Comment être bouddhiste ?


Récitation de daimoku

Ryuei Michael McCormick


Bon nombre de personnes s'interrogent sur la récitation de daimoku pour obtenir des "choses". Certains semblent considérer la pratique de daimoku comme une sorte de prière adressée à l'univers ou le Bouddha Atemporel, ou peut-être comme une voie magique pour se brancher sur une force impersonnelle qui exauce les vœux. Pour d'autres, une telle attitude relève de la superstition et de l'égocentrisme. D'autres encore vont jusqu'à privilégier presque exclusivement la pratique pour la paix mondiale ou pour l'atteinte de buts spirituels, tels que la bodhéité. Certains suggèrent qu'il faut avoir dans l'esprit seulement daimoku. J'aimerais mettre l'accent sur la Voie moyenne, en partageant avec vous mes propres réflexions sur ce qui se passe dans notre esprit lorsque nous sommes assis devant le Gohonzon et récitons daimoku.

Tout d'abord, selon le bouddhisme de Nichiren, la récitation de daimoku, ou le simple fait de le répéter mentalement, peut nous aider à maintenir notre équilibre dans le violent tourbillon des passions ou de désirs, et à diriger notre esprit vers la recherche de la bodhéité pour soi et tous les êtres sensitifs. Pour faire bref, l'activation de daimoku agit comme une cause qui transforme n'importe quelle situation difficile à laquelle nous sommes confrontés ; et en même temps cela nous aide à réfléchir sur nous-mêmes à la lumière du Dharma bouddhique.

Nous n'avons pas à nous faire des reproches pour nos désirs, notre agressivité, nos convoitises, notre animosité, notre indifférence, notre agitation, nos doutes et d'autres sentiments semblables. Ces afflictions ou "défilements" (bonno, klesha) comme on les appelle dans le bouddhisme, sont des forces mal comprises et mal orientées que nous avons emmagasinées pour notre vie actuelle et qui procurent l'énergie et la motivation dont nous avons besoin pour atteindre la bodhéité. Cela ne signifie pas que nous devons nous y abandonner, pas plus que cela n'implique leur rejet. Nous devons seulement les considérer avec un certain recul, afin de pouvoir les manier selon une voie plus appropriée, en nous aidant de notre pratique de daimoku.

Je pense que, dans notre vie, nous avons tous quantité de problèmes difficiles qui font naître des sentiments puissants, tant positifs que négatifs. Le mieux que nous puissions faire, pour nous-mêmes et pour les autres, est de réciter daimoku pour leur trouver une solution lors du gongyo, ainsi que de faire daimoku mentalement lorsque ces problèmes surgissent au cours de la journée. De cette façon nous intégrons ces problèmes et les sentiments qui les accompagnent dans le daimoku, installant ainsi l'Eveil bouddhique et la compassion dans les situations de la vie courante. Il n'est pas nécessaire de pratiquer pour des solutions spécifiques. Il suffit de faire daimoku avec le sentiment que tout problème peut être résolu par la sagesse et la compassion bouddhiques qu'ouvre en nous l'adhésion au Dharma Merveilleux.

Nous devons également veiller à exprimer notre reconnaissance pour ce qui est en train de s'opérer dans nos vies d'une manière bien meilleure que ce que nous avons pu planifier. Nous pouvons également exprimer des regrets et même des remords pour ce que nous avons fait ou envisagé de faire. De même, nous pouvons pratiquer pour fortifier une résolution que nous avons prise. Dans ces cas, nous ne pratiquons pas pour une solution précise ou pour atteindre un but déterminé, mais plutôt pour laisser advenir, grâce à daimoku, les sentiments profonds qui nous agitent et que nous devons expliciter pour nous-mêmes ou pour le Gohonzon, (si toutefois nous sommes en mesure de comprendre l'identité entre nous-mêmes et le Gohonzon).

Outre le daimoku pour les solutions et les désirs personnels, il convient de dire quelques mots sur la pratique en tant que voie qui génère et fait rayonner l'amour-empathie (maitri, ji), la compassion (karuna), le partage de la joie (mudita) et l'équanimité (upeksha). Notre pratique peut souvent être un désir bienveillant pour sauver les autres. Nous faisons daimoku pour le bonheur et le bien-être de personnes autour de nous, pour qu'elles se libèrent de la souffrance, et notre pratique est une façon de nous réjouir lorsque qu'elles reçoivent des bienfaits ; et nous faisons daimoku pour que tous les êtres sans exception vivent en paix et harmonie. Mais en réalité le bouddhisme préconise qu'on commence par éprouver tout naturellement de tels sentiments positifs à l'égard de soi-même, puis on apprend à étendre l'amour-empathie, la compassion, la joie partagée et l'équanimité à la famille, aux amis, aux bienfaiteurs, aux collègues, aux étrangers et même à ceux avec lesquels nous sommes en conflit. Cette sorte de pratique peut s'avérer très puissante et peut nous aider à faire jaillir notre compassion propre à notre nature de bouddha.

Il arrive cependant un moment où nous avons assez pratiqué pour tout cela et notre esprit est plus serein. A ce moment, nous pouvons faire confiance pour toutes ces choses au Gohonzon, à la sagesse et à la compassion universelle du Bouddha Atemporel qui n'est autre que notre propre lumière intérieure. Nul besoin d'un effort pour faire cela. Il serait plus juste de dire que par la pratique notre esprit devient plus serein et capable de les laisser advenir tout naturellement. Nous pouvons alors réellement demeurer dans le seul daimoku et le laisser nous parler. C'est alors que nous pouvons nous stabiliser et nous recentrer, pour écouter en nous la sagesse de notre vie. En fait, faire l'expérience de la stabilité et du silence excluant tout sauf daimoku peut être en soi une puissante expérience d'Eveil.

Cependant il ne suffit pas de réciter daimoku et "faire confiance". Si nous passons une heure avec daimoku mais que le reste des quinze heures de veille nous alimentons nos soucis, nos angoisses, nos désirs, nos pensées revanchardes, etc. ou bien, pire encore, si nous agissons sous l'influence de ces sentiments, nous démontrons alors que notre confiance est seulement basée sur notre pauvre petite vision des choses et non sur le Dharma Merveilleux. Le daimoku n'est vivant en nous que s'il devient notre principale motivation et notre vision du monde, et si nous nous fions à sa vérité dans nos actions. Etablir une continuité dans nos instants-pensée, dans nos paroles et dans nos actions est indispensable pour que notre foi dans le daimoku devienne authentique. Même si nous décrochons quelques instants de cette attitude, nous devons juste prendre conscience de ce manquement, puis revenir encore et encore au daimoku, jusqu'à ce qu'il fasse partie de chaque moment et devienne le centre du mandala de notre vie.


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