DICTIONNAIRE des TERMES BOUDDHIQUES

français, japonais, chinois, sanskrit, pali

L'invasion mongole

extraits de "La vie de Nichiren Daishonin"
par Yasuji Kirimura

traduit de l'anglais par Anne-Marie Loseau

éd. Nichiren Shoshu Française, Paris 1980

En octobre 1274 — année où Nichiren se retira au mont Minobu — eut lieu l'invasion mongole. Elle fut la preuve de l'exactitude de l'avertissement donné par Nichiren du désastre de l'invasion ennemie, exposé dans le Traité sur la pacification du pays par l'établissement de l'orthodoxie, quatorze ans plus tôt.

L'empereur mongol Kublai Khan envoya des messagers au Japon presque chaque année, à partir de 1268, pour qu'il se soumette à l'empire. Mais le gouvernement de Kamakura ne donna aucune réponse à ces ambassadeurs et les ignora totalement. En 1274, Kublai Khan décida finalement de lancer une attaque contre le Japon. En janvier, il ordonna au royaume de Corée de fabriquer des bateaux de guerre. Il exigeait trois cents gros bateaux de guerre, trois cents coursiers rapides et trois cents bateaux-citernes d'eau ; c'était une très lourde charge pour un pays déjà épuisé par la guerre et les privations. Mais contraint et forcé, il acheva la fabrication demandée en juin.

Le mois précédent, quinze mille guerriers mongols s'étaient rassemblés en Corée. En toute vraisemblance, les forces mongoles étaient entraînées pour les combats navals. Le départ pour le Japon eut lieu le 3 octobre. Le commandant en chef était un Mongol du nom de Hsin Tu, secondé par un Coréen, Hong Cha-Ku, et un Chinois, Liu Fou-heng. La flotte comportait quinze mille soldats mongols, y compris des Chinois, cinq mille hommes de troupe, cinq mille Coréens et six mille marins. Au total, trente et un mille combattants.

Le 6 octobre, ils se groupèrent sur l'île Tsushima et, le 14, ils étaient sur l'île Iki, massacrant les habitants et les samouraïs des deux îles situées dans le détroit de Tsushima. Le 16 et le 17, ils attaquèrent Hirato dans la province d'Hizen à Kyushu et, le 19, une partie de l'armée débarqua à Chikuzen et à Imazu. La plus grande partie de la flotte arriva jusqu'à la baie de Hakata qu'elle assaillit avec l'autre partie de la flotte qui avait déjà débarqué.

A cette époque, le centre politique de Kyushu était Dazaifu, situé à l'intérieur derrière Hakata, capitale commerciale de Kyushu. Dazaifu envoya des samouraïs pour protéger Hakata, mais ils furent parfaitement inefficaces face aux forces mongoles supérieures en nombre et qui employaient comme stratégie de combat des rangs très serrés. Quant aux armes, les forces mongoles étaient sur ce point également supérieures, car elles employaient des canons à poudre dont la portée dépassait de très loin les possibilités des archers japonais.

Une des caractéristiques des samouraïs était de mener un combat corps à corps, tandis que les soldats combattaient en rangs très serrés, se déversant sur les Japonais pendant que les canons mitraillaient les soldats ainsi assiégés. La stratégie mongole était de loin supérieure. La ligne de défense japonaise fut une proie facile.

La nuit du 20 octobre, cependant, toutes les forces mongoles se retirèrent sur leurs bateaux, probablement par crainte d'une embuscade nocturne. Soudain, un orage, au milieu de la nuit, frappa la flotte mongole, coulant plus de deux cents bateaux de guerre. Dans ce naufrage sombra aussi l'ardeur au combat du reste de la flotte qui s'en retourna au royaume de Corée.

C'est le 1er novembre que le gouvernement de Kamakura fut informé de l'invasion mongole. La première des lettres de Nichiren Daishonin faisant état de cette nouvelle remonte au 11 novembre et est adressée à Nanjo Tokimitsu. Dans cette lettre, Nichiren dit : « Depuis que j'ai appris que le grand empire mongol a envahi cc pays, je pense avec chagrin à ce qu'aurait pu être la situation si les autorités avaient tenu compte de mes avertissements, à moi, Nichiren. Mes larmes coulent sans cesse quand je pense au destin du peuple japonais qui sera le même que celui de Tsushima et d'Iki actuellement détruits. »

Une lettre datée du 20 novembre que Nichiren adressa à Soya Kyoshin comporte une description du même ordre.

Malgré l'échec de cette invasion de 1274, rien ne signifiait que l'empire mongol renonçât à sa tentative de conquête du Japon. Bien sûr, les armées indigènes mongoles s'étaient jointes à cette première expédition contre le Japon, mais ne constituaient pas la majeure partie des forces. Les soldats recrutés dans les régions conquises représentaient la part la plus importante de l'expédition ; ainsi, l'échec ne causa guère de tort à l'empire mongol.

L'année suivante, le 15 avril 1275, un messager mongol arriva à nouveau à Kyushu. Le gouvernement l'envoya à Kamakura tout en donnant ordre aux samouraïs qui vivaient dans les provinces de l'Ouest du Japon de se former en garnison tout au long de la côte afin d'y veiller coûte que coûte à la sécurité. En outre, le gouvernement prit des mesures fermes envers les samouraïs qui n'avaient pas participé à la précédente bataille défensive. En même temps, il faisait décapiter, le 7 septembre, l'envoyé mongol, faisant ainsi montre d'une attitude de résistance totale à l'empire et concentrant tous les efforts sur les préparatifs de défense.

Tandis que la première fois une sérieuse défense avait manqué, cette fois-ci le gouvernement l'organisa immédiatement, probablement parce que les Japonais connaissaient, depuis la bataille de 1274, la force de l'armée mongole.
[…]

Comme il a été mentionné plus haut, l'empire mongol n'avait absolument pas l'intention d'abandonner la conquête du Japon, en dépit de sa défaite de l'automne 1274, pour laquelle il avait immédiatement envoyé un messager au Japon. Le régent Hojo Tokimune montra sa détermination en faisant décapiter l'envoyé tout en ordonnant aux samouraïs de tout le pays de se préparer à une bataille défensive. En 1276, le gouvernement ordonna en particulier aux samouraïs de Kyushu de construire un rempart de pierres le long de la côte de Kyushu et des piliers dans la mer afin d'empêcher les forces mongoles de débarquer.

Une atmosphère d'agressivité se développa parmi les samouraïs, les poussant à prendre l'offensive au lieu d'attendre l'attaque des Mongols. En mars 1276, des samouraïs qui espéraient gagner du terrain sur la Corée se rassemblèrent à Hakata, dans Kyushu. Leurs espérances restèrent cependant vaines.

Les Mongols envoyèrent un nouvel émissaire en juillet 1279, mais il subit le même sort que son prédécesseur à Hakata, conformément aux directives gouvernementales.

Il est facile d'imaginer la fureur de Kublai Khan devant l'attitude prise par le Japon. Pour la seconde expédition, toutefois, les troupes de l'envahisseur décuplèrent leur préparation par rapport à la cam¬pagne précédente. Le 3 mai 1281, les forces de l'Est composées de 40 000 Mongols et Coréens se mirent en route pour le Japon, envahissant les îles de Tsushima et d'Iki, respectivement les 21 et 26 mai.

A l'origine, les cent mille soldats des troupes Chiangnan devaient se joindre à eux. La flotte, au bout de dix jours, lasse de les attendre, quitta seule Iki, atteignit le 6 juin la baie d'Hakata et tenta d'aborder à Shigashima. Le rempart de pierre l'en empêcha et elle dut se replier à Takashima, dans la province d'Hizen.

A la fin du mois de juin, les retardataires la rejoignirent et ils tentèrent d'attaquer Dazaifu, l'ancienne capitale de Kyushu. Des milliers de bateaux se préparaient à débarquer le 30 juillet lorsqu'un orage terrible, s'abattant rageusement au nord de Kyushu à minuit, fit couler la plupart des navires mongols. Les chefs de la flotte s'enfuirent d'extrême justesse sur les bateaux rescapés. Les soldats mongols restés à Takashima furent attaqués par les samouraïs et plus de deux mille d'entre eux furent prisonniers. On dit que deux cents navires et un cinquième des guerriers seulement purent rentrer sains et saufs.

L'ambition mongole de conquérir le Japon, bien que s'étant exprimée par deux fois, sombra ainsi dans un échec total dû aux pertes militaires extrêmement importantes à la suite d'un orage. L'empereur mongol ne renonça pourtant pas à son ambition de conquérir le Japon. Cependant, le vaste territoire de l'empire mongol était assailli de plaintes et de doléances émanant de partout dues au fait qu'il était principalement dirigé par des militaires. Pour affronter ses problèmes intérieurs, l'empire mongol ne put organiser une troisième expédition contre le Japon.

Par ailleurs, la charge que dut supporter le Japon pour faire une guerre défensive fut trop lourde et l'on pense que ce fardeau économique affaiblit le gouvernement de Kamakura et accéléra sa chute. Le bakutu (gouvernement féodal) reposait sur une relation verticale de seigneur à vassal, depuis les samouraïs influents rassemblés autour du clan Hojo, avec à son sommet le régent, jusqu'à d'autres samouraïs vassaux éparpillés dans tout le pays, qui recevaient leur fief de ces samouraïs influents. Les vassaux supportaient de très lourdes charges dues à la nécessité de défendre leur pays contre l'assaillant mongol, et nombre d'entre eux furent contraints de mettre leur fief en gages pour pouvoir participer à l'expédition. Afin de se procurer de l'argent, ces samouraïs se dépossédèrent l'un après l'autre de leurs terres et le système lui-même dans lequel les vassaux finançaient le gouvernement s'effondra.

Quelques allusions à la bataille de Koan peuvent avoir existé dans les manuscrits qui furent perdus après la mort de Nichiren, mais ceux qui nous sont restés parlent peu de l'invasion.



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