DICTIONNAIRE des TERMES BOUDDHIQUES

français, japonais, chinois, sanscrit, pali


Impermanence
(mujoge, anitya, anicca)


d'après http://www.jutier.net/contenu/clefbou.htm

Le principe d'impermanence montre que rien n'est immuable ou éternel, que chaque chose tend à disparaître ou à changer. Les êtres sont constitués des cinq agrégats en perpétuel changement. Quelle que soit l'échelle de temps d'observation ou la dimension d'observation, chaque chose est en constante mutation et en perpétuel changement.

L'impermanence implique la souffrance car l'attachement à toute chose de ce monde est une cause de souffrance à venir, cette chose tendant à disparaître ou à changer. De même pour tous les désirs qui mènent inévitablement à l'insatisfaction, les choses ne pouvant pas toujours être dans l'état ou la forme qu'on le souhaiterai ou rester telles qu'on le désirerai. L'ignorance de l'impermanence est une cause de la souffrance.

Cependant, l'impermanence est une chance et non pas une fatalité. En effet, c'est parce que le changement existe que l'on peut changer. Grâce à l'impermanence, tout est possible. La vie elle-même est possible. Si un grain de blé n'était pas impermanent, il ne pourrait se transformer en tige de blé. Et si la tige de blé n'était pas impermanente, elle ne pourrait jamais produire l'épi de blé que nous mangeons.

Etant donné l'impermanence de tout chose, le bouddhisme considère qu'un principe éternel de l'être n'existe pas. Rien ne dure ni ne perdure, tout est transitoire. Il n'y a donc pas de principe de "soi" qui puisse durer, qui existe dans une continuité ou qui puisse se maintenir constant dans le temps ou dans l'espace. Le "moi" est une illusion créée par notre conscience, qui conduit à une appropriation à soi-même de différentes choses comme des biens, des personnes ou des idées, sous forme d'attachement ou de possession matérielle. Or ces choses étant elles même en changement constant et soumises à l'impermanence de toute chose, elles ne durent pas et sont donc sources de souffrance pour qui pense les posséder.

Selon le principe des cinq agrégats qui constituent tous les êtres, il n'y a pas non plus lieu de croire à un concept de "soi", l'être n'étant qu'une combinaison des cinq agrégats en perpétuels changements et mutations (impermanence), et n'ayant pas d'existence propre (vacuité). Il n'y a donc pas d'égo, pas de permanence du "soi" existant.

Le bouddhisme montre l'interdépendance de toutes les choses (phénomènes) de ce monde. Chaque phénomène est le résultat de causes infinies et provoque des conséquences qui seront les causes d'autres phénomènes et ainsi de suite. On ne peut trouver de cause "pure" ou unique à un phénomène, chaque phénomène est le résultat de multiples causes et ne se produit que lorsque toutes ces causes sont réunies. L'interdépendance montre que toutes les choses ou phénomènes de ce monde sont liés entre eux et donc interdépendants. Il n'existe rien en ce monde qui soit indépendant de tout le reste, qui n'ai aucune cause, ou qui ne provoque aucune conséquence. Ce qui exclu par ailleurs tout principe créateur.

La chaîne de production des douze maillons montre comment l'ignorance est une cause de la souffrance. Les douze maillons sont l'ignorance, l'action (qui entraîne des conséquences karmiques), la conscience, le nom et la forme (phénomènes mentaux), les sens, le contact (sensoriel et mental), la sensation, le désir, l'attachement, l'existence, la naissance, et les douleurs (la souffrance dukkha).

Cela montre que toutes les choses sont intimement liées entre elles. En partant de notre ignorance, nous effectuons des actions ayant un impact sur notre karma, puis nous conditionnons ainsi notre conscience, qui conditionne nos phénomènes mentaux, qui eux-mêmes conditionnent nos sens qui façonnent notre contact avec le monde, ce qui conditionne nos sensations qui conditionnent notre désir, qui lui-même donne naissance à notre attachement aux choses, et qui conditionne notre existence et par suite qui conditionne notre devenir (renaissance) et nous mène à la souffrance.

d'après http://www.jutier.net/contenu/clefbou.htm

Des existences conditionnées (Philippe Cornu) :
http://www.bouddhismes.net/la-mort-dans-le-bouddhisme_Cornu#intro

Tous les phénomènes et donc les êtres de ce monde sont "composés", c'est-à-dire constitués par la réunion temporaire de divers éléments en relation causale : tout phénomène composé naît de causes, sert de cause au phénomène suivant et se détruit en lui donnant naissance. Il y a donc succession de naissances et de morts. L'être humain n'échappe pas à la règle : le nouvel individu est conçu lors de la fusion du spermatozoïde et de l'ovule. Composé des éléments matériels du corps, de sensations, de perceptions, de programmations inconscientes et d'une conscience immatérielle, il naît, grandit, mûrit, vieillit et enfin meurt. A sa mort, il y a désagrégation du "composé" et ses éléments se combinent à d'autres phénomènes. Il ne saurait en être autrement. La causalité domine le monde et implique le changement constant de tous les phénomènes : à bien y regarder, pas une seule chose ne demeure telle quelle plus d'un instant.

Mais qu'en est-il de la conscience ? Immatérielle, constituée d'une succession d'impulsions instantanées et subtiles, elle poursuit sa route vers de nouvelles combinaisons, de nouvelles vies. Le fil conducteur entre les vies est donc le flux de la conscience. Et le moteur qui la pousse à s'unir à un nouveau corps est encore une fois la causalité. Mais cette fois-ci, la causalité en question dépend de la nature des actes de l'individu. Elle est donc chargée d'une valeur morale. Karma signifie "acte". Notre conscience individuelle est à l'origine de nos actes : elle commande nos paroles et notre corps. Mais elle est elle-même sous l'influence des émotions qui la traversent. Le plus souvent, nous nous identifions à l'émotion sans réfléchir : la colère monte et nous "sommes" colère, le désir nous envahit, etc. Ces impulsions émotives nous poussent à agir physiquement ou verbalement. L'ennui, ce sont les dégâts possibles de telles actions sur autrui. Colère, désir, indifférence, orgueil, jalousie sont autant de passions égoïstes créatrices de souffrances pour soi-même et les autres. A l'inverse, la bonté, la générosité, la tendresse sont source de bonheur.

Non seulement nos actes causent bonheur et souffrance, mais selon le bouddhisme, il y a aussi mémorisation de chacun d'eux au plus profond de notre esprit : toute action crée une impulsion, une trace "karmique" inconsciente qui s'imprime en nous. Cette imprégnation est une force conditionnante qui influencera notre avenir, en bien ou en mal selon la tonalité de l'acte initial. Comme nous agissons en permanence sous l'emprise de nos pensées et de nos émotions, innombrables sont ces traces en nous. La répétition des mêmes actes crée une force d'habitude, des tendances à agir de la même manière : la colère répétée peut susciter une haine tenace, cultiver des sentiments altruistes développe amour et compassion. Le devenir de notre conscience dépend ainsi de nos comportements passés et présents. De plus, quand mûrissent les traces, les circonstances de notre vie deviennent telles que nous récoltons les fruits amers ou doux de nos actes passés. Tel est donc le karma.

A la mort, la conscience subtile est encore chargée d'une multitude de traces karmiques : c'est cette force qui la projette vers l'existence suivante, laquelle sera bien sûr teintée par la qualité de nos actes passées. Ce phénomène est appelé "transmigration de vies en vies" ou samsâra. C'est à proprement parler une errance douloureuse créée par notre aveuglement.

Autres liens :

1. Emission Sagesses Bouddhistes du 16 septembre 2007 : Evoluer grâce à l'impermanence. Avec Lama Lhundroup (Le Bost)
et Dr Christophe André : http://www.bouddhisme-france.org/archives/voix_bouddhistes/detail_des_emissions/070916.htm

Retour à la définition
haut de la page