Réponse à Jibu-bo

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 7, p. 333 ; SG* p. 1100.
Gosho Zenshu p. 1425 - Jibu-bo gohenji

Minobu, le 22e jour du 8e mois 1281, à Jibu-bo Nichii

 

J'ai bien reçu le to de riz blanc, les quelques pousses de myoga et le paquet de gingembre que vous m'avez envoyé.

Ceux qui offrent au bouddha des fleurs au printemps, des feuilles pourpres en automne, de l'eau pure en été et de la neige en hiver sont tous assurés d'atteindre la bodhéité. Comment, alors, ceux qui offrent du riz au Sutra du Lotus, aliment qui sustente la vie du souverain, et qui est plus précieux que des joyaux pour les gens du peuple, pourraient-ils ne pas atteindre la bodhéité  ?

En ce monde, les mots auxquels on accorde le plus d'importance sont ceux du souverain et ceux de ses parents. Si l'on ne respecte pas les volontés de ses parents, on manque au devoir de piété filiale et on sera abandonné par le ciel. Si l'on néglige les ordres du souverain, on sera accusé de désobéissance à la loi, et on vous ôtera la vie. Depuis d'innombrables kalpas par le passé, dans notre désir de parvenir à la bodhéité il nous est parfois arrivé de quitter notre pays, notre femme, nos enfants, ou de sacrifier notre propre corps afin d'obtenir l'Éveil dans nos vies futures. Si bien que, lorsque nous sommes près d'atteindre la bodhéité et lorsque nous rencontrons Myoho Renge Kyo, le Sutra du Véhicule unique, le Démon du sixième Ciel, qui régit le monde des trois plans, se dit : "Si cette personne devient bouddha, je subirai une double perte. D'abord, en se libérant de ce monde des trois plans, il échappera à mon contrôle. Ensuite, s'il devient bouddha, ses parents et ses frères et sœurs quitteront également ce monde Saha. Comment pourrais-je empêcher cela  ? "

Il produit diverses émanations et, avec elles, tantôt s'empare du corps de nos parents, tantôt du corps du souverain de notre pays ; ou bien il se manifeste sous la forme d'un moine respectable nous poussant à commettre de mauvaises actions soit par la menace, soit par la flatterie. Ou encore, il se présente comme un moine éminent ou un moine de grande sagesse, respectueux des préceptes. Puis, les sutras Kegon*, Agama* ou les enseignements du Nembutsu ou du Shingon à la main, il s'efforce de nous faire abandonner le Sutra du Lotus et de nous faire croire en ces autres enseignements, en rusant pour nous empêcher de devenir bouddha.

Il est dit, dans le 5e volume du Sutra du Lotus, que quand viendra l'époque des Derniers jours du Dharma, un grand démon s'emparera du corps du gouvernant, des ministres et des gens du peuple, pour calomnier, frapper et blesser le Pratiquant du Sutra du Lotus. Et si cela n'est pas suffisant, il prendra la forme d'une multitude de moines qui, toutes sortes de citations de sutra à l'appui, essaieront de persuader ce Pratiquant. Si cela ne suffit toujours pas, ils emprunteront la forme d'un grand moine observant les deux cent cinquante préceptes et les trois mille règles de conduite (note), qui flattera le souverain et mentira à son épouse, afin de faire exiler ou mettre à mort le Pratiquant du Sutra du Lotus.

Les descriptions détaillées que l'on trouve au chapitre Fukyo* (XX) dans le 7e volume, au chapitre Hosshi* (X) dans le 4e volume, au chapitre Hiyu* (III)  dans le 2e volume du Sutra du Lotus, ou celles que l'on trouve dans le Sutra du Nirvana en 40 volumes ou dans le Sutra Shugo, s'appliquent parfaitement à notre situation d'aujourd'hui. Notamment les événements de la région de Kashima, dans la province de Suruga, dans la mesure où ils vous ont touché personnellement, ont dû vous donner à réfléchir. Mais il est un domaine dans lequel la désobéissance à ses parents et à son souverain prend un sens tout différent : c'est lorsqu'ils tentent de faire obstacle à notre pratique du Sutra du Lotus. Ne pas leur obéir, alors, devient un acte de piété filiale, et une façon d'exaucer la prière [pour la paix] du souverain.

De plus, le Japon est un pays très particulier, dont le peuple respecte les kami en même temps qu'il honore le Bouddha. Mais tous, du souverain jusqu'aux petites gens, détestent Nichiren parce qu'il propage le Sutra du Lotus. De sorte qu'ils peuvent bien prier toutes les divinités, et faire des offrandes à tous les bouddhas, ces actes méritoires se changent inévitablement en actions très mauvaises. C'est comme lorsqu'on met la peau au contact du moxa et que la partie traitée forme une pustule purulente, ou comme un remède ayant l'effet d'un poison. Les prières qu'ils adressent au Bouddha et aux divinités se transforment en offenses, et le pays entier est sur le point d'être conquis par un pays étranger. Je le dis depuis longtemps déjà : un temps viendra où les personnes de haute condition connaîtront des épreuves cent, mille, dix mille, cent mille fois pires que celles qui affligèrent le clan Heike avant sa disparition.

À considérer la gravité des rétributions négatives encourues par ceux qui s'opposent au Sutra du Lotus, on peut imaginer l'immensité des bienfaits obtenus par ceux qui se consacrent à sa pratique. Par exemple si quelqu'un tuait ses parents, il aurait beau faire par ailleurs quantité de bonnes actions, le ciel ne reconnaîtrait jamais ses efforts. Mais si quelqu'un brisait un ennemi du Sutra du Lotus, quand bien même il s'agirait de ses propres parents, ce crime grave deviendrait la cause d'un grand bien. Même si quelqu'un était l'ennemi juré des bouddhas des dix directions dans les trois phases de la vie, si cette personne croit ne serait-ce qu'en une strophe du Sutra du Lotus, les bouddhas ne l'abandonneront jamais. Réfléchissez bien en conservant cela à l'esprit. Le messager est pressé, je ne peux donc pas poursuivre plus longtemps, mais je vous écrirai encore.

Avec mon profond respect,
Nichiren.

Le 22e jour du 8e mois.

ARRIÈRE-PLAN - Cette lettre fut écrite de Minobu, le 22e jour du 8e mois, alors que Nichiren Daishonin était âgé de soixante ans. Elle fut envoyée à un disciple du nom de Jibu-bo Nichii, qui avait été moine du Tendai au temple Shijuku-in dans la province de Suruga, et qui avait étudié et pratiqué l'enseignement de Nichiren Daishonin sous la direction de Nichiji, l'un de ses plus anciens disciples. Selon le Shusu gosenge kiroku (Récit du décès du fondateur), Jibu-bo était présent aux funérailles de Nichiren Daishonin et fut l'un des dix-huit moines chargés de prendre soin de sa tombe à tour de rôle. Toutefois, comme le nota plus tard Nikko Shonin dans son Deshibun Honzon mokuroku (Liste des disciples à qui Nikko conféra le Gohonzon), Jibu-bo finit par s'écarter de l'enseignement de Nichiren Daishonin.
Bien que la Persécution d'Atsuhara eût pris fin près de deux ans avant que cette lettre fût écrite, on peut penser que les croyants concernés par ces persécutions étaient encore harcelés par les autorités. Un certain nombre de disciples devaient donc encore douter des enseignements de Nichiren Daishonin, ou appartenir à des familles s'opposant à leur foi.
Du 5e au 7e mois de 1281, le Japon fut envahi par les forces mongoles, invasion qui entraîna une grave crise dans le pays. Nichiren Daishonin explique que les causes profondes de ce genre de désastres sont les persécutions infligées au Pratiquant du Sutra du Lotus. (Commentaire ACEP)

En anglais : Reply to Jibu-bo

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=1094&m=1&q=Reply%20to%20Jibu-bo
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_ReplyJibubo.htm

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