Un bouddhisme pour notre temps

Une interprétation moderne du Triple Sutra du Lotus par
Niwano Nikkyo
traduit de A Buddhism for today (Kosei Publishing Co - 2006)

Voir : SUTRA DU LOTUS - CHAPITRE IV
Foi et Discernement

Qu’est-ce que croire et comprendre ?

La foi (shin) procède des émotions, et le discernement (ge) de la raison. Bien que les gens disent souvent que la religion relève de la croyance et non pas de la démonstration, il est très dangereux de croire aveuglément en une religion sans savoir à quoi l'on croit. Si une religion est un enseignement inopérant ou nocif, la suivre aveuglément finira par détruire non seulement la personne croyante mais également sa famille et la société.

Même si une religion transmet un bon enseignement, aussi longtemps que nous y croyons aveuglément, notre foi peut facilement être ébranlée par les circonstances. Supposons qu'un homme croie qu'il se rétablira d'une maladie ou que sa situation s'améliorera par sa simple foi dans une religion sans en comprendre les enseignements. S'il se rétablit, il va croire que sa guérison est due à cette religion ; mais survient une rechute et il se met à douter. Supposez qu'en plus son fils échoue à l'examen d'entrée à l'université, le père abandonnera la religion à laquelle il avait adhéré aveuglément malgré les avertissements. Ce genre de chose arrive souvent.

Cette sorte de shinjin n'est pas une foi sérieuse mais une croyance sans fondement. Une religion authentique peut toujours être comprise par la raison, ce que nous appelons "discernement". Cependant, même si nous fournissons une explication claire d'une religion, c'est encore une foi incomplète. Bien qu'il soit possible de progresser spirituellement jusqu'à un certain degré grâce à cette foi incomplète, on ne dépassera pas un certain niveau. Une véritable religion demande toujours à être approfondie. On aura beau admettre intellectuellement que le Bouddha est la Vérité ultime, ce n'est pas pour autant qu'il nous sera donné de saisir et pénétrer cette vérité ; elle est incommensurable.

Un érudit célèbre a dit : ‘‘L’univers scientifique de notre temps est si mystique qu'il ne trouve de place dans aucune histoire de la pensée.’’ En d'autres termes, pour l'homme ordinaire (bompu) l'univers scientifique est aussi mystérieux que l'étaient pour l'homme primitif le soleil, la lune, les volcans, les tempêtes et d'autres phénomènes naturels ou bien, pour le croyant, les mystères de la religion de n'importe quelle époque. Plus les connaissances scientifiques évoluent, plus l'univers devient mystérieux voire mystique. La science a pour but de poursuivre l'inconnu à l'aide de théories et d'expérimentations sans préjuger des résultats, et c'est très bien ainsi. Alors que, par la croyance en une religion, nous pouvons entrer directement dans le monde du mystère, sans passer par la théorie. L'état d'esprit produit par la rencontre directe avec le mystère est appelé shinjin (la foi). Une religion dont les enseignements s'adressent uniquement à la raison n'a pas le pouvoir d'émouvoir les hommes parce qu'elle ne donne qu’une théorie sans la pratique. Ce type de religion ne dégage pas l'énergie suffisante pour que les hommes la suivent. La vraie foi dégage l'efficacité et l'énergie. Si ignorante qu'une personne puisse être, si humble que soit sa situation, elle peut sauver les autres et les aider à partager sa religion pour peu qu’elle ait la foi. Mais si elle croit ce qui est fondamentalement faux, son énergie exerce une influence néfaste sur la société et sur ceux qui l'entourent. La foi et le discernement doivent aller de pair. On ne peut pas dire qu'une religion est authentique si elle n'allie pas la foi et le discernement.

Les enseignements du Bouddha peuvent être compris par la raison. Ils ne demandent pas une foi aveugle et irraisonnée. Nous devons pouvoir les comprendre en écoutant les sermons et en lisant les sutras. À mesure que nous progressons dans notre discernement, la foi se développe, et inversement.

Une personne à l'esprit ouvert, mais qui n'est pas entrainée à la spéculation mentale, peut accepter une croyance si on lui dit que c'est un enseignement véritable. S’il s’agit du Sutra du Lotus c'est valable, parce que cette personne progressera graduellement dans le discernement par l'écoute et par la lecture de cet enseignement. On peut faire le choix d'une religion soit par simple foi, soit par discernement mais, à moins qu'elle n'allie les deux, elle ne possède pas d'efficacité réelle. Considérons le texte du chapitre IV en tenant compte de ces éléments de base.

Le Bhagavat vient de faire au bhikshu-shravaka Shariputra la prédiction qu'il deviendrait bouddha, après en avoir expliqué le principe dans la parabole de la maison en flammes. À ce moment, dans l'Assemblée, les bhikshus-shravakas Subhuti*, Maha-Katyayana*, Mahakashyapa*Mahamaudgalyayana* commencèrent à comprendre la puissance du Dharma et en furent heureux jusqu'au ravissement. Alors ils s'inclinèrent en hommage et, joignant les mains, s'adressèrent d'un seul esprit au Bouddha :

«Nous qui siégeons à la tête de la communauté (sangha) et sommes pareillement cassés par l'âge, nous pensions avoir désormais obtenu le nirvana et ne plus pouvoir supporter d'autres efforts; aussi ne cherchions-nous plus à progresser vers l'Eveil complet et parfait sans supérieur*. Vénéré du monde*, cela fait longtemps que, depuis les temps anciens, vous prêchez le Dharma; nous, durant ce temps, nous étions à nos sièges, le corps las, indolents, n'ayant à l'esprit que la vacuité (shunyata), le sans forme (arupadhatu), l'ainsité (tathata). Pour ce qui est du Dharma des bodhisattvas, pour ce qui est de maîtriser en se jouant les pouvoirs surnaturels, de purifier la Terre de bouddha, de mener les êtres à la réalisation, notre pensée n'en avait nulle jubilation.

«Comment cela se fait-il ? C'est que le Vénéré du monde* nous a fait sortir des trois mondes-états* et permis d'attester le nirvana. De plus, nous sommes à présent épuisés par l'âge et, alors que l'Éveillé enseignait et convertissait les bodhisattvas à l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, nous n'en concevions pas la moindre pensée de joie.

«Or, maintenant que nous entendons, en présence du Bouddha, conférer à des auditeurs-shravakas* la prédiction de l'Eveil complet et parfait sans supérieur*, notre coeur jubile d'une joie extrême, obtenant un état sans précédent. Nous ne pensions pas obtenir maintenant, si soudainement, d'entendre un Dharma aussi rare et nous nous félicitons profondément d'acquérir ce grand profit, de gagner spontanément un trésor d'un prix incalculable, sans l'avoir recherché. «Vénéré du monde*, nous souhaiterions à présent exposer une parabole qui éclairera ce sens.

Alors les quatre grands shravakas racontèrent l'histoire suivante.

La Parabole du fils pauvre

Un jeune homme s'enfuit de chez son père dans un pays lointain où il vécut jusqu'à sa cinquantième année. Plus il vieillissait, plus il s'appauvrissait. Errant ici et là il vagabondait à la recherche de travail, et, finalement, approcha du pays où il était né. Le père, affligé que son fils eût quitté la maison, l'avait cherché en vain dans tout le pays, puis s'était installé dans une nouvelle ville où il devint très riche. Ses biens et ses trésors étaient incalculables ; il avait d'innombrables domestiques, intendants et serviteurs.

À ce moment, le fils pauvre, errant de village en village et passant par de nombreuses villes et pays, avait atteint la ville où son père s'était établi. Sans le savoir, il se trouva près de la maison de son père. Bien que le père pensât constamment à son fils, il n'en avait jamais parlé à personne. Réfléchissant à sa perte et gardant un regret dans son cœur, il se disait : ‘‘Vieux et usé, je possède de grandes richesses mais je n'ai point de fils. Un jour ma fin viendra et mes richesses seront éparpillées et perdues. Si seulement mon fils revenait, je lui confierais ma fortune ; comme je serais content et heureux !’’

Et justement, le fils pauvre, qui avait travaillé ici et là, s'arrêta devant la maison de son père dans l'espoir d'être engagé. Debout à l'entrée, il vit de loin un vieil homme vénérable assis sur un trône, entouré et révéré par de nombreuses personnes distinguées. Le fils pauvre, voyant cet homme puissant, fut pris de crainte et pensa : ‘‘Ce doit être un roi ou une personne de rang royal. Ce n'est pas un endroit où je pourrais trouver du travail. Il vaut mieux que j'aille dans un pauvre village où je pourrai louer mes services et où la nourriture et les vêtements seront plus faciles à obtenir. Si je reste ici plus longtemps, il se peut qu'on me saisisse et qu'on me mette au travail de force.’’ Alors il s'enfuit précipitamment.

Mais le vieil homme avait reconnu son fils au premier coup d'œil : ‘‘Ah ! Voilà que mon fils est revenu. Mon désir s'est réalisé. Je pourrai lui laisser toute ma fortune.’’ Étonné de voir son fils s'enfuir, le père envoya immédiatement des serviteurs à sa poursuite. Le fils, surpris et effrayé, s'écria : ‘‘Je ne vous ai pas offensés, pourquoi me saisissez-vous ?’’ Mais les serviteurs l'attrapèrent et le forcèrent à revenir. Le fils se dit que, bien qu'innocent, il serait certainement mis en prison et que cela signifiait sa mort. Il fut tellement terrifié qu'il tomba évanoui. Le père voyant cela de loin, dit à ses serviteurs : ‘‘On n'a pas besoin de cet homme. Ne l'amenez pas de force. Aspergez son visage d'eau froide afin qu'il revienne à lui et ne lui parlez plus.’’ Le père comprit que le caractère de son fils était devenu servile à cause de sa longue vie de privations et que sa position de grand seigneur l'effrayait. Bien qu'il fût certain que c'était son fils, il ne dit rien aux autres et décida de l'attirer petit à petit.

Après avoir ranimé le fils avec de l'eau froide, un des serviteurs lui dit : ‘‘Je te libère maintenant, va où tu veux.’’ Le fils pauvre se réjouit et s'en alla en s'inclinant respectueusement de nombreuses fois. Et comme à son habitude, il alla dans un village à la recherche de nourriture et de vêtements. Alors, le père désirant attirer son fils conçut un plan : il envoya en secret deux hommes pauvrement vêtus et de comportement modeste après leur avoir dit : ‘‘Allez à cet endroit et dites avec douceur à l'homme pauvre : ‘Il y a ici du travail pour toi ; on te donnera un double salaire.’ Si l'homme accepte, ramenez-le et donnez-lui du travail. S'il demande quel genre de travail, dites-lui : ‘Nous t'engageons pour enlever les ordures, et tous deux nous travaillerons avec toi.’’

Le fils pauvre, jugeant que ce travail lui convenait et s'en remettant aux deux messagers reçut ses gages d'avance et les suivit pour enlever les immondices. Son père, en le regardant fut pénétré de compassion. Un jour, il vit par la fenêtre le visage de son fils, maigre et sale, près des amas de saletés et de boue. Submergé par un sentiment de pitié pour son fils, il mit un vêtement grossier usé et sale, couvrit son corps de poussière, prit une pelle et rejoignit les travailleurs. Il leur dit : ‘‘Continuez, ne soyez pas fainéants.’’ Puis il dit à son fils : ‘‘J'ai entendu dire que tu es un pauvre vagabond. Tu n'as pas de quoi vivre n'est-ce pas ? Dorénavant tu peux dépendre de moi. Reste et travaille ici. Ne va pas ailleurs. J'augmenterai tes gages. Tu peux utiliser sans hésiter ce dont tu as besoin — bols, ustensiles, riz, farine, sel, vinaigre, etc. D'autre part, on te donnera, si tu en as besoin, un serviteur âgé et usé. Sens-toi à l'aise. Je suis comme ton père, dès à présent ne t'inquiète plus. Je suis vieux et toi, tu es jeune et vigoureux. Tout le temps que tu as travaillé, tu n'as jamais été fourbe, fainéant, coléreux ou bougon. Je n'ai jamais vu en toi aucun des vices comme en ont les autres travailleurs. À partir de maintenant je te considère comme mon propre fils.’’

Là-dessus le vieil homme lui donna un nouveau nom et l'appela son fils. Le fils pauvre, bien qu'il s'en réjouît, se considérait toujours comme un humble domestique. Pour cette raison, pendant vingt ans il continua à être employé à ramasser des saletés. Après cette période, une confiance mutuelle s'étant établie entre le père et le fils, ce dernier allait et venait comme bon lui semblait, bien que son esprit servile n'eût pas encore disparu.

Un jour, le père tomba malade et, sachant qu'il allait bientôt mourir, il confia à son fils la gestion de toute sa richesse. Bien que le fils eût gagné la confiance de son père, il ne pouvait toujours pas rejeter son sentiment d'infériorité. Mais après une courte période, le fils se familiarisa avec la maison de son père et sa façon de penser s'éleva progressivement jusqu'au point où il se sentit capable de diriger toute cette maison. Ainsi il rejeta son état d'esprit antérieur.

Le père fut très soulagé en voyant cela. Comprenant que sa fin n’allait pas tarder, il fit venir son fils et en même temps il réunit tous ses proches : les rois, les ministres, les ksatriyas et les citoyens du pays. Lorsqu'ils furent tous rassemblés, il proclama : "Cet homme est réellement mon fils et je suis réellement son père." Il expliqua pourquoi il en était ainsi et leur dit : "Toute la richesse que je possède appartient entièrement à mon fils."

Lorsque le fils pauvre entendit ces mots, grande fut sa joie devant cette nouvelle inattendue et il pensa : ‘‘Sans aucune intention ou effort de ma part, ces trésors sont venus à moi d'eux-mêmes.’’

Telle est la parabole du fils pauvre, la deuxième des sept paraboles du Sutra du Lotus. Après que les quatre shravakas eurent terminés leur récit ils dirent au Bhagavat : ‘‘Le père riche est le Bouddha et nous sommes tous comme ses fils.’’ Alors ils rendirent hommage à la compassion du Bouddha et à sa délicatesse qui les avait guidés vers l'enseignement du Grand Véhicule bien qu'ils eussent été satisfaits d'un Éveil moins important.

Le chapitre IV du Sutra du Lotus se termine par les stances prononcées par Mahakashyapa, qui reformulent l'histoire en une forme différente.

Le fils pauvre symbolise, bien sûr, tous les êtres vivants. Mais considérons le fils comme étant ces quatre shravakas et essayons d'appliquer la parabole à leur cas.

Le fils pauvre qui, au départ, savait que l'homme riche (le Bouddha) était son père mais qui l'a fui pour errer dans la souffrance humaine, indique l'état habituel des êtres vivants dans ce monde. De ce point de vue, les quatre shravakas sont des gens ordinaires comme nous. On ne peut cependant pas nier les liens entre un père et son fils. Même si le fils ne savait pas qu'il possédait la nature de bouddha et qu'il errait dans le monde de la souffrance humaine, il approcha du Bouddha sans le chercher. Aux portes de la maison du Bouddha, les êtres vivants ne savent pas qu'il est leur père. Mais le Bouddha reconnaît immédiatement ses enfants. Le Bouddha est toujours proche de nous, la vérité est partout et le Bouddha attend que nous le trouvions. Nous n'avons qu'à harmoniser notre esprit avec le sien. Le Bouddha essaye de guider les êtres vers la Vérité, mais ils lui tournent le dos à cause de leur sentiment d’infériorité. Ils pensent que ses enseignements sont trop élevés et qu'il est impossible pour des gens comme eux de l'approcher.

Alors, le Bouddha, désirant attirer les êtres vivants, conçoit un plan. Il envoie des messagers : des serviteurs shravakas et pratyekabuddhas qui travaillent dans la maison du Bouddha et y ont obtenu la paix de l'esprit ; ils ont la même apparence que des hommes ordinaires mais ont atteint un état spirituel plus élevé qu'eux, ce qui les rend capables d'élever le niveau des autres pour s'associer à eux.

Faire en sorte que le fils ramasse les immondices signifie que le Bouddha guide les êtres vivants vers la délivrance de leurs illusions au moyen des pratiques du Petit Véhicule. Cette partie de la parabole du fils pauvre fait référence à la pratique des quatre grands shravakas plutôt qu'à l'état des hommes en général. Après avoir graduellement apprivoisés les quatre shravakas, le Bouddha désire les appeler ses fils et essaie de les faire progresser grâce à ses enseignements. Pendant un temps, les quatre shravakas ont toujours l'impression que les enseignements du Bouddha sont sans rapport avec eux, et ils mettent une barrière entre le Bouddha et eux-mêmes. Ils continuent ainsi à pratiquer assidûment l'enseignement du Petit Véhicule pendant vingt ans.

De nos jours, c'est généralement la partie que les personnes ordinaires trouvent difficile à dépasser. Durant vingt longues années, Subhuti, Katyayana, Kashyapa et Maudgalyayana continuèrent à ramasser assidûment les ordures, sans découragement, sans négligence, sans colère ou querelles avec leurs compagnons. De ce point de vue, ils justifient complètement leur renommée de grands disciples de Shakyamuni. Ainsi, ils obtiennent finalement la liberté de pensée et commencent à bien connaître les enseignements du Bouddha.

Alors le Bouddha ouvre la porte du trésor de son enseignement et leur dit : ‘‘Vous pouvez avoir tout le trésor de mon enseignement.’’ Le Bouddha parle ainsi parce qu'ils sont ses vrais fils et qu'ils peuvent prendre tout ce qu'ils désirent. Mais, incapables qu'ils sont d'abandonner leur esprit servile, ils persistent à penser qu'ils sont des serviteurs. Ainsi, bien qu'ils se soient acquittés de leurs devoirs, tels que prêcher à la place du Bouddha, diriger parfaitement et fidèlement le sangha, etc. ils sont incapables de comprendre qu'en réalité toute cette richesse leur appartient. Ils n'arrivent toujours pas abandonner la mentalité des deux véhicules et s'estiment très heureux de leur condition.

Shakyamuni prêcha le Sutra du Lotus juste avant sa mort pour dire que le rapport entre le Bouddha et tous les êtres vivants est celui qui existe entre un père et ses fils. Tous peuvent devenir bouddha. Au début, les disciples furent surpris par cette importante déclaration et furent transportés de joie en comprenant que, de manière inattendue, la richesse du Bouddha — l'Éveil — leur appartenait.

Cette parabole illustre le processus de la longue pratique de ces quatre shravakas ainsi que la compassion du Bouddha et la délicatesse avec laquelle il observe constamment ses disciples et petit à petit les élève à un niveau supérieur. Cependant, nous pouvons heureusement faire la connaissance du Sutra du Lotus sans avoir à effectuer d'abord ce long cheminement. Nous pouvons rejoindre directement le giron du Bouddha. Mais pour cela, il faut avoir différentes dispositions.

C'est de cela qu'il est question dans la suite du chapitre.

Arrogance / Humilité

La première attitude que nous apprenons dans ce chapitre est l'abandon du sentiment d’infériorité. Penser qu'on est inutile, c'est nier notre nature de bouddha et, par conséquent, nier le Bouddha. C'est donc un affront au Bouddha.

Il faut libérer notre esprit. Nous devrions toujours nous dire : ‘‘Moi aussi je peux devenir bouddha ; je suis uni à l'univers.’’ Il faut se répéter cela maintes et maintes fois. Lorsque nous récitons cela de tout cœur pendant un certain temps en ne pensant à rien d'autre, nous pouvons entrer dans un état de concentration spirituelle parfaite. Cet état nous fait acquérir une confiance croissante. Ce genre de confiance est bien différent de l'arrogance. Être arrogant signifie penser avoir réalisé ce qu'on n'a pas encore réalisé, c'est-à-dire, juger avec un discernement limité.

Par ailleurs, lorsque nous avons vraiment réalisé quelque chose, le plus souvent, nous n'en avons pas immédiatement conscience. Il arrive, bien sûr, qu'une personne élevée spirituellement reconnaisse son évolution, mais la plupart du temps on n'est pas conscient du changement dans notre discernement. C'est par les résultats que nous en prenons conscience, progressivement. Par exemple, nous avons plus souvent le cœur léger, nous nous sentons désaliénés, l'esprit ouvert, nous ne sommes plus en colère ou effrayés par de simples changements de circonstances, nous sentons que tout se déroule comme nous le désirons. Quand nous avons de tels sentiments, même si cela ne correspond pas à une prise de conscience intellectuelle, nous avons atteint le premier niveau de l'Éveil. Par conséquent, ce n'est pas arrogant de penser : ‘‘je peux devenir bouddha’’ ou ‘‘je suis uni à l'univers’’ parce que nous avons réussi, jusqu'à un certain point, à en faire vraiment l'expérience.

D'autre part, nous devons adopter une attitude humble lorsque nous écoutons les enseignements du Bouddha et lorsque nous les transmettons aux autres. Notre attitude intérieure et extérieure doit toujours rester humble. Ce qui n'empêche pas d'être fier de la vérité que nous vivons ou transmettons. Nous pouvons même cultiver des idées extrêmes telles que ‘‘je suis l'héritier de l'univers parce que je suis un enfant du Bouddha. L'univers est mien comme est mien tout ce qui s'y trouve.’’ Penser ainsi est un raccourci qui nous aide à nous envoler tout droit dans les bras du Bouddha. L'unique but dans lequel le Bouddha est apparu dans ce monde est justement que nous en arrivions là.

La deuxième disposition d'esprit que nous apprenons dans le chapitre IV est la capacité de maintenir ensemble la foi dans le Sutra du Lotus et le discernement. Sans les deux, nous n'avons pas la certitude de nous envoler dans les bras du Bouddha. Nous risquons à tout moment de dévier du chemin correct, soit dans un mauvais chemin soit dans les impasses de la vie humaine. Si cela devait nous arriver, nous aurions besoin de relire le Sutra du Lotus.

Le troisième point important à retenir du chapitre IV est que ceux qui ont la chance de rencontrer le Sutra du Lotus et qui ont été capables de le comprendre et d'y croire, peuvent s'envoler directement dans les bras du Bouddha. Cependant, le monde d'aujourd'hui, dans l'Âge mauvais des Cinq impuretés, est plein de "fils pauvres". Nous n'aurons pas réellement pratiqué l'esprit du Sutra du Lotus si nous ne sauvons pas autant de fils pauvres que possible. Et pour les sauver et les guider, la seule chose à faire est de comprendre l'esprit du Bouddha grâce auquel il s'adapte aux situations comme l'illustre ce chapitre. Rappelons-nous que suivre un bon exemple peut nous faire gagner beaucoup de temps.

La quatrième leçon du chapitre IV est la manière de progresser de la foi vers le discernement. Les quatre shravakas écoutèrent la parabole de la maison en flammes et la comprirent. Ils pensèrent non seulement qu'ils l'avaient comprise mais démontrèrent au Bouddha leur compréhension par une autre parabole. Il ne suffit pas de recevoir l'enseignement passivement — encore faut-il exposer activement ce que nous avons été capables de comprendre car c'est la meilleure façon d'approfondir notre discernement et de fortifier notre foi. Et cela aide aussi les autres à en faire autant. Comme il a été montré dans ce chapitre, il est important de raconter aux autres nos propres expériences spirituelles.

Suite

Chapitre IV du Sutra du Lotus

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