Réponse à Myoho Bikuni Gozen

(Réponse à la nonne séculière Myoho)

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 6, p. 345 ; SG* p. 1111.
Gosho Zenshu p. 1419 - Myoho Bikuni Gozen gohenji

Minobu, 1281, à Myoho ama

J'ai bien reçu le kimono léger. Vous êtes une femme, et vous vivez seule depuis le décès de votre mari. Votre famille est loin, et vous avez une ou deux filles apparemment trop faibles pour vous apporter leur soutien. De plus, votre foi en cet enseignement a fait de vous une femme détestée. Vous êtes donc comparable au bodhisattva Fukyo.

La tante de Shakyamuni, la nonne Mahaprajapati, bien que femme elle aussi, parvint au stade d'arhat et acquit le nom d'auditeur-shravakas. Elle s'engagea ainsi sur une voie qui ne pourrait jamais conduire à la bodhéité (note). Elle transforma son apparence féminine en devenant nonne, abandonna les privilèges d'une épouse royale et obéit aux injonctions du Bouddha. Pendant plus de quarante ans, elle observa les cinq cents préceptes. Dans la journée elle restait au bord des routes [dans l'attente d'aumônes], et la nuit elle demeurait assise sous un arbre [en méditation], aspirant au salut dans la vie prochaine. Pourtant, la voie qui mène à la bodhéité lui était interdite et son nom fut cité comme celui d'une personne à jamais incapable de devenir bouddha - ce qui fut sans doute pour elle désespérant. En tant que femme, par le passé, pendant d'interminables kalpas elle avait probablement fait l'objet, avec ou sans raison, de rumeurs insultantes et en avait certainement éprouvé de la honte et un sentiment d'injustice. En refusant son corps de femme, elle l'avait dissimulé en se faisant nonne, dans l'espoir de se libérer de cette souffrance. En apprenant de même que, comme toutes les personnes des deux véhicules, elle ne pourrait jamais atteindre la bodhéité, on peut imaginer son désespoir  ! Mais le Sutra du Lotus leva la condamnation portée sur elle par tous les bouddhas des trois phases de la vie. Et lorsqu'elle devint le "bouddha dont la vue emplit de joie tous les êtres vivants"(réf.), quel immense bonheur dut être le sien !

Pour toutes ces raisons, on aurait pu penser que quelle que soit la nature de ce qu'on lui demande, si c'était pour la cause du Sutra du Lotus, elle ne se récuserait jamais.

Lorsque le Bouddha demanda d'une voix forte aux quatre sortes de croyants : "Qui parmi vous propagera largement Myoho Renge Kyo en ce monde Saha   ? "(réf.), chacun répondit en son coeur : "Moi, moi  ! " Le Bouddha formula à ce moment-là par trois fois la même exhortation : après sa disparition, si elles voulaient s'acquitter de leur dette de reconnaissance envers tous les bouddhas, ce serait les femmes, nonnes aussi bien que laïques, qui devraient persévérer dans la propagation du Sutra du Lotus en ce monde Saha, quelles que soient les difficultés. Mais elles n'y prirent pas garde et jurèrent, au contraire, de "propager largement ce Sutra dans les terres des autres directions."(réf.) Les nonnes n'avaient donc pas bien compris l'intention du Bouddha. Comme sa déception, alors, dut être grande  ! A ce moment-là, il se détourna d'elles et regarda attentivement les quatre-vingt myriades de millions de nayuta de bodhisattvas.

Pour cette raison, je pensais les femmes capables de risquer leur réputation ou de sacrifier leur vie pour des détails insignifiants du monde profane, mais je les croyais en revanche bien faibles lorsqu'il fallait persévérer sur la voie qui mène à la bodhéité. Pourtant aujourd'hui, vous, une femme, née en ce monde mauvais de l'époque des Derniers jours du Dharma, vous avez subi les insultes, les coups et les attaques des barbares ignorants et insensés qui habitent ces îles du Japon, et vous avez tout enduré pour propager le Sutra du Lotus. Très certainement, du haut du Pic du Vautour, le Bouddha doit trouver qu'il existe entre vous et la nonne Mahaprajapati un écart aussi grand qu'entre un nuage et de la boue. Personne ne mérite plus que vous le nom de "bouddha dont la vue emplit de joie tous les êtres vivants"(réf.) ; aujourd'hui, Myoho-ama Gozen, c'est à vous que ce nom appartient.

Celui qui devient roi a, pense-t-on, dans ses vies passées comme dans la vie présente, observé les dix préceptes de bien. Chaque souverain porte un nom différent mais le trône de lion sur lequel tous prennent place, reste le même. Pareillement, ce nom de "bouddha dont la vue emplit de joie tous les êtres vivants" vous est commun à toutes deux.

Le Bouddha donna ce nom à une nonne qui ne tint pas compte de ses exhortations. Vous, vous êtes une nonne qui avez scrupuleusement obéi au Bouddha ; ici même, dans le monde saha, et sans vous soucier de votre réputation, vous vous êtes montrée prête à donner votre vie [pour le Sutra du Lotus]. Le Bouddha n'abandonna jamais cette nonne qui avait été sa mère adoptive. S'il vous abandonnait parce que vous n'êtes pas de sa famille, il serait en vérité un bouddha bien injuste. Comment cela serait-il possible  ? De plus, on lit dans le Sutra : "Les êtres qui vivent là [dans le monde des trois plans] sont tous mes enfants."(réf.) Ce passage du Sutra indique que la nonne Mahaprajapati était, certes, la mère adoptive du Bouddha, mais aussi que vous, vous êtes sa fille. Puisque le Bouddha n'abandonna jamais sa mère adoptive, se pourrait-il qu'il abandonne sa propre fille  ? Soyez absolument certaine que c'est impossible. Cette lettre devient trop longue, je l'arrêterai donc ici.

Nichiren

ARRIERE-PLAN - Nichiren Daishonin envoya cette lettre du Mont Minobu à une femme appelée Myoho Bikuni Gozen. Bikuni, transcription du sanskrit bhikshuni, est le nom qui désigne les nonnes bouddhiques. Gozen était un titre de respect utilisé pour s'adresser aux femmes. Il semblerait que plusieurs femmes disciples de Nichiren Daishonin soient connues sous ce nom de Myoho-ama ; celle dont il est ici question était une veuve qui vivait à Okamiya dans la province de Suruga. Elle fut aussi la destinataire du gosho "La phrase unique et essentielle".
Son mari était mort en 1278, et cette lettre, datant probablement de 1281, montre clairement qu'elle était désormais pratiquement seule au monde. Ses filles, peut-être parce qu'elle étaient mariées et vivaient dans la famille de leurs époux, ou pour toute autre raison lui étaient apparemment de peu de secours. Elle vivait aussi à l'écart des autres membres de sa famille, séparation peut-être due à sa croyance en l'enseignement de Nichiren Daishonin. Quoi qu'il en soit, elle semble avoir conservé une foi pure et inébranlable, malgré l'opposition de son entourage. (Commentaire ACEP)

En anglais : Reply to Myoho Bikuni Gozen ou Reply to the Lay Nun Myoho

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=1105&m=1&q=Lay%20Nun%20Myoho
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_ReplyMyohoBikuniGozen.htm

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