DICTIONNAIRE des TERMES BOUDDHIQUES

français, japonais, chinois, sanscrit, pali


Légende du roi Kali

tirée du Vajra Sutra



Il y a d’innombrables kalpas l'ascète Kshantivadin, le futur Bouddha Shakyamuni, pratiquait dans les montagnes la paramita de la patience. La patience ne s'exerce pas uniquement à l'égard des hommes. Shakyamuni endurait paisiblement ce que d’autres ont du mal à supporter : piqûres de moustiques et autres insectes, morsures d’animaux plus grands ; serpents, loups, ours, tigres qui venaient pour le mordre ; il ne les chassait pas pour ne pas leur infliger la peur.

Un jour, le Roi Kali vint chasser dans ces montagnes avec sa nombreuse cour : ministres, généraux, la reine avec sa suite. Pendant que les hommes chassaient, les femmes s’égaillèrent dans environs. Tout à coup elles virent un être étrange : ses cheveux le recouvraient telle une couverture et il portait une longue barbe. Ses ongles étaient si longs qu’ils faisaient comme des boucles au bout de ses doigts. A sa vue les femmes s’écrièrent : «Quelle sorte de monstre est-ce là ?» Et, prises de panique, elles voulurent s’enfuir.

Mais le monstre leur dit : «N’ayez pas peur. Je ne vais pas vous manger.»

Les femmes dirent : «Oh, ce n’est pas un monstre. Il parle comme un être humain. Que faites-vous donc ici ?»
- Je m’exerce aux paramita.

- Que signifie cela ? - Quel que soit le trouble qui m’assaille, je le supporte, c’est la paramita de la patience.

Les femmes rassurées s’approchèrent de l’Immortel et lui parlèrent gaiement. A ce moment, le Roi Kali revint de la chasse et vit ses femmes entourant un homme. Il en éprouva une terrible jalousie, se disant : « Ce monstre doit avoir un pouvoir spécial pour amuser autant mes femmes »

- Que fais-tu ici, sale bête ? - Je cultive la patience.

- Et c’est quoi pour toi, la patience ?

- Si les gens m’insultent je le supporte, si les gens me frappent je le supporte. Quelle que soit la cruauté avec laquelle les gens me traitent, je le supporte.

- Je ne crois pas un mot de ce que tu dis. Tu es en train de mystifier le monde. Comment une personne pourrait supporter les injures et les coups ? - Je supporte les injures et les coups. Et même si on voulait me tuer, je le supporterais.

Cette réponse mit le Roi Kali dans une grande colère. Il saisit son sabre et coupa une oreille de l’Immortel.

- Alors cela ne te fait pas mal ?

- Cela ne m’importe pas.

Le Roi fut encore plus furieux :

- Tu mens. Je ne peux pas croire que cela ne te fait pas mal et que cela n’a pas d’importance.

Et il lui coupa l’autre oreille.

Mais le réaction de l’Immortel était toujours la même :

- Cela ne m’importe pas.

Alors le Roi lui coupa le nez, puis une main.

Mais l’Immortel disait toujours :

- Je ne suis pas en colère contre vous. Faites ce que vous voulez.

Le Roi coupa la deuxième main, puis les jambes mais comme la réponse de l’Immortel était toujours la même, il finit par se dire qu’il se passait là quelque chose d’étrange.

- Tu prétends que tu es patient, mais qu’est ce qui me prouve que c’est vrai et que tu ne cherches pas simplement à me mystifier. Tu dois me donner une vraie preuve. Peut-être devrais-je te couper le cœur pour voir s’il est plein de colère ou non.

- Regarde mon cœur, répondit Shakyamuni. Si tu y trouves de la colère, je ne vais jamais devenir bouddha mais errer dans le monde des preta ou des animaux. Mais s’il n’y a aucune colère, alors les oreilles, mon nez et tout ce que tu as coupé reviendra à sa place.

Il n’eut pas plus tôt prononcé ces paroles que tous ses membres se remirent en place.

Devant ce prodige le Roi Kali fut saisi de frayeur :

- C’est un monstre   ! Vite, mettez-le à mort avec vos sabres. Je suis incapable de le faire moi-même.
Mais alors le bodhisattva Skanda (l'une des 8 divinités protectrice des principes bouddhiques) et les divinités protectrices se sentirent outragées:

- Là, vous allez trop loin  !

Le ciel se mit à tonner et de la grêle tomba sur la tête du roi.

Le Roi s’écria :

- Ce monstre use de pouvoirs surnaturels. Comment pourrais-je résister ?

L’Immortel lui dit :

- Ce n’est pas moi qui use de pouvoirs surnaturels. Ce sont les divinités protectrices qui vous punissent.

Le Roi demanda :

- Que dois-je faire ?

L'Immortel répondit :

- Dépêchez-vous de vous repentir. Sinon vous allez en souffrir.

- S’il vous plaît, aidez-moi à me repentir. Je crains de ne pas y arriver par moi-même.

Ainsi l’Immortel demanda aux divinités protectrices de ne pas punir le Roi, qui n’était qu’une personne stupide : «Non seulement je ne suis pas en colère contre lui mais quand j’aurai atteint l’Eveil, il sera la première personne que je voudrai sauver.»

Le Roi Kali fut bouleversé d’entendre ce vœu : « Ce pratiquant est réellement grand. Je l’ai traité si cruellement et il veut me sauver en premier. » Il se mit à pleurer amèrement et dit : «Quand vous serez Bouddha, je veux absolument être votre premier grand disciple.» Si bien que lorsque Shakyamuni devint Bouddha, c’est à Ajnata Kaundiya, dont le nom signifie «celui qui comprend les limites extrêmes», qu’il adressa son premier sermon.

Ce premier disciple a si gravement offensé son maître et voilà que ce dernier le traita avec tant de bonté. Hostilité et bonté, le bouddhisme les englobe toutes les deux.

Retour au dictionnaire
haut de la page