Commençons aujourd’hui par lire les passages suivants du Sutra du Lotus2 :

Grand et majestueux Vénéré du Monde,
c'est pour sauver les êtres
qu'en innombrables myriades de kalpa
tu as enfin pu devenir Éveillé,
menant ainsi complètement à bien tes vœux.

Excellent ! Insurpassable bonne fortune !
Fort rare est l'existence d'un Vénéré du Monde ;
une fois assis, dix kalpas mineurs durant,
corps, bras et jambes
tranquilles, calmes, immobiles ;
la pensée en une permanente sérénité,
sans jamais être troublé,
il parachève la bodhéité d'éternel apaisement
et demeure en paix dans les entités non infectées.

À présent nous voyons le Vénéré du Monde
réaliser paisiblement la Voie d'Éveillé
et nous en gagnons de bons profits ;
nous proclamons notre félicité et sommes en grande liesse.
Les êtres sont constamment dans la douleur et les affres,
enténébrés, privés de guide ;
ils ne connaissent point la voie de l'épuisement de la douleur,
ils ne savent se mettre en quête de la délivrance ;
en leur longue nuit, de plus en plus ils vont vers les mauvaises destinées,
de moins en moins vers la multitude des devas.

Ils s'enfoncent d'obscurité en obscurité
sans jamais entendre le nom de l'Éveillé.
À présent l'Éveillé a fait sienne la suprême
et paisible voie sans infection.

Nous autres, ainsi que les devas et les hommes,
en gagnons les plus grands profits,
c'est pourquoi nous inclinons tous la tête
et rendons hommage au Vénéré suprême.

* * *

Il prêcha de même largement l'enseignement des douze liens causaux : l'ignorance entraîne l'action, l'action entraîne la conscience, la conscience entraîne le nom-forme, le nom-forme entraîne les six domaines sensoriels, les six domaines sensoriels entraînent le contact, le contact entraîne la sensation, la sensation entraîne l'appétence, l'appétence entraîne l'attachement, l'attachement entraîne l'existence, l'existence entraîne la naissance, la naissance entraîne la vieillesse et la mort, la misère et les affres.

Quand l'ignorance s'éteint, l'action s'éteint ; quand l'action s'éteint, la conscience s'éteint; quand la conscience s'éteint, le nom-forme s'éteint ; quand le nom-forme s'éteint, les six domaines sensoriels s'éteignent ; quand les six domaines sensoriels s'éteignent, le contact s'éteint ; quand le contact s'éteint, la sensation s'éteint ; quand la sensation s'éteint, l'appétence s'éteint ; quand l'appétence s'éteint, l'attachement s'éteint ; quand l'attachement s'éteint, l'existence s'éteint ; quand l'existence s'éteint, la naissance s'éteint ; quand la naissance s'éteint, la vieillesse et la mort, la misère et les affres s'éteignent.

Après avoir lu ces passages, passez le temps qu’il vous reste à réciter Namu Myoho Renge Kyo, sachant qu’une autre activité vous attend à la fin de ce texte.

La première partie de la lecture d’aujourd’hui parle des louanges faites au Bouddha. Je pense qu’il est important d’y prêter attention, non parce qu’elles évoquent ce qu’il a accompli de grand, mais en raison des bienfaits qu’elles nous offrent à nous tous, êtres humains.

En effet, si le Bouddha avait atteint l’Éveil et l’avait gardé pour lui seul, nous ne serions pas en train de pratiquer le bouddhisme aujourd’hui. Personnellement, je pense même que s’il n’avait pas partagé cette grande découverte, son Éveil se serait évaporé comme rosée au soleil levant.

Pourquoi dis-je cela ? Parce que le cœur du bouddhisme réside dans notre relation personnelle à toute autre forme de vie. Puisque nous ne pouvons exister de façon isolée dans une sorte de vacuum, un espace vide, notre propre Éveil est par conséquent intrinsèquement lié au bonheur des autres. Autrement dit, tout comme le Bouddha est un guide dans sa quête pour éliminer les souffrances, nous aussi sommes à notre manière un guide pour autrui par la façon dont nous résolvons les situations.

Une fois de plus aujourd’hui, le Sutra du Lotus relate l’un des principaux enseignements du Bouddha : la chaine des douze liens causaux que le Bouddha explore est une manière de mettre en évidence la relation cause-effet dans notre propre vie. Le Bouddha enseigne en effet que la clé pour briser le cycle des naissances et des morts est d’éliminer l’ignorance, et ce faisant il nous donne les moyens de nous libérer d’un tel lien.

Les douze liens causaux démontrent également que rien ne se produit indépendamment d’une cause ou d’une relation. Si nous examinons notre vie de plus près, nous pouvons prendre conscience des myriades de liens qui existent entre eux, et prendre conscience que nous vivons notre vie ainsi en raison de ces nombreux liens. En poursuivant cette analogie, nous pouvons dire que notre propre existence n’est en réalité possible que grâce aux efforts de nombreuses autres personnes, à commencer par nos parents qui nous ont donné la vie, nous ont nourris et soignés alors que nous étions si vulnérables.

Poursuivant notre vie, nous perdons parfois de vue tous ces liens et nous mettons à penser que nous sommes indépendants ; que nous n’avons plus besoin des autres, ou de certaines personnes en particulier. Et pourtant, même en grandissant et devenant indépendants, nous continuons d’être liés aux efforts et au travail d’innombrables autres personnes.

Continuez, s’il vous plait, à observer la voie juste que vous avez choisie de suivre cette semaine. Ne vous découragez pas, même si parfois, au cours de la journée, vous avez tendance à l’oublier : c’est parfaitement naturel ! L’important est de pratiquer et de faire de son mieux.

En outre, au moment où vous vous mettrez à table aujourd’hui, j’aimerais que vous vous efforciez de penser aux nombreuses personnes qui ont rendu possible votre repas : faites cela tout en le savourant lentement ; laissez-vous l’apprécier pendant que vos papilles s’activent. Pensez également aux personnes qui ont fabriqué votre voiture, si vous en avez une, ou à votre moyen de transport habituel, à toute la complexité des composants devant travailler en harmonie pour vous déplacer. Ou pensez au conducteur de bus ou de train ainsi qu’à tous ceux qui ont construit les routes ou les voies ferrées. Pensez au caissier qui scanne nos achats à longueur de journée ; au camionneur qui a livré sa marchandise au magasin ; aux magasiniers, aux fermiers qui ont cultivé chaque ingrédient de notre repas. Ayez aussi une pensée pour ceux qui, dans les pays producteurs de pétrole, extraient cette ressource naturelle contribuant à notre repas… La liste est infinie. Je peux imaginer qu’à la fin de ce repas, vous n’aurez pas encore fini de penser aux personnes qui, de près ou de loin, l’ont rendu possible. Et n’oubliez pas d’y inclure votre propre travail !


1Source accessible sur https://ryusho.org/blog/?p=3004

2Traduction en français accessible sur http://www.nichiren-etudes.net/lotus/lotus-7.htm