Les émissaires mongols

Lettres et traités de Nichiren Daishonin. ACEP - vol. 5, p. 201; SG* p. 632.
Gosho Zenshu p. 1472 - Moko zukai gosho

Minobu, 1275, au nyudo Nishiyama

 

Je ne sais comment exprimer ma joie de vous savoir de retour sain et sauf de Kamakura. J'ai également reçu la lettre dans laquelle vous m'informiez de la décapitation des émissaires mongols. Comme il est regrettable que des émissaires mongols innocents aient été décapités, et non les moines du Nembutsu, du Shingon, du Zen et du Ritsu, qui sont pourtant les véritables ennemis de notre pays  ! Ceux qui ne comprennent pas les raisons profondes que j'ai de dire cela penseront peut-être que je parle par arrogance, parce que ma prédiction s'est accomplie (note). Pourtant, depuis plus de vingt ans déjà, en privé, jour et nuit, j'ai prévenu mes disciples que cela se produirait, et, à plusieurs reprises, j'ai publiquement présenté des remontrances aux autorités pour tenter de l'éviter.

Parmi les raisons d'inquiétude, la plus sérieuse est la destruction du pays. Il est dit dans le Sutra Saishoo : "Parmi toutes les formes de malheur, il n'est rien de plus grave que la perte, par un roi, de son autorité." Ce passage signifie que, parmi tous les maux, le pire est de devenir roi, de mal gouverner son pays et d'être vaincu par un royaume étranger. Il est dit également dans le Sutra Konkomyo : "Parce que des personnes mauvaises sont respectées et des personnes justes persécutées (...) des pillards viendront d'autres contrées, et le peuple connaîtra mort et désordre." Ce passage signifie que, lorsqu'un homme, devenu le dirigeant d'un État, respecte des personnes mauvaises tout en condamnant les personnes de bien, un autre pays vaincra inévitablement le sien. On lit dans le cinquième volume du Sutra du Lotus  : "Ils seront respectés et révérés comme des ahrats dotés des six pouvoirs mystiques."(réf.) Ce passage décrit les ennemis du Sutra du Lotus. Il indique que le dirigeant du pays respectera des hommes qui, tout en observant rigoureusement les deux cent cinquante préceptes, et tout en paraissant comparables à Mahakashyapa et à Shariputra, s'efforceront d'éliminer le Pratiquant du Sutra du Lotus.

Un enseignement d'une grande importance est bien proche d'être révélé. Celui qui, en accord avec le temps, parvient à discerner, sans la moindre erreur, ce qui est vital, à la fois pour lui-même et pour le pays, est une personne de sagesse. On respecte le Bouddha pour sa capacité à connaître le passé et à discerner le futur. Il perçoit les trois phases de la vie avec une sagesse inégalée. Sans être bouddha, des sages et des personnes de mérite tels que Nagarjuna, Vasubandhu, Zhiyi* et Saicho*, malgré une sagesse inférieure à celle du Bouddha, eurent une perception d'ensemble des trois phases, et leurs noms pour cela passèrent à la postérité.

En définitive, tous les phénomènes sont contenus dans la vie d'une personne, jusque-s-y compris la plus petite particule de poussière. Un corps contient les neuf montagnes et les huit mers ; une pensée contient le soleil, la lune et les myriades d'étoiles. Toutefois le commun des mortels ne perçoit pas cela, de même qu'un aveugle est incapable de voir les images reflétées dans un miroir, ou qu'un nourrisson ne craint ni les inondations ni les incendies. Les enseignements non bouddhiques énoncés dans les écrits de l'extérieur, (note) et les enseignements du Hinayana et du Mahayana provisoire*, parmi les écrits de l'intérieur, (note) ne révèlent rien d'autre que des fragments du Dharma inhérente à la vie de chacun. Ils ne l'exposent pas dans sa totalité comme le fait le Sutra du Lotus. Il y a donc des degrés de supériorité comme d'infériorité parmi les sutras, et les personnes qui y adhèrent peuvent aussi se diviser en sages et personnes de mérite. On pourrait discourir sans fin sur des questions de doctrine, mais j'en resterai là pour l'instant.

Je vous suis très reconnaissant de m'avoir envoyé un messager si rapidement, dès votre retour à Kamakura. Et, de plus, vous m'avez fait parvenir divers dons que j'ai reçus avec le plus grand plaisir. Alors que le Japon entier se désole, mes disciples et moi, Nichiren, sommes les seuls à trouver des raisons de nous réjouir au coeur de l'adversité. Habitant dans ce pays, nous ne pouvons éviter l'attaque des Mongols, mais, parce que le Ciel sait que nous avons été persécutés pour avoir désiré le bien de notre pays, nous pouvons éprouver la joie de savoir que nous serons immanquablement sauvés dans notre prochaine vie. Quant à vous, vous avez même déjà une dette de reconnaissance à l'égard du pays des Mongols en cette présente vie. Si la menace d'une invasion n'était pas survenue, puisque cette année marque le treizième anniversaire de la mort du nyudo de Saimyo-ji, la chasse commémorant cette occasion aurait sûrement eu lieu sur vos terres. De plus, vous n'avez pas été envoyé à Tsukushi comme le seigneur Hojo Rokuro. Ces circonstances vous contrarient peut-être, vous et votre clan, mais ce n'est pas une punition qui vous est infligée. D'un certain point de vue, ne pourrait-on pas y voir la protection du Sutra du Lotus  ? Je sais que vous avez l'impression d'avoir subi un grand tort. Dans des circonstances aussi favorables pour vous, j'aurais aimé venir vous voir et vous féliciter en personne, mais, parce que cela aurait pu paraître étrange à certains, je m'en suis abstenu. J'ai répondu à votre lettre sans attendre.

Nichiren

ARRIERE-PLAN. - Nichiren Daishonin écrivit cette lettre en 1275, à l'âge de cinquante-quatre ans, au nyudo Nishiyama qui vivait dans le village de Nishiyama, district du Mont Fuji, province de Suruga. Apparemment, ses fonctions ayant appelé Nishiyama à Kamakura, il avait informé Nichiren Daishonin qu'il en était rentré sain et sauf, lui communiquant en même temps la nouvelle que, sur l'ordre du régent Hojo Tokimune, cinq émissaires mongols avaient été décapités à Tatsunokuchi. Le Japon, à l'époque, était sous la menace d'une attaque mongole imminente. Une flotte de guerre massive, lancée contre les îles au sud du Japon à la fin de 1274, avait été repoussée par un typhon providentiel, mais, au printemps de l'année suivante, Kubilai Khan avait réitéré son ultimatum : si le Japon ne payait pas un tribut, il serait envahi. En exécutant les envoyés du Khan, les chefs militaires du Japon proclamaient leur intention de lutter jusqu'au bout plutôt que de se soumettre.
Une chasse en l'honneur du défunt Hojo Tokiyori était, à l'origine, prévue sur le fief de Nishiyama, mais en raison des préparatifs pour la défense du pays, elle avait été annulée. Et, lorsque les guerriers devant aller au sud lutter contre les Mongols avaient été choisis, pour une raison ou pour une autre, Nishiyama n'avait pas été appelé. Nishiyama avait peut-être ressenti cela comme un affront à son honneur de samouraï, mais Nichiren Daishonin l'encourage à considérer cette évolution des choses comme un bienfait dû à sa pratique du Sutra du Lotus. Non seulement les tracas et les frais qu entraîne l'organisation d'une chasse cérémonielle lui ont été épargnés, mais cela a peut-être aussi constitué une grande protection pour sa vie. (Commentaire ACEP)

En anglais : The Mongol Envoys

- http : //www.sgilibrary.org/view.php?page=628&m=1&q=The%20Mongol%20Envoys
- commentaires : http : //nichiren.info/gosho/bk_MongolEnvoys.htm

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