DICTIONNAIRE des TERMES BOUDDHIQUES

français, japonais, chinois, sanscrit, pali


Particulariés doctrinales de l’Ecole Fuji

par Jacqueline Stone Ph.D., "Original Enlightenment and the Transformation of Medieval Japanese Buddhism." pp 334.335.336,  


 

Alors que les rivalités qui se développaient entre les lignées de la Hokkeshu, les différentes lignées de cette École, pour asseoir leur propre légitimité, commencèrent a formuler des interprétations différentes de l’enseignement de Nichiren. Mais aucun lignée n’alla aussi loin dans l’affirmation de sa différence par rapport aux autres traditions, aucune n’affirma une position doctrinale aussi différente que l’École Fuji qui succéda à Byakuren Ajari Nikko (1246-1333). Cette École est actuellement mieux connue par l’une de ses héritières, la Nichiren Shoshu à qui fut affiliée, depuis sa création jusqu’en 1991, la Soka Gakkaï, la « nouvelle religion » la plus vaste du Japon contemporain.

Aux environs du XVIème siècle, la doctrine Fuji se divisa en deux courants : celui du Taisekiji près du mont Fuji et celui de Yohoji à Kyoto. Comme durant l’ère Edo la doctrine Fuji était dominante dans les Écoles Nikko, on la confond souvent – mais pas systématiquement – avec le courant du Taisekiji. Les interprétations dont il est question dans cet article précèdent la division mais elles deviendront, avec le temps, plus particulièrement caractéristiques de la doctrine Taisekiji.

L’École Fuji proclamant haut et fort être la seule forme légitime du bouddhisme de Nichiren, les autres branches de la Hokkeshu la déclarèrent hérétique. Tout comme les moines érudits des autres lignées Hokke, ceux de l’École Fuji étaient impréignés de la pensée du Tendai médiéval en systématisant leur pensée mais ils le firent de façon particulière afin de rendre leur lecture des enseignements de Nichiren conforme à leur position doctrinale. 

L’École Fuji s’est formée à partir du premier schisme à l’intérieur de la Hokkeshu, qui serait advenu dans les circonstances suivantes. Après la mort de Nichiren, en accord avec son souhait, les six disciples aînés ont établi un roulement pour la garde et l’entretien de sa tombe au Mont Minobu. Chacun étant censé être de garde pendant deux mois par an. Cependant, chacun d’eux devait aussi s’occuper de son propre groupe d’adeptes et ceux de Kamakura devaient compter, en outre, avec l’hostilité du bakufu qui renouvela leur suppression après la mort de Nichiren. Le temps de garde passa rapidement de deux mois à un seul et d’autres moines vinrent s’ajouter au roulement. Pour des raisons logistiques ces moines suppléants étaient principalement des fidèles de Nikko habitant les provinces de Kai et Sugura. Mais même avec ces aménagements la garde était difficile à assurer et au bout de deux ans le tour de rôle fut complètement abandonné. Lorsqu’en 1284 Nikko arriva à Minobu pour la troisième cérémonie annuelle en l’honneur du fondateur (c’est-à-dire deux ans après la mort de Nichiren), il trouva la tombe à l’abandon et en piteux état et décida de résider là en permanence afin de la protéger. Peu de temps après, Minbu Ajari Niko, un autre des six disciples aînés put, lui aussi, s’établir au Mont Minobu. Alors que Nikko avait la responsabilité générale du temple Kuonji qui avait été construit au Minobu, Niko est devenu son régisseur d’études (gakuto). Il n’a pas fallu longtemps avant que des frictions n’apparaissent entre les deux hommes. Selon la version Fuji, le désaccord portait sur le comportement de Hakii Nanbu Rokuro Sanenaga, le jito de Minobu et seigneur séculier de Nichiren du vivant de cekui-ci. D’après Nikko, Sanenage aurait contrevenu au pur excluvisme de Nichiren par les actes suivants : 1) il fit enchâsser une représentation de Shakyamuni et refusa de tenir compte de l’admonestation de Nikko pour qui cette statue ne représentait pas le Bouddha Primordial du chapitre Durée de la Vie tant qu’elle n’était pas entourée par les quatre bodhisattvas ; 2) il s’était rendu dans un temple shinto à Mishima et y avait prié, ce que Nikko considérait comme étant contraire à ce qui était dit dans le Rissho Ankoku Ron sur les kamis qui avaient abandonné le pays ; 3) il fit des dons pour la construction d’un stupa de la Terre Pure à Fuji. Bien qu’à l’origine ce fut Nikko qui convertit Sanenaga, le jito refusait ses remontrances et même faisait désormais allégeance à Niko qui était beaucoup plus tolérant et dont l’attitude conciliante contrastait avec le stricte purisme de Nikko. Il paraitrait que cela entraina une rupture entre les deux et aboutit au départ de Nikko.

Toutefois cette version appelle des réserves. Il est possible que Nikko s’est senti obligé de quitter Minobu non pas à cause de Sanenaga et de ses « actes calomnieux » mais parce que malgré l’engagement profond de Nikko envers cet endroit, Minbu Ajari Niko avait été préféré par les autres disciples responsables du temple pour être leur grand patriarche. Quelle qu’en soit la raison, Nikko sentit qu’il ne pouvait plus rester au Minobu et le quitta au début de 1289.

Il existe une lettre où il se plaint à un disciple de la nécessité de partir de Minobu. De retour dans sa province d’origine Suraga, il fonda deux temples : le Taisekiji dans le district de Fuji et le Honmonji dans le district voisin d’Omosu. Il a passé la majorité de sa vie à Omosu où il a crée un séminaire et formé un grand nombre de disciples de talent.

("Original Enlightenment and the Transformation of Medieval Japanese Buddhism. pp 334.335.336, Dr. Jacqueline Stone Ph.D.)

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Les Six Grands Disciples de Nichiren

Nikko Shonin (1246-1333)
par Ryuei Michael McCormick

Nikko (1246-1333) a rencontré Nichiren au temple Jissoji en 1257. Celui-ci y effectuait des recherches pour son Rissho Ankoku Ron. Par la suite, Nikko fit beaucoup d’adeptes dans les provinces de Suruga, Kai et Izu. Nichiji, un autre des six disciples aînés, était à l’origine un disciple de Nikko avant de devenir celui de Nichiren. La persécution d’Atsuhara en 1279 a été dirigée directement contre les fidèles de Nikko dans la province de Suruga. Après la mort de Nichiren, les six disciples aînés et douze jeunes moines eurent pour tâche d’entretenir sa tombe au Mont Minobu dans un système de garde par rotation (le rinban). Sur les douze jeunes moines huit étaient des disciples directs de Nikko.

En septembre 1285, Nikko s'installa au Mont Minobu parce que le système de garde par roulement ne fonctionnait plus. Les autres disciples aînés vivaient trop loin et avaient du mal à gérer leurs communautés à cause des persécutions du gouvernement. Nanbu Sanenega, Seigneur de Hakii, reconnut Nikko comme grand patriarche du temple Kuonji au Mont Minobu. Un peu plus tard, en 1285, Niko rejoignit Nikko pour l’assister. Malheureusement, très vite les relations entre les deux hommes se gâtèrent à cause de l’intransigeance de Nikko et de la flexibilité de Niko. Le premier problème surgit lorsque le Seigneur Hakii a commandé une statue de Shakyamuni pour son autel personnel. Nikko affirma que la statue devait être entourée des Quatre Grands Bodhisattvas de la partie essentielle du Sutra du Lotus pour être considérée comme représentant le Bouddha Atemporel Shakyamuni. Pour Niko, il suffisait de placer devant la statue une copie du Sutra du Lotus. Puis, le Seigneur Hakii fit des offrandes dans le temple shinto de Mishima. Nikko protesta que selon le Rissho Ankoku-ron les divinités shinto avaient quitté le pays parce que le Sutra du Lotus y avait été dénigré. Niko objecta que les dieux protégeraient sûrement un adepte du Sutra du Lotus et que Nichiren lui-même leur avait adressé des prières. Enfin, le Seigneur Hakii aurait offert un cheval et du bois de construction pour un stupa de l’École de la Terre Pure au Mont Fuji mais il prétendit que c’était un don de charité et qu’il ne savait pas que ce bois serait utilisé pour la Terre Pure. En tous cas, Niko soutenait le Seigneur Hakii alors que Nikko l’admonestait. Finalement Nikko ne se sentant plus le bienvenu, décida de partir pour Ueno, le vieux domaine de sa mère à Fuji, le 5 décembre 1288.

En 1290, le Seigneur d’Ueno, Nanjo Tokimitsu fit construire pour Nikko le temple de Taisekiji à Oishigahara. Nanjo Tokimitsu, le Seigneur d’Ueno était l’oncle de Nichimoku, un disciple de Nikko.

En 1292, Nikko déménagea à Omosu (actuellement Kitayama à Fujinomiya) où, avec l’aide de Nitcho, il fonda en février 1298 le temple Honmonji où il passa le reste de sa vie. Sa ligné est celle du courant Fuji.

Nikko désigna deux groupes de disciples ainés pour lui succéder après sa mort. Le premier était composé de : Nikke, Nichimoku, Nisshu, Nichizen, Nissen et Nichijo. Le second,  de Nichidai, Nitcho, Nichido, Nichimyo, Nichigo et Nichijo.
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