodoxe étaient découragés. Nichiren Daishonin, imaginant leur détresse, leur envoya alors un flot constant de lettres pour les soutenir. Il y expliquait que ces incidents ne constituaient pas un simple harcèlement, mais avaient une importance toute particulière parce qu'ils matérialisaient des prédictions faites dans le Sutra du Lotus. (Commentaire ACEP)

En anglais   : Lessening the Karmic Retribution

http : //www.sgilibrary.org/pdf/024_0199.pdf
- commentaires   : http : //nichiren.info/gosho/bk_LesseningKarmicRetribution.htm
- extrait étudié : http : //www.cumba.com/bud/dec2002gosho.doc (SGI)


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