Histoire des Ecoles du Lotus


1. Lignée du Bouddhisme de Nichiren

Ryuei Michael McCormick (2001)


Cet article répond au souhait de plusieurs personnes recherchant une brève synthèse du développement du bouddhisme de Nichiren.

Ce courant commence par le Bouddha Shakyamuni qui a enseigné aux alentours du Vème siècle avant notre ère et dont les enseignements ont été transmis oralement jusqu'à leur compilation par écrit aux environs du Ier siècle avant notre ère. L'école Tian-tai, se fondant sur des sutras apocryphes, enseigne qu'il y a eu 24 patriarches en Inde, en commençant par Shakyamuni, passant à Mahakashyapa et puis à Ananda, puis incluant Nagarjuna et Vasubandhu et finissant avec Aryasimha (Le bouddhisme Zen a ajouté plus tard quatre autres patriarches afin d'établir un lien entre Aryasimha et Bodhidharma en Chine). Nagarjuna a donné une forte impulsion au courant Mahayana vers les IIème ou IIIème ss. par des ouvrages tels que les Stances de la Voie du Milieu ou Le Sutra de la Grande Sagesse. Il est considéré comme le fondateur de l'école de Madhyamika et son influence sur toutes les formes du Mahayana est indéniable.

Le bouddhisme a pénétré en Chine au Ier siècle de notre ère. Au début du Ve siècle, Kumarajiva, célèbre lettré Madhyamika venu en Chine depuis l'Asie Centrale, a commencé à traduire le Sutra du Lotus, le Sutra Vimalakirti, le Sutra du Diamant et d'autres sutras importants du courant mahayana. Il a, très vraisemblablement, compilé également l'énorme traité de La Perfection de la Grande Sagesse attribué à Nagarjuna.

Au VIe siècle, le moine chinois Zhiyi a commencé son enseignement et créé un centre d'études au Mont Tian- tai. Par la suite, il fut connu sous le nom de Grand-maître Tian-tai, fondateur de l'école qui porte ce nom. Zhiyi était un grand érudit et un grand méditant qui a cherché à mettre de l'ordre dans tous les enseignements bouddhiques, apparemment contradictoires, qui avaient été traduits en chinois. Il a également cherché à formuler les enseignements Madhyamika d'une manière qui en conserverait le dynamisme et le potentiel libérateur. Enfin, il a voulu poser les fondations d'un système compréhensible de méditation conduisant à l'Eveil. Les enseignements de Zhiyi ainsi que ceux de Guanding, réformateur du courant Tian-tai au VIIIème siècle, seront plus tard les pierres angulaires du bouddhisme de Nichiren.

Enseignements principaux de Zhiyi

Les trois vérités

Alors que le Madhyamika met l'accent sur deux vérités : vérité conventionnelle ou provisoire (samvriti) et vérité ultime (paramartha), Zhiyi a estimé qu'il était nécessaire de considérer trois vérités pour garder un équilibre entre la vérité ultime qui risquait d'être réifiée et la vérité conventionnelle qui tendait à être dénigrée. Cette triple vérité s'énonce comme suit :

- La vacuité : nature non-substantielle de tout ce qui est.
- La temporalité : nature contingente des choses qui adviennent et cessent d'être.
- La médianeté ou Voie du milieu : totale inséparabilité de la vacuité et les phénomènes contingents.
Selon Zhiyi les trois vérités pouvaient être abordées séparément mais en réalité elles devaient être considérées dans leur unité.

Les Huit Enseignements

Selon Zhiyi, les enseignements du Bouddha peuvent être classés en 4 catégories selon leur contenu et 4 catégories selon la méthode, en fonction de la manière dont est présentée la triple vérité et son unité finale.

Les Quatre Enseignements selon leur contenu : - L'enseignement Tripitaka correspond aux enseignements pré-Mahayana et s'adresse aux auditeurs-shravakas dont le but est de devenir arhats (ceux qui échappent au cycle des renaissances). Cet enseignement met l'accent sur la vacuité qu'il aborde à travers l'analyse des cinq agrégats et les douze liens causaux de la production conditionnée.

- L'enseignement Commun correspond aux sutras Prajnaparamita est s'adresse aux shravakas les plus avancés ainsi qu'aux débutants bodhisattvas. On l'appelle "Commun" parce qu'il s'adresse à plusieurs catégories. Ce niveau de sermons a une approche plus immédiate de la vacuité, sans analyse préalable. Les disciples apprennent à ne pas réagir aux phénomènes en leur imputant une nature fixe ou une substance. Par rapport au stade précédent ces enseignements vont plus loin et sont plus complets car ils prônent l'application des principes de vacuité non seulement à soi mais à tous les phénomènes.

- L'enseignement Spécifique correspond au sutra de la Guirlande de Fleurs qui s'adresse spécifiquement aux bodhisattvas. A ce niveau, il importe de comprendre que la vacuité n'est pas une fin (mort) mais un commencement. A partir de la non-substantialité le bodhisattva peut commencer à appliquer son éveil avec compassion à des situations spécifiques afin de sauver tous les êtres. Cela implique une appréciation juste des phénomènes contingents selon la sagesse conventionnelle. Les trois vérités sont enseignées à ce stade mais elles ne sont pas encore totalement intégrées.

- L'enseignement Parfait correspond au Sutra du Lotus et au Sutra du Nirvana. Il porte ce qualificatif car il développe la Voie moyenne afin d'intégrer les trois vérités : la vacuité, la temporalité et la médianeté qui forment un tout inséparable. L'enseignement Parfait est aussi celui qui présente le Véhicule unique qui réunit les shravakas, les pratyekabuddhas et les bodhisattvas. C'est également l'enseignement de la nature hors naissance/mort du Bouddha. Ainsi est dévoilée l'unité des trois vérités et leur réalité sous la forme de vie, d'enseignement et d'exemple en tant que présence spirituelle de Shakyamuni ; trois aspects que Zhiyi a enseignés comme étant les trois corps inséparables du Bouddha (historique, idéal, universel), ce qui est exposé dans le chapitre XVI du Sutra du Lotus.

Les Quatre Enseignements selon la méthode

- La méthode soudaine. Le Bouddha enseigne directement selon son propre éveil, sans préliminaires. Généralement attribué au Sutra de la Guirlande de Fleurs.
- La méthode graduelle. Le Bouddha commence à un niveau de base, celui du sens commun, puis, progressivement approfondit la compréhension de ses disciples. Généralement attribué au Tripitaka, au Prajnaparamita et d'autres sutras mahayana.
- La méthode secrète. Le Bouddha s'adresse à quelques personnes qui sont prêtes à recevoir cet enseignement ou bien peuvent tirer un profit d'un enseignement spécifique alors que les autres n'y sont pas prêts et risquent de mésinterpréter l'enseignement.
- La méthode indéterminée. Le Bouddha expose une doctrine qui est comprise de différentes façons selon les capacités de ceux qui l'écoutent.

Ensuite Zhiyi enseigne que les quatre types d'enseignements se combinent, tels des ingrédients, en cinq saveurs différentes du Dharma. Plus tard Guanding a reformulé cela plus rigoureusement avec un schéma chronologique des enseignements du Bouddha, appelé les cinq périodes.

Les cinq saveurs/périodes

- Période de la Guirlande de fleurs : les premières semaines tout de suite après l'Eveil du Bouddha. Cette période englobe l'enseignement Parfait et certains moments de la méthode soudaine.
- Période du Parc des Daims : les 12 années suivantes, en commençant par le sermon du Parc des Daims. Le Bouddha a enseigné exclusivement le Tripitaka aux auditeurs-shravakas.
- Période du Déploiement (Vaipulya) : les 8 années suivantes. Le Bouddha a enseigné le Mahayana provisoire en fustigeant les shravakas pour leur suffisance et encourageant les bodhisattvas débutants. Cette période, un peu fourre-tout, comprend le Sutra Vimalakirti, les sutras de la Terre Pure, ceux qui fonderont plus tard l'Ecole du Rien-que-Conscience ainsi que les enseignements ésotériques. Cette période comprend les quatre enseignements dispensés en fonction des capacités et des besoins des auditeurs et selon le temps et le lieu.
- Période des sutras Prajnaparamita : les 22 années suivantes. Cette période comprend tous les sutras à l'exception des enseignements Tripitaka. Elle met l'accent sur la vacuité, ce qui était une façon de préciser la triple vérité et d'introduire les notions de non-dualité indispensables de la compréhension de la période finale.
- Période Lotus-Nirvana : les huit dernières années de la vie du Bouddha. Uniquement les enseignements Parfaits. Cette période boucle le cycle, en revenant aux enseignements qui ont suivi l'Eveil du Bouddha et de plus parachève tous ceux qui avaient été dispensés pendant les trois périodes intermédiaires, englobant ainsi tous ceux qui n'avaient pas compris les enseignements de la période de la Guirlande de fleurs.

Pour exprimer l'importance des Enseignements Parfaits du Sutra du Lotus et l'unité des Trois vérités, Zhiyi a élaboré l'enseignement des Trois mille mondes en un seul moment de pensée (ichinen sanzen). Cette notion mériterait un article complet mais pour faire bref, selon cet enseignement, il existe dix facteurs de causalité qui oeuvrent au niveau des dix mondes-états de l'expérience sensible - depuis l'état d'enfer jusqu'à l'état de bouddha - et chaque monde-état contient tous les autres de par leur commune causalité ; enfin, ces mondes-états s'expriment dans trois domaines : l'individuel, le collectif, l'environnemental. Cet enseignement a servi de base à Guanding pour affirmer que même les herbes et les arbres peuvent manifester la bodhéité.

Zhiyi a mis au point quatre catégories de base pour la méditation menant à la bodhéité
- Méditation assise : concentration sereine et éveil (samatha vipassana)
- Méditation marchée : psalmodie du nom d'Amida avec circumambulation de sa statue.
- Méditation mi-assise, mi marchée qui comprend des cérémonies de repentir avec méditation assise silencieuse, psalmodie de mantra, voeux, longues prières de repentir et visualisations devant des autels élaborés.
- Méditation ni assise ni marchée : conscience ouverte à tous les phénomènes, en tout lieu et à toute heure, quelle que soit l'activité. C'est la sérénité et l'éveil qui embrasse toutes les actions.

Au début du IX siècle, la moine japonais Saicho (connu plus tard sous le nom de Dengyo) a rapporté les enseignements Tian-tai au Japon où ils devinrent l'école Tendai. Saicho a fondé un monastère au Mont Hiei avec deux types de pratique, l'une pour la méditation et l'autre pour l'ésotérisme devenu extrêmement populaire en Chine et au Japon au VIIIe siècle. Saicho demanda à créer au Mt Hiei une nouvelle estrade d'ordination (kaidan), pour conférer les préceptes des bodhisattvas. Ce nouveau kaidan devait rendre les préceptes conformes aux enseignements et à la pratique du Mahayana et remplacer les trois kaidans sous la tutelle du gouvernement de cette époque et qui conféraient les préceptes du Hinayana (Vinaya). La permission fut accordée après la mort de Saicho et depuis ce temps le Vinaya traditionnel n'est plus suivi au Japon, pour le meilleur ou pour le pire.

Après Saicho l'école Tendai perdit de son influence au profit de l'école ésotérique Shingon plus populaire et qui avait été établie au Mt Koya par Kukai, contemporain ami et rival de Zhiyi. Il fut connu plus tard sous le nom de Kobo Daishi. Pour ne pas être en reste et mériter la protection du gouvernement, les successeurs de Saicho se sont rendus en Chine et en rapportèrent quantité d'enseignements ésotériques et de transmissions orales, en transformant par endroits les écoles Tendai en écoles d'ésotérisme. Les moines Tendai contribuèrent également à la propagation de la dévotion à Amida la rendant populaire auprès des nobles de la cour, les samouraïs et éventuellement les paysans. Au début du XIIIe siècle l'amidisme de la Terre Pure (Jodo) devint un mouvement de masse grâce à Honen et Shinran. Si au début les dirigeants du Tendai avaient vigoureusement combattu le Jodo en en appelant au soutien du shogunat, vers le milieu du XIIIe s. les écoles Tendai et Shingon ont abandonné la lutte et toutes les deux se sont ralliées au mouvement amidiste de plus en plus populaire, au détriment de leurs propres enseignements. Des moines déçus du Tendai, comme Eisai et Dogen ont élaboré respectivement les enseignements du Rinzai et du Zen Soto. Tous les deux n'ont reçu qu'au tout début une certaine résistance de la part du Tendai.

Toutefois le shogunat du milieu du XIIIe s. protégeait activement les moines Zen qui fuyaient les Mongols en train d'envahir la Chine de Sung. Vers cette époque également quelques moines Shingon tentèrent d'insuffler un renouveau à leur école par une fusion entre le Vinaya et l'ésotérisme.

Au milieu de tout cela, Nichiren, fils d'un pauvre pêcheur des confins du Japon, essayait de découvrir ce qu'était vraiment le bouddhisme et de comprendre pourquoi il y avait tant de souffrances sous le gouvernement shogunal malgré la présence de tant de Dharma.

Nichiren vécut de 1222 à 1282. Il a grandi dans un petit temple de province dont le supérieur était officiellement Tendai mais pratiquait en fait le bouddhisme de la Terre Pure (Jodo). Nichiren lui-même a pratiqué le Nembutsu et la contemplation ésotérique des mantras du bodhisattva Kokuzo (Akashagarbha). Il se rendit ensuite à Kamakura, la capitale des shoguns, puis au Mt Hiei pour approfondir les enseignements Tendai mais également pour examiner sérieusement les doctrines Jodo et Zen.

Lorsqu'il revint en 1253 dans son temple d'origine, Nichiren était terriblement déçu par les courants populaires, la corruption et l'élitisme de l'establishement Tendai-Shingon et par tout ce qu'il voyait de l'influence pernicieuse de l'ésotérisme Shingon qui selon lui était responsable de la négligence avec laquelle étaient traités les enseignements de Zhiyi et de Guanding que Saicho avait tenté d'implanter au Japon.

Nichiren a instauré un mouvement qui revenait au Sutra du Lotus avec pour pratique essentielle la récitation de la dévotion au Titre Sacré (Daimoku) qui se prononce Namu Myoho Renge Kyo en japonais. Pour lui cette pratique était non seulement un retour à l'essence du Sutra du Lotus et des enseignements de Zhiyi, Guanding et Saicho mais une voie accessible à tous les hommes quelle que soient leurs capacités.

Les idées centrales de Nichiren

La majorité des ouvrages de Nichiren sont étayés par des passages du Sutra du Lotus, du Sutra du Nirvana et d'autres sutras mahayana, et commentés à la lumière des idées-force courantes du Japon de son époque ainsi que des ouvrages de Zhiyi, Guanding et Saicho. Tous les enseignements ci-dessus, et en particulier ichinen sanzen (3000 mondes en un seul instant-pensée) ont été confirmés par Nichiren. Nichiren a ajouté que l'enseignement bouddhique devait tenir compte du temps, de la multitude des doctrines et de leur profondeur ainsi que de la capacité des auditeurs, des caractéristiques d'un pays et de la chronologie des enseignements.

En s'appuyant sur les exégèses de Zhiyi et Guanding, Nichiren estimait que l'essence du Sutra du Lotus se trouvait dans le chapitre XVI et que la signification pratique et l'impact de cela pouvait être expérimenté par le Grand Titre (Daimoku) du Sutra du Lotus.

Les Trois Grands Dharmas Cachés

Nichiren a particulièrement enseigné les Trois Grands Dharmas Cachés, fondés sur les enseignements essentiels du Sutra du Lotus:

Le premier Dharma est le Gohonzon, "Objet de concentration et de dévotion", que Nichiren identifie tantôt avec le Bouddha atemporel Shakyamuni et tantôt avec le Dharma merveilleux du Sutra de la Fleur du Lotus. Pour Nichiren l'unité de la Personne et du Dharma (ninpo ika) signifiait que le Bouddha et le Dharma sont inséparables et par conséquent il n'y a aucune contradiction à considérer le Gohonzon simultanément comme Bouddha et Dharma.

Afin de représenter le Gohonzon, Nichiren a créé un mandala calligraphié qui montre le Bouddha Shakyamuni et toute la Grande Assemblée du Sutra du Lotus comme illuminée par le Grand Titre. Le mandala calligraphié inclut également des divinités ésotériques et shinto ainsi que les représentants de la lignée tels que Nagarjuna, Zhiyi, Guanding et Saicho. Les écrits de Nichiren indiquent également quatre autres façons légitimes de décrire le Gohonzon : le Daimoku seul, une statue du Bouddha atemporel Shakyamuni, une statue du Bouddha Shakyamuni entouré des quatre chefs de file des bodhisattvas Surgis de Terre qui apparaissent dans le Sutra et un ensemble statuaire avec Daimoku inscrit sur la Tour aux Trésors avec les bouddhas Shakyamuni et Taho et éventuellement les quatre grands bodhisattvas Surgis de Terre ainsi que d'autres êtres présents à la Cérémonie dans les Airs, comme ceux du mandala calligraphié.

On peut également mentionner le fait que Nichiren durant toute sa vie ne s'est jamais séparé d'une statue de Shakyamuni qu'il garda jusqu'à son lit de mort, à côté d'un mandala calligraphié

Le deuxième Dharma est Daimoku ou "Grand Titre" du Sutra du Lotus en sino-japonais précédé de Namu qui signifie "Je me consacre" et qui se prononce Namu Myoho Renge Kyo. Ajoutons que Zhiyi a écrit tout un ouvrage (que Guanding a complété par des commentaires) uniquement sur le titre du Sutra du Lotus. Nichiren n'était donc pas le premier à noter l'importance du titre, il a hérité de cela de l'école Tian-tai. Dr. Jacqueline Stone de l'université de Princeton fait remarquer dans ses ouvrages que Nichiren n'était pas non plus le premier à psalmodier Daimoku mais qu'il était celui qui en a fait la pratique centrale.

Le troisième est le Kaidan ou "l'estrade des préceptes". Nichiren pensait que de même que Saicho avait établi l'estrade des préceptes mahayana pour supplanter les préceptes hinayana, il fallait établir une nouvelle estrade des préceptes basée sur les enseignements essentiels du Sutra du Lotus et qui serait ouverte à tous et non seulement aux moines.

Je pense qu'il avait l'intention de faire agréer cette estrade par le gouvernement une fois ses enseignements reconnus, tout comme cela s'était fait pour Saicho. Cependant actuellement, après la guerre et la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la Nichiren Shu interprète le Kaidan comme tout lieu où est pratiqué le daimoku dans la forme et dans l'esprit.

Utilisant le procédé des débats formels qui se tenaient régulièrement au Mt Hiei, Nichiren a critiqué les Ecoles de la Terre pure et Zen, pour leur négligence à l'égard des sutras, particulièrement le Sutra du Lotus. Il a remis en cause la renaissance du Vinaya car il estimait que les problèmes du Japon de son époque résultaient d'un manque de foi dans la nature de bouddha des êtres et du refus de croire que ce monde-ci était la Terre pure du bouddha atemporel. Il ne pensait pas que les problèmes provenaient de la non-observance des préceptes monastiques de l'Inde datant du 5ème siècle avant notre ère.

Plus tard il critiqua le Shingon et ce qu'il considérait comme ésotérisme introduit dans les enseignements Tendai, le considérant comme la racine de tous les autres problèmes. Il voyait dans cette sorte d'ésotérisme un ensemble de méthodes qui n'aurait jamais dû dépasser en importance la promesse universelle de bodhéité contenue dans le Sutra du Lotus et la promesse encore plus importante de la présence continuelle du Bouddha dans ce monde par le biais de la présence de l'état de bouddha dans les dix mondes-états et leur inclusion mutuelle. Pour lui, l'ésotérisme était quelque chose d'extrêmement étroit et élitiste qui n'abordait pas les questions essentielles de savoir qui pouvait parvenir à l'éveil et quel était sur nous l'impact de l'Eveil du Bouddha.

Nichiren écrivit des lettres de remontrances au gouvernement déclarant que si celui-ci ne retirait pas son appui à ces Ecoles pernicieuses et n'accordait pas sa protection au seul enseignement du Sutra du Lotus, alors la nation aurait à affronter les pires désastres.

A ce propos il importe de noter 3 points.

1) De telles lettres de remontrances étaient fort courantes dans le bouddhisme japonais médiéval, s'appuyant probablement sur l'exemple de Confucius. Eisai et Dogen écrivirent de telles remontrances pour la défense du Zen.

2) Nichiren ne demandait pas au gouvernement de sanctionner une religion ; le gouvernement s'est de tout temps mêlé des affaires religieuses. Nichiren demandait seulement que le gouvernement montre plus de discernement et de responsabilité dans le choix de ce qu'il protégeait, amnistiait ou préconisait.

3) Nichiren ne demandait pas au gouvernement de persécuter ses rivaux. Il lui demandait simplement de retirer son patronage et ses subventions aux mouvements qui menaient à la négligence du Sutra du Lotus.

Nichiren parle toujours de lui-même comme du pratiquant du Sutra du Lotus et s'identifie comme étant un bodhisattva à l'étape initiale de ceux qui écoutent le Dharma. Il parlait de lui-même avec humilité même si, conformément au courant mahayana, il a fait le voeu grandiose de sauver tous les hommes du Japon. A aucun moment il ne s'est prétendu bouddha, ni même sous-entendu qu'il l'était, bien qu'il ait certainement ressenti la bodhéité dans la mesure où il a réalisé l'importance du Sutra du Lotus et planté la graine de l'éveil en soi et les autres.

Vers la fin de sa vie, après avoir échappé à la tentative d'exécution puis aux privations extrêmes lors de son exil à Sado, il a commencé à laisser entendre qu'il était le bodhisattva Jogyo, ou tout du moins quelqu'un qui en accomplissait l'oeuvre. Dans le Sutra du Lotus, Jogyo est l'un chefs de file des bodhisattvas Surgis de Terre qui apparaissent dans le chapitre XV en tant que disciples primordiaux du Bouddha, c'est à dire du Bouddha Atemporel Shakyamuni, afin de propager le Sutra du Lotus après le parinirvana du Bouddha. Ces bodhisattvas reçoivent un transfert spécial au chapitre XXI. Mais même alors Nichiren se considérait comme un humble moine sans préceptes mais avec sa foi dans le Dharma merveilleux.

Nichiren a nommé six disciples aînés pour poursuivre son enseignement après sa mort. Les lignées de ces disciples, ainsi que d'autres, ont été par la suite confirmées en tant que Nichiren Shu moderne, bien qu'il existe quelque écoles nichireniennes plus petites qui remontent à l'un ou l'autre de ces six disciples aînés. Toutes ces écoles s'accordent sur les points essentiels décrits ci-dessus à l'exception de la lignée du Taiseki-ji (Nichiren Shoshu) et sa ramification la Soka Gakkai. Voir à ce sujet Ryuei.net.

SUITE : Vie de Nichiren

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