DICTIONNAIRE des TERMES BOUDDHIQUES

français, japonais, chinois, sanscrit, pali


parinirvana

Extrait de
N.Thera et H.Hecker
LES GRANDS DISCIPLES DU BOUDDHA

éd. Claire Lumière, vol. 2 p.118

Dialogue entre la nonne Khema et le roi Pasenadi, rapporté par le Samyutta Nikaya


Le roi se rendit auprès d'elle [Khema], la salua avec respect et lui posa des questions sur la condition d'un Tathagata, un sage libéré, après la mort :
- Un Tathagata, un Parfait, existe-t-il après la mort ? - Le Noble Souverain n'a pas dit qu'un Tathagata existe après la mort.
- Alors un Tathagata n'existe pas après la mort ?
- Cela également, le Noble Souverain ne l'a pas dit.
- Alors un Tathagata tout à la fois existe et n'existe pas après la mort ?
- Même cela, le Noble Souverain ne l'a pas dit.
- Alors un Tathagata ni n'existe ni n'existe pas après la mort ?
- Cela non plus, le Noble Souverain ne l'a pas dit.
Sur ce, le roi voulut savoir pourquoi le Bouddha avait rejeté ces quatre assertions.

Pour en connaître la raison, nous devons d'abord comprendre ce qu'impliquent ces quatre vues. Elles concernent ici un Tathagata, qui dans ce cas, ne signifie pas seulement un Bouddha suprême mais tout sage libéré.

Les quatre vues conçoivent le Tathagata en fonction du concept d'individualité ; supposant que l'être libéré est un soi substantiel, elles formulent des thèses contradictoires sur la destinée de ce soi.

La première vue, conditionnée par le désir d'exister, soutient que ceux qui ont atteint le but le plus élevé continuent après la mort dans une dimension métaphysique, ou bien en tant qu'individus distincts ou bien absorbés dans quelque essence spirituelle transpersonnelle. Cette réponse est celle que donnent la plupart des religions, y compris plusieurs interprétations tardives du bouddhisme.

La seconde réponse (à savoir qu'un Tathagata n'existe pas après la mort) reflète le désir de non-existence, d'annihilation. Le théoricien considère le Parfait comme un soi qui existe réellement dont la destinée à la mort est l'anéantissement total. Selon cette perspective, la libération n'est rien de plus que la dissolution absolue d'un soi réel.

La troisième réponse cherche un compromis : tout ce qui est impermanent dans un Tathagata serait annihilé à la mort, mais l'essence permanente, son âme, subsisterait.

La quatrième réponse essaie d'éviter la difficulté en formulant une solution "ni l'une/ni l'autre", une approche sceptique qui accepte toujours implicitement la validité du Tathagata comme un soi réel.

Ces quatre formules ont été rejetées par le Bouddha comme étant des vues erronées. Toutes présupposent l'existence d'un "moi" distinct du monde - un "moi" qui est soit élevé à la vie éternelle, soit anéanti dans l'abîme du néant - alors qu'en fait "moi" et le "monde" sont de pures abstractions énoncées sur la base des cinq agrégats constituant le processus de l'expérience. Seuls les Eveillés et leurs sages disciples peuvent voir cette vérité telle qu'elle est. Ceux qui n'ont pas cette compréhension profonde admettent une des quatre vues spéculatives. Soit ils supposent qu'un "moi", un "soi" essentiellement permanent, erre dans le samsara, le cycle de la naissance et de la mort, et s'élève progressivement jusqu'à sa libération dans l'essence divine ; soit ils concluent que la libération est simplement la destruction d'un soi réel ; ou bien ils tentent de formuler une position syncrétique, ou encore tombent dans le scepticisme.

Le Bouddha cependant enseigne qu'il n'y a pas de "moi" ou de "soi" réel projeté dans l'éternité ou anéanti ; un tel soi substantiel n'a jamais existé et n'a donc jamais erré dans le samsara. Ce que nous appelons "moi" et le "monde" sont en réalité un processus en perpétuel changement, qui fluctue sans cesse. Ce processus projette un "moi" et un "monde" illusoires, qui deviennent des objets de spéculation quant à leur origine passée et leur destinée future. La voie qui mène à la libération exige de cesser de spéculer sur le "moi", d'abandonner les idées habituelles et les schémas de pensée, et d'examiner directement les phénomènes sur la base desquels sont formulés les concepts du soi : les processus concrets de l'esprit et du corps.

La libération s'obtient non pas en élaborant des hypothèses métaphysiques, mais en observant avec attention l'apparition et la disparition des cinq agrégats : la forme, les sensations, les perceptions, les formations volitives et les consciences. L'apparition de tous ces phénomènes est due à des causes ; ils sont donc impermanents et soumis à la dissolution. Tout ce qui est impermanent et exposé au dépérissement ne peut être un soi. Les cinq agrégats étant sujets à la destruction - puisqu'ils tombent malades, se désintègrent et meurent - ce ne sont pas "mon" ego, "le mien" ; ce sont simplement des phénomènes vides liés à des conditions.

Du moment que toutes les idées concernant le soi ne sont que des constructions mentales, des produits de la pensée spéculative, toute définition de l'Eveillé après la mort est une illusion née d'un intense désir de certitude conceptuelle. Quiconque a suivi l'Enseignement du Bouddha, à l'instar de Khema, est soulagé de voir que le Bouddha n'a pas enseigné la destruction d'une entité existante, l'annihilation d'un soi. Nous vivons dans un monde de perpétuelle destruction, au caractère transitoire incontrôlable, dans le royaume de la mort, et tout ce que nous considérons comme "moi" et "mien" disparaît constamment.

 
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