DICTIONNAIRE des TERMES BOUDDHIQUES

français, japonais, chinois, sanscrit, pali


Dhyana
extrait de "Le Lotus de la Bonne Loi"
traduit et commenté par
M.E. Burnouf



Le Lalita vistara, au commencement du chapitre XI, nous représente le jeune Siddhartha qui, après avoir visité, avec d’autres enfants de son âge, un village d'agriculteurs, est entré dans un bois qui se trouve au delà des champs cultivés, et s'est assis pour méditer à l’ombre l'un arbre Jambu.

«Là, continue le texte, il fixa son esprit sur un seul point et l'ayant ainsi fixé, il atteignit la première contemplation qui est le plaisir de la satisfaction né de la distinction et accompagné de raisonnement et de jugement, détaché des désirs, détaché des conditions du péché et du vice, et il s’y arrêta.

«Après avoir, par la suppression de ce qui est accompagné de raisonnement et de jugement, par le calme intérieur, par le rappel de son esprit à l'unité, après avoir, atteint à la seconde contemplation, qui est le plaisir de la satisfaction né de la méditation et affranchi du raisonnement et du jugement, il s’y arrêta.

«Par suite de la satisfaction et du détachement, il resta indifférent, conservant sa mémoire et sa connaissance, et il éprouva du plaisir en son corps. Indifférent, plein de mémoire, s'arrêtant au sein du bonheur, ainsi que le définissent les Aryas, il atteignit à la troisième contemplation, qui est dégagée de satisfaction, et il s'y arrêta.

«Quand, par l'abandon du plaisir, par l'abandon de la douleur, les impressions antérieures de joie et de tristesse eurent disparu, après avoir atteint à la quatrième contemplation, qui est la perfection de la mémoire et de l'indifférence dans l'absence de toute douleur et de tout plaisir, il s'y arrêta.»

S'appyuant sur le Dictionnaire singhalais Clough Burnouf commente ce texte de la manière suivante :

1) Le sage doit se retirer dans la solitude. Son esprit, détaché des poursuites et des objets du monde, doit rentrer en soi-même et rechercher ou discuter uniquement les propriétés et les qualités des choses. Après une juste appréciation, toute autre pensée, tout autre désir étant rejetés, l'esprit doit se fixer sur un seul objet, à savoir l'acquisition du Nirvana ou de l'émancipation finale de l'âme. C'est sur cet objet que doivent se fixer ses pensées, sans s'en laisser détourner un instant, jusqu'à ce que la perspective de pouvoir l'atteindre jette son esprit dans l'extase.

2) Le sage ayant pratiqué en son entier la première méditation et persistant tranquille dans un état d'abstraction non troublée, ayant pleinement en vue l'unique objet de son examen, c'est-à-dire le Nirvana, et étant affranchi de toute discussion intellectuelle sur la nature et les qualités des Choses, ainsi que de toute incertitude sur leurs propriétés absolues ou relatives, ayant enfin subjugué ses passions au point d'être libre de tout souhait et de tout désir, l'esprit doit être rempli d'une tranquillité et d'une joie calmes et non troublées, par l'effet de la perspective certaine de l'acquisition du Nirvana

3) Le détachement et l'indifférence, la mémoire (sentiment continu de la personnalité) et la connaissance qui persistent, le plaisir qui se communique au corps. Le sage y arrive par une double voie, par la satisfaction qui le dispense de demander son bonheur au dehors et par l'absence de passion ou par le détachement de tout ce qui l'entoure. Ce détachement, tout en brisant un des liens qui unissent l'intelligence à la sensibilité, laisse cependant encore au sage une satisfaction d'un ordre assez matériel ; c'est un plaisir qu'il ressent jusque dans son corps, et c'est là la part de la sensibilité ; mais il n'en a pas moins gagné à être désormais indifférent à tout ce qui pouvait l'intéresser et l'émouvoir. Il conserve d'ailleurs sa mémoire et sa connaissance, trait tout à fait remarquable qui prouve que si le sage est détaché du monde, c'est par l'effort intérieur d'une épuration toute morale, et non par l'abolition de son individualité personnelle.

4) contemplation qui est la perfection de la mémoire et de l'indifférence. Parvenu au dernier degré, le sage, qui est déjà indifférent, renonce au plaisir et à la douleur ; les impressions antérieures de joie et de tristesse ont disparu pour lui. Le progrès qu’il a fait ici consiste à ne plus même éprouver ce bien-être du corps qu'il ressentait encore à la troisième contemplation.

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