DEUX BOUDDHAS ASSIS CÔTE À CÔTE

Donald S. Lopez Jr. et Jacqueline I. Stone ; Princeton University Press

Chapitre vingt-quatre - Bodhisattva Gadgadasvara

Chapitre vingt-cinq - Porte universelle du Bodhisattva Avalokiteshvara


Chapitre vingt-quatre

Dans ce chapitre, un bodhisattva nommé Gadgadasvara (Bégaiement en sanskrit, mais traduit par Son-Merveilleux en chinois) depuis un univers lointain se rend dans le monde Saha avec une vaste suite pour rendre hommage à Shakyamuni. Avant son départ, il est averti par son lointain bouddha de ne pas mépriser le terrain accidenté et rocheux du monde Saha ni de dénigrer le minuscule buddha et les bodhisattvas qui s'y trouvent ; Gadgadasvara mesure 42 000 yojanas. Shakyamuni explique  qu’à son arrivée ce bodhisattva a enseigné le Sutra du Lotus dans de nombreux endroits et qu'il a, pour le bien des êtres sensitifs, le pouvoir d'apparaître sous n'importe quelle forme, y compris divers dieux et asuras, des maîtres de maison, des brahmanes, des moines, des nonnes, des laïcs et des laïques.

Chapitre vingt-cinq

Parmi les vingt-huit chapitres du Sutra du Lotus, celui-ci est peut-être le plus populaire. Comme pour les chapitres précédents, il s'agit presque certainement d'une interpolation. Contrairement à ces autres chapitres, il a largement circulé en tant que texte indépendant, même après son incorporation dans le Lotus. Sa section versifiée, en particulier, était (et est toujours) souvent récitée. Le chapitre est consacré au plus célèbre des bodhisattvas du bouddhisme mahayana Avalokiteshvara (ch. Guanyin ou Guanshiyin ; j. Kannon ou Kanzeon ; Seigneur-qui-Observe-d'en-Haut en sanskrit , rendu comme Contemplateur-des-Voix-du-Monde en chinois) (note).

Le chapitre commence par le bodhisattva Aksayamati (Intention-Inépuisable ) qui demande pourquoi Avalokiteshvara est appelé ainsi. Le Bouddha explique que si des êtres sensitifs en détresse invoquent son nom, Avalokiteshvara apparaîtra et les sauvera. Le Bouddha poursuit en décrivant certaines situations désespérées dont le bodhisattva sauvera les personnes en difficulté. Il s'agit notamment des incendies, des noyades, des coups de bâton, des attaques de démons, des emprisonnements, du pillage par des bandits ; il les délivrera de la puissance du désir, de la haine ou de l'ignorance. Si une femme qui veut avoir un enfant rend hommage à Avalokiteshvara, elle aura soit un garçon, soit une fille, selon son souhait. Le bodhisattva a le pouvoir de se transformer en la forme la plus utile pour enseigner le Dharma dans une situation donnée, y compris les formes d'un bouddha, d'un pratyekabuddha, d'un shravaka, de divers devas (énumérés par leur nom), des asuras, des hommes, des femmes et même des garçons et des filles. De nombreuses histoires du bouddhisme est-asiatique et tibétain racontent comment des bodhisattvas apparaissent sous ces formes.

Dans l'iconographie bouddhiste, l'une des particularité typique d'un bodhisattva mahayana est un collier de joyaux, et dans ce chapitre, le bodhisattva Aksayamati* présente justement un collier à Avalokiteshvara. À la demande de Shakyamuni, il l'accepte mais en donne la moitié au Bouddha et l'autre moitié au stupa de Prabhutaratna *.

Ce chapitre et le chapitre précédent, Bhaishajyaraja, traitent des bodhisattvas qui se manifestent sous diverses formes afin de répondre aux besoins des êtres sensitifs. Le chapitre XXIV énumère trente-quatre apparitions assumées par le bodhisattva Gadgadasvara grâce à sa maîtrise du samadhi de la manifestation de toutes les formes physiques, le même samadhi attribué au bodhisattva Sarvarupasamdarsana* au chapitre XXIII. Le chapitre XXV énumère de la même façon trente-trois formes assumées par le bodhisattva Avalokiteshvara. L'expression japonaise fumon, traduite par "porte universelle", dans le titre du chapitre XXV fait précisément référence à cette activité par laquelle les bouddhas et les bodhisattvas assument diverses formes pour aider les êtres en souffrance. Un poème du XIe siècle basé sur ce chapitre célèbre la compassion universelle d'Avalokiteshvara :

« Le monde est sauvé
parce que personne
ne peut fermer
la porte universelle :
Oh, qui n'entrera pas ? »(réf.).

Pour Nichiren, ces deux bodhisattvas, Gadgadashvara et Avalokiteshvara, appartenaient à la catégorie des bodhisattvas qui suivaient les Enseignements provisoires et l'Enseignement shakumon du Sutra du Lotus et qui avaient été efficaces dans les âges du Dharma correct et du Dharma formel, mais dont le temps était maintenant révolu. Ni l'un ni l'autre ne figurent en bonne place dans ses écrits. Gadgadasvara est tout juste mentionné dans une lettre personnelle que Nichiren a écrite à une femme qui avait fait des offrandes à chacun des vingt-huit chapitres des Sutra du Lotus.

« Le chapitre Myoon, lui écrit-il, parle d'un bodhisattva appelé Myoon qui réside sur le domaine du bouddha Roi-Sage-de-la-Constellation-Ffleur-Pure *, à l'est. Par le passé, à l'époque du bouddha Roi-Nuage-Son-du-Tonnerre * , il s'était incarné en Vimaladatta, la femme du roi Myoshogon. A cette époque, Vimaladatta fit une offrande au Sutra du Lotus, et renaquit sous la forme du bodhisattva Myoon. Quand l'Ainsi-Venu Shakyamuni exposa le Sutra du Lotus en ce monde Saha , ce bodhisattva vint participer à la cérémonie et fit serment de protéger les femmes qui adhéreraient au Sutra du Lotus aux époques futures » ( réf .).

Nichiren s'appuie ici sur la tradition exégétique selon laquelle dans une vie antérieure, Gadgadasvara avait été l'épouse du roi Shubhavyuha qui apparaît au chapitre XXVII du Lotus, pour affirmer que ce bodhisattva veillera sur les femmes adeptes du Sutra. Mais il s'agit là d'une référence isolée dans ses Écrits.

Contrairement à Gadgadasvara, qui semble n'apparaître que dans le Sutra du Lotus, le bodhisattva Avalokiteshvara figure dans de nombreux textes et a été adoré dans toute l'Asie, jusqu'à nos jours. Avalokiteshvara a été vénéré sous de nombreuses formes. Le Dalaï Lama est considéré comme une incarnation d'Avalokiteshvara. En Chine, ce bodhisattva était souvent représenté sous forme féminine. Au Japon, on trouve des routes de pèlerinage dédiées au bodhisattva comprenant trente-trois sites, un pour chacune de ses manifestations énumérées dans ce chapitre du Sutra du Lotus. Il figure également en bonne place dans la tradition de la Terre pure en tant que bras droit du bouddha Amitabha, l'accompagnant lorsqu'il descend pour accueillir ses fidèles au moment de la mort et les escorter vers sa Terre pure.

C'est peut-être à cause de ces liens avec la Terre Pure que Nichiren fait si peu mention d'Avalokiteshvara, malgré l'omniprésence dans le Japon médiéval de la dévotion à ce bodhisattva. Sur les mandalas qu'il a inscrits pour ses disciples, Nichiren a écrit les noms des bodhisattvas représentatifs de l'Enseignement shakumon sous les noms des chefs des bodhisattvas Surgis-de-Terre. Habituellement, il choisit Manjushri et Samantabhadra comme représentants ; mais aucun mandala existant de sa main ne porte le nom d'Avalokiteshvara.

Nichiren a reconnu la tradition selon laquelle Huisi, le maitre de Zhiyi, aurait incarné Avalokiteshvara dans ce monde. Cependant, Huisi avait vécu à l'époque du Dharma Formel, et Nichiren le représente comme ne propageant que l'Enseignement shakumon du Sutra du Lotus. Il voyait Avalokiteshvara, comme Manjushri, Bhaishajyaraja* et Samantabhadra, en tant que bodhisattvas pré-lotusiens et des Enseignements shakumon.

«  Comme ils n'étaient pas porteurs du Dharma primordial de Namu Myoho-renge-kyo, ils n'étaient peut-être pas en mesure de le propager à l'époque du Dharma final », a-t-il écrit ( réf. ).

Néanmoins, étant donné la popularité du bodhisattva, Nichiren a parfois cherché à désengager Avalokiteshvara du contexte de la Terre Pure et à le rattacher au Sutra du Lotus. Dans un passage plutôt humoristique, il dépeint Avalokiteshvara et Mahasthamaprapta, un autre bodhisattva assistant d'Amitabha, comme étant totalement consternés d'entendre le Sutra du Lotus prêché directement par le Bouddha Shakyamuni et d'apprendre que les enseignements associés à la Terre pure d'Amitabha étaient simplement provisoires. Quand Amitabha lui-même le confirme (puisque tous les bouddhas s'assemblent pour témoigner de la vérité du Sutra du Lotus), Avalokiteshvara se dit qu'il serait inutile de retourner maintenant sur la Terre d'Amitabha et rejoint plutôt les 80 000 autres bodhisattvas qui assistent à l'Assemblée du Lotus, « jurant en toute sincérité de protéger les pratiquants du Sutra du Lotus », alors que, selon les termes du chapitre Avalokiteshvara le bodhisattva Avalokiteshvara voyage dans le monde Saha grâce aux forces divines et souveraines » (réf.).

Certains temples de la tradition Nichiren ont réintroduit  Avalokiteshvara parmi les différents protecteurs inscrits dans leurs locaux. Dans ces cas, le bodhisattva est considéré comme représentant la compassion inhérente au daimoku du Sutra du Lotus, Namu Myoho-renge-kyo, et protégeant sa propagation.

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